Author(s) : Yves Rolland, Athanase Benetos, Armelle Gentric, Joël Ankri, François Blanchard, Marc Bonnefoy, Laure de Decker, Monique Ferry, Régis Gonthier, Olivier Hanon, Claude Jeandel, Fathi Nourhashemi, Christine Perret-Guillaume, Frédérique Retornaz, Hélène Bouvier, Geneviève Ruault, Gilles Berrut, Service de gérontologie clinique et médecine interne, Pôle Gériatrie, CHU de Toulouse, Service de médecine B, CHU de Nancy, Vandœuvre-lès-Nancy, Service de court séjour gériatrique, Hôpital de la Cavale Blanche, CHU de Brest, Service de gériatrie, Hôpital Sainte-Perine, Paris, Service de médecine interne et gérontologie clinique, CHU de Reims, Service de médecine interne-gériatrie, CHU Lyon-Sud, Pierre-Bénite, Pôle de gérontologie clinique, CHU de Nantes, Université Paris 13, Bobigny, Service de gérontologie clinique, CHU de Saint-Étienne, Service de gérontologie, Centre hospitalier Broca-La Rochefoucault, Paris, Pôle de gérontologie clinique, CHU de Montpellier, Service de gérontologie clinique et médecine interne, Pôle gériatrie, Casselardit, CHU de Toulouse, Centre gérontologique départemental, Marseille, Délégation de la Société française de gériatrie et gérontologie, Suresnes. |
ARTICLE
pnv.2011.0311
Auteur(s) : Yves Rolland1,
Athanase Benetos2, Armelle Gentric3, Joël Ankri4, François Blanchard5, Marc Bonnefoy6, Laure de Decker7, Monique Ferry8, Régis Gonthier9, Olivier Hanon10, Claude Jeandel11, Fathi Nourhashemi12, Christine Perret-Guillaume2, Frédérique Retornaz13, Hélène Bouvier14, Geneviève Ruault14, Gilles Berrut7 gilles.berrut@chu-nantes.fr
1 Service de gérontologie clinique et médecine
interne, Pôle Gériatrie, CHU de Toulouse
2 Service de médecine B, CHU de Nancy,
Vandœuvre-lès-Nancy
3 Service de court séjour gériatrique, Hôpital de la
Cavale Blanche, CHU de Brest
4 Service de gériatrie, Hôpital Sainte-Perine,
Paris
5 Service de médecine interne et gérontologie
clinique, CHU de Reims
6 Service de médecine interne-gériatrie, CHU
Lyon-Sud, Pierre-Bénite
7 Pôle de gérontologie clinique, CHU de Nantes
8 Université Paris 13, Bobigny
9 Service de gérontologie clinique, CHU de
Saint-Étienne
10 Service de gérontologie, Centre hospitalier
Broca-La Rochefoucault, Paris
11 Pôle de gérontologie clinique, CHU de
Montpellier
12 Service de gérontologie clinique et médecine
interne, Pôle gériatrie, Casselardit, CHU de Toulouse
13 Centre gérontologique départemental, Marseille
14 Délégation de la Société française de gériatrie et
gérontologie, Suresnes
Tirés à part. : G. Berrut
Points clés
- •. La fragilité de la personne âgée est un syndrome
clinique.
- •. Son dépistage est pertinent pour les personnes âgées
autonomes pour les activités de base de la vie quotidienne.
- •. Plusieurs critères cliniques ont été proposés pour
définir la fragilité, mais un consensus international reste à
établir.
Le terme de fragilité est utilisé de longue date par les
médecins pour qualifier l’état de vulnérabilité de leurs patients
mais son sens a évolué aux dernières décennies. Ce terme désignait,
dans les années 1970, la nécessité d’une institutionnalisation et
d’aide permanente. Dans les années 1980, la fragilité désigne plus
largement l’incapacité. Avec les premiers travaux portant sur
l’évaluation gériatrique standardisée, la fragilité traduit une
situation plus complexe, à la fois médicale et sociale. Les travaux
plus récents issus de l’observation de grandes cohortes de
personnes âgées ont permis de préciser les contours d’une fragilité
qui représenterait un risque à venir (de déclin fonctionnel, de
dépendance, et d’événements péjoratifs tels que les chutes, les
fractures, les hospitalisations, les entrées en institution et le
décès) plutôt qu’une condition particulière.
La comorbidité représente dans le champ sanitaire à la fois une
cause et une conséquence de la fragilité selon que l’on situe la
fragilité comme un modèle de vieillissement normal à risque ou
comme une condition intermédiaire entre un vieillissement normal et
un vieillissement pathologique.
Modèle de compréhension
Les modèles d’étude de type épidémiologie de vie (Life course
epidemiology) permettent de proposer un modèle associant 4
aspects du vieillissement qui sont à la fois distincts et
associés : la sénescence, les comorbidités, les incapacités et
la fragilité. La fragilité traduit le cumul et les interactions
d’un déclin de diverses fonctions physiologiques (telles que les
fonctions neuromusculaires et endocriniennes) apparaissant au long
de la vie.
Définition de la fragilité de la personne âgée
La fragilité est un syndrome clinique. La fragilité se définit
par une diminution des capacités physiologiques de réserve qui
altère les mécanismes d’adaptation au stress. Son expression
clinique est modulée par les comorbidités et des facteurs
psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux. Le
syndrome de fragilité est un marqueur de risque de mortalité et
d’évènements péjoratifs, notamment d’incapacités, de chutes,
d’hospitalisation et d’entrée en institution.
L’âge est un déterminant majeur de fragilité mais n’explique pas
à lui seul ce syndrome.
La prise en charge des déterminants de la fragilité pourrait
réduire ou retarder ses conséquences, mais actuellement le niveau
de preuve pour une telle efficacité est faible. Ainsi, la fragilité
s’inscrirait dans un processus potentiellement réversible.
Aspects conventionnels d’une définition
La fragilité qui est présente dans tous les modes de
vieillissement, du vieillissement usuel au vieillissement
pathologique, trouve sa pertinence clinique dans sa présentation
d’allure asymptomatique. Le diagnostic du syndrome de fragilité
permet de révéler un risque qui n’est pas manifeste au regard du
praticien ou du soignant non gériatre dans sa prise en charge
usuelle. Afin d’être distingué de la dépendance et des autres
situations de perte d’autonomie fonctionnelle et de se rapprocher
au mieux du vieillissement usuel, il est proposé de ne considérer
le syndrome de fragilité que chez les sujets âgés de plus de 65 ans
ne présentant pas d’altération des capacités fonctionnelles de base
de la vie quotidienne telles que l’on peut les évaluer par
l’échelle Activity daily living (ADL) de Katz.
Afin de s’affranchir de la variabilité simultanée du niveau de
vulnérabilité et du niveau d’agression qui sont inter-dépendants,
il convient de situer le syndrome de fragilité dans une situation
fréquente d’agression ou de stress (opération réglée d’une
coxarthrose, tumorectomie pour cancer du sein, pneumopathie non
compliquée, veuvage, isolement social, conditions climatiques,
dégradation rapide des conditions économiques, par exemple).
Physiopathologie
Il n’existe pas de consensus sur le ou les processus
physiologique(s) conférant un syndrome de fragilité à une personne
âgée. La fragilité s’intégrerait dans une évolution défavorable du
métabolisme énergétique ayant pour conséquence une diminution des
réserves fonctionnelles, en particulier musculaires, et une moindre
capacité à équilibrer les apports nutritionnels aux besoins. Une
expression clinique classique de la fragilité serait la sarcopénie.
Dans cette situation, la réduction de l’activité physique se
traduit rapidement par une diminution de la réserve
fonctionnelle.
Plusieurs autres mécanismes sont habituellement proposés tels
qu’un état inflammatoire chronique, des altérations des mécanismes
de régulation endocriniens (hormones stéroïdes et sexuelles
notamment), ou encore une augmentation de l’activité
procoagulante.
D’autres auteurs intègrent parmi les mécanismes
physiopathologiques et les facteurs impliqués dans le syndrome de
fragilité, l’altération des fonctions cognitives, mais aussi les
dimensions psychologiques de vécu de l’âge ou les conditions
environnementales ou socio-économiques. Toutefois, l’intégration de
ces facteurs dans le syndrome de fragilité n’est pas consensuelle à
l’heure actuelle.
Critères de définition syndromique
Parmi les nombreux outils simples ou composites actuellement
proposés pour porter un diagnostic de fragilité chez un patient, la
plupart sont longs à réaliser et parfois sans validation adaptée.
Idéalement, l’outil devrait être fiable, validé, acceptable,
sensible (pas nécessairement spécifique), peu coÛteux, sÛr, rapide
et simple d’utilisation. Plusieurs outils peuvent être élaborés
selon leur lieu d’utilisation, tels que la consultation de médecine
de proximité ou d’urgence, ou de spécialités non gériatriques.
Deux classes de critères de fragilité sont validées :
- –. les critères fondés sur une physiopathologie
énergétique et motrice, appelée également phénotype de fragilité.
Ils comprennent : la perte de poids, la vitesse de marche
lente, la sensation de fatigue, psychique et physique
(energy), la faiblesse musculaire et la sédentarité. Trois
au moins de ces cinq items doivent être présents ;
- –. les critères fondés sur l’intégration de facteurs
cognitifs et sociaux, regroupés sous le terme de fragilité
multi-domaines. Ils comprennent plusieurs domaines : la
cognition, l’humeur, la motivation, la motricité, l’équilibre, la
continence urinaire, les capacités pour les activités de la vie
quotidienne, la nutrition, la condition sociale et les
comorbidités.
Quel que soit le modèle utilisé, certaines composantes cliniques
apparaissent déterminantes pour définir le syndrome de fragilité au
point que certains items sont avancés comme pouvant, à eux seuls,
définir la fragilité d’un sujet âgé. On peut ainsi citer :
- –. les faibles performances fonctionnelles (vitesse de
marche lente, score diminué au Short physical performance
battery (SPPB), faiblesse de la force de
préhension) ;
- –. la fatigue (au sens de réduction de la sensation
d’énergie avec une composante physique et psychique) ;
- –. la vulnérabilité socio-économique.
Conséquences de la fragilité
La fragilité est un syndrome regroupant divers facteurs qui
permettent d’évaluer un degré de risque. Les conséquences du
syndrome de fragilité sont clairement identifiées. Elles sont
d’ailleurs fréquemment intégrées dans la définition conceptuelle du
syndrome de fragilité.
Parmi les événements classiquement observés, quel que soit le
modèle définissant le syndrome de fragilité, on cite :
- –. la mortalité globale ;
- –. le déclin fonctionnel ;
- –. la chute ;
- –. l’hospitalisation ;
- –. l’entrée en institution ou autre changement de lieu
de vie.
Situation de détection du syndrome de fragilité
Malheureusement, la fragilité d’une personne âgée n’est
actuellement que rarement détectée en population générale. Son
diagnostic se fait, le plus souvent, dans un contexte de stress, au
décours d’un événement somatique ou psychologique aigu ou lors
d’une prise en charge programmée (notamment lorsqu’elle se situe
dans un milieu spécialisé non gériatrique). Dans ce contexte, la
présence du syndrome de fragilité se manifeste par la survenue de
complications qui traduisent l’incapacité de la personne âgée de
faire face à l’épreuve vécue, du fait de ses faibles réserves
physiologiques et fonctionnelles. Le dépistage de la fragilité est
donc important avant que les complications ne surviennent.
Des travaux de recherche clinique ont souligné que les sujets
âgés de plus de 75 ans ne présentant pas de difficulté pour les
activités simples de la vie quotidienne (ADL), mais présentant des
difficultés débutantes pour les activités instrumentales (IADL) de
la vie quotidienne sont de bons candidats au dépistage du syndrome
de fragilité (figure 1). En cas
de diagnostic de fragilité, une évaluation gériatrique standardisée
et l’organisation d’un programme d’intervention sont alors
particulièrement pertinentes. Le test de dépistage du syndrome de
fragilité doit être adapté au contexte (consultation de médecine
générale, travail de recherche clinique…), être faisable pour
l’observateur et acceptable pour le patient. Il doit présenter les
qualités de validation attendues. Compte tenu de ces exigences, de
nombreux travaux soulignent l’intérêt de la vitesse de marche (test
de marche sur 4 mètres). La présence du syndrome de fragilité devra
conduire à une évaluation non seulement des différentes composantes
multi-domaines de la fragilité, mais aussi de l’évaluation des
risques de déclin fonctionnel, d’entrée dans la dépendance,
d’événements péjoratifs dans le contexte considéré.
Plusieurs aspects doivent être précisés pour que le concept de
fragilité de la personne âgée puisse se traduire par des
recommandations à mettre en œuvre dans la pratique gériatrique et
gérontologique.
1- Constitution d’un outil simple de repérage de la
fragilité :
- –. sur quel modèle ?
- –. pour quelle utilisation ?
2- Pertinence de la fragilité pour l’évaluation :
- –. d’anciens et de nouveaux traitements en
gériatrie ;
- –. de procédures de soins ;
- –. de filières de prise en charge médicale et sociale en
population générale.
3– Place de la fragilité dans la prévention :
- –. peut-on proposer le dépistage et la prise en charge
de la fragilité comme approches pertinentes de la prévention de la
dépendance ?
- –. le syndrome de fragilité peut-il être proposé pour
initier des campagnes de prévention par l’évaluation gériatrique
standardisée ou de dépistage de certaines maladies (maladie
d’Alzheimer, cancer…).
L’ensemble de ces aspects sera l’objet d’un séminaire de travail
sous l’égide à la fois de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), de l’International association of geriatry and
gerontology et de la Société française de gériatrie et
gérontologie.
Conflits d’intérêts: aucun.
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