ARTICLE
pnv.2011.0256
Auteur(s) : ANTOINE VANIER1 antoine.vanier@chu-nantes.fr,
CÉCILE PAILLE1, HÉLÈNE ABBEY1, GILLES BERRUT2, PIERRE LOMBRAIL1, LEÏLA MORET1
1 Service d’évaluation médicale et d’éducation
thérapeutique,
PIMESP, CHU de Nantes
2 Pôle de gérontologie clinique,
CHU de Nantes
Tirés à part : A. VANIER
Points clés
- • Le risque iatrogénique médicamenteux chez le sujet âgé est
considéré comme étant de fréquence et de sévérité élevées.
- • Peu d’études ont évalué la conformité des prescriptions de
sortie vis-à-vis du risque iatrogénique en population hospitalière
selon plusieurs outils.
- • La conformité des prescriptions médicales de sortie selon les
critères du Collège professionnel des gériatres français était de
73,7 %.
- • Une substance figurant dans les critères de traitement
inapproprié de Beers était observée sur la prescription de sortie
de 23 % des patients.
- • Si les résultats apparaissent satisfaisants au vu des
différents outils utilisés, il apparaît nécessaire de renforcer
l’information des prescripteurs pour les risques identifiés.
La iatrogénie médicamenteuse chez le sujet âgé et ses
conséquences sont des préoccupations de santé publique, de par leur
fréquence, leur sévérité et leur coÛt. Les évènements indésirables
liés aux médicaments sont potentiellement responsables de dommages
physiques, et accélèrent le déclin intellectuel lié à l’âge [1-3].
Plusieurs études étrangères [4, 5] indiquent que chez les
sujets âgés, les événements indésirables médicamenteux représentent
5,2 à 16,6 % des hospitalisations, parmi elles 70 à 80 %
étant potentiellement évitables. De plus, les hospitalisations
consécutives à des évènements indésirables médicamenteux sont
quatre fois plus fréquentes chez les sujets âgés comparés aux plus
jeunes [4].
En conséquence, il est apparu nécessaire de développer des
outils permettant une meilleure évaluation du risque iatrogénique
médicamenteux chez le sujet âgé. En effet, l’acte de prescription
dans cette population s’effectue dans un contexte
particulier : modifications de pharmacocinétique et
pharmacodynamique, association de comorbidités dont notamment une
altération de la fonction rénale [6-9]. On peut citer l’élaboration
sur plusieurs versions des critères de Beers [10] aux États-Unis,
dont la première publiée en 1991. Ces critères établissent une
liste des substances ou classes thérapeutiques considérées comme
étant inappropriées chez le sujet âgé, au vu de leur balance
bénéfice/risque, et en présence d’alternatives thérapeutiques
supposées plus sÛres. Ces critères appliqués à la cohorte française
3Cstudy [11], sur 9 294 sujets de plus de 65 ans, ont mis en
évidence une prescription d’au moins un médicament inapproprié chez
40 % des participants : les principales substances
incriminées étant les vasodilatateurs cérébraux et les
benzodiazépines de longue durée de vie.
La prescription de médicaments ayant des propriétés
anticholinergiques est citée dans la littérature, comme source
potentielle de risque iatrogénique médicamenteux chez le sujet âgé.
Rudolph et al. [12] ont montré que les sujets ayant un score
égal ou supérieur à 3 à l’Anticholinergic Risk Scale (ARS),
présentaient un risque relatif de 1,5 à 1,9 de survenue d’un
événement indésirable médicamenteux, lié aux propriétés
anticholinergiques, par rapport aux patients ayant un score
inférieur à 3.
D’autres éléments peuvent être cités : le Collège
professionnel des gériatres français (CPGF) a proposé pour la Haute
autorité de santé (HAS) une grille [13] aidant à l’analyse
succincte d’ordonnances, selon des principes généraux à respecter
pour le sujet âgé. En outre, les risques liés à la prescription des
médicaments à marge thérapeutique étroite (MTE), définis comme des
substances dont la marge entre la dose minimale efficace et la dose
de survenue d’effets indésirables est faible, sont aussi
classiquement mis en avant.
Enfin, dans la troisième itération de la procédure de
certification des établissements de santé de la HAS, un critère
spécifique (20.b) est consacré à la prévention de la iatrogénie
médicamenteuse chez le sujet âgé.
Ainsi, au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, dans
le cadre de l’auto-évaluation préalable à la visite de
certification, une évaluation des pratiques de prescription
médicamenteuse, concernant le traitement de sortie, chez le sujet
âgé de 80 ans ou plus, a été réalisée. L’objectif poursuivi
était d’évaluer la conformité des prescriptions de sortie, et
d’identifier des pratiques à risque iatrogénique médicamenteux, en
vue d’améliorer les pratiques de prescription dans cette population
(particulière) à risque.
Méthodologie
Une étude observationnelle rétrospective a été réalisée via les
comptes-rendus d’hospitalisation électroniques (CRH) des patients
sélectionnés. Pouvait être inclus dans l’étude tout patient âgé de
80 ans ou plus, hospitalisé lors du second semestre 2009 au CHU de
Nantes, dans un service d’hospitalisation conventionnelle de court
séjour de médecine, pour une durée de séjour égale ou supérieure à
trois jours, en mono-séjour, excluant les séjours en soins de
suite, dont la destination à la sortie était le domicile ou un
établissement médico-social. Un échantillon aléatoire de
170 séjours stratifié par service (13 services) a été
constitué, pour des raisons de faisabilité, sur la base exhaustive
de 1 404 séjours répondant aux critères d’inclusion, sur la
période concernée, soit 12,1 % de la population source.
Le recueil des données a été effectué par un enquêteur, à l’aide
d’une grille de recueil établie en référence à la littérature
internationale. L’analyse portait sur les traitements de sortie
mentionnés dans les CRH informatiques.
Il a été recueilli ou analysé pour chaque séjour :
- – des caractéristiques des patients inclus : âge, sexe,
durée de séjour, nombre de spécialités prescrites ;
- – la vérification des critères d’études généraux du CPGF
[13] : ces critères ont été établis dans le but d’analyser
rapidement une ordonnance d’un patient âgé, afin de détecter
certaines situations à risque de iatrogénie
médicamenteuse ;
- – la recherche de substances listées dans les critères de Beers
[14] : la dernière révision de la liste a été adaptée en
français, en vérifiant la disponibilité des dénominations communes
internationales (DCI) sur le marché français, via le
Vidal® électronique, des substances mentionnées. Les
critères utilisés sont indépendants du diagnostic posé ;
- – la recherche de substances inscrites dans la liste de l’ARS
[12] : cette grille établit une liste de DCI présentant des
risques d’effets indésirables médicamenteux liés à des effets
anticholinergiques. Elle attribue à chaque DCI un score allant de 1
à 3 points. Un score global est ainsi calculé pour chaque patient.
Une adaptation en français de la grille a été effectuée (selon la
même méthode que pour les critères de Beers) ;
- – la vérification de l’adaptation du traitement de sortie à la
fonction rénale du sujet : premièrement, il a été recherché la
présence dans le CRH, ou dans le serveur de résultats biologiques,
d’un dosage de la créatininémie, ainsi qu’un calcul de la clairance
de la créatinine. La clairance de la créatinine a été recalculée,
pour chaque patient, selon la formule modification of the diet
in renal disease (MDRD) [15]. Les valeurs utilisées
correspondent à la dernière valeur retrouvée lors du séjour. Une
liste de 42 DCI et classes pharmaceutiques ou thérapeutiques a
été établie, comme étant des substances usuellement prescrites chez
le sujet âgé, devant être adaptées à la fonction rénale du sujet.
Cette liste est une version adaptée de celle utilisée dans l’étude
de Pillot et al. [16], en l’absence de l’existence d’un « gold
standard » ;
- – la prescription de MTE : en l’absence d’une liste
consensuelle, nous avons considéré les substances suivantes :
anticonvulsivants, digitaliques, anticoagulants, lithium,
sulfamides hypoglycémiants, hormones thyroïdiennes, antithyroïdiens
de synthèse. Il a été recherché la présence de ces substances dans
le traitement de sortie, la réalisation lors du séjour d’un dosage
biologique associé, et l’adéquation de la dose prescrite en
fonction du résultat du dosage le plus proche de la sortie du
patient, si celui-ci était réalisé.
L’analyse descriptive des données a été réalisée via le logiciel
PASW Statistics® 18.0. L’unité statistique était la
prescription.
Résultats
Sur les 170 séjours inclus, le CRH électronique a été retrouvé
chez 165 patients (97,1 %). Sur ces 165 CRH, 152
(92,1 %) mentionnaient le traitement de sortie (soit
89,4 % des 170 patients initiaux).
L’échantillon des 152 patients analysés était constitué de
56 hommes (36,8 %) et 96 femmes (63,2 %), d’un
âge moyen de 85,2 ± 4,1 ans (de 80 à 99 ans). La durée médiane
de séjour était de 7,5 jours (de trois à 61 jours). Le
traitement de sortie comprenait en moyenne huit spécialités
(médiane à 8, de 1 à 16).
Critères d’études généraux du traitement de sortie selon les
items du Collège professionnel des gériatres français
Les résultats sont présentés dans le tableau
1.
Tableau 1 Résultats selon les critères du Collège professionnel
des gériatres français (CPGF) (n = 152).
Results using “CPGF”’s criteria (n = 152).
| Le traitement de sortie mentionné dans le CRH ne
comprend |
Oui (%) |
Non (%) |
| Pas plus de 2 psychotropes |
146 (96,1) |
6 (3,9) |
| Pas plus de 1 benzodiazépine |
149 (98,0) |
3 (2,0) |
| Pas plus de 1 AINS |
152 (100,0) |
0 (0,0) |
| Pas de vasodilatateurs cérébraux |
146 (96,1) |
6 (3,9) |
| Pas d’association contre-indiquée |
152 (100,0) |
0 (0,0) |
| Pas d’association illogique |
149 (98,0) |
3 (2,0) |
| Pas 2 médicaments de même classe
pharmacologique |
146 (96,1) |
6 (3,9) |
| Pas de médicaments sous forme de gouttes
buvables |
140 (92,1) |
12 (7,9) |
| Précise la dose journalière |
148 (97,4) |
4 (2,6) |
| Précise la répartition de la dose |
137 (90,1) |
15 (9,9) |
Les critères les moins respectés étaient :
- – la mention de la répartition journalière de la dose, non
précisée dans 15 CRH (9,9 %), alors que la mention de la dose
journalière n’était manquante que dans quatre cas
(2,6 %) ;
- – la prescription de médicaments sous forme de gouttes
buvables, retrouvée dans 12 cas (7,9 %). Cela concernait
chez huit patients une prescription de psychotropes ;
- – la prescription de deux substances de même classe
pharmacologique, retrouvée chez six patients (3,9 %). Outre
trois prescriptions conjointes de deux benzodiazépines
(2,0 %), étaient observées celles de deux sartans
(n = 1), ou de deux antihistimaniques H1
(n = 2) ;
- – la prescription d’un vasodilatateur cérébral, retrouvée pour
six patients (3,9 %) ;
- – la prescription de deux substances dont l’association est
illogique, retrouvée chez trois patients (2,0 %) : dans
chaque cas, prescription conjointe d’un bêta2-mimétique et d’un
bêta-bloquant.
Cependant, aucun patient ne présentait la prescription conjointe
de deux médicaments dont l’association est formellement
contre-indiquée ou fortement déconseillée. De même, aucun patient
ne présentait une prescription de plus d’un anti-inflammatoire non
stéroïdien.
Au total, chaque critère était respecté pour au moins 90 %
des patients. L’ensemble des critères était respecté pour 112
(73,7 %) des 152 patients étudiés.
Critères de Beers indépendants du diagnostic
Sur les 152 patients étudiés, 35 (23,0 %) présentaient la
prescription d’au moins une substance comprise dans la liste des
critères de Beers. Dans 32 cas, cela concernait la prescription
d’une substance ; dans trois cas, la prescription de deux
substances (tableau 2).
Tableau 2 Substances retrouvées chez 35 patients faisant partie
des critères de Beers.
Medications listed in Beer's criteria, found among
35 inpatients.
| Substance |
Effectifs (%) |
| Amiodarone |
18 (51,4) |
| Benzodiazépines de demi-vie supérieure à
20 h |
7 (20,0) |
| Antihistaminiques H1 anticholinergiques |
5 (14,3) |
| Méprobamate |
2 (5,7) |
| Fluoxétine |
2 (5,7) |
| Propoxyphène |
1 (2,8) |
| Antidépresseurs tricycliques |
1 (2,8) |
| Nitrofurantoïne |
1 (2,8) |
| Antispasmodiques anticholinergiques |
1 (2,8) |
Les substances listées dans les critères de Beers sont
présentées dans le tableau 2 : les
principales substances constatées étaient l’amiodarone dans
18 cas (51,0 % de toutes les substances listées dans les
critères de Beers retrouvées chez les patients), les
benzodiazépines de demi-vie supérieure à 20 h dans sept cas
(20,0 %).
Recherche de substances listées dans l’Anticholinergic Risk
Scale
Vingt-huit patients (18,4 %) présentaient la prescription
d’au moins une substance à effet anti-cholinergique inscrite dans
l’ARS, 24 (15,8 %) la prescription d’une substance, 4
(2,6 %) la prescription de deux substances.
Le score moyen global à l’ARS des 152 patients étudiés est de
0,34 ± 0,91 pour une étendue de 0 à 5. La répartition du score
global à l’ARS chez les patients ayant un score positif est
présentée dans la figure 1.
Les principales molécules prescrites étaient la paroxétine (huit
prescriptions [25 % des substances listées]), la
carbidopa-lévodopa (six [18,75 %]), et l’hydroxyzine (quatre
[12,5 %]). Dix-neuf (59,4 %) des 32 prescriptions
retrouvées dans l’ARS concernaient des substances cotées à un
point.
Adaptation des posologies à la fonction rénale
Une mesure de la créatininémie était relevée en cours de séjour
pour 151 patients. Cinquante-sept CRH faisaient directement
mention de la valeur de la créatinémie (37,5 % des cas). Pour
les 94 autres patients, la valeur a été notée dans le serveur de
résultats biologiques. Un calcul de clairance de la créatinine
était mentionné dans le CRH dans 12 cas (8 %). Huit
patients (5,3 %) étaient en insuffisance rénale sévère, une
mention de la clairance de la créatinine dans le CRH était présente
dans deux cas. Cette mention a été observée pour les huit patients
(5,3 %) en insuffisance rénale terminale.
Cent vingt-six patients (82,9 %) présentaient au moins une
spécialité dont la posologie devait être adaptée à la fonction
rénale, selon la grille établie pour l’étude. Cela concernait par
patient de un (dans 64 cas [42,1 %]) à quatre spécialités
(dans six cas [3,9 %]).
Les principales substances retrouvées, devant être adaptés à la
fonction rénale, étaient le paracétamol (n = 44 [34,9 %]), les
inhibiteurs de l’enzyme de conversion (43 [34,1 %]), la
fluinidione (27 [21,4 %]), l’hydrochlorothiazide (26
[20,6 %]).
Sur les 126 patients présentant au moins une spécialité dont la
posologie devait être adaptée à la fonction rénale, neuf
(7,1 %) avaient au moins une substance dont la posologie
n’était pas correctement adaptée selon les recommandations du
Vidal®. Pour un patient, cela concernait trois
spécialités. Les substances dont la posologie n’était pas adaptée
sont présentées dans le tableau 3.
Tableau 3 Substances retrouvées dont la posologie n’est pas
adaptée à la fonction rénale chez neuf patients.
Medications for which an overdose was determined, considering
renal function, among nine inpatients.
| Substance |
Effectifs (%) |
| Allopurinol (Zyloric®) |
5 (33,3) |
| IEC |
2 (13,3) |
| Metformine |
2 (13,3) |
| Fluinidione (Previscan®) |
1 (6,7) |
| Fluoroquinolones |
1 (6,7) |
| Hydrochlorothiazide |
1 (6,7) |
| Midodrine (Gutron®) |
1 (6,7) |
| Rilménidine (Hyperium®) |
1 (6,7) |
| Tramadol (Topalgic®) |
1 (6,7) |
Médicaments à marge thérapeutique étroite
Sur les 152 patients étudiés, il était prescrit au moins une
spécialité considérée comme à marge thérapeutique étroite pour 52
(34,2 %) d’entre eux, soit la prescription de 77 spécialités.
Un dosage biologique a été réalisé dans 52 cas (67,5%). Les
spécialités colligées sont décrites dans le tableau 4.
Tableau 4 Substances considérées à marge thérapeutique étroite
retrouvées chez 52 patients.
Medications considered as tight therapeutic edge, found among
52 inpatients.
| Classe |
Substance |
Effectifs (%) |
| Anticoagulants |
Fluinidione |
27 (51,9) |
|
| Warfarine |
9 (17,3) |
|
| Enoxaparine |
2 (3,8) |
|
| Calciparine |
2 (3,8) |
|
| Tinzaparine |
1 (1,9) |
|
| Total |
41 (78,9) |
| Digitaliques |
Hémigoxine |
16 (30,8) |
| Anticonvulsivants |
Lévétiracétam |
5 (9,6) |
|
| Carbamazépine |
1 (1,9) |
|
| Dépakine |
1 (1,9) |
|
| Topimarate |
1 (1,9) |
|
| Valpromide |
1 (1,9) |
|
| Total |
9 (17,3) |
| Hormones thyroïdiennes |
Lévothyroxine |
9 (17,3) |
| Sulfamides hypoglycémiants |
Glibenclamide |
1 (1,9) |
|
| Glimépiride |
1 (1,9) |
|
| Total |
2 (3,8) |
Les dosages non réalisés concernaient : la digoxinémie
(n = 9), les anticonvulsivants (n = 5),
l’international normalized ratio (INR) (n = 2), la
thyréostimuline (TSH) (n = 1).
Sur 52 dosages biologiques, 23 (44,2 %) présentaient un
résultat démontrant que la posologie était inadaptée, ce qui
concernait 21 patients (47,7 % des patients chez lesquels
une prescription de MTE a été notée).
Les dosages indiquant une posologie inadaptée concernaient la
fluinidione (15 sous-dosages et 5 sur-dosages), la lévothyroxine (2
sous-dosages), et l’hémigoxine (un sous-dosage).
Chez les 21 patients présentant au moins un dosage inadapté
d’une substance, on retrouvait dans le CRH, un commentaire faisant
mention de la nécessité d’une adaptation thérapeutique ultérieure,
de la ou les substances considérées, dans 13 (61,9 %) cas.
Discussion
L’ensemble des critères du CPGF était respecté dans 73,7 %
des cas. Si on y adjoint les critères de Beers, les critères
étaient respectés dans 60,5% des cas. Enfin, en prenant en compte
l’adaptation de la posologie à la fonction rénale, les critères
étaient respectés dans 58,6 % des cas.
Les 152 patients étudiés étaient traités en moyenne par huit
spécialités différentes. Concernant les résultats liés aux critères
du CPGF, l’ensemble des critères était respecté pour 73,7 %
des patients de l’étude, ce que nous pouvons considérer comme
satisfaisant (il n’y a cependant pas d’éléments de comparaison dans
la littérature). De même, chaque critère était respecté
indépendamment au minimum dans 90 % des cas. On peut souligner
une conformité excellente vis-à-vis de la non-prescription de plus
de deux psychotropes (96,1 %), ou de plus d’une benzodiazépine
(98,0 %), la prescription de psychotropes étant une source
importante de iatrogénie médicamenteuse chez le sujet âgé [17].
Concernant la mention de la répartition de la dose journalière,
les résultats apparaissent plus modérés. Ils doivent cependant être
interprétés avec prudence, car l’étude se base sur les éléments
disponibles sur le CRH, et non sur l’ordonnance de sortie.
En retirant ce critère, ainsi que celui concernant la précision
de la dose journalière, l’ensemble des critères était respecté pour
124 patients (81,6 %).
L’étude 3C Study [10] réalisée sur une cohorte de
9 294 sujets français de plus de 65 ans vivant à
domicile, constate que 40 % de sujets avaient une substance
listée dans les critères de Beers, avec une prépondérance des
vasodilatateurs cérébraux (21,3 %) et des benzodiazépines à
longue demie-vie (9,2 %). Notre étude retrouvait un résultat
inférieur : 27,1 % des CRH présentaient une substance
faisant partie des critères de Beers (après ajout de la
prescription des vasodilatateurs cérébraux, qui font partie des
critères de Beers, mais pris en compte dans notre étude comme
éléments des critères du CPGF). Le résultat est nettement plus
faible concernant les vasodilatateurs cérébraux seuls :
3,9 % versus 21,3 %. Il faut cependant souligner
que les sujets suivis dans la cohorte 3C Study, ont été recrutés
avant les avis de la commission de transparence de la HAS de 2004 à
2006, concluant à l’inefficacité de ces substances.
Si l’on exclut des résultats les vasodilatateurs cérébraux,
alors les pourcentages sont proches : 23,0 % dans notre
étude versus 21,7 % dans la 3C Study.
Nous avons observé une plus faible prescription de
benzodiazépines à longue demi-vie (4,6 % des patients
versus 9,2 %), traduisant éventuellement une évolution
des recommandations. Cependant, dans notre étude, 51,4 % des
prescriptions listées dans les critères de Beers étaient liées à
l’amiodarone, substance qui n’était pas encore présente dans la
liste des critères de Beers utilisée dans la 3C Study.
L’étude, sur laquelle se base le développement de l’ARS [11],
indique qu’un score égal ou supérieur à 3 correspond à un risque
relatif situé entre 1,3 et 1,9 de subir des effets indésirables de
type anticholinergique, par rapport à ceux ayant un score inférieur
à 3. Dans notre étude, 4,6 % des sujets présentaient un score
à l’ARS égal ou supérieur à 3, ce qui apparaît comme plus faible
que dans les cohortes utilisées pour la construction de l’outil
(entre 7 et 22,7 %). De plus, 81,6 % des patients de
l’étude présentaient un score égal à 0. Cependant, les deux
populations sont peu comparables (les cohortes originales étaient
composées uniquement de patients masculins suivis en
ambulatoire).
Concernant l’adaptation des posologies à la fonction rénale, les
posologies étaient adaptées pour 117 (92,9 %) des 126
patients. Une étude [18] réalisée sur 419 patients à l’admission
dans un service d’accueil d’urgence d’un CHU français, a relevé que
16 % des patients de plus de 70 ans qui s’y présentaient
avaient au moins une prescription dont la posologie était inadaptée
à la fonction rénale. Notre étude retrouvait des résultats plus
faibles, potentiellement liés au fait que notre étude portait sur
des sujets hospitalisés, ayant bénéficié d’une réévaluation de
leurs thérapeutiques. Malgré tout, notre étude a relevé deux
contre-indications formelles (metformine).
Selon la liste définie pour l’étude, 34,2 % des patients
présentaient, à la sortie de l’hospitalisation, un médicament
considéré comme à MTE : les anticoagulants en représentaient
la grande majorité (78,9 %). Un dosage biologique lié aux
anticoagulants oraux a été réalisé chez 94,4 % des
36 patients concernés. Près d’un patient sur deux
(45,5 %), présentait un dosage inadapté, en grande majorité un
sous-dosage de fluinidione. On peut néanmoins constater que dans
61,9 % des cas, cela était signalé sur le compte rendu
d’hospitalisation, à l’adresse du médecin traitant.
Notre étude présente plusieurs limites. L’évaluation a concerné
les CRH électroniques, pour des raisons de faisabilité, alors qu’un
retour aux dossiers aurait permis d’analyser plus finement
l’ordonnance de sortie. Du fait de la méthodologie de l’étude, les
résultats observés sont à interpréter comme des indicateurs de
l’existence de pratiques de prescription à risque iatrogénique dans
notre établissement, et non comme des valeurs d’incidence de ces
pratiques.
De plus, les variables mesurées et outils utilisés sont le
reflet de prescriptions jugées inadéquates car conférant un risque
iatrogénique : les évènements iatrogéniques réels n’ont pas
été mesurés. De même, l’objectif de l’étude ne portait pas sur la
pertinence médicale des prescriptions. L’étude n’évaluait pas
certaines pratiques de prescriptions inappropriées plus spécifiques
comme celles liées à une sur-prescription ou à une
sous-prescription.
Enfin, les outils utilisés sont indépendants de la pathologie
des patients étudiés, l’étude n’évaluait donc pas le risque
iatrogénique qui serait dépendant de la pathologie.
Conclusion
L’étude met en évidence que 58,6 à 73,7 % des prescriptions
de sortie analysées étaient conformes à différentes recommandations
de prescription chez le sujet âgé. L’étude souligne l’existence de
pratiques à risques, notamment selon les critères de Beers, et
souligne certains risques potentiels spécifiques (notamment liés
aux anticoagulants oraux).
Il convient de renforcer la sensibilisation des prescripteurs
face à ces risques, via la diffusion des résultats, et la
formation des professionnels aux particularités de prescription
chez le sujet âgé. Il apparaît de plus nécessaire d’envisager une
réflexion autour de la possibilité d’évaluation de ces pratiques de
prescription, chez le sujet âgé, dans d’autres services que
médicaux, notamment chirurgicaux, et d’effectuer une réévaluation à
distance après la mise en place d’actions d’amélioration.
Conflits d’intérêts: aucun.
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