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Douze années de suivi épileptologique et psychosocial d’un patient du Centre de lutte contre l’épilepsie à La Teppe


Epilepsies. Volume 21, Number 2, 204-6, avril-mai-juin 2009, Échanges paramédicaux

DOI : 10.1684/epi.2009.0230


Author(s) : Régine Vanoni, Gwenaëlle Le Moroux, Lydie Cellier, Marielle Prevos-Morgant, Didier Tourniaire , CLE, établissement médical de la Teppe, 26602 Tain l’Hermitage cedex, France.

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Auteur(s) : Régine Vanoni, Gwenaëlle Le Moroux, Lydie Cellier, Marielle Prevos-Morgant, Didier Tourniaire

CLE, établissement médical de la Teppe, 26602 Tain l’Hermitage cedex, France

Le Centre de lutte contre l’épilepsie (CLE) est la principale orientation de l’établissement médical de la Teppe à Tain l’Hermitage (Drôme) (figure 1). Il regroupe deux ensembles de services : l’unité d’observation neurologique (UON), service d’hospitalisation pour un ou deux mois, qui inclut trois lits d’EEG-vidéo et les services médico-éducatifs où le séjour peut durer quatre ans. La prise en charge globale réalisée au sein du CLE permet d’explorer et de traiter l’épilepsie puis d’élaborer un projet personnalisé pour chaque patient. La réalisation de ce projet nécessite un accompagnement au quotidien sur plusieurs années, poursuivi parfois après le départ du CLE.

Le parcours d’Hugo nous permet d’illustrer l’intrication des difficultés médicales, psychologiques et sociales et les réadaptations du projet réalisées pendant 12 années par plusieurs équipes devant la prise de conscience de ses difficultés.

Histoire médicale : le premier séjour

Hugo est né prématuré, au septième mois d’une grossesse gémellaire. Il a présenté une première crise à l’âge d’un mois, et son enfance a été ponctuée de crises généralisées tonicocloniques. À partir de l’âge de 22 ans, son traitement associe : Alepsal®, Di-Hydan®, Urbanyl®. Il fait alors une à deux crises partielles complexes par semaine, avec parfois généralisation secondaire. Hugo a été scolarisé jusqu’en cinquième. Il a travaillé en usine avant d’être licencié en raison de ses crises. Il présente des troubles psychologiques importants, avec un rituel de lavage des mains. Il néglige sa santé : il fume deux paquets de cigarettes par jour, consomme de l’alcool en excès, ainsi que du café avec huit sucres par tasse. Il vit chez ses parents.

Il est hospitalisé pour la première fois à l’UON à l’âge de 34 ans. Cette hospitalisation est nécessitée par une somnolence diurne excessive qui a elle-même entraîné une brûlure du membre supérieur droit. Il prend son traitement irrégulièrement, il peut dormir plusieurs jours, puis rattrape tout son traitement en retard en une seule prise …

À son arrivée, les dosages médicamenteux confirment l’intoxication au phénobarbital et à la phénytoïne. La posologie est réadaptée, puis du Tégrétol® est introduit. Nous assistons progressivement à son éveil et, en fin de séjour, seules persistent quelques crises brèves.

Au cours de ce premier séjour, Hugo ne souhaite pas participer aux ateliers thérapeutiques ; il est peu soucieux de son avenir et donne la priorité au traitement médical. Il repart donc ensuite au domicile de ses parents.

Histoire psychosociale : travail éducatif, restauration de l’estime de soi et confrontation à la réalité

Hugo est réhospitalisé à l’âge de 37 ans, toujours à l’UON, avec une demande d’insertion professionnelle. Il participe aux ateliers thérapeutiques pour évaluer ses capacités : il se montre rapidement motivé et fournit un travail appréciable. Il a toutefois des difficultés ponctuelles d’orientation spatiale et d’inhibition comportementale. En accord avec lui, la prise en charge se poursuit dans un service médico-éducatif. Il y reste 16 mois et confirme ses capacités d’adaptation et de travail en Établissement et service d’aide par le travail (ESAT). Il refuse alors toutefois de vivre dans le foyer de l’ESAT. L’observation de son comportement dans la vie quotidienne et ses relations aux autres conduit l’équipe éducative à suivre son avis et rechercher une structure extérieure.

Un essai de stage en entreprise ordinaire conduit à un échec : il se heurte aux problèmes de transport et à des problèmes relationnels. La confrontation à la réalité vient donc percuter le fragile équilibre qu’il construisait.

Un mois plus tard, il obtient sa notification COTOREP (actuelle MDPH) pour travailler en atelier protégé. Sa candidature n’est pas retenue à La Teppe, faute de place disponible. Il intègre un autre atelier protégé, à Avignon, à 150 km. Il n’y restera que quatre mois. Les mêmes problèmes relationnels et la solitude provoquent ce nouvel échec. Hugo a été dans l’impossibilité de se construire un nouveau réseau social. Il essaye alors d’intégrer un autre atelier protégé, mais malgré le bon contrôle de l’épilepsie, la médecine du travail lui a imposé des restrictions importantes pour l’utilisation des machines agricoles en espaces verts. Il revient dans la région sans emploi en nouvelle situation d’impasse psychosociale. Deux ans après son départ de La Teppe, il est réadmis dans un service médico-éducatif du CLE.

La « deuxième chance »

L’équipe lui propose de reprendre le projet initial (ESAT et foyer). Cette fois, Hugo accepte : il se sent en confiance et connaît mieux ses limites. Il fait un stage de trois mois à l’ESAT de La Teppe. Sa candidature est retenue, ce qui le stimule, et il accepte toutes les prises en charge qu’il avait refusé auparavant : orthophonie, soins dentaires et psychothérapie pendant quatre mois. Il accepte aussi la solution temporaire d’hébergement au foyer de l’ESAT de la Teppe. Il admet de tenter de corriger son trouble articulatoire qui le handicape dans sa communication. Les entretiens psychologiques lui permettent de retrouver confiance en lui après cet échec. Il reprend conscience de la nécessité du suivi médical. Il peut enfin intégrer, à l’ESAT, la section jardinage-bio. Il y rencontre son amie.

Un an après, il peut emménager dans un appartement dans la ville de Tain l’Hermitage. Il est suivi par le Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS). Il devient capable de construire des projets de vie commune.

Recrudescence de crises et rechute de l’anxiété

Après deux ans de vie sans problème dans cet appartement, à l’âge de 45 ans, Hugo présente chez lui un épisode de confusion avec agressivité envers son amie. Il n’en garde pas de souvenir. Il présente aussi des douleurs abdominales fréquentes pour lesquelles de multiples investigations sont normales (anxiété ?). Il entre donc à l’UON pour traiter ses problèmes psychologiques. Dès l’entrée, il se sent soulagé d’être entouré. Une psychiatre l’aide à réfléchir sur son mal-être actuel qu’il attribue à des tensions relationnelles avec son responsable d’atelier et certains camarades. Une simple aide médicamenteuse ponctuelle est prescrite. Il retourne chez lui 15 jours plus tard, beaucoup plus serein. Quelques mois après, devant un nouvel épisode de trouble comportemental, dans un grand contexte de grand « ras-le-bol » de sa maladie, Hugo accepte de passer deux semaines en EEG-vidéo pour comprendre ce qui revient à l’anxiété et à l’épilepsie. Sur le tracé EEG, des pointe-ondes temporales droites apparaissent dès qu’il somnole. Deux crises sont enregistrées. Elles sont initiées dans les régions temporales et frontales droites. Il existe une rapide propagation temporale gauche. Cliniquement, il présente une vocalisation intense, une dystonie du membre supérieur gauche, une rupture de contact et une aphasie. Il est très agité après la crise. Hugo est alors rassuré de comprendre que l’épisode d’agressivité qu’il a eu envers son amie était postcritique. L’adjonction de Keppra® se révèle très efficace. Il regagne son domicile, est toujours épaulé par le SAVS et peut reprendre sa vie normale. Actuellement, il ne fait plus de malaise. Il travaille à l’atelier maraîchage et vit en appartement avec son amie. Il apprécie son autonomie difficilement acquise.

Conclusion

Le CLE a pris en charge un patient qui se trouvait dans une situation initiale d’échec thérapeutique, puis dans une impasse psychosociale. Seul un échec a permis l’acceptation de la période transitionnelle de vie en foyer. L’accompagnement a duré 12 ans jusqu’à l’obtention d’une situation psychosociale stable. Tour à tour, Hugo a eu recours au neurologue pour adapter la thérapeutique de son épilepsie, et donc établir une relation avec le CLE, puis aux éducateurs d’atelier et assistantes sociales pour construire son projet. Après son échec en extérieur, le travail éducatif a porté surtout sur sa vie relationnelle, aidé par les psychiatres, la psychologue et l’orthophoniste. Pendant tout son séjour, éducateurs et infirmiers l’ont entouré au quotidien dans la gestion de l’anxiété et de l’hygiène de vie. La pluridisciplinarité du CLE est donc une richesse pour tous les patients atteints d’épilepsie chez qui la non-prise en compte des problèmes psychosociaux conduit à l’impasse comme l’a vécue Hugo.

Remerciements

Nous remercions Hugo d’avoir accepté de nous donner son témoignage.


 

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