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Diagnosis and management of epilepsy in adolescents


Epilepsies. Volume 21, Number 2, 123-36, avril-mai-juin 2009, Épilepsie et adolescence

DOI : 10.1684/epi.2009.0234

Résumé   Summary  

Author(s) : Catherine Allaire, Delphine Taussig , Service de pédiatrie, centre hospitalier de Rennes, hôpital Sud, 16, boulevard de Bulgarie, BP 90347, 35203 Rennes cedex, France, Epilepsiezentrum, Uniklinikum, 64, Breisacher Strasse, 79106 Freiburg, Allemagne.

Summary : An adolescent goes through a period of transformation and questioning. His quality of life may be modified if a paroxystic event compatible with an epileptic seizure occurs. The physician has to ascertain the diagnostic as soon as possible and to classify the seizure in an epileptic syndrome. The benign focal seizures, some reflex epilepsies and generalised idiopathic syndromes are specific to this age. Epilepsies of inborn origins can as well occur or be diagnosed first as this time. The adolescence is also the step when the treatment of a childhood epileptic disorder has to be questioned. Sometimes, medication can be stopped, as the epilepsy is no more active. On the contrary, treatment has to be increased when the consequences of the disease become to be troublesome. When the drugs interfere with oral contraception, or other social aspects, the treatment has to be modified. The management of generalised cryptogenic or symptomatic epilepsies has to be reassessed regularly during adolescence because even severe epilepsies may have a favourable outcome, spontaneously or with the help of new treatments.

Keywords : adolescent, epilepsy, diagnostic, treatment, prognosis

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ARTICLE

Auteur(s) : Catherine Allaire1, Delphine Taussig2

1Service de pédiatrie, centre hospitalier de Rennes, hôpital Sud, 16, boulevard de Bulgarie, BP 90347, 35203 Rennes cedex, France
2Epilepsiezentrum, Uniklinikum, 64, Breisacher Strasse, 79106 Freiburg, Allemagne

L’adolescent vit une transformation majeure de son corps, de ses affects, de sa place dans la famille, dans la société. Il (ou elle) se trouve à un carrefour d’orientations scolaires et préprofessionnelles, d’apprentissages à l’autonomie (conduite), de choix de vie (contraception, grossesse, hygiène de vie). Son suivi médical est également dans une phase charnière entre la pédiatrie et la médecine adulte. Dans cette transformation individuelle majeure, l’adolescent est plus vulnérable à l’irruption d’une maladie chronique qui remet en question certains choix de sa vie quotidienne.

C’est le seul âge de la vie où la consultation impose souvent de voir le patient alternativement seul et avec son entourage, ce qui est souvent le seul moyen de ne pas négliger un point diagnostique ou thérapeutique décisif.

Dans une première partie, nous exposerons les enjeux diagnostiques et de prise en charge posés plus spécifiquement par la survenue d’un épisode paroxystique suspect de crise ou d’une épilepsie dans la période de l’adolescence. Ensuite, seront abordés les problèmes posés par la phase de transition d’une épilepsie de l’enfance à l’âge adulte pendant la période pubertaire.

Crise d’épilepsie inaugurale, mise en cause de la bonne santé

Diagnostics différentiels de la crise d’épilepsie

La survenue d’un épisode paroxystique pouvant faire évoquer le diagnostic de crise d’épilepsie est traumatisante pour les parents comme pour l’adolescent lui-même. Peut-être plus encore qu’à n’importe quel âge, le diagnostic positif de crise d’épilepsie et celui du syndrome où il s’inscrit, se doit d’être aussi certain que possible. En effet, les implications sociales immédiates sont très importantes, pour tous les actes de la vie quotidienne et les choix futurs. L’adolescent qui veut se libérer de ses parents se voit emprisonné par d’autres contraintes. Malheureusement, la description de l’épisode inaugural est souvent encore plus difficile à obtenir que chez l’enfant, car il a moins souvent eu lieu en présence des parents. Cela vaut aussi pour la description des crises épileptiques.

La démarche diagnostique consiste tout d’abord à écarter une autre cause d’épisode paroxystique. À cet âge de potentielle fragilité thymique, le diagnostic différentiel le plus fréquent est un trouble psychiatrique. Il peut consister en attaques de paniques, mais surtout en des crises non épileptiques (Kotagal et al., 2002 ; Patel et al., 2008). Elles se présentent sous deux aspects principaux. Le plus souvent il s’agit d’épisodes avec des phénomènes moteurs curieux des extrémités qui peuvent se propager d’un segment de membre à un autre avec des secousses irrégulières qui ne sont typiques d’aucun type de crises d’épilepsie. Les mouvements latéraux de la tête et du petit bassin sont fréquents. Chez certains patients, le niveau de conscience se modifie brutalement. Ces manifestations « motrices » s’apparentent à ce que l’on voit chez l’adulte, alors que le deuxième type de présentation, avec absence de réponse brutale et une immobilité, rappelle celui des enfants plus jeunes. La durée est variable. L’association des deux types d’épisodes chez le même patient est possible. Les crises non épileptiques touchent plus souvent les filles que les garçons.

Beaucoup plus rarement que chez l’enfant ou que chez l’adulte, le diagnostic différentiel est un événement paroxystique physiologique (inattention, myoclonies d’endormissement) ou organique (parasomnie, syncope). Bien entendu, bien que cela soit exceptionnel à cet âge, la perte de connaissance peut avoir une cause organique grave telle une cardiopathie ou un insulinome.

Crise isolée ou entrée dans la maladie ?

Une fois le diagnostic positif de crise d’épilepsie établi, se pose la question de la classification de la crise et du syndrome épileptique. En effet, si le diagnostic de crise d’épilepsie est évoqué dès la première crise généralisée tonicoclonique, ce n’est souvent pas le cas pour des crises plus discrètes. L’étude CAROLE a montré que chez la moitié des patients consultant pour une crise inaugurale, il existait en fait des antécédents de crises non diagnostiquées comme épileptiques (Groupe CAROLE, 2000). Ce délai diagnostique est particulièrement long pour les absences (médiane : quatre mois), les myoclonies (médiane : sept mois), les crises partielles simples (médiane : six mois). Les syndromes pour lesquels le diagnostic tarde le plus sont les épilepsies généralisées idiopathiques (médiane : 14 mois) et les épilepsies partielles cryptogéniques (médiane : 13 mois). Ainsi, à la suite de ce qui est considéré comme la première crise, un diagnostic d’épilepsie peut souvent être posé, surtout si l’on ajoute aux données cliniques celles de l’électroencéphalogramme (EEG).

Comme chez l’adulte, une difficulté importante devant une crise d’allure généralisée est de trouver des éléments en faveur d’un début partiel dont le patient a souvent une amnésie et qui n’ont pas forcément été observés, surtout si la crise est survenue pendant le sommeil.

Quel syndrome épileptique ?

Épilepsies généralisées idiopathiques

Trois syndromes idiopathiques, liés à l’âge, détaillés ci-après (l’épilepsie myoclonique juvénile, l’épilepsie-absences de l’adolescent et l’épilepsie avec crises grand mal du réveil), sont reconnus par la classification des épilepsies et syndromes épileptiques (Commission on classification and terminology of the International League against Epilepsy, 1989). Toutefois, tous les auteurs s’accordent pour dire qu’il existe des formes de passage entre ces syndromes ; par ailleurs, ils ne décrivent pas toutes les formes d’épilepsies idiopathiques qui débutent à cet âge (Reutens et Berkovic, 1995). D’ailleurs, dans la proposition de schéma diagnostique de Engel (2001), ces trois formes sont classées dans la rubrique « épilepsies généralisées idiopathiques à phénotypes variables », et l’épilepsie avec crises grand mal du réveil n’est pas nommée. L’association chez les patients d’absences, de myoclonies et de crises généralisées est fréquente. C’est la prédominance d’un des types de crises qui permettra de classer l’épilepsie.

Épilepsie myoclonique juvénile. La particularité de cette épilepsie est d’être sous-diagnostiquée, puisque l’élément caractéristique du syndrome, les myoclonies matinales, n’est pas toujours rapporté par le patient. Devant une première crise généralisée tonicoclonique, c’est l’interrogatoire averti qui mettra en évidence cet élément sémiologique pathognomonique. L’âge de début se situe dans trois quarts des cas entre 12 et 18 ans (Thomas et al., 2005). Le manque de sommeil et l’alcool, plus encore que dans d’autres épilepsies, sont des facteurs majeurs de déclenchement des myoclonies et des crises généralisées, qui, elles aussi, prédominent le matin et sont précédées d’une salve de myoclonies. La séquence myoclonies-phase tonique puis clonique est typique de ces crises. Assez souvent, le patient se souvient des myoclonies initiales qui ont précédé la perte de conscience. L’EEG critique montre des décharges de polypointe-ondes généralisées concomitantes de secousses myocloniques. La photosensibilité concerne 30 à 50 % des patients. Il s’agit d’une épilepsie pharmacosensible mais pharmacodépendante dans laquelle l’hygiène de vie joue un rôle majeur.

Épilepsie-absences de l’adolescent. Les caractéristiques de la maladie sont résumées par Wolf et Inoue (2005b). Elle débute entre 7 et 17 ans avec un pic à 10-12 ans. Certains éléments sémiologiques distinguent les absences débutant à l’adolescence de celles commençant chez l’enfant. Elles sont moins fréquentes ; elles ne sont pas pluriquotidiennes et prédominent en fin d’après-midi et en soirée (Reutens et Berkovic, 1995). La rupture de contact est souvent moins complète. Les états de mal absences ne sont pas rares. À l’EEG, la fréquence des pointe-ondes en général supérieure à 3 Hz est de 3,5-4 Hz, le premier complexe de cette bouffée étant en général plus rapide. Les bouffées de pointe-ondes sont souvent plus longues que dans l’épilepsie-absences de l’enfant (Panayiotopoulos et al., 1989). Toutefois, il existe des formes intermédiaires avec les absences de l’enfant, difficiles à classer.

Épilepsie avec crises grand mal du réveil. Comme nous l’avons mentionné, son existence en tant qu’entité à part est controversée. Toutefois, tous les auteurs s’accordent pour souligner que chez certains patients ayant une épilepsie généralisée idiopathique, les crises sont constituées presque exclusivement de crises généralisées tonicocloniques qui surviennent au réveil ou lors d’une période vespérale de relaxation. L’âge de début n’est pas exclusivement dans l’adolescence, puisque, pour Janz, l’épilepsie peut débuter entre 6 et 35 ans, mais avec une médiane de début à l’adolescence (Janz, 2000). L’EEG n’a pas d’éléments caractéristiques par rapport à une autre épilepsie idiopathique.

Diagnostic d’un syndrome généralisé idiopathique. Si l’interrogatoire est un élément clé du diagnostic essentiellement pour l’épilepsie myoclonique juvénile, l’EEG est l’examen décisif qui permettra de poser le diagnostic de syndrome d’épilepsie généralisée idiopathique. En effet, cliniquement rien ne distingue formellement les absences de l’adolescent de crises frontales, et l’horaire de survenue n’est pas suffisant pour affirmer le diagnostic d’épilepsie avec crises grand mal du réveil.

Épilepsies généralisées symptomatiques

Épilepsies en lien avec des anomalies chromosomiques. Certaines peuvent ne se révéler qu’à l’adolescence. Soit l’épilepsie peut être l’élément prédominant du tableau clinique, comme dans l’épilepsie associée au chromosome 20 en anneau. Les crises ont la particularité d’être très longues, de comporter une altération partielle de la conscience avec une sémiologie « pseudopsychiatrique », alors que l’EEG critique montre une décharge diffuse d’ondes lentes de haut voltage. Dans la série de Latour et al., la maladie a débuté à l’adolescence chez deux patients sur 16 (Latour et al., 2002). L’autre situation est le début à l’adolescence d’une épilepsie chez un patient porteur d’une dysmorphie et d’un retard mental. C’est notamment le cas dans le syndrome de l’X fragile (Gobbi et al., 2005). L’épilepsie n’a pas de présentation caractéristique ni clinique, ni électroencéphalographique. Les crises peuvent être partielles ou généralisées ; elles sont en général pharmacosensibles. Dans notre expérience, les premières crises sont souvent occasionnelles, provoquées par la prise d’halopéridol, d’amitriptyline ou de baclofène intrathécal. C’est pourquoi cette propension aux crises d’épilepsie doit être prise en compte chez ces patients lors de toute prescription de médicaments potentiellement épileptogènes.

Épilepsies en lien avec des anomalies métaboliques. Elles débutent exceptionnellement à l’adolescence. Il s’agit d’épilepsies rares, même pour les spécialistes de ces affections. Il nous semble toutefois important de les avoir présentes à l’esprit, car il s’agit de maladies très graves, dont la prise en charge dépasse largement celle de l’épilepsie, que ce soit pour le patient ou pour sa famille. Le tableau 1 dresse la liste des éléments qui doivent faire évoquer ce diagnostic. Dans notre expérience, c’est rarement après la première crise que le diagnostic sera posé, mais ce sera plutôt l’évolution qui y amènera. Le tableau clinique le plus décrit est celui d’une épilepsie myoclonique progressive, qui rend compte d’1 % seulement des épilepsies vues dans un centre spécialisé comme le centre Saint-Paul (Genton et al., 2005).

Le syndrome d’épilepsie myoclonique progressive comporte des myoclonies, des crises d’épilepsie généralisées tonicocloniques, une ataxie et une démence progressive, d’intensité variable selon les causes. Les myoclonies sont parcellaires ou segmentaires multifocales mais aussi massives, souvent exacerbées par la posture, l’action ou des stimulus extérieurs comme la lumière, le son, le toucher. Le plus souvent, elles touchent la face et la partie distale des membres, mais peuvent aussi mettre en jeu les muscles proximaux. Elles sont asymétriques, sans horaire particulier à la différence de celles de l’épilepsie myoclonique juvénile. L’origine des myoclonies est le plus souvent corticale. Le tableau 2 détaille les caractéristiques des épilepsies myocloniques progressives les plus fréquentes. La figure 2 montre un tracé de maladie de Lafora au moment du diagnostic.

D’autres épilepsies en lien avec des anomalies métaboliques peuvent se rencontrer ; l’épilepsie peut être associée à un retard (déficit en transporteur du glucose, déficits du métabolisme de la créatine, etc.) ou non (porphyries aiguës ; cytopathies mitochondriales, anomalies du cycle de l’urée par exemple) (Sedel et al., 2007).

Tableau 1 Éléments amenant à suspecter une épilepsie en lien avec une maladie métabolique (d’après Sedel et al., 2007)

L’épilepsie

L’interrogatoire

L’examen clinique

L’EEG

Le syndrome épileptique ne correspond à aucun syndrome classique (ex. : associations de crises partielles et de myoclonies)

Antécédents familiaux évoquant une maladie génétique

Anomalies à l’examen neurologique

Ralentissement du rythme de fond

Syndrome d’épilepsie myoclonique progressive

Retard mental inexpliqué

Atteinte d’autres organes (yeux, rate, muscle)

Réponses photoparoxystiques à basses fréquences de SLI (1-6 Hz)

Crises liées à l’alimentation (jeûne, repas riche en protéines)

Inefficacité ou aggravation sous anti-épileptiques semblant adaptés

État de mal épileptique inexpliqué



Tableau 2 Caractéristiques des principales formes d’épilepsies myocloniques progressives débutant à l’adolescence (d’après Genton et al., 2005)

Maladie

Transmission génétique

Syndrome démentiel

Signes associés

Évolutivité

Examen paraclinique posant le diagnostic

Génétique moléculaire

Maladie d’Unverricht-Lundborg

Autosomique récessive

Mineur

Non

Faible

Aucun

Mutations du gène de la cystatine (EPM1 ou CSTB)

Maladie de Lafora

Autosomique récessive

Important

Crises d’épilepsie occipitales

Sévère

Biopsie cutanée dans le creux axillaire (inclusions dans les glandes sudoripares accessoires)

Mutations des gènes EPM2A (laforine) EPM2B ou NHLRC1 (maline)Autres

MERRF et autres cytopathies mitochondriales

Sporadique ou maternelle

Variable

Surdité, myopathie, neuropathie, atrophie optique, accidents vasculaires

Variable

Biopsie musculaire, dosage enzymes de la chaîne respiratoire

  • Mutations de l’ARNt mitochondrial de la lysine (MTTK) et de la sérine
  • Autres mutations


Céroïde-lipofuscinose juvénile : Spielmeyer-Vogt (CLN3)

Autosomique récessive

Important

Syndrome extrapyramidal puis ataxie et atteinte pyramidale, dégénérescence maculaire, troubles psychotiques

Sévère

Biopsie cutanée : étude en microscopie électronique des inclusions

Mutations des gènes de CLN3

Sialidoses

Autosomique récessive

Mineur

Taches rouge cerise au fond d’œil, opacités du cristallin

Sévère

  • Type 1 : déficit en neuraminidase dans les lymphocytes et fibroblastes en culture
  • Augmentation de l’élimination urinaire de sialoliposaccharides


  • Mutations du gène NEU1 (type 1)
  • Locus sur le chromosome 20q13 (type 2)


Atrophie dentatorubropallidoluysienne (DRPLA)

Autosomique dominante

Important

Choréoathétose

Variable, souvent sévère

Expansion de triplets CAG dans le gène atrophin-1

Maladie de Gaucher type 3

Autosomique récessive

Mineur

Mouvements saccadés des yeux, paralysie oculomotrice, splénomégalie

Variable, souvent sévère

Activité bêta-glucocérébrosidase basse dans les lymphocytes ou les fibroblastes en culture

Mutations du gène GBA

Épilepsies partielles

Parmi les crises spontanées, le syndrome des crises partielles isolées de l’adolescent est le seul qui soit spécifique dans cette tranche d’âge (Loiseau et al., 2005, voir ci-après). Sinon, comme à n’importe quel âge, le diagnostic d’épilepsie partielle impose la réalisation d’une IRM cérébrale qui permettra de distinguer épilepsie cryptogénique et symptomatique. Parmi les épilepsies symptomatiques, il faut garder à l’esprit que de nombreuses épilepsies liées à des malformations cérébrales ne débutent pas avant l’adolescence. Par exemple, les épilepsies en lien avec des hétérotopies périventriculaires débutent plus fréquemment dans cette tranche d’âge que plus jeune (l’âge médian de début est de 15 ans dans la série de Raymond et al., 1995). Dans notre expérience, c’est la survenue d’une crise secondairement généralisée ou avec rupture de contact qui permet le diagnostic d’épilepsie, dans les localisations temporomésiales notamment. L’interrogatoire révèle alors des crises partielles avec une sémiologie essentiellement végétative ou psychique qui évoluaient depuis plusieurs années. L’adolescent ne les avait pas décrites à ses parents, pensant qu’il s’agissait de phénomènes normaux liés à l’âge ou bien aucun diagnostic n’avait été posé, y compris après consultation du médecin.

Par opposition à ces causes non évolutives d’épilepsie, il faut citer l’encéphalite de Rasmussen qui, dans 10 % des cas, commence à l’adolescence, et non chez l’enfant comme c’est le cas le plus souvent. Cette maladie immunologique grave, qui conduit à une atrophie hémisphérique, associe un déficit neurologique progressif et une épilepsie pharmacorésistante qui comporte, dans plus de la moitié des cas, une épilepsie partielle continue (Bien et al., 2005).

Épilepsies réflexes

Épilepsies photosensibles. La puberté possède la particularité d’être cet âge où la photosensibilité est maximale (Kasteleijn-Nolst Trenite et al., 2005) (figure 3). Parmi les épilepsies généralisées idiopathiques déjà décrites, la photosensibilité est la plus importante dans l’épilepsie myoclonique juvénile (30 à 50 % des patients). Dans les épilepsies occipitales symptomatiques, il existe parfois des crises photo-induites.

Deux syndromes d’épilepsie idiopathique ne comprennent que des crises photosensibles. Tout d’abord est décrite l’épilepsie idiopathique photosensible, où les crises peuvent être des absences, des myoclonies ou des crises généralisées tonicocloniques, actuellement le plus souvent provoquées par les jeux vidéo. Une particularité est représentée par les crises auto-induites (Kasteleijn-Nolst Trenite et al., 2005). Le deuxième syndrome est l’épilepsie idiopathique occipitale photosensible (Guerrini et al., 1995). Elle débute entre 5 et 17 ans, avec une moyenne à 11 ans. Les crises sont le plus souvent provoquées par la télévision et les jeux vidéo, beaucoup moins souvent par le passage de l’obscurité à la lumière vive ou les clignotements. Il s’agit de crises occipitales typiques avec des manifestations visuelles initiales. L’EEG montre des pointes occipitales synchrones ou asynchrones, augmentées par la fermeture des yeux et les yeux fermés. Tous les patients ont une réponse photoparoxystique occipitale, avec des décharges généralisées chez certains. Chez la plupart des patients, une monothérapie contrôle les crises, sauf chez certains dont la photosensibilité est particulièrement importante.

Autres épilepsies réflexes. L’épilepsie de la lecture est classée parmi les épilepsies partielles idiopathiques (Commission on classification and terminology of the International League against Epilepsy, 1989). Il s’agit d’une épilepsie réflexe, plus fréquente chez le garçon. Après un certain temps de lecture, des sensations anormales apparaissent dans les muscles impliqués dans la lecture et la parole, langue, muscles masticateurs, face et langue, suivies de manifestations motrices qui peuvent se généraliser (Wolf et Inoue, 2005a). L’EEG intercritique peut être normal ; la lecture à voix haute peut permettre de provoquer des crises pendant l’enregistrement, souvent associées à une décharge focale pariéto-occipitale. Sur le plan thérapeutique, les patients doivent apprendre à doser leur temps de lecture, le traitement médicamenteux souvent associé est en général efficace. De rares crises d’épilepsie induites par des praxies débutent aussi à cet âge.

Crises isolées

Crise occasionnelle généralisée tonicoclonique

La survenue d’une première crise d’épilepsie généralisée dans le contexte d’une première nuit blanche ou d’une première intoxication alcoolique aiguë est une situation fréquente. Toutefois, comme nous l’avons souligné plus haut, le diagnostic de crise occasionnelle est un diagnostic d’élimination, posé après un interrogatoire rigoureux et un EEG normal.

Crise partielle

Les crises partielles isolées de l’adolescence ont été décrites par Loiseau et al. qui ont ensuite suivi les patients pendant des années (Loiseau et al., 2005), ce qu’ont également fait d’autres auteurs (Caraballo et al., 2004). Ce syndrome est peu fréquent ; la série bordelaise comporte une centaine de cas, les patients argentins sont au nombre de 105. Il semble exister une prédominance masculine et un âge de survenue le plus fréquent entre 13 et 15 ans, sans antécédents familiaux. Le plus souvent, les crises mettent en jeu la ou les régions centrales. Il peut s’agir de crises partielles simples, partielles complexes ou secondairement généralisées qui surviennent dans presque tous les cas pendant la veille. L’adolescent souffrira d’une crise isolée (80 % des cas) ou de plusieurs crises en moins de 36 heures. Le diagnostic n’est réellement posé que lorsque le temps confirme l’absence de toute récidive (dans la série de Loiseau et al., le recul est de 5 à 20 ans avec une moyenne de 9,5 ans). L’EEG intercritique n’a jamais montré d’anomalies focales. Comme le soulignent Loiseau et al., la faiblesse de ce syndrome est l’absence d’un élément électroclinique pathognomonique. Il s’agit plus d’un syndrome de tendance aux crises que d’un syndrome épileptique au sens classique. C’est pourquoi, devant une crise partielle inaugurale, il est de toute façon justifié de réaliser une IRM cérébrale. Mais a contrario, l’existence de cette entité autorise à ne pas traiter la première crise partielle de l’adolescent, dans l’espoir que la symptomatologie du patient entre dans ce cadre.

Devenir des épilepsies de l’enfant à l’adolescence

Les épilepsies, maladies dont l’incidence et la prévalence sont plus élevées chez l’enfant que chez l’adolescent ou l’adulte, sont de nature et de pronostic très différents. Dans les cas d’épilepsie complètement stabilisée, ce qui est le cas dans près de 70 % des cas, la question du sevrage ne manquera pas d’être posée par l’adolescent et sa famille. Il n’est d’ailleurs pas rare que le patient ait de lui-même interrompu son traitement…, ce qui simplifie la décision du médecin. La compliance est beaucoup moins bonne que chez l’enfant, avec des oublis réguliers chez près d’un tiers des adolescents épileptiques (Sheth et Gidal, 2006). Pour les médecins qui suivent ces enfants, la période de l’adolescence constitue d’abord un horizon, puis un cap parfois difficile à négocier. Une des clés de ce suivi est la qualité de la relation nouée avec l’enfant et sa famille et la transparence sur les données pronostiques connues, ce qui permettra, l’heure venue, d’envisager un sevrage thérapeutique.

Dans la majorité des cas, la décision d’arrêt du traitement intervient avant 16 ans, c’est-à-dire avant que ne se posent les problèmes liés à la conduite automobile, la contraception, les grossesses. La poursuite d’un traitement au-delà de 16 ans ou la récidive après arrêt sont assez mal vécues par le patient et sa famille qui escomptaient une guérison avant l’entrée dans l’âge adulte.

Les épilepsies « qui guérissent »

Parmi les syndromes décrits depuis de nombreuses années et reconnus par la classification internationale figurent les épilepsies idiopathiques, partielles et généralisées, définies par un début lié à l’âge, des critères cliniques et EEG, et une étiologie génétique présumée ou, de plus en plus, documentée. Ces maladies ont le plus souvent une évolution favorable, dans des délais variables, rarement prévisibles (en dehors des syndromes néonataux).

Devenir à long terme des épilepsies généralisées idiopathiques de l’enfant

Le pronostic à long terme des épilepsies-absences a fait l’objet de nombreuses études longitudinales. La plupart des auteurs ont rapporté des évolutions mitigées avec des taux de récidive allant jusqu’à 50 %. Ces chiffres contrastent avec une impression clinique nettement plus favorable. Il est admis que les absences sont intégrées dans un groupe hétérogène d’épilepsies généralisées. Récemment, des critères plus restrictifs ont été proposés (Loiseau et Panayiotopoulos, 2005), qui permettent de définir un cadre plus homogène dont le pronostic est favorable à plus de 90 %. La réponse initiale au traitement et l’absence d’autres types de crises semblent être les meilleurs critères pronostiques.

On peut en rapprocher l’évolution également très favorable des épilepsies myocloniques bénignes de l’enfance (Darra et al., 2006) et des épilepsies photosensibles ayant débuté dans l’enfance (Brinciotti et al., 2006).

Classiquement, le sevrage est envisagé après une période de rémission de deux ans et une normalisation de l’EEG. Il est toujours recommandé de le mener de manière progressive sur plusieurs mois. Un contrôle EEG après l’arrêt du traitement est systématique dans le cadre d’une épilepsie-absences. Dans les situations moins favorables, en particulier quand il y a eu une période de pharmacorésistance ou s’il persiste des anomalies EEG, le sevrage n’est envisagé qu’après des périodes plus prolongées de rémission, voire reportées à la puberté, dans l’attente d’une atténuation de la susceptibilité épileptique.

Devenir des épilepsies partielles idiopathiques

L’épilepsie à pointes centrotemporales, la plus fréquente, peut débuter assez tard dans l’enfance (de 3 à 14 ans). Les crises peuvent être rares et surviennent principalement pendant le sommeil, ce qui diminue nettement l’impact négatif sur la vie quotidienne. Le traitement n’est d’ailleurs pas systématique. L’évolution à long terme est marquée par une guérison spontanée avant l’âge adulte dans presque tous les cas avec un recul variable et peu prévisible. Les formes atypiques posent plus de problèmes, en particulier les évolutions de type POCS et leurs conséquences cognitives.

Le schéma d’arrêt du traitement est similaire, c’est-à-dire un arrêt progressif après deux ans sans crises en sachant que la persistance d’anomalies EEG au long cours n’est pas rare. La surveillance impose en principe de réaliser des EEG de sommeil, ce qui n’est pas toujours facile chez l’adolescent.

La persistance de crises après l’adolescence ou leur réapparition après l’arrêt du traitement sont de nature à remettre en cause le diagnostic d’épilepsie idiopathique.

Le syndrome de Panayiotopoulos ou épilepsie bénigne avec paroxysmes occipitaux est beaucoup plus rare et a une évolution similaire.

Épilepsies partielles cryptogéniques ou symptomatiques

Les épilepsies symptomatiques de l’enfant sont devenues plus fréquemment reconnues avec les progrès de l’IRM et ont fait reculer la fréquence des épilepsies dites « cryptogéniques » qui sont pour la plupart des épilepsies symptomatiques dont l’étiologie n’est pas trouvée. De plus, un certain nombre d’épilepsies avec crises motrices et foyer central ont pu être prises pour des épilepsies idiopathiques. Le syndrome d’épilepsie partielle bénigne de l’enfant, proposé par Watanabe et al. (1993), est un peu à part. Il concerne de très jeunes enfants, avec des antécédents familiaux fréquents et a un bon pronostic (Okumura et al., 2006).

Épilepsies stabilisées

Elles ont un taux global de récidive à l’arrêt des traitements voisin de 50 % (Sillanpää et Schmidt, 2006 ; Shinnar et al., 1994). D’un autre côté, cela signifie que 50 % des jeunes patients sont amenés à conserver un traitement inutile. L’espoir d’une modification de la susceptibilité épileptique secondaire à la puberté et les conséquences sociales de la prise d’un traitement anti-épileptique, vécues comme disproportionnées, sont des arguments importants pour envisager un sevrage. Avant d’envisager un arrêt de traitement, la maladie épileptique doit bénéficier d’une réévaluation complète afin de recueillir l’ensemble des critères utiles à la décision. Le risque de récidive est accentué par l’âge tardif du début des crises, la faible durée de la période de rémission, l’importance de l’encéphalopathie sous-jacente, la persistance d’anomalies EEG. L’étiologie est un critère important : le risque de récidive est plus important dans les malformations cérébrales (dysplasies en particulier), ce qui peut amener à proposer la poursuite du traitement. Une information complète sur le rapport bénéfice/risque est donc essentielle à apporter au jeune et à sa famille qui participe donc à la décision. Même si elle accepte de poursuivre un traitement, la patiente dont l’épilepsie est stabilisée peut souhaiter une autre molécule, car elle souhaite prendre une contraception orale et que des interactions avec les anti-épileptiques existent (cf. §3. "Choix du médicament").

Dans les situations d’épilepsie cryptogénique stabilisée, la conduite à tenir n’est pas codifiée. Elle repose sur un ensemble de critères de bon et de mauvais pronostic, le dialogue et l’information du jeune et de sa famille.

Dans la série récente de Sillanpää et Schmidt, 56 % des enfants ayant une épilepsie partielle symptomatique et 71 % de ceux souffrant d’une épilepsie focale cryptogénique ont une rémission de cinq ans après sevrage ; dans cette étude, les âges ne sont pas détaillés ; seul un patient posera un problème de pharmacorésistance après reprise du traitement (Sillanpää et Schmidt, 2006).

Épilepsies symptomatiques et cryptogéniques ayant évolué vers une pharmacorésistance

Avec l’adolescence, les crises ont des répercussions plus importantes dans la vie quotidienne. Alors que, les années précédentes, l’enfant et sa famille toléraient les crises, l’objectif d’une stabilisation devient plus pressant, en particulier s’il y a des crises avec perte de contact. La maladie en effet se fait plus délétère pour la scolarité. Elle met à mal certaines perspectives professionnelles et interfère avec les relations sociales. La perspective de la conduite automobile rend plus aigu le vécu de handicap invisible. Il est donc nécessaire de tenter toutes les voies thérapeutiques, de traiter plus agressivement la maladie, comme cela a déjà été dit en introduction. Ces patients doivent être adressés à un service spécialisé pour des explorations plus complètes avec la question d’un recours à la chirurgie. Ces questions doivent se poser avant que la maladie n’ait eu des conséquences trop lourdes, ce qui est parfois peu compatible avec les délais de bilan dans les structures spécialisées.

Épilepsies graves se greffant sur un handicap d’origine neurologique

Ces patients ont en commun d’être porteurs d’un handicap neurologique, moteur ou mental. Ils présentent une épilepsie symptomatique ou cryptogénique. Ils sont suivis par des équipes pluridisciplinaires et poursuivent une scolarité adaptée ou une éducation spécialisée.

Les principales étiologies sont : les infirmités motrices cérébrales (50 % d’épilepsie), les troubles sévères du développement (autisme, syndromes génétiques), les malformations cérébrales sévères, les encéphalopathies évolutives.

La maladie épileptique n’est donc pas isolée. Elle est parfois au premier plan en raison de formes pharmacorésistantes fréquentes ou, par définition, dans les encéphalopathies épileptiques et les épilepsies généralisées symptomatiques, au premier plan desquelles se trouve le syndrome de Lennox-Gastaut. Dans d’autres cas, elle est stabilisée, parfois depuis de nombreuses années, et les enfants suivis plus ou moins régulièrement pour cette pathologie. Lors de l’adolescence, il n’est pas rare d’observer des modifications notables avec possibilité d’amélioration spontanée importante ou, au contraire, une aggravation. L’histoire naturelle n’est connue que dans les syndromes bien définis intéressant une population suffisante suivie au long cours.

En effet, le fait de présenter une épilepsie, même stabilisée va modifier les possibilités d’orientation vers des structures adultes. Les résultats d’une enquête sur l’accueil des épileptiques dans les établissements médicosociaux de deux départements bretons confirment les difficultés d’admission des patients épileptiques. Très peu d’établissements médicosociaux adultes disposent de la possibilité d’une consultation spécialisée (en dehors des établissements spécialisés pour l’accueil des patients épileptiques). La moitié des 61 établissements ayant répondu à l’enquête tiennent compte de l’épilepsie dans la décision d’admission et dans la plupart des cas citent l’épilepsie non stabilisée comme critère de non-admission.

À cet âge, le suivi ultérieur doit être envisagé. Idéalement, une consultation de « transition » entre neuropédiatres et neurologues d’adulte permettrait d’aider les familles à franchir le cap de la consultation adulte. Les parents ont d’autant plus de difficultés à investir un autre suivi qu’ils ont souvent établi des relations très étroites avec le praticien pédiatre. Les déplacements pour les consultations sont plus difficiles et bénéficieraient d’un réseau de soins et de l’intervention à domicile ou dans l’institution d’une infirmière d’éducation.

Il est important que ces patients continuent d’être suivis à l’adolescence et à l’âge adulte, ce qui est loin d’être toujours le cas. La survenue de crises fréquentes a un impact négatif sur la vie quotidienne, les activités. Les complications respiratoires des crises prolongées impliquent des hospitalisations délétères pour ces patients et augmentent le risque de mort subite. Par ailleurs, de nouvelles prises en charges thérapeutiques ont permis d’améliorer considérablement certains patients, justifiant le recours régulier à des consultations spécialisées (stimulateur du vague, régime cétogène, etc.).

Évolution des épilepsies généralisées symptomatiques

La Ligue internationale contre l’épilepsie reconnaît six syndromes distincts sous ce vocable (syndrome de West, syndrome de Lennox-Gastaut, épilepsie myoclonoastatique, épilepsie avec absences myocloniques, l’encéphalopathie myoclonique précoce, le syndrome d’Ohtahara). Cette classification comporte de nombreuses ambiguïtés, puisque ces épilepsies sont classées comme symptomatiques ou cryptogéniques. Il s’agit d’épilepsies globalement de mauvais pronostic, le plus souvent pharmacorésistantes. On peut en rapprocher des syndromes généralisés ou partiels tels les POCS et le syndrome de Dravet.

Une étude récente en population générale (Camfield et Camfield, 2007) a permis de constituer une cohorte de 80 patients présentant une épilepsie généralisée secondaire dans son acceptation classique, élargie à certaines formes inclassables (soit 10 % de l’ensemble des épilepsies comptabilisées). Dans cette étude, seuls sept patients n’ont pas de handicap neurologique. La plupart ont un handicap sévère, et 19 patients parmi les plus atteints (soit 24 %) décèdent à un âge moyen de 11,5 ans. Les décès sont en relation avec l’étiologie. Les 61 autres patients ont été suivis plusieurs années (moyenne de 21 ans à la fin du suivi). Environ 30 % des patients ayant eu un syndrome de West ont évolué vers un syndrome de Lennox-Gastaut. Un des résultats les plus surprenants est l’évolution très contrastée de 90 % des enfants de la cohorte : 24 % de décès, 39 % de pharmacorésistance sévère et 28 % de rémission (dix syndromes de West sur 32, dix épilepsies inclassables sur 32, un syndrome de Lennox-Gastaut sur quatre, cinq épilepsies myoclonoastatiques sur neuf). Les autres, soit 10 %, ont une épilepsie partiellement contrôlée. Les chiffres par syndrome ne sont pas représentatifs, mais ils rejoignent ceux de la littérature (Riikonen, 1996 ; Sillanpää et al., 1998). Oguni et al. avaient mis en avant le pronostic défavorable du syndrome de Lennox-Gastaut mais retrouvaient un taux de rémission de 8 % (Oguni et al., 1996).

Choix du médicament

Comme à tout âge devant une première crise d’épilepsie, la décision d’introduire un traitement médicamenteux dépend du syndrome épileptique diagnostiqué, nécessite parfois plusieurs consultations et doit être expliquée. Le choix du médicament tient compte de l’efficacité sur le type d’épilepsie. Pas plus que dans d’autres populations, il n’existe qu’un consensus sur le traitement de choix. Le tableau 3 confronte les opinions des experts européens de l’épilepsie de l’enfant (Wheless et al., 2007), les recommandations de la Ligue internationale contre l’épilepsie (Glauser et al., 2006) et les autorisations de mise sur le marché (AMM). En cas d’échec du premier traitement, le tableau 4 indique les médicaments « de deuxième ligne », pour des monothérapies de deuxième intention ou des associations. Outre l’efficacité, que ce soit en première intention ou lors de la prise en charge ultérieure, le choix du médicament tient aussi compte des effets secondaires et des interactions médicamenteuses. Les effets secondaires cognitifs sont particulièrement à prendre en compte à cet âge. Des adultes récemment interrogés ont rapporté des effets cognitifs subjectifs intolérables plus fréquemment avec le topiramate suivi du zonisamide, de la phénytoïne et de l’oxcarbazépine (Arif et al., 2009). French et Pedley indiquent que la gabapentine peut provoquer une sédation, le topiramate des difficultés de concentrations et de langage, le zonisamide des difficultés de concentration et enfin le lévétiracétam, l’oxcarbazépine, la phénytoïne et le phénobarbital une fatigue (French et Pedley, 2008). Les variations de poids, qui spontanément surviennent fréquemment à cet âge et sont souvent mal tolérées, peuvent être influencées par les traitements anti-épileptiques (Ben-Menachem, 2007). Le tableau 5 résume ces effets. Les conséquences des médicaments sur le métabolisme phosphocalcique, les gencives, la pilosité ne doivent pas être négligées. Le médecin doit aussi envisager les interactions avec la contraception orale chez la jeune fille. La carbamazépine, l’oxcarbazépine, la phénytoïne, le phénobarbital et le topiramate au-delà de 200 mg par jour diminuent l’efficacité de la contraception estroprogestative ; les estroprogestatifs diminuent le taux sérique de la lamotrigine de 40 à 60 % (French et Pedley, 2008). Aussi, chez une jeune fille sous lamotrigine, l’introduction d’une contraception orale peut provoquer la réapparition de crises d’épilepsie jusque-là contrôlées. Les effets tératogènes des médicaments en cas d’une éventuelle grossesse doivent également être considérés chez la jeune fille dès l’instauration du traitement. Pour ce qui est de la grossesse, les recommandations actuelles sont les suivantes (Pennell, 2008) : s’assurer qu’un traitement médicamenteux est nécessaire, employer une monothérapie avec une substance autre que le valproate, éviter les monothérapies avec de la phénytoïne ou du phénobarbital. Dès la décision de débuter un traitement, ces données doivent être prises en compte et discutées avec la patiente et ses parents afin d’éviter de modifier un traitement efficace quelques mois après son instauration. Il est souhaitable d’éviter une nouvelle situation d’inquiétude, qui succédera à la première, celle de l’annonce de la maladie et qui sera difficilement supportée. Cette règle générale souffre à notre sens toutefois des exceptions. Par exemple, dans l’épilepsie myoclonique juvénile, le valproate à petites doses est le traitement de choix, et il doit à notre sens être prescrit en première intention, même si ce n’est pas l’opinion des experts interrogés par Wheless et al. (2007). La patiente doit être informée du risque tératogène, ce risque doit être rappelé à chaque consultation, mais il n’empêche pas de prescrire à une adolescente de 13 ans un traitement efficace, alors que la grossesse ne sera pas désirée avant une dizaine d’années. De même, en cas d’épilepsie partielle parfaitement contrôlée par la carbamazépine, nous pensons que le choix de la contraception doit être réfléchi avant d’arrêter un traitement efficace.

Les problèmes de la compliance et du mode de vie seront évoqués dans les autres articles de la revue.

Tableau 3 Médicaments de première intention dans différents syndromes épileptiques

Syndrome

Bien adapté (Wheless et al., 2007)

Deuxième ligne (Wheless et al., 2007)

  • Efficacité établie ou probable
  • (Glauser et al., 2006)


AMM

Épilepsie partielle cryptogénique

  • Carbamazépinea
  • Oxcarbazépinea
  • Valproate


Lamotrigine

  • Carbamazépineb
  • Phénytoïneb
  • Oxcarbazépineb
  • Valproate


  • Carbamazépine
  • Lamotrigine après 12 ans
  • Gabapentine après 12 ans
  • Lévétiracétam après 16 ans
  • Oxcarbazépine
  • Phénobarbital
  • Phénytoïne
  • Valproate


Épilepsie myoclonique juvénile chez un garçon

  • Valproatea
  • Lamotrigine


Lévétiracétam

Aucun

  • Lamotrigine après 12 ans
  • Valproate


Épilepsie myoclonique juvénile chez une fille

  • Lamotriginea
  • Valproate


Lévétiracétam

Aucun

  • Lamotrigine après 12 ans
  • Valproate


Épilepsie-absences de l’adolescent

  • Valproatea
  • Lamotrigine


Ethosuccimide

Aucun

  • Ethosuccimide
  • Lamotrigine après 12 ans
  • Valproate


Épilepsie généralisée symptomatique avec crises généralisées et myoclonies

Valproatea

  • Lamotrigine
  • Lévétiracétam
  • Topiramate


  • Lamotrigine après 12 ans
  • Valproate


aTraitement de choix : > 50% des experts l’ont défini comme très bien adapté.

bEfficacité établie pour une monothérapie initiale.



Tableau 4 Médicaments de deuxième intention dans les épilepsies partielles ou généralisées

Monothérapie de deuxième intention (Wheless et al., 2007)

AMM pour une monothérapie de deuxième intention

AMM en association

Épilepsie partielle

  • Valproate
  • Carbamazépinea
  • Oxcarbazépinea


Topiramate

  • Gapapentine
  • Lévétiracétam
  • Tiagabine après 12 ans
  • Topiramate


Épilepsie généralisée

Lamotriginea

Topiramate

  • Topiramate
  • Lévétiracétam après 12 ans


aTraitement de choix : > 50 % des experts l’on défini comme très bien adapté.



Tableau 5 Effets des médicaments anti-épileptiques sur le poids (Ben-Menachem, 2007)

Prise de poids

Aucun effet

Perte de poids

Carbamazépine

Lamotrigine

Felbamate

Gabapentine

Lévétiracétam

Topiramate

Prégabaline

Phénytoïne

Zonisamide

Valproate

Vigabatrin

Conclusion

Le spécialiste qui prend en charge l’adolescent souffrant d’une épilepsie récente ou, au contraire, connue depuis plusieurs années est confronté à des difficultés diagnostiques, notamment la classification et l’identification de maladies rares. Il doit aussi faire face à des enjeux thérapeutiques, parmi lesquels la décision d’arrêt de traitement est sans doute le plus difficile.

À ces aspects très « techniques » du diagnostic et du traitement doit impérativement s’associer une prise en charge plus globale, détaillée dans les autres articles de la revue.

Remerciements

Les auteurs remercient le Dr Anne Michel et Mme Sophie Serinet pour l’aide apportée à ce travail.

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