ARTICLE
Auteur(s) : Peter
Wolf
Président de la Ligue internationale contre l’épilepsie,
Rigshospitalet, København ; Epilepsihospitalet, Kolonivej 1, 4293
Dianalund, Danmark
La Ligue internationale contre l’épilepsie (LICE/ILAE), bientôt
centenaire, a connu un développement considérable au cours des 15
dernières années. Constituée à l’origine par une communauté de
personnes partageant un intérêt pour l’épilepsie et un engagement
dans leurs sociétés nationales, la LICE est devenue progressivement
une organisation dynamique, innovante et en expansion.
Cet organisme vise à rassembler toutes les personnes de toutes
nationalités autour d’un programme de développement dans les
différents domaines de l’épilepsie : diagnostic,
thérapeutique, aspects psychosociaux, recherche. À son centenaire,
en 2009, la LICE regroupera 100 chapitres nationaux, répartis sur
tous les continents avec 15 000 membres.
La croissance rapide de cet organisme a nécessité la
transformation de son système exécutif.
Initialement, le comité exécutif dont les membres, élus pour
4 ans par les chapitres nationaux, œuvrait isolément sans
véritable interaction avec les chapitres dont il était issu.
L’évolution ultérieure a conduit à procéder à une décentralisation
de l’exécutif au profit de Commissions régionales composées de
membres élus par les chapitres et nommés par le président de la
LICE.
La principale mission de ces commissions consiste à développer
des approches de proximité prenant en compte les situations locales
et leurs besoins spécifiques. Ces commissions organisent bi
annuellement un congrès régional, en alternance avec le Congrès
international de l’épilepsie. Ce modèle de régionalisation s’est
avéré très productif. Ainsi la commission des Affaires européennes,
première de ces commissions, créée en 1993, s’est développée très
rapidement. À son actif, on doit l’intégration des nouveaux pays de
l’Europe de l’Est, la définition de standards de soins, la mise en
place d’un enseignement certifié et d’une formation
professionnelle, la mise à disposition de bourses et l’élaboration
d’un programme d’enseignement à distance. En 1997, a été créée une
deuxième commission pour la région Asie et Océanie. Cette
commission a focalisé son action sur le développement de
l’épileptologie dans les pays qui jusque là étaient dépourvus de
tout programme. Ainsi, ont été organisés des cours de formation en
soins primaires et secondaires, ainsi qu’une formation EEG
supervisée par un comité d’agrément pour les pays à faible
développement.
Ces actions régionales ont largement contribué à accroître la
participation et la qualité des congrès régionaux. Les surplus
générés par ces congrès ont fait l’objet d’un recyclage financier
au profit de programmes éducatifs régionaux et, pour ce qui
concerne l’Europe, un soutien de projets au-delà de l’Europe.
Dans chacune des régions ont été établies des académies
régionales (European Epilepsy Academy, EUREPA et Asian/Oceanian
Epilepsy Academy, ASEPA). Toutes deux ont été créées pour assurer
la continuité des programmes éducatifs. En suivant les exemples
précédents et en marge de la première Université d’été d’Amérique
latine (Latin America Summer School on Epilepsy, LASSE), la
Commission de l’Amérique latine a créé en 2007 sa propre
Académie (Academia Latino-America de Epilepsia, ALADE )
avec des pays dont le développement actuel est en forte
progression. Dans le même élan, la commission d’Amérique du Nord
(États-Unis et Canada) apporte son soutien à des pays voisins dans
des programmes de formation fondés sur une collaboration entre des
centres nord-américains et des centres d’Amérique latine. Parmi les
projets soutenus, celui des Caraïbes, dont bénéficie l’île de
Saint-Domingue (Haïti et République dominicaine). Dans ce projet
très prometteur figure la lutte contre la neurocysticercose, cause
fréquente d’épilepsie dans ces pays.
Au cours des prochaines années, une attention particulière sera
portée sur deux autres régions : le Moyen-Orient et l’Afrique.
La jeune Eastern Mediterranean Commission fait ses premiers pas au
Moyen-Orient. En Afrique, la création d’une commission paraît
possible avec l’émergence de plusieurs chapitres en particulier en
Afrique francophone.
S’agissant des objectifs constitutionnels de la LICE :
- – promouvoir et développer la connaissance de
l’épilepsie à travers le monde ;
- – encourager les recherches sur les
épilepsies ;
- – promouvoir la prévention, le diagnostic, le traitement
des épilepsies et la prise en charge des personnes souffrant
d’épilepsie ;
- – promouvoir l’enseignement, et la formation dans le
domaine de l’épilepsie.
Il apparaît à la lumière du parcours historique de la LICE, que
pour atteindre ces objectifs un rôle moteur doit être dévolu à
l’éducation. Cette activité concerne tous les professionnels
travaillant dans le domaine de l’épilepsie, les patients, les
soignants et plus largement l’ensemble du public. Il s’agit d’un
préalable incontournable pour tout progrès et toute amélioration
dans la prise en charge de la pathologie épileptique. Cette vérité
évidente et banale est spectaculairement démontrée dans les faits
par les résultats des académies régionales. Il est tout à fait
remarquable de constater en effet que des progrès importants
peuvent être obtenus avec des moyens modestes lorsqu’ils sont
utilisés avec intelligence et bon sens. Des améliorations sont
encore nécessaires. Les diverses approches doivent dans l’avenir,
être adaptées et combinées entre elles pour une meilleure
utilisation. On peut retenir de façon non exhaustive :
- – les cours de formation de formateurs en
épileptologie ;
- – les formateurs certifiés issus de ce type de formation
deviennent généralement responsables de projets d’épileptologie de
qualité dans leur propre pays et dans leur langue. C’est le cas des
cours organisés par la section francophone d’Eurepa qui s’adressent
aux pays d’Afrique francophone avec comme conséquence l’émergence
d’un nombre significatif de ligues nationales et d’un environnement
épileptologique plus développé que dans les autres parties de
l’Afrique ;
- – les universités d’été (Summer schools) qui créent des
opportunités de rencontres et d’échanges entre des jeunes docteurs
et des épileptologues seniors ;
- – un enseignement à distance sous forme d’un programme
tutorial interactif dont peuvent bénéficier des juniors qui n’ont
pas la possibilité de participer aux cours des universités d’été.
Sont actuellement mis en application les cours suivants :
génétique, EEG, pharmacologie, imagerie des épilepsies. Ce type
d’enseignement apparaît actuellement très approprié pour favoriser
l’interactivité. Dans ce cadre est en préparation un enseignement à
distance pour la francophonie coordonné par le
Dr Kissani ;
- – les séminaires d’épileptologie organisés au cours des
congrès internationaux. Il s’agit le plus souvent d’un enseignement
traditionnel comme par exemple les cours du matin (early morning
seminars) ;
- – des séminaires interactifs, en préparation dans le
cadre de pré ou post-congrès ;
- – la programmation d’un module original destiné à
susciter la création de réseaux de recherche dans lesquels les pays
en voie de développement sont appelés à participer comme partenaire
à part entière. J’inaugurerai ce type d’enseignement en
mai 2008 à Xiamen avec collaboration du Dr Cavalheiro,
président de la sous-commission de Neurobiologie au sein de la
commission Éducation de la LICE.
Le but recherché de tels programmes est de relier entre elles,
les trois priorités du bureau de la LICE : l’éducation,
l’amélioration des soins, les activités transversales de
recherche.
La langue anglaise est la langue de travail de la LICE, comme
pour la plupart des organisations médicales internationales.
L’utilisation d’une langue commune facilite les communications
internationales. Elle peut comporter des inconvénients pour les
personnes qui, malgré un bon niveau d’instruction, ne se sentent
pas à l’aise pour communiquer à l’intérieur de leur région,
utilisant plus facilement par exemple, l’espagnol, le chinois, le
français.
S’agissant du français, la francophonie a joué un rôle
significatif dans les développements cités plus haut. En 2002, sur
l’initiative du Dr Baldy-Moulinier a été créée, à partir de
l’expérience du DIU d’Épileptologie, la section francophone
d’Eurepa. À présent, la francophonie est intégrée dans une
sous-commission, présidée par le Dr Plouin au sein de la commission
Éducation de la LICE.
C’est précisément dans le cadre de la francophonie que j’ai été
très heureux de répondre favorablement à la demande du
Dr Bureau et du Dr Genton pour que la revue Épilepsies soit
retenue par l’ILAE comme journal international officiel en langue
française. Ce soutien me paraissait d’autant plus justifié qu’il
englobait l’adhésion des pays francophones d’Afrique, du Canada
avec des perspectives d’extension à d’autres pays.
Mon souhait le plus sincère est qu’avec ces nouvelles bases la
revue Épilepsies puisse être un forum de convergence de la
francophonie à travers tous les continents, contribuant ainsi au
développement de la prise en charge des personnes épileptiques et à
la recherche en épileptologie, partout où la langue française est
parlée.
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