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Temporal lobe epilepsy surgery: a non invasive presurgical protocol (a moroccan experience)


Epilepsies. Volume 19, Number 3, 179-87, Juillet, Août, Septembre 2007, Communication

DOI : 10.1684/epi.2007.0114

Résumé   Summary  

Author(s) : Fatiha Lahjouji, Halima Belaïdi, Leila Errguig, Nazha Birouk, Bouchra Kably, Abdesselam Khamlichi, Mohamed Jiddane, Fatima Boutbibe, Reda Ouazzani , Service de Neurophysiologie clinique, Hôpital des Spécialités, CHU Ibn Sina – B.P. 6220 Rabat-Instituts, Maroc 10 000, Service de Neurochirurgie, Hôpital des Spécialités, CHU Rabat, Maroc, Service de Neuroradiologie, Hôpital des Spécialités, CHU Rabat, Maroc.

Summary : The Clinical Service of Neurophysiology recruits a great number of epileptic patient with drug-resistant partial seizures, who are good candidates to surgical treatment. We report our recent experience in the non invasive presurgical evaluation based on establishment of anatomical and electro-clinical (interictal and ictal) data. On a period of 2 years, 73 patients have been investigated and we selectioned 40 patients with temporal seizures related to Ammon Horn sclerosis (30) or mass lesions (10). Clinical, interictal EEGs and anatomical data were strictly correlated among 8 patients and that was confirmed by the ictal video-EEG monitoring. Moreover, it was of a great contribution for patients who presented discordance between the anatomical lesion and interictal EEGs (2 patients) or unusual EEG patterns for temporal lobe seizures (bilateral abnormalities (8 patients) or lack of EEG abnormality (5 patients). In addition, video-EEG monitoring has allowed to rectify the diagnosis for 20 patients. 14 patients have been operated with a good post-surgical outcome for 85 %.These data presented here point out the validity of our non invasive presurgical protocol in surgery of partial chronic temporal seizures.

Keywords : partial epilepsy, drug resistance, video-EEG, surgery, developping country

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ARTICLE

Auteur(s) : Fatiha Lahjouji1, Halima Belaïdi1, Leila Errguig1, Nazha Birouk1, Bouchra Kably1, Abdesselam Khamlichi2, Mohamed Jiddane3, Fatima Boutbibe1, Reda Ouazzani1

1Service de Neurophysiologie clinique, Hôpital des Spécialités, CHU Ibn Sina – B.P. 6220 Rabat-Instituts, Maroc 10 000
2Service de Neurochirurgie, Hôpital des Spécialités, CHU Rabat, Maroc
3Service de Neuroradiologie, Hôpital des Spécialités, CHU Rabat, Maroc

Le Service de Neurophysiologie clinique recrute environ 1 000 patients épileptiques par an. La grande majorité de ces patients bénéficie d’un suivi médical auprès des neurologues du service depuis de nombreuses années ; les autres leur sont adressés de différentes régions du Maroc pour évaluation diagnostique et thérapeutique surtout en cas d’épilepsie sévère. Étant donné que le service est un centre spécialisé en épileptologie, un grand nombre de nos patients souffrent de crises pharmacorésistantes, et représentent donc des candidats potentiels pour le traitement chirurgical. Les données de la littérature montrent que 50 % des épilepsies partielles pharmacorésistantes (EPPR) sont accessibles à un traitement chirurgical (Engel, 1992). Depuis une vingtaine d’années, la chirurgie de l’épilepsie, notamment de l’épilepsie temporale, connaît un grand succès dans les pays industrialisés (Engel et al., 1993). Cependant, cette approche demeure moins pratiquée dans les pays en voie de développement, d’une part à cause du coût financier et humain qu’implique l’évaluation préchirurgicale et, d’autre part, en raison du haut degré de spécialisation médico-chirurgicale qu’elle requière. Néanmoins, l’expérience est actuellement entreprise dans quelques-uns de ces pays (Wieser et Silfvenius, 2000 ; Rao et Radhakrishnan, 2000).Au Maroc, la chirurgie de l’épilepsie a pu voir le jour il y a deux ans grâce aux efforts conjugués d’une équipe multidisciplinaire de neurophysiologistes, neurochirurgiens, neuroradiologues et neuropsychologues de l’hôpital des Spécialités de Rabat, soutenue au début par l’équipe d’épileptologues et de neurochirurgiens de l’hôpital Sainte-Anne à Paris (France).Nous rapportons dans ce travail notre première expérience en terme d’évaluation préchirurgicale des EPPR et de résultats postopératoires. Notre protocole est basé strictement sur des investigations non invasives : examen clinique, EEG intercritiques, enregistrement vidéo-EEG de crises, imagerie par résonance magnétique (IRM) et examen neuropsychologique. Le protocole chirurgical s’adresse aux patients présentant une EPPR temporale soit mésiotemporale avec sclérose hippocampique (SH), soit lésionnelle associée à une tumeur cérébrale, une anomalie vasculaire ou une malformation du développement cortical. Nous nous proposons de discuter dans un premier temps, les critères de sélection et d’exclusion parmi nos patients épileptiques et dans un deuxième temps, nous discuterons de l’apport particulier et capital du monitoring vidéo-EEG de longue durée dans le diagnostic de l’EPPR chez certains patients ou de la réorientation diagnostique chez d’autres ainsi que de sa contribution dans la décision de l’acte chirurgical.L’investigation des patients nous a conduits à proposer une chirurgie curative à type de lobectomie temporale chez 14 patients (20 %). Les premiers résultats postopératoires seront brièvement discutés.

Méthodologie

Sélection des patients

L’interrogatoire des patients et des membres proches de leur entourage a pour but de retracer l’histoire de la maladie épileptique : antécédents personnels et familiaux, âge de début de la maladie, type et fréquence des crises, examen neurologique, retentissement socioprofessionnel, type des médicaments antiépileptiques (MAE) prescrits et leur date d’instauration par rapport à la première crise, ces données permettant d’évaluer les critères de sélection des patients candidats à un bilan pré- chirurgical. Trois critères étaient retenus : la pharmacorésistance des crises, la gravité de l’épilepsie et l’âge du patient.

Le caractère réfractaire était apprécié chez les patients sur la résistance des crises à plusieurs MAE majeurs en mono- ou polythérapie à dose maximale tolérée pendant au moins 2 ans. Il est à noter que certains patients ne pouvant bénéficier de nouveaux MAE en raison de leur coût élevé, la prescription d’un MAE de nouvelle génération associé aux antiépileptiques majeurs ne figurait pas comme critère de sélection dans ce protocole.

La gravité de l’épilepsie était facile à estimer rétrospectivement dans la plupart des cas sur le long suivi des patients dans notre service habitué à entretenir un agenda permettant d’évaluer le type de crises, leur horaire, leur fréquence en s’attardant sur le type du handicap qu’elles pouvaient engendrer.

En ce qui concerne l’âge, nous avions choisi à ce moment de notre étude de retenir préférentiellement les patients jeunes ayant une activité scolaire et/ou professionnelle plus ou moins altérée par les crises. En revanche, les patients de plus de 50 ans ont été systématiquement exclus du protocole d’évaluation.

Évaluation préchirurgicale

Elle comprenait l’analyse des tracés EEG intercritiques, l’enregistrement vidéo-EEG de crises, le bilan morphologique par IRM, un bilan neuropyschologique et une évaluation psychiatrique, toutes données qui conduiront ou non à la décision d’opérabilité.

EEG intercritique

Tous les patients ont bénéficié d’un nouvel EEG intercritique qui a été comparé aux anciens tracés conservés dans le service avec un recul sur plusieurs années.

IRM

Une IRM morphologique a été réalisée chez tous les patients en respectant le même protocole (coupes sagittales en séquences T1, coupes axiales en séquences T2 et en FLAIR, coupes coronales et axiales en séquence pondérée en T1 (parfois en inversion-récupération), en T2 et en FLAIR.) Il est à noter qu’une IRM récente a été systématiquement demandée lorsque celle en notre possession datait de plus d’un an ou lorsque l’EEG récent était en faveur d’anomalies épileptiques bilatérales qui étaient absentes sur les anciens EEG.

L’enregistrement vidéo-EEG

À ce stade de l’évaluation, les patients étaient hospitalisés. L’enregistrement s’étalait sur 3 semaines à raison de 6 heures par jour. Durant la première semaine, la posologie quotidienne des MAE n’était pas modifiée, ce qui nous permettait d’analyser le type et la fréquence des crises ainsi que la stabilité ou le changement des anomalies EEG intercritiques. Pour certains patients, nous avons pu à ce stade enregistrer une crise spontanée sans avoir recours au sevrage médicamenteux. Durant la deuxième semaine, le sevrage progressif des MAE était débuté. Plusieurs de nos patients recevant du phénobarbital en association avec d’autres MAE, nous avons choisi de ne pas diminuer le phénobarbital en raison du risque de crises généralisées inaugurales ou d’état de mal épileptique. Au cours de cette semaine, certains patients pouvaient déclarer parfois des sensations subjectives (auras) non suivies de manifestations cliniques, auras qui étaient notées sur le tracé et prises en considération dans l’analyse finale. Habituellement, ce n’était que vers la fin de cette semaine qu’une première crise était enregistrée. Un ou deux opérateurs surveillaient constamment le patient ayant pour tâche d’interagir avec lui au moment où il déclarait son aura et/ou pendant la crise et lors de la phase post-critique. L’opérateur colligeait les signes subjectifs ressentis par le patient, décrivait les signes objectifs pendant la crise et testait son état de conscience, de compréhension et d’élocution ainsi que ceux de la phase post-critique (langage, mémoire, force motrice). Enfin, pendant la troisième semaine, en l’absence de crise spontanée ou si une crise inhabituelle avait été enregistrée, un sevrage très prudent du phénobarbital pouvait être entrepris. Après l’enregistrement et l’identification sémiologique de la crise, les MAE étaient prescrits, le patient restant sous surveillance pendant 2 à 3 jours dans le service.

Le bilan neuropsychologique

Tous les patients ont bénéficié d’un examen neuropsychologique standard dans le but d’une part, d’apprécier le niveau d’intelligence par le quotient intellectuel (QI) et le degré de retentissement cognitif, d’autre part l’état de la mémoire, du langage, des fonctions exécutives, visuo-perceptives et visuo-constructives.

L’évaluation psychiatrique

Réalisée chez tous les patients, elle avait pour but de déceler d’éventuelles perturbations psychiques, notamment un trouble du comportement, de la personnalité.

Au terme de l’hospitalisation, la décision d’opérabilité était prise au cours d’une réunion de tous les membres de l’équipe multidisciplinaire en confrontant les données cliniques, électriques, radiologiques et neuropsychologiques et en conséquence, le choix du protocole chirurgical.

Résultats

Population et caractéristiques des patients

Données cliniques

Cette étude a porté sur 95 patients épileptiques dont 22 ont été exclus dans la première étape de notre protocole : 8 à cause d’une pseudo-pharmacorésistance, 4 nécessitant un suivi au sein du service pour confirmer la résistance des crises aux MAE (posologie initiale prescrite inadéquate), 2 patients avaient plus de 50 ans et 8 ont refusé la proposition d’évaluation préchirurgicale préférant la poursuite du traitement médicamenteux.

L’âge des 73 patients retenus pour l’évaluation préchirurgicale, variait de 4 et 50 ans (âge moyen 24 ans). Dans les antécédents, on retrouvait la notion de convulsions fébriles chez 18 patients, d’un traumatisme crânien chez 7 patients et d’une méningite chez 2 patients. Le début de l’épilepsie (convulsions fébriles exclues) se situait en moyenne à l’âge de 11 ans (5 à 30 ans) et le délai par rapport à la première consultation médicale était de 2 mois à 16 ans. L’examen neurologique était normal chez tous les patients.

Les données morphologiques à l’IRM

Les données radiologiques sont résumées dans le tableau 1. Le diagnostic d’épilepsie temporale lésionnelle (processus tumoral ou tumeurs dysembryoplasiques neuroépithéliales [DNET]) et d’épilepsie mésio-temporale a été retenu chez 40 patients (55 %). Les lésions étaient soit une DNET (n = 5), soit un autre processus tumoral (n = 5). Chez les patients avec une épilepsie mésio-temporale (n = 30), 25 avaient une SH unilatérale et 5 une SH bilatérale. Il est à noter que tous les patients opérés dans notre série font partie de ce groupe d’épilepsie temporale. L’IRM était en faveur d’une dysplasie frontale dans 6 cas, et sans spécificité ou normale chez les autres patients avec une épilepsie cryptogénique pour 27 patients.
Tableau 1 Contributions de l’IRM et de l’EEG intercritique standard

Type d’épilepsie

Aspects morphologiques

Données EEG

Epilepsie temporale (n = 40, 55%)

Lésionnelle (n = 10, 14 %)

DNET (5)

An. unilatérales (5)

Processus tumoral (5)

  • An. unilatérales (3)
  • An. bilatérales (2)


Mésiotemporale (n = 30, 41 %)

SH à droite (11)

  • Pas d’anomalies (3)
  • An. unilatérales D (4)
  • An. bilatérales (4)


SH à gauche (14)

  • Pas d’anomalies (2)
  • An. unilatérales G (6)
  • An. unilatérales D (2)
  • An. bilatérales (4)


SH bilatérale (5)

  • An. bilatérales (4)
  • An. diffuses (1)


Epilepsie frontale (n = 6, 8 %)

Dysplasie (6)

  • Pas d’anomalies (2)
  • An. unilatérales D (1)
  • An. bilatérales (3)


Epilepsie cryptogénique (n = 27, 37 %)

IRM normale (12)

  • An. unilatérales (10)
  • An. bilatérales (2)


Les données de l’EEG intercritique

Elles sont résumées dans le tableau 1. L’analyse des EEG intercritiques de la population totale montrait un aspect normal chez 7 patients avec des crises mésiotemporales (n = 5) ou frontales (n = 2), des anomalies épileptiques (pointes, pointes-ondes ou ondes lentes) unilatérales chez 39 patients et bilatérales voire diffuses chez les 27 autres. Dans le groupe des patients ayant une épilepsie mésiotemporale ou lésionnelle, les anomalies épileptiques étaient latéralisées du côté de la lésion chez 18 patients (45 %), controlatérales à la lésion chez 2 patients (5 %), bilatérales sur au moins l’un des tracés chez 14 patients (35 %), diffuses chez 1 patient (2,5 %) et absentes chez 5 patients (12,5 %).

L’enregistrement vidéo-EEG intercritique prolongé

Effectué sur 3 semaines, il était analysé minutieusement dans des conditions physiologiques différentes d’EEG de veille au repos et de sommeil, d’activation par des hyperpnées répétées et un sevrage médicamenteux, et au cours de la survenue d’aura isolée. Différents patterns ont été observés dans le groupe des patients avec épilepsie temporale : 1) soit des anomalies épileptiques temporales unilatérales apparaissant au cours de la 2e ou 3e semaine chez les 5 patients dont les EEG antérieurs intercritiques de routine étaient normaux ; 2) soit la constitution d’un foyer épileptique temporal unilatéral nettement individualisé (surtout lors du sommeil ou de l’aura) chez 5 patients parmi les 15 qui avaient des anomalies bilatérales sur l’EEG de routine ; 3) soit l’apparition d’un foyer épileptique corrélé au foyer lésionnel dans l’un des 2 cas où l’EEG de routine montrait des anomalies controlatérales. Ces anomalies étaient activées lors du sommeil.

Ainsi, dans cette série, l’enregistrement vidéo-EEG intercritique prolongé a permis de repérer la focalisation des anomalies EEG du côté de la lésion anatomique chez 11 patients. Notons cependant que le sevrage médicamenteux avait fait apparaître des anomalies bilatérales chez 6 patients qui avaient des anomalies unilatérales sur l’EEG de routine (et une lésion focalisée à l’IRM).

Les données de l’enregistrement vidéo-EEG critique

Pour chaque patient, les crises ont été analysées sur le plan électroclinique pendant les 3 phases : la phase précoce de la crise (aura), la phase percritique et la phase post-critique.

Pour la majorité des patients (52 soit 71 %), les manifestations cliniques orientaient vers une épilepsie temporale, la succession des signes cliniques étant le plus souvent corrélée à 3 types de modifications électriques : 1) soit précoce avec un effacement des anomalies intercritiques suivi soit d’un aplatissement localisé (figure 1), soit d’une surcharge d’ondes lentes rythmiques, qui coïncidait avec la déclaration de l’aura par le patient ; 2) soit percritique correspondant à une activité pointue qui restait localisée ou diffusait parfois bilatéralement, avec un maximum d’amplitude du côté de la lésion (figure 2) ; 3) soit post-critique immédiate sous l’aspect d’un effondrement de l’amplitude de l’activité électrique suivi d’un ralentissement, latéralisé du côté de la lésion (figures 3 et 4).

Chez 18 patients, l’enregistrement vidéo-EEG critique n’a fait que confirmer la corrélation qui était d’emblée établie (ou fortement suspectée) sur les données de l’EEG intercritique de routine et la lésion radiologique.

De plus, l’analyse des enregistrements vidéo-EEG critiques pendant ces 3 phases a permis de résoudre des ambiguïtés qui existaient chez certains patients, relatives à la non-concordance des anomalies EEG intercritiques et de la localisation de la lésion anatomique. Ainsi la vidéo-EEG critique a permis d’individualiser le foyer épileptogène concordant avec le côté de la lésion alors que les anomalies EEG intercritiques apparaissaient bilatérales sur les tracés de routine ou les tracés de durée prolongée. De même, elle a permis d’individualiser le foyer épileptogène concordant avec la lésion chez des patients dont les anomalies EGG intercritiques étaient apparues bilatérales après sevrage médicamenteux (pour ces patients, nous avions conclu après l’enregistrement de 2 crises spontanées).

Ainsi, au terme de notre évaluation préchirurgicale non invasive, l’établissement des corrélations strictes anatomo-électro-cliniques nous a conduits à retenir une décision d’opérabilité chez ces 33 patients.

Enfin, l’enregistrement vidéo-EEG a par ailleurs permis d’orienter ou de redresser le diagnostic chez la plupart des autres patients en identifiant : 1) soit un syndrome de Lennox-Gastaut (4 patients), soit une épilepsie généralisée de type myoclonique juvénile (2 patients) ou de type épilepsie-absences (4 patients), tous patients chez lesquels étaient notées des anomalies focalisées sur l’EEG intercritique et/ou sur l’IRM ; 2) soit une épilepsie temporale avec foyers multiples (4 patients) ; 3) soit des crises psychogènes (sans pattern pathologique à l’EEG critique), associées à des crises épileptiques (6 patients).

Patients opérés : résultats préliminaires

Quatorze patients parmi les 33 retenus pour la chirurgie sont maintenant opérés avec un recul post-chirurgical de 3 à 22 mois. Dix patients avaient une épilepsie mésiotemporale associée à une SH unilatérale, 2 une épilepsie temporale en rapport avec une DNET et 2 autres avec une tumeur cérébrale. Nous pouvons remarquer que les EEG intercritiques dont nous disposions étaient sans anomalie (1 cas) ou avec des anomalies toujours unilatérales du même côté que la lésion anatomique (10 cas) ou du côté opposé à la lésion (1 cas) voire bilatérales (2 cas) soulignant l’intérêt et la valeur essentielle de l’enregistrement vidéo-EEG de crises dans la localisation et l’étendue du foyer épileptogène dont l’exérèse conduira à la guérison.

La phase immédiate postopératoire a été marquée par une complication infectieuse chez 1 patient (méningite jugulée par la thérapeutique) et une hémiparésie transitoire, régressive en 2 semaines chez un autre patient. Douze patients (85 %) sont à ce jour libres de crises (Classe I selon la classification d’Engel) ; un patient a présenté, 5 mois après l’opération, 2 crises espacées dans le temps et moins intenses que précédemment (classe II) et une patiente a présenté des auras immédiatement après l’opération, puis des crises de moindre fréquence à 7 mois postopératoires (classe II-III).

Discussion

Dans notre service, nous recevons un nombre important de patients ayant une EPPR. La majorité présente une épilepsie temporale mésiotemporale ou lésionnelle, vraisemblablement en raison de la fréquence élevée des convulsions fébriles notées chez 18 patients sur 30 (60 %) ayant une SH. Les épisodes répétés ou prolongés de fièvre chez l’enfant sont parfois négligés, surtout chez les habitants des régions excentrées qui n’ont pas accès en urgence aux centres médicaux ou qui s’adressent encore fortement à la médecine traditionnelle. Par ailleurs, l’aggravation de l’épilepsie (augmentation de la fréquence des crises voire généralisation tonico-clonique fréquente entraînant des chutes traumatisantes, bilatéralisation ou généralisation des anomalies électriques, voire le développement de la lésion) et le retentissement négatif sur l’insertion scolaire et/ou socioprofessionnelle) pourraient résulter au moins pour une part, du retard du diagnostic et de la mise en route du traitement chez certains patients, soulignant l’importance de développer au Maroc des équipes et des centres spécialisés pour cette pathologie si invalidante.

La chirurgie curative des épilepsies temporales unilatérales (mésiotemporales ou lésionnelles) conduit à une guérison dans 70 à 90 % des cas. Les succès de la chirurgie dans les épilepsies temporales sont globalement identiques que l’on considère les centres utilisant les méthodes d’investigation invasives (Engel, 1996 ; So et al., 1997 ; Feindel et Rasmussen, 1991 ; Berkovic et al., 1995) ou ceux qui ont plutôt opté pour une méthodologie non invasive (Thadani et al., 1995 ; Kilpatrick et al., 1997 ; Sperling et al., 1992). De nombreux auteurs (Thadani et al., 1995 ; Rao et Radhakrishnan, 2000 ; Benbadis et al., 2004 ; Quarato et al., 2005) s’accordent sur le fait que la convergence des données cliniques, radiologiques, électriques et des tests neuropsychologiques peut souvent suffire pour déterminer la zone épileptogène sans pour autant avoir recours à des techniques plus sophistiquées et coûteuses : tomographie d’émission monophotonique ou SPECT (single photon emission computed tomography) des Anglo-Saxons, tomographie par émission de positons (TEP) difficiles à réaliser dans les pays en voie de développement. De plus, Rao et Radhakrishnan (2000) en Inde ont montré sur une série de 119 patients, que le coût de la lobectomie temporale basée uniquement sur une stratégie non invasive était moins élevé que celui du traitement médicamenteux chronique.

Notre protocole d’évaluation non invasive préchirurgicale nous a permis d’étudier un nombre important de patients, déjà connus dans le service depuis de longues années et pour lesquels nous avions un recul électroclinique conséquent, ce qui nous a conduits à exclure d’emblée 22 patients ne répondant pas aux critères d’éligibilité de la chirurgie de l’épilepsie (Wiebe et al., 2001 ; Berg et al., 2003).

En dernier point, nous voudrions insister sur la durée du bilan vidéo-EEG pratiqué par notre équipe. Dans la littérature, il n’existe pas de protocole standardisé de vidéo-EEG. La durée de bilan s’étalait dans les années 1980 sur 8 semaines en moyenne (Sutula et al., 1981), était coûteuse sur le plan financier et humain mais était indispensable pour préciser le diagnostic chez certains patients sachant que les techniques d’imagerie de haute résolution faisaient défaut à l’époque. Actuellement, la vidéo-EEG est encore préférentiellement pratiquée dans le cadre de l’évaluation préchirurgicale des EPPR et sa durée est d’une semaine en moyenne (Pataraia et al., 1998 ; Ghougassian et al., 2004 ; Benbadis et al., 2004). Dans notre protocole, nous avons opté pour une durée intermédiaire de 3 semaines pour plusieurs raisons : 1) estimer, avant le sevrage, la fréquence réelle des crises ; 2) analyser l’aspect de l’EEG dans différentes conditions (sommeil spontané ou après privation de sommeil, etc.) permettant de lever des incertitudes sur la latéralisation du foyer ; 3) se donner la chance d’enregistrer avant le sevrage une crise épileptique comparable aux crises habituelles du patient afin d’éliminer des aspects induits par le sevrage à type de bilatéralisation des anomalies électriques, élément prédictif de mauvais pronostic pour la chirurgie (Schulz et al., 2000) ; 4) induire un sevrage très progressif et prudent pour éviter l’obtention de crises d’emblée généralisées, de crises subintrantes voire des états de mal épileptique rapportés chez 75 % des patients (Yen et al., 2001) ; 5) augmenter la chance d’enregistrer des auras isolées ou plusieurs crises spontanées surtout chez les patients dont la concordance entre les EEG de routine et la lésion n’était pas évidente.

Enfin, nous sommes conscients du caractère préliminaire de nos résultats postopératoires sur la sédation des crises, étant donné le nombre limité de patients opérés et le recul postopératoire relativement court (de 3 à 22 mois). Toutefois, l’absence de survenue de crises chez 85 % de nos patients suggère que ces bons résultats se maintiendront à plus long terme et seront comparables à ceux rapportés dans les autres séries de la littérature. L’analyse des échecs autorise à considérer plusieurs facteurs prédictifs de mauvais pronostic (Schulz et al., 2000 ; McIntosh et al., 2001) : pour un cas, malgré d’apparentes étroites corrélations anatomo-électro-cliniques, on doit souligner l’âge du patient (46 ans), la durée prolongée de la maladie (30 ans), le retard à l’instauration des MAE par rapport aux premières crises (16 ans), la notion de crises généralisées assez fréquentes, sans négliger l’hypothèse d’une zone épileptogène plus étendue dépassant le lobe temporal (épilepsie fronto-temporale ?) ; le deuxième échec mal expliqué concernait un cas de SH unilatérale associée à des anomalies intercritiques bilatérales et à une crise électroclinique du côté de la SH mais se propageant secondairement et rapidement à l’hémisphère controlatéral. Nous ne pouvons exclure l’hypothèse d’une épilepsie temporale bilatérale dont le diagnostic n’aurait pas été porté en l’absence de survenue de crise controlatérale pendant la phase d’enregistrement vidéo-EEG. La propagation rapide controlatérale était la seule singularité de ce cas par rapport à celui où existaient des anomalies intercritiques bilatérales mais qui figure dans la classe I d’Engel.

Enfin, de façon plus globale considérant l’ensemble de la population (95 patients) rappelons que l’enregistrement vidéo-EEG nous a permis de poser des contre-indications à la chirurgie. En effet, la pseudo-pharmacorésistance a été retrouvée dans 14 % des cas liée soit à une mauvaise observance thérapeutique, soit au dosage inapproprié des MAE ou à l’intrication de crises psychogènes aux crises épileptiques. Il est à noter que ce pourcentage est nettement inférieur à celui rapporté dans d’autres séries (Benbadis et al., 2004, Alsaadi et al., 2004) vraisemblablement en raison de la présélection de nos patients pour une évaluation préchirurgicale plutôt qu’une simple évaluation diagnostique. De même, rappelons que l’observation directe et l’enregistrement de crises ont permis de rectifier le diagnostic topographique ou syndromique de l’épilepsie chez 20 patients de notre série, comme précédemment publié (Ghougassian et al., 2004) et de proposer une réadaptation thérapeutique bénéfique en fonction du type d’épilepsie.

En conclusion, nos résultats préliminaires confirment et nous confortent dans l’idée que les indications de la chirurgie curative dans les EPPR peuvent être établies sur des bases d’investigation non invasive et que cette chirurgie pratiquée dans les pays en voie de développement peut conduire à des succès comparables à ceux obtenus dans les pays industrialisés.

Ces bons résultats opératoires soulignent et mettent en valeur l’importance d’une bonne sélection préalable des patients candidats à la chirurgie mais aussi de l’investissement humain des professionnels impliqués.

Nos perspectives vont dans le sens de la mise au point d’autres techniques d’investigation non invasives (TEP, IRM fonctionnelle) et à plus long terme, nous espérons pouvoir créer au Maroc deux types de structures : des centres urbains spécialisés uniquement dans l’étape de sélection des patients et dans l’évaluation préchirurgicale par les moyens non invasifs et un grand centre de référence de chirurgie de l’épilepsie dans lequel nous introduirions à terme l’exploration stéréoélectroencéphalographique avec des électrodes intracérébrales dans l’optique de prendre en charge des patients souffrant d’épilepsies extra-temporales dont les indications à la chirurgie sont souvent plus complexes que les épilepsies temporales. La réalisation de ce projet nous permettra non seulement de traiter des patients du Maroc mais aussi des patients venant des autres pays d’Afrique.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier vivement l’équipe de Neurochirurgie de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris (France) pour sa collaboration fructueuse dans le démarrage de la chirurgie de l’épilepsie dans notre pays.

Références

Alsaadi et al, 2004 Alsaadi TM, Thieman C, Schatzel A, et al. Vidéo-EEG telemetry can be a crucial tool for neurologists experienced in epilepsy when diagnosing seizure disorders. Seizure 2004 ; 13 : 32-4.

Benbadis et al, 2004 Benbadis SR, O’Neill E, William O, et al. Outcome of prolonged Video-EEG monitoring at a typical referral Epilepsy Center. Epilepsia 2004 ; 45 : 1150-3.

Berg et al, 2003 Berg AT, Vickrey BG, Langfitt JT, et al. The multicenter study of epilepsy surgery : recruitment and selection for surgery. Epilepsia 2003 ; 44 : 1425-33.

Berkovic et al, 1995 Berkovic SF, McIntosh AM, Kalnins RM, et al. Preoperative MRI predicts outcome of temporal lobectomy : an actuarial analysis. Neurology 1995 ; 45 : 1358-63.

Engel, 1992 Engel JJr. Update of surgical treatment of the epilepsies. Summary of the Second International Palm Desert Conference on the surgical treatment of the epilepsy. Neurology 1992 ; 4 : 1612-7.

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