Home > Journals > Medicine > Epilepsie > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Epilepsies
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Épisode psychotique et état de mal focal : une épilepsie réellement cryptogénique ?


Epilepsies. Volume 17, Number 4, 263-8, Octobre-Novembre-Décembre 2005, Cas clinique



Author(s) : Sandrine Aubert, Cécile Sabourdy, Maria-Paola Valenti, Serge Chassagnon, Edouard Hirsch , Département de Neurologie, CHU, 67091 Strasbourg, France.

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Sandrine Aubert, Cécile Sabourdy, Maria-Paola Valenti, Serge Chassagnon, Edouard Hirsch

Département de Neurologie, CHU, 67091 Strasbourg, France

Melle B., née le 19 mars 1984, droitière, sans antécédents notables, est admise aux urgences à l’âge de 18 ans (le 29 mars 2002) pour une première crise généralisée tonicoclonique. L’EEG et le scanner cérébral sont normaux. La patiente rentre à domicile. Des troubles du comportement s’installent de manière progressive et motivent une nouvelle hospitalisation le 5 avril 2002 dans un service de médecine proche de son domicile. Les troubles du comportement se caractérisent par une perplexité associée à des hallucinations, avec impression de déréalisation et de dépersonnalisation. La patiente est alors transférée en psychiatrie au CHU de Strasbourg et un traitement par neuroleptiques est instauré. L’état de la patiente ne s’améliore pas, et finalement un nouvel EEG est réalisé le 11 avril 2002 et met en évidence des crises focales sérielles « infracliniques » à prédominance temporale droite (( figure 1 )). La patiente est alors transférée en neurologie puis en réanimation médicale après échec du protocole thérapeutique standard associant clonazépam et fosphénytoïne par voie intraveineuse. Un traitement par propofol puis penthotal permet un contrôle des crises avec initialement une récidive de celles-ci à la levée de la sédation. Dans les jours qui suivent, les différents enregistrements vidéo-EEG prolongés montrent la persistance des crises focales, malgré une polythérapie par carbamazépine et phénytoïne per os.L’examen clinique objective un contact bizarre, un manque du mot et des hallucinations visuelles. Le reste de l’examen neurologique et général est normal, et la patiente est apyrétique.Sur le plan biologique, il n’est pas noté de syndrome inflammatoire. La numération formule et la crase sont normales, de même que la biochimie standard (ionogramme, bilan rénal, hépatique, phosphocalcique). Sur le plan immunitaire, l’électrophorèse des protéines plasmatiques est normale, mais le dosage pondéral des immunoglobulines montre une diminution des IgG et des IgA et une augmentation des IgM. Les anticorps antinucléaires et les ACAN sont négatifs, de même que les anticorps anti TPO. L’étude du complément montre un C3 et un CH50 normaux, avec un C4 discrètement augmenté. Le bilan infectieux n’est pas concluant : les sérologies de l’EBV et de la rougeole sont en faveur d’une immunité ancienne, et les autres sérologies (TPHA, VDRL, VIH, hépatites B et C, Lyme, Mycoplasma pneumoniae, TBE) sont négatives. La recherche de VZV, HSV, HSV6, CMV et Parvovirus B19 par PCR est négative.L’étude du LCR a mis en évidence 12 globules blancs (dont 10 lymphocytes), avec une protéinorachie et une glycorachie normales ; on retrouve la présence d’une synthèse intrathécale d’immunoglobulines avec distribution oligoclonale (à IgG et chaînes légères lambda) et la recherche d’interféron est positive ; l’examen direct et la culture bactériologique sont négatifs, la recherche de BK, la PCR herpès et entérovirus l’est également, de même que la recherche d’antigène cryptococcique. Le NSE dans le LCR est augmenté à 20 (NSE plasmatique normal). Lors de la ponction lombaire de contrôle réalisée quelques jours plus tard, la cytologie s’est normalisée, l’interféron est négatif mais la distribution oligoclonale des immunoglobulines persiste.La radiographie de thorax, l’échographie abdo-pelvienne, le scanner et l’IRM cérébrale (avec séquences TIR, FLAIR, Diffusion…) sont strictement normaux (( figure 2 )) ; le SPECT cérébral intercritique à l’ECD (ethyl-cystéine-dimère) met en évidence une hypoperfusion temporale bilatérale prédominant à droite (( figure 3 )). L’artériographie ne montre pas d’anomalie visible.Quel(s) diagnostic(s) évoquez-vous ?Quel(s) examen(s) complémentaire(s) réalisez-vous ? Qu’en attendez-vous ?Quel est votre traitement « spécifique » ?

Commentaires

Bertrand de Toffol, Tours

La situation clinique est simple, le diagnostic difficile. Cliniquement, il s’agit d’un « état psychotique » symptomatique d’un état de mal partiel prouvé par l’EEG. La terminologie est source de complications inutiles et d’erreur d’aiguillage. L’association d’une perplexité anxieuse et d’hallucinations visuelles doit faire considérer de première intention un diagnostic clinique de confusion mentale avec éléments délirants. Le problème est bien organique (ce d’autant qu’une crise généralisée a inauguré le tableau), il faut contrôler l’état de mal et surtout en trouver la cause, la patiente doit être admise le plus vite possible dans un service de neurologie ou de médecine interne/réanimation sans perte de temps. Rappelons simplement que les états psychotiques post-ictaux présupposent l’évolution d’une épilepsie partielle active depuis plusieurs années.

L’état de mal est d’emblée pharmaco-résistant, ce qui est en faveur d’une agression cérébrale aiguë sévère intéressant le cortex. Les modalités générales de l’établissement d’un diagnostic étiologique en neurologie peuvent nous servir de plan : toute affection neurologique peut avoir une cause vasculaire, traumatique, tumorale, infectieuse, toxique et métabolique, inflammatoire et dégénérative. Le contexte et les différents éléments paracliniques fournis permettent de restreindre les hypothèses à trois grands cadres : infectieux, métabolique et inflammatoire. Il existe une méningite paucicellulaire et une synthèse oligoclonale d’IgG dans le LCR, avec un interféron positif ce qui oriente vers un mécanisme « immunologique » au sens large, avec une réponse déclenchée par un virus, une bactérie, un constituant de la myéline ou, plus généralement, d’un élément du système nerveux. Le cadre de discussion est donc celui des méningo-encéphalites : la méningite est prouvée, l’implication de l’encéphale est attestée par l’état de mal réfractaire qui intéresse le cortex cérébral. De principe, et fort justement, les diagnostics de méningo-encéphalite virale (HSV, HIV, Epstein-Barr, rougeole) ont été envisagés en priorité et écartés. Cliniquement, une méningo-encéphalite herpétique me paraît très peu probable en l’absence de fièvre. La formule du LCR, la normoglycorachie et l’absence de fièvre sont peu en faveur d’une méningite bactérienne (listériose, spirochétose, tuberculose) ou d’un lymphome. La synthèse oligoclonale d’IgG est en réalité compatible avec un grand nombre d’affections neurologiques (Mayringer et al, 2005) démyélinisantes, inflammatoires ou non. L’hypothèse d’une vascularite cérébrale chez une femme jeune nécessite de discuter un certain nombre d’affections systémiques (lupus, péri-artérite noueuse, Sjögren) peu vraisemblables en l’absence de syndrome inflammatoire et écartés par les examens appropriés. Une cause « métabolique » compatible avec le tableau (confusion, hallucinations visuelles) impose de vérifier l’absence d’acidose (MELAS). La normalité des examens morphologiques contrastant avec une atteinte neurologique sévère conduit à envisager les syndromes paranéoplasiques avec synthèse intrathécale d’anticorps anti-neuronaux, ce d’autant que les deux lobes temporaux sont impliqués (encéphalite limbique). Par extension, ce cadre regroupe les encéphalites immunologiques avec anticorps anti-récepteurs très variés (glutamates, potassiques, etc.) dont le mécanisme est assez mal compris à l’heure actuelle. Il n’y a cependant aucune lésion de la substance blanche sur l’IRM.

Je confesse que je ne suis pas en mesure d’avancer plus avant dans le diagnostic étiologique. En l’absence certaine d’agression infectieuse, une corticothérapie parentérale forte peut être proposée pour aider au contrôle de l’état de mal si son mécanisme est immunologique.

Commentaires

Philippe Gélisse, Montpellier

Cette observation présente une jeune femme âgée de 18 ans sans antécédent particulier qui présente une première crise d’épilepsie généralisée tonicoclonique suivie sept jours plus tard d’un état de mal épileptique temporal se présentant cliniquement comme un trouble dissociatif avec sentiment de déréalisation et de dépersonnalisation. Un EEG est effectué et met en évidence des crises sérielles temporales droites résistant à un traitement par fosphénytoïne et clonazépam, cette résistance conduisant à une sédation. Les crises réapparaissent à la levée de la sédation et persistent sous une association carbamazépine et phénytoïne. Le bilan biologique ne montre pas de syndrome inflammatoire. Il n’y a pas d’argument biologique pour un lupus. La ponction lombaire initiale décèle une discrète augmentation des cellules lymphocytaires, avec un interféron et une NSE positifs et un pic oligoclonal à IgG. Il n’existe pas d’augmentation sérique des IgG ce qui est un argument en faveur d’une synthèse intrathécale des immunoglobulines. La PCR pour le virus de l’herpès est négative ainsi que pour les principaux virus et bactéries neurotropes. La sérologie VIH est négative. L’IRM et l’artériographie cérébrale sont négatives et la scintigraphie cérébrale intercritique montre une hypoperfusion des deux régions temporales prédominant à droite. Cliniquement, la patiente est apyrétique. À signaler, l’existence d’un manque du mot chez cette droitière témoignant probablement d’une implication du cortex temporal gauche.

Hypothèses diagnostiques

Parmi les états de mal épileptiques non convulsivants, les états de mal temporaux peuvent exposer à un risque de séquelles cognitives justifiant ainsi une prise en charge thérapeutique adéquate. Devant un tel tableau aigu, il faut évoquer une méningoencéphalite de principe en privilégiant les étiologies les plus graves et celles dont un traitement est possible.

Le premier diagnostic à évoquer est donc une méningoencéphalite herpétique. Il faut exclure ce diagnostic avant d’évoquer d’autres étiologies. Il faut entreprendre un traitement antiviral systématique.

Les arguments en faveur d’une méningoencéphalite herpétique sont :

  • une crise généralisée tonicoclonique suivie de troubles du comportement d’installation progressive puis d’un état de mal épileptique temporal chez une patiente sans antécédent ;
  • une résistance de l’état de mal malgré une prise en charge médicale adéquate ;
  • un tableau psychiatrique qui peut être en relation avec les crises mais qui peut aussi résulter de l’atteinte bihippocampique ;
  • l’EEG avec une souffrance massive sur la région temporale droite témoignant d’une atteinte parenchymateuse ;
  • un manque du mot à caractériser chez cette patiente droitière (amnésie verbale ou aphasie ?). Ce manque du mot témoigne d’une atteinte temporale gauche ;
  • une réaction lymphocytaire dans le LCR avec un interféron positif, une protéinorachie et une glycorachie normales. La NSE positive est la traduction d’une effraction de la barrière hémato-méningée ;
  • la normalité du bilan biologique standard avec absence de syndrome inflammatoire.

Les arguments contre ce diagnostic sont :

  • la négativité de la PCR herpès, mais ceci n’élimine cependant pas le diagnostic d’encéphalite herpétique étant donné la méthode utilisée (rt-PCR) qui peut donner des faux positifs ou des faux négatifs ;
  • la normalité de l’IRM mais cela peut être observé au début de l’infection. Il convient alors de réaliser une scintigraphie cérébrale qui peut montrer une hypoperfusion temporale ce qui est le cas ici ;
  • l’absence de fièvre.

Le deuxième diagnostic à évoquer compte tenu que la patiente habite à proximité des Vosges est une maladie de Lyme qui peut parfois donner une méningoencéphalite. Les arguments en sa faveur sont un séjour en zone d’endémie de Borrelia burgdorferi, la notion d’une réaction lymphocytaire avec synthèse intrathécale d’IgG sur le LCR. Contre ce diagnostic, la patiente ne présente pas un tableau de méningite (céphalée, fièvre, raideur de nuque), la protéinorachie est normale alors qu’elle est habituellement augmentée de façon modérée dans une maladie de Lyme. De plus, la sérologie Lyme est négative mais elle doit être contrôlée dans le sang et dans le LCR.

Face à un état de mal épileptique réfractaire, une intoxication (héroïne, cocaïne, extasie…) doit toujours être recherchée. L’interrogatoire est dans ce cas primordial ainsi que la recherche de toxiques dans le sang et les urines au début de l’état de mal. Une augmentation oligoclonale des IgG est évocatrice d’une atteinte inflammatoire du système nerveux central mais peut également se voir dans d’autres pathologies (affections cérébrovasculaires, néoplasies, syndromes paranéoplasiques…). Compte tenu des possibilités thérapeutiques et de la souffrance constatée sur l’EEG, une thrombophlébite cérébrale, dont la clinique est parfois trompeuse et bizarre doit être évoquée. Il faut vérifier si l’artériographie a comporté des temps veineux et réaliser si besoin une nouvelle imagerie avec étude veineuse. Il faut rechercher des facteurs de risque de thrombose (association pilule-tabac). Si aucun de ces diagnostics ne peut être retenu, d’autres causes d’encéphalites, une néoplasie primaire ou secondaire dont une métastase leptoméningée doit être recherchée. Des causes inflammatoires ou des hémopathies sont également à rechercher (lupus, Gougerot, anticoagulants circulants) avec la recherche de tous les marqueurs biologiques adéquats. Cependant, le début par un état de mal épileptique n’est pas classique et est en règle générale lié à la présence d’accidents vasculaires cérébraux hémorragiques ou ischémiques. Il faut également rechercher systématiquement des éléments entretenant l’état de mal (hypoglycémie, fièvre, hydratation).

Examens complémentaires

En premier, il faut interroger la famille pour préciser si la première crise d’épilepsie est survenue dans un contexte sub-fébrile, de céphalées, d’herpès labial, arguments en faveur d’une méningoencaphalite herpétique. Dans le cadre d’une maladie de Lyme, il faut rechercher la notion d’une piqûre d’insecte (tique), de manifestations cutanées ou articulaires parfois plusieurs semaines auparavant. Il faut rechercher, de principe, des séjours dans d’autres régions françaises ou à l’étranger qui pourraient orienter vers d’autres étiologies. Il faut rechercher une prise de toxique.

L’examen clé passe par la réalisation d’une nouvelle IRM cérébrale sans oublier une étude vasculaire dans le cadre notamment d’une thrombophlébite. L’IRM recherche une atteinte parenchymateuse témoin d’un processus encéphalitique. S’il y a une atteinte temporale droite et gauche, cela est évocateur d’un herpès. L’IRM cérébrale permet également d’éliminer d’autres diagnostics peu probables : hématome sous-dural, néoplasie, vascularite, affection démyélinisante.

Sur un plan biologique, il faut recontrôler l’ensemble des sérologies afin de dépister une modification. Sur le LCR, il convient d’effectuer une sérologie herpès, Borrelia burgdorferi ainsi qu’une étude en PCR.

Un bilan neuropsychologique doit être si possible réalisé pour une évaluation de base afin d’assurer le suivi ultérieur de la patiente. Le bilan doit caractériser le manque du mot (amnésie verbale ou aphasie).

Appel aux spécialistes notamment internistes pour discuter des résultats du bilan immunitaire avec une baisse des immunoglobulines G et A et augmentation des IgM. La phénytoïne au long cours peut donner une baisse des IgA mais la patiente n’a pas été exposée pendant plusieurs mois. Il faut discuter si la patiente est immunodéprimée ce qui l’expose alors à des agents opportunistes.

S’il y a une encéphalite inexpliquée avec lésions parenchymateuses visibles en IRM et que la patiente se détériore, une biopsie cérébrale peut être discutée.

Traitements spécifiques

L’urgence est l’institution d’un traitement intraveineux par aciclovir. Il faut entreprendre ce traitement dès la moindre suspicion d’une méningoencéphalite herpétique. En effet, vu la gravité et le pronostic de cette affection, il vaut mieux traiter par excès que par défaut. Si un examen revient positif pour le Lyme, une antibiothérapie par céphalosporine de 3e génération sera instituée.

Commentaires

Sandrine Aubert, Strasbourg

Chez cette jeune femme, la recherche d’anticorps antiphospholipides s’est avérée positive, avec présence d’un anticoagulant circulant de type lupique, mais sans critères en faveur d’un lupus érythémateux disséminé associé. La présentation initiale (troubles psychiatriques avec syndrome confusionnel, dissociation et hallucinations), l’évolution vers un état de mal et l’étude du liquide céphalorachidien, tant sur le plan cytologique qu’immunitaire, au vu de l’ensemble de ces considérations, évoque une encéphalite auto-immune, associée à la présence d’anticorps antiphospholipides (Shoenfeld et al., 2004). Chez cette patiente, cette présence reste isolée et ne s’intègre pas dans le cadre d’un syndrome des anticorps antiphospholipides (SAPL), car des critères cliniques (thromboses veineuses récidivantes, fausses couches spontanées) sont manquants. Il existe en fait plusieurs types d’anticorps antiphospholipides : cette dénomination regroupe les anticorps anticardiolipines (anti-β2GP1), l’anticoagulant circulant (lupus-like) et les anticorps anti-phosphatidylsérine, anti-phosphatidylinositol et anti-phosphatidyl-éthanolamine. Les hypothèses physiopathologiques suggèrent que les anticorps antiphospholipides interfèrent avec la fonction cellulaire endothéliale, activent ainsi l’activité procoagulante de ces mêmes cellules, et/ou exercent une action directe sur les neurones (Shoenfeld et al., 2004).

Le traitement de référence est la corticothérapie et éventuellement un traitement immunosuppresseur. Un cas similaire, avec crises focales en série, chez un homme de 41 ans, cette fois-ci associées à un lupus érythémateux disséminé, a ainsi été traité efficacement par corticothérapie et Endoxan®(Wolf et al. 2001). Notre patiente a été traitée par corticoïdes (prednisone 1 g/jour pendant 3 jours puis relayé par une corticothérapie orale lentement dégressive). Un deuxième état de mal partiel (temporal droit, avec 4 épisodes secondairement généralisés) est survenu 1 an plus tard, lors d’une diminution des doses de corticoïdes, imposant une augmentation des doses de ceux-ci. Il s’agit à notre connaissance de la deuxième description d’épisodes d’état de mal épileptique dans le cadre d’une encéphalite auto-immune avec présence d’anticorps antiphospholipides, mais la première description (Muraoka et al., 1993) concernait un patient qui présentait en plus une hémorragie intracérébrale. Des cas de crises en séries ont également été reportés (Shoenfeld et al., 2004) ; Spreafico et al. 1994) mais restent rares, et en général les crises sont facilement traitables en monothérapie. La prévalence de crises épileptiques dans le cadre d’un syndrome des anticorps antiphospholipides se situe aux alentours de 24-27 % selon les données les plus récentes (Spreafico et al, 1994 ; Kalashnikova et al., 2005a ; Kalashnikova et al., 2005b), portant sur de petits effectifs (moins de 150 patients). Une étude, à plus large échelle, portant sur 1000 patients atteints d’un syndrome des anticorps antiphospholipides (Cervera et al., 2002), retrouvait une prévalence de crises d’épilepsies de l’ordre de 3,4 % en début d’évolution, et de 7 % par la suite. Dans le cadre du lupus, les données sont elles aussi contradictoires, allant de 8,3 à 28 % (Sanna et al., 2003 ; Appenzeller et al., 2004 ; Mok et al., 2005). Il reste donc difficile de savoir exactement si l’épilepsie est plus fréquente dans le cas du syndrome des anticorps antiphospholipides ou du lupus. Par ailleurs, Lampropoulos et al. (2005) ont étudié non pas la survenue de crises d’épilepsie, mais la fréquence des anomalies électroencéphalographiques, symptomatiques ou non, chez des patients atteints de SAPL, ou présentant des anticorps antiphospholipides isolés, ou atteints de lupus. Les anomalies mises en évidence étaient un ralentissement focal, une anomalie de l’activité de fond (mélange de rythmes thêta et delta), une activité épileptiforme d’aspect généralisé ou des ondes à front raide, notamment de distribution temporale. Cent pour cent des patients atteints de SAPL présentaient des anomalies de ce type, de même que 71 % des patients présentant des anticorps antiphospholipides isolés et seulement 32 % des patients atteints de lupus. Il semble donc que les anomalies électroencéphalographiques soient très fréquentes dans les deux premières situations, et souvent asymptomatiques. De plus, il semble qu’une large proportion des patients épileptiques présenterait des anticorps antiphospholipides, dont on a initialement supposé qu’ils pouvaient être une conséquence des traitements antiépileptiques. Peltola et al. (2000), ont démontré que chez les patients épileptiques, nouvellement diagnostiqués ou déjà suivis et donc traités par un ou plusieurs anti-épileptiques, les anticorps antinucléaires, anticardiolipines et anti-β2GP1 sont statistiquement plus fréquents que dans la population témoin non épileptique, et ceci indépendamment du traitement anti-épileptique.

Le cas de cette jeune fille, qui présentait des crises focales dont les manifestations initiales furent davantage d’ordre psychiatrique, était trompeur. Le tableau clinique s’est rapidement complété, avec encéphalite grave compliquée d’un état de mal partiel. La découverte de la nature auto-immune de cette pathologie a permis d’entreprendre un traitement approprié (corticothérapie) et l’évolution a été favorable même si la patiente est restée corticodépendante (récidive de crises épileptiques avec état de mal lors de la diminution de posologie des corticoïdes). Ce cas nous montre que l’hypothèse auto-immune doit toujours être suspectée en cas de tableau clinique d’encéphalite ou chez un sujet jeune présentant un état de mal épileptique, car l’évolution peut être potentiellement grave et car il existe plusieurs stratégies thérapeutiques efficaces rapidement, tant sur les crises d’épilepsie que sur les symptômes neuropsychiatriques.

Références

Appenzeller et al, 2004 Appenzeller S, Cendes F, Costallat LT. Epileptic seizures in systemic lupus erythematosus. Neurology 2004 ; 63 : 1808-12.

Cervera et Piette, 2002 Cervera R, Piette JC, Euro-Phospholipid Project Group. Antiphospholipid syndrome : clinical and immunologic manifestations and patterns of disease expression in a cohort of 1,000 patients. Arthritis Rheum 2002 ; 46 : 1019-27.

Kalashnikova et al, 2005a Kalashnikova LA, Aleksandrova EN, Novikov AA, et al. Anti-phosphatidylethanolamine antibodies in patients with Sneddon’s syndrome. Klin Med (Mosk) 2005 ; 83 : 46-9.

Kalashnikova, 2005b Kalashnikova LA. Non-ischemic neurological manifestations in patients with primary antiphospholipid syndrome. Zh Nevrol Psikhiatr Im S S Korsakova 2005 ; 105 : 18-23.

Lampropoulos et al, 2005 Lampropoulos CE, Koutroumanidis M, Reynolds PP, et al. Electroencephalography in the assessment of neuropsychiatric manifestations in antiphospholipid syndrome and systemic lupus erythematosus. Arthritis Rheum 2005 ; 52 : 841-6.

Mayringer et al, 2005 Mayringer I, Timeltaler B, Deisenhammer F. Correlation between the IgG index, oligoclonal bands in CSF, and the diagnosis of demyelinating diseases. Eur J Neurol 2005 ; 12 : 527-30.

Mok et al, 2005 Mok MY, Chan EY, Fong DY, et al. Antiphospholipid antibody profiles and their clinical associations in Chinese patients with systemic lupus erythematosus. J Rheumatol 2005 ; 32 : 622-8.

Muraoka et al, 1993 Muraoka I, Adachi N, Ogashiwa M, et al. Cerebral hemorrhage in a case of antiphospholipid antibody syndrome. No To Shinkei 1993 ; 45 : 263-6.

Peltola et al, 2000 Peltola JT, Haapala A, Isojarvi JI, et al. Antiphospholipid and antinuclear antibodies in patients with epilepsy or new-onset seizure disorders. Am J Med 2000 ; 109 : 712-7.

Sanna et al, 2003 Sanna G, Bertolaccini ML, Cuadrado MJ, et al. Neuropsychiatric manifestations in systemic lupus erythematosus : prevalence and association with antiphospholipid antibodies. J Rheumatol 2003 ; 30 : 985-92.

Shoenfeld et al, 2004 Shoenfeld Y, Lev S, Blatt I, et al. Features associated with epilepsy in the antiphospholipid syndrome. J Rheumatol 2004 ; 31 : 1344-8.

Spreafico et al, 1994 Spreafico R, Binelli S, Bruzzone MG, et al. Primary antiphospholipid syndrome (PAPS) and isolated partial seizures in adolescence. A case report. Ital J Neurol Sci 1994 ; 15 : 291-7.

Wolf et al, 2001 Wolf J, Niedermaier N, Bergner R, et al. Cerebral vasculitis as the initial manifestation of systemic lupus erythematosus. Dtsch Med Wochenschr 2001 ; 126 : 47-50.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]