ARTICLE
Auteur(s) : Dominique Gayraud, Pierre Genton, Catherine
Mallecourt, Jean-Michel Vassault, Helène Cassin, Marie-Annick
Bryselbout, François Viallet
Services de Neurologie et de Radiologie, Centre Hospitalier du
Pays d’Aix, Aix-en-Provence, France.
Correspondance : D. Gayraud E-mail : dgayraudch-aix.fr CH
du Pays d’Aix Avenue des Tamaris 13000, Aix-en-Provence
La recherche de lésions corticales responsables d’épilepsies
focales a beaucoup bénéficié des progrès de la neuroimagerie, en
particulier de la diffusion et de l’amélioration des techniques
d’imagerie par résonnance magnétique (IRM). L’interprétation des
anomalies visibles sur certaines séquences IRM et de leur nature
organique ou fonctionnelle reste cependant parfois délicate, et
doit tenir compte du contexte clinique global, dans le cadre d’une
approche syndromique des épilepsies. Nous rapportons l’observation
d’un patient de 24 ans ayant présenté à la suite de crises
partielles répétitives isolées des anomalies focales transitoires
en imagerie par résonance magnétique dans le territoire intéressé
par les crises. L’observation clinique, sous réserve d’un suivi à
plus long terme, est compatible avec le diagnostic de crises
partielles bénignes. Cette observation confirme la nature parfois
fonctionnelle et transitoire de certaines anomalies que l’on aurait
pu considérer comme témoignant d’une lésion.
Observation
Monsieur S, âgé de 24 ans, est hospitalisé le 02/05/2001
pour une première crise généralisée tonico-clonique. Les
manifestations avaient débuté à la suite d’une longue séance de
jeux vidéos par des clonies de la main droite s’étendant rapidement
à la racine du membre supérieur droit et à la face, de durée brève.
Deux autres épisodes survenaient à quelques heures d’intervalle,
dont le dernier était suivi par une généralisation rapide de la
crise. À l’admission, l’état de conscience et l’examen neurologique
sont strictement normaux et dans les antécédents, on retrouve une
histoire d’épilepsie bénigne dans l’enfance chez le père, non
traitée, ainsi que la consommation occasionnelle de cannabis. Le
bilan biologique (incluant une sérologie HIV) ainsi que le scanner
cérébral sont normaux. L’électroencéphalogramme inter-critique ne
retrouve aucune anomalie. L’imagerie en résonance magnétique ne
retrouve aucune anomalie sur les séquences pondérées en T1 et T2,
mais met en évidence un hypersignal très localisé juste en
profondeur de la scissure de Rolando sur les séquences FLAIR (figure 1a) et peu
visible sur les séquences T2 (1b).
.
Un SPECT intercritique pratiqué à la deuxième semaine est
également normal. Un traitement par valproate était débuté à
500 mg puis 1 000 mg par jour, sans récidive des
crises après quatre mois de recul et, de nouvelles IRM montrent
l’atténuation progressive puis la disparition de l’image en
séquences FLAIR (figures 2a-2d). L’EEG reste également
normal.
Figure 2
. Les anomalies IRM de la substance blanche pré-rolandiques
en séquence FLAIR à J2 (2a) s’atténuent progressivement
6 semaines après (2b), 12 semaines (2c) et ont disparu un
an après (2d).
a
b
c
d
Cette observation, dont la chronologie évoque fortement le
diagnostic de crises partielles bénignes de l’adolescent, est donc
singularisée par la détection d’une anomalie focale, siégeant au
niveau du foyer épileptique probable d’après les données précises
de l’interrogatoire, et par le caractère transitoire de cette
anomalie, dont les caractéristiques n’évoquaient d’ailleurs pas une
pathologie spécifique.
Discussion
Cette observation, dont la chronologie évoque fortement le
diagnostic de crises partielles bénignes, est donc singularisée par
la détection d’une anomalie focale, siégeant au niveau du foyer
épileptique probable d’après les données précises de
l’interrogatoire, et par le caractère transitoire de cette
anomalie, dont les caractéristiques n’évoquaient d’ailleurs pas une
pathologie spécifique. Les crises partielles bénignes sont un
syndrome encore méconnu, décrit chez l’adolescent par Loiseau et
Louiset (1992), mais pouvant être rencontré chez le grand enfant ou
l’adulte jeune : ce syndrome se caractérise par la survenue
isolée d’une crise, d’une série de crises, voire d’un état de mal,
dont la nature partielle est le plus souvent très évidente d’après
l’interrogatoire, sur un temps très limité, de quelques heures à
48 h au maximum. Ces patients, chez lesquels l’EEG ne révèle
pas d’anomalies en dehors de quelques éléments lent post-critiques
immédiats non spécifiques, ne récidivent jamais, et n’ont a
priori pas besoin d’un traitement antiépileptique au long
cours. Notre observation correspond en tous points à ce syndrome,
dont le diagnostic définitif ne peut bien entendu être établi qu’à
posteriori, après un suivi de quelques années. La mise en route
d’un traitement représente un choix, lié dans cette observation à
l’inquiétude légitime du patient. Nous envisageons d’interrompre ce
traitement, parfaitement supporté par le patient, précocement,
après 6 mois sans crise.
Cette observation rapporte des anomalies focales transitoires en
imagerie cérébrale induites par les crises. De telles anomalies ont
déjà été rapportées, en particulier dans les suites d’états de mal
épileptiques ou de crises rapprochées (Rumack et al.,
1980 ; Sammaritano et al., 1985). On peut rapprocher de
cette problématique l’existence de symptômes cliniques prolongés
mais transitoires après des crises et induits par celles-ci, comme
un syndrome amnésique, une aphasie, ou un déficit moteur. Des
lésions excito-toxiques réversibles ou irréversibles pourraient
ainsi être générées du fait de décharges excessives de neurones et
en particulier du cortex frontal et pariétal.
Des anomalies focales ont été décrites pour la première fois en
tomodensitométrie par Rumack et al., 1980. Elles
consistaient en des anomalies focales de la substance blanche
situées au niveau du foyer épileptogène, sans effet de masse sauf
parfois un effacement des sillons, une mauvaise différenciation
entre substance blanche et substance grise. Plus rarement, une
prise de contraste localisée était retrouvée au niveau de la zone
concernée par ces anomalies. Enfin, toutes ces anomalies étaient
résolutives spontanément en quelques semaines. D’autres études
depuis lors ont également rapporté des anomalies similaires en
tomodensitométrie comme Rougier et al. (1984) et Sammaritano
et al. (1985). Il faut signaler que le travaill de Rougier
et al. (1984) concerne des situations cliniques proches de
celle de notre patient (crises partielles chez des
adolescents).
Plus récemment, des anomalies transitoires ont été décrites en IRM
après des états de mal partiels (Kramer et al., 1987 ;
Fazekas et al., 1995 ; Lansberg et al., 1999).
L’IRM a une sensibilité très supérieure à la tomodensitométrie et,
les caractéristiques des lésions sont comparables, à savoir des
anomalies focales au niveau du foyer épileptogène sans effet de
masse, mais parfois avec effacement des sillons. Des anomalies
multiples à distance du foyer épiléptogéne ont été plus rarement
décrites, siégeant au niveau de structures fonctionnellement liées
comme dans l’observation de Fazekas et al. (1995) avec des
hyper-signaux T2 au niveau du cortex pariéto-temporal (foyer
épiléptogéne) et du thalamus ipsilatéraux ainsi que du cervelet
controlatéral (connexions glutamatergiques). Une atrophie
séquellaire tardive de même topographie peut également être
observée.
La séquence chronologique de ces perturbations
« fonctionnelles » observées en IRM obéit aux règles
suivantes : elles débutent rapidement en moins de 4 à 5 j
après les crises, persistent quelques semaines, puis disparaissent
entre 1 et 9 mois après l’épisode initial (3 mois en
moyenne). Une surveillance régulière est absolument indispensable
pour rechercher une pathologie sous-jacente si les anomalies ne
disparaissent pas complètement. Une illustration de cette règle de
prudence est donnée par le cas no2 de la série de Henry
et al. (1994) où les anomalies temporales droites massives
en IRM d’évolution partiellement régressives après un état de mal
épileptique étaient en rapport avec un astrocytome. Les anomalies
élémentaires transitoires après état de mal partiel décrites en IRM
consistaient en des anomalies non spécifiques à type d’hypo-signal
en T1 et d’hyper-signal en T2 (et FLAIR) avec une atteinte
prédominante de la substance blanche parfois combinée à une
atteinte de la substance grise adjacente avec une prise de
gadolinium localisée inconstante. Il faut également souligner
l’intérêt de pratiquer certaines séquences spécifiques pour
accroître la sensibilité de détection de ces anomalies
transitoires, et en particulier des séquences FLAIR (pathologies de
la substance blanche), de l’imagerie de diffusion (pathologies
vasculaires ischémiques) voire en recherche clinique la
spectro-IRM. L’imagerie de type FLAIR est une séquence très
utilisée dans les pathologies de la substance blanche pour
améliorer la sensibilité des anomalies observées en séquence
T2 ; cette séquence a d’ailleurs été la plus parlante dans
notre observation. En spectroscopie IRM (Fazekas et al.,
1995), on retrouvait une diminution du pic du N acéthyl aspartate
(marqueur de l’intégrité neuronale) ainsi qu’une augmentation des
pics de lactate et choline (gliose astrocytaire), persistantes
au-delà des anomalies IRM classiques. L’imagerie de diffusion très
utilisée en pathologie vasculaire apporte un éclairage intéressant
sur la physiopathologie de ces anomalies réversible en imagerie
(Lansberg et al.,1999 ; Chu et al., 2001). On
retrouve dans ce type de séquences de diffusion un hyper signal
dans la zone épileptogéne avec un abaissement du coefficient de
diffusion apparent. Dans les pathologies vasculaires des anomalies
de même type sont retrouvées et attribuées à un œdème cytotoxique
avec des lésions en général irréversibles. Dans le domaine de
l’épilepsie, les anomalies sont plutôt interprétées dans la
littérature médicale par le biais d’un œdème vasogénique avec des
lésions potentiellement réversibles. Les données angiographiques
dans les états de mal partiels avec anomalies focales en imagerie
confirment le rôle des anomalies vasculaires et retrouvent une
hypervacularisation régionale, que l’on peut rapprocher des données
en SPECT (critique). Elles obéissent aux mêmes aspects
chronologiques que les anomalies en IRM. Ces études retrouvent une
augmentation de la vascularisation et de la perméabilité vasculaire
avec un œdème vasogénique lié à une altération de la BHE.
Conclusion
Nous rapportons une observation illustrant la possibilité de
retrouver des anomalies « fonctionnelles », c’est-à-dire
non lésionnelles, en imagerie par RMN, pouvant être attribuées à
des lésions neuronales excitotoxiques réversibles. Ces images
nécessitent un suivi régulier pour écarter toute lésion
sous-jacente. Ces anomalies sont en général expliquées par un œdème
vasogénique localisé avec une altération de la BHE. et nécessitent
pour être mieux dépistées l’utilisation de séquences spécifiques
comme les séquences FLAIR, l’imagerie de diffusion ou l’imagerie
spectroscopique. La mise en évidence de ces anomalies
fonctionnelles en imagerie pourrait permettre une meilleure
localisation du foyer épileptogène et d’avoir dans une certaine
mesure une idée du pronostic fonctionnel ou lésionnel. □
Références
Chu K, Kang DW, Kim JY, Chang KH, Lee SK. Diffusion-weighted
magnetic resonance imaging in nonconvulsive status epilepticus.
Arch Neurol 2001 ; 58 : 993-8.
Fazekas F, Kapeller P, Schmidt R, et al. Magnetic resonance
imaging and spectroscopy findings after focal status epilepticus.
Epilepsia 1995 ; 36 : 946-9.
Henry TR, Drury I, Brunberg JA, Pennell PB, McKeever PE, Beydoun
A. Focal cerebral magnetic resonance changes associated with
partial status epilepticus. Epilepsia 1994 ; 35 :
35-41.
Kramer RE, Luders H, Lesser RP, Weinstein MR, Dinner DS, Morris
HH, Wyllie E. Transient focal abnormalities of neuroimaging studies
during focal status epilepticus. Epilepsia 1987 ;
28 : 528-32.
Lansberg MG, O’Brien MW, Norbash AM, Moseley ME, Morrell M, Albers
GW. MRI abnormalities associated with partial status epilepticus.
Neurology 1999 ; 52 : 1021-7.
Loiseau P, Louiset P. Crises partielles benignes de l’adolescence.
In : Roger J, Bureau M, Dravet C, Dreifuss FE, Perret
A, Wolf P, eds : Les syndromes épileptiques de l’enfant et
de l’adolesent (2e edition), Londres, John Libbey
and Co, 1992 : 343-5.
Rougier A, Loiseau P, Rivel J, Cohadon F, Orgogozzo JM. Partial
epileptic seizures in four adolescents with abnormal CT scan, focal
gliosis and spontaneous regression. Rev Neurol
1984 ; 140 : 171-8.
Rumack CM, Guggenheim MA, Fasules JW, Burdick D. Transient
positive postictal computed tomographic scan. J Pediatr
1980 ; 97 : 263-4.
Sammaritano M, Andermann F, Melanson D, Pappius HM, Camfield P,
Aicardi J, Sherwin A. Prolonged focal cerebral edema associated
with partial status epilepticus. Epilepsia 1985 ;
26 : 334-9.
|