ARTICLE
Épilepsie du lobe temporal
: problématique humaine
L'épilepsie du lobe temporal (ELT) est une cause fréquente
de crises partielles complexes qui prennent leur origine dans les structures
temporo-mésiales (Liu et al., 1997). Cette épilepsie
est très fréquemment caractérisée par des
lésions au sein de l'hippocampe ou sclérose hippocampique.
Les études rétrospectives ont montré que la plupart
des patients souffrant d'une ELT ont subi pendant leur petite enfance
une agression initiale, en général avant l'âge de
4 ans. Cette agression initiale est le plus souvent des convulsions fébriles
complexes et prolongées, un état de mal (EdM), un traumatisme,
une encéphalite (Mathern et al., 1997). Cet événement
précoce initial est suivi d'une phase silencieuse, dépourvue
de manifestations cliniques ou électroencéphalographiques
(EEG). Les crises spontanées apparaissent en général
à la fin de la première décennie et deviennent réfractaires
au traitement antiépileptique après quelques années,
rendant ainsi l'approche chirurgicale le plus souvent nécessaire
(Engel, 1995). Toutefois, la relation causale entre l'événement
initial et l'ELT n'est toujours pas clairement établie. Des études
cliniques prospectives ont montré que les crises convulsives précoces
induisent rarement une ELT (Berg et al., 1999 ; Shinnar, 1998).
La sévérité de l'épilepsie tient davantage
à la précocité de l'apparition des crises convulsives
initiales qu'à leur durée ce qui n'est pas en faveur d'un
lien direct entre les crises convulsives précoces et l'ELT (Davies
et al., 1996). Une étude récente en IRM réalisée
sur des enfants ayant subi un épisode de convulsions fébriles
complexes et prolongées montre que seul un très faible pourcentage
d'enfants qui avaient un dème aigu de l'hippocampe décelé
à l'examen IRM initial (dans un délai de 4 jours après
les convulsions fébriles) ont développé une sclérose
de l'hippocampe (VanLandingham et al., 1998). Ainsi, actuellement,
on ne sait toujours pas si l'événement initial sous forme
de convulsions fébriles ou d'EdM pourrait être l'unique cause
de la sclérose de l'hippocampe et de l'ELT ou si l'événement
initial doit être associé à un facteur préexistant
comme une lésion, un désordre de migration ou un facteur
génétique spécifique pour induire une ELT avec une
sclérose de l'hippocampe. Nous avons donc décidé
d'étudier ces aspects en utilisant des modèles animaux d'ELT
et de crises fébriles et tenté de définir ce que
ces modèles peuvent apporter dans la compréhension de la
relation entre les crises épileptiques précoces et le développement
d'une ELT.
Le modèle d'épilepsie du lobe
temporal induite par le lithium et la pilocarpine
Principales caractéristiques liées
à l'âge
Le modèle d'ELT induit chez le rat par l'agoniste cholinergique
muscarinique, la pilocarpine seule ou associée au chlorure de lithium
reproduit les principales caractéristiques cliniques, développementales
et neuropathologiques de l'ELT humaine (Cavalheiro, 1995 ; Turski et
al., 1989). Chez le rat adulte, la pilocarpine induit un EdM prolongé
suivi d'une phase silencieuse de 14 à 25 jours. Au cours de cette
phase silencieuse, des dommages neuronaux apparaissent en particulier
dans l'hippocampe, le hile du gyrus denté, l'amygdale, les cortex
entorhinal et piriforme, l'ensemble du néocortex et le thalamus.
Le dommage neuronal induit une réorganisation cellulaire qui conduit
à la mise en place d'un circuit hyperexcitable qui sous-tend l'expression
des crises récurrentes spontanées qui caractérisent
l'entrée de l'animal en phase chronique. Les crises épileptiques
spontanées durent tout le reste de la vie de l'animal (Cavalheiro,
1995 ; Motte et al., 1998 ; Turski et al., 1989).
Les conséquences de la pilocarpine dépendent de l'âge
(Cavalheiro et al., 1987 ; Dubé et al., 2000b, 2001
; Priel et al., 1996). Chez des rats de 18 à 24 jours postnatals
(P18 à P24), le dommage neuronal est plus modéré
que chez l'adulte : on le retrouve en particulier dans le hile du gyrus
denté, les cortex entorhinal et piriforme et le thalamus latéral.
Environ 30 % des rats développent des crises récurrentes
spontanées après une période silencieuse d'une durée
moyenne de 37 jours dans le modèle pilocarpine (Cavalheiro et
al., 1987 ; Priel et al., 1996 ; Turski et al., 1989)
et de 74 jours dans le modèle lithium-pilocarpine (Dubé
et al., 2000b, 2001). Dans le modèle lithium-pilocarpine,
cette tranche d'âge se caractérise par un devenir épileptique
hétérogène : en effet, environ 25 % des rats de 21
jours deviennent spontanément épileptiques, 45 % développent
des crises en réponse au stress ou à la manipulation et
30 % des animaux ne deviennent pas épileptiques (Dubé et
al., 2000b, 2001). La seule différence entre ces trois groupes
d'animaux est l'étendue des lésions dans le hile du gyrus
denté ; celle-ci est plus marquée dans le groupe des animaux
spontanément épileptiques que dans les deux autres groupes
(Dubé et al., 2001). Chez les rats de 7 à 11 jours,
l'EdM induit par la pilocarpine associée ou non au lithium n'induit
ni crises épileptiques ni dommage neuronal (Dubé et al.,
2000b, 2001; Priel et al., 1996).
Afin de tenter d'éclaircir la nature des modifications fonctionnelles
sous-jacentes à la genèse de l'épilepsie aux divers
âges, nous avons mesuré les taux d'utilisation cérébrale
locale de glucose à l'aide de la technique autoradiographique quantitative
au 2-désoxyglucose-(14C) adaptée au rat immature
(Nehlig et al., 1988). Ces mesures ont été corrélées
régionalement au degré de souffrance et de dommage neuronal
aux trois phases caractéristiques de cette épilepsie, les
phases aiguë, silencieuse et chronique. Nous avons étudié
trois âges critiques pour cette épilepsie, le rat de 10 jours
qui ne développe aucun dommage et ne devient pas épileptique,
le rat de 21 jours qui ne développe que des dommages modérés
et dont seulement un certain pourcentage d'animaux devient spontanément
épileptiques et enfin le rat adulte qui développe des dommages
neuronaux étendus et qui devient systématiquement épileptique.
Enfin, les deux âges de développement du rat ont été
choisis car ils représentent des étapes critiques du développement
humain en particulier pour l'ELT. La maturité cérébrale
du rat de 10 jours correspond à celle d'un enfant humain au cours
de la première année de vie postnatale, période de
fragilité élevée par rapport aux conséquences
d'un événement aigu pouvant induire une ELT ; celle du rat
de 21 jours correspond à la maturité cérébrale
d'un enfant de 8 à 10 ans, période à laquelle les
premières crises de l'ELT apparaissent (Alling, 1985 ; Dobbing
et Sands, 1979 ; Romijn et al., 1991).
Caractéristiques fonctionnelles de
la phase aiguë
Pendant la phase aiguë d'EdM, l'utilisation cérébrale
locale de glucose (UCLG) augmente fortement à P10, P21 et chez
l'adulte par rapport aux valeurs des animaux témoins du même
âge (figures 1-3).
Cette augmentation est particulièrement marquée (400-800
%) dans les territoires limbiques antérieurs qui subiront ultérieurement
des dommages chez le rat adulte (Fernandes et al., 1999). Ainsi,
dans le modèle d'EdM induit par le lithium- pilocarpine, comme
dans d'autres modèles de crises convulsives prolongées chez
le rongeur adulte, la distribution des dommages neuronaux se superpose
à celle des régions très fortement hypermétaboliques
pendant les crises (Folbergrova et al., 1981 ; Ingvar, 1986 ; Ingvar
et al., 1987 ; Lothman et Collins, 1981 ; Meldrum, 1983). En revanche,
les animaux de 10 et 21 jours sont capables de supporter des augmentations
métaboliques majeures accompagnées de signes de souffrance
cérébrale (ainsi que la coloration argentique le met en
évidence, figure 1),
en particulier à 21 jours, sans développer ensuite nécessairement
des dommages neuronaux (Fernandes et al., 1999). La résistance
du cerveau de rongeur immature à la mort neuronale induite par
les crises épileptiques sévères et prolongées
a également été notée dans d'autres modèles
(Albala et al., 1984 ; Holmes et al., 1998 ; Jensen et
al., 1991 ; Sankar et al., 1998 ; Toth et al., 1998).
L'absence de dommages consécutifs à l'EdM chez le rat immature
pourrait être liée aux taux métaboliques de base faibles
chez le rat immature (Nehlig et al., 1988), ce qui pourrait permettre
des augmentations métaboliques marquées sans conséquences
délétères. De plus, à cet âge, le métabolisme
énergétique cérébral reste encore très
dépendant de la glycolyse anaérobie. Cette voie métabolique
est toujours très fortement activée en cas de demande métabolique
accrue car son rendement énergétique est beaucoup plus faible
que celui de la dégradation oxydative du glucose. À P21,
le métabolisme énergétique oxydatif n'est toujours
pas totalement mature puisque les activités des enzymes du cycle
des acides tricarboxyliques et de la cytochrome oxydase se développent
surtout de manière active entre P21 et P35 (pour revue, voir Nehlig
et Pereira de Vasconcelos, 1993).
Au cours de la phase aiguë, l'activation métabolique est
la plus élevée dans le cortex entorhinal du rat adulte.
L'implication précoce et majeure de cette structure dans le processus
d'épileptogenèse est confirmée par sa faible activation
métabolique lors de l'EdM chez le rat de 10 jours qui ne devient
pas épileptique. De plus, dans cette structure on observe un signal
IRM précoce et marqué lors des séquences en T2, indicatif
de modifications cellulaires au sein de cette structure dès le
temps de 2 h après le début de l'EdM chez le rat adulte
(Leroy, 2000 ; Roch et al., 2001). Enfin, la destruction massive
rapide du cortex entorhinal lors de l'EdM empêche l'épileptogenèse
alors que sa destruction 4 jours après l'EdM est sans effets (André,
2000 ; André et al., 2000). Ainsi, l'activation très
précoce du cortex entorhinal lors de l'EdM induit par le lithium-pilocarpine
est un facteur critique dans le déroulement des événements
cellulaires qui permettront la constitution du circuit épileptique.
Caractéristiques fonctionnelles de
la phase silencieuse
Vers la fin de la phase silencieuse chez le rat adulte, soit 14 jours
après l'EdM, les taux métaboliques sont diminués
par rapport aux valeurs témoins dans les territoires limbiques
antérieurs qui subissent des dommages alors qu'ils sont supérieurs
aux valeurs témoins dans les territoires postérieurs comme
la substance noire réticulée et le colliculus supérieur
qui appartiennent au circuit de contrôle à distance des crises
épileptiques (figure 4).
Chez les rats de 21 jours étudiés au début de leur
phase silencieuse, soit 14 jours après l'état de mal, on
observe comme chez l'adulte des baisses métaboliques dans les territoires
limbiques antérieurs mais celles-ci ne s'accompagnent pas de dommages
neuronaux. À P21 vers la fin de la phase silencieuse, soit 60 jours
après l'EdM, les taux d'UCLG sont identiques aux valeurs témoins
dans les territoires antérieurs et augmentés dans les structures
appartenant au circuit de contrôle à distance des crises
(figure 4). Enfin, chez
le rat de 10 jours, les taux métaboliques mesurés à
14 ou 60 jours après l'EdM sont identiques chez les rats exposés
au lithium-pilocarpine ou témoins et aucun dommage neuronal n'a
pu être constaté (Dubé et al., 2000a,b).
Chez le rat adulte, la caractéristique majeure de la phase silencieuse
est l'hypermétabolisme relatif par rapport au nombre de neurones
restants qu'on peut observer dans le hile du gyrus denté. En effet,
dans cette structure, le dommage neuronal est très marqué
alors que le niveau métabolique est normal. Le même phénomène
peut être observé dans le cortex piriforme et le thalamus
latéral du rat adulte (figure
4). Chez le rat de 21 jours étudié 60 jours après
l'EdM, un hypermétabolisme relatif peut également être
noté dans le hile du gyrus denté ; toutefois son amplitude
est moins marquée que chez le rat adulte (figure
4). Ainsi, il apparaît que l'hypermétabolisme relatif
dans le hile du gyrus denté, indicatif d'une activité neuronale
élevée dans cette structure, pourrait représenter
le facteur critique suffisant pour le développement de cette épilepsie.
Le fait que cette hyperactivité métabolique relative soit
présente également dans le thalamus latéral et le
cortex piriforme du rat adulte pourrait permettre d'expliquer pourquoi
la phase silencieuse est plus courte chez le rat adulte que chez le rat
de 21 jours car l'hyperactivité relative de ces structures pourrait
permettre d'amplifier un phénomène qui, à 21 jours,
ne semble dépendre que du hile du gyrus denté. Enfin, les
taux d'hypermétabolisme retrouvés chez les rats de 21 jours
et adultes dans les structures appartenant au circuit de contrôle
à distance des crises pourraient indiquer (1) qu'il existe une
activité préépileptique dans le cerveau de ces animaux,
(2) et/ou que le cerveau cherche à prévenir la survenue
des crises spontanées en activant ces structures.
Caractéristiques fonctionnelles de
la phase chronique
Pour cette partie de l'étude, les animaux ont été
équipés d'électrodes corticales permettant l'enregistrement
de leur EEG et la certitude de mesurer les taux métaboliques à
distance des crises. Ainsi, au cours de la période intercritique
de la phase chronique, chez le rat adulte, la plupart des structures dans
lesquelles on observe une mort neuronale sont hypométaboliques.
Cependant, l'hypermétabolisme relatif persiste dans le hile du
gyrus denté alors qu'il n'est plus présent dans le thalamus
et le cortex piriforme (figure
5). Chez les rats de 21 jours, les taux métaboliques sont
inférieurs aux valeurs témoins chez les rats qui ne sont
pas devenus épileptiques alors qu'ils sont normaux chez les rats
présentant des crises épileptiques spontanées. L'hypermétabolisme
relatif dans le hile du gyrus denté persiste uniquement chez les
rats de 21 jours devenus épileptiques (figure
5). Les rats qui ont subi l'EdM à P10 et ont été
étudiés 6 mois plus tard ne présentent ni lésion
ni activité épileptique clinique ou EEG (Dubé et
al., 2000b, 2001). Ainsi, chez les rats de 21 jours et adultes présentant
des crises épileptiques spontanées, l'hypermétabolisme
relatif peut être mesuré uniquement dans le hile du gyrus
denté qui apparaît donc comme la structure clé pour
le maintien de cette épilepsie. L'hypermétabolisme observé
dans les structures de contrôle à distance des crises à
la fin de la phase silencieuse n'est plus présent au cours de la
période intercritique de la phase chronique. Ce phénomène
reflète soit : le fait que le cerveau est devenu épileptique
et ne cherche plus à lutter contre les crises ; soit : que la mesure
des taux métaboliques au moins 6 à 8 heures après
la dernière crise est trop éloignée de l'activation
de ce circuit qui se produit rapidement après le début de
la crise.
Relation entre l'agression initiale et la
genèse de l'épilepsie
Les études décrites précédemment dans le
modèle d'ELT induite par l'administration de lithium et de pilocarpine
montrent que chez les rats adultes et les rats de 21 jours qui développent
des crises récurrentes spontanées, l'agression initiale
seule, ici un EdM, suffit pour déclencher les processus qui permettront
la genèse d'une ELT avec une sclérose hippocampique. Dans
ce cas, l'hypothèse selon laquelle une agression initiale unique
suffit pour générer une ELT est valide. Toutefois, celle-ci
n'est plus vraie si l'on considère les rats de 21 et de 10 jours
qui ne deviennent pas épileptiques. Dans ce cas, de toute évidence,
l'agression initiale ne conduit pas à la genèse d'une ELT.
Cette observation est particulièrement dérangeante si l'on
considère le groupe des animaux de 10 jours. En effet, ces animaux
ont été le degré de maturité cérébrale
qui correspond à celui de la première année de vie
du nourrisson humain (Alling, 1985 ; Dobbing et Sands, 1979 ; Romijn et
al., 1991). À cet âge, l'enfant est particulièrement
sensible aux conséquences épileptogènes d'une agression.
Pour tenter de comprendre cette apparente contradiction, deux hypothèses
peuvent être émises. La première est que l'absence
de conséquences est liée à la nature de l'agression
initiale : en effet, l'histoire clinique des patients fait le plus souvent
état d'un épisode de crises fébriles prolongées
que d'un EdM. La seconde est qu'il se pourrait, comme le rapporte l'étude
de VanLandingham et al. (1998), que seuls les enfants ayant une
lésion prééxistante de l'hippocampe et qui sont confrontés
à une agression aiguë comme des crises fébriles complexes
et prolongées, développeront une ELT avec sclérose
de l'hippocampe. Les parties suivantes de cet article vont donc être
consacrées aux conséquences des crises fébriles prolongées
dans un modèle animal ainsi qu'aux études qui ont à
ce jour exploré la possibilité que l'agression initiale
devrait être associée à un autre facteur prééxistant
pour générer une ELT.
Conséquences des crises fébriles
prolongées
Les convulsions fébriles affectent environ 3-5 % des nourrissons
et des jeunes enfants (Shinnar, 1990 ; Verity et al., 1985). Ce
type de convulsions est surtout fréquent au cours des premières
années de la vie et leur prévalence diminue fortement avec
l'âge (Fishman, 1979). Des études cliniques rétrospectives
rapportent qu'une proportion élevée de patients avec une
ELT ont subi un ou plusieurs épisodes de convulsions fébriles
complexes et prolongées (Cendes et al., 1993a ; Kuks et
al., 1993 ; Sagar et Oxbury, 1987). Les convulsions fébriles
complexes ont souligné un grand intérêt car elles
ont une incidence plus élevée d'épilepsie ultérieure
que les convulsions fébriles simples. Deux mécanismes ont
été proposés pour expliquer la relation entre les
convulsions fébriles complexes prolongées et l'épilepsie.
La première est que les convulsions fébriles induisent des
dommages dans les structures temporales médiales et mènent
ainsi à une sclérose de l'hippocampe et une ELT (Aicardi
et Chevrie, 1976 ; Maher et McLachan, 1995). L'hypothèse alternative
est qu'il y aurait une lésion préexistante combinée
ou non à une prédisposition aux convulsions fébriles
elle-même liée au patrimoine génétique qui
prédisposerait les enfants aux convulsions fébriles et donc
à l'ELT (Cendes et al., 1993a,b ; Hernandes et al.,
1998). Ces hypothèses ont été en parties testées
sur un modèle animal de convulsions fébriles prolongées
(Baram et al., 1997).
Études expérimentales d'un modèle
de convulsions fébriles prolongées
Chez le rat comme chez l'homme, la susceptibilité aux convulsions
fébriles est liée à l'âge. La sensibilité
la plus élevée est retrouvée chez les animaux jeunes
et celle-ci diminue fortement entre P11 et P17 (Hjeresen et Diaz, 1988).
Le modèle de Baram et al. (1997) utilise des rats de P10-P11,
dont la maturité cérébrale correspond à la
période de sensibilité maximale de l'enfant aux convulsions
fébriles (Alling, 1985 ; Dobbing et Sands, 1979 ; Romijn et
al., 1991). Dans ce modèle la température corporelle
et cérébrale est progressivement augmentée par un
courant d'air chaud provenant d'un sèche-cheveux et les convulsions
se produisent à une température moyenne de 40,9 °C.
L'hyperthermie est maintenue pendant 30 min et les convulsions ont une
durée moyenne de 22 min. Ces crises correspondent donc à
des convulsions fébriles prolongées ; elles ne conduisent
à aucune mortalité des animaux (Jensen et Baram, 2000).
Les crises ont une composante tonique majeure mais quelques manifestations
limbiques sont également observées. Les enregistrements
profonds mettent en évidence une activité paroxystique principalement
située dans l'hippocampe mais pas dans le néocortex (Baram
et al., 1997 ; Dubé et al., 2000c). Dans ce modèle,
les convulsions fébriles n'induisent pas de mort neuronale bien
qu'une souffrance cérébrale transitoire se produise dans
l'hippocampe et l'amygdale au cours des deux semaines qui suivent les
crises (Toth et al., 1998). Une souffrance neuronale transitoire
suivie d'une récupération est très caractéristique
du cerveau de rat très immature et a déjà été
décrite après un EdM induit par le kainate (Chang et Baram,
1994) ou le pentylènetétrazol (Pineau et al., 1999).
L'étude des conséquences à long terme des convulsions
fébriles prolongées chez le rat a mis en évidence
une modification de l'excitabilité au sein du circuit hippocampique
qui est observée à partir d'une semaine après les
crises et perdure jusqu'à l'âge adulte (Chen et al.,
1998). Aucun des rats exposés à des convulsions fébriles
à P10-P11 ne développe de crises épileptiques spontanées
à l'âge adulte, ni cliniques ni EEG. Toutefois, les animaux
qui ont subi des convulsions fébriles précoces manifestent
à l'âge adulte une très grande sensibilité
aux faibles doses de kainate qui induisent un EdM chez tous ces animaux
alors que la même dose ne génère que des crises très
brèves chez les rats témoins. De même, in vitro,
aucune décharge spontanée n'a pu être enregistrée
dans des coupes entorhino-hippocampiques provenant de rats ayant subi
des convulsions fébriles mais la stimulation des collatérales
de Schaeffer dans ces coupes a induit un EdM auto-entretenu (Dubé
et al., 2000c). Ainsi, les convulsions fébriles prolongées
chez le rat de 10-11 jours ne conduisent pas par elles-mêmes à
la genèse d'une ELT mais diminuent le seuil de sensibilité
à des stimuli excitateurs et sensibilisent ainsi le cerveau à
une agression ultérieure.
Nature de l'agression initiale et épilepsie
temporale
Les données obtenues avec le modèle de convulsions fébriles
prolongées confirment la résistance du cerveau de rongeur
très immature (P10-P11) à la mort neuronale induite par
les crises convulsives prolongées, comme c'est le cas dans nombre
d'autres modèles (Albala et al., 1984 ; Fernandes et
al., 1999 ; Holmes et al., 1998 ; Jensen et al., 1991
; Sankar et al., 1998 ; Toth et al., 1998). Toutefois, les
crises fébriles prolongées modifient la sensibilité
ultérieure aux agents excitateurs comme le kainate (Dubé
et al., 2000c). Au contraire, après un EdM induit par le
lithium-pilocarpine chez le rat de 10 jours, nous n'avons pas observé
de modification de la sensibilité des rats devenus adultes à
des agents excitateurs comme le kainate ou les antagonistes GABAergiques
(Dubé et Nehlig, résultats non publiés). Ainsi, il
apparaît que la durée de l'épisode initiale (22 min
pour les convulsions fébriles versus 2-3 h pour l'EdM) ne
semble pas être le facteur le plus critique. En revanche, la nature
de l'agression initiale semble davantage en cause pour le développement
ultérieur de l'épilepsie et les convulsions fébriles
semblent particulièrement fréquentes dans l'histoire médicale
des patients atteints d'ELT. En effet, 50 à 60 % des patients avec
une ELT font état d'un épisode de crises fébriles
complexes et prolongées dans leur petite enfance (Cendes et
al., 1993a ; Kuks et al., 1993 ; Sagar et Oxbury, 1987). La
différence dans les conséquences des convulsions fébriles
et de l'EdM au lithium-pilocarpine pourrait être liée à
la nature des crises qu'elles induisent, essentiellement limbiques dans
le cas de l'EdM au lithium-pilocarpine alors que les convulsions fébriles
ont une composante tonique. L'effet délétère potentiel
des crises toniques a été mis en évidence dans une
de nos études dans laquelle nous avons observé que l'appli-cation
de crises toniques brèves avant l'EdM au lithium-pilocar-pine aggravait
le dommage dû à l'état de mal alors que l'embrasement
amygdalien qui active la circuiterie limbique est neuroprotecteur (André
et al., 2000). En fait, l'EdM induit par la pilocarpine n'induit
de conséquences à long terme que s'il est répété
pendant trois jours consécutifs chez les rats de P7, P8 et P9.
À l'âge adulte, ces animaux ont un tracé EEG perturbé
avec de fréquents épisodes de pointes continues et de décharges
paroxystiques de voltage élevé et un petit pourcentage d'animaux
présente des crises spontanées. Ces animaux souffrent de
plus de déficits cognitifs sévères et présentent
in vitro une hyperexcitabilité au niveau de l'aire hippocampique
CA1. Ces modifications ne s'accompagnent d'aucun dommage neuronal à
long terme bien qu'un nombre plus élevé de noyaux présentant
une réaction positive à un marqueur apoptotique ait été
observé dans l'hippocampe et l'amygdale de certains de ces animaux
(Santos et al., 2000).
Pour le moment, la plupart des études sur les animaux immatures
ne permettent toujours pas de clarifier si l'agression initiale, sous
forme de crises fébriles ou d'EdM, doit être ou non associée
à une lésion préexistante ou une prédisposition
génétique pour induire une sclérose de l'hippocampe
ou une ELT. L'étude de VanLandigham et al. (1998) rapporte
que seule une faible proportion d'enfants ayant une lésion hippocampique
préexistante développeront une sclérose de l'hippocampe
après un épisode de convulsions fébriles complexes
et prolongées. De même, un épisode de convulsions
fébriles chez l'enfant augmente le risque de crises spontanées
et le développement d'une épilepsie chez des enfants dont
le bilan neurologique est compromis (Shinnar et al., 1990). Cette
étude est en accord avec la sensibilité accrue aux stimuli
excitateurs observée dans le modèle expérimental
de convulsions fébriles prolongées (Dubé et al.,
2000c). Cependant, à l'heure actuelle aucune étude clinique
ou expérimentale n'est en mesure de dire si les crises fébriles
ont plus de chances de produire des lésions ou si le seuil convulsif
est abaissé chez les enfants qui ont des problèmes neurologiques.
Une étude expérimentale récente a tenté d'aborder
ces problèmes en étudiant le seuil convulsif chez des rats
avec des désordres de migration neuronale induits par l'administration
de méthylazoxyméthanol (MAM) à des rattes gestantes.
Le MAM traverse la barrière placentaire et induit une série
de dysplasies en particulier des hétérotopies corticales
(Baraban et Schwartzkroin, 1996 ; Chevassus-au-Louis et al., 1999
; Germano et Sperber, 1998). Les rats issus des mères traitées
par le MAM manifestent à deux semaines de vie postnatale une diminution
du seuil convulsif pour les crises induites par l'hyperthermie (Germano
et al., 1996a), le kainate (Germano et al., 1996b) et l'embrasement
(Germano et al., 1998) par rapport aux animaux témoins.
De même une latence plus courte aux crises induites par le flurothyl
a été notée à deux mois chez des rats issus
de mères traitées par le MAM (Baraban et Schwartzkroin,
1996). Toutes ces crises épileptiques induites chez de jeunes rats
exposés au MAM in utero conduisent à des dommages
neuronaux dont l'étendue est toutefois plus limitée que
chez l'adulte (Germano et al., 1996a,b, 1998). Enfin, chez des
rats de 10 ou 21 jours exposés in utero au MAM, la dose
de pilocarpine nécessaire pour induire l'état de mal est
plus faible que chez les rats témoins et de plus aucun animal ne
survit à cette double agression (Dubé et Nehlig, résultats
non publiés). Ainsi, il apparaît clairement que chez les
rats exposés au MAM in utero, la présence de dysplasies
corticales rendent le cerveau immature très sensible à une
agression ultérieure ce qui est en accord avec l'hypothèse
émise dans certaines études cliniques selon laquelle un
facteur préexistant (probablement une lésion) favoriserait
le développement de la sclérose de l'hippocampe et de l'ELT
(Shinnar et al., 1990 ; VanLandingham et al., 1998).
CONCLUSION
À l'heure actuelle, il reste à éclaircir les données
concernant la nature des facteurs sous-jacents à la genèse
de l'ELT. Il semble évident que la recherche animale dans ce domaine
ne progressera plus beaucoup si nous persistons à utiliser des
animaux immatures normaux qui correspondent à la population humaine
normale qui peut subir des convulsions fébriles prolongées
sans avoir de séquelles (VanLandingham et al., 1998). Nos
recherches devraient davantage être orientées vers la question
de savoir s'il faut combiner plusieurs agressions, comme une lésion
préexistante - les études avec le MAM sont en faveur de
cette hypothèse (Baraban et Schwartzkroin, 1996 ; Germano et
al., 1996a,b, 1998) ou la combinaison de plusieurs épisodes
de crises - l'EdM répété à la pilocarpine
est en faveur de cette hypothèse (Santos et al., 2000).
Le rôle d'autres facteurs prédisposants devrait également
être étudié, comme par exemple le rôle du patrimoine
génétique. Une étude humaine récente montre
que la surexpression d'homozygotes pour l'interleukine (IL)-1beta-511*2
menant à une production élevée d'IL-1beta, une cytokine
pro-inflammatoire modulant les effets toxiques des neurotransmetteurs
libérés pendant l'excitation et l'inflammation, favorise
la cascade d'événements connectant des agressions telles
que les crises fébriles à la sclérose hippocampique
(Kanemoto et al., 2000). De même, l'induction d'un EdM par
le lithium-pilocarpine dans notre souche de rats souffrant d'une épilepsie-absences,
le GAERS (Genetic Absence Epilepsy Rat from Strasbourg) montre
que les animaux de P10 et P21 développent un EdM après des
doses plus faibles de pilocarpine que des animaux dont le patrimoine génétique
n'a pas été modifié et que l'EdM induit des lésions
dans le thalamus latéral des rats de 10 jours , ce qui n'est jamais
observé chez le rat normal (Dubé et Nehlig, résultats
non publiés). Ainsi, ces données récentes mettent
en évidence que des anomalies subtiles liées à des
lésions préexistantes ou à une modification du patrimoine
génétique pourrait rendre le cerveau en développement
particulièrement sensible à la cascade d'évènements
qui mène à la sclérose de l'hippocampe. Ces données
suggèrent donc de nouvelles voies d'approche dans l'étude
du lien entre la nature de l'agression initiale et la genèse de
la sclérose de l'hippocampe et de l'ELT et pourraient permettre
à terme le développement de nouvelles stratégies
de prévention.
Remerciements : Ce travail a été rendu possible grâce
à la dotation de l'Institut national de la santé et de la
recherche médicale (Inserm), à deux subventions de la Fondation
pour la recherche médicale (CD et AN) et à l'excellente aide
technique de Sylvette Boyet, Arielle Ferrandon et Estelle Koning. REFERENCES
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