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Prospects of cure for teenagers with successfully operated severe epilepsy


Epilepsies. Volume 14, Number 2, 119-23, Juin 2002, Articles originaux


Résumé   Summary  

Author(s) : Yannick Buffet-Arinal, Rami Kayal, Joëlle Rudin, Institut Médico-Pédagogique Léopold-Bellan, 4, rue du 136e-de-Ligne, 94360 Bry-sur-Marne..

Summary : Epilepsy, a chronic disease, leaves its mark on the patient and his family, even after epileptic seizures have disappeared. After a successfull operation, in good cases, neurosurgeons announce the cure by pointing out that the patient will henceforth remain untroubled. Consequently the parents expect the "cure" of school difficulties and the social rehabilitation of their children. But what are the consequences on the psychic structure of those who for years, have lived with their disease? A way of thinking cannot be so easily abandoned. What new balance can they find without the epileptic disease, how psychology can prepare these children, teenagers or adults and their families, to their future cure? The cure, as defined by the ending of fits, must also be a reconciliation with oneself and it is not automatically acquired after the disappearance of seizures.

Keywords : severe epilepsy, operation, seizures cure, psychological training.

ARTICLE

Nous montons au front nous aussi, psychiatres, psychologues, équipe éducative et pédagogique dans la bataille pour l'amélioration de l'état psychique et intellectuel des épileptiques déjà sensible, voire parfois spectaculaire, sous l'effet des nouveaux traitements. Dans ces Journées Françaises sur l'Épilepsie et sur le thème de la guérison, vient naturellement se poser, comme à tout le monde, la question de savoir si la guérison des crises est égale ou superposable à la guérison de l'épilepsie. Lorsque le neurochirurgien annonce que le malade sera enfin tranquille du fait de la cessation des crises, les parents attendent par voie de conséquence la guérison de ses difficultés scolaires et sa réinsertion sociale. Il ne faut pas laisser s'installer cette illusion. L'épilepsie, maladie chronique, laisse sa signature au passage sur le patient et sa famille, même après la fin des crises.

Trois adolescents de notre Institut médico-pédagogique spécialisé dans l'accueil de jeunes épileptiques qui ont de surcroît des difficultés scolaires et des troubles de la personnalité, ont été délivrés de leur épilepsie sévère résistante grâce à une opération neurochirurgicale. Ils étaient porteurs d'une épilepsie symptomatique lésionnelle. Guéris de leurs crises qui ont ravagé plus ou moins longtemps leur existence, durant leur enfance et leur adolescence, comment vont-ils pouvoir s'insérer dans la vie après leur intervention ? Comment aider les familles épuisées d'avoir partagé leur maladie et souffert avec eux, impuissantes, confrontées à leur propre angoisse de mort et souvent à l'image de la mort de leurs enfants, comment les aider à les rencontrer et à faire avec eux un projet de vie pour ces enfants ?

Comment envisager leur cheminement ensemble en tenant compte du retard évident de l'opéré, de son décalage social et de son manque de connaissances et d'expériences ? Chez ces jeunes épileptiques gravement atteints, le rythme si lent de leur pensée, de leur expression et même de leurs mouvements ne peut pas s'accélérer du jour au lendemain comme le souhaiteraient tant les familles que les éducateurs. L'impatience de l'entourage transparaît rapidement, risquant de pousser la « nouvelle personne », qui se sent pressée et incomprise et qui n'a aucun moyen à sa disposition pour se justifier ou se défendre, à réagir encore de façon inadaptée. L'incompré-hension mène à l'intolérance tout comme leur épilepsie l'a suscitée, il y a peu de temps encore.

Notre préoccupation est de savoir anticiper sur les difficultés qui vont immanquablement apparaître au décours de la cessation des crises quand l'opéré va se retrouver « nu et démuni », sans ses modes de réaction habituels pour faire face aux émotions, pour gérer l'agressivité et les rapports avec les autres qui doivent se faire maintenant d'égal à égal.

Jean-Michel, Dora et Farid, ont été opérés respectivement en juin 1998, en septembre 2000 et récemment en juin 2001. Pour les deux premiers, nous avons l'espoir d'une véritable émergence, même si le travail mis en œuvre sera très long et très dur. Tous trois ont démarré leur enfance de façon satisfaisante. Ils y ont fait des expériences relationnelles et cognitives de leur âge, normales, sans manifestation psychotique ou élément déficitaire. Ils ont commencé les crises à l'âge de 5 ans. Tous trois, malgré leurs difficultés d'expression ont toujours eu une grande acuité de perception des situations et des êtres. Ils trouvent toujours les mots justes pour dire ce qu'ils éprouvent. Nous allons reprendre leur histoire et écouter un peu ce qu'ils ont à dire.

Jean-Michel

Né le 30.11.1984 il pèse 3,120 kg. Jean-Michel nécessite une réanimation néonatale pour souffrance fœtale aiguë et inhalation méconiale dans un contexte d'infection maternelle. Il reste 3 semaines à l'unité de soins pour nouveau-nés. L'évolution est favorable sur le plan neurologique. Les scanners faits à 3 jours et à 1 mois sont normaux. Son développement psychomoteur est satisfaisant en dehors d'un léger retard de langage. En août 1989 survient un événement violent, marquant pour lui et sa mère, le début des malheurs : il est mordu par le chien de sa grand-mère paternelle qui est un peu investie d'un pouvoir maléfique et il garde le souvenir traumatique et fréquemment évoqué de son oreille droite déchirée et pleine de sang. En septembre 1989, il entre en grande section d'école maternelle. Il n'a pas encore ses 5 ans. C'est alors qu'il fait sa 1re crise partielle, de forme atonique avec flexion des genoux. Ce style de crise se répète plusieurs fois avant que n'apparaissent des crises cloniques du membre supérieur gauche avec élévation du bras. Jean-Michel est mis sous Dépakine®. Le tableau clinique des crises s'enrichit assez vite, au cours des mois puis des années qui suivent, d'absences avec mâchonnements oro-alimentaires puis de crises hallucinatoires avec visions de couleurs qui lui passent devant les yeux et angoissent terriblement l'enfant. Le Tégrétol® est ajouté. Arrive la phase des bruits dans sa tête et de l'impression que sa pensée « tourne à toute vitesse dans son cerveau ». Jean-Michel est envahi et n'a plus de disponibilité pour l'école malgré sa bonne volonté. Agitation et mouvements agressifs le font exclure de l'école primaire puis de l'école de plein air vers laquelle il a été orienté. Il entre à l'IMP en septembre 1995. Il a de très fréquentes crises partielles au cours desquelles il regarde son bras gauche, lui parle, l'air hagard, halluciné, angoissé. Il profère des imprécations souvent incompréhensibles qui le font passer pour « fou » dans son groupe d'internat où il se plaint lui-même des autres enfants. Dispersion en classe, troubles de la mémoire, incommunicabilité croissante, mal-être profond deviennent sa caractéristique quotidienne. Il présente de plus en plus de crises partielles secondairement généralisées qui le laissent abattu et désorienté, confus et brouillé dans sa tête. Il grommelle beaucoup en déambulant. Il montre qu'il a beaucoup de mal avec lui-même et avec les autres. Sa peau se couvre d'une acné étendue et purulente dès l'âge de 13 ans. Son langage est étonnamment riche et imagé, mais il est souvent chuchoté et même inaudible ou à certains moments il part en éclats de grossièretés, surtout à l'égard de son père qui, depuis avant même sa naissance, a montré son désintérêt pour la vie familiale et une passion pour les chevaux qui l'attire loin de son domicile. Il fait monter quelquefois son fils, qui a très peur, et qui raconte beaucoup de choses brouillées, mélangeant réel et imaginaire. L'aggravation clinique, malgré le traitement associant Tégrétol® et Sabril®, le conduit, dans les premiers mois de l'année 1998, à subir en neuro-pédiatrie des explorations fonctionnelles. Ces investigations spécifiques vont arriver au diagnostic préopératoire de vaste lésion temporo-pariéto-occipitale gauche de caractère ischémique.

L'intervention a lieu le 23 juin 1998. Jean-Michel a 13 ans 1/2. Il est encore très jeune et nous pensons que cela peut être sa chance que d'avoir du temps devant lui ainsi que la possibilité de rester dans l'institution pour attendre que la tempête qu'il a si durement traversée s'apaise enfin pour entreprendre sa reconstruction. Les entretiens réguliers de psychothérapie ont débuté en mars 1997, c'est-à-dire un an avant l'intervention, alors qu'il avait 12 ans 1/2 et que son mal-être, son agressivité dans le groupe et des troubles hallucinatoires devenaient de plus en plus inquiétants, faisant poser la question de troubles délirants de nature psychotique. Jean-Michel a repris sa psychothérapie en janvier 1999 à un moment où il parlait encore à son bras et, incrédule, menaçait de refaire des crises pour se faire entendre et obtenir ce qu'il voulait. Il a beaucoup investi ce travail psychologique qu'il continue encore aujourd'hui de façon très positive.

Deux rencontres cinématographiques ont été déterminantes pour lui et lui ont donné les appuis nécessaires à ses remaniements identitaires. De ces deux films, l'un est « Titanic », qu'il a vu un mois avant son intervention et avec lequel il va sombrer dans les eaux noires et glacées de l'océan Atlantique, ressassant pendant des mois qu'il aurait pu, lui, le diriger mieux et empêcher la catastrophe. L'autre film, « Le Prince d'Égypte », a déclenché en lui une passion pour les pyramides, qui l'a entraîné dans les profondeurs des tombeaux des pharaons. Il est fasciné par les momies, leur bonheur et leur calme éternels ! Il parle beaucoup de la mort, qu'il souhaite quelquefois tellement cela lui paraît difficile de vivre... 3 ans 1/2 après l'exérèse de sa lésion, il commence seulement le deuil de l'enfant mort qu'il était et se tourne un peu, doucement, du côté de la vie. Il s'harmonise physiquement, se sociabilise, essaie d'aller vers les autres et même de s'intéresser aux filles. Il a entrepris d'écrire un livre sur l'Égypte et les momies et il est soutenu dans son projet par son maître qui l'aide à le mettre en forme littéraire et orthographique sur l'ordinateur. Son maître justement l'oblige à être bien lisible et souhaite que ce livre soit présenté à la fin de l'année à tous les enfants de l'institution. L'émergence de ses capacités à penser et de sa mémoire est perçue dans l'amélioration remarquable du test psychologique de la figure de Rey, entre la figure tremblée et vide de 1996 et la figure mieux structurée et dessinée, restituée à la nouvelle passation du test en mai 2001. Guérir de son épilepsie après la disparition des crises n'a pu se faire chez Jean-Michel qu'après un long temps où l'imaginaire lui a servi de bulle de protection et de défense nécessaire contre la perte de son identité d'épileptique.

Dora

Dora est née en Anatolie. À 3 ans, elle tombe d'une table. À 5 ans, commencent des crises partielles du membre supérieur gauche. Elle n'est pas scolarisée dans son pays, mais, dès l'âge de 7 ans, en 1988, avec sa mère et ses deux sœurs, l'une plus grande et l'autre plus petite, elle rejoint son père en France où il travaille depuis quelques années. Il s'est informé pour y faire soigner Dora de son épilepsie motrice partielle souvent secondairement généralisée. À la maison elle parle sa langue maternelle mais elle ne l'étudiera jamais. À l'école communale, le cours préparatoire est difficile ; elle y apprend un peu le français, lecture et écriture. À 12 ans, au milieu du CM2 infranchissable, surtout en mathématiques et en raison de la fréquence des crises, elle entre à l'IMP, en externat. Jolie et douce enfant, fine, souriante, bien élevée, son père la présente comme réservée mais aussi comme une petite fille naïve qui ne sait ni se défendre, ni mentir. Il est déchiré par sa maladie et inquiet de devoir confier celle qu'il considérait comme la plus intelligente de ses filles à une institution pour « handicapés », mixte de surcroît. Son courage dans l'épreuve vient de ce qu'on l'a assuré que les crises disparaîtraient à 16 ans. Il veut retrouver l'enfant dont il garde l'image. Elle chantait, dansait et était « l'espoir de sa vie ». Elle s'est tue, elle est lente pour marcher, pour manger. Elle n'est plus dans le temps de la famille. Sa mère lui dit de ne pas rester sans rien faire mais l'empêche, par peur des crises, de tricoter, de faire le ménage, d'apprendre la cuisine. Elle est dévolue, à la maison, au service exclusif du café au père et à ses amis. Dora trouve bien sa place à l'IMP.

Au niveau scolaire, elle a du mal, pourtant elle s'applique. En revanche, elle montre un vrai talent en couture et broderie. À 14 ans, elle se sent changer et a envie de devenir grande et belle : « je sais que je suis belle ! », dit-elle, et elle refuse de se laisser entraîner par sa petite sœur à ses jeux de « petite » selon le désir des parents, longtemps rassurés par la docilité de Dora. Mais, pendant quelques jours, à 16 ans, elle « oublie » de prendre ses médicaments et le lundi matin suivant, elle fait un coma de sevrage, identifié en réanimation. Le rappel de l'épilepsie est violent.

En 1998, l'IRM révèle une sclérose hippocampique. Les investigations EEG de surface et vidéo, en 1999 et 2000, ont permis d'identifier le départ des crises dans la région temporale droite. Le 18/09/2000, elle subit la résection temporale interne et polaire. Bien préparée, la désirant et confiante, elle avait donné son consentement au neurochirurgien le 18/11/1999, un an auparavant.

Dans le temps de l'opération de sa fille, le père fait un malaise cardiaque qui le conduit en réanimation cardiologique, sans suite majeure, mais il dévoile une grande fragilité émotionnelle qui lui fait accroître sa vigilance auprès de Dora. La jeune fille se culpabilise et supporte de plus en plus mal les contraintes familiales. Revenue à l'établissement en novembre 2000, deux mois plus tard, elle se trouve angoissée, dans le flou et le questionnement, à l'étonnement de certains adultes et des jeunes de l'IMP qui pensaient qu'elle reviendrait rassurée, souriante et plus sûre d'elle.

Elle fait un stage de service en collectivité qu'elle réussit bien au début de l'année 2001 mais elle décroche de l'IMP et s'absente sans donner de motif. Elle sombre dans la dépression. On apprend qu'elle développe de multiples phobies, qu'elle pleure beaucoup, qu'elle part de chez elle le matin pour l'IMP, mais rebrousse chemin. Elle reste silencieuse et fermée chez elle et ne vient plus à ses rendez-vous de psychothérapie malgré tout l'engagement de travail sur ce plan pris par elle-même et par sa famille. Il n'y a plus d'accès à Dora. Il est mis fin à son séjour à l'IMP le 1er juillet 2001 avec la proposition de reprendre les entretiens de psychothérapie en privé dès son retour de vacances.

Mais au cours de l'été 2001, lors du voyage familial au pays de leurs origines où on la reçoit chaleureusement et où on la présente « à quelques beaux jeunes gens », dira sa sœur aînée, Dora ne se sent pas bien. En elle monte une agressivité terrible qui la fait, à plusieurs reprises, se jeter au cou de sa petite sœur puis à celui de son père, comme si elle voulait les étrangler. Dora refait peur comme au temps de ses crises. Certaines de ses attitudes donnent à penser qu'elle a des idées suicidaires et toute la famille la surveille encore plus.

C'est comme si Dora s'était permis, pour faire entendre sa détresse et sa souffrance, de donner à voir qu'elle était malade psychiquement avec le surgissement de vrais moments de folie et qu'elle n'était donc pas encore guérie. Sa souffrance réelle est entièrement subjective et il lui est difficile de communiquer sa grande peur de l'avenir. Malgré toutes les précautions prises avec la jeune fille et avec sa famille dès la première annonce de l'intervention neurochirurgicale « miraculeuse », leurs capacités à communiquer, à comprendre et à se comprendre réciproquement ont été débordées. Elle a accepté un traitement antidépressif dès septembre 2001 et manifesté le besoin d'évoquer les étapes de sa vie avec ce qu'elle appelle le vol de son enfance et son manque d'adolescence. La famille aussi est dorénavant demandeuse de rencontres pour comprendre ce qui s'est passé. Une thérapie familiale est en train de se mettre en place.

Farid

Né le 13/04/1984, il a développé une encéphalite de Rasmüssen dès l'âge de 5 ans 1/2. Il entre à l'IMP à 12 ans en 1995 avec une épilepsie partielle continue très invalidante. Son épilepsie partielle lui donne des crises fréquentes, autour de 15 par mois, avec chutes et blessures. Elles démarrent par une hypertonie de l'hémicorps gauche avec rotation de la tête et des yeux vers la gauche. Il garde une hémiparésie gauche avec déficit quasi complet au membre supérieur. Il laisse d'ailleurs sa main gauche dans sa poche, disant qu'il en a l'habitude et que cela ne le gêne pas. Il a intégré l'atrophie de son corps.

Par ailleurs, il a une quadranopsie inférieure gauche, son langage est normal mais très ralenti dans son débit par une dysarthrie. Il est gêné dans son expression par un bavage quasi-permanent et une bradypsychie.

Il a 17 ans. Il est en pourparlers depuis plusieurs mois avec sa neuropédiatre qui, au vu de l'IRM de 1999 montrant une atrophie de toute la région périsylvienne, propose une exploration préopératoire.

Farid est affolé, résiste, refuse. Sa hantise est de rester paralysé de ses membres inférieurs et de ne plus pouvoir jouer au foot. Il offre un spectacle de douleur, avec sa tête si souvent fracassée, au nez, aux arcades sourcilières, au menton et avec ses bandages monstrueux. Il souffre, mais il réfléchit et parle toujours avec un très grand sérieux. Il dit un jour : « Avec l'opération, qu'est-ce j'aurais de plus ? », à quoi il lui est répondu : « De plus ? Mais, plus de crises ! » Enfin il se met à rire et fait comprendre qu'il est près d'accepter. Farid, qui ne livre pas habituellement grand-chose de sa vie, va, aussi vite qu'il peut, traînant son membre hémiparétique, chercher dans sa chambre, sous son oreiller, la photo de son frère jumeau pour la garder sur lui. Ce jumeau est un beau garçon « normal », sportif, délié, harmonieux, joyeux, qui est à la fois son modèle d'identification et ce qu'il n'atteindra jamais. C'est ce thème qui est au cœur de sa propre préparation à l'intervention au cours des entretiens que Farid recherche et qui ne sont jamais assez nombreux tellement il est angoissé. Il apparaît que pour lui, perdre ses crises devient le risque de perdre le seul « avantage ! » qui lui reste, le signe manifeste de sa maladie, avec les soins, la sollicitude et la compassion qui l'accompagnent.

L'EEG-vidéo est fait en avril. Il montre que les crises partent toutes du côté droit. Farid subit l'hémisphérectomie droite avec déconnexion inter-hémisphérique totale le 18/06/01. Il n'a plus de crise. Après deux mois et demi de rééducation fonctionnelle intensive, il réintègre l'IMP, debout, autonome, marchant. Plus sérieux et réservé que jamais il paraît très attentif à lui-même et peu intéressé par les autres jeunes de son groupe avec qui il n'a pas envie de faire l'effort de parler. Il demande avec insistance à retourner à l'école pour apprendre à lire et à écrire suscitant l'inquiétude de l'institutrice qui ne voit pas d'amélioration de ses possibilités intellectuelles. Cependant Farid est tenace et en attendant, il se prépare à rejouer au foot.

Quatre mois après l'intervention, Farid ne cherche pas à reprendre sa psychothérapie : il n'a rien à dire de plus, pour l'instant !

Les observations présentées illustrent bien la difficulté de changer son mode d'être, son rapport à la vie, sa structure de pensée et même la difficulté d'accepter tout simplement de vivre sans les crises.

Il est très rare que le patient ne désire pas guérir de son épilepsie. On peut retrouver une telle situation en cas de névrose associée, où le patient demande « de l'aide pour entretenir la maladie » et résiste même à tous les efforts pour la guérir. L'inconscient du patient épileptique peut paraître interpréter la maladie comme une attaque personnelle, dans une projection de sa propre agressivité où l'individu se croit attaqué soit avec malveillance, soit avec sadisme.

Pour s'opposer à cette invasion, l'inconscient paraît concevoir l'aide médicale soit comme quelque chose de bon que le médecin offre pour neutraliser la partie malade, soit comme l'expression d'une violence plus grande que celle de la maladie. Ce deuxième sentiment est souvent apparu chez nos patients épileptiques opérés.

Il est utile d'anticiper ces souffrances lors de la phase préopératoire et de favoriser la mise en place d'entretiens psychologiques pour envisager avec les enfants malades et leurs familles les risques d'un avenir sans crise. Il faut soutenir leurs capacités à résister à l'ablation d'une partie d'eux-mêmes, même si c'est la mauvaise partie.

CONCLUSION

En conclusion nous proposons d'écouter ce qu'a dit en séance de psychothérapie, encore en octobre 2001, 3 ans et demi après l'opération, le jeune Jean-Michel âgé de 17 ans : « Je voudrais revenir en enfance à un an. J'étais blond, je n'avais pas les crises. Recommencer d'avant les crises et combattre toutes ces crises et tous ces boutons. Les crises s'enfuient mais elles ne sont pas parties ; elles sont toujours en moi. Je me souviens de tout ce qui s'est passé. J'ai encore les pouvoirs des malaises. Les malaises sont partis mais le pouvoir, je l'ai toujours... » Et encore : « ça sert à rien la vie, ça mène à que dalle. On m'a enlevé tout le système qui m'empêchait de m'énerver, de cogner. Même l'IMP me fout les jetons. Je préfère mourir avant 19 ans. À quoi ça sert de vivre si on doit souffrir l'enfer. Si je reste en vie, je voudrais construire une machine pour faire machine arrière ».

C'est seulement maintenant que ce jeune garçon commence à faire le deuil de son épilepsie et à tenter de faire le pont entre son système de protection imaginaire que l'on a pu qualifier de psychotique (?) et son inscription dans la réalité, en passant par la dépression.


 

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