ARTICLE
L'épilepsie, avec ses particularités cliniques, comme le
type de crises et leur fréquence, avec aussi le traitement anti-comitial
qui lui est associé, est une affection neurologique suffisamment
complexe pour rendre l'étude des effets de cette pathologie cérébrale
sur les fonctions cognitives et leur développement particulièrement
complexe. On dispose de données sur les groupes d'enfants épileptiques
qui tendent à montrer que les aptitudes intellectuelles sont liées
au type de crises. Les enfants faisant des crises partielles ont un quotient
intellectuel (QI) plus élevé que les enfants souffrant de
crises généralisées [1]. Si l'on admet que le QI
est un indice suffisamment pertinent pour préjuger des capacités
d'acquisition scolaire, il est légitime de penser à une
éventuelle relation entre le type d'épilepsie et les apprentissages
scolaires. Dans ce contexte, les acquisitions scolaires, de la lecture
ou des mathématiques par exemple, seront plus difficiles pour les
enfants souffrant d'une épilepsie généralisée
comparés à ceux qui présentent une épilepsie
partielle [2], du fait de leurs moins bonnes capacités d'abstraction
et de raisonnement suggérés par des QI plus faibles [1].
Plus globalement, les données accumulées depuis de nombreuses
années montrent que l'enfant épileptique reste particulièrement
exposé aux difficultés scolaires et cela quel que soit le
type d'épilepsie [2-4]. Les facteurs susceptibles de rendre compte
de cette vulnérabilité de l'enfant épileptique aux
difficultés d'acquisition scolaire sont nombreux. Il est probable
que ce soit leur interaction qui accroisse le seuil de vulnérabilité
aux difficultés scolaires. En plus du type de crises, du QI, certains
médicaments anti-convulsivants qui sont nécessaires pour
contrôler la survenue des crises peuvent provoquer une lenteur idéo-motrice,
[5] et ralentir ainsi la vitesse d'assimilation et de restitution des
connaissances scolaires. Parallèlement au défaut de vigilance
susceptible, dans certains cas, d'être rapporté à
la thérapeutique pharmacologique, d'autres aptitudes mentales qui
sous-tendent les acquisitions scolaires sont décrites comme fragiles.
L'attention en est un exemple. Les enfants épileptiques peuvent
être perçus par leur enseignant comme des élèves
distraits, qui manquent de concentration [6], traduisant un défaut
d'inhibition attentionnelle que l'on peut rechercher par des tests appropriés
[7, 8]. La mémoire qui est sollicitée pour apprendre et
retenir les connaissances scolaires est également décrite
comme fragile chez les enfants épileptiques [9]. À ces divers
éléments, il conviendrait d'ajouter des facteurs d'ordre
psycho-affectif, comme l'estime de soi qui a été décrite
comme faible chez les adultes épileptiques et des facteurs d'ordre
psycho-sociologique, telle la qualité des relations sociales que
l'enfant entretient avec les membres de sa famille et avec ses pairs,
qui sont susceptibles de retentir sur les capacités d'apprentissage
[10, 11]. Ainsi, comme l'illustre le tableau
I, il existe de nombreux facteurs interagissant les uns avec les autres
qui influencent les capacités d'acquisition scolaire des enfants
épileptiques. Dans ce contexte, l'examen psychologique doit contribuer
à mettre en évidence certains de ces facteurs, de clarifier
les interactions entre les différents facteurs mis en évidence
pour tenter d'expliquer les difficultés d'acquisition scolaire.
Selon nous, l'évaluation mérite de se concevoir autour
de trois axes principaux.
L'axe 1 qui est celui de la psychométrie, repose sur l'évaluation
des potentialités intellectuelles de l'enfant, exprimées
en QI, et confrontées aux critères diagnostiques et statistiques
des déficiences mentales et retards mentaux extraits du DSM IV
[12].
L'axe 2 est celui de la neuropsychologie. Il est justifié dans
la mesure où l'épilepsie traduit par définition une
anomalie fonctionnelle du système nerveux central. L'approche consiste
à recourir à des concepts et outils d'évaluation
qui sont nés des descriptions cliniques de patients adultes souffrant
de lésions cérébrales.
L'axe 3 est d'ordre développemental (ou ontogénétique).
On considère maintenant que l'épilepsie puisqu'elle survient
chez l'enfant, voire le nourrisson, influence le développement
cérébral post-natal, influence aussi le développement
des, ou de certaines fonctions instrumentales, comme le langage oral,
qui servent de pré-requis aux acquisitions scolaires.
L'évaluation psychologique de l'enfant
d'âge préscolaire
L'évaluation psychométrique
Il existe de nombreuses batteries dites composites de l'intelligence
qui comportent des épreuves verbales et non verbales permettant
par le calcul des quotients intellectuels (QI) de rechercher la présence
d'un éventuel retard mental et d'apprécier si ce retard
est homogène ou non, s'il affecte un registre cognitif plus particulièrement
ou plusieurs. L'attitude clinique qui sous-tend ce type d'évaluation
est celle, installée depuis le début du siècle [13],
qui vise à identifier parmi les enfants épileptiques ceux
qui risquent de présenter plus ou moins tôt des difficultés
d'acquisition scolaire. Le QI est alors considéré comme
un indice psychométrique prédictif, qui permet de préjuger
des capacités d'acquisition scolaire à venir. Autrement
dit, l'évaluation des aptitudes intellectuelles que l'on peut proposer
aux jeunes enfants amène, au vu des performances objectivées,
à formuler des hypothèses sur les capacités d'adaptation
aux exigences éducatives de l'école maternelle. L'échelle
de développement psychomoteur pour la première enfance de
Brunet et Lezine [14] est un exemple de batterie composite pouvant s'utiliser
dans ce contexte.
L'échelle de développement psychomoteur
(ou Brunet-Lezine)
Elle est destinée aux jeunes enfants et nourrissons. Plusieurs
registres cognitifs, comme le langage oral et la coordination visuo-manuelle
y sont explorés. La qualité du contrôle de la posture,
de la motricité fine dans les activités constructives et
grapho-motrices, la qualité du langage oral, expressif et réceptif,
de même que la qualité des interactions sociales sont examinées
et converties en quotients de développement (QD), permettant ainsi
la réalisation d'un profil psychométrique dit de développement.
La figure 1 illustre le
profil observé chez un enfant de 2 ans et 10 mois qui présente
un syndrome de West. On remarque un retard de développement important
et homogène, affectant aussi bien les aptitudes verbales que les
aptitudes non verbales de construction et manipulation d'objets. L'évaluation
psychométrique, que l'on peut qualifier de précoce en objectivant
les forces et surtout les faiblesses cognitives du jeune enfant épileptique
objective du même coup la nécessité de prises en charge
à visée psychomotrice, fine ou/et globale et à visée
orthophonique afin d'optimiser les capacités d'adaptation préscolaire.
L'évaluation des fonctions instrumentales
Les enfants à l'école maternelle exercent leur grapho-motricité
et acquièrent des formules graphiques à partir des dessins
qu'ils réalisent en classe. Ces activités graphiques et
picturales vont servir de pré-requis à l'acquisition de
l'écriture des lettres et des chiffres qui repose également
sur la mise en jeu de formules graphiques. À l'école maternelle,
les enfants apprennent aussi à structurer leur espace visuel de
la gauche vers la droite, un sens qui sera celui de la lecture. Parallèlement,
l'enfant dispose de compétences linguistiques suffisamment élaborées
pour lui permettre de prendre conscience que les mots qu'il entend sont
décomposables en unités de sons plus petites, de l'ordre
de la syllabe puis du phonème. Ses aptitudes phonologiques lui
permettent aussi d'identifier les rimes. Ces aptitudes, que l'on qualifie
de métaphonologiques, sont considérées comme des
pré-requis importants à l'acquisition du langage écrit
et méritent d'être appréhendées chez les jeunes
enfants épileptiques. Les figures
2 et 3 montrent des épreuves qui peuvent être
confrontées aux données des tests de QI (ou QD) en sachant
qu'elles s'intègrent le plus souvent dans une évaluation
de nature psychomotrice d'une part et orthophonique d'autre part.
L'évaluation psychologique de l'enfant
d'âge scolaire
Chez les enfants d'âge scolaire, l'évaluation psychométrique
est sous-tendue par une question qui apparaît moins pronostique
que celle qui se pose face à un jeune enfant qui n'est pas encore
confronté aux apprentissages scolaires. Chez l'enfant fréquentant
l'école primaire, qui est donc confronté aux apprentissages
« fondamentaux » de la lecture, de l'orthographe et des mathématiques,
l'évaluation psychométrique a pour but de rechercher si
les difficultés d'apprentissage scolaire sont spécifiques
ou s'intègrent dans un tableau plus global d'immaturité
des potentialités intellectuelles, d'abstraction et de raisonnement.
Autrement dit, l'évaluation psychométrique de l'enfant épileptique,
dans ce contexte, vise à évaluer les niveaux d'acquisition
scolaire qui, exprimés en âges d'acquisition (âge d'acquisition
en lecture, calcul...), seront comparés à l'âge réel
de l'enfant et à son âge mental, ou QI. En procédant
de la sorte, l'examen psychométrique prend en compte les critères
diagnostiques et statistiques des troubles spécifiques des acquisitions
extraits du DSM IV. On laisse ainsi entrevoir la possibilité de
mettre en évidence, chez des enfants épileptiques normalement
intelligents aux tests de QI, des éléments évocateurs
d'une dyslexie, d'une dysorthographie, voire encore d'une dyscalculie
que l'on pourra qualifier de « secondaires » parce que survenant
dans un cadre nosographique déjà identifié, celui
des épilepsies.
L'évaluation psychométrique
Le WISC, ou échelle d'intelligence de Wechsler pour enfants [15,
16] est la batterie d'efficience intellectuelle la plus connue et la plus
utilisée au monde. Elle est structurée autour de deux échelles
: une échelle verbale qui est composée d'épreuves
sollicitant des réponses orales (définir un mot, expliquer,
compter et résoudre des problèmes arithmétiques),
et une échelle non verbale, dite de « Performance »,
qui est composée de tests sollicitant des réponses motrices
(classer des cartes, désigner, manipuler des cubes, des pièces
de puzzle...). Les scores obtenus à chacun des sous-tests composant
les deux échelles sont standardisés, additionnés
et permettent d'obtenir plusieurs QI, un QI verbal et un QI non verbal
et un QI global. L'intérêt de cette batterie, en plus de
la possibilité à différencier un QI verbal d'un QI
non verbal, réside dans la possibilité de réaliser
un profil psychométrique et standardisé de l'enfant examiné.
Les forces et les faiblesses cognitives de l'enfant peuvent ainsi être
objectivée comme l'illustre la figure
4 qui montre les profils psychométriques de trois enfants souffrant
d'épilepsie de type différent.
On remarque, malgré le type différent d'épilepsie,
que les profils observés sont superposables. Les aptitudes verbales
sont dans l'ensemble meilleures que les aptitudes non verbales. Toutefois
dans tous les cas, on objective une faiblesse en arithmétique et
une lenteur idéo-motrice au sous-test du code. Si l'on compare
ces profils individuels aux données publiées [1], force
est d'admettre que les relations entre le QI et le type d'épilepsie
envisagées à partir des études de groupes d'enfants,
n'apparaissent pas si évidentes en clinique où l'individu
est privilégié.
L'évaluation des aptitudes scolaires
La parution récente du K-ABC [17] a permis d'offrir au psychologue
un cadre théorique original et neuropsychologique que l'on détaillera
par la suite. Pour l'instant, on retiendra que cette batterie contient
des épreuves dites de connaissance avec la possibilité de
convertir les scores obtenus à ces différentes épreuves
en âges d'acquisition. Les connaissances mathématiques sont
testées dès 4 ans à une épreuve arithmétique
dans laquelle l'enfant est invité, à partir de matériels
imagés et structurés dans une visite au zoo, à dénombrer,
lire des nombres, résoudre des additions, soustractions et autres
opérations. Les aptitudes de lecture sont testées à
une épreuve de déchiffrement au cours de laquelle l'enfant
est invité à lire à haute voix des mots isolés
de complexité phonologique croissante (gros, coing..., transiger...,
à jeun). Elles sont aussi testées à une épreuve
de compréhension dans laquelle l'enfant doit réaliser des
gestes et actions se rapportant aux énoncés qu'il est amené
à lire (montre moi ton coude). Cette dernière épreuve
de lecture permet de tester l'accès à la signification des
mots. L'épreuve de reconnaissance des personnages et lieux célèbres
est intéressante à proposer en complément des épreuves
précitées. Il s'agit d'une épreuve de dénomination
d'images qui teste plus spécialement les connaissances encyclopédiques
(en sachant qu'elles peuvent aussi s'acquérir dans un cadre extrascolaire).
L'enfant est invité à dénommer des personnages (Astérix,
Tintin..., la Joconde...), et des monuments célèbres par
exemple. La performance est convertie également en âge d'acquisition.
La batterie K-ABC ne contient pas d'épreuve d'écriture ou
d'orthographe.
La figure 5 montre les
profils d'acquisition scolaire obtenus chez trois enfants épileptiques
à partir des épreuves de connaissances extraites du K-ABC.
On remarque que ces profils sont tous différents. Le premier, qui
est celui d'une enfant de 8 ans et demi (8,8 ans) souffrant d'absences
(dont plusieurs pendant la session de tests) montre l'absence de retard
d'acquisition scolaire. Le second (Cas 2), qui est celui d'un enfant de
9 ans 10 mois, présentant une épilepsie temporale droite,
met en évidence un retard d'acquisition scolaire qui apparaît
spécifique au domaine de la lecture. Aux épreuves de lecture
les âges d'acquisition sont de 8,6 ans et 8,3 ans. Ils correspondent
plus à ceux affichés par un élève de CE1 qu'à
ceux affichés par un élève de CM1, classe dans laquelle
se trouve l'enfant. Le profil n° 3 illustre un retard global d'acquisition
scolaire chez un enfant âgé de 9,9 ans également scolarisé
en CM1. Les âges d'acquisition dans les différents domaines
testés sont homogènes, variant peu de 7,3 ans à 7,9
ans, témoignant d'un niveau global d'acquisition scolaire de CE1.
Ces exemples montrent qu'un type d'épilepsie ne peut pas être
rattaché à un type de retard d'acquisition scolaire. Quand
les difficultés d'acquisition existent, elles peuvent aussi être
spécifiques. Le cas n° 2 se comporte en effet plus comme un
enfant dyslexique que comme un enfant présentant un retard global
des acquisitions scolaires. Contrairement au cas n° 3, son retard
d'acquisition en lecture mériterait d'être spécifiquement
étudié et pris en charge conformément à ce
que l'on propose aux enfants dyslexiques.
Vers une évaluation neuropsychologique
Le K-ABC [17], qui est applicable aux enfants dès 2 ans et demi,
3 ans, comporte de nombreuses épreuves qui sont structurées,
non plus autour de la distinction verbale-non verbale comme on retrouve
au WISC, mais autour de la distinction théorique qui existe entre
les traitements simultanés et les traitements dits séquentiels
[18]. Les auteurs ont choisi, pour justifier une telle distinction, un
cadre neuropsychologique directement issu des travaux menés par
Luria [19] auprès des patients adultes souffrant de lésions
cérébrales. Pour Luria, les zones corticales rétro-rolandiques
du cerveau, qu'elles soient hémisphériques droite ou gauche,
auraient une implication toute particulière dans le traitement
holistique (global) des informations perceptives, permettant ainsi la
réalisation d'images visuelles ou sonores des mots, de représentations
mentales des visages ou des d'objets par exemple. À l'opposé
les zones corticales pré-rolandiques, frontales et préfrontales,
supporteraient les activités séquentielles qui requièrent
successivité et organisation temporelle (énoncer une suite
de sons articulés pour produire un mot, résoudre un problème,
classer des cartes, réaliser des séquences gestuelles...).
En définissant un tel contexte théorique, les auteurs du
K-ABC ont adapté pour les enfants des épreuves qui étaient
utilisées pour tester les fonctions neuropsychologiques des patients
adultes. De telles épreuves, comme l'épreuve de mémoire
des visages, de dénomination d'images, de reproduction de séquences
gestuelles, permettent ainsi d'aborder les troubles cognitifs et instrumentaux
en se référant à une sémiologie neuropsychologique
empruntée à l'adulte. Leur utilisation permet d'entrevoir
la possibilité d'objectiver chez les enfants épileptiques
des déficits spécifiques comme une prosopagnosie, une apraxie
mélokinétique ou bien une aphasie transcorticale motrice
par exemple.
L'évaluation neuropsychologique de l'enfant épileptique
qui apparaît clairement dans la littérature depuis quelques
années a débuté, de notre point de vue avec la mise
en évidence du syndrome de Landau-Kleffner [20] qui caractérise
une aphasie réceptive. Depuis, grâce à l'introduction
des concepts et outils émanant de la neuropsychologie, on a pu
mettre en évidence chez les enfants et adolescents épileptiques,
des syndromes spécifiques, comme une agnosie visuelle [21] ou un
syndrome dysexécutif en rapport avec un foyer épileptogène
localisé dans les régions préfrontales du cerveau
[22].
L'évaluation des fonctions exécutives
Les fonctions exécutives qui sont supportées par les lobes
préfrontaux [23] caractérisent les processus mentaux qui
sont sollicités quand on est amené à réaliser
une activité dirigée vers un but, qu'il s'agisse de résoudre
un problème arithmétique, d'aller d'un endroit à
un autre, ou bien de raconter une histoire à quelqu'un. Les données
recueillies chez les adultes frontaux ont permis de clarifier au moins
quatre processus mentaux qui permettent au comportement d'être adapté
aux exigences de l'environnement à savoir : l'attention sélective,
la flexibilité cognitive, la planification et l'anticipation [24,
25]. Les capacités à planifier et anticiper le résultat,
les capacités à sélectionner les informations pertinentes
en inhibant les stimulations accessoires de même que la flexibilité
cognitive existent chez les jeunes enfants. Ces aptitudes qui permettent
l'auto-régulation de l'activité sous-tendent le comportement
adaptatif. Autrement dit, les fonctions exécutives permettent à
l'enfant d'ajuster son activité et son comportement aux exigences
des situations qu'il rencontre dans son environnement. Elles sont aussi
sollicitées dans toutes les situations complexes d'apprentissage,
scolaire en particulier comme le suggèrent les données recueillies
chez les enfants présentant un syndrome hyperkinétique [23].
Dans ce contexte à la fois neuropsychologique et développemental,
les fonctions exécutives méritent d'être étudiées
chez les enfants épileptiques.
L'attention sélective permet de contrôler le flux des stimulations
qui sont perçues de l'environnement. L'impulsivité, la précipitation
sont des indices comportementaux qui traduisent ce défaut d'attention
sélective, ou d'inhibition attentionnelle. Les données développementales
ont montré que le nourrisson de 1 an est capable d'attention sélective.
Il est en effet capable de faire un détour pour accéder
à un objet attractif placé dans une boîte transparente
[26] montrant ainsi que la capacité à résister à
la tentation existe chez les jeunes enfants justifiant du même coup
son examen clinique. Chez les enfants d'âge préscolaire,
on dispose de quelques épreuves comme le test Jour-Nuit [27] et
le test de frappes [24] qui donnent des renseignements sur la capacité
des enfants non lecteurs à inhiber une activité devenue
non valide. Sitôt que ces enfants deviennent lecteurs, les capacités
d'attention sélective sont examinées au test Mot-Couleur
de Stroop [28]. On dispose en effet de normes américaines pour
les enfants à partir de 7 ans [29] et depuis peu de normes francophones
pour les enfants âgés entre 8 et 14 ans [30]. Concrètement,
cette épreuve se compose de trois planches différentes (figure
6). La première planche comporte des noms de couleurs que le
sujet est invité à lire à haute voix. La deuxième
planche comporte des pastilles colorées que le sujet doit nommer
à haute voix et la troisième planche qui définit
la condition « Interférente » comporte des noms de couleurs
dont la couleur d'impression est différente. Le sujet est invité
dans cette dernière condition à nommer la couleur d'impression.
Il doit donc s'intéresser à la couleur d'impression, posée
comme information prioritaire et ignorer (ou inhiber) le nom de la couleur.
La flexibilité cognitive traduit la capacité que nous
avons à changer et modifier notre activité en fonction des
fluctuations de l'environnement. Le manque de flexibilité cognitive
se manifeste par des conduites persévératives qui s'observent
chez les patients « frontaux » soumis au Test de classement
de cartes de Wisconsin [31]. Les études réalisées
chez des enfants montrent qu'ils sont capables de flexibilité cognitive
quand on leur propose un matériel adapté. Au test de Wisconsin,
les enfants de 5-6 ans se comportent comme les adultes frontaux en commettant
de nombreuses persévérations [32]. Dans d'autres situations,
les enfants âgés seulement de 3 ans, 3 ans et demi sont tout
à fait aptes à acquérir des règles de classement
et de les alterner [33].
Le test de classement de cartes de Wisconsin (Wisconsin Card Storting
Test : WCST) a été normalisé aux États-Unis
à partir de 6 ans [31]. De nombreuses variables sont analysées,
entre autres, le nombre de catégories détectées et
les différents types de persévérations. Le principe
est le suivant : le sujet dispose de quatre cartes réponses : A,
B, C, D. On lui propose des cartes une à une qu'il est invité
à apparier avec une de ses quatre cartes réponses. On l'invite
à maintenir son choix pendant quelques essais, puis on l'invite
à changer de critère de classement, (figure
7).
La planification et l'anticipation constituent les autres composantes
des fonctions exécutives que l'on peut examiner au test de La Tour
de Londres [34]. Cette épreuve permet d'étudier la résolution
de problèmes séquentiels non verbaux. L'adaptation de cette
épreuve initialement proposée aux adultes frontaux, aux
enfants d'âge scolaire a révélé son indépendance
par rapport du niveau de langage oral [35]. Les données normatives
recueillies chez les enfants [35-37] permettent d'étudier les stratégies
de résolution de problèmes et la planification, dont le
principal indice est le temps que met l'enfant pour prendre la première
boule et débuter le problème. L'enfant et l'examinateur
disposent du même matériel. L'examinateur fixe une disposition
de départ à l'aide des trois boules colorées puis,
à l'insu de l'enfant, réalise une nouvelle configuration
définissant ainsi le but à atteindre. Le but peut être
atteint en deux, trois, quatre (et plus) mouvements successifs des boules.
L'enfant est alors invité à manuver chacune des boules
pour parvenir à la configuration « but » (figure
8).
CONCLUSION Il
existe une grande variété d'épreuves, dont la grande
majorité sont standardisées, qui permettent d'évaluer
les fonctions intellectuelles et les aptitudes d'acquisition scolaire des
enfants, en particulier ceux qui souffrent d'épilepsie. Pour tenter
de mieux comprendre les relations qu'entretient l'épilepsie avec
le développement cognitif et les capacités d'apprentissage,
les données psychométriques méritent d'être confrontées
aux données électrophysiologiques et pharmacologiques. L'épilepsie
qui traduit une atteinte du fonctionnement cérébral, justifie
l'introduction de concepts et outils d'évaluation provenant de la
neuropsychologie pour contribuer à cette meilleure compréhension
des effets de l'épilepsie sur le fonctionnement et le développement
des fonctions instrumentales, verbales et non verbales et sur le fonctionnement
et le développement de fonctions mentales plus complexes encore,
telles les fonctions exécutives. L'approche neuropsychologique qui
vise à mettre en évidence des déficits discrets, spécifiques
trouve sa place dans l'évaluation psychologique des enfants épileptiques,
en particulier ceux dont dont l'épilepsie est partielle, ou bien
encore lésionnelle. Cette approche complète, affine et enrichie
l'approche psychométrique qui vise, par le recours aux tests de QI
(ou QD) à évaluer les potentialités intellectuelles
en référence au cadre nosographique des déficiences
mentales, ou retards mentaux [12]. Elle permet en effet de rechercher des
déficits sous-jacents, de nature instrumentale, qui seraient susceptibles
de rendre compte des déficiences observées. Une chute du QI
verbal par rapport au QI non verbal peut dans ce contexte traduire l'existence
de trouble instrumental du langage oral, de nature phonologique par exemple.
Enfin, les références aux données sur le développement
normal sont particulièrement utiles à prendre en compte. Elles
permettent de mieux percevoir les répercussions des troubles identifiés
précocément sur les capacités d'acquisition scolaire
à venir. On connaît par exemple les relations qu'entretient
l'acquisition de la lecture avec les aptitudes métaphonologiques,
comme entre autres, l'identification de la rime qui sont exercées
chez les enfants à l'école maternelle [38]. Cet exemple suffit,
de notre point de vue, pour inscrire l'évaluation psychologique de
l'enfant épileptique dans un contexte neuropsychologique, et développemental
qu'elle mérite. REFERENCES
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