ARTICLE
bdc.2012.1598
Auteur(s) : Laurence Vanlemmens1 scientifique@o-lambret.fr l-vanlemmens@o-lambret.fr,
Emmanuelle Fournier2, Diane Boinon3, Jean-Luc Machavoine4, Véronique Christophe2
1 Centre Oscar-Lambret, 3, rue Frédéric-Combemæl,
59020 Lille, France
2 Université Lille Nord de France, université
Lille-III, URECA EA 1059, 3, rue Barreau, 59650 Villeneuve-d’Ascq,
France
3 Institut Gustave-Roussy, Villejuif, France
4 Centre François-Baclesse, Cæn, France
Tirés à part : L. Vanlemmens
Introduction
Dans les pays développés, environ 13 % des femmes atteintes
d’un cancer du sein ont moins de 45 ans [1, 2].
L’amélioration des traitements permet un espoir de guérison ou de
rémission prolongée.
Toutes les femmes traitées pour un cancer du sein doivent faire
face à des difficultés multiples. Elles sont par ailleurs
confrontées à des problématiques non spécifiques à leur âge liées
aux conséquences des traitements locorégionaux (modification de
l’image corporelle, etc.), aux effets secondaires des traitements
médicaux altérant la qualité de vie (fatigue, etc.) et générant des
répercussions psychosociales (anxiété, dépression, arrêt de
travail, perte du statut social, etc.), aux sentiments
d’impuissance, aux incertitudes, aux angoisses de récidive… [3-5].
Elles sont également exposées à des problématiques plus spécifiques
au jeune âge que sont le souhait d’enfants (quelquefois
incompatible avec les traitements proposés pouvant induire une
ménopause ou traitement tératogène prescrit pour une longue durée),
l’éducation des enfants présents, le rôle et les responsabilités
familiales, la sexualité et la relation maritale, l’image
corporelle, l’activité professionnelle… Bien que le cancer du sein
soit un événement particulièrement pathogène pour toutes les
femmes, et ce quel que soit leur âge, certaines études semblent
cependant indiquer que les femmes jeunes (moins de 45 à
50 ans) présentent globalement une moins bonne qualité de vie
générale, sont plus vulnérables aux effets négatifs de la maladie
[6-13], présentent une plus grande détresse émotionnelle, davantage
de troubles émotionnels et dépressifs, et ont davantage de
difficultés à mettre en place des stratégies d’ajustement adaptées
pour faire face à la maladie [14, 15].
Face à la maladie, les patientes sont en recherche de support
social, émotionnel mais également de soutien [16]. Ce soutien est
le plus fréquemment procuré par un membre de la famille, notamment
le partenaire [17]. Or, la vie quotidienne des aidants peut être
perturbée : travail, relations sociales, finances, temps de
loisirs [18-20], et engendrer, ce que l’on nomme plus
spécifiquement, le fardeau objectif. Ce fardeau, corrélé
directement et/ou indirectement à la dépression, l’anxiété et la
santé physique peut également entraîner le fardeau subjectif
[18, 20, 21]. Le cancer du sein est donc une maladie qui
affecte non seulement la patiente elle-même, mais son entourage
familial proche.
Les difficultés rencontrées pour une femme atteinte d’un cancer
du sein peuvent entraîner également des répercussions sur la
relation conjugale [22] : une rupture de la vie conjugale
surtout s’il existe des difficultés avant l’annonce du cancer du
sein, ou au contraire amener à un rapprochement au sein du couple
[23, 24]. Il paraît donc essentiel de prendre en charge le
couple et non uniquement la patiente [25].
Cette étude a pour principal objectif de créer un outil de
mesure spécifique et particulier en langue française de l’impact du
cancer du sein sur la qualité de vie non seulement des femmes
jeunes (moins de 45 ans) atteintes d’un cancer du sein non
métastatique, mais aussi sur la qualité de vie du partenaire. Il
s’agit de déterminer plus spécifiquement le vécu psychologique,
émotionnel, familial et social pour chacune des deux personnes
(patiente et partenaire) au travers d’entretiens non directifs. Le
second objectif est de comparer les dimensions convergentes et/ou
divergentes des patientes et des partenaires selon les différentes
étapes du parcours médical ciblé.
Méthode
Il s’agit d’une étude prospective et qualitative basée sur des
entretiens non directifs, proposée aux patientes âgées de moins de
45 ans au moment du diagnostic, suivies pour un cancer du sein
non métastatique, traitées ou ayant été traitées par
chimiothérapie, et leur partenaire. Pour pouvoir participer, les
deux personnes devaient être en couple depuis au moins six mois et
ne pas présenter de troubles psychiatriques avérés.
Après proposition de l’étude par le médecin référent et recueil
du consentement écrit de participation, un psychologue prenait
contact avec les participants pour un entretien individuel avec la
patiente et le partenaire vus séparément. Afin de garantir une
perspective temporelle de l’impact de la pathologie cancéreuse,
quatre groupes indépendants ont été constitués selon le parcours
médical de la patiente : chimiothérapie, trastuzumab,
hormonothérapie et surveillance (figure
1).
Les entretiens étaient volontairement non directifs, les
domaines évoqués par les personnes interrogées étaient donc
totalement libres, non induits par le psychologue, et
représentatifs de leurs préoccupations. Toutefois afin d’établir
une homogénéité entre les entretiens, chaque psychologue posait la
même question de départ « Pouvez-vous me parler des
modifications engendrées par la maladie dans votre
vie ? » et lors de l’entretien, des relances pouvaient
être effectuées afin d’éclaircir ou d’approfondir les récits.
Des données médicales et sociodémographiques étaient collectées
pour chaque inclusion. Le psychologue n’avait pas connaissance des
informations médicales de la patiente avant l’entretien afin
d’éviter tous biais de perception sélective ou d’attentes sociales.
Les entretiens étaient enregistrés et retranscrits intégralement
constituant ainsi le verbatim pour l’analyse de contenu sémantique
et dimensionnelle. Les fichiers étaient sauvegardés et archivés sur
une bande numérique spécifique à chaque participant.
Une analyse de contenu des entretiens ainsi qu’une revue de la
littérature ont été effectuées pour répertorier les thèmes les plus
fréquemment abordés concernant le vécu des participants. Ces
analyses ont permis de lister dix dimensions de qualité de vie et
de vécu subjectif chez des patientes atteintes de cancer du
sein : dimension psychologique, physique, familiale, sociale,
couple, domestique, professionnelle, économique, soignante et
spirituelle. Pour chaque entretien, il s’agissait de vérifier si
ces dimensions étaient présentes ou non.
Une seconde analyse a été effectuée portant sur les tonalités
des entretiens (positive, négative, indéterminée), pour cela chaque
récit était fractionné en segments de texte (un segment = une idée)
et codé en fonction de sa tonalité. Un accord interjuge a été
effectué sur 10 % des segments.
Enfin, afin de créer un outil de mesure spécifique du vécu
subjectif des patientes jeunes atteintes d’un cancer du sein et de
leur partenaire, un questionnaire préliminaire a été élaboré à
partir des récits de vie des patientes et des partenaires, classés
par dimension répertoriée. L’anonymat et la confidentialité des
segments choisis ont été scrupuleusement respectés. Puis, des
groupes de travail avec les couples volontaires (environ
30 personnes) se sont réunis à deux reprises afin de discuter
et valider la formulation des items. Les différentes remarques des
participants ont été prises en compte dans l’élaboration du
questionnaire final.
Cette étude a reçu l’autorisation de l’Agence française pour la
sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), du Comité de
protection des personnes (CPP), de la Direction générale de santé
(DGS), du Commission consultative sur le traitement de
l’information en matière de recherche dans le domaine de la santé
(CCTIRS) et de la Commission nationale de l’informatique et des
libertés (CNIL).
Population cible
De février 2007 à juin 2008, l’étude a été proposée et
acceptée par 94 patientes. Toutefois, 17 partenaires
n’ont pas souhaité participer à l’étude. Après vérification des
données médicales et sociodémographiques, cinq patientes ne
respectaient pas les critères d’inclusion et pour trois couples,
les entretiens ont été faits dans un intervalle de temps trop
important entre la patiente et son partenaire. Au final, les
entretiens de 138 participants, soit 69 couples ont pu
être analysés : 24 couples pendant la chimiothérapie,
11 pendant le traitement par trastuzumab, 15 pendant
l’hormonothérapie et 19 pendant la phase de surveillance.
L’âge moyen des patientes était de 39 ans (27-52 ans) et
de 41 ans (28-60 ans) pour les partenaires. Les couples
étaient ensemble depuis 14 ans en moyenne (0,5-27 ans).
Dix couples (15 %) n’avaient pas d’enfant et dix exprimaient
le désir d’avoir un enfant. Au moment de l’entretien, toutes les
patientes recevaient ou avaient reçu une chimiothérapie (critère
d’inclusion). Concernant la chirurgie, neuf patientes (13 %)
étaient en cours de chimiothérapie néoadjuvante et n’avaient donc
pas encore été opérées, 34 patientes (49 %) avaient eu
une mastectomie totale et 26 patientes (38 %) une
mastectomie partielle. Le geste ganglionnaire réalisé a été sous
forme d’un curage axillaire pour 48 patientes (80 %) et
exploration du ganglion sentinelle pour 12 patientes
(20 %). Pour 46 patientes (67 %), la radiothérapie
locorégionale avait déjà été réalisée. Le traitement par
trastuzumab était administré ou avait été administré à
18 patientes. Enfin, 27 patientes (39 %) recevaient
ou avaient reçu de l’hormonothérapie. Au moment de l’entretien,
14 patientes (20 %) et trois partenaires (4 %)
recevaient un soutien psychologique et cinq patientes (7 %)
étaient traitées par antidépresseurs. Dans le groupe surveillance,
le temps moyen entre le diagnostic et l’entretien était de trois
ans (1-10 ans) et de un an (0,5-10) pour tous les couples
inclus. Les principales catégories socioprofessionnelles pour les
patientes étaient « employées » (38 %) et
« cadres et professions intellectuelles supérieures »
(30 %). Huit patientes étaient sans activité professionnelles
(12 %). Les partenaires appartenaient principalement à la
catégorie « cadres et professions intellectuelles
supérieures » (45 %). Un partenaire était sans activité
professionnelle et un était à la retraite (3 %).
Résultats
Les dimensions révélées à travers les entretiens des
participants
Les résultats de l’analyse globale des entretiens montrent que
huit personnes sur dix évoquent l’impact de la maladie sur leur
couple et sur le plan psychologique, six sur dix parlent de la
famille, cinq sur dix évoquent les répercussions physiques et
professionnelles, quatre sur dix soulèvent un impact social, deux
sur dix évoquent des conséquences domestiques, un sur dix des
conséquences économiques (figure 2).
Les dimensions spirituelles et relationnelle au monde médical sont
peu représentées (moins de 5 % des participants y font
référence spontanément).
L’analyse des profils de réponses des patientes versus
partenaires met en évidence des différences significatives pour
cinq dimensions. Les patientes font davantage référence aux
dimensions psychologiques, physiques, professionnelles, sociales et
familiales que les partenaires (p < 0,05) (figure
3).
L’analyse en fonction de la période des traitements
(chimiothérapie, trastuzumab, hormonothérapie et surveillance)
révèle que, globalement, le vécu chez la patiente se différencie
peu selon l’étape de traitement. Toutefois, assez logiquement, la
dimension physique est plus abordée lors des traitements de
chimiothérapie, trastuzumab et hormonothérapie que sous
surveillance (p < 0,05) (figure 4A).
Les partenaires évoquent davantage les dimensions professionnelles,
sociales et domestiques lorsque la patiente est en début de
traitement que lorsqu’elle est sous surveillance
(p < 0,05) (figure 4B).
C’est lorsque la patiente est sous hormonothérapie que l’on
retrouve le plus de différences avec le partenaire. À ce stade de
traitement, les femmes évoquent plus les dimensions psychologiques,
physiques, familiales, sociales et professionnelles que les
partenaires.
Le désir d’enfant était évoqué par 14 % des participants,
de manière égale pour les patientes et les partenaires. Cette
sous-dimension était présente surtout pendant les étapes
d’hormonothérapie et de surveillance.
La sexualité était évoquée par 41 % des participants. La
dimension sexuelle était plus rapportée pendant la chimiothérapie
et le traitement par trastuzumab (respectivement 58 et
45 %) que pendant l’hormonothérapie et la surveillance
(respectivement 33 et 21 %) (p < 0,01).
Les tonalités évoquées par les participants
Le discours des participants a été découpé en segments (un
segment = une unité sémantique). Au final, 985 segments ont
été listés et codés selon leur tonalité positive, négative ou
indéterminée. Un accord interjuge a été effectué sur 10 % des
segments (kappa : 0,71). Globalement, les tonalités étaient
principalement négatives pour les patientes et les partenaires
(70 et 66 %). Pour chaque période analysée, aucune
différence n’a été retrouvée entre les patientes et les
partenaires. Les tonalités négatives étaient plus fréquemment
reportées pendant la chimiothérapie par rapport aux autres périodes
analysées (p < 0,001) (figure
5).
Le questionnaire du vécu subjectif des patientes jeunes
atteintes d’un cancer du sein et de leur partenaire
Les dimensions « soignantes » et
« spirituelles » évoquées par moins de 5 % des
participants n’ont pas été retenues puisque non représentatives des
préoccupations quotidiennes de la population dans le cadre de cette
étude. Au final, 157 items répartis selon les huit dimensions
conservées et selon le statut du participant (patiente ou
partenaire) ont donc été formalisés. Ces huit dimensions ainsi que
les items associés ont été en grandes majorités validés par les
participants. Une dimension « enfant », initialement
présente dans la dimension « familiale », a toutefois été
créé distinctement. Il est en effet apparu lors des discussions
avec les participants que la problématique liée aux
« enfants » n’était que trop peu abordée alors qu’elle
représente bien un sujet spécifique et prégnant pour ces couples.
Suite à ces deux réunions participatives, chaque item a donc été
repris et analysé par le comité de pilotage scientifique. Une
analyse fine et détaillée avec accord interjuges a permis d’aboutir
à la construction de deux échelles de mesures du vécu
subjectif : une échelle spécifique à la patiente et une
échelle à destination du vécu de son partenaire. Ces échelles sont
composées de 80 items pour les patientes et 77 items pour
les partenaires répartis selon huit dimensions :
psychologique, physique, familiale et sociale, couple, domestique,
professionnelle, économique et enfant.
Discussion
Ce projet consiste à déterminer de façon qualitative et
prospective quels sont les vécus psychologiques, émotionnels,
familials et sociaux, caractéristiques des jeunes patientes et de
leur partenaire pour dégager les difficultés quotidiennes et les
problématiques spécifiques à cette population à tous les moments de
la maladie.
Notre souci étant d’étudier le vécu subjectif de ces patientes
et de leur partenaire tout au long du parcours médical de la
patiente, et ce de manière la plus fine et représentative possible,
nous avons opté pour cette méthode qualitative prospective sous
forme d’entretiens non directifs. Cette approche présentait en
effet l’avantage de pouvoir appréhender les ressentis, les besoins,
les difficultés, les aspects positifs ou négatifs de cette
situation de vie particulière sans a priori en se basant sur
les récits de vie de la population ciblé. Les domaines évoqués par
les personnes interrogées étaient totalement libres, représentatifs
de leurs préoccupations à un moment donné.
L’originalité de cette recherche consiste à l’interview en
parallèle des patientes et de leur partenaire, et à la
collaboration active des couples, en particulier dans la procédure
de validation des items. Les items créés dans les questionnaires
résultent de l’expérience des patientes et partenaires, ont été
vérifiés et validés par des femmes atteintes d’un cancer du sein et
leur partenaire.
Discussion des résultats
La population incluse dans cette étude a un niveau
d’enseignement supérieur à la population globale française [26], ce
qui concorde avec les travaux de Kogevinas et al. montrant
que le cancer du sein est plus fréquent dans les strates
socioéconomiques élevées [27].
Ces entretiens ont montré les points de vue convergents et
divergents des patientes et des partenaires. La principale
différence a été observée pour la dimension physique qui a été
exprimée par 80 % des patientes et 23 % des partenaires.
La dimension physique des partenaires reflète leurs propres
sentiments et leurs symptômes physiques et non pas ce qu’ils
pensaient de l’image du corps ou des préoccupations de leur épouse.
Un partenaire sur quatre note des répercussions physiques pour
lui-même de la maladie de sa partenaire (notamment de la fatigue).
Concernant les patientes, un plus grand déclin physique a été
décrit dans une vaste étude chez les patientes plus jeunes par
rapport aux aînés [10], ce qui confirme les résultats de notre
étude. La dimension physique des jeunes couples devrait donc être
systématiquement prise en compte et pour la patiente et pour son
partenaire.
Pour l’ensemble des patientes et partenaires, les enfants ont
été une préoccupation majeure et le sujet a été exprimé si souvent
que nous avons décidé de créer une dimension « enfant ».
Cela reflète le jeune âge des participants et ses spécificités et
montre à quel point le développement d’un outil spécifique pour ces
jeunes patientes et leur partenaire est nécessaire.
Globalement, le vécu subjectif de la pathologie cancéreuse chez
la patiente se différencie peu selon l’étape de traitement.
Toutefois pour les partenaires, les dimensions professionnelles,
sociales et domestiques ont été significativement plus souvent
évoquées au cours de la période de chimiothérapie et trastuzumab.
Cela pourrait refléter la réorganisation nécessaire de la vie
familiale au cours de cette phase de traitement, qui nécessite
notamment des visites fréquentes à l’hôpital pour l’administration
des traitements. C’est une période sensible qui mériterait une
attention et un soutien particuliers notamment pour le
partenaire.
Peu de couples ont évoqué le désir d’enfants, mais une grande
majorité avait déjà des enfants. Ils ont principalement exprimé ce
désir lors des phases de traitement moins lourdes et à distance du
diagnostic, notamment lors de l’hormonothérapie et du suivi.
La sexualité a été spontanément évoquée par près de la moitié
des participants et elle a été principalement exprimée au début du
traitement, pendant les périodes de chimiothérapie et trastuzumab
plutôt qu’à la fin du traitement (hormonothérapie et suivi). Peu
d’études ont soulevé les questions concernant la sexualité des
jeunes couples. Il a déjà été démontré que la ménopause prématurée
induite par la chimiothérapie systémique ou un traitement hormonal
est une cause de dysfonctionnement sexuel qui persiste pendant de
nombreuses années après le diagnostic. En revanche, les résultats
concernant le type de chirurgie du sein (mastectomie versus
chirurgie mammaire conservatrice) vis-à-vis de l’insatisfaction
sexuelle en raison de l’image corporelle modifiée sont controversés
[28]. Dans une étude, environ deux tiers des patientes âgées de
50 ans ou moins étaient sexuellement actives quelques mois
après les traitements, mais environ la moitié signalait rencontrer
des difficultés. La dysfonction sexuelle et l’altération de l’image
corporelle sont communément observées chez les jeunes femmes avec
cancer du sein. Elles sont principalement liées au traitement du
cancer du sein, à des facteurs psychologiques et des relations
difficiles avec le partenaire. Cela devrait être étudié de façon
systématique et les programmes devraient être mis en œuvre pour
aider ces jeunes couples [7].Les tonalités exprimées par les
participants ont été négatives pour plus des deux tiers des
patientes et des partenaires. Même après la phase aiguë et lourde
des traitements, les sentiments négatifs sont toujours présents,
cela signifie qu’on devrait proposer un soutien aux patientes mais
aussi à leur partenaire au cours des traitements mais également
après les traitements. Cet accompagnement lors de l’après-cancer
est d’ailleurs un point fort du Plan cancer 2009-2013
[29].
Conclusion
Cette étude confirme qu’aujourd’hui, nous devons non seulement
avoir une approche personnelle, mais également une approche
systémique et dynamique avec prise en charge globale de nos
patientes mais également du partenaire. À la lumière de ces
résultats, quelle que soit la période du soin, il paraît
indispensable que les cliniciens soient et restent vigilants et
attentifs aux répercussions de la maladie et des traitements sur la
qualité de vie de leurs jeunes patientes et de leur partenaire.
Deux questionnaires de qualité de vie de huit dimensions sont en
cours de validation psychométrique pour cette population spécifique
(un pour les patientes et un pour les partenaires) qui nous
aideront à repérer les besoins et orienteront les aides spécifiques
à apporter à tout moment du parcours du couple dans des futures
recherches.
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
1.
http://seer.cancer.gov/csr/1975_2006/results_merged/topic_age_dist.pdf:.
2. Belot A, Grosclaude P, Bossard N, et al. Cancer
incidence and mortality in France over the period 1980-2005. Rev
Epidemiol Sante Publique 2008 ; 56 : 159-175.
3. Badger TA, Braden CJ, Mishel MH, Longman A. Depression
burden, psychological adjustment, and quality of life in women with
breast cancer: patterns over time. Res Nurs Health 2004 ; 27
: 19-28.
4. Iwamitsu Y, Shimoda K, Abe H, Tani T, Okawa M, Buck R.
The relation between negative emotional suppression and emotional
distress in breast cancer diagnosis and treatment. Health
Commun 2005 ; 18 : 201-215.
5. Northouse LL, Mood D, Kershaw T, et al. Quality
of life of women with recurrent breast cancer and their family
members. J Clin Oncol 2002 ; 20 : 4050-4064.
6. Baucom DH, Porter LS, Kirby JS, Gremore TM, Keefe F.J.
Psychosocial issues confronting young women with breast cancer.
Breast Dis 2005 ; 23 : 103-113.
7. Fobair P, Stewart SL, Chang S, D’Onofrio C, Banks PJ,
Bloom J.R. Body image and sexual problems in young women with
breast cancer. Psychooncology 2006 ; 15 : 579-594.
8. Goldhirsch A, Gelber RD, Yothers G, et al.
Adjuvant therapy for very young women with breast cancer: need for
tailored treatments. J Natl Cancer Inst Monogr 2001 ; 30 :
44-51.
9. Hannoun-Levi J.M. Treatment of breast and uterus
cancer: physiological and psychological impact on sexual function.
Cancer Radiother 2005 ; 9 : 175-182.
10. Krœnke CH, Rosner B, Chen WY, Kawachi I, Colditz GA,
Holmes M.D. Functional impact of breast cancer by age at diagnosis.
J Clin Oncol 2004 ; 22 : 1849-1856.
11. Sammarco A. Psychosocial stages and quality of life
of women with breast cancer. Cancer Nurs 2001 ; 24 :
272-277.
12. Northouse L.L. Breast cancer in younger women:
effects on interpersonal and family relations. J Natl Cancer
Inst Monogr 1994 ; 16 : 183-190.
13. LeCorroller-Soriano AG, Bouhnik AD, Auquier P.
DREES-Inserm La qualité de vie des femmes atteintes d’un cancer du
sein : une analyse par classe d’âge. La vie deux ans après le
diagnostic de cancer. Paris : La Documentation française, 2008 ;
217-227.
14. Wong-Kim EC, Bloom J.R. Depression experienced by
young women newly diagnosed with breast cancer.
Psychooncology 2005 ; 14 : 564-573.
15. Baider L, Andritsch E, Uziely B, et al.
Effects of age on coping and psychological distress in women
diagnosed with breast cancer: review of literature and analysis of
two different geographical settings. Crit Rev Oncol Hematol
2003 ; 46 : 5-16.
16. Rao K. Recent research in stress, coping and women's
health. Curr Opin Psychiatry 2009 ; 22 : 188-193.
17. Mermilliod C, Mouquet M.C. DREES-Inserm Les
différents soutiens déclarés par les malades. La vie deux ans après
le diagnostic de cancer. Paris : La Documentation française, 2008 ;
321-329.
18. Grunfeld E, Coyle D, Whelan T, et al. Family
caregiver burden: results of a longitudinal study of breast cancer
patients and their principal caregivers. CMAJ 2004 ; 170 :
1795-1801.
19. Rossi Ferrario S, Zotti AM, Massara G, Nuvolone G. A
comparative assessment of psychological and psychosocial
characteristics of cancer patients and their caregivers.
Psychooncology 2003 ; 12 : 1-7.
20. Wagner CD, Bigatti SM, Storniolo A.M. Quality of life
of husbands of women with breast cancer. Psychooncology 2006
; 15 : 109-120.
21. Rhee YS, Yun YH, Park S, et al. Depression in
family caregivers of cancer patients: the feeling of burden as a
predictor of depression. J Clin Oncol 2008 ; 26 :
5890-5895.
22. Sheppard LA, Ely S. Breast cancer and sexuality.
Breast J 2008 ; 14 : 176-181.
23. Taylor-Brown J, Kilpatrick M, Maunsell E, Dorval M.
Partner abandonment of women with breast cancer. Myth or reality?.
Cancer Pract 2000 ; 8 : 160-164.
24. Dorval M, Guay S, Mondor M, et al. Couples who
get closer after breast cancer: frequency and predictors in a
prospective investigation. J Clin Oncol 2005 ; 23 :
3588-3596.
25. Northouse LL, Templin T, Mood D, Oberst M. Couples’
adjustment to breast cancer and benign breast disease: a
longitudinal analysis. Psychooncology 1998 ; 7 : 37-48.
26. Cotis J.P. Tableaux de l’économie française. 2010 ;
Paris : Institut national de la statistique et des études
économiques, (245).
27. Kogevinas M, Pearce N, Susser M, Boffetta P. Social
inequalities and cancer. 1997 ; Lyon : IARC Scientific Publication,
(No. 138, 416).
28. Schover L.R. The impact of breast cancer on
sexuality, body image, and intimate relationships. CA Cancer J
Clin 1991 ; 41 : 112-120.
29. http://www.plan-cancer.gouv.fr/.
|