ARTICLE
Auteur(s) : Sébastien Anguille1,2 sebastien.anguille@uza.be,
Vigor Van Tendeloo1,2, Zwi Berneman1,2
1 Université d’Anvers/University of Antwerp,
laboratoire d’hématologie expérimentale, Universiteitsplein 1, 2610
Wilrijk, Anvers, Belgique
2 Centre hospitalier universitaire d’Anvers/Antwerp
University Hospital, centre de thérapie cellulaire et médecine
régénérative, service d’hématologie, Wilrijkstraat 10, 2650 Edegem,
Anvers, Belgique
Tirés à part : S. Anguille
Introduction
Au cours des 30 dernières années, les options
thérapeutiques pour la prise en charge des adultes atteints d’une
leucémie aiguë myéloïde (LAM) se sont considérablement améliorées
et diversifiées. Aujourd’hui, une polychimiothérapie intensive
permet d’obtenir une rémission complète (RC) chez l’immense
majorité des patients. Par ailleurs, l’arrivée de la greffe de
cellules souches hématopoïétiques a ouvert la perspective d’une
guérison complète de cette forme agressive de cancer du sang [1].
Malgré tout, le pronostic à long terme des patients atteints de LAM
reste extrêmement défavorable, avec un taux moyen de survie à cinq
ans d’environ 25 %. Au-delà de 65 ans, le pronostic des
patients est particulièrement mauvais, comme en témoigne leur taux
de survie à cinq ans de seulement 5 % approximativement. Les
analyses épidémiologiques révèlent que ce taux n’a pratiquement pas
évolué au fil des ans. On peut donc en déduire que les avancées
thérapeutiques ont presque exclusivement concerné les patients de
moins de 65 ans [2].
La cause de ce pronostic défavorable à long terme réside dans le
pourcentage élevé de récidive, en particulier chez les patients
âgés de plus de 60 ans, dont environ 80 % finissent par
rechuter même après avoir initialement obtenu une RC à l’issue du
traitement de chimiothérapie. Les récidives sont généralement
imputées à la persistance de cellules (souches) leucémiques
résiduelles résistantes à la chimiothérapie conventionnelle,
phénomène connu sous le nom de « maladie résiduelle minimale
(MRM) » (minimal residual disease–[MRD]) [3]. On sait
qu’il est possible d’éradiquer la MRM et de prévenir les récidives
efficacement grâce à l’allogreffe de cellules souches
hématopoïétiques et son effet « greffe versus leucémie
(GvL) » médié par les cellules immunitaires du donneur.
L’allogreffe de cellules souches est toutefois associée à un taux
élevé de mortalité et de morbidité, raison pour laquelle cette
modalité de traitement est généralement réservée aux patients plus
jeunes. Ce constat souligne le besoin de nouvelles stratégies
thérapeutiques anti-rechutes innovantes, en particulier pour le
groupe toujours plus grand des patients de plus de 60-65 ans.
L’une des stratégies prometteuses à cet égard est la vaccination
par cellules dendritiques (CD) autologues [1].
Cet article de synthèse dresse un état de la situation actuelle
concernant le développement d’un tel vaccin et se penche sur le
rôle que pourra jouer cette forme d’immunothérapie dans le
traitement de la LAM au xxie siècle.
Principes immunologiques de la vaccination anti-LAM par
cellules dendritiques
Cellules dendritiques
L’effet GvL associé à l’allogreffe de cellules souches
hématopoïétiques nous a appris que le système immunitaire est
capable de reconnaître et finalement d’éradiquer les cellules
leucémiques. Les CD jouent un rôle clé dans le développement de
cette immunité antileucémique [1]. La principale fonction de ces
cellules consiste à capturer les antigènes, à les fragmenter en
épitopes, puis à les présenter aux lymphocytes T via des
molécules du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Cette
présentation antigénique s’effectue essentiellement au niveau des
organes lymphoïdes secondaires, en particulier aux endroits où se
concentrent un grand nombre de lymphocytes T, tels que les zones
riches en cellules T des ganglions lymphatiques. Une « synapse
immunologique » peut alors se former entre les CD et les
lymphocytes T et finalement induire une réponse immunitaire
cellulaire de type TH1 (T-helper 1).
Pour qu’une telle réaction immunitaire puisse se produire,
plusieurs conditions préalables essentielles doivent toutefois être
réunies [4]. Il faut tout d’abord qu’une liaison se forme entre le
complexe épitope-CMH à la surface cellulaire de la CD et un TCR
(récepteur des cellules T) à la surface du lymphocyte (condition
1 ou « signal 1 » ; figure 1).
L’activation lymphocytaire nécessite cependant également la
présence de signaux de costimulation positifs, médiés par
l’interaction de CD80 ou de CD86 à la surface des CD avec
CD28 à la surface du lymphocyte T (« signal 2 »).
Enfin, la CD sécrète également des cytokines polarisant la réponse
TH1, en particulier l’interleukine 12 (IL-12). Celle-ci
est libérée après l’interaction de CD40 avec son ligand,
exprimés à la surface des CD et des lymphocytes respectivement
(« signal 3 »). En présence de ces cytokines, les
lymphocytes T naïfs peuvent se transformer en cellules
TH1 qui, à leur tour, peuvent induire des
lymphocytes T cytotoxiques (CTL) CD8+ spécifiques de l’antigène
via des cytokines telles que l’interféron (IFN). Ces CTL
sont les derniers intervenants de la réaction immunitaire
cellulaire ; ils sont capables de reconnaître et d’induire la
mort cellulaire des cellules cibles qui expriment l’antigène
concerné [4].
Il est bien établi que les cellules malignes, y compris les
cellules leucémiques, expriment à leur surface des antigènes
tumoraux contre lesquels une réponse immunitaire peut être induite.
L’emploi de CD à des fins de vaccination antitumorale repose sur
ces constatations. Le principe de la vaccination antitumorale par
CD consiste dès lors à administrer au patient des CD chargées avec
des antigènes tumoraux afin de générer, grâce à leurs puissantes
propriétés de présentation antigénique, des CTL dirigés contre la
tumeur [1].
Antigène de la leucémie : pleins feux sur la protéine de
la tumeur de Wilms 1 (WT1)
Le choix de l’antigène cible constitue une étape cruciale dans
le développement d’un puissant vaccin à base de CD dirigé contre la
LAM. L’objectif de cet article n’étant pas une revue exhaustive des
antigènes identifiés jusqu’à ce jour dans la LAM, nous ne nous
concentrerons que sur l’un d’eux, la protéine de la tumeur de Wilms
1 (« Wilms’ tumor 1 » ou « WT1 »),
compte tenu de son intérêt thérapeutique. WT1 est un antigène
qui est surexprimé dans environ 90 % des cas de LAM [5].
Cependant, il est également exprimé au sein des cellules non
leucémiques (auto-antigène). Cela implique que la vaccination
antitumorale dirigée contre WT1 comporte un risque intrinsèque
d’auto-immunité. En pratique, ce risque est toutefois presque
insignifiant, vraisemblablement parce que l’expression de
WT1 dans les cellules leucémiques est nettement supérieure au
niveau d’expression « physiologique » au sein des
cellules saines [6]. La littérature fait également état de la
formation possible d’une forme aberrante de la protéine dans le
cadre de la LAM [7]. Cette surexpression aberrante de
WT1 permet probablement au système immunitaire de distinguer
plus précisément les cellules leucémiques des cellules saines, ce
qui minimise le risque d’auto-immunité. Compte tenu de son rôle
essentiel dans la leucémogenèse et de ses propriétés
immunogéniques, WT1 est considéré comme un antigène cible
extrêmement intéressant pour l’immunothérapie de la LAM [8].
Plusieurs études cliniques ont déjà démontré que la vaccination
antitumorale dirigée contre WT1 peut induire des effets
antileucémiques objectifs chez les patients atteints de LAM, ce qui
souligne encore un peu plus la pertinence thérapeutique de cet
antigène. Dans cette optique, il n’est donc pas étonnant que
WT1 occupe la première place d’un classement récent des
antigènes les plus prometteurs sur le plan thérapeutique [8].
Préparation de vaccins à base de cellules dendritiques à usage
clinique
Le faible taux de CD circulant dans le sang périphérique (moins
de 1 % de la fraction « Peripheral blood mononuclear
cells [PBMC] »-cellules mononuclées du sang périphérique)
ne permet généralement pas d’extraire directement du sang un nombre
suffisant de ces cellules pour produire des vaccins. Il faut donc
se tourner vers les précurseurs des CD qui, d’un point de vue
logistique, peuvent être collectés en quantités suffisantes, puis
générer des CD matures in vitro. Pour la préparation des
vaccins à base de CD à usage clinique dans le cadre de la LAM, on
utilise généralement l’un des deux types de précurseurs de
CD : blastes leucémiques ou monocytes [10].
Cellules dendritiques dérivées de blastes
Les blastes leucémiques possèdent la faculté intrinsèque de se
différencier en cellules présentant les caractéristiques
phénotypiques et fonctionnelles des CD. La littérature fait état de
différents protocoles de culture qui permettent d’obtenir in
vitro des CD à partir de blastes de LAM et d’utiliser ces
cellules pour produire des vaccins à base de CD. Dans le cadre de
la préparation de vaccins à base de CD dérivées de blastes,
l’aspect de la biosécurité fait l’objet d’une attention
particulière, dans la mesure où il faut absolument éviter que des
blastes de LAM viables ne contaminent le produit cellulaire final
et ne causent une récidive de la LAM. Aussi, ces produits
cellulaires à finalité thérapeutique doivent être irradiés avant de
pouvoir être administrés aux patients [10].
L’un des principaux avantages liés à l’utilisation de CD
dérivées de la LAM est que ces cellules conservent l’ensemble du
répertoire des antigènes leucémiques des blastes de LAM. Les CD
dérivées de la LAM peuvent donc présenter un large spectre
d’antigènes leucémiques, sans devoir être chargées avec des
antigènes par voie exogène. Des études in vitro et in
vivo ont en effet révélé que la vaccination à l’aide de CD
dérivées de la LAM pouvait entraîner une réaction immunitaire
antileucémique spécifique contre plusieurs antigènes, ce qui montre
une fois de plus le potentiel thérapeutique de cette forme de
vaccination [10, 11, 12].
Pourtant, l’utilisation de ce type de CD à des fins cliniques
est de plus en plus controversée. La faisabilité technique de la
culture de CD dérivées de la LAM reste en effet un point délicat.
Le problème réside dans la difficulté de recueillir suffisamment de
blastes de LAM et de les convertir, in vitro, en CD à part
entière, ce qui n’est possible que chez deux tiers des patients
[10]. En outre, le nombre de blastes de LAM pouvant être convertis
en CD varie fortement d’un individu à l’autre, si bien que la
fraction relative de CD dérivées de la LAM dans le produit
cellulaire thérapeutique final peut aller de 2 à 70 %
[13]. Une standardisation précise des produits sanguins pour ce
type de vaccin est donc pratiquement impossible.
La principale raison pour laquelle l’utilisation de CD dérivées
de la LAM à des fins thérapeutiques ne serait plus justifiée réside
probablement dans le fait que l’action de ces vaccins ne peut pas
être garantie. En effet, compte tenu de leur origine leucémique,
les CD dérivées de la LAM ne sont souvent pas capables d’agir comme
des cellules présentatrices d’antigènes à part entière. Un
dysfonctionnement de ces cellules a été constaté au niveau des
trois signaux nécessaires à l’induction d’une réponse immunitaire
TH1 (souhaitable pour l’immunité antitumorale) [10]. Une
étude récente a par ailleurs révélé que les CD dérivées de la LAM
produisent de l’indoléamine 2,3 dioxygénase (IDO), une enzyme
impliquée dans l’induction des lymphocytes T régulateurs. Ces
cellules peuvent empêcher activement l’induction d’une réponse
immunitaire antileucémique efficace [14]. Dans ce cas, la
vaccination par CD dérivées de la LAM pourrait avoir l’effet
inverse de celui escompté, à savoir l’induction d’une tolérance
immunitaire au lieu de la stimulation d’une immunité
antitumorale.
Cellules dendritiques dérivées de monocytes
La possibilité de réaliser des cultures de CD à partir de
cellules précurseurs non leucémiques a remis encore un peu plus en
question l’application de la vaccination par CD dérivées de la LAM.
Tant les cellules souches hématopoïétiques CD34+ que les monocytes
du sang périphérique CD14+ peuvent être utilisés pour la
préparation in vitro de vaccins à base de CD. L’emploi des
monocytes est particulièrement attractif, dans la mesure où ces
cellules peuvent être recueillies relativement simple et en nombre
suffisant au moyen d’une leucaphérèse. Ces dernières années, des
progrès considérables ont été accomplis sur le plan du
développement de systèmes d’isolement cellulaire permettant, à
l’échelle clinique et de façon presque totalement automatique, de
séparer les monocytes de la fraction de PBMC restante dont est
constitué un produit de leucaphérèse (étape 1, figure 2) [4].
Pour générer des CD in vitro à partir de monocytes, on
utilise la plupart du temps un protocole en deux étapes qui s’étale
sur une semaine environ. La première étape consiste à induire la
différenciation des monocytes en CD immatures via
l’administration par voie exogène de cytokines telles que le
granulocyte macrophage colony-stimulating factor (GM-CSF) et
l’IL-4 (étape 2, figure 2) [15].
Dans la mesure où l’état de maturation des CD détermine le résultat
de la réponse immunitaire induite, la seconde étape consiste à
activer les CD. Pour ce faire, des cytokines pro-inflammatoires ou
des signaux de danger immunostimulants, tels que des ligands des
récepteurs Toll-like (« Toll-like receptor » ou
« TLR ») (étape 3, figure 2) peuvent
être utilisés [15].
Contrairement aux CD dérivées de la LAM, qui expriment
d’elles-mêmes des antigènes leucémiques, les CD dérivées de
monocytes doivent être chargées avec des antigènes tumoraux avant
d’être administrées (étape 4, figure 2). La
technique la plus simple consiste à charger (impulsions) les
molécules CMH des CD avec des peptides antigéniques par voie
exogène [16]. L’inconvénient majeur de cette procédure est que
l’immunité induite ne cible qu’un seul epitope. Cela accroît
considérablement le risque de perte d’efficacité du vaccin en cas
de modification d’expression de l’épitope par les cellules
leucémiques lors d’une dérive antigénique. C’est pourquoi il
convient toujours d’essayer d’induire une réponse immunitaire aussi
variée que possible, de préférence ciblée contre plusieurs
antigènes ou, au moins, contre plusieurs épitopes [16]. Par
exemple, l’introduction d’un ARN messager (ARNm) qui code pour un
antigène leucémique particulier au sein des CD est un procédé
utilisé [17]. De cette manière, les CD sont capables de décoder
l’ensemble de la protéine antigénique à partir de l’ARNm, puis de
la fractionner en plusieurs fragments épitopiques qui sont alors
transportés vers la surface cellulaire pour être présentés par la
suite aux lymphocytes T via les molécules CMH. Il
existe différentes méthodes d’introduire de l’ARNm dans des CD.
L’une d’entre elles est l’électroporation, une technique qui
consiste à créer des pores dans la membrane cellulaire à l’aide
d’une brève impulsion électrique pour permettre à l’ARNm de
pénétrer dans la cellule [17]. Notre groupe de recherche a acquis
une expérience préclinique et clinique approfondie dans le domaine
de l’électroporation de CD dérivées de monocytes avec de l’ARNm
codant pour WT1 [9, 17]. Dans une étude que nous avons
récemment publiée, nous avons pu démontrer que l’administration de
vaccins à base de CD électroporées avec de l’ARNm codant pour
WT1 à des patients LAM en rémission peut en effet induire une
immunité protectrice contre plusieurs épitopes de WT1 [9]. Parmi
les autres techniques de charge antigénique visant à induire une
réponse immunitaire spécifique dirigée contre plusieurs antigènes
et/ou contre plusieurs épitopes, citons la charge des CD avec des
lysats cellulaires ou cellules leucémiques apoptotiques et la
fusion des CD avec des blastes de LAM. Ces dernières ne seront pas
abordées dans cet article.
Une fois « chargées » avec un ou plusieurs antigènes
leucémiques, les CD peuvent être utilisées chez le patient. Étant
donné que la réponse immunitaire est induite dans les ganglions
lymphatiques, les vaccins à base de CD sont généralement
administrés à proximité des territoires ganglionnaires superficiels
[15] (étape 5, figure 2). La
vaccination se fait la plupart du temps par voie intradermique, car
ce mode d’administration offre les meilleures chances de migration
efficace des CD vers les ganglions lymphatiques [4].
Efficacité clinique de la vaccination anti-LAM par cellules
dendritiques
L’expérience clinique dans le domaine de la vaccination par CD
chez des patients atteints de LAM se limite à quelques études de
phase I ou II non randomisées de petite envergure (tableau 1). Pour l’instant, aucune preuve
clinique issue d’études de phase III n’est disponible. Néanmoins,
les résultats des études actuellement disponibles permettent
cependant de tirer plusieurs conclusions préliminaires
majeures.
Tableau 1 Essais cliniques utilisant les cellules
dendritiques dans la leucémie aiguë myéloïde.
| Cadre |
Type de DC |
Antigène |
n |
Effets cliniques |
Réf. |
Récidive
(après allogreffe CS) |
CD CD34+
(allogénique) |
Cellules LAM
apoptotiques |
1 |
Normalisation transitoire de la leucocytose dans
le sang périphérique |
[22] |
Récidive
(après autogreffe CS) |
CD mo
(autologue) |
Lysat cellulaire
LAM |
2 |
Aucun |
[23] |
Récidive
(après allogreffe CS) |
CD mo
(allogénique) |
Peptide WT1 |
1 |
Aucun |
[24] |
| Palliatif |
CD LAM
(autologue) |
n.a. |
5 |
Maladie stable (1/5); normalisation
transitoire du taux de blastes circulants (2/5) |
[11] |
| Palliatif |
CD mo |
Cellules LAM
apoptotiques |
4 |
Stabilisation transitoire de la maladie (2/4) |
[25] |
| Rémission |
CD LAM
(autologue) |
n.a. |
5 |
Maintien de l’état de rémission (2/5) |
[12] |
| Rémission |
CD mo
(autologue) |
ARNm hTERT |
21 |
Survie sans maladie de 79 % à
12 mois |
[18] |
| Rémission |
CD mo
(autologue) |
ARNm WT1 |
17 |
Passage d’une RP à une RC (2/3) ; induction
d’une rémission moléculaire (9/17) |
[9, 19] |
| Rémission |
CD mo
(autologue) |
Peptide WT1 |
3 |
Maladie stable (1/3) ; Baisse transitoire du
taux de blastes circulants (1/3) |
[26] |
CS : cellules souches ; CD CD34+ : CD dérivées de
cellules souches hématopoïétiques CD34+ ; CD mo : CD
dérivées de monocytes ; CD LAM : CD dérivées de blastes
leucémiques ; LAM : leucémie aiguë myéloïde ;
WT1 : protéine Wilms’ tumor 1 ; n.a. : non
applicable ; ARNm : acide ribonucléique messager ;
hTERT : transcriptase inverse de la télomérase humaine ;
n : nombre de patients ; Réf. : référence
correspondante.
Toutes les études publiées jusqu’à présent indiquent que la
vaccination par CD est un procédé thérapeutique sécurisé pour le
patient. Une toxicité significative sous la forme d’effets
secondaires de grades 3 et 4 n’est généralement pas
constatée. Etant donné que le point de départ de cette modalité de
traitement est de nature immunologique, il convient de rester
attentif au risque d’induction d’une auto-immunité. En pratique, ce
risque se limite à quelques rares cas rapportés de thrombocytopénie
immunomédiée [9, 18] et d’élévation du titre des anticorps
[12].
La majorité des études ont pu démontrer l’immunogénicité des
vaccins anti-LAM à base de CD. Le principe immunologique de base de
la vaccination par CD, à savoir la capacité des CD chargées avec
des antigènes de la leucémie à induire une reaction immunitaire à
médiation cellulaire T dirigée spécifiquement contre ceux-ci, a par
ailleurs pu être démontrée de manière formelle [9]. Il convient
toutefois de préciser qu’une réaction immunitaire ne peut pas être
déclenchée chez tous les patients vaccinés. En outre, l’induction
d’une immunité spécifique de la leucémie n’est pas toujours garante
d’une réponse clinique [9, 12], ce qui laisse penser que les
cellules de la LAM peuvent dans certains cas échapper à l’immunité
induite par le vaccin (ce que l’on appelle l’« évasion
immunitaire »). Un mécanisme d’évasion immunitaire possible
est l’induction de lymphocytes T régulateurs, dont on sait déjà
qu’ils peuvent, in vivo, inhiber l’effet des CTL réagissant
contre la leucémie [12].
Concernant l’efficacité clinique, plusieurs tendances nettes se
dessinent également. Ainsi, la vaccination par CD semble peu
efficace, voire inefficace, chez les patients en proie à une
récidive agressive de la maladie ou chez les patients en phase
palliative qui ne bénéficient plus d’autres traitements
co-administrés. Dans de tels cas, on peut tout au plus espérer une
stabilisation transitoire de la maladie, mais en aucun cas des
effets cliniques durables (tableau 1).
Selon les données disponibles, la vaccination par CD a un rôle à
jouer dans le traitement de la LAM en rémission. Autrement dit,
elle doit être considérée comme une stratégie adjuvante de
prévention des récidives chez les patients qui ont reçus une
chimiothérapie d’induction et/ou de consolidation conventionnelle
et qui ne sont pas des candidats à l’allogreffe de cellules souches
[1]. Pour ce groupe de patients, l’efficacité antileucémique
clinique de la vaccination par CD a été suggérée [9]. Notre
expertise dans le domaine de la vaccination par CD électroporées
avec de l’ARNm codant pour WT1 pour les LAM en rémission, nous
apprend ainsi que cette approche permet de maintenir l’état de
rémission chez environ la moitié des patients [19]. Pour neuf des
17 patients suivis, la normalisation de l’expression de l’ARN
codant pour WT1 dans le sang périphérique ou dans la moelle
osseuse, un marqueur de MRM [5], a pu être obtenue. Chez deux tiers
des patients présentant des signes morphologiques de maladie
résiduelle, l’état de rémission partielle a pu être converti en RC
grâce aux vaccinations par CD séquentielles [19] (tableau 1). Ces résultats montrent donc que la
vaccination par CD a la capacité d’induire une RC et durable et de
prévenir une récidive de la leucémie chez une proportion non
négligeable des patients.
Conclusions et perspectives d’avenir
Ces résultats prometteurs suggèrent que la vaccination par CD
peut constituer un renfort de taille dans l’arsenal thérapeutique
pour la prise en charge de la LAM. Sur la base des résultats
d’études, la vaccination par CD semble se positionner
essentiellement comme une stratégie de seconde ligne permettant de
contrôler ou d’éliminer une MRM après l’obtention d’une RC avec la
chimiothérapie conventionnelle. Elle est de préférence réservée aux
patients présentant un risque élevé de récidive et pour lesquels
une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques ne peut être
proposée (par exemple en raison de leur âge). Les patients chez qui
la maladie est active et ayant souvent une compétence immunitaire
amoindrie semblent être des candidats moins appropriés pour cette
forme d’immunothérapie [1].
Des efforts constants sont nécessaires afin d’augmenter
l’efficacité des vaccins à base de CD. En outre, il convient de se
concentrer simultanément sur deux aspects [1] :
- -. la poursuite de l’optimalisation du procédé de
préparation in vitro des vaccins à base de CD afin de
générer des CD encore plus immunogéniques, d’une part ;
- -. les mécanismes d’évasion immunitaire qui permettent à
la cellule de la LAM d’éviter la réponse immunitaire induite par le
vaccin, d’autre part.
Nous espérons que cela nous permettra d’induire une réponse
immunitaire antileucémique encore plus forte à l’avenir, permettant
ainsi de renforcer l’efficacité clinique.
Pour que cette forme d’immunothérapie puisse être intégrée avec
succès dans la pratique clinique quotidienne, sa faisabilité
pratique et financière doit également être améliorée. La
préparation de vaccins à base de CD requiert en effet la
disponibilité des unités de production dans lesquelles la qualité
de l’air est contrôlée (salles blanches), des équipements de
laboratoire de haute technologie et du personnel spécialisé. La
culture in vitro de CD à partir de cellules précurseurs,
comme décrite dans la figure 2, est un
procédé relativement complexe, chronophage et nécessitant un
travail considérable, qui fait appel à des réactifs onéreux (par
exemple cytokines, agents stimulant la maturation). Tous ces
facteurs contribuent au coût relativement élevé de cette
technologie [1]. Partout dans le monde, d’énormes efforts sont par
conséquent consentis pour optimiser, accélérer et rentabiliser le
processus de production des vaccins. Le raccourcissement du temps
de culture des CD à 48-72 heures [15] et l’utilisation de CD
endogènes circulant dans le sang périphérique au lieu de CD
cultivées à partir d’une cellule précurseur [20] sont quelques-unes
des évolutions importantes à cet égard. Ces dernières années ont
également été marquées par la recherche intensive d’un moyen de
passer d’un processus de préparation des vaccins ex vivo à
une approche in vivo, en essayant d’activer des CD endogènes
et de les charger avec un antigène [21].
Si l’on parvient à éliminer les points problématiques
susmentionnés, la vaccination par CD pourrait jouer un rôle
significatif dans le traitement de la LAM au xxie
siècle.
Conflits d’intérêts
les auteurs sont co-investigateurs de l’essai clinique de phase
I/II sur la vaccination par CD électroporées avec de l’ARNm codant
pour WT1 en phase de post-rémission de la LAM, mentionné dans
la référence bibliographique [9].
Remerciements
Nos remerciements vont à Sophie Servais pour effectuer la
relecture du manuscrit. Ce document a pu être réalisé grâce au
soutien financier du Fonds de la Recherche Scientifique - Flandre
(FWO), de la Fondation contre le Cancer (Belgique), de la Ligue
flamande contre le cancer (VLK), de l’Action 29 du Plan Cancer
(Belgique) et de la fondation d’utilité publique VOCATIO
(Belgique). S.A. bénéficie d’un mandat d’Aspirant du Fonds de
la Recherche Scientifique - Flandre (FWO).
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