ARTICLE
Orchidectomie et bilan d'extension
L'orchidectomie par voie inguinale est le premier acte diagnostique et thérapeutique.
L'analyse anatomopathologique permettra de définir le type histologique de tumeur
germinale et, dans les cas de tumeurs de stade I, d'évaluer le risque de rechute.
Le bilan d'extension de la maladie doit être systématique et
doit comprendre :
- un scanner abdominopelvien et thoracique ;
- le dosage des marqueurs tumoraux sériques : alpha-fto-protéine
(AFP), hormone chorionique gonadotrope (HCG) et lactate déshydrogénase
(LDH) ;
- ce bilan doit être complété par un scanner cérébral
(ou mieux, si possible, une IRM cérébrale) en cas de localisations
pulmonaires ;
- On proposera systématiquement au patient une conservation de sperme
avant toute chimiothérapie ;
- Des épreuves fonctionnelles respiratoires avec mesure de la DLCO
sont recommandées en cas de chimiothérapie contenant de la bléomycine.
Au terme de ce bilan d'extension, la tumeur doit être classée
selon la classification anatomique (tableau
1).
Séminomes purs de stade I
La définition de séminome pur implique que l'AFP sérique
est normale. En revanche, l'HCG peut être élevée à
des taux modérés.
Le traitement classique des séminomes de stade I repose sur l'irradiation
lombo-aortique prophylactique à la dose de 20 à 25 grays. L'irradiation
de la chaîne iliaque homolatérale réduit légèrement
le risque de rechute mais augmente la morbidité. Son utilisation est
donc débattue.
L'irradiation prophylactique permet de limiter le risque de rechute à
environ 5 %. Ces rechutes sont habituellement rattrapées par une chimiothérapie.
Les résultats en termes de survie dépassent donc 98 %. Cependant,
les résultats à long terme suggèrent l'existence d'un léger
excès de tumeurs radio-induites, et ce malgré les petites doses
d'irradiation utilisées.
Deux options existent donc pour la prise en charge des séminomes de
stade I, même s'il ne s'agit pas d'un traitement standard :
- une surveillance régulière a montré que seulement 20
à 25 % des patients rechutent. Malheureusement il existe des rechutes
tardives (parfois à plus de 5 ans) et pas de marqueurs sériques
permettant un suivi facile. Les facteurs de risque de rechute sont l'existence
d'une atteinte du rete testis et la taille tumorale supérieure à
4 cm [1] ;
- une chimiothérapie adjuvante par carboplatine, un seul cycle, AUC
7, a été proposée depuis la fin des années 1980
par les équipes anglaises. Ce traitement a l'avantage d'une excellente
tolérance et le taux de rechute semble inférieur à 2 %.
Une étude comparant la radiothérapie à une chimiothérapie
par carboplatine seul vient d'être réalisée et ses résultats
sont attendus vers 2005.
Tumeurs germinales non séminomateuses (TGNS) de stade I
Les TGNS de stade I sont définies par un bilan d'extension normal avec
normalisation des marqueurs postopératoires si ceux-ci étaient
élevés. Le risque de rechute est de l'ordre de 30 %.
Les facteurs de risque de rechute sont essentiellement la présence
d'emboles vasculaires sur la pièce d'orchidectomie et l'absence de tératome
[2]. Ainsi, le risque de rechute est évalué à 60 % lorsque
ces deux critères sont présents, à 30 % lorsqu'un des critères
est présent et à 0 % en l'absence de ces deux critères.
Trois modalités thérapeutiques peuvent être envisagées
:
- Un curage ganglionnaire lomboaortique unilatéral qui permet une stadification
histologique, avec un risque d'éjaculation rétrograde limitée
(de l'ordre de 10 %) due à une atteinte sympathique. Ce traitement historique
était tombé en désuétude en France depuis plusieurs
années. Cependant, la faible morbidité des curages par voie clioscopique
justifie d'intégrer cette option thérapeutique parmi les propositions
à faire au patient. Si le curage est positif et s'il est considéré
comme complet, deux cycles de chimiothérapie sont habituellement proposés
(EP ou BEP).
- Une surveillance protocolaire, comprenant un examen clinique et un dosage
des marqueurs mensuels la première année, puis bimestriels la
deuxième année, associée à une surveillance scanographique
trimestrielle la première année puis quadrimestrielle la seconde
année. Les rechutes après 2 ans sont exceptionnelles. En cas de
rechute, il y a indication à une chimiothérapie à adapter
au pronostic (cf. § sur les formes disséminées).
- Une chimiothérapie adjuvante par 2 cycles de BEP évite la
rechute dans plus de 98 % des cas. La tolérance immédiate de la
chimiothérapie est bonne, on manque cependant de recul à très
long terme concernant ses effets secondaires.
L'indication entre ces trois options thérapeutiques doit être
prise avec le patient et après avoir informé celui-ci des avantages
et des inconvénients de chacune de ces modalités. La survie globale
dépasse 98 %, quelle que soit l'option choisie.
Séminomes métastatiques
Séminomes de stade II
Les séminomes de stade IIa sont habituellement traités par radiothérapie
lomboaortique et iliaque homolatérale à la dose de 35 grays. Dans
cette situation le contrôle local est très bon et le risque de
rechute est faible.
A l'opposé, les séminomes de stade IIc relèvent d'une
chimiothérapie qui repose sur 4 cycles de l'association cisplatine-étoposide.
Les séminomes de stade IIb sont dans une situation intermédiaire
et les indications de chimiothérapie ou de radiothérapie sont
posées au cas par cas en fonction du nombre de ganglions atteints, de
leur caractère uni ou bilatéral, de leur taille et de leur proximité
avec le rein qui peut rendre l'irradiation plus morbide.
Autres séminomes métastatiques
Les séminomes métastatiques relèvent d'une chimiothérapie
et leur pronostic est dans l'ensemble bon. Celui-ci doit être évalué
selon la classification pronostique internationale (tableau 2) : la survie à
5 ans passe de 86 % en l'absence de métastases extrapulmonaires à
72 % en leur présence.
Le traitement standard repose sur 4 cycles de cisplatine-étoposide
sans que l'on sache à l'heure actuelle s'il y a indication à intensifier
par une troisième molécule les formes de pronostic intermédiaire.
Trois cycles du protocole BEP peuvent également être employés.
Masses résiduelles de séminome
Il arrive fréquemment que persistent des masses résiduelles
après chimiothérapie pour séminome métastatique.
La réponse se poursuit fréquemment après l'arrêt
de la chimiothérapie et il ne faut pas hésiter à réévaluer
par scanner ces lésions dans les mois qui suivent. Classiquement, on
considère que les masses de moins de 3 cm sont à faible risque
de rechute (moins de 5 %) tandis que les masses de plus de 3 cm sont à
risque de rechute (de l'ordre de 30 %) [4]. L'irradiation des masses résiduelles
ne semble apporter aucun bénéfice et n'est pas recommandée
[5].
L'indication chirurgicale se discute donc essentiellement pour les lésions
de plus de 3 cm afin de savoir s'il persiste ou non des cellules viables. L'indication
d'une chimiothérapie adjuvante dans ce dernier cas est habituelle, même
si elle n'est pas démontrée. Les indications de chirurgie des
masses résiduelles doivent être bien posées car il s'agit
d'une chirurgie difficile.
Les résultats actuels du PETscan semblent indiquer que cet examen aurait
une bonne sensibilité et une bonne spécificité afin d'identifier
la persistance de cellules viables [6], évitant ainsi un nombre important
d'interventions chirurgicale inutiles. Cependant, ces données nécessitent
d'être confirmées.
TGNS métastatiques
Toute TGNS métastatique doit être classée selon la classification
pronostique internationale (tableau
2).
- Les formes de bon pronostic relèvent d'une chimiothérapie
par 3 cycles de BEP [7, 8]. En cas de contre-indication à la bléomycine,
en particulier pour des raisons respiratoires, une chimiothérapie par
4 cycles d'étoposide peut être proposée. Le patient doit
cependant être informé que le risque de rechute est légèrement
plus élevé dans ce cas.
- Le traitement des formes de pronostic intermédiaire et des formes
de mauvais pronostic repose sur 4 cycles de BEP [8]. En cas de contre-indication
à la bléomycine, 4 cycles de VIP (étoposide-ifosfamide-cisplatine)
peuvent être employés sous couvert de G-CSF, avec des résultats
tout à fait similaires en termes d'efficacité.
La chirurgie des masses résiduelles doit être réalisée
si les marqueurs sont normalisés. En cas de cellules viables, l'indication
d'une chimiothérapie adjuvante se discute [9]. Si de la nécrose
ou du tératome ont été retrouvés lors de l'exérèse
des masses résiduelles et que cette exérèse est complète,
il n'y a pas d'indication à un traitement complémentaire et le
taux de guérison dépasse 90 %.
Si l'AFP ne se normalise pas complètement sous chimiothérapie,
une chirurgie d'exérèse des masses peut cependant être proposée
au cas par cas. Si l'HCG ne se normalise pas, elle doit faire l'objet d'un suivi
très rapproché, avec reprise d'une chimiothérapie de rattrapage
en cas de ré-ascension.
A l'heure actuelle ni l'introduction de nouvelles molécules, ni l'intensification
thérapeutique avec autogreffe n'ont démontré leur intérêt
par rapport au traitement standard par 4 cycles de BEP dans les formes de mauvais
pronostic.
Traitement de rattrapage
Le traitement de rattrapage doit être envisagé en cas de rechute
ou de progression après une première ligne de chimiothérapie.
Une tumeur germinale est considérée comme " réfractaire
au cisplatine " en cas de progression dans les 4 semaines suivant l'administration
de ce médicament.
La chimiothérapie de rattrapage de référence repose sur
l'association vinblastine-ifosfamide-cisplatine ou VeIP (tableau
3) [10]. Ce traitement permet l'obtention d'une rémission complète
de longue durée dans environ 25 % des cas.
L'utilisation de nouvelles molécules (paclitaxel, gemcitabine, oxaliplatine)
est à l'étude. L'emploi d'une chimiothérapie intensive
avec autogreffe n'a pas montré de bénéfice dans une étude
européenne randomisée [11] et reste à l'étude sous
forme de protocoles d'intensification multiple.
Tumeur germinales extra-gonadiques
Les tumeurs germinales extragonadiques représentent environ 5 % des
tumeurs germinales. Les deux sites les plus fréquents sont le médiastin
antérieur et le rétropéritoine. Les tumeurs rétropéritonéales
sont en fait rarement rétropéritonéales primitives. Il
faut systématiquement réaliser une échographie testiculaire
et, en cas d'anomalie (nodule hypoéchogène, calcifications), effectuer
un abord chirurgical diagnostique suivi d'une orchidectomie.
Le pronostic des tumeurs germinales rétropéritonéales
primitives est globalement identique à celui des tumeurs germinales testiculaires,
à stade identique.
De même, les séminomes médiastinaux, même s'ils
sont authentiquement de site médiastinal primitif, sont de bon pronostic
(comparable à celui d'un séminome testiculaire de stade identique).
En revanche, les TGNS médiastinales primitives constituent une entité
à part avec clairement un plus mauvais pronostic (survie de l'ordre de
seulement 40 %), y compris en l'absence de métastase au diagnostic [12].
Elles sont plus fréquentes chez les patients atteints de syndrome de
Kleinefelter et peuvent se compliquer d'hémopathies, qui sont biologiquement
issues de la composante germinale. Le diagnostic de TGNS médiastinale
primitive fait d'emblée classer le patient dans la catégorie des
TGNS de mauvais pronostic et le traitement repose sur 4 cycles de BEP associés
à l'exérèse chirurgicale des masses résiduelles.
Références
1. Warde P, Specht L, Horwich A, Oliver T, Panzarella T, Gospodarowicz M,
von der Maase H. Prognostic factors for relapse in stage I seminoma managed
by surveillance: a pooled analysis. J Clin Oncol 2002; 20: 4448-52.
2. Alexandre J, Fizazi K, Mahé C, et al. Stage I non-seminomatous germ-cell
tumours of the testis : identification of a subgroup of patients with a very
low risk of relapse. Eur J Cancer 2001; 37: 576-82.
3. International Germ Cell Consensus Classification : a prognostic factor-based
staging system for metastatic germ cell cancers. J Clin Oncol 1997 ; 15 : 594-603.
4. Puc HS, Heelan R, Mazumbar M, et al. Management of residual mass in advanced
seminoma : results and recommendations from the Memorial Sloan-Kettering Cancer
Center. J Clin Oncol 1996 ; 14 : 454-60.
5. Duchesne GM, Stenning SP, Aass N, et al. Radiotherapy after chemotherapy
for metastatic seminoma : a diminishing role. Eur J Cancer 1997 ; 33 : 829-35.
6. De Santis M, Bokemeyer C, Becherer A, et al. Predictive impact of 2-18fluoro-2-deoxy-D-glucose
positron emission tomography for residual postchemotherapy masses in patients
with bulky seminoma. J Clin Oncol 2001; 19: 3740-4.
7. Bosl GJ, Motzer RJ. Testicular germ-cell cancer. N Engl J Med 1997 ; 337
: 242-53.
8. Williams SD, Birch R, Einhorn LH, et al. Treatment of disseminated germ-cell
tumors with cisplatin, bleomycin, and either vinblastine or etoposide. N Engl
J Med 1987 ; 316 : 1435-40.
9. Fizazi K, Tjulandin S, Salvioni R, et al. Viable malignant cells after
primary chemotherapy for disseminated nonseminomatous germ cell tumors: prognostic
factors and role of postsurgery chemotherapy. Results from an international
study group. J Clin Oncol 2001, 19: 2647-57.
10. Loehrer PJ, Gonin R, Nichols CR, et al. Vinblastine plus ifosfamide plus
cisplatin as initial salvage therapy in recurrent germ cell tumor. J Clin Oncol
1998 ; 16 : 2500-2504.
11. Rosti G, Pico JL, Wandt H, et al. High-dose chemotherapy (HDC) in the
salvage treatment of patients failing first-line chemotherapy for advanced germ
cell tumors (GCT) : first results of a prospective randomised trial of the European
Group for Blood and Marrow Transplantation (EBMT) : IT94 study. Proc Am Soc
Clin Oncol 2002 ; 21 : 180a.
12. Fizazi K, Culine S, Droz JP, Théodore C, Ruffié P, Le Chevalier
T. Primary mediastinal non-seminomatous germ cell tumors: results of modern
therapy including cisplatin-based chemotherapy. J Clin Oncol 1998, 16, 725-32.
|