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Croire que le cancer est une maladie des temps modernes serait une erreur.
Ces tumeurs osseuses découvertes sur des squelettes d'animaux préhistoriques
ou dessinées sur des peintures le montrent bien. Le cancer existe depuis que
la vie est apparue sur cette terre, est présent chez tous les êtres vivants,
les plantes, insectes et bien sûr chez l'homme. C'est une maladie de la cellule
et de la régulation de son homéostasie.
Ere avant Jésus-Christ
Bien avant l'ère de Jésus-Christ, des cancers furent trouvés
sur le squelette d'un homme de fer et sur des momies égyptiennes. Des
écrits mésopotamiens, indiens, persans parlent de cancer. Déjà
au Ve siècle avant JC, Hérodote décrivait la tumeur du
sein d'Atossa, fille de Cyrus, femme de Darius.
Hippocrate (460-370 avant JC) décrit le carcinome comme étant
une tumeur envahissante, conduisant à une mort inéluctable ; il
décrit le cancer de la peau, du sein, de l'estomac, du col de l'utérus.
Celsus, médecin romain (28 ans avant, 50 ans après JC) définit
les stades de la maladie en fonction de son évolution : cacoethes (tumeur
de stade précoce) qualifié de pernicieux, malin, carcinome sans
ulcération, carcinome avec lésion exubérante. De même,
définit-il les traitements en fonction de l'évolution de la maladie
: excision, cautérisation, onguents.
Aretaeus (IIe et IIIe siècle avant JC) décrit
le cancer de l'utérus et Léonidas, à Alexandrie, le cancer
du sein. Galien (130-201 après JC) décrira le cancer comme une
tumeur due à un excès d'humeur, un déséquilibre
de la bile noire dont les traitements consistaient en des régimes alimentaires,
purges, médicaments, saignées, excision de la lésion. Il
est à noter que ces théories perdureront pendant 1 500 ans avec
peu de progrès.
Fin du premier millénaire : la médecine arabe se distingue
Avicenne (980-1037), à Bagdad, décrit l'évolution des
cancers. Albucasis (1013-1106), à Cordoue, recommande, l'excision en
début d'évolution, la cautérisation des tissus avoisinants,
la purge de la bile noire et la saignée. Avenzoar (1070-1162), à
Cordoue, présente la description du cancer de l'estomac, de l'sophage
et des tumeurs médiastinales.
Moyen-âge
Ce sont les chirurgiens qui contribuent à une meilleure compréhension
du cancer. John of Andeire (1307-1390) décrit les symptômes du
carcinome rectal : hémorragies, obstructions.
De la Renaissance au XVIe siècle
A la Renaissance, les textes originaux d'Hippocrate et de Galien sont redécouverts.
Les autopsies sont autorisées, ce qui permet d'accroître les connaissances
anatomiques. Ambroise Paré (1509-1590) décrit, dans son traité
des "tumeurs contre nature", les métastases comme des manifestations
locales de l'humeur noire et donne la description de la tumeur du sein d'une
dame d'honneur de Catherine de Médicis. Gaspard Aselli (1581-1625) décrira
le système lymphatique et Jean Pecquet (1622-1674) le canal thoracique.
Du XVIIe au XIXe siècle
Au XVIIe siècle, peu de progrès sont à noter.
Au contraire, le cancer est considéré comme une maladie contagieuse
et, à cet effet, des hôpitaux pour cancéreux seront créés.
Aux XVIIIe et XIXe siècle, on reprend la théorie
des "humeurs" de Galien. Henri François Pedrei (1685-1770) préconise,
dans le traitement chirurgical, d'exciser non seulement la tumeur, mais aussi
les ganglions lymphatiques axillaires dans le cancer du sein. Il met ainsi en
avant la gravité du cancer si les ganglions sont envahis. Cette époque
marque aussi les notions de cancers professionnels, de métastases. John
Hunte (1728-1791) évoque l'existence de prédispositions au cancer
(hérédité), le rôle de l'âge, du climat.
Au XIXe siècle, on montre que le cancer n'est pas seulement
une maladie de l'organisme, une maladie du tissu, mais aussi une maladie de
la cellule, une maladie du noyau cellulaire. La fin de ce siècle verra
la chirurgie évoluer grâce à l'anesthésie, l'antisepsie,
l'asepsie. Par la découverte de l'électricité, naîtra
l'électrocoagulation. Il faut aussi parler de la découverte des
rayons X, en 1895, et de la radioactivité, en 1898 par Marie, Pierre
Curie, Bequère. De là, naîtra la radiothérapie, la
radiumthérapie (curiethérapie).
XXe siècle
Le début du XXe siècle sera marqué par un
retour de la peur. Le cancer, assimilé à nouveau à une
maladie contagieuse, est mystifié. De véritables ghettos pour
cancéreux sont construits, éloignés des grandes structures.
D'un autre côté, les premières campagnes de dépistage
se mettent en place, ce qui, malencontreusement, accroît le phénomène
de psychose.
Cancérologie contemporaine
Ce sera la découverte de l'ADN, qui marquera un tournant dans la cancérologie,
pour en venir à la constatation que l'origine du cancer est un dérèglement
du génome. Les facteurs endogènes de cancérisation sont
les hormones et l'hérédité. Les facteurs exogènes
de cancérisation sont l'alimentation, le rayonnement, la pollution, le
tabac, l'alcool.
Les thérapies contemporaines, peut-être à l'étonnement
de certains, sont issues de la recherche militaire. Les chimiothérapies
résultent des expériences faites avec les gaz moutardes en 1943.
Les premiers anti-métabolites sont le méthotrexate, le 5FU. Il
s'avère que la radiothérapie au Cobalt C060, produit de déchet
de la fabrication de la bombe atomique, est plus performante et moins coûteuse
que le radium.
De 1950 à 1975, c'est la grande euphorie. Une véritable guerre
contre le cancer est menée. Des instituts contre le cancer sont créés
dans le monde entier. Les dépenses consacrées au cancer sont énormes.
Cette période marque aussi l'avènement de la chimiothérapie,
qui élimine les métastases, traque les cellules cancéreuses
dans tous ses retranchements.
De 1980 à 1995, on pourra constater les résistances aux traitements.
Les radiothérapies utilisent les protons et neutrons. Et de nouvelles
thérapeutiques très ciblées, comme l'immunothérapie
(IFN, IL2, TNF) et les anticorps monoclonaux voient le jour.
Fin XXe-début XXIe siècle
Le Plan Cancer, qui met l'accent sur le dépistage, la prévention,
la création de cancéropôles, montre combien la maladie du
cancer est devenue une des priorités du gouvernement, d'une société.
Grâce à la recherche thérapeutique, la chirurgie s'améliore
beaucoup, réduisant ainsi les gestes opératoires. Par la connaissance
sur le génome (l'oncogénétique), la pose du diagnostic
devient plus précise, permettant un traitement plus ciblé. Et
puis, l'importance que l'on accorde à la qualité de vie a grandi.
On ne considère plus seulement l'organe malade, mais aussi le patient
comme un individu, à part entière, avec son histoire, son environnement,
pour le rendre, lui et sa famille, participants actifs dans ce long périple
que représente un traitement anticancéreux.
Et bien, nous voici arrivés ! Mais est-ce vraiment la fin du voyage
? Non, sûrement pas. Les décennies prochaines nous le montreront.
Alors, à bientôt.
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