ARTICLE
La prise en charge du patient greffé de moelle
Véronique Frauche, Pascale Drouglazet, Nicole Hubert
La prise en charge en ville d'un patient neutropénique atteint
d'une hémopathie maligne
Dr N. Cambier, Pr C. Rose
La gestion de l'aplasie chez les personnes atteintes de tumeurs
solides
Frédérique De Hoorne, vice-présidente de l'Afic, Hôpital Saint-Vincent,
Lille
La prise en charge du patient greffé de moelle
Véronique Frauche, Pascale Drouglazet, Nicole Hubert Institut
Gustave-Roussy, Villejuif
Le rôle de l'infirmière* en service de transplantation de cellules
hématopïétiques est tout à fait spécifique.
En effet, le patient est hospitalisé durant une longue période
et traverse des moments extrêmement difficiles, tant moralement que physiquement
: au plan moral, par l'isolement qui est difficile à supporter, avec
l'impression d'être " emprisonné ", souvent éloigné
de ses proches ; au plan physique, par les effets secondaires et les complications
des traitements, avec une aplasie profonde, une mucite importante, une fatigue
extrême...
Dans ce cadre, la prise en charge globale du patient prend tout son sens,
et ce, d'autant plus qu'il est nécessaire de prendre également
en charge son entourage. Elle commence avant même l'hospitalisation, au
décours du bilan préparatoire à la transplantation. En
effet, le patient bénéficie de diverses consultations médicales
mais aussi infirmières (également appelées conseils ou
entretiens infirmiers). Lors de cette dernière, l'infirmière clarifie,
complète les informations médicales et délivre toutes celles
relevant de son rôle propre, et notamment dans le cadre de son rôle
éducatif. Cet entretien permet d'évaluer les connaissances du
patient quant à sa maladie, son traitement, son pronostic vital. Il permet
également de faire une évaluation psychologique et sociale, qui
permettra à l'équipe soignante de mieux prendre en charge le patient
dès le premier jour de son hospitalisation. L'équipe soignante
pourra ainsi faire appel aux partenaires de santé compétents dans
ces domaines. Effectivement, la prise en charge globale du patient nécessite
l'intervention d'une équipe pluridisciplinaire et complémentaire,
afin d'être le plus efficace possible.
Toutefois, même si le patient est au cur de nos préoccupations,
il n'est pas seul mais fait partie intégrante d'une cellule familiale
et/ou amicale dont il a besoin en permanence pour garder son équilibre
bio/psycho/social. Il est donc nécessaire d'accompagner et de prendre
en charge son entourage si nécessaire, puisqu'il est un aidant naturel.
L'information, l'éducation du patient et de son entourage
L'information et l'éducation du patient et de son entourage demeurent
les éléments primordiaux avant l'allogreffe. Depuis la loi n°
78-615 du 31 mai 1978 (article L 473 du code de Santé publique) et le
décret n° 84-699 du 17 juillet 1994, notre rôle propre est
reconnu : " Au-delà des actes de soins proprement dits, les infirmier(es)
initient des actions informatives, préventives et éducatives envers
le patient afin que celui-ci puisse participer dans toute la mesure du possible,
activement et efficacement, aux soins qui le concerne ". Dans le cadre de la
prise en charge d'un patient allogreffé, ces directives s'appliquent
lors des consultations à J - 30 et J - 8, avant l'hospitalisation. Ces
consultations vont orienter la perception du patient face à une nouvelle
épreuve, qu'il espère, dans son issue, favorable.
L'information est donnée, dans un premier temps, par le médecin.
Elle consiste à évaluer la connaissance du patient sur sa pathologie,
expliquer la transplantation de cellules hématopoïétiques,
vérifier les différents bilans pré-greffe à la recherche
de foyers infectieux potentiels et communiquer les résultats au patient,
décrire les effets secondaires et leurs conséquences éventuelles.
Dans un second temps, l'infirmière, qui a assisté à la
consultation médicale, devra évaluer les connaissances du patient,
procéder à un recueil de données le plus précis
possible afin de poser les diagnostics infirmiers initiaux à prendre
en charge pendant la phase d'hospitalisation, en mettant l'accent sur le degré
d'acceptation du patient face à sa maladie, expliquer au patient le traitement
à venir et ses effets secondaires, évaluer sa compréhension
des informations données et réajuster si besoin.
L'éducation du patient et de son entourage est notre second " fer de
lance ". Après s'être assuré que le patient possède
les capacités d'apprentissage, nous entrons dans le vif du sujet. On
mettra l'accent sur les mesures d'hygiène et d'asepsie primordiales chez
un patient immunodéprimé allogreffé (toilette, hygiène
bucco-dentaire...)
L'éducation, comme l'information, reste une étape indispensable
qui doit tenir compte des perceptions de la personne comme de ses capacités
à faire face.
La prévention des risques infectieux
La neutropénie et l'utilisation de traitements immunosuppresseurs,
dans le cadre de la greffe de moelle allogénique, exposent le patient
à un risque infectieux très important d'origine :
- exogène : air, voie veineuse centrale extériorisée,
alimentation, eau, perfusions, transfusions, objets, contacts inter-humains
;
- endogène : il existe des agents infectieux au niveau de la peau,
de la sphère ORL et du tube digestif (viraux, fungiques, bactériens,
parasitaires).
Les risques infectieux exogènes
De nombreux moyens sont mis en uvre pour sécuriser tout l'environnement
du patient et donc réduire les risques d'infection d'origine exogène.
L'air est un vecteur de bio-contamination, du fait de nombreuses particules
en suspension, pouvant être inhalées et donc provoquer des infections,
la plus redoutable étant l'infection à Aspergillus. La totalité
de l'air introduit dans la chambre est épurée par son passage
à travers des filtres de très haute efficacité ; les particules
engendrées par l'activité humaine dans la chambre sont éliminées
rapidement. Cette chambre est aussi en surpression par rapport aux locaux avoisinants
afin d'éviter toute entrée d'air non traité (l'air est
en permanence expulsé vers l'extérieur) ; il est donc nécessaire
de limiter les ouvertures et fermetures de portes.
La qualité de l'air délivré par le flux n'exclut en rien
la nécessité de maintenir l'environnement du patient le plus propre
possible. L'entretien des chambres et du service font l'objet de protocoles
de ménage rigoureux. Des analyses bactériologiques de la qualité
de l'air sont réalisées, une fois par mois, pour contrôler
l'efficacité du processus technique, des procédures de ménage
et de soins.
Tout patient doit être porteur d'une voie veineuse centrale (cathéter)
pour faciliter l'administration du traitement, tout au long de l'hospitalisation.
Ce cathéter représente un risque majeur d'infection, en raison
des nombreuses manipulations. La réfection du pansement se fait de manière
stérile, tous les 4 jours, en même temps que le changement de lignes.
Elle permet de vérifier l'état cutané au point d'introduction,
sur le pourtour, les points de fixation ainsi que la longueur extériorisée.
Le pansement doit rester occlusif et propre.
Des hémocultures doivent être pratiquées, de façon
systématique, après la pose du cathéter, à l'apparition
d'une hypo- ou d'une hyperthermie, d'un écoulement au niveau du point
d'introduction. Chez un allogreffé, la mise en place d'une corticothérapie
engendre la multiplication des hémocultures pendant l'hospitalisation,
voire même en post-greffe, car cette dernière masque l'hyperthermie.
En post-greffe, la réfection du pansement doit se faire dès
qu'il n'est plus occlusif. Son héparinisation doit être faite une
fois par semaine pour garantir sa perméabilité. Le retrait du
cathéter sera effectué dès lors que la reconstitution hématologique
est satisfaisante.
Chaque chambre est équipée d'un chariot de soins qui est, d'une
part, un plan de travail pour l'infirmière et, d'autre part, une réserve
de matériels de soins pour 24 heures. Ce chariot est sorti chaque matin
pour être décontaminé et réapprovisionné.
Il est nécessaire de regrouper les soins et d'avoir le matériel
à disposition dans la chambre pour limiter les entrées et sorties.
Tous les gestes de soins doivent être réalisés en respectant
des règles d'asepsie rigoureuses avec un lavage antiseptique des mains
avant et après chaque soin.
En raison de la neutropénie profonde, un certain nombre d'aliments
sont strictement interdits jusqu'à une reconstitution hématologique
suffisante : les produits laitiers non stérilisés, les fruits
ne pouvant être pelés, les crudités, le poisson cru, la
viande saignante, les fruits de mer. Tous les aliments chauds sont passés
au four à micro-ondes avant d'être servis ; tous les emballages
et les fruits sont décontaminés à l'alcool. L'utilisation
de l'eau du robinet est proscrite. L'infirmière, en informant le patient
et son entourage, doit veiller au respect de ces consignes alimentaires.
La perte d'appétit induite par l'aplasie, les nausées et vomissements,
la mucite, les troubles de la réabsorption digestive, la modification
du goût, les restrictions alimentaires, l'absence de convivialité,
ne favorisent pas une ingestion suffisante d'aliments. Dans ces cas, une alimentation
parentérale pourra être mise en uvre pour couvrir les besoins
de l'organisme. Le suivi nutritionnel est assuré par une diététicienne
qui, avec l'infirmière, prodigue des conseils tout au long de l'hospitalisation
; l'écoute du patient, quant à ses goûts et habitudes, le
fractionnement des repas en petits volumes, favorisent la reprise alimentaire
qui doit être progressive.
Pour limiter le risque infectieux, la literie et les effets personnels du
patient sont changés tous les jours. Pyjamas, serviettes, gants de toilette
jetables sont fournis par l'hôpital. Le patient peut porter des affaires
personnelles si elles sont en coton, de manière à être lavées
à haute température, repassées et changées tous
les jours. Le linge propre est entré dans la chambre au fur et à
mesure ; les effets personnels sont entreposés dans un vestiaire extérieur
pour ne pas encombrer. Les alèses en plastique protégeant matelas,
oreiller et traversin sont décontaminées quotidiennement lors
de la réfection du lit.
Les bassins, cuvettes et urinaux, bocaux à urines ne doivent pas reposer
à terre mais sont fixés à des crochets et barres de support.
Tout ce matériel est décontaminé après chaque utilisation
et changé une fois par semaine pour être nettoyé à
haute température.
Les objets personnels permettant au patient de garder une occupation, durant
les semaines d'hospitalisation, peuvent être introduits dans la chambre
sans toutefois l'encombrer ; il doit s'agir d'objets neufs ou pouvant facilement
être décontaminés.
Le patient peut recevoir du courrier qu'il lira, muni de gants à usage
unique ; ce courrier sera entreposé dans le vestiaire à l'extérieur,
après lecture.
L'unité de greffe est divisée en trois zones :
- libre : bureau des secrétaires et du cadre infirmier, vestiaire ;
- intermédiaire : salle de repos du personnel, salle de travail, office
de diététique, salle de matériel et de pharmacie ;
- d'accès contrôlé : chambres à flux laminaire.
Les procédures d'hygiène s'appliquent à partir de la
zone intermédiaire (délimitée par un sas avec un tapis
anti-poussières) pour toute personne entrant dans ce secteur. Il s'agit
:
- pour le personnel de l'unité de revêtir une tenue de travail,
à usage strictement hospitalier) et changée tous les jours ;
- pour le personnel intervenant de façon ponctuelle (kinésithérapeute,
psychologue, manipulateur radio...) ainsi que les familles, d'enfiler des couvre-chaussures,
puis, après s'être lavé les mains, de revêtir une
casaque à usage unique.
L'accès aux chambres (dans le secteur contrôlé, délimité
par un marquage au sol) fait l'objet de mesures supplémentaires avec
le port d'une charlotte et d'un masque avant l'entrée. Le visiteur quitte
cette tenue jetable, de retour dans le vestiaire, et la jette dans des poubelles
prévues à cet effet.
Le personnel revêt une casaque supplémentaire lors de la réalisation
de soins afin d'éviter la contamination croisée : une casaque
en tissu pour les soins directs, une casaque jetable pour décontaminer
le cabinet de toilette et vider bassin et urinal.
Une seule visite est autorisée à la fois et pas plus de 3 personnes
différentes par jour. Les enfants de moins de 15 ans ne sont pas admis.
Pour éviter la contamination manu-portée, le lavage des mains
est impératif pour tous et fait l'objet d'une éducation auprès
de l'entourage du patient greffé.
Les infections d'origine endogène
La peau, parmi ses multiples fonctions, joue un rôle important dans
la défense et la protection de l'organisme : elle s'oppose à la
pénétration de substances étrangères et aux excès
de dessiccation ou d'humidification, par son milieu pH acide, elle assure une
protection vis-à-vis des infections microbiennes ou mycosiques.
La toilette quotidienne est nécessaire et indispensable pour chaque
patient car elle rend caduque tout geste sophistiqué, si la propreté
des téguments n'est pas assurée. Elle doit être réalisée
avec un flux d'eau continu ; le rinçage doit être abondant et le
séchage minutieux, surtout au niveau des plis qui seront décontaminés
à l'aide d'un antiseptique aqueux cutané et de compresses stériles.
Les parfums et déodorants sont proscrits pour ne pas irriter la peau,
ne pas provoquer d'allergie. Des décontaminations au niveau du périnée
sont également réalisées.
Le patient doit se laver les mains fréquemment pour éviter l'auto-contamination,
notamment avant et après les repas, après chaque selle et miction,
après s'être mouché, après manipulation d'objets
personnels non stériles
Le brossage des dents doit se faire avec une brosse souple, neuve et du dentifrice
après chaque repas ; au cours de la journée, le patient se rince
la bouche toutes les 4 heures ou plus si besoin avec une solution antiseptique.
L'aplasie du patient allogreffé
Les surveillances décrites ci-dessous font l'objet de l'écriture
de protocoles propres au service.
- la surveillance clinique concerne les paramètres vitaux, le bilan
entrées/sorties, le poids, l'état cutané, l'aspect des
urines et des selles ;
- la surveillance bactériologique comprend les hémocultures,
un examen cyto-bactériologique des urines, une coproculture, une radiographie
pulmonaire.
Particularités chez le patient allogreffé
- prévention de la réaction du greffon contre l'hôte (GVH)
post-transfusionnelle par des produits sanguins irradiés,
- prévention des infections à cytomégalovirus (CMV) par
des produits sanguins CMV-négatifs chez un receveur de sérologie
négative,
- prévention de la pneumopathie à Pneumocystis carinii par des
aérosols réguliers de Pentamidine® (une fois toutes les 3
semaines jusqu'à arrêt du traitement immunosuppresseur), prévention
des ménorragies chez la femme greffée par l'administration d'une
contraception orale ou sous-cutanée.
Risques hémorragiques
L'aplasie induite par le conditionnement entraîne un arrêt provisoire
de la fabrication des éléments figurés du sang (anémie,
neutropénie, thrombopénie).
Les plaquettes jouent un rôle important dans la coagulation sanguine.
Ce sont elles qui la déclenchent en provoquant l'hémostase primaire
(thrombus blanc). Les complications immédiates de la thrombopénie
sont hémorragiques. Les éléments de surveillance portent
sur :
- l'observation : ecchymose, purpura, hématurie, méléna,
hémorragie digestive ou conjonctivale ;
- la clinique : prise de paramètres, état de conscience, fréquence
respiratoire et saturation ;
- les examens spécifiques : numération formule sanguine, anticorps
leuco-plaquettaires.
La transfusion plaquettaire
- En préventif : si < 50 000 plaquettes/mm3 pour tout geste chirurgical
ou médical (pose de voie veineuse centrale, lavage broncho-alvéolaire,
ponction lombaire, biopsie de moelle) ; si < 20 000 plaquettes : transfusion
systématique.
- En curatif : si saignement.
L'utilisation de concentré plaquettaire d'aphérèse (CPA)
obtenu à partir d'un donneur unique HLA-compatible est indiquée
pour éviter le risque d'immunisation, compte tenu de la fréquence
des transfusions.
Les ALP (anticorps leuco-plaquettaires) sont contrôlés régulièrement
avant transfusion. Il existe cependant un risque d'immunisation chez le patient
Rhésus négatif recevant des plaquettes Rhésus positif,
nécessitant une prévention par injection de gammaglobulines anti-D.
La loi exige la traçabilité transfusionelle des produits d'origine
humaine. La moindre réaction consécutive à ces produits
fait l'objet d'un signalement à l'organisme d'hémovigilance.
La GVH (greffon versus hôte)
Il s'agit d'un conflit immunologique hôte/donneur, principale complication
de la greffe de moelle allogénique. Elle est liée à l'activation
des lymphocytes T matures du donneur qui ne reconnaissent pas les antigènes
d'histocompatibilité du receveur situés au niveau d'organes cibles
: peau, foie, tube digestif.
La GVH aiguë
Elle apparaît entre la deuxième et la troisième semaine
après la greffe avec une fréquence de 10 à 80 % selon la
greffe considérée (apparentée, non apparentée)
- l'atteinte cutanée, la plus évocatrice, varie d'un érythème
cutané à une forme plus étendue et sévère
avec l'apparition d'une bulle et d'une desquamation (syndrome de Lyell) ;
- l'atteinte hépatique se traduit par un ictère et une cholestase
prédominante ;
- l'atteinte intestinale se manifeste par des douleurs et des diarrhées
sanglantes, accompagnées parfois de nausées et vomissements.
Le diagnostic clinique sera confirmé par une biopsie cutanée,
une rectosigmoïdoscopie, une ponction-biopsie hépatique (PBH) par
voie trans-jugulaire.
Une classification clinique en grades, selon le degré d'atteinte de
chaque organe cible, permet d'apprécier la sévérité
de la GVH : les grades I et II ont un pronostic favorable alors que la mortalité
des GVH de grade IV est supérieure à 90 %.
La GVH chronique
Elle apparaît 100 jours après l'allogreffe dans environ 50 %
des cas. Elle peut être progressive (continuation d'une forme aiguë),
quiescente (après une forme guérie) ou de novo (non précédée
par une GVH aiguë). Elle peut être limitée (peau et/ou anomalies
fonctionnelles du foie) ou extensive. L'atteinte de la peau, des muqueuses (bouche,
vagin) et du foie sont les plus fréquentes. La GVH chronique entraîne
la persistance d'un déficit immunitaire combiné, sévère,
responsable d'infections tardives potentiellement mortelles.
La prophylaxie
- utilisation de médicaments immunosuppresseurs,
- élimination des lymphocytes T contenus dans le greffon (T déplétion),
A noter que les produits sanguins transfusés, culots globulaires, plaquettes,
sont irradiés afin d'inhiber les lymphocytes qu'ils contiennent et donc
prévenir l'apparition d'une GVH post-transfusionnelle.
Les facteurs de risques
- disparité de sexe entre donneur et receveur (le risque est majoré
surtout si le donneur est une femme)
- état avancé de la maladie
- intensité du conditionnement
- âge supérieur à 40 ans
- non-respect de l'administration du traitement immunosuppresseur
La T déplétion du greffon est un moyen très efficace
pour éviter la GVH, mais elle présente un risque accru de rechute,
de rejet du greffon par l'altération de l'effet GVL (greffon contre leucémie).
La maladie veino-occlusive (MVO)
Cette atteinte toxique du foie est définie histologiquement par une
obstruction non thrombotique de la veine centro-lobulaire par du tissu conjonctif
avec une atteinte des hépatocytes et des sinusoïdes avoisinants.
Cette complication majeure survient dans les 4 premières semaines, dans
3 à 50 % des cas, selon les modalités de diagnostic et les greffes
considérées. Sa mortalité est d'environ 30 %, plus par
défaillance multiviscérale (notamment rénale et pulmonaire)
que par insuffisance hépatocellulaire. Son diagnostic clinique repose
sur plusieurs critères : ictère, hépatomégalie douloureuse
de l'hypocondre droit, ascite et prise de poids inexpliquée, thrombopénie
réfractaire aux transfusions plaquettaires. Il est confirmé, histologiquement,
par la ponction-biopsie hépatique trans-veineuse.
Les facteurs de risque les plus importants sont l'élévation
des SGOT avant la greffe, les doses de l'irradiation et le débit de dose
ainsi que la dose de chimiothérapie per os.
Le traitement curateur comporte des mesures non spécifiques pour maintenir
une pression veineuse centrale et une perfusion rénale suffisante sans
augmenter l'extravasation ; tout autre toxicité hépatique médicamenteuse
doit être évitée.
L'implication de l'infirmière émane de son rôle propre,
tant par l'observation du patient, la rédaction de protocoles... que
par la prise en charge du traitement initial et de ses conséquences.
La prise en charge en ville d'un patient neutropénique
atteint d'une hémopathie maligne
Dr N. Cambier, Pr C. Rose Service d'hématologie, Hôpital
Saint-Vincent, Lille
La majorité des neutropénies en pratique de ville se voient
chez des patients soumis à une chimiothérapie antimitotique dans
le cadre d'hémopathies malignes, voire de tumeurs solides, et sont susceptibles
de se compliquer d'accidents infectieux qui peuvent être graves si les
mesures appropriées ne sont pas prises.
Les traitements à visée différenciatrice, les modificateurs
de la réponse biologique ou des molécules d'action très
sélective reconnaissent des indications de plus en plus nombreuses dans
certains domaines de l'onco-hématologie et peuvent éviter la chimiothérapie.
Cependant, celle-ci demeure néanmoins l'arme maîtresse et a vu
ces dernières années son intensité et ses indications s'étendre.
Si la monochimiothérapie continue garde des indications dans quelques
domaines (par exemple les syndromes myéloprolifératifs), les polychimiothérapies
séquentielles sont couramment utilisées. Très souvent délivrées
en ambulatoire dans des structures d'hospitalisation de jour, elles permettent
aux malades, en fonction du terrain et de leur maladie sous-jacente, de rester
chez eux dans l'intervalle des cures.
La prise en charge des hypoplasies médullaires post-chimiothérapie
susceptibles de venir compliquer toute poly-chimiothérapie antimitotique
séquentielle sera donc de plus en plus un problème d'actualité.
Dans ce cadre, nous n'étudierons que la chimiothérapie chimio-induite
et ses complications infectieuses.
Facteurs de risque infectieux
Les mécanismes de défense naturels comportent en première
ligne les barrières cutanéo-muqueuses et, en seconde ligne, les
mécanismes humoraux (immunoglobulines et complément) et cellulaires.
Deux éléments apparaissent prépondérants : la durée
et la profondeur de la neutropénie.
A noter que les neutropénies secondaires aux chimiothérapies
séquentielles compatibles avec une prise en charge ambulatoire peuvent
être certes profondes mais, sauf exception, ne sont jamais durables.
Le risque infectieux inhérent à la neutropénie est parfois
majoré par l'existence d'un déficit immunitaire particulier secondaire
à la pathologie sous-jacente. Par exemple déficit humoral au cours
de l'évolution du myélome multiple et de certains syndromes lympho-prolifératifs,
déficit de l'immunité à médiation cellulaire T-dépendante,
en particulier dans la maladie de Hodgkin. En ce qui concerne les patients splénectomisés,
le risque infectieux porte essentiellement sur les bactéries encapsulées
(pneumocoque, méningocoque, hémophilus).
Séméiologie
Chez les malades neutropéniques, l'infection est le plus souvent au
début limitée à une fièvre isolée. Pour ces
patients, les critères de définition de la fièvre sont
les suivants : un patient est considéré comme fébrile s'il
présente une température supérieure à 38°5
une fois ou supérieure à 38°C à deux déterminations
successives espacées de 4 heures. La température doit être
prise par voie axillaire (majorée de 0,5) ou auriculaire en raison des
risques traumatiques et bactériémiques lors d'une prise par voie
anale.
Compte tenu de la gravité potentielle d'un tableau septicémique
d'installation brutale dans un tel contexte, tout décrochage thermique
ne répondant pas de toute évidence à une cause intercurrente
doit être considéré comme d'origine infectieuse et entraîner
l'institution d'une antibiothérapie appropriée. Les signes cliniques
habituels d'infection sont généralement absents, mais un point
d'appel éventuel doit être soigneusement recherché.
Sites infectieux
Les sites infectieux les plus fréquents sont pulmonaires et digestifs.
Il convient d'être particulièrement vigilant devant l'apparition
d'une toux, d'une dyspnée même modérée, d'une douleur
thoracique parfois atypique pouvant évoquer une pneumopathie. Sur le
plan digestif, les candidoses oropharyngées sont fréquentes et
doivent être recherchées. Il peut s'y associer un syndrome diarrhéique
et/ou des douleurs abdominales. L'examen des muqueuses et/ou des téguments
est indispensable à la recherche d'une mycose, d'une folliculite, voire
d'une éruption témoignant d'une infection virale (varicelle, zona).
Par ailleurs, la majorité des patients sont porteurs de cathéters
tunnélisés pouvant être source d'infections bactériennes
ou mycotiques et nécessitant un entretien régulier et particulièrement
soigneux.
Microbiologie
Les infections au cours des aplasies, même dans le cadre des neutropénies
profondes et prolongées, sont rarement documentées cliniquement
et/ou bactériologiquement. On ne met en évidence une confirmation
bactérienne que dans 30% des cas.
Les germes les plus fréquents sont les bacilles à Gram négatif.
Viennent ensuite les infections à cocci à Gram positif. Les 10
% restants sont en rapport avec des infections fungiques (Candida, Aspergillus)
et/ou des germes plus rares.
Il n'est pas rare que des patients hospitalisés à plusieurs
reprises aient été colonisés par des germes nosocomiaux
multirésistants et qui pourront être responsables de syndromes
infectieux gravissimes à l'occasion d'une aplasie ultérieure (par
exemple Pseudomonas aeruginosa isolé en coproculture).
Enfin, les hémopathies malignes responsables d'un déficit de
l'immunité cellulaire favorisent les résurgences des herpès
virus (varicelle, zona) et/ou les primo-infections particulièrement bruyantes.
Les patients doivent donc être hospitalisés pour traitement antiviral
par voie intraveineuse. Cependant, compte tenu de l'extrême contagiosité
de ces viroses, il est indispensable de ne pas les hospitaliser en milieu hématologique.
Traitement
L'antibiothérapie dans de telles situations est une urgence thérapeutique.
Elle doit être mise en uvre très rapidement et, dans ces
conditions, la recherche d'une documentation bactériologique (hémoculture)
en médecine de ville est en pratique difficile.
Cette antibiothérapie est donc, dans la majorité des cas, empirique.
Elle ne doit pas être associée à des antipyrétiques
afin de pouvoir suivre l'évolution de la température, souvent
seul témoin de l'infection. En pratique, nous recommandons l'utilisation
d'une bêtalactamine associée à une quinolone de seconde
génération. Cette antibiothérapie doit être modulée
en fonction de l'existence de signes cliniques.
En cas de réponse au traitement, l'antibiothérapie sera poursuivie
jusqu'à la sortie d'aplasie (taux de polynucléaires neutrophiles
supérieur à 1000/mm3).
Le patient doit être étroitement surveillé : examen clinique,
prise de température toutes les 6 heures. En cas d'apparition de signes
de gravité (majoration de la fièvre, hypothermie, chute de la
pression artérielle, signes d'hypoperfusion périphérique),
l'hospitalisation en milieu spécialisé doit être immédiate.
En cas de persistance de la fièvre 36 à 48 heures après
la mise en route d'une antibiothérapie par voie orale adaptée,
l'hospitalisation est également nécessaire, même en l'absence
de signes particuliers de gravité.
Quelques précautions doivent être prises à domicile afin
de limiter le risque infectieux chez un malade neutropénique. Un certain
degré d'isolement doit être respecté surtout dans les cas
de neutropénies inférieures à 500 éléments/mm3,
par exemple éviter le contact avec toute personne susceptible de transmettre
une infection bactérienne ou virale. L'alimentation doit être contrôlée
en favorisant la consommation de produits cuits ou pasteurisés et/ou
de fruits épluchés. L'antibiothérapie prophylactique n'a
aucun intérêt. La prévention des mycoses digestives peut
être réalisée par la prise d'antifungiques oraux : amphotéricine
B en suspension buvable ou fluconazole en gélules.
Un élément essentiel est la prévention des infections
sur cathéter qui passe par un entretien extrêmement soigneux :
désinfection du point de ponction, pansement régulièrement
changé, tous ces gestes étant à réaliser avec une
asepsie rigoureuse.
Neutropénie fébrile en ville : conduite
à tenir
Conclusion
La prise en charge des neutropénies post-chimiothérapie est
donc un problème important qui concerne à la fois le médecin
spécialiste et le médecin généraliste. Une étroite
collaboration est indispensable afin de permettre aux patients de passer les
phases d'aplasie à domicile dans les meilleures conditions possibles.
Certaines règles sont donc incontournables comme l'hospitalisation immédiate
en cas de foyer infectieux patent ou la persistance de l'hyperthermie 48 heures
après la mise en route d'une antibiothérapie bien conduite. Les
autres indications d'hospitalisation doivent être modulées en fonction
de l'éloignement du domicile du patient par rapport au centre hospitalier,
des conditions socio-économiques et de sa compréhension concernant
sa maladie et le traitement mis en route. Après chaque cure de chimiothérapie,
le médecin spécialiste doit de toute façon bien préciser
au médecin traitant les précautions et mesures à suivre
à domicile.
La gestion de l'aplasie chez les personnes atteintes de tumeurs
solides
Frédérique De Hoorne, vice-présidente de l'Afic,
Hôpital Saint-Vincent, Lille
La gestion de l'aplasie est réalisée dans le cadre d'une prise
en charge globale et personnalisée de l'usager de soins qui comprend
la prise en charge médicale et la prise en charge infirmière,
toutes deux issues d'une démarche commune. Pour cette équipe soignante,
l'usager de soins est acteur de sa santé. Il est important qu'il ait
la maîtrise de " ses soins ", de " sa maladie ", de " son traitement ",
de " son projet de vie ". Le malade est notre partenaire de soins. Réunir
toutes les conditions pour favoriser son autonomie et son projet a une signification
vitale pour lui et pour l'équipe.
Dans le cadre de leur prise en charge thérapeutique, les patients atteints
de tumeurs solides bénéficient pour la plupart de chimiothérapies
en hôpital de jour, chimiothérapies qui peuvent être aplasiantes.
Les lits d'hospitalisation conventionnelle sont utilisés pour les chimiothérapies
non réalisables en ambulatoire, pour les patients présentant des
complications de la chimiothérapie nécessitant des soins lourds
et spécialisés (isolement et réanimation hématologique),
pour ceux dont la maladie cancéreuse est en évolution et dont
l'état clinique justifie une hospitalisation.
Différentes étapes " clefs " vont émailler le parcours
du malade : la consultation médicale (premier contact avec les soignants
et l'hôpital), l'entretien infirmier, l'éducation liée au
risque d'aplasie, de neutropénie, les échanges ville-hôpital,
la prise en charge de l'aplasie à domicile, l'hospitalisation en urgence
pour neutropénie fébrile.
La consultation : premier contact avec les soignants et l'hôpital
Lors de la consultation avec l'oncologue où les bilans et résultats
d'examen sont corrélés à l'observation clinique, le malade
prend connaissance du diagnostic (c'est un choc). Une proposition de traitement
lui est faite. Des sentiments mitigés, contradictoires l'envahissent.
Pour démystifier l'hospitalisation et la résonance de la maladie,
de la chimiothérapie, la visite du service et la présentation
de l'équipe infirmière est proposée par l'oncologue au
patient et à sa famille présente.
Les premiers points de repère sont établis (noms des personnels
référents du patient - médecin, infirmier(e)s -, réponses
aux premières questions, conseils pour les démarches administratives
et faciliter la présence de la personne-ressource du patient lors des
différents séjours). L'annonce du diagnostic et le traitement
étant générateurs d'angoisses, les coordonnées du
service sont données au patient qui pourra joindre, dès cet instant,
l'équipe soignante jour et nuit ; médecins et/ou infirmières
pourront répondre immédiatement à ses questions. Cela permet
de diminuer, dans la plupart des cas, l'anxiété. C'est un élément
marquant de la mise en confiance du malade et déterminant de la relation
malade-soignants pour les hospitalisations à suivre.
L'entretien infirmier
Le malade arrive à l'hôpital de jour pour son traitement de chimiothérapie,
la plupart du temps avec la personne significative de son entourage. Anxieux,
il cherche à reconnaître un visage. Dès qu'il l'a reconnu
et qu'il se sait attendu, la confiance en l'équipe peut s'établir
; l'entretien infirmier est ainsi facilité. Simultanément à
l'entretien, l'infirmière réalise une observation clinique du
patient. Entretien et observation clinique lui permettent de cibler un certain
nombre d'éléments déterminants pour organiser, orienter
et personnaliser la prise en charge.
Cerner les attentes, les besoins, l'histoire du patient, les représentations
de sa maladie et de sa chimiothérapie. Comment perçoit-il les
influences de la maladie et des traitements sur lui-même, sur l'exercice
de son rôle au sein de la famille, au niveau social et professionnel ?
Dans quel état émotionnel est-il ? Quel est son niveau d'anxiété
? Dans quelle phase d'acceptation de sa maladie se trouve-t-il ? Est-il capable
de se projeter en avant ? Pose-t-il des questions ? Est-il désireux d'être
informé sur le traitement, sur les effets secondaires de ceux-ci ? Est-il
attentif quand l'infirmier(e) donne des explications ? Y a-t-il des facteurs
susceptibles de limiter son apprentissage ? Est-il capable de se projeter en
avant ? Quels sont les mécanismes de la personne-ressource pour le soutenir
? Les réponses à ce questionnement permettent à l'infirmier(e)
de ressentir comment entreprendre et réaliser l'éducation relative
aux différents effets secondaires liés à la chimiothérapie.
L'éducation liée au risque d'aplasie, de neutropénie
tend à impliquer le patient en tant qu'acteur de santé. Les objectifs
de cette démarche est pour lui et sa famille de : comprendre pour être
rassuré, comprendre pour dédramatiser, comprendre pour alerter,
comprendre pour avoir la maîtrise de sa maladie, de ses soins, de son
traitement.
Les qualités indispensables aux infirmier(e)s de cancérologie
sont la capacité à synthétiser les différents éléments
portés à sa connaissance, prioriser les actions infirmières
nécessaires, entreprendre l'éducation du patient en s'adaptant
à son langage et à ses connaissances afin qu'il connaisse les
éléments déterminants de la surveillance des risques et
des effets secondaires susceptibles de se produire entre les cures (nous nous
limiterons ici aux risques d'aplasie et à la neutropénie fébrile).
L'éducation du patient liée au risque d'aplasie et de neutropénie
Les risques hématologiques liés aux chimiothérapies doivent
être connus des usagers de soins pour qu'ils alertent le médecin
traitant, l'équipe soignante hospitalière rapidement avant que
le pronostic vital ne soit engagé.
Les réponses apportées par le malade lors de l'entretien infirmier
guident le choix de la stratégie éducative à employer vis-à-vis
de l'aplasie et de la neutropénie fébrile. L'enseignement de la
part de l'infirmière est une intervention essentielle qui implique directement
le patient dans les soins.
Notre ojectif est que le patient comprenne les mécanismes de l'aplasie
et détecte les signes de l'anémie, de la thrombopénie,
de la neutropénie. Le fait qu'il perçoive les bénéfices
de cette éducation lui donne le sentiment de contrôle sur sa santé.
Dans cette phase éducative, l'infirmière s'adapte au patient dans
son expression. Les phrases sont courtes et simples. La présence d'un
membre de la famille, d'une personne-ressource facilite l'intégration
des données et enrichit leur exploration. Au terme de l'apprentissage,
le patient connaît les différentes lignées sanguines, leur
rôle, leurs valeurs de référence, les risques liés
à leur déficit. Le fait d'être impliqué, de gérer
avec l'équipe l'évolution de la numération formule sanguine
(NFS), d'être acteur dans la surveillance des paramètres, diminue
pour une part son anxiété et enrichit sa relation avec les soignants.
L'apprentissage consiste en des entretiens et une description imagée
et/ou schématique qui mobilisent les connaissances du patient et s'appuient
sur ses représentations. Les mécanismes induits par la chimiothérapie
sont expliqués. Les nouvelles connaissances sont évaluées,
réajustées, renforcées.
* Le malade connaît les signes de l'anémie
Pour cela, l'infirmière s'aide des antécédents du patient,
des troubles éventuels qu'il a pu déjà ressentir ou voir
chez d'autres personnes : pâleur, fatigue, vertiges, essoufflement, accélération
du pouls, palpitations. Plusieurs de ces signes doivent amener le patient à
effectuer rapidement une numération formule sanguine et une hémoglobine.
* Le malade reconnaît les principaux signes de la thrombopénie
Il connaît le rôle des plaquettes et les signes de thrombopénie
: purpura, ecchymoses, hématomes, saignements de nez ou des gencives.
Il sait qu'à cause des risques hémorragiques, les traitements
ne doivent pas comporter d'injection intramusculaire, pas de ponction, pas de
biopsie ou autres gestes invasifs. Devant l'apparition d'un ou plusieurs des
signes de thrombopénie, il alerte son médecin traitant et effectue
un bilan sanguin.
* Le patient connaît le rôle et le nombre de globules blancs et
des polynucléaires neutrophiles
Il mémorise, grâce à des schémas ou à des
représentations visuelles, le nombre et le rôle des globules blancs,
et en particulier les polynucléaires neutrophiles, la neutropénie
étant le signe majeur de l'aplasie qui est définie par un nombre
de polynucléaires neutrophiles (PN) inférieur à 1500 avec
un risque infectieux majoré en dessous de 500 PN. Les signes de la neutropénie
fébrile sont une seule prise de température à 38°5
ou deux prises à 38° sur un intervalle de 3 heures.
Pour évaluer sa compréhension, il est demandé au malade
de reformuler avec ses propres termes ce qu'est l'aplasie et les données
des paramètres qui devront l'engager à une consultation médicale
urgente. Différents cas de figure sont exposés et le mettent en
situation. Les connaissances sont réajustées en fonction des réponses.
Des conseils sont donnés : la température n'est pas à prendre
de façon systématique ; par contre toute sensation de malaise,
signes de refroidissement, frissons, sueurs, infection localisée (abcès,
furoncle) nécessite la prise de température à une demi-heure
d'intervalle pour observer l'hyperthermie éventuelle (la température
ne doit pas être masquée avec des antipyrétiques). Le patient
ne doit pas faire d'automédication. La température à 38°5
lui impose de consulter rapidement son médecin traitant qui prescrira
une bi-antibiothérapie (bêtalactamine + fluoroquinolone ou aminoside
en milieu hospitalier) en fonction de l'examen clinique et de la numération
formule sanguine effectués. Le médecin traitant, en concertation
avec l'oncologue, décidera de l'hospitalisation du patient.
Le bilan des connaissances du patient est effectué par l'infirmière
de l'hôpital de jour avant la fin de sa cure. Le malade se verra remettre
un courrier non cacheté de l'oncologue afin que le médecin traitant
ait les directives concernant la prescription d'une bi-antibiothérapie
si la température atteint 38°5, les éléments de surveillance
(bilans sanguins à réaliser en inter-cure et la veille du retour
pour chimiothérapie) ainsi que les caractéristiques des effets
secondaires des produits administrés.
Le patient sait également que, s'il ne peut joindre son médecin
traitant, il appelle directement le service (24h/24) pour faire part aux soignants
de ses craintes (gravité des signes qu'il a pu observer). En cas de signes
d'aplasie significatifs, il est hospitalisé en urgence dans l'unité
d'hospitalisation du service.
Les échanges ville-hôpital, la prise en charge de l'aplasie
à domicile
Médecins traitants, laboratoires de ville sont les interlocuteurs privilégiés
du service d'onco-hématologie. A l'hôpital, les bilans arrivés
par fax sont lus par les oncologues qui suivent ainsi l'évolution hématologique
de leurs patients.
En fonction des résultats, en correspondance avec les médecins
de ville, ils programment des hospitalisations en unité de jour pour
transfusions. Les transfusions sont réalisées si l'hémoglobine
est inférieure à 8 g/l ; ce chiffre est de 8,5 ou plus quand le
malade montre une intolérance à l'anémie ou s'il existe
des antécédents cardiaques.
Les malades présentant une aplasie fébrile, une thrombopénie
sévère sont hospitalisés en unité conventionnelle.
L'oncologue ou les internes le contactent directement à son domicile
si aucune alerte n'a été effectuée par le patient lui-même
ou par son médecin. En effet, il est important de dépister rapidement
une neutropénie fébrile et de la traiter. La surveillance de l'évolution
se fait avec le médecin traitant et les hospitaliers. Tout signe de neutropénie
fébrile imposera l'hospitalisation en urgence. Toute la logistique de
l'hospitalisation et de l'accueil en urgence du malade est du ressort de l'infirmière
en poste.
Il est sûr que l'équipe hospitalière tient à ce
que le médecin traitant, l'infirmière libérale, le pharmacien
d'officine restent les interlocuteurs privilégiés de leur client.
Les hospitaliers n'interviennent que quand toutes les possibilités de
suivi à domicile sont épuisées et quand le rapport bénéfice/risque
met en jeu la sécurité, la vie du patient (par exemple : les neutropénies
fébriles, les thrombopénies sévères).
Il est souhaité par l'équipe et capital pour le patient d'intensifier
et d'améliorer les échanges IDE de ville et IDE hospitalières,
tout le bénéfice en est pour le malade. Le résumé
de soins infirmiers remis au patient à sa sortie est une première
démarche. L'infirmière de ville au domicile est en inter-cure
le maillon indispensable à la prise en charge du malade. En effet, elle
est à son contact plusieurs fois par semaine et a une bonne appréciation
de l'évolution de son état de santé, de son environnement
psychosocial quotidien. Elle a une appréciation globale de sa santé
et peut alerter le médecin généraliste ou les hospitaliers
dès que nécessaire.
L'hospitalisation en urgence pour neutropénie fébrile
L'hospitalisation en urgence du patient neutropénique fébrile
est négociée directement avec lui dans un temps très court
(30 min à 2 h maxi) suivant sa température. Durant ce délai,
l'infirmière organise et coordonne tous les examens, prélèvements,
bilans sanguins à réaliser pour qu'il soit accueilli dans les
conditions de sécurité optimales dans une chambre individuelle
qui sera référencée isolement protecteur mineur1. La durée
attendue de l'aplasie est de moins de quatre jours. Le malade est installé
dans sa chambre et ne peut la quitter. Les mesures d'isolement sont simples.
Le patient prend connaissance des consignes : le lavage antiseptique des mains
selon le protocole est obligatoire pour toute personne2 (soignant ou visiteur)
entrant dans la chambre ; c'est le malade qui porte un masque lors de la présence
de personnes dans la chambre pour diminuer les risques de contamination aéroportée.
Dès les bilans sanguins, hémocultures, prélèvements
réalisés, le malade reçoit le protocole antibiothérapie
intraveineux prescrit qui sera réajusté en fonction de l'évolution
de son état et des résultats des différentes données
et examens. L'infirmière applique toutes les prescriptions médicales,
assure avec rigueur son rôle en collaboration. L'hygiène corporelle
du malade est évaluée, des conseils lui sont donnés à
ce propos éventuellement. Des bains de bouche sont prescrits pour maintenir
la qualité de la cavité buccale et prévenir une mucite.
La nourriture provient d'une liaison froide3. Des conseils sur l'alimentation4
au domicile sont donnés à la famille de façon anticipée.
L'hospitalisation, les traitements, la maladie elle-même fatiguent le
patient. Une évaluation de la fatigue et de la façon dont le malade
la gère est souvent réalisée, des conseils lui sont donnés
oralement pour composer avec cette fatigue.
La durée d'hospitalisation correspond à la durée d'aplasie.
En effet, le malade retourne à son domicile le jour de sa sortie d'aplasie,
sauf si des problèmes de santé associés nécessitent
une hospitalisation plus longue. A J-2 de la sortie pressentie, l'équipement
éventuel de la maison5 est discuté avec le malade et sa famille
(lit médical, chaise percée...) pour les soulager et maintenir
le patient en confort et en sécurité. L'infirmière de ville
est appelée par téléphone pour valider son souhait et sa
possibilité de prendre en charge les soins infirmiers et les soins de
confort à la sortie de l'hôpital. Le patient rentre au domicile
avec les courriers médicaux, les prescriptions médicales et paramètres
de surveillance à poursuivre, l'ordonnance d'équipement médical
si nécessaire et le résumé de soins infirmiers pour l'infirmière
de ville. Il est redit à sa famille que l'équipe soignante peut
répondre à ses questions, son inquiétude jour et nuit.
La prise en charge personnalisée du patient et de son entourage est
un travail en collaboration entre les partenaires ville et hôpital pour
le confort et la sécurité de l'usager de soins. Celui-ci apprécie
d'autant plus ce type de prise en charge qu'il sait, qu'il sent que les acteurs,
qu'ils soient hospitaliers ou de la ville, ont tissé des liens et un
maillage autour de lui pour garantir sa sécurité et la qualité
de sa prise en charge et préserver son autonomie. Tous ces partenaires
développent autour de lui un réseau informel qui est à
l'image de ses souhait.
Notes :
1 L'isolement protecteur mineur est mis en place pour les aplasies attendues
de moins de douze jours ; elle est argumentée par le type de chimiothérapie
réalisé chez le malade et les effets attendus des produits cytotoxiques
prescrits.
2 Les personnes doivent signaler si elles sont en contact avec des enfants
qui ont déclaré depuis peu une maladie infantile, si elles présentent
une infection des voies aériennes supérieures. Le médecin
accepte ou non que la personne puisse être en contact avec le malade.
3 Elle est identique à celle servie aux autres patients, la différence
est que l'entrée est supprimée pour être remplacée
par un légume supplémentaire dans le plat chaud sous cloche,
le pain et les desserts sont emballés.
4 Tenir le réfrigérateur propre, laver minutieusement les
légumes, ajouter une goutte d'eau de Javel dans leur eau de rinçage,
manger des aliments qui viennent d'être préparés, ne pas
manger des plats des repas précédents.
5 L'équipement est réalisé par le pharmacien du patient
sauf si la famille souhaite que ce soit un prestataire de service.
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