ARTICLE
ers.2012.0561
Auteur(s) : Marta Matias1,2 marta.matias@insa-lyon.fr marta.matias@ecogeos.fr,
Céline Nguyen1 celine.nguyen@insa-lyon.fr,
Marianne Chouteau1 marianne.chouteau@insa-lyon.fr,
Jacques Méry3 jacques.mery@irstea.fr, Franck
Olivier2 franck.olivier@ecogeos.fr
1 Université de Lyon
INSA de Lyon, EVS, UMR 5600
1, rue des humanités
69621 Villeurbanne
France
2 ECOGEOS
5, rue du Jeu-de-Paume
62000 Arras
France
3 IRSTEA
1, rue Pierre-Gilles-de-Gennes
92761 Antony cedex
France
Tirés à part : M. Matias
Associations, opposition et discours
Le « traitement des déchets est […] un paysage encombré
d’interrogations pour les citoyens » [1]. Ces
interrogations se cristallisent parfois en contestations portées
par certains, souvent des riverains, qui se rassemblent pour
s’opposer aux installations et faire valoir leur avis. À cette
occasion, ces associations de riverains tiennent des discours
explicitant cette opposition et argumentent contre l’implantation
ou l’exploitation d’un équipement. Nous proposons ici d’analyser,
au travers d’un regard volontairement interdisciplinaire1 sur un même objet d’étude, la place que les
arguments d’ordre sanitaire occupent dans les discours tenus par
ces associations, sur leur site Internet. Pour cela, cet article se
fonde sur les résultats d’un travail qui débute : il s’agit
« d’une photographie » des premiers éléments de repérage
pour la formulation de pistes que nous identifions comme
pertinentes.
La présence des associations sur Internet est aujourd’hui
relativement répandue. Deux dynamiques peuvent expliquer ce
constat : d’une part, la montée en puissance de la
contestation en matière d’environnement et de technologie [2],
d’autre part, la montée en compétences des militants dans le
domaine médiatique [3] et plus particulièrement en matière de
numérique. Le site Internet fait donc partie d’un « répertoire
d’actions » maintenant maitrisé par les collectifs pour
mobiliser, construire une opinion, la mettre en scène [4] ou gagner
en visibilité [3]. Plus précisément, les associations jouent un
rôle essentiel dans la construction des représentations sociales en
pratiquant ce que Lascoumes [5] appelle un
« transcodage » ou l’agrégation d’informations éparses et
leur traduction en vue de leur diffusion. Leur place centrale au
cœur des questions sociétales2 leur
permet d’être tantôt sources d’information pour des personnes ou
groupes de personnes cherchant à s’informer sur les risques
sanitaires potentiels, tantôt lanceuses d’alertes. Enfin, leur
relation très proche avec les riverains (dont une partie peut aussi
adhérer à l’association) leur confère un rôle de relais des
préoccupations locales relatives aux risques potentiels associés au
traitement des déchets. Comment ces préoccupations, alertes ou
diffusions prennent-elles vie dans les discours tenus par les
associations ? En choisissant de porter le conflit sur
Internet, les associations nous renseignent sur ce qui fait
justement conflit pour elles, sur les facteurs déclencheurs, sur
l’évolution du conflit, sur la cartographie des acteurs en présence
et sur leurs actions. Actrices du conflit, les associations
développent sur leur site des discours pour lesquels elles font des
choix de « mise en scène » et de contenu [6]. La santé
est l’un des arguments choisis pour faire état de leur désaccord et
convaincre du bien-fondé de leurs actions. C’est cet argument que
nous traitons dans cet article. Nous verrons aussi dans le
paragraphe qui suit, que le stockage des déchets fait l’objet d’un
certain nombre de craintes en raison des incertitudes que les
études scientifiques n’ont pas encore pu résoudre. Ce contexte
explique en partie la mobilisation associative et le recours à des
arguments d’ordre sanitaire. Puis, après avoir présenté notre
méthode, nous reviendrons sur les premiers résultats de ce travail
exploratoire d’investigation.
Un contexte fait d’incertitudes qui alimentent les
controverses
La réglementation en vigueur relative à l’élimination des
déchets ultimes a progressé ces 15 dernières années3 en imposant des règles de conception pour
les installations de stockage de déchets non dangereux (ISDND)4. Ces règles permettent, au travers du
confinement des déchets et des effluents liquides et gazeux, de
limiter les phénomènes de contamination de l’air, de l’eau ou du
sol5, principales sources
d’inquiétudes des riverains de ces installations. Cependant, malgré
les évolutions réglementaires et les progrès techniques réalisés
par la filière stockage, des inquiétudes subsistent quant aux
risques sanitaires pouvant découler de l’exploitation de ce type
d’équipement.
Concernant l’évaluation des risques sanitaires, « la
quantification des expositions […] est difficile à mettre en œuvre,
souvent coûteuse, et reste insuffisante pour tirer des conclusions
fermes quant aux risques sanitaires associés » au
traitement des déchets [7]. À cela s’ajoute le fait que la variable
temps est difficile à prendre en compte étant donné :
- –. les faibles doses d’exposition dont il s’agit dans la
majorité des cas et qui impliquent donc des mesures à long terme6 ;
- –. les effets de mobilité (populations qui
déménagent) ;
- –. et enfin l’influence d’autres facteurs de confusion
[8, 9].
Les incertitudes quant aux risques sanitaires associés au
traitement de déchets ont motivé la création de réseaux de
recherche7 ainsi que la réalisation
d’études comme celle de Keck et Vernus, en 2000 [10]. Ces auteurs
précisent que les facteurs associés au stress n’ont pas pu être
pris en compte « étant donné le manque de données
disponibles sur ce sujet et la diversité des situations en
cause » [10]. Si depuis cette évaluation de nouvelles
études sont disponibles, la diversité des situations sur le terrain
demeure un élément difficile à appréhender, ce qui rend d’autant
plus difficile l’estimation des risques sanitaires. En 2004,
l’Institut de veille sanitaire (InVS) a réalisé une étude phare
traitant des impacts du stockage des déchets sur la santé [11].
Celle-ci conclut que « la situation générale du risque lié
au stockage des déchets aujourd’hui, en France n’apparaît pas
particulièrement préoccupante […] ». L’étude précise tout
de même que les enjeux sanitaires principaux sont reliés aux
manifestations à caractère irritatif et aux nuisances olfactives
qui constituent une préoccupation majeure pour les riverains, et de
ce fait sont relayées par les associations d’opposition. Ces
nuisances « peuvent se manifester par une sensation de
gêne, par des troubles psychosomatiques difficiles à
objectiver » [7] de par leur caractère très personnel qui
renvoie « au monde des sensations éprouvées »
[12].
Aussi, la réglementation ne suffit pas toujours à apaiser les
craintes [13] relatives aux nuisances. En effet, pour certaines
substances, notamment gazeuses, les seuils d’émission ne sont pas
définis dans la réglementation générale sur les ISDND8. Or, les nuisances olfactives présentent
des seuils souvent relativement bas. À titre d’exemple,
l’ammoniaque présente un seuil olfactif de l’ordre de
10 mg/m3 [8]9. Ainsi, même
si les émissions d’ammoniaque provenant d’ISDND restent faibles
comparées à d’autres filières de traitement par voie aérobie, ces
émissions peuvent dépasser ponctuellement les seuils olfactifs. Par
ailleurs, la tolérance vis-à-vis d’une nuisance diffère
sensiblement selon les personnes. En effet, dans le cas de la
perception olfactive, les seuils sont très variables d’une personne
à une autre [12].
Enfin, « l’anxiété liée aux installations de traitement
des déchets […] émerge lorsque la distinction entre les espaces
habités et les espaces effectivement ou potentiellement contaminés
n’est plus faite » [7]. Les nuisances perçues peuvent
ainsi s’inscrire sur le territoire habité tout en amplifiant la
perception de risques [7] et incitant à la mobilisation contre
l’installation source [14]. Elles alimentent ainsi les conflits
autour des ISDND, auxquelles est associée une perte de bien-être.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cela a pour
conséquence éventuelle de déteindre sur la santé. En effet, nous
définirions ici la santé « comme étant un état de bien-être
physique, mental et social complet et non pas seulement comme
l’absence de maladie et d’infirmité » [15]. La proximité
des installations de stockage est donc source d’inquiétudes du fait
qu’elles sont perçues comme une atteinte à la qualité de vie. Leur
image s’en trouve notablement dégradée.
Une base de données pour identifier les associations et leur
discours sur Internet
Accéder aux discours d’opposition aux ISDND et à la place de
l’argument sanitaire implique tout d’abord de connaître au mieux
l’ensemble des associations de riverains qui s’opposent à une
ISDND.
Le déroulement de la méthode
Pour y parvenir, nous avons dans un premier temps identifié ces
associations. Les recherches, effectuées grâce à l’outil Internet,
se sont fondées sur l’utilisation d’une liste très large de
mots-clés appliquée à plusieurs moteurs de recherche10. Ces recherches ont permis d’identifier
194 associations s’opposant à l’implantation de nouvelles
ISDND ou pointant les carences des installations en exploitation.
Sur les 194 associations, seules les 61 d’entre elles
administrant un site Internet ont été retenues dans le cadre de
notre analyse. L’exhaustivité dans le recensement des associations
d’opposants ne peut toutefois pas être garantie pour deux raisons
essentielles : le caractère incertain du statut de certaines
associations et le caractère évolutif des sites Internet11. Quant à l’analyse des discours
associatifs, nous ne pouvons prétendre à l’exhaustivité :
133 associations n’ont en effet pas de site Internet et les
61 restantes n’actualisent pas toujours leurs sites. Enfin,
les contenus des sites associatifs ne sont pas toujours homogènes
(en termes de rubriques, de quantité de textes, de
formes – blogs ou pages web classiques – ,
etc.). Dans un second temps, les données issues des sites
d’associations étudiés ont été compilées dans une base de données
comprenant plusieurs types d’informations, dont une grille
d’analyse12.
La thématique « santé » dans la grille d’analyse
Suite à une première lecture exploratoire de l’ensemble des
sites, différents éléments explicatifs des conflits ont été
identifiés grâce à une analyse manuelle des occurrences. Les divers
termes et expressions mis en avant pour justifier le conflit,
incluant le facteur santé13, ont été
repérés et rassemblés manuellement dans la base de données d’abord
sous forme quantitative (facteur cité : oui ou non). Puis,
nous avons repéré qualitativement ces arguments : comment
sont-ils mis en discours ? Les associations utilisent-elles
par exemple un registre émotionnel ? Si oui lequel ?
Y’a-t-il référence à des savoirs experts ? Comment sont-ils
présentés ?
Une première analyse de l’existant et de la mise en forme de
l’argument sanitaire dans les discours sur les sites nous semble
permettre d’ouvrir d’intéressantes perspectives. En effet, le
registre sanitaire prend différentes formes dans le discours
associatif d’opposition aux ISDND : il peut s’agir d’avis
d’experts ou de dossiers thématiques repris sur d’autres sites
Internet d’associations régionales ou nationales. Les discours sont
parfois aussi « produits » en interne : les facteurs
conflictuels sont ainsi énoncés, voire reformulés par l’association
à partir de constats bien réels (mauvaises odeurs) ou de risques
potentiels (risques de pollution, risques pour la faune et la
flore, etc.). À partir de ces informations, différentes pistes
exploratoires ont pu être dégagées et sont présentées ci-après.
Quelques apports de la base de données
La base de données a permis de mieux comprendre le paysage
associatif en lien avec l’opposition locale aux ISDND et de dresser
un rapide panorama des sites Internet ciblés dans cette étude.
Caractéristiques des sites Internet
Les dates de création des associations identifiées sont très
hétérogènes, allant de 1971 à 201014. En cas de dissolution, celle-ci n’a en
revanche que très rarement pu être confirmée. De fait, les sites
Internet associatifs doivent être vus comme une photographie
représentant certaines des motivations et des activités d’une
association à une période donnée.
Par ailleurs, les associations concernées par l’exploitation
d’une ISDND ont pour bon nombre d’entre elles été créées avant 2005
(figure
1)15. Leurs sites sont
caractérisés par une technicité majoritairement faible à moyenne
(pour 95 % d’entre elles). En termes de contenus, les sites
associatifs les plus riches émanent d’associations s’opposant à des
projets de nouvelles ISDND. Cela pourrait traduire un plus grand
engagement de la part de ces dernières dans l’opposition à des
projets pouvant encore être annulés, à l’inverse d’installations
déjà existantes induisant une perte de qualité environnementale
possiblement moindre. La distinction entre ces deux types
d’associations semble donc se révéler appropriée pour la suite de
l’analyse.
Hormis les textes de présentation de l’association sur Internet
(recensés pour 31 % des associations), d’autres supports sont
également disponibles qui permettent de véhiculer le discours
associatif16. La variété des
supports permet d’exprimer « la force du ras-le-bol »
[13] tout en renforçant le discours associatif et en encourageant
plus de riverains à soutenir l’opposition.
Fonctions des sites Internet associatifs
À l’instar de ce que Célerier a pu indiquer à propos des sites
Internet d’associations françaises de lutte contre le sida [16],
les sites qui nous intéressent semblent répondre à trois
fonctions17. La première fonction
est démonstrative. Elle vise à montrer une communauté mobilisée et
protectrice. On peut se référer aux actions qui sont présentées
afin de témoigner de l’activité associative, de son engagement. La
deuxième fonction consiste à centraliser et à hiérarchiser
l’information produite. Les sites ont, en effet, pour vocation de
regrouper, d’organiser (sous forme de rubriques, de thématiques)
les informations afin de les partager par la suite. Les
associations opèrent ainsi comme des filtres spécialisés. Enfin, la
troisième est une fonction de diffusion [5], de transmission de
l’information assimilée, tel le kiosque à journaux qui met à
disposition, au cœur de l’espace public, des informations destinées
à avertir toute personne intéressée.
Par ailleurs, les sites Internet peuvent également faire office
de « lieux de la mémoire associative » dans le sens où
ces derniers permettent de conserver des traces de l’activité
associative et des grands événements qui lui sont liés. Ainsi, les
sites servent de vitrines aux associations d’opposants qui les
utilisent pour exprimer les causes des conflits, leurs natures et
les actions qui s’y rapportent. Ce faisant, elles font de ce
support un outil de mobilisation mais aussi un outil de persuasion
visant à convaincre du bien-fondé de l’action et à faire adhérer à
l’association (au sens administratif comme au sens de l’adhésion à
des valeurs et à un combat). Dans ce sens, le site est aussi le
signe de la présence de l’association dans l’espace public.
Les facteurs de conflits et notamment le facteur santé
Nous avons recensé pour chaque association les facteurs de
conflit exprimés, ce qui permet, d’une part, d’en mesurer la
récurrence (figure
2), et, d’autre part, de la corréler à la phase d’existence
de l’installation concernée : fréquence d’apparition (en
pourcentage) selon l’état de l’installation (projet
d’implantation/en cours d’exploitation) (figure 3).
La figure
2 montre que les pollutions diverses sont les plus citées
parmi les facteurs recensés. Elles incluent les pollutions de l’eau
et de l’air, également exprimées de façon plus précise dans les
facteurs lixiviats (13e position) ou biogaz
(24e position). Ce premier résultat confirme que les
principales craintes affichées par les opposants aux ISDND sont
liées aux contaminations des milieux naturels. Certaines
associations établissent d’emblée un lien entre la contamination
environnementale et son éventuel impact sur la santé des
habitants : « L’incinération et l’enfouissement sont
les deux procédés de traitement de déchets employés en France et
qui sont les plus dangereux pour la santé humaine, les plus
polluants pour l’environnement et l’avenir de la
planète. » La santé se trouve être le deuxième facteur le
plus cité par les associations (soit par 62 % d’entre
elles).
Les nuisances ont aussi été citées et méritent d’être prises en
compte, étant donné leur incidence sur le bien-être des riverains18. Les nuisances olfactives sont les
plus fréquemment citées par les associations d’opposants (sur
57 % des sites Internet). En revanche, les nuisances sonores
et visuelles ne sont mentionnées respectivement que sur 31 et
18 % des sites associatifs. Ainsi, le fait que, d’une part, le
facteur santé soit cité en deuxième position et que, d’autre part,
les pollutions diverses mais aussi les nuisances olfactives
apparaissent aussi fréquemment, confirme que le facteur santé
constitue une préoccupation majeure pour les associations
d’opposition aux ISDND.
La figure
3 indique la fréquence d’évocation de chaque facteur selon
la phase de l’installation. Cette figure a été obtenue à partir du
nombre total d’associations recensées s’opposant à un projet
d’ISDND (39 associations) ainsi que du nombre total
d’associations s’opposant à une installation en exploitation
(22 associations)19. La
distinction entre les phases d’implantation et d’exploitation
d’ISDND permet de formuler des comparaisons et d’identifier les
facteurs récurrents :
- –. les associations s’opposant à l’implantation évoquent
principalement les pollutions diverses (85 %), l’agriculture
(perte de labels, 76 %), la santé (69 %) et le choix de
l’emplacement du site (69 %) ;
- –. les associations s’opposant à l’exploitation évoquent
aussi les pollutions diverses (61 %) mais mettent en avant les
problèmes de nuisances olfactives (57 %), de gestion du site
(52 %) et de lixiviats (48 %).
Ainsi, les associations riveraines de sites en exploitation
semblent plutôt mettre en avant des situations vécues, liées à une
mauvaise gestion des sites et à leurs impacts en matière de
nuisances olfactives ou de fuites de lixiviats. Ces problèmes
alimentent la frustration, les craintes et par conséquent les
controverses comme le traduisent plusieurs associations sur leurs
sites Internet20.
Concernant les nuisances olfactives, celles-ci sont citées en
proportions égales par les deux types d’associations (≈ 56 %).
Néanmoins, pour les associations contestant une ISDND en activité,
les descriptions sont plus explicites, notamment grâce à des
« tableaux de nuisances » que les riverains peuvent
remplir en notant les jours de plus fort ressenti. Quant aux
nuisances sonores, peu citées, elles concernent principalement la
circulation des camions et les bruits liés aux activités de
terrassement. Enfin, les nuisances visuelles sont les moins citées
par les associations concernées par l’implantation de nouvelles
ISDND. Mentionnons néanmoins la démarche de certaines associations
qui proposent des repères visuels facilement appréhendables :
« […] cela représentera l’équivalent d’un immeuble de
13 étages sur 350 m de long ! ».
Suivant la piste fournie par Bertolini [17] au sujet
« des risques sanitaires […] [qui] cachent souvent d’autres
mobiles », nous tâcherons de mettre en perspective les
multiples arguments formulés sur les sites associatifs. En effet
dans un futur proche, nous souhaitons recueillir les propos de
membres de ces associations via des entretiens
d’explicitation. Cette approche sur le terrain nous permettra de
comprendre certains ressorts des discours Internet étudiés. Ainsi,
dans cette première phase exploratoire, c’est l’analyse du contenu
de l’argument sanitaire qui est davantage mise en avant.
Discours associatifs : quelques pistes exploratoires sur
le thème de la santé
Au traitement des déchets sont associées des représentations
négatives tenant à la question sanitaire. Comment les discours
portent-ils ces représentations ? Cette question semble
importante puisque de leur capacité à développer un discours
construit, argumenté et clair, dépendent la crédibilité de
l’association et la légitimité du conflit. Certaines associations
qui tiennent un discours moins structuré, et qui affichent sur leur
site un « catalogue de critiques et de revendications21 » [18] s’exposent au
risque de se voir étiquetées comme étant des associations de
type NIMBY22 [13]. Quelles
stratégies discursives les associations utilisent-elles alors
pour échapper à la critique ?
Recours à l’expertise
Voineau a montré l’importance de la reprise des discours
d’experts par le « public » lorsqu’il s’agit de débattre
sur l’implantation d’incinérateurs [19]. Barbier s’est lui aussi
penché sur la question en évoquant l’importance du « joker
technique, susceptible de modifier du tout au tout les contraintes
d’implantation et/ou de fonctionnement » [13] des
équipements mis en cause. Cela se confirme : plus d’une
dizaine d’associations mentionnent des études consultées au
préalable, y compris l’une des plus anciennes recensées (créée en
1990) qui fait référence à plusieurs études sanitaires. À titre
d’exemple, une étude de The Lancet sur les malformations à
la naissance datant d’août 1998 est citée par deux
associations via deux sources différentes. La première
reprend tel quel un article paru dans Le Monde de septembre
1998 et la seconde fait quant à elle référence à l’ouvrage de
De Bartillat et Retallack23. Mais
hormis ces quelques associations, une majorité d’entre elles cite
des études sans les référencer précisément. En revanche, les termes
« maladie », « cancer », « impact »
sont souvent présents et reportés sur des zones géographiques
relativement précises, comme l’indiquent plus d’une demi-douzaine
d’associations. Dans d’autres cas, le discours fonctionne en creux,
en regrettant l’absence de plus d’expertises officielles et en
mettant en avant le niveau d’incertitude. C’est le cas d’une
association créée en 2003, qui affirme qu’ « aucune étude
épidémiologique n’a pour l’instant été faite en rapport avec des
décharges. Il est donc difficile de progresser sur ce
dossier ».
Bien que les sources des études ne soient que très rarement
précisées de façon détaillée, la volonté de s’emparer du discours
scientifique et de le diffuser localement est perceptible sur bon
nombre de sites Internet. Cette « expertise profane24 » [20] qui ouvre les portes
d’une « démocratie technique » [21] vise à rendre
le discours associatif plus crédible [18], légitime [13] et
finalement plus rationnel et convaincant. En effet, cette démarche
permet de démocratiser les savoirs : les associations
s’informent pour répondre à leurs craintes jusqu’à se retrouver,
dans certains cas, dans une position de contre-experts [21]. Cette
situation semble se vérifier parmi les associations étudiées, mais
les mécanismes de traduction [5, 21] spécifiques qui donnent
lieu à une réinterprétation de l’information sont relativement
complexes et devront faire l’objet d’une étude complémentaire lors
des prochaines enquêtes sur le terrain25. Enfin, quelle que soit leur position26, les associations proposent
régulièrement des solutions alternatives. Parmi les plus citées se
trouvent l’adoption de règles de tri et recyclage plus poussées
(jusqu’au « zéro déchet » pour certains), la proposition
d’autres techniques de traitement ou encore l’implantation
d’installations plus petites, « diminuant ainsi les
nuisances, les risques et les coûts » et permettant une
répartition plus équitable des nuisances sur le territoire27.
Place de l’émotion dans les discours
Le recours à l’expertise scientifique n’est pas le seul moyen
d’assurer la crédibilité et la reconnaissance des associations sur
le terrain, leur capacité mobilisatrice tient aussi une place
importante [5]. Or, la manifestation d’émotions est un des
dispositifs de sensibilisation favorisant le développement de la
mobilisation [22, 23]. Ion et al. [3] ont pu constater
ce déploiement de l’émotion dans les discours militants. L’affect
ne serait plus confiné au privé (étanche à l’espace public) et
serait vecteur de la valeur de l’individu (plus rarement du groupe)
lequel, en témoignant de ses émotions dans l’espace public, les
partage avec le plus grand nombre. Windisch28 assure de son côté que l’émotion et
l’affectif jouent un rôle central dans le discours
conflictuel : les « bouffées affectives » [6]
servent selon lui à « disqualifier l’adversaire »
et « à renforcer [sa propre] image ». Plus
précisément, la référence aux risques sanitaires dans les discours
conflictuels étudiés semble renvoyer à quatre registres
émotionnels.
Le premier est celui de la crainte, de la peur ou de
l’inquiétude. Il relève bien de ce que Callon, Lascoumes et Barthe
ont nommé « l’ère du soupçon » [21]. Les
associations font largement état de ce sentiment et se disent
« inquiètes »29. Ce
registre est très certainement motivé par le manque de réponses30 de la part des autorités
responsables [20].
Le deuxième registre est celui de la colère. Il prolonge
naturellement dans certains cas celui de l’inquiétude. Quelques
associations témoignent d’un « mécontentement
grandissant », relèvent des
« aberrations », parlent d’une « attitude
inadmissible » ou avertissent : « Nous
refusons catégoriquement ce projet inacceptable et nuisible pour
nous et nos enfants. » La forme est intéressante :
certaines associations recourent parfois à une typographie
expressive [24] qui participe à communiquer ce registre d’émotion
suscité par la situation : « Riverains des
décharges : sommes-nous des cobayes ? » (sic).
Certains slogans peuvent aussi faire apparaître une position
soutenue et définitive comme « Non au trou à
ordures », slogan qui constitue le point de départ d’une
argumentation forte.
Le troisième registre est celui de l’injustice. Si les
associations se sont constituées et s’expriment, c’est aussi parce
que l’installation ou l’exploitation d’une ISDND près de chez eux
est vécue comme une réelle injustice. Prenons quelques exemples
significatifs et éclairants : « Si nous ne nous
mobilisons pas, le [département] est destiné à devenir la décharge
d’ordures de toute la région […] ». On peut lire
ailleurs : « Nous avons besoin de vous pour nous aider
à éviter le pire et de faire triompher le bon sens face a un projet
injuste […] » (sic) ; « […] une seule
arme : la mobilisation de masse. » (sic).
Face à l’injustice, le registre du combat est utilisé, non sans
humour ici : « Toute la Gaule est envahie par les
décharges. Toute ? Non ! Des petits villages peuplés
d’irréductibles… » Une autre association écrit :
« Nous sommes toujours là, vigoureux et combatifs […] la
bataille est loin d’être terminée. » Enfin,
« Notre lutte contre le CSDU […] est très importante, rien
n’est perdu » peut-on lire au moment où l’association
annonce sa prochaine assemblée générale. Ce registre emmène parfois
le discours vers des métaphores guerrières : on peut en effet
lire que certains acteurs sont les « alliés » et un
article de presse archivé par une association emploie l’expression
« dernier conseil de guerre ».
Ces quatre registres, qu’il n’est pas toujours facile de séparer
au sein d’un même site, ont incontestablement pour fonction de
mobiliser les adhérents ou sympathisants autour du projet. La peur
(tout comme l’humour dans certains cas d’ailleurs) renforce la
cohésion interne du groupe [23]. L’inquiétude, la colère, le combat
et l’injustice témoignent également en externe de l’état d’esprit
dans lequel se trouve l’association mais ils opèrent aussi en
interne comme des registres « galvanisateurs ». Ils
donnent un sens commun à l’existence et aux actions des
associations.
Conclusion
Dans le cadre de ce projet, nous avons pu poser les bases d’une
étude approfondie et initier une analyse des discours
conflictuels autour des ISDND. La limite d’un tel travail repose
sur le statut qu’il faut accorder à ces discours. Notre corpus de
sites est l’illustration de ce que les associations, et plus
précisément encore, certains de leurs membres (webmasters,
membres du bureau ou membres actifs par exemple) souhaitent
« dire » sur Internet. Ces discours conflictuels
constituent une vitrine partielle et stratégique de ce que certains
membres jugent opportun d’afficher. Ils ne sont pas l’exhaustif
reflet de toutes les activités de l’association, de toutes les
opinions mais témoignent de ce qu’il convient de diffuser. Malgré
cette limite, nous avons pu tout d’abord vérifier que le facteur
« santé » est fréquemment cité par l’ensemble des
associations constituées localement contre ce type d’équipement et
de ce fait, constitue une préoccupation centrale pour les
(possibles futurs) riverains des ISDND. Cette préoccupation est
d’autant plus forte chez les opposants aux projets d’installation
qui, ayant plus à perdre, appréhendent les impacts de tels
équipements sur leur qualité de vie. De plus, le facteur santé
constitue un argument stratégique du fait de son caractère
émotionnel et de la difficulté d’élaborer des
compensations pour des risques sanitaires (compensations
difficilement quantifiables). Ainsi, cette première recherche
exploratoire a montré que l’opposition aux ISDND s’exprime sous
diverses formes et induit plusieurs types de discours parfois en
simultané. Comme nous l’avons vu, les associations font souvent
appel à des données scientifiques et des expertises pour attester
leurs dires et appuyer leur propos. Ces constats montrent que la
rationalité et l’émotion, qui pourraient sembler au départ
contradictoires, cohabitent, voire déclenchent une synergie qui
galvanise les opposants.
Par ailleurs, au-delà de la transmission d’informations sur les
ressentis des riverains au travers de leur site Internet, ces
associations ont-elles une autre fonction ? Peuvent-elles par
exemple jouer un rôle central dans la « démocratie
technique » [21, 25, 26] ? Nous
l’avons vu, elles transmettent des informations scientifiques et
techniques sur l’impact du traitement de déchets, ses conséquences
sur l’environnement et sur les habitants alentour, ainsi que des
informations relatives à la santé. Elles établissent ainsi un lien
indéniable entre l’installation technique et les riverains, tout en
alimentant des débats et provoquant des controverses.
Pour finir, cette première photographie nous a permis
d’identifier plusieurs pistes à explorer :
- –. nous avons pris le parti d’analyser l’argument
sanitaire. En quoi est-il plus mobilisé que d’autres ? Quelles
formes prend-il ? Est-il celui qui mobilise par exemple le
plus les émotions ? Quels types de traduction les
« auteurs » choisissent-ils pour passer d’un argument
d’expert à un argument vulgarisé ?
- –. notre position est celle d’observateurs de sites
Internet : il convient maintenant de mieux connaître les
pratiques de communication des associations pour comprendre leurs
positions et choix : quelles sont les fonctions attendues du
site ? Comment s’opèrent les choix d’arguments et leur mise en
forme ? Seule une enquête de terrain pourra nous aider à
répondre à ces questions.
- –. enfin, nous avons présenté associations et discours
de manière séparée. Peut-on maintenant dresser une typologie
permettant de faire le lien entre les types de discours (place de
l’argument sanitaire, mobilisation de l’expertise, de l’émotion) et
les types d’association (date de création, localisation, histoire
de l’association, type d’installation…) ?
Toutes ces questions permettront de contribuer à une meilleure
connaissance de l’émergence de contre-pouvoirs et d’une démocratie
technique dans le domaine de l’environnement et de la gestion et du
traitement des déchets.
Remerciements et autres mentions
Financement : ADEME ; conflits
d’intérêts : aucun.
Références
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des déchets sur la santé des populations. Assises de La Baule,
2001.
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Thèse de doctorat, université de Tours, 2006.
28. Cedre. Ammoniac, guide pratique information,
décision, intervention. Guide d’intervention chimique.
Brest : Cedre, 2006.
1 Cette approche est justifiée par la
multitude d’enjeux forts gravitant autour des installations de
stockage de déchets non dangereux (ISDND) : techniques,
environnementaux, géopolitiques, sociaux, symboliques, économiques,
etc.
2 Un certain nombre de travaux ont déjà été
consacrés au milieu associatif dans le but de mieux comprendre leur
fonctionnement et leur contribution. Sans être exhaustifs : le
travail de Barbier autour des motifs d’engagement dans le conflit
des « personnes ordinaires » [18] ou des « riverains bavards »
[13] ; Rocher a, de son côté, travaillé sur le « public » [27]
mobilisé dans les conflits inhérents à la gestion des déchets afin
de comprendre comment cette conflictualité s’articule au territoire
; Voineau s’est attaché à comprendre l’engagement du public
organisé en associations dans la prise de décision autour
d’installations d’incinération de déchets. Il a également étudié au
travers des discours le recours à l’expertise scientifique
[19].
3 Avec l’entrée en vigueur de l’arrêté
ministériel du 9 septembre 1997, modifié à plusieurs reprises
depuis.
4 Anciennement appelés centres
d’enfouissement technique (CET) ou centres de stockage de déchets
ultimes (CSDU).
5 À ce sujet, et de façon générale, les
organismes institutionnels, chercheurs et associations s’accordent
sur les sources de contamination et sur les milieux impactés. Au
niveau local, sur certains cas spécifiquement, les avis sur les
différentes contaminations en jeu peuvent toutefois différer.
6 Temps de latence long entre la période
d’exposition et les manifestations susceptibles d’en découler.
7 Réseau santé déchets, créé en 1992 «
afin de proposer une approche multidisciplinaire en matière
d’expertise et d’information sur les risques sanitaires liés à des
pollutions par les déchets d’origine industrielle ou urbaine ».
Toutefois, son activité a cessé en 2009, même si les bulletins
d’information sont encore accessibles (
http://www.infosantedechets.org/).
8 En France, les seuils d’émission pour les
ISDND sont fixés dans le programme de surveillance des rejets
inclus dans les arrêtés préfectoraux qui autorisent l’exploitation.
Leur mention peut dépendre du type de déchets reçu par
l’installation.
9 Son seuil pour les effets irritants serait
de 20 à 50 mg/m3, ce qui équivaut à une concentration
dans l’air comprise entre 30 et 80 ppm [8]. De son côté, le Centre
de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les
pollutions accidentelles des eaux (Cedre) considère sur la base de
données Inéris, un seuil olfactif de 5 à 20 ppm et un seuil
d’irritation oculaire correspondant à une concentration de 50 à 80
ppm [28].
10 Spécifiques aux associations (Journal
officiel des associations [JOA], net1901.org), plus
larges (Google, etc.), de journaux spécialisés en environnement
(Journal de l’environnement, Actu-Environnement,
Rudologia), ou encore de journaux locaux ou régionaux (La
Voix du Nord, la Dépêche, Ouest-France,
etc.).
11 Pendant les recherches, deux sites
Internet associatifs recensés au début n’étaient plus fonctionnels
après quelques mois. Ainsi, dès le début, tous les contenus des
sites Internet associatifs (pages WWW, dossiers téléchargeables,
images, etc.) ont été conservés de façon à pouvoir les réétudier à
tout moment.
12 L’objectif de cette grille est de
systématiser le recueil d’informations provenant de sites Internet
d’opposants. Pour cela, plusieurs thématiques ont été
identifiées : l’identité de l’association, les
caractéristiques du site Internet, celles de l’ISDND mise en cause
ainsi que celles du conflit identifié, etc. Ces thématiques ont été
adaptées à partir d’une grille d’enquête validée lors d’un
précédent projet ADEME (AGS, 2010).
13 Enjeu de mobilisation fondamental et
souvent au premier plan des préoccupations, le facteur santé est
celui que nous avons choisi d’analyser, même si d’autres éléments
entrent en jeu : critiques adressées aux services publics jugés
inactifs, atteinte au patrimoine naturel, etc. Le facteur santé a
été identifié à chaque fois que le terme « santé » ou des adjectifs
s’y rapportant, ou encore des termes liés à la maladie et au
mal-être étaient employés. Les mentions faites des nuisances sans
dimension sanitaire ont été également prises en compte sous
d’autres étiquettes (pollutions diverses, nuisances olfactives,
visuelles ou sonores).
14 Pour huit associations, la date de
création n’a pas pu être renseignée. Pour les autres, le site
Internet de l’association et le JOA ont servi de sources
d’information.
15 Une très grande majorité d’associations
a vu le jour durant l’année 2005. Cela confirme le fait que cette
année fait figure de date charnière pour notre analyse (transfert
de la compétence « plans » aux conseils généraux et mise en
conformité des unités d’incinération qui a pu entraîner un
transfert de flux vers les ISDND).
16 Les courriers aux institutions
responsables sont reproduits dans 68 % des cas ainsi que la
communication papier associative « classique » : tracts,
brochures, journal de l’association, etc. dans 61 % des cas.
Les contestations d’arrêtés et actions en justice sont parfois
présentes (dans 45 % des cas), et dans une moindre mesure, les
comptes rendus d’assemblées générales.
17 Une analyse de terrain, auprès des
acteurs, nous permettra de mieux comprendre quelles sont les
fonctions attendues des sites et d’avoir confirmation ou
infirmation de nos dires.
18 Concernant les nuisances sur un site
Internet associatif : « Vous avez dit nuisances ? Qui pourrait
les trouver supportables voire négligeables, sinon ceux que cette
question même gêne pour d’autres raisons inavouables ou qui se
sentent privilégiés de ne jamais avoir à les subir ? »
(sic).
19 Il convient de préciser qu’aucune
association s’opposant à la réouverture de site n’a été identifiée
et que les associations s’opposant à une extension d’installation
ont été comptabilisées dans la catégorie « exploitation ».
20 « Vous comprendrez que, non seulement
cette situation est invivable, mais qu’elle nous inquiète fortement
quant aux conséquences qu’elle peut avoir sur la santé » ; «
aucune décharge ne met la population à l’abri des problèmes de
santé. Cependant, les études d’incidence qui accompagnent
l’installation de projet de CET négligent totalement l’aspect
relatif à la santé humaine. »
21 Dans une logique de protestation
réactive [18].
22 Not in my backyard.
23 Article paru dans Le Monde, le 9
septembre 1998 : « Habiter près d’une décharge
industrielle augmenterait le risque de donner naissance à un
enfant malformé » ; De Bartillat L., Retallack S.,
Stop, éditions du Seuil, 2003 - p318 :
« Décharges et atteintes à la santé humaine ». Le
fait que l’étude traite de déchets toxiques ne semble pas mis en
avant dans l’ouvrage mais est précisé dans l’article.
24 « Renvoie à la capacité que
peuvent avoir les non-spécialistes à s’approprier les connaissances
scientifiques » [19].
25 Notamment au travers du décalage entre
discours formulé sur Internet et les intentions initiales des
membres de l’association ou encore d’une meilleure appréhension des
arguments portés ou diminués. Cela permettra aussi d’aborder la
question du niveau de connaissances scientifiques transmises par
l’association au public.
26 (1) Une première position où une montée
en généralité est observée, et qui conduit à une opposition très
claire envers le stockage : « Des mots et des maux :
CET, CSDU, ISDND, ISDMA, etc. À travers ces termes destinés à
laisser croire que les installations de stockage de déchets peuvent
être propres, sans danger, techniquement au point, sans effet sur
l’environnement et la santé humaine, nous voyons bien se dessiner
la manipulation des promoteurs de la technique du trou pour cacher
la merde (TPCM). […] les menaces sanitaires et environnementales
qu’ils [les déchets] provoquent, sont en revanche tout à fait réels
et les témoignages sont légions là où ce type d’installation
existe » ; (2) et enfin, en dehors d’un cadre
d’opposition stricte, une attitude qui passe par l’acceptation du
stockage sous certaines conditions : « Nous souhaitons
être zone pilote pour tester une gestion des déchets à la taille
d’un bassin de vie. »
27 « Si ce projet aboutit, le
canton […] assumera l’ensemble des nuisances liées aux déchets du
département. Où est le principe de proportionnalité et d’équilibre
départemental ? »
28 Son propos concerne les discours
conflictuels d’ordre politique tenus dans le courrier des lecteurs
de la presse romande dans les années 1980.
29 « La population est vraiment très
inquiète » ; « [nous sommes] inquiets à propos des
risques sur la santé publique et l’environnement » ; «
la décharge inquiète les médecins » ou « il y a de quoi
s’inquiéter » lit-on ailleurs.
30 « Lorsque l’association […] a
fait part à Monsieur le Préfet de son inquiétude face au risque
sanitaire encouru par les habitants […], il nous a été répondu
qu’aucune maladie, à ce jour, n’était liée aux activités prenant
place dans cette décharge. Cependant, les pneumopathies
d’hypersensibilité telles que la bronchoalvéolite aiguë ou subaiguë
et la fibrose pulmonaire sont reconnues par la Sécurité sociale
comme des maladies professionnelles, notamment provoquées par les
“filières de traitement des déchets […]”. »
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