ARTICLE
agr.2012.0581
Auteur(s) : Elisabeth Samson1,2 elisabeth.samson@rennes.inra.fr,
Hayo M.G. Van der Werf3,4 hayo.VanderWerf@rennes.inra.fr,
Pierre Dupraz1,2 pierre.dupraz@rennes.inra.fr,
Jean-François Ruas1,2 jean-francois.ruas@rennes.inra.fr,
Michael S Corson3,4 michael.corson@rennes.inra.fr
1 Inra
UMR 1302 SMART
4, Allée Adolphe Bobierre
35000 Rennes cedex
France
2 Agrocampus Ouest
UMR 1302 SMART
35000 Rennes
France
3 Inra
UMR 1069, Sol Agro et hydrosystème spatialisation
65, rue de Saint-Brieuc
CS84215
35042 Rennes
France
4 Agrocampus Ouest
UMR 1069, Sol Agro et hydrosystème spatialisation
65, rue de Saint-Brieuc
CS84215
35042 Rennes
France
Tirés à part : E. Samson
Les exploitations agricoles font l’objet d’incitations de plus
en plus fortes à « produire propre » en adoptant des
pratiques moins agressives pour le milieu naturel et qui
n’affectent pas l’environnement pour l’avenir. Ces incitations se
traduisent par la mise en œuvre de politiques agricoles à l’échelle
européenne ou française qui prévoient l’octroi de subventions en
contrepartie de pratiques agricoles respectueuses de
l’environnement. Par exemple, en application du deuxième pilier de
la Politique agricole commune (PAC), la France attribue des aides
agroenvironnementales aux éleveurs respectant des pratiques
limitant les émissions polluantes. Pour mesurer l’efficacité du
dispositif au travers de ces pratiques, les professionnels de la
recherche sont sollicités et des projets visent à élaborer des
méthodes d’évaluation environnementale (Bockstaller et al.,
2008 ; Turpin et al., 2009). Les travaux décrits ici
s’inscrivent dans ce contexte. Ils visent à évaluer simultanément
les performances économiques et environnementales des exploitations
françaises au travers de l’échantillon national du Réseau
d’information comptable agricole (RICA). À l’instar d’entreprises
similaires dans d’autres pays de l’Union européenne (UE) (Dalgaard
et al., 2004) ou d’expertises de bases internationales (Mayo
et Sessa, 2010), cette étude a pour objectif d’estimer des
variables de performances environnementales pour chaque
exploitation de l’échantillon. En effet, celui-ci présente
l’avantage de représenter à l’échelle nationale l’ensemble des
situations rencontrées en agriculture professionnelle. En
complément des analyses de cycle de vie (ACV) de l’agriculture
menée sur des données agrégées, l’intérêt de notre approche est
d’explorer la variabilité interindividuelle des performances
économiques et environnementales. Nous décrivons, dans un premier
temps, les principes de l’ACV qui est aujourd’hui une méthode de
référence pour estimer les impacts environnementaux. Dans un
deuxième temps, nous montrons comment l’échantillon du RICA, conçu
au départ dans un objectif d’évaluation économique, peut aussi se
prêter à l’élaboration d’indicateurs estimant l’impact
environnemental des exploitations. Dans la présente étude de cas,
l’analyse est focalisée sur deux impacts : sur le changement
climatique et sur la consommation énergétique. Enfin, dans un
troisième temps, nous présentons quelques caractéristiques
environnementales des exploitations françaises de l’échantillon
RICA en les considérant selon la région et selon l’orientation
productive.
L’analyse de cycle de vie, une méthode d’analyse
environnementale
L’ACV est un cadre méthodologique d’évaluation environnementale
qui fait l’objet de normes. Elle s’intéresse aux impacts
environnementaux d’un produit ou d’un service en partant des
prélèvements de ressources naturelles jusqu’aux émissions de
substances polluantes dans les différents compartiments de
l’environnement (sol, eau, air) (Jolliet et al., 2010).
L’ACV quantifie les impacts potentiels d’un produit depuis
l’extraction des matières premières qui le composent jusqu’à sa fin
de vie, « du berceau à la tombe », en passant par les
étapes de production, de distribution et d’utilisation. La mise en
œuvre de l’ACV respecte quatre étapes :
- –. la définition des objectifs et du champ de
l’étude ;
- –. l’analyse de l’inventaire environnemental ;
- –. l’évaluation des impacts ;
- –. l’interprétation des résultats.
Définition des objectifs et du champ de l’étude
L’ACV vise à apporter une vision globale des impacts générés
durant le cycle de vie de biens ou de services dans une optique
d’aide à la décision pour éclairer le choix de procédés
alternatifs, pour organiser des filières de valorisation mais aussi
pour définir des politiques publiques.
Analyse de l’inventaire environnemental
Les données d’inventaire pour l’ACV sont constituées de flux de
matières (ressources minérales) et d’énergie entrant dans le
système étudié et de flux sortants. Des bases de données
d’inventaire de cycle de vie existent et sont disponibles mais ne
sont pas toujours suffisantes. Il est fréquemment nécessaire de les
compléter par le recueil de données spécifiques en lien étroit avec
le sujet de l’étude soit par des enquêtes sur sites, soit par des
recherches bibliographiques ou la mise en perspective d’études
antérieures.
Évaluation des impacts
À partir des données d’inventaire, on procède à une évaluation
des impacts environnementaux grâce à des coefficients préétablis
(facteurs de caractérisation) permettant de calculer la
contribution de chaque flux aux divers impacts environnementaux
étudiés. En fonction de l’objet de l’étude, les impacts
environnementaux couramment retenus incluent le changement
climatique, l’acidification, l’eutrophisation des milieux terrestre
et aquatique, la consommation d’énergie non renouvelable et
l’occupation de terres.
Interprétation des résultats
L’interprétation des résultats est conduite en lien étroit avec
la définition des objectifs et du champ de l’étude. Pour exprimer
les résultats de l’analyse et établir des comparaisons, on définit
une unité fonctionnelle dont le rôle est de quantifier la fonction
remplie par les produits étudiés. La phase d’interprétation révèle
les atouts et les faiblesses sur le plan des impacts à chaque stade
du cycle de vie du produit et pour chacun de ses composants. C’est
aussi une étape qui se prête à une hiérarchisation des impacts
potentiels et qui met en lumière les points critiques du
système.
Une mise en œuvre de l’analyse de cycle de vie adaptée à la
base du Réseau d’information comptable agricole français
Notre approche vise à quantifier l’impact du changement
climatique résultant des émissions de gaz à effet de serre (GES) et
les consommations d’énergie non renouvelable afin de comparer des
systèmes productifs du RICA représentatifs de la structure
nationale de la production agricole française. Deux unités
fonctionnelles sont retenues :
- –. la surface agricole utile (SAU) d’une exploitation
(en hectares) ;
- –. la valeur de la production d’une exploitation (en
euros).
Cette approche offre une double lecture de l’efficacité
environnementale de l’agriculture (Pradel, 2008). Les impacts
exprimés par rapport à la SAU fournissent des éléments de
comparaison de la performance environnementale relativement à la
« ressource terre » qui intervient dans le processus de
production. Ils mesurent aussi la pression environnementale exercée
par l’acte de production sur ce facteur. Celui-ci est généralement
utilisé par les exploitations agricoles quelle que soit leur
orientation technicoéconomique. Toutefois, pour certaines
productions agricoles, notamment celles qui nécessitent peu de
surface au niveau de l’exploitation (productions hors-sol
notamment), cette unité fonctionnelle n’est pas bien adaptée à une
comparaison des différents systèmes. La valeur de la production
comme unité fonctionnelle permet de comparer des systèmes agricoles
très variés, depuis les systèmes spécialisés produisant un seul
produit jusqu’aux systèmes mixtes associant plusieurs produits,
qu’ils soient végétaux, fourragers et/ou animaux. Toutefois, la
valeur de la production ne permet pas de s’affranchir de l’effet
des marchés et des variations des prix des produits agricoles.
Ainsi, pour atténuer l’effet prix, les valeurs d’impact présentées
ci-dessous sont basées sur des valeurs moyennes annuelles observées
sur la période 2002 à 2007.
Il convient de signaler que notre méthode entraîne un double
comptage partiel, en comptant en outre les impacts des cultures,
qui sont en partie utilisées dans l’industrie de l’alimentation
animale et sont donc également considérés comme impacts associés
aux aliments consommés par les élevages. Ce double comptage est
inévitable, étant donné les données disponibles. Il faut noter que
nos calculs n’ont pas pour objectifs de faire le bilan des impacts
totaux au niveau français, mais plutôt d’estimer les impacts des
systèmes de production représentés par les orientations
technicoéconomiques des exploitations (OTEX).
L’inventaire des émissions de GES concerne les trois principaux
gaz émis par l’activité agricole, le méthane (CH4), le
protoxyde d’azote (N2O) et le dioxyde de carbone
(CO2). Le CH4 est principalement émis
par les animaux d’élevage et notamment les ruminants lors des
processus biologiques (fermentation entérique) et lors de la
gestion des déjections des animaux, au stockage, au transport et à
l’épandage. Le N2O est émis lors de la gestion des
déjections animales et à la suite de l’épandage des engrais
minéraux. Le CO2 est principalement émis par les
agents énergétiques nécessaires au fonctionnement des installations
et des machines agricoles. Les émissions indirectes générées lors
de la production et du transport des principaux intrants de
l’agriculture sont aussi prises en compte. Il s’agit principalement
de CO2 et de N2O. Dans notre approche,
le stockage/déstockage de carbone dans les sols n’est pas intégré
en référence aux recommandations du Groupement international pour
l’étude du climat (GIEC) qui l’intègre à une échelle nationale dans
la catégorie « utilisation des terres, leur changement et la
forêt ». La base RICA permet d’identifier l’utilisation des
terres, mais elle ne permet pas d’identifier les parcelles de
l’exploitation qui changent d’affectation (des prairies qui
deviennent cultures et vice versa). Ainsi, nous n’avons donc
considéré ni stockage de C sous les prairies, ni déstockage sous
les cultures annuelles, faute de pouvoir identifier les parcelles
concernées (celles ayant subi un changement d’affectation).
Parmi les flux d’énergie directe et d’énergie indirecte de
l’activité agricole, nous avons retenu l’utilisation des carburants
et combustibles, du gaz et de l’électricité et l’énergie indirecte
nécessaire à la production et à la mise à disposition des
principaux intrants. L’inventaire des émissions de GES et des
consommations d’énergie s’arrête à la sortie de l’exploitation, la
phase aval de transformation des produits agricoles n’étant pas
intégrée à l’analyse.
L’évaluation des impacts des GES s’appuie sur les facteurs
d’émission et des facteurs de caractérisation régulièrement
actualisés par les experts grâce à l’acquisition de données de plus
en plus précises. Les valeurs de référence des émissions de
CH4 et de N2O des surfaces cultivées
sont celles du GIEC. Le N2O émis suite à l’épandage
d’engrais minéraux et les émissions liées aux processus biologiques
s’accompagnant d’échanges de gaz entre le sol et ses composants
sont évalués (IPCC, 2006b). Les émissions de CH4 et
de N2O des différentes catégories d’élevages sont
inspirées de la méthode appliquée en France par le Centre
interprofessionnel d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA,
2010) en cohérence avec la méthode dite du tiers 2 du GIEC
(IPCC, 2006a). Les facteurs annuels d’émissions sont appliqués aux
effectifs moyens des différentes catégories d’animaux présents sur
chaque exploitation de la base RICA (40 catégories structurées
selon l’espèce, l’âge, la destination) en tenant compte de
différents processus. Par exemple, pour le CH4, nous
estimons les émissions lors de la fermentation entérique, les
émissions lors du stockage des effluents dans les bâtiments
d’élevages et dans les aires de stockage, lors du transport et de
l’épandage et lors des périodes de pâturage. Pour le
N2O, les quantités annuelles de gaz émises lors du
stockage des effluents dans les bâtiments d’élevage et dans les
fosses de stockage, lors du transport et de l’épandage sur les sols
sont intégrées. Les utilisations des ressources énergétiques et les
émissions de CO2 par les intrants se réfèrent à la
base de données BUWAL (1996) et à des données internes de
l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Dans la
base RICA, seules sont enregistrées les dépenses d’engrais et
d’aliments achetés. Les entrées d’azote (N) par les engrais
et les aliments achetés sont estimées par un modèle économétrique.
À titre d’exemple, les entrées de N par les engrais sont
estimées par le modèle (1) en s’appuyant sur des informations à
l’échelle départementale (Agreste, statistique agricole annuelle et
Union des industries de la fertilisation [Unifa]).

- Neng : unités fertilisantes N en
kilogramme ;
- Sk : surface de chaque culture
k ;
- Cp : effectif d’animaux de
catégorie p ;
- aNk et
bkp : paramètres estimés ;
- un : terme d’erreur.
Utilisé en projection dans la base RICA, le modèle fournit une
estimation des entrées de N pour chaque exploitation et en
extrapolant, une estimation nationale. Pour respecter une cohérence
avec les données nationales, un redressement individuel est opéré.
L’indicateur d’impact changement climatique s’exprime en tonnes
d’émissions d’équivalent CO2 à l’horizon de
100 ans en appliquant le potentiel de réchauffement global
f pour chaque GES (f = 1 pour le CO2,
f = 25 pour le CH4 et
f = 298 pour le N2O [CITEPA, 2010]).
L’utilisation d’énergie non renouvelable est estimée en mégajoules
(MJ).
La phase d’interprétation basée sur la comparaison de systèmes
très variés peut être riche d’enseignements. Le classement des
systèmes de production agricole selon les deux angles d’approche
(la SAU et la valeur de la production) met l’accent sur les atouts
et les contraintes qui pèsent sur certains systèmes de production
agricole dans la perspective d’une évolution réglementaire de plus
en plus contraignante.
Des impacts environnementaux variant fortement avec
l’orientation productive
Dans la base RICA, chaque exploitation agricole est identifiée
par son orientation productive. Celle-ci est définie par la part
plus ou moins grande des catégories de produits constituant sa
production globale. Ainsi, une des nomenclatures de l’OTEX comprend
17 modalités représentant les différentes combinaisons
productives couramment rencontrées dans les exploitations
françaises (Agreste, 2009). La nomenclature permet d’identifier les
exploitations très spécialisées et celles qualifiées de mixtes. Ces
dernières associent deux ou plusieurs produits agricoles
participant dans des proportions notables à la formation de la
marge brute. L’estimation actuelle regroupe les orientations
maraîchage, fleurs et horticulture, fruits et vins.
Relativement à la valeur produite, les productions bovines, et
notamment la production de bovins-viande sont parmi les plus
émettrices de GES (figure 1).
Relativement à la surface de l’unité de production, les granivores
émettent en moyenne six fois plus de GES que les autres OTEX
(figure
2). Cet exemple illustre les limites de l’unité
fonctionnelle SAU dans le cas des exploitations de granivores qui
sont souvent en hors-sol et ont ainsi une SAU très faible.
Relativement à la valeur de la production, l’orientation
céréales utilise davantage d’énergie que les autres OTEX, notamment
de manière indirecte par certains intrants tels que les engrais et
le carburant pour les opérations culturales (figure 3).
L’OTEX fruits-légumes-fleurs-vin utilise moins d’énergie par
1 000 euros de produits, probablement à cause de la forte
valeur de ces productions. Relativement à la surface, les
granivores affichent un niveau nettement plus élevé que les autres
orientations du fait du grand volume des intrants, notamment des
aliments (figure 4).
Toutefois, comme dans l’estimation des GES, la méthode, tout en
estimant correctement la consommation d’énergie directe et
indirecte des exploitations, ne permet pas de calculer des
consommations totales au niveau national du fait d’un double
comptage partiel.
Ces résultats, et particulièrement les valeurs par hectare de
SAU, sont en accord avec les résultats obtenus par d’autres
démarches (Bochu et al., 2011 ; Van der Werf, 2004). À
titre d’illustration, le tableau 1
présente les valeurs moyennes et la variabilité des résultats pour
l’utilisation d’énergie non renouvelable et pour les émissions de
GES des exploitations spécialisées en céréales et grandes cultures.
En dépit d’approches méthodologiques différenciées, les émissions
de GES et l’utilisation de l’énergie non renouvelable sont proches
des estimations de Planète rebaptisé Dia’Terre, qui est l’outil
d’évaluation du changement climatique et de la consommation
d’énergie de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de
l’énergie (Ademe) pour les exploitations agricoles souhaitant
s’engager dans un plan de performance énergétique. Les différences
de performances entre les échantillons peuvent s’expliquer par des
différences d’approches méthodologiques. Par exemple, Planète prend
en compte les ressources et les émissions d’entreprises de travaux
et services par tiers.
Tableau 1 Émissions de gaz à effet de serre (GES) et
utilisation d’énergie non renouvelable dans les exploitations
céréales-grandes cultures, comparaison des résultats.
Greenhouse gas (GG) emissions and non-renewable energy use in
large-scale cereal production, a comparison of results.
|
| GES (t. éq. CO2/ha
SAU) |
Énergie non renouvelable (MJ/ha
SAU) |
|
| Moyenne |
Quart inférieur |
Quart supérieur |
Moyenne |
Quart inférieur |
Quart supérieur |
| RICA céréales |
3,4 |
3,0 |
3,7 |
11 200 |
8 500 |
13 000 |
| RICA céréales-grandes cultures |
4,1 |
3,3 |
4,5 |
15 200 |
10 200 |
16 400 |
| Planète (Metayer et al., 2010)
exploitations céréalières (irriguées ou non) |
2,2 |
2,0 |
2,2 |
16 800 |
14 200 |
18 600 |
| Van der Werf (2004) grandes cultures |
2,9 (moyenne : 5 grandes
cultures) |
2,3 (tournesol) |
3,3 (maïs) |
13 100 |
11 900 |
23 000 |
RICA : Réseau d’information comptable agricole
français ; SAU : surface agricole utile.
Le tableau 2 s’intéresse aux
exploitations spécialisées en production laitière, comparant deux
OTEX du RICA, (bovins-lait et bovins-lait-viande) aux résultats de
Planète (Bordet et al., 2010) et aux données EDEN (Van der
Werf et al., 2009). Les niveaux observés sont comparables
mais certains écarts subsistent. Entre le RICA et EDEN, la démarche
méthodologique d’estimation étant assez similaire, elle conduit à
des estimations moyennes très proches. L’écart plus grand entre le
RICA et Planète peut ici aussi s’expliquer par des différences
d’approches méthodologiques. Par exemple, dans le RICA,
l’estimation du méthane entérique des vaches laitières dépend à la
fois des effectifs et du niveau de la production laitière. Dans
Planète, il ne dépend que des effectifs animaux. La méthode
d’estimation des ressources et des émissions des bâtiments, du
matériel et des équipements est évaluée de façon globale dans le
RICA et de manière plus fine dans Planète. Ainsi, la manière
d’utiliser la terre et de générer un produit d’exploitation
conditionne le niveau des impacts ainsi que les leviers de progrès
possibles.
Tableau 2 Émissions de gaz à effet de serre (GES) et
utilisation d’énergie non renouvelable dans les exploitations
bovins-lait, comparaison des données Réseau d’information comptable
agricole français (RICA), Planète et EDEN.
Greenhouse gas (GG) emissions and non-renewable energy use in
bovine milk production, French Farm Accountancy Data Network
(FADN), Planète and EDEN data comparison.
|
| GES (t. éq. CO2/ha
SAU) |
Énergie non renouvelable (MJ/ha
SAU) |
|
| Moyenne |
Quart inférieur |
Quart supérieur |
Moyenne |
Quart inférieur |
Quart supérieur |
| RICA bovins-lait |
7,2 |
5,7 |
8,6 |
11 000 |
7 600 |
13 600 |
| RICA bovins-lait-viande |
6,7 |
5,2 |
7,9 |
10 900 |
7 400 |
13 800 |
| Planète bovins-lait strict (Bordet et al.,
2010) |
5,5 |
5,4 |
5,7 |
17 000 |
12 600 |
20 500 |
| Planète bovins-lait système herbager (Bordet et
al., 2010) |
5,4 |
5,1 |
5,7 |
13 600 |
10 200 |
14 100 |
| EDEN-Bretagne (Van der Werf et al.,
2009) |
6,1 (std = 1,1) |
|
| 12 100 (std = 3,7) |
| |
Std : écart type ; SAU : surface agricole
utile.
Dans les systèmes de production agricoles, les émissions de GES
et l’utilisation d’énergie sont étroitement et positivement liés,
comme l’indique leur forte corrélation par OTEX, qui varie de
0,69 à 0,93 (figure 5).
Les OTEX bovins-lait-viande et grandes cultures-herbivores ont le
coefficient de corrélation le plus élevé, autour de 0,90.
Une contribution variable des régions aux impacts
environnementaux
À titre d’illustration, nous considérons à l’échelle de la
région les impacts directs et indirects pour deux OTEX, les
« spécialisées lait » et les « spécialisées
céréales », impacts par hectare de SAU et impacts par
1 000 euros de production. Les exploitations spécialisées en
production de lait présentent une grande variabilité des émissions
de GES par hectare, avec une prépondérance des émissions directes
(figure
6). Les régions plus spécialisées dans l’ouest et
plus intensives sont parmi les plus émettrices par hectare. Les
émissions de GES par 1 000 euros montrent un resserrement de
la variabilité interrégionale probablement en lien avec une
rémunération du lait liée à sa qualité. En revanche, on constate
que la variabilité intrarégionale entre exploitations reste
relativement élevée. La consommation d’énergie non renouvelable par
hectare de ces exploitations présente aussi une grande variabilité
intra- et interrégionale, et les émissions indirectes dominent. Les
régions spécialisées dans l’ouest ont des valeurs plutôt moyennes
pour l’indicateur GES.
Les exploitations spécialisées en céréales présentent des
émissions de GES par hectare assez homogènes quelle que soit la
région (figure 7).
On peut aussi observer une faible variabilité intrarégionale tandis
que la variabilité des GES par 1 000 euros s’accroît avec la
spécialisation régionale. Il y a une grande variabilité intra- et
interrégionale de la consommation d’énergie non renouvelable par
hectare qui s’accentue par 1 000 euros, avec une prédominance
de la consommation indirecte.
Ces résultats pointent le rôle des intrants dans l’estimation
d’indicateurs environnementaux. Sur le plan méthodologique,
certains travaux s’appuient sur un échantillon ciblé (Bochu et
al., 2011) ou sur des cas types (Dalgaard et al., 2004),
offrant une observation fine de tous les flux entrants et sortants.
Par rapport à ces travaux, notre méthodologie permet d’intégrer de
manière exhaustive la diversité des situations rencontrées en
agriculture du fait de la représentativité de la base RICA.
Cependant, la faiblesse des observations en flux physiques entrants
contraint d’utiliser des informations complémentaires et de
formuler certaines hypothèses. Ainsi, disposer dans le RICA
d’informations sur les caractéristiques et les grandeurs des flux
physiques entrant dans l’exploitation, notamment de ceux qui pèsent
de manière indirecte en termes d’impacts environnementaux
(aliments, électricité, carburants et combustibles, engrais),
aurait l’avantage d’améliorer la précision des estimations de
l’utilisation des ressources et des émissions. Le RICA pourrait
alors être considéré comme un outil de mesure des résultats
économiques des exploitations européennes et un outil d’évaluation
des performances environnementales.
Conclusion et perspectives
Cette estimation de valeurs d’indicateurs environnementaux dans
la base technicoéconomique du RICA au niveau des exploitations
individuelles en France met en évidence la variabilité des impacts
environnementaux potentiels entre systèmes de production agricole
mais aussi au sein des systèmes de production. Dans bien des cas et
selon les unités fonctionnelles, la variabilité intrasystème est
plus grande que les différences des moyennes entre systèmes
notamment pour les bovins. Cette diversité ne masque pas des
relations souvent étroites entre l’utilisation d’énergie non
renouvelable et le changement climatique. La richesse
d’informations disponibles dans la base de données du RICA a permis
d’estimer les indicateurs de changement climatique et d’utilisation
d’énergie, en faisant appel à des bases de données agricoles et
environnementales complémentaires. Nos résultats agrégés tiennent
la comparaison avec d’autres références. Leur intérêt spécifique
réside dans la mise en évidence de la variabilité interindividuelle
entre les exploitations agricoles d’une même orientation technique.
Les données comptables du RICA posent cependant des problèmes
spécifiques. La délimitation du système à inventorier n’est pas
complètement homogène : par exemple, certaines exploitations
ne récoltent pas elles-mêmes leur production, cette tâche étant
réalisée par l’organisme collecteur. Concernant le calcul des
indicateurs environnementaux, le RICA comporte une description très
détaillée des quantités produites, des surfaces et des cheptels. En
revanche, les intrants, bâtiments et matériels ne sont connus que
par leurs coûts et de manière très agrégée. L’estimation des
quantités en s’appuyant sur d’autres bases de données régionales ou
nationales est donc une source d’imprécision. La décision des
autorités européennes de réintroduire l’enregistrement de certains
intrants dans le RICA, des engrais notamment, est donc porteuse
d’avenir. Au-delà des résultats descriptifs présentés ici, le RICA
peut ainsi servir de base à l’évaluation multicritère des impacts
environnementaux et sociaux des politiques agricoles et des chocs
de marchés.
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