ARTICLE
bdc.2011.1479
Auteur(s) : Thierry Bouillet1, Ali Mohammed Ali2, Juliette Thariat3 jthariat@hotmail.com
1 Hôpital Avicenne, département de radiothérapie,
93009 Bobigny, France
2 Department of Clinical Oncology, Sohag Faculty of
Medicine, Nasser City, 82525 Sohag East, Égypte
3 Department of Radiation Oncology/IBDC CNRS UMR
6543, Cancer Center Antoine-Lacassagne, University Nice
Sophia-Antipolis, 33, avenue Valombrose, 06189 Nice Cedex 2,
France
Tirés à part : J. Thariat
Introduction
Dans de nombreuses situations thérapeutiques, une irradiation
rénale peut être rendue indispensable tant chez un adulte qu’en
pédiatrie. Cette irradiation peut être partielle ne concernant
qu’une partie d’un seul rein lors de traitement en oncologie de
tumeurs abdominales, en particulier digestives hautes, urologiques,
testiculaires ou rénales ou pelviennes, gynécologiques, mais aussi
en hématologie pour des lymphomes. Cette irradiation peut aussi
inclure les deux parenchymes rénaux lors d’irradiation corporelle
totale (ICT) ou abdominale totale. Sa toxicité aiguë et chronique
sur les fonctions rénales peut mettre en jeu le pronostic vital. Sa
prévention passe par une mesure de la dose reçue par chaque rein en
tenant compte des comorbidités et autres facteurs de risque de
néphrotoxicité, suivie par une surveillance prolongée
post-radiothérapie avant éventuellement d’entreprendre un
traitement préventif de préservation du capital rénal restant ou
curatif.
Anatomie
L’anatomie et la physiologie rénales sont traitées dans ce même
numéro du BDC [1] ainsi que l’anatomie radiologique [2]. Du
point de vue de la radiothérapie, le rein est considéré comme un
« organe en parallèle », c’est-à-dire comme une
juxtaposition d’unités fonctionnelles que sont les néphrons,
fonctionnant en parallèle [3]. Cette architecture en parallèle lui
confère un profil de toxicité particulier : il faut qu’un
pourcentage relativement important de ses unités fonctionnelles
soit détérioré pour qu’il y ait un retentissement fonctionnel sur
l’organe. Cette architecture s’oppose à une architecture dite en
série, comme c’est le cas pour la moelle, où une dose élevée dans
un très petit volume peut induire une toxicité. Les reins étant des
organes pairs, la perte d’un rein est théoriquement compensée par
l’autre rein.
Les reins sont bien visibles sur un scanner dosimétrique même
non injecté. Ils sont rétropéritonéaux, situés dans la loge rénale
en région lombaire, au contact de la paroi abdominale postérieure
et en avant des dernières côtes. Ils sont généralement contourés
comme organes à risque sans distinguer leur composante
parenchymateuse de leurs cavités excrétrices et la part de
celles-ci dans la toxicité rénale ne peut donc pas être à ce jour
estimée.
Les données concernant les effets rénaux de la radiothérapie
sont souvent anciennes et sont issues de séries rétrospectives
n’utilisant pas les techniques tridimensionnelles actuelles et ne
tenant pas compte de la mobilité rénale. Or celle-ci est
significative puisqu’elle peut atteindre 2 cm en cranio-caudal au
cours d’un cycle respiratoire. Cette mobilité rénale est d’autant
plus importante que le patient est jeune [4]. Cette mobilité rénale
représente ainsi un facteur important d’imprécisions dosimétriques
La plupart des évaluations sur les doses-effets de l’irradiation
n’ont pas pris en compte le volume tenant compte de la position
variable des reins, volume prévisionnel occupé par l’organe à
risque (PRV), mais seulement les reins dans une position
instantanée aléatoire, ce qui limite la valeur des
recommandations.
Fonction
Le rein a plusieurs fonctions : de filtration glomérulaire,
maintien de l’équilibre hydro-électrolytique, régulation de la
tension artérielle, production d’érythropoïétine, de vitamine D. La
radiothérapie peut modifier chacune de ces différentes activités
rénales.
Contexte clinique
Les reins sont des organes limitants dans le cadre de
l’irradiation de cancers digestifs, gynécologiques, de lymphomes et
de sarcomes car le niveau de dose induisant une toxicité pouvant
être létale est inférieur aux niveaux de dose requis pour ces
néoplasies.
L’incidence de la néphropathie radique est probablement
sous-estimée du fait de sa latence après l’irradiation. De plus,
l’imputabilité de l’irradiation peut être difficile du fait des
traitements associés comme certaines chimiothérapies
néphrotoxiques. Le rapport utilisé en radiobiologie et permettant
d’estimer la sensibilité de tissus ou tumeurs au fractionnement
alpha/bêta a été estimé à 2.
Évaluation de la dose reçue
Un certain nombre d’approximations sont faites lors de
l’établissement de relations dose-volume : en effet, en plus
de la mobilité mentionnée ci-dessus, la tolérance est mesurée pour
les deux reins globalement, avec le postulat que la dose est
délivrée de manière homogène. Ces approximations dans la dose
réelle aux reins gênent l’évaluation de la dose reçue réellement et
donc le calcul des niveaux de dose exposant à un risque possible de
néphrotoxicité. Ces approximations sont d’autant plus inexactes
lorsque les techniques d’irradiation utilisent de très forts
gradients de dose et comportent d’importantes hétérogénéités comme
c’est le cas pour la radiothérapie stéréotaxique extracrânienne par
exemple (figure 1).
L’évaluation du risque d’atteinte des fonctions rénales doit tenir
compte de la dose totale, du fractionnement, de l’étalement et du
volume de parenchyme rénal irradié. Cet effet volume différencie
ainsi les irradiations rénales focales, réalisées sur une partie
d’un des deux reins et les irradiations rénales complètes incluant
l’ensemble des deux parenchymes rénaux [1, 5].
Manifestations cliniques
Les manifestations cliniques peuvent être aiguës, apparaissant
au décours immédiat de la radiothérapie, ou chronique, survenant
plus d’un an après la radiothérapie [6]. Les dommages radio-induits
sur les reins sont surtout imputés à des atteintes glomérulaires.
Néanmoins, une sténose des voies urinaires pourrait indirectement
induire des dommages rénaux et des lésions interstitielles sont
possibles. Les dommages radio-induits peuvent être divisés en
dommages infracliniques et cliniques.
Manifestations aiguës
La toxicité aiguë survient dans les trois mois suivant
l’irradiation et elle est alors généralement infraclinique. Elle
est rare. Elle survient en règle lors des irradiations globales des
deux reins par exemple lors des radiothérapies corporelles
complètes avec un tableau clinique de syndrome hémolytique et
urémique. Dans ce contexte, la néphropathie aiguë peut être
aggravée par un contexte septique, le conditionnement
chimiothérapique ou les antibiothérapies associés par exemple.
Manifestations tardives
Généralement, la toxicité rénale limitante est tardive. Le
tableau clinique le plus classique de néphropathie radio-induite
est plus tardif avec usuellement une phase de latence de six mois,
suivie d’une phase sub-aigüe évoluant habituellement sur six à 18
mois après l’irradiation. Elle est caractérisée par une
hypertension parfois maligne, des taux élevés de créatinine/une
insuffisance rénale et une anémie. Les symptômes biologiques
comportent une élévation de la créatinine et de la bêta-2
microglobuline sériques, une protéinurie. Cette phase peut être
réversible et guérir sous traitement mais elle peut aussi évoluer
vers l’installation d’une insuffisance rénale chronique, qui peut
être associée à une HTA parfois maligne, une anémie et
morphologiquement une atrophie rénale [3, 6]. L’atteinte
rénale peut rester indétectable mais amputer une partie du
potentiel rénal, importante en cas de dommages rénaux ultérieurs
(toxiques, etc.).
Évaluation de la toxicité rénale
La toxicité rénale tardive peut être évaluée soit par l’échelle
adaptée K/DOQI (tableau 1) basée sur la
clairance de la créatinine [5], soit par l’échelle RTOG EORTC [6]
qui intègre des paramètres cliniques (tableau
2).
Tableau 1 Échelle K/DoQI de toxicité rénale.
| Stade |
Description |
Clearance (mL/min) |
| 1 |
Dommage histologique avec clairance normale |
> 90 |
| 2 |
Réduction faible clairance |
60 à 89 |
| 3 |
Réduction modérée clairance |
30 à 59 |
| 4 |
Réduction sévère clairance |
15 à 29 |
| 5 |
Insuffisance rénale |
< 15 ou dialyse |
Tableau 2 Échelle RTOG/EORTC.
| Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Albuminurie temporaire |
Albuminurie modérée (2+) |
Albuminurie sévère |
HTA maligne |
| Pas d’HTA |
HTA modérée
Pas d’anémie |
HTA sévère
Anémie < 10 g/100 mL |
Coma urémique |
| Clairance créatininémie > 75 % N |
Clairance créatininémie entre 50 et 74 % |
Clairance créatininémie < 50 % |
|
Histologie de cette néphrotoxicité
Selon les travaux de Glatstein puis de White qui ont cherché à
caractériser les lésions radio-induites, la toxicité rénale serait
due à une obstruction des capillaires glomérulaires par un œdème
sans infiltrat inflammatoire à l’origine d’une modification de la
microvascularisation et du système rénine-angiotensine. Selon
Hoopes, c’est plus une fibrose périvasculaire que des lésions
transitoires des vaisseaux eux-mêmes qui serait responsable de la
toxicité rénale tardive. Le rein est constitué de multiples couples
néphrons-tubes contournés qui fonctionnent tous en parallèle. Toute
altération d’une partie de ces structures les rend non
fonctionnelles. Cependant, la radiothérapie modifie les glomérules
mais aussi les tubules. Il s’agit d’anomalies histologiques
dynamiques et progressives. Les anomalies précoces sont des
thromboses des capillaires glomérulaires.
Les anomalies plus tardives, liées à la survenue de fibrose
périvasculaire, comportent une atteinte diffuse glomérulaire avec
une sclérose mésenchymateuse, des dilatations anévrysmales des
capillaires glomérulaires, une fibrose extensive interlobulaire
aboutissant à une atrophie rénale [3, 7].
Doses rénales susceptibles d’être néphrotoxiques
Les données cliniques séparent les toxicités rénales
rencontrées, d’une part, lors des irradiations corporelles totales
(ICT) qui intéressent l’ensemble des deux parenchymes rénaux
irradiés sur un mode court en une à six séances sur une période
d’un à quatre jours, et, d’autre part, lors des irradiations
n’intéressant qu’une partie du parenchyme rénal et réalisées en
règle selon un fractionnement classique de cinq séances
hebdomadaires sur plusieurs semaines.
Irradiations corporelles in toto
Lors des ICT, les patients présentent des comorbidités en
particulier infectieuses ou reçoivent d’autres traitements
susceptibles eux-mêmes d’être toxiques pour le parenchyme rénal
[7, 8] tels que antibiothérapies, chimiothérapie de
conditionnement. Dans ce contexte d’ICT, la dose rénale susceptible
de provoquer un risque de néphrotoxicité chez 5 % des patients
est de 9,8 Gy délivrée en une seule séance (dose 5 %). Le
fractionnement et la réduction du débit de dose permettent
d’accroître le niveau de dose tolérable par les deux reins. La dose
5 % correspond dans ce type d’irradiation sur les deux reins à
une dose biologiquement équivalente de 16 Gy réalisée en
fractionnement classique [8, 9] de cinq séances par semaine
sur deux semaines, ce qui sert de base de référence pour les
irradiations abdominales étendues.
Chez l’enfant, la radiosensibilité rénale semble augmentée, ce
qui nécessite une réduction des doses rénales en deçà de ces
niveaux lors des irradiations corporelle totales en pédiatrie
[10].
Irradiations abdominales
Dans le cadre des irradiations abdominales plus ou moins
étendues réalisées en fractionnement classique, il existe deux
situations, soit le ou les reins reçoivent une partie de la dose
délivrée par séance à l’organe cible, soit une zone de parenchyme
rénal reçoit à chaque fraction toute la dose délivrée au point de
calcul. Dans le premier cas de figure, les deux parenchymes rénaux
peuvent être inclus dans une partie des faisceaux de radiothérapie
et recevoir ainsi des doses quotidiennes d’irradiation inférieure à
celles délivrées au point de calcul, mais restant néanmoins
significatives. Dans ce cadre, la dose toxique rénale 5 % est
de 18 à 23 Gy pour des doses de 0,5 à 1,25 Gy par
fraction [5]. Dans le casoù une zone du rein reçoit toute la dose
délivrée à chaque séance au point de calcul, ce qui est en
particulier le cas lors des radiothérapies abdominales, pour les
tumeurs gastriques ou pancréatiques, la zone rénale recevant plus
de 25 Gy est fonctionnellement détruite, cette dose est réduite à
20 Gy chez l’enfant.
Cas particulier des greffés rénaux
Quelques cas ont été rapportés dans la littérature sur des
irradiations pelviennes en cas de greffon rénal pelvien. Les
transplantés rénaux avec greffon rénal sont souvent a priori
considérés comme contre-indiqués pour une irradiation pelvienne
pour cancer du col utérin, de l’endomètre, du rectum.
Cependant, il ne s’agit pas d’une contre-indication absolue à
une irradiation pelvienne et la situation clinique doit être
évaluée au cas par cas en fonction, d’une part, de la situation
dans le pelvis, inguino-iliaque par exemple, et des volumes cibles
à irradier sans compromettre le contrôle locorégional. Il s’avère
que dans un certain nombre de cas, le greffon peut être mis en
dehors des champs d’irradiation ou la dose limitée à 5 Gy ou moins
grâce aux techniques d’irradiation conformationnelle et/ou
permettant de forts gradients de dose comme la radiothérapie
conformationnelle avec modulation d’intensité. Le bilan
préthérapeutique doit évaluer la fonction du greffon, le plan de
traitement prendre en compte le greffon lui-même et son pédicule
vasculaire. Dans les cas où une dose infracritique ne peut être
délivrée sans compromettre le contrôle de la maladie cancéreuse
pelvienne, d’autres traitements ou la faisabilité d’une
autotransplantation ou encore l’acceptation d un risque
d’insuffisance rénale et de mise en dialyse doivent être discutés
avec le patient.
Compensation biologique
Il existe classiquement en cas d’atteinte rénale partielle une
hypertrophie du parenchyme restant sain, cette hypertrophie
compense en totalité ou en partie les altérations des fonctions
rénales dues à la destruction radio-induite d’une partie du
parenchyme rénal mais cette compensation biologique ne se produit
pas lorsque le parenchyme rénal dit sain a reçu une dose supérieure
ou égale à 12 ou 13 Gy sous forme de 1 Gy par fraction ce
qui se produit parfois du fait du rayonnement diffusé ou de
l’inclusion dans une partie des faisceaux utilisés pour la
balistique.
Normes de sécurité
Le risque de néphrotoxicité radique (NTR), fonctionnelle ou
atrophique, est corrélé au volume de parenchyme rénal ayant reçu au
moins respectivement les doses de 20 Gy (V20) et de 30 Gy
(V30). À partir de ces données, différentes normes de sécurité (tableau 3) peuvent être proposées en tenant
compte, d’une part, de la technique de radiothérapie,
hypo-fractionnée, ou en fractionnement classique, et, d’autre part,
de l’inclusion totale ou partielle et selon quelle fraction des
reins dans les faisceaux de radiothérapie.
Tableau 3 Normes dose-volume rénaux à respecter pour un
risque de néphrotoxicité radique (NTR) inférieur à 5 %.
| Irradiation holorénale |
Irradiation corporelle totale |
Dose rénale moyenne < 10 Gy |
|
| Radiothérapie classique fractionnée |
Dose rénale moyenne < 18 Gy |
| Irradiation rénale partielle |
V28 |
< 20 % |
| V20 |
< 32 % |
| V12 |
< 55 % |
| Si la dose moyenne d’un rein > 18 Gy |
V6 Gy rein opposé |
< 30 % |
En cas d’irradiation holorénale, c’est-à-dire incluant donc la
totalité des deux reins
La dose moyenne rénale doit être inférieure à 10 Gy en cas
d’irradiation de type ICT et de moins de 18 Gy en cas
d’irradiation en fractionnement classique.
En cas d’irradiation partielle rénale
Le volume des reins recevant 20 Gy (V20) doit être
inférieur à 32 % du volume du parenchyme rénal total, le V28
inférieur à 20 % de ce même volume. Par ailleurs, si la dose
rénale moyenne dans un des deux reins est supérieure à 18 Gy, le V6
Gy du rein restant doit être inférieur à 30 % du volume de ce
rein restant et ce afin de permettre une compensation fonctionnelle
par le rein restant [5, 10-12].
Interaction entre la radiothérapie et la chimiothérapie
Les substances de chimiothérapie, en particulier le cisplatine,
peuvent accroître la radiosensibilité du parenchyme rénal. En cas
d’association radio-chimiothérapique associant du cisplatine et une
radiothérapie incluant les parenchymes rénaux, une réduction de la
dose totale de CDDP à 200 mg/m2 et un V37,5 Gy rénal
inférieur à 12 Gy sont proposés [5].
Surveillance rénale post-radiothérapie
Le suivi de la fonction rénale doit être systématique pendant
les deux années qui suivent l’irradiation. Cette surveillance
inclut des paramètres cliniques, poids, tension artérielle, et
biologique, créatininémie, bêta-2 microglobuline sériques,
recherche de protéinurie. La découverte d’anomalie doit faire
proposer un traitement spécifique qui peut permettre d’éviter une
évolution vers une phase clinique symptomatique qui peut être
maligne.
Mécanismes et traitement
Mécanismes
Un accroissement de l’activité du système
rénine-angiotensine II ou un rôle du stress oxydatif sont des
mécanismes possibles de cette toxicité rénale de la radiothérapie
[13]. Quel que soit l’origine de cette atteinte rénale, il s’agit
d’un phénomène dynamique sur le plan histologique avec une
évolution dans le temps des anomalies morphologiques. Cette
variation histologique ouvre la voie à un traitement préventif ou
curatif. De nombreux traitements sont proposés pour limiter les
fibroses et nécroses post-radiques des tissus sains [14].
Traitements préventifs et curatifs
Dans le cas de la néphropathie radio-induite, les inhibiteurs de
l’enzyme de conversion (ICE) comportant un groupe thiol (captopril)
ou non (énalapril), mais aussi les antagonistes des récepteurs de
l’angiotensine II (losartan) ont un effet préventif ou curateur.
Ces deux classes thérapeutiques semblent agir par des mécanismes au
moins partiellement distincts, en effet, les antagonistes des
récepteurs de l’angiotensine II sont supérieurs aux IEC en
prévention, mais pas en curatif de cette toxicité radique
[15, 16]. En revanche, les traitements antioxydants n’ont pas
d’efficacité démontrée sur le néphrotoxicité radique [17].
Conclusions
La toxicité rénale de la radiothérapie est classique, elle
correspond à l’action des radiations ionisantes lors de l’inclusion
de tout ou partie des parenchymes rénaux dans les faisceaux de
traitement. Cette irradiation rénale se rencontre dans de multiples
tumeurs solides ou en hématologie. Le risque de néphropathie
radio-induite peut être limité par un respect des doses rénales
délivrées, calculées à partir des histogrammes doses-volumes, ce
calcul doit tenir compte de la mobilité rénale et des autres
facteurs de toxicité rénale. Une surveillance clinique et
biologique doit être réalisée sur deux ans après une irradiation
rénale complète ou partielle. Cette néphrotoxicité radique est un
phénomène histologiquement dynamique avec des modifications
morphologiques successives. Un traitement préventif ou curatif est
possible par les ICE ou par les antagonistes du récepteur à
l’angiotensine II.
Dix points essentiels à retenir
- 1. La plupart des toxicités rénales sévères survient
dans les 18 mois.
- 2. En cas d’irradiation corporelle totale, la dose
responsable de 5 % de toxicités correspond dans ce type
d’irradiation sur les deux reins à une dose de 10 Gy.
- 3. En cas d’irradiation partielle rénale, le volume des
reins recevant 20 Gy doit être inférieur à 32 % du volume du
parenchyme rénal total.
- 4. Une compensation rénale par le parenchyme rénal
recevant moins de 12 Gy à raison de séances de 1 Gy lorsque le rein
controlatéral a reçu par ailleurs une dose toxique responsable
d’une atrophie.
- 5. La dose aux reins est actuellement encore mal prise
en compte et nécessiterait d’utiliser un planning organ at risk
volume (PRV) pour tenir compte de leur mobilité.
- 6. La mobilité des reins est plus importante chez les
jeunes enfants que chez les adultes.
- 7. Chez l’enfant, la radiosensibilité rénale semble
augmentée. Il est nécessaire de réduire les doses rénales en
deçà des niveaux de dose acceptés pour l’adulte lors des
irradiations corporelles totales en pédiatrie.
- 8. Une surveillance biologique rénale est nécessaire
dans les deux ans qui suivent une irradiation totale ou partielle
rénale pour éviter une évolution vers des lésions irréversibles le
cas échéant.
- 9. Les lésions rénales sont le plus souvent d’origine
glomérulaire, mais peuvent être secondaires à une sténose des voies
urinaires.
- 10. La présence d’un greffon rénal en position iliaque
n’est pas une contre-indication absolue à une irradiation pelvienne
car la technique (balistique) peut généralement être adaptée pour
délivrer une dose infratoxique au rein unique qu’est le
greffon.
QROC
- 1. Compte tenu de leur parité, les reins constituent-ils
un organe limitant pour des lésions digestives hautes ?
Oui, en cas d’irradiation à au moins 8 Gy sur l’un des
reins, l’autre rein est à risque et ne devrait pas recevoir plus de
6 Gy à 30 % de son volume.
- 2. Est-il vrai que les reins sont rétroperitonéaux et
que leur mobilité est négligeable en termes dosimétriques ?
Non, la position cranio-caudale peut varier de 2 cm.
- 3. L’architecture en parallèle des reins indique-t-elle
que la dose maximale ponctuelle est la contrainte prioritaire lors
d’une dosimétrie ?
Non, il faut raisonner en termes de dose moyenne ou de dose
délivrée à un pourcentage du volume et prendre en compte les deux
reins.
- 4. Les IEC ont-ils un rôle délétère devant une
néphropathie radique constituée ?
Non, ils peuvent même être utilisés en traitement curatif.
- 5. En cas de chimiothérapie associée par cisplatine, la
dose de tolérance est-elle identique ?
Non, la dose doit être limitée à moins de 12 Gy à
l’ensemble du rein.
Conflits d’intérêts: aucun.
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