ARTICLE
bdc.2012.1545
Auteur(s) : Nicolas Janus1
nicolas.janus@psl.aphp.fr,
Vincent Launay-Vacher1, Jean-Marc
Ferrero2, Juliette Thariat3
1 Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, service ICAR,
service de néphrologie, 47-83, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris,
France
2 Centre Antoine-Lacassagne, service d’oncologie
médicale, 06200, Nice, France
3 Centre Antoine-Lacassagne, service de
radiothérapie-oncologie, 06200, Nice, France
Tirés à part : N. Janus
Introduction
Le cancer est une des plus importantes causes de mortalité à
travers le monde et ce malgré les progrès thérapeutiques réalisés,
avec pour la première fois en 2010 une baisse de la mortalité
par cancer [1]. Bien que les maladies cardiovasculaires soient la
cause de mortalité la plus fréquente chez les patients insuffisants
rénaux chroniques (IRC) [2], les oncologues sont de plus en plus
confrontés à des patients IRC et les néphrologues à des patients
atteints de cancer. En effet, ces deux pathologies semblent être
fréquemment présentes chez le même patient [3], avec, d’une part,
une importante prévalence de l’insuffisance rénale en oncologie où
environ 60 % des patients présentent une baisse du débit de
filtration glomérulaire [4, 5] et d’autre part, un risque
relatif de cancer de novo après la mise en dialyse de
1,1 à 1,8 [3] et 2,5 à 3,9 après la transplantation
rénale. Ainsi, un nombre croissant de patients présente un cancer
au cours de l’évolution de la maladie rénale (en période postgreffe
ou en dialyse). Les progrès réalisés en matière d’épuration
extrarénale et de greffe rénale conduisent à un allongement de la
survie, ainsi une proportion grandissante de patients est
théoriquement exposée au risque de cancer de novo. Plusieurs
mécanismes peuvent expliquer la survenue de cancer chez ces
patients. L’immunodépression du patient insuffisant rénal, ainsi
que le recours aux immunosuppresseurs chez les transplantés rénaux,
exposent ces patients à des infections, en particulier virales, qui
peuvent contribuer à la survenue d’un cancer. L’exposition à un
état de stress oxydant chronique chez les patients dialysés, ou à
des immunosuppresseurs au long cours chez les patients greffés,
exposent d’autant plus ces patients à un risque de survenue d’un
cancer. La survenue d’un cancer chez ces patients ayant une
pathologie rénale nécessite une prise en charge transversale et
souvent complexe, avec une mortalité qui reste importante.
Matériel et méthode
Une revue de la littérature de langue anglaise ou française a
été réalisée en utilisant les mots-clés suivants dans
Medline : « risque », « cancer »,
« transplantation », « greffe »,
« dialyse », « hémodialyse », « dialyse
péritonéale », « insuffisance rénale
terminale ».
Risque de cancer en dialyse
Bien que cela fut controversé, il est maintenant établi que
l’incidence des cancers est globalement plus importante chez les
patients dialysés que parmi la population générale. En effet, dans
l’une des plus importantes études consacrées à ce sujet et
regroupant des données d’Australie, de la Nouvelle-Zélande et
d’Europe, 25 044 patients ont développé un cancer parmi une
population de 831 804 patients dialysés entre 1980 et
1994, rapportant ainsi un ratio standardisé d’incidence (RSI) de
1,18 [6]. Ces résultats furent ensuite confirmés avec un RSI, cette
fois, de 1,35 parmi 25 685 patients dialysés [7].
L’ensemble des études montre surtout que les risques de développer
un cancer en dialyse sont très variables d’un type de tumeur à
l’autre (tableau 1).
Ainsi, ces patients sont particulièrement exposés à un risque de
cancer du rein, d’une façon moindre à un cancer de la vessie, de la
thyroïde, du foie, de l’utérus ou à un risque de lymphome. En
revanche, ces patients sont à faible risque de développer un cancer
du sein, de la prostate, du poumon et du côlon [8].
Tableau 1 Incidence en dialyse et en transplantation
rénale [6, 7, 22, 23, 54–56].
| Type de cancer |
Hémodialyse |
Transplantation rénale |
|
| RSI et références |
RSI et références |
| Cancer (global) |
1,1-1,8 |
2,5-3,9 |
| Peau (hors mélanome) |
- |
57,7-92,3 |
| Rein |
3,3-9,8 |
5,2-7,3 |
| Thyroïde |
1,9-5,9 |
3,8-6,9 |
| Vessie (et voies excrétrices) |
1,4-4,8 |
2,0-3,3 |
| Utérus |
1,6-4,0 |
1,6-5,7 |
| Foie |
1,2-2,3 |
1,8-4,5 |
| Poumon |
0,9-1,6 |
1,7-2,8 |
| Côlon |
0,9-1,2 |
1,4-2,4 |
| Prostate |
0,7-1,2 |
0,9-1,6 |
| Sein |
0,42-1,1 |
1,0-1,5 |
RSI : ratio standardisé d’incidence.
Les facteurs de risque
Plusieurs facteurs de risque ou mécanismes ont été évoqués ou
mis en évidence pour expliquer cette tendance. Ainsi, plusieurs
virus sont clairement associés à la survenue d’un cancer en
dialyse. Les virus des hépatites B et C sont, par exemple, des
facteurs de risque de survenue d’un cancer du foie [7, 9]. Les
systèmes de dialyse ont pu être incriminés dans la transmission de
ces virus hépatitiques et, en particulier, du virus de
l’hépatite C jusque dans les années 1980. Les mécanismes
oncogéniques d’origine infectieuse sont d’autant plus importants
que les patients dialysés présentent un dysfonctionnement du
système immunitaire [10]. Pour l’hépatite B, par exemple, il
est nécessaire d’augmenter les doses de vaccins [11, 12].
Par ailleurs, ils semblent que chez les patients dialysés, les
mécanismes de réparation de l’ADN soient moins efficaces, exposant
ainsi ces patients à un risque tumoral accru [8]. Or, les capacités
antioxydantes sont réduites chez ces patients, les exposant ainsi à
un risque d’altération de l’ADN par les radicaux libres [8]. La
durée de la dialyse chronique, et donc d’exposition à un stress
oxydant chronique, est assez variable d’une étude à l’autre, mais
en règle générale de l’ordre de quelques années. Certaines maladies
rénales sont également des facteurs de risque de cancer. Ainsi, les
maladies kystiques rénales acquises sont associées à un risque
accru de survenue d’un cancer du rein en dialyse [8]. Des
infections urinaires chroniques ou répétées pourraient également
constituer un risque de cancer chez ces patients et pourraient
expliquer l’incidence des cancers des voies urinaires : des
carcinomes urothéliaux des voies urinaires hautes sont rapportés
dans 47,4 % des cas, des atteintes basses dans 17,5 % et
des atteintes mixes dans 35,1 %. Toutefois, les mécanismes
évoqués sont mixtes, impliquant également les dysfonctions du
système immunitaire, de réparation de l’ADN [13].
Chez les patients traités pour syndrome dysimmunitaire à
expression rénale comme la maladie de Wegener [14], pouvant
conduire à la dialyse, l’exposition accrue à l’acroléine
(métabolite du cyclophosphamide), a pu favoriser la survenue de
cancer de la vessie, dans une période de 2,7 ans [15]. De
même, l’azathioprine, médicament indiqué dans le lupus et utilisé
en néphrologie, est associé à la survenue de cancer de la peau et
de lymphome, notamment chez les patients traités au long cours.
Ainsi, l’exposition prolongée aux médicaments augmente, au niveau
de la peau, le risque mutagène des rayonnements ultraviolets A
[8].
Mortalité
Les patients insuffisants rénaux et notamment les patients
dialysés présentent un risque de mortalité plus important que la
population générale de façon générale et lors de la survenue d’un
cancer. Dans les trois ans suivant la mise en dialyse, les taux de
mortalité par accident cardiovasculaire, infections ou cancer sont,
respectivement, de 39,1, 14,6 et 7,8 % [16]. Les patients
dialysés atteints de cancer ont un risque de mortalité accru
(toutes causes de décès confondues) que cela soit par rapport à la
population générale ou par rapport à des patients dialysés sans
cancer [17, 18]. En effet, la médiane de mortalité toute cause
confondue en France est de l’ordre de 13,5 mois chez les
patients dialysés à partir du diagnostic du cancer [19]. Les causes
de cette surmortalité sont multiples et complexes, liées au terrain
(patients fragiles volontiers, âgés avec une moyenne de 65 ans
pour les patients en dialyse), au maniement complexe des
traitements anticancéreux [20, 21] induisant parfois des
surtoxicités parfois des traitements sous-optimaux.
Risque de cancer en transplantation rénale
La transplantation rénale reste à ce jour le seul traitement
radical de l’insuffisance rénale chronique terminale et permet aux
patients greffés de ne plus être assujettis à la dialyse.
Toutefois, comme tout traitement, la greffe rénale comporte des
inconvénients, des risques et des contraintes. En effet, la
transplantation d’organes s’accompagne forcément d’un traitement
immunosuppresseur qui peut être responsable d’effets indésirables à
court et à long termes. Le risque de cancer chez le transplanté est
au moins trois fois plus important que dans la population générale
[22–24] mais très variable avec le type de cancer, qui détermine
aussi la latence (de quelques mois à parfois 20 ans) [25]. Il
est estimé que 17 % des patients développent un cancer après
transplantation, dont 7 % de cancers non cutanés, 9 % de
carcinomes épidermoïdes cutanés et 7 % de carcinomes
basocellulaires [26]. L’incidence cumulée tous cancers confondus
est de 13, 33 et 47 % à dix, 20 et 30 ans.
L’incidence des cancers de la cavité buccale [3], de l’estomac, des
organes génitaux féminins, du rein, de la thyroïde, des leucémies
et lymphomes et des carcinomes épidermoïdes cutanés a
significativement augmentée par rapport à la population générale.
L’incidence des cancers du sein [3, 7] et de la prostate
[3, 7, 24] est en revanche similaire, voire moins élevée.
Les taux de survie sont à cinq ans de 36 % [26], c’est-à-dire
bien inférieurs à ceux de la population générale.
Compte tenu de l’incidence élevée des cancers après
transplantation, tout receveur et tout donneur font l’objet d’un
bilan exhaustif prétransplantation à la recherche d’un cancer
[27–29]
Les facteurs de risque non médicamenteux
Plusieurs facteurs exposent les patients transplantés à la
survenue d’un cancer. La durée de la dialyse chronique, ayant
précédé la transplantation rénale, est par exemple un de ces
facteurs. Toutefois, les périodes sont assez variables d’une étude
à l’autre allant d’un à trois ans, notamment pour ce qui concerne
le risque de cancer de la peau [30]. Plusieurs infections virales
sont aussi connues pour être liés à la survenue de cancer en
transplantation, comme les hépatites virales B et C (cancer du
foie), le virus lymphotrope-T humain de type I (lymphomes), le
virus de l’herpès (sarcome de Kaposi, lymphome), le virus
d’Epstein-Barr (cancer ORL, lymphomes), le papillomavirus (cancer
ORL, de l’utérus, génitaux…) [3, 7]. Enfin, plusieurs facteurs
de risque plus classiques comme l’âge, le genre masculin et le
tabagisme sont également considérés comme des facteurs de risque de
cancer aussi dans cette population de transplantés.
Receveurs ayant un antécédent de cancer
Si le risque qu’un donneur transmette un cancer via le
greffon rénal [31] est exceptionnel en dehors des cas de
transmission de cancer du rein présent dans le greffon au receveur
[31], les patients transplantés rénaux ayant un antécédent de
cancer sont significativement plus à risque de développer un cancer
de novo que les patients sans antécédent de cancer
(7,8 % versus 2,8 % ; p < 0,000 1).
Le registre, le plus exhaustif, australien et néo-zélandais des
transplantés fait mention de 5 % de récidive de cancer chez
les transplantés avec antécédent de cancer versus
0,09 % chez l’ensemble des transplantés [32]. Une base de
données très connue, le Organ Procurement and Transplantation
Network/United Network for Organ Sharing (OPTN/UNOS) [33], a
montré que sur la période 1994 à 2002, 2,1 % des
transplantés rénaux avaient un antécédent de cancer et que
2,4 % récidivaient [34]. Les taux de récidive variaient selon
le site anatomique tumoral, l’histologie, le grade et le stade
initial ou la présentation. Par exemple, les taux de récidive
étaient de 0 % pour des cancers du rein de découverte fortuite
à 26-30 % pour des cancers du rein symptomatiques ou de taille
supérieure à 5 cm [35]. Le délai d’attente entre la prise en charge
du cancer puis l’indication de transplantation varie avec le type
de cancer (site anatomique, grade histologique), son stade, son
profil de rechute. Des niveaux de risque ont ainsi été établis pour
guider les indications ou les contre-indications de transplantation
et le délai d’attente entre rémission du cancer connu et décision
de transplantation (tableaux
2 et 3).
Tableau 2 Antécédent de cancer avant transplantation chez
le receveur – estimation du risque de récidive
post-transplantation (d’après Andres 2005).
| Taux de récidive |
| Faible (0-10 %) |
Modéré (11-25 %) |
Élevé (>26 %) |
| Tumeurs rénales de découverte fortuite |
Cancers du corps de l’endomètre |
Cancers de la vessie |
| Lymphomes |
Tumeurs de Wilms |
Sarcomes |
| Cancers du testicule |
Cancers colorectaux |
Cancers cutanés (mélanomes et autres) |
| Cancers du col de l’utérus |
Cancers de la prostate |
Cancers du rein symptomatiques ou de taille
supérieure à 5 cm |
| Cancers thyroïdiens |
Cancers du sein |
Myélomes |
Tableau 3 Délai minimal requis entre rémission du cancer
connu et transplantation.
| Moins de 2 ans |
2 ans |
Entre 2 et à 5 ans (ou plus selon les
autres facteurs pronostiques) |
| Tumeurs rénales de découverte fortuite |
Théoriquement tous les cancers
indiqués dans les 2 autres colonnes |
Mélanomes |
| Carcinomes in situ |
Cancers du sein |
| Tumeurs vésicales de bas grade |
Cancers colorectaux |
| Carcinomes cutanés basocellulaires |
Cancers infiltrants de l’utérus |
|
| Lymphomes |
|
| Cancers de la prostate |
|
| Cancers du rein symptomatiques ou de taille
supérieure à 5 cm |
Ainsi, ces patients présentent un double risque, celui de voir
se développer une nouvelle tumeur et celui de résurgence d’un
ancien cancer.
Donneurs ayant un antécédent de cancer
Le risque de transmission de cancer à partir de donneurs ayant
un antécédent de cancer, bien que faible, est bien connu et bien
documenté dans les registres ANZDATA ( www.anzdata.org.au). Des
études de population ont montré une incidence annuelle de cancers
transmis par les donneurs de 0,02 à 0,2 %. Les donneurs
ayant un antécédent de cancer sont donc généralement récusés pour
le don d’organe. Néanmoins, compte tenu de la pénurie d’organes,
ces contre-indications sont parfois levées notamment pour des
cancers du système nerveux central de faible grade, sans shunt
ventriculopéritoneal ou ventriculoatrial, sans craniotomie
préalable, sans antécédent de chimiothérapie systémique ni de
radiothérapie [36]. Ainsi, les lymphomes cérébraux sont considérés
comme une contre-indication alors qu’il est possible de
transplanter un rein de donneur aux antécédents d’oligodendrogliome
de bas grade ou de tératome bien différencié.
Les facteurs de risques médicamenteux : les
immunosuppresseurs
L’utilisation d’un protocole immunosuppresseur est indispensable
dans le cadre de la prévention du rejet du greffon rénal. Le rôle
de ces médicaments dans la survenue et l’évolution d’un cancer fut
pour la première fois décrit à la fin des années 1960
[37, 38], puis confirmé quelques années plus tard avec une
publication décrivant la régression d’un lymphome après la
réduction et l’arrêt d’un traitement immunosuppresseur [39]. Par la
suite, plusieurs autres cas de cancers de novo furent
décrits. De plus, la survenue d’un cancer en transplantation semble
être un effet dose-dépendant. En effet, plusieurs études ont montré
que l’incidence de survenue d’un cancer était plus élevée à la dose
standard de ciclosporine par rapport à une dose plus faible
[40, 41]. Toutefois, cette relative protection face au cancer
fut accompagnée d’un plus grand risque de rejet du greffon
[40].
En général, les protocoles immunosuppresseurs associent un
inhibiteur de la calcineurine (ciclosporine ou tacrolimus) avec un
antimétabolite (azathioprine ou mycophénolate mofétil) avec ou sans
corticostéroïde. Plus récemment, les inhibiteurs de mTOR
(sirolimus, évérolimus) ont fait leur apparition dans la prise en
charge des patients transplantés rénaux.
Quelques publications ont étudié sur les différentes incidences
de cancer entre ces traitements, la plus importante est l’étude
OPTN/UNOS qui a inclus environ 63 000 transplantés rénaux
[30]. Ainsi, il a été observé que l’incidence sur cinq ans de
cancer chez les patients traités par ciclosporine était plus
importante que chez ceux traités par tacrolimus.
Les inhibiteurs de la calcineurine semblent agir à plusieurs
niveaux. La ciclosporine augmente l’expression des transforming
growth factor (TGF-β) [42], tout comme le tacrolimus [43]. Par
ailleurs, la ciclosporine agit sur l’angiogenèse en augmentant
l’expression des vascular endothelial growth factor (VEGF)
[44, 45]. De plus, la ciclosporine favorise l’activation,
via une cytokine IL-6, des cellules B et celles
infectées par le virus d’Epstein-Barr. De même, cette incidence
était plus importante chez les patients traités par azathioprine
que chez ceux recevant du mycophénolate mofétil. Le mécanisme
expliquant l’impact de l’azathioprine n’a cependant pas été
clairement expliqué. Par ailleurs, les données relatives au
mycophénolate mofétil sont contradictoires [30].
Les corticostéroïdes sont très fréquemment utilisés en
transplantation. Ils sont quasiment toujours associés à d’autres
immunosuppresseurs, il est ainsi très difficile d’établir un lien
entre l’utilisation de ces médicaments et la survenue d’un cancer.
Il a été suggéré, hors contexte de transplantation, que les
corticostéroïdes au long cours soient potentiellement associés à la
survenue de cancer, notamment de la peau [46, 47].
Plus récemment, les inhibiteurs de mTOR ont fait leur apparition
en transplantation et contrairement aux autres immunosuppresseurs,
le sirolimus semble avoir des propriétés anticancéreuses [30].
Ainsi, le sirolimus a des propriétés anti-VEGF [48] et limite
l’expression des TGF-β [49], contrairement donc à la ciclosporine.
De même, un autre inhibiteur de mTOR, l’évérolimus, a également
montré des propriétés anticancéreuses et possède une AMM en
transplantation et une autre en oncologie dans le traitement du
cancer du rein métastatique. Ainsi, les incidences de survenue d’un
cancer de la peau à deux ans ont été plus faibles chez les patients
traités par sirolimus et ciclosporine et chez les patients traités
par sirolimus et pour lesquels la ciclosporine a été soustraite du
protocole immunosuppresseur [50]. De même à cinq ans, les
incidences de survenue d’un cancer dermatologique étaient plus
faibles chez les patients transplantés rénaux recevant une
association de sirolimus, ciclosporine et corticoïdes par rapport à
d’autres protocoles. Toutefois, même si l’addition du sirolimus au
protocole améliore ces chiffres, ces patients restent toujours
exposés à un risque important de survenue d’un cancer du rein
(3,58) ou d’une maladie lymphoproliférative (3,73) par rapport à la
population générale [51].
Par ailleurs, plusieurs médicaments anticancéreux peuvent
interagir sur le métabolisme des immunosuppresseurs, comme par
exemple le chlorambucil ou le diéthylstilbestrol qui augmentent les
taux résiduels de ciclosporine [52]. En théorie, une hausse de
l’exposition systémique de la ciclosporine pourrait augmenter le
risque de survenue de cancer induit par l’immunosuppresseur.
Mortalité et cancer en transplantation rénale
Chez les transplantés rénaux, l’arrêt de l’immunosuppression et
la remise en dialyse permettent dans certains cas une régression
tumorale et une amélioration de la survie [33]. Néanmoins, dans la
plupart des cas, la mortalité globale induite par un cancer en
transplantation rénale est très importante. La mortalité par cancer
chez les transplantés n’a en fait pas cessé d’augmenter dans le
temps entre 1970 et 1990. Ainsi, le cancer était responsable
de 1,2 % des décès dans les années 1970, puis de
5,2 % dans les années 1980 et enfin 13,2 % dans
les années 1990 [53]. Comme en dialyse, la principale cause de
mortalité des transplantés reste cardiovasculaire, toutefois, le
cancer est maintenant la deuxième cause de mortalité, place occupée
auparavant par les infections. Une telle augmentation de la
mortalité par cancer semble trouver une explication dans
l’importance croissante des immunosuppresseurs dans la prise en
charge des patients en transplantation rénale et probablement aussi
dans les compromis faits entre les indications de transplantation
et le maintien en dialyse chronique.
Conclusion
En dialyse comme en transplantation rénale, le risque de
survenue de cancer de novo est supérieur à celui de la
population générale. Plusieurs facteurs de risque peuvent être
relativement contrôlés comme les antécédents de cancer chez le
donneur ou le receveur et le risque d un maintien prolongé en
dialyse, le tabagisme, et les protocoles immunosuppresseurs en
transplantation. Des études à long terme sur de très larges
cohortes seront nécessaires pour évaluer clairement le potentiel
bénéfice des nouvelles combinaisons actuellement utilisées pour
optimiser l’immunosuppression tout en réduisant le risque de
cancer. Dans tous les cas, l’optimisation de la prise en charge du
cancer dans ces populations doit être pluridisciplinaire et inclure
des néphrologues, des transplanteurs rénaux, des oncologues et des
pharmaciens, ainsi que bien sûr le patient lui-même auquel les
avantages et les inconvénients de la dialyse et de la
transplantation seront clairement expliqués.
Dix points essentiels à retenir
- 1. Le risque de cancer chez les patients excède celui de
la population générale.
- 2. Le risque de cancer chez le transplanté est au moins
trois fois plus important que dans la population générale mais peut
atteindre 200 fois pour les cancers cutanés.
- 3. Compte tenu de l’incidence élevée des cancers après
transplantation, tout receveur et tout donneur font l’objet d’un
bilan exhaustif prétransplantation à la recherche d’un cancer.
- 4. La morbimortalité sous dialyse au long cours doit
être prise en compte lors d’une décision de transplantation
éventuelle.
- 5. Les inhibiteurs de mTOR tels que le sirolimus ont un
profil plus favorable pour ce qui est du risque de cancer en cours
de transplantation que la ciclosporine.
- 6. Compte tenu de la pénurie d’organes, des reins de
donneurs ayant eu un antécédent de cancer peuvent être prélevés
dans des cas exceptionnels, par exemple de tumeurs de bas grade
cérébrale sans shunt.
- 7. Les tumeurs rénales de découverte fortuite et de
petite taille sont considérées comme à faible risque de récidive et
autorisent généralement une greffe après deux ans de
rémission.
- 8. Les données sur les cancers en cours de dialyse ou de
transplant sont pour la plupart australienne et
néo-zélandaise.
- 9. Plusieurs médicaments anticancéreux peuvent interagir
sur le métabolisme des immunosuppresseurs, comme par exemple le
chlorambucil ou le diéthylstilbestrol qui augmentent les taux
résiduels de ciclosporine et le traitement du cancer chez un
transplanté peut être particulièrement complexe.
- 10. La mortalité par cancer est en augmentation chez les
transplantés.
QROC
- 1. Le sur-risque de cancer chez les patients dialysés
est-il vrai pour tous les types de cancer ?
Non, ces patients sont particulièrement exposés à un risque de
cancer du rein, d’une façon moindre à un cancer de la vessie, de la
thyroïde, du foie, de l’utérus ou à un risque de lymphome. En
revanche, ces patients sont à faible risque de développer un cancer
du sein, de la prostate, du poumon et du côlon.
- 2. Le taux de mortalité par cancer survenu après mise en
dialyse excède-t-il celui lié à des problèmes
cardiovasculaires ?
Non, dans les trois ans suivant la mise en dialyse, les taux de
mortalité sont par ordre décroissant liés à des accidents
cardiovasculaires, des infections, puis un cancer.
- 3. Quels sont les principaux virus incriminés dans la
survenue d’un cancer en transplantation ?
Les virus hépatitiques B et C, le virus lymphotrope-T humain de
type I, le virus de l’herpès, le virus d’Epstein-Barr et le
papillomavirus sont les principaux virus incriminés.
- 4. Un antécédent de cancer chez le receveur est-il une
contre-indication définitive à une transplantation rénale ?
Non, plusieurs critères rentrent en ligne de compte : le
délai d’attente entre la prise en charge du cancer et l’indication
de transplantation varie avec le type de cancer (site anatomique,
grade histologique), son stade, son profil de rechute.
- 5. Un antécédent de cancer de type mélanomes, cancer du
sein, cancer colorectal, cancers infiltrant de l’utérus, lymphome,
cancers de la prostate, cancers du rein symptomatique ou de taille
supérieure à 5 cm peut-il être greffé avant dix ans ?
Oui, pour ces cancers, la durée recommandée est entre deux et à
cinq ans sous-réserve des autres facteurs pronostiques à prendre en
compte au cas par cas.
Conflits d’intérêts: aucun.
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