ARTICLE
bdc.2011.1491
Auteur(s) : Juliette Thariat1 jthariat@hotmail.com, Benoit
Vendrely2, Sophie Roca2, Alain Ravaud3, Jacques-Olivier Bay4, Alexis Lacout5, Pierre-Yves Marcy1, Antoine Thyss1, Jean-François Besancenot6
1 Université Nice - Sophia-Antipolis,
centre Antoine-Lacassagne, département de radio-oncologie, IBDC
CNRS UMR 6543, 33, avenue Valombrose, 06189 Nice Cedex 2,
France
2 Groupe hospitalier Pellegrin, département de
néphrologie, 33076 Bordeaux Cedex, France
3 CHU de Bordeaux, département d’oncologie médicale,
33076 Bordeaux, France
4 Cellular Therapy and Clinic Hematology Unit,
Hôtel-Dieu, 63000 Clermont-Ferrand, France
5 Centre d’imagerie, 15000 Aurillac, France
6 Department of Internal Medicine and Systemic
Diseases, General Hospital, University Hospital, 3, rue
Faubourg-Raines, 21000 Dijon Cedex, France
Tirés à part : J. Thariat
Introduction
Les atteintes rénales sont fréquentes lors de la prise en charge
des patients atteints de cancer et le spectre de ces atteintes
rénales liées aux cancers est large [1]. L’incidence des cancers
chez des patients ayant une glomérulonéphrite est, par ailleurs,
plus élevée que dans la population générale [2].
Ces atteintes rénales des néoplasies sont soit spécifiques,
liées à une atteinte rénale directe par la pathologie cancéreuse,
soit liées à un syndrome paranéoplasique secondaire à la pathologie
néoplasique associée, mais la frontière entre ces entités est
parfois difficile à définir. Ces atteintes rénales comprennent des
glomérulopathies paranéoplasiques, une microangiopathie
thrombotique (MAT), des troubles hydroélectrolytiques, une
hypercalcémie, un syndrome de lyse tumorale… (figure 1).
Certaines atteintes ou manifestations similaires peuvent relever de
processus physiopathologiques différents comme certains troubles
hydroélectrolytiques, un envahissement du parenchyme rénal, une
compression vasculaire ou une fibrose rétropéritonéale. Ces
atteintes rénales liées au cancer sont inaugurales ou apparaissent
au cours de l’évolution. Elles sont en particulier fréquentes dans
les hémopathies et notamment dans le myélome.
Elles peuvent aussi être iatrogènes, liées aux conséquences du
traitement du cancer (néphrotoxicité des chimiothérapies, des
thérapies ciblées, néphropathie radique [3, 4]), mais ne font
pas l’objet de cette revue. Compte tenu de la fréquence des
atteintes rénales et de l’impact sur le rein des traitements
anticancéreux, une évaluation initiale précise de la fonction
rénale doit être systématique lors de la prise en charge initiale
d’un cancer [5].
Nous traiterons ici des atteintes rénales des cancers et des
hémopathies ainsi que des syndromes paranéoplasiques.
Sémiologie des atteintes rénales
Les modes de découverte sont divers allant du syndrome
néphrotique à une oligoanurie ou à la découverte systématique d’une
protéinurie ou d’une insuffisance rénale. L’insuffisance rénale
aiguë survenant au cours des affections malignes est soit
prérénale, due à une hypovolémie et une déshydratation
extracellulaire secondaires à des pertes extrarénales :
vomissements, diarrhée induite par la tumeur ou les traitements,
une séquestration, un troisième volume par ascite ou une occlusion
intestinale, soit liée à une vasodilatation périphérique secondaire
à une septicémie, un dysfonctionnement de la circulation
intrarénale, un syndrome hépatorénal (maladie veino-occlusive
hépatique après greffe de moelle osseuse). L’insuffisance rénale
aiguë peut être due à une atteinte glomérulaire, une
glomérulopathie paranéoplasique, une MAT, une atteinte tubulaire
liée à une ischémie sur choc des chaînes légères des
dysglobulinémies, une hypercalcémie, une hyperphosphorémie et une
hyperuricémie. Une insuffisance rénale par atteinte du tissu
interstitiel est également possible suite à une infiltration
néoplasique, une MAT et une vascularite. Une insuffisance rénale
post-rénale est observée en cas d’obstruction urétrale par exemple
sur cancer du col, une obstruction vésicale par un cancer de
prostate ou de vessie, une obstruction urétérale bilatérale par
cancer pelvien, fibrose rétropéritonéale, lithiase, caillot ou
nécrose papillaire. Une insuffisance rénale est observée dans 20 à
50 % des cas de myélome et un syndrome néphrotique dans 15 à
25 % des myélomes.
Spectre des atteintes rénales et physiopathologie
Syndromes paranéoplasiques
Un syndrome paranéoplasique désigne des manifestations cliniques
qui ne sont pas directement liées à la masse tumorale, à son
invasivité locale ni aux métastases mais sont dues à une sécrétion
de produits dérivés des cellules tumorales tels que des hormones,
des facteurs de croissance, des cytokines et des antigènes
tumoraux.
Glomérulopathies paranéoplasiques
Les glomérulopathies paranéoplasiques constituent une entité
hétérogène (tableau 1).
Des lésions glomérulaires peuvent survenir dans de nombreuses
néoplasies [6, 7]. Le concept de glomérulopathie
paranéoplasique date de 1922, décrit par Galloway, mais les
premières pistes physiopathologiques ne sont apportées qu’en 1966.
À cette époque, il est démontré que 11 % des patients pris en
charge pour cancer ont un syndrome néphrotique, qui précède le
cancer dans deux tiers des cas, en rapport avec une
glomérulonéphrite extramembraneuse. La prévalence de l’atteinte
rénale histologique chez des patients atteints de pathologie
néoplasique varie entre 17 et 55 % sur des séries cliniques et
autopsiques. D’autres ont ensuite confirmé la forte prévalence des
glomérulonéphrites extramembraneuses chez des patients atteints de
carcinome ou d’hémopathie. L’incidence annuelle des
glomérulonéphrites extramembraneuses (les glomérulopathies les plus
fréquentes) après 60 ans est de 2,8 pour 100 000 dans la
population générale vs plus de 1 000 pour 100 000 en cas de
carcinome. Ces chiffres relativement anciens sont à pondérer, car
le diagnostic des cancers est de plus en plus précoce et les formes
avancées au diagnostic sont plus rares. D’autres types de lésions
glomérulaires ont ensuite été décrits comme la glomérulonéphrite à
lésions glomérulaires minimes (LGM), la néphropathie à IgA,
l’amylose, la glomérulonéphrite extracapillaire ou la
glomérulonéphrite membranoproliférative. Ces différentes atteintes
histologiques se manifestent le plus souvent par un syndrome
néphrotique.
Tableau 1 Néphropathies paranéoplasiques dans des tumeurs
solides (adapté de Bacchetta et al. [7]).
Distribution en nombre de patients des atteintes rénales en
fonction du type de tumeur solide.
| Tumeurs |
Glomérulonéphrite extramembraneuse |
Maladie à lésions glomérulaires minimes |
Néphropathie à IgA |
Hyalinose segmentaire focale |
Glomérulonéphrite membranoproliférative |
Glomérulonéphrite rapidement progressive |
Total |
| Digestives |
| Estomac/œsophage |
17 |
1 |
1 |
1 |
2 |
6 |
28 |
| Pancréas/voies biliaires |
3 |
2 |
0 |
1 |
0 |
0 |
6 |
| Côlon |
5 |
6 |
0 |
0 |
0 |
1 |
12 |
| Foie |
1 |
0 |
0 |
0 |
0 |
1 |
2 |
| Urologiques |
| Rein |
18 |
6 |
15 |
5 |
3 |
10 |
57 |
| Prostate |
9 |
0 |
0 |
0 |
1 |
3 |
13 |
| Vessie |
2 |
3 |
0 |
0 |
1 |
1 |
7 |
| Sein |
5 |
2 |
0 |
1 |
2 |
3 |
13 |
| Ovaires |
0 |
1 |
0 |
0 |
1 |
1 |
3 |
| Aérodigestives |
| ORL |
2 |
0 |
0 |
0 |
0 |
2 |
4 |
| CPC |
6 |
1 |
1 |
0 |
1 |
1 |
10 |
| CBNPC |
14 |
8 |
1 |
1 |
4 |
3 |
31 |
| Mésothéliome |
2 |
2 |
0 |
1 |
0 |
0 |
5 |
| Autres |
| Mélanome |
1 |
1 |
0 |
1 |
3 |
0 |
6 |
| Sarcome |
3 |
1 |
0 |
1 |
0 |
1 |
6 |
| Tumeur cérébrale |
1 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
1 |
| Thymome |
7 |
26 |
0 |
4 |
1 |
3 |
41 |
| Total |
96 |
60 |
18 |
16 |
19 |
36 |
245 |
ORL : oto-rhino-laryngologique = carcinomes épidermoïdes de
la tête et du cou ; CPC : carcinome pulmonaire à petites
cellules ; CBNPC : carcinome bronchopulmonaire non à
petites cellules.
Le diagnostic de glomérulopathie paranéoplasique repose
théoriquement sur une rémission après exérèse de la tumeur
primitive ou une réponse complète à la chimiothérapie mais certains
cancers étant non curables la relation ne peut pas toujours être
vérifiée. De plus, une preuve histologique n’est pas toujours
possible si la biopsie n’est pas indiquée. En dernier ressort, une
rechute rénale doit théoriquement accompagner une récidive du
cancer, or les évolutions du cancer et de la glomérulopathie
peuvent être indépendantes. Enfin, un lien physiopathologique
devrait être établi entre les deux maladies avec mise en évidence
de complexes immuns, par exemple, ce qui est exceptionnel. Les
critères de causalité sont donc difficiles à définir [8].
Glomérulopathies paranéoplasiques associés aux carcinomes
Les cancers en cause sont le plus souvent pulmonaires (50 %
des cas) et digestifs (20 %), beaucoup plus rarement mammaires
ou utérins. Selon le type de cancer, jusqu’à 40 % des patients
peuvent avoir un syndrome néphrotique précédant le cancer, ce qui
impose une recherche de cancer au diagnostic de syndrome
néphrotique et un suivi orienté en l’absence initiale de cancer
(tableau 1) [9], d’autant
que l’évolution est le plus souvent rapidement défavorable du fait
de l’évolution de la tumeur. Dans un petit nombre de cas, la
régression du syndrome néphrotique accompagne le traitement du
cancer, mais les contrôles histologiques manquent pour affirmer
qu’il ne s’agit pas d’une régression spontanée de la néphropathie,
éventualité bien connue de ce type de lésion.
La glomérulopathie la plus fréquente est la glomérulopathie
extramembraneuse dans deux tiers des cas. L’incidence des cancers
est de 5 à 22 % chez les patients présentant une
glomérulonéphrite extramembraneuse [6]. Les cancers associés sont
alors plus volontiers pulmonaires ou digestifs, mais on retrouve
également des cancers du sein, de la tête et du cou et de la
prostate. Parmi les autres glomérulopathies associées aux
carcinomes, une néphropathie à IgA paranéoplasique doit être
suspectée en cas de lésions cutanées nécrotiques et en l’absence de
cryoglobulinémie [10] et on suspectera une origine paranéoplasique
(cancer du poumon à petites cellules, cancers de la cavité buccale
ou du pharynx) si son âge est supérieur à 60 ans. Un syndrome
néphrotique lié à une glomérulonéphrite à LGM chez l’adulte doit
faire évoquer un syndrome paranéoplasique et faire rechercher en
premier lieu un lymphome, mais il peut aussi être associé à des
tumeurs digestives ou pulmonaires.
La prévalence des cancers, y compris les hématopathies malignes,
dans des situations de glomérulonéphrite rapidement progressive
(glomérulonéphrite extracapillaire) est estimée à environ 8 %.
Le spectre des lésions est variable et peut s’associer à une
vascularite à ANCA (anticorps anticytoplasme des polynucléaires
neutrophiles) [11]. Les glomérulonéphrites membranoprolifératives
peuvent être observées en cas de cancers tels que tumeurs de Wilms
et mélanomes, mais celles-ci sont plus fréquemment associées à des
hématopathies [12]. Ces atteintes histologiques se manifestent
généralement par une insuffisance rénale rapidement progressive
associée à une protéinurie et à une hématurie. Environ 3 % des
cancers rénaux s’associent à une amylose AA [13], responsable
d’une atteinte rénale. De tous les cancers associés à une amylose,
les cancers du rein représentent 25 à 33 %, alors que cette
tumeur représente 3 % des carcinomes.
La physiopathologie de ces glomérulonéphrites paranéoplasiques
reste discutée. Par analogie avec les glomérulonéphrites
idiopathiques, on peut penser que les antigènes tumoraux et leurs
anticorps forment des complexes immuns qui se déposent dans les
reins, ou encore que les antigènes tumoraux ont une affinité avec
la membrane basale du capillaire glomérulaire et participent à la
formation in situ des complexes immuns. Dans quelques
observations, des antigènes, avec leurs anticorps spécifiques, ont
pu être identifiés : antigène carcino-embryonnaire (ACE),
antigène spécifique prostatique (PSA). Mais le rôle exact de ces
antigènes tumoraux reste à démontrer. Il a été suggéré que les
perturbations immunologiques liées au cancer, c’est-à-dire leur
capacité à produire des anticorps vis-à-vis d’antigènes endogènes
ou exogènes, faciliteraient la survenue de ces différents types de
lésions glomérulaires à complexes immuns.
Glomérulopathies paranéoplasiques liées aux hémopathies
La nature paranéoplasique de ces lésions rénales est plus facile
à déterminer, notamment en raison du meilleur taux de curabilité
des hémopathies, et ce d’autant plus quand une immunoglobuline
monoclonale est identifiée. Les atteintes rénales sont surtout
observées dans les syndromes lymphoprolifératifs et, en
particulier, le myélome. Les atteintes glomérulaires sont liées à
des dépôts dans la matrice extracellulaire du mésangium et/ou dans
l’interstitium. Le spectre de leurs manifestations est large. Ces
glomérulopathies se manifestent par une amylose AL dans
l’amylose primitive, le myélome, la maladie de Waldenström, les
lymphomes malins non hodgkiniens et la leucémie lymphoïde chronique
(LLC). Il s’agit plus volontiers d’une amylose AA dans le
lymphome hodgkinien, certains lymphomes malins non hodgkiniens (le
plus souvent de phénotype B) et la maladie de Castleman. Dès
lors qu’il existe une sécrétion d’immunoglobulines monoclonales,
des glomérulopathies par dépôts d’immunoglobulines peuvent être
observées dans toutes les lymphoproliférations malignes tels que le
myélome multiple, la maladie de Waldenström et la LLC. Le lymphome
hodgkinien, les lymphomes malins non hodgkiniens et la LLC peuvent
aussi être associés à un syndrome néphrotique avec des LGM ou à une
hyalinose segmentaire et focale. Une glomérulonéphrite
extramembraneuse peut être observée dans le lymphome hodgkinien, la
maladie de Waldenström, les lymphomes malins non hodgkiniens et la
LLC. Une glomérulonéphrite extracapillaire peut accompagner ou
révéler un myélome, une maladie de Waldenström, un lymphome
hodgkinien, un lymphome non hodgkinien ou encore une LLC. Une
glomérulonéphrite membranoproliférative peut, de plus, être
observée dans le cadre d’une maladie de Castleman.
L’association entre un lymphome hodgkinien et un syndrome
néphrotique est la plus connue malgré une prévalence de seulement
0,4 % pour une forme de glomérulopathie à LGM et 0,1 %
pour l’amylose sur plus de 1 700 cas [14]. L’amylose semble
associée à un stade tardif et tend à disparaître avec des
diagnostics de plus en plus précoces. L’existence d’un myélome
multiple impliquant une chaîne légère monoclonale de type lambda
doit toujours faire rechercher une atteinte rénale sous-jacente,
car il s’agit souvent d’un myélome multiple associé à une
amylose AL.
Les glomérulonéphrites membranoprolifératives et
glomérulonéphrites extramembraneuses sont les glomérulopathies les
plus fréquentes dans le cadre des LLC et lymphomes B. Elles
révèlent souvent une LLC ou sont synchrones du cancer dans
50 % des cas. Un syndrome néphrotique est présent chez
85 % des patients et une insuffisance rénale chez 33 %.
Ces glomérulopathies sont parfois réversibles avec le traitement
spécifique de la maladie causale. Une dysprotidémie en rapport avec
une cryoglobuline est détectée chez la moitié des patients dans la
moitié des cas. Les atteintes rénales par glomérulonéphrite
membranoproliférative sont liées à une cryoglobulinémie ou à des
dépôts d’immunoglobuline monoclonale. Lorsqu’un composant
monoclonal est présent, le lien entre la pathologie rénale et
l’hémopathie est relativement aisé ; il y a, cependant, des
exceptions comme la glomérulopathie du syndrome de POEMS (acronyme
pour polyneuropathie, organomégalie, endocrinopathie, protéine
monoclonale et signes cutanés, aussi appelé syndrome de
Crow-Fukase).
Les lymphomes malins non hodgkiniens peuvent présenter divers
types d’atteintes glomérulaires. Contrairement au lymphome
hodgkinien, les glomérulopathies les plus fréquentes sont les
glomérulonéphrites membranoprolifératives et les glomérulonéphrites
rapidement progressives. Compte tenu de la variété des lésions
rénales, il peut être difficile de démontrer que l’association des
deux pathologies n’est pas fortuite.
Le spectre des glomérulopathies paranéoplasiques est large. Les
glomérulopathies paranéoplasiques des hémopathies régressent
parfois avec le traitement de la maladie causale. Inversement, les
glomérulopathies des carcinomes sont encore mal comprises et moins
souvent réversibles.
Hypercalcémie
Une hypercalcémie complique beaucoup de cancers, surtout à un
stade avancé, puisque, selon le type de tumeur, elle pourrait
concerner 10 à 30 % des patients. Les mécanismes impliqués
sont une augmentation de la libération de calcium d’origine
osseuse, une diminution de l’excrétion tubulaire de calcium et/ou
une augmentation de l’absorption calcique intestinale
[9, 15].
On distingue, ainsi, plusieurs entités
physiopathologiques :
- –. l’hypercalcémie ostéolytique locale est liée à une
activation ostéoclastique et à une destruction osseuse sous l’effet
de divers facteurs produits par la tumeur : lymphotoxine,
IL-1, IL-6, PTHrP, hepatocyte growth factor (HGF),
macrophage inflammatory protein (MIP1α) et receptor
activator of nuclear factor-κ B ligand (RANKL). Les
cancers du sein, de la prostate, du poumon, le myélome et les
lymphomes sont fréquemment impliqués dans ce type de processus
métastatique osseux avec ostéolyse ;
- –. l’hypercalcémie humorale maligne est due à une
sécrétion tumorale de facteur hypercalcémiant, PTHrP
essentiellement. Ce peptide, en stimulant le récepteur PTH-1 au
niveau osseux et rénal, entraîne une résorption osseuse diffuse,
une hypophosphorémie avec diminution de la réabsorption tubulaire
du phosphore et une augmentation de la réabsorption tubulaire du
calcium. Les tumeurs le plus souvent en cause sont les carcinomes à
cellules squameuses, les carcinomes du rein, de l’ovaire, de
l’endomètre et du sein et les lymphomes HTLV-1 ;
- –. l’hyperparathyroïdisme ectopique correspond à la
production de PTH-1-84 par une tumeur non parathyroïdienne. Ce
tableau rare est décrit dans le cadre de tumeurs neuroendocrines,
de l’ovaire, du poumon, de la thyroïde, de leucémies et de
thymomes ;
Cette hypercalcémie peut se manifester de manière variable, mais
la sévérité du tableau, notamment neurologique, est en général
proportionnelle à son taux, qui doit être corrigé en fonction de
l’albuminémie. Les signes généraux sont fréquents : fatigue,
anorexie, amaigrissement, constipation, déshydratation. Les
complications rénales les plus fréquentes sont le diabète insipide
néphrogénique avec syndrome polyuropolydipsique et l’insuffisance
rénale aiguë ou chronique. On peut observer une néphrocalcinose,
une lithiase calcique par hypercalciurie. Les manifestations
gastro-intestinales de l’hypercalcémie (anorexie, nausées,
vomissements) peuvent contribuer à la déshydratation et aux
désordres hydroélectrolytiques.
Syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique
(SIADH)
Décrit par Schwartz et Bartter, le SIADH a des origines très
diverses : pulmonaires, neurologiques, endocriniennes,
médicamenteuses. Néanmoins, les affections malignes en représentent
la principale étiologie, par sécrétion tumorale ectopique de
l’hormone active ou de sa prohormone. Les cancers le plus souvent
en cause sont les carcinomes pulmonaires à petites cellules
(15 % des cas), les cancers de la tête et du cou, du sein, du
pancréas, de l’estomac, de vessie-uretère, de la prostate, et du
duodénum. Des SIADH ont été également rapportés au cours d’autres
néoplasies variées : lymphomes, leucémies, thymomes,
neuroblastomes thymiques et olfactifs, sarcomes d’Ewing,
mésothéliomes, tératomes ovariens immatures et mélanomes.
Ce syndrome se traduit par une hyponatrémie inférieure à
135 mmol/L et une osmolalité sanguine inférieure à 280 mosmol/kg,
une natriurèse conservée et adaptée aux apports sodés. La volémie
extracellulaire reste normale et il n’y a donc pas d’œdèmes. Les
manifestations cliniques, notamment neurologiques, varient
considérablement selon la profondeur de l’hyponatrémie, mais aussi
en fonction de sa vitesse d’installation. Au-dessus de 125 mmol/L,
les patients restent le plus souvent asymptomatiques. En deçà de
125 mmol/L peuvent apparaître une asthénie, une anorexie, des
nausées, des vomissements et des troubles neuropsychiques de
gravité variable : encéphalopathie hyponatrémique avec
syndrome confusionnel, paralysie pseudobulbaire, signes pyramidaux
(Babinski) et extrapyramidaux. Un coma, voire une issue fatale,
peuvent survenir lorsque la natrémie descend en dessous de
120 mmol/L. En pratique, le diagnostic de SIADH implique d’écarter
au préalable une hyponatrémie liée à une affection rénale,
thyroïdienne, surrénalienne à un traitement diurétique ou à une
hémodilution iatrogène. L’activité rénine plasmatique (ARP) et
l’aldostéronémie sont normales, l’uricémie basse.
Les autres causes d’hyponatrémie comportent une hyponatrémie
hypovolémique par déplétion sodée d’origine digestive ou une
insuffisance surrénalienne, une hyponatrémie hypervolémique par
syndrome néphrotique paranéoplasique et une insuffisance rénale
aiguë.
Hypernatrémies
Une polyurie, par une lésion centrale primitive ou secondaire
(cancer du poumon, leucémie, lymphome) intéressant l’axe
hypothalamus-hypophyse avec diabète insipide central, soit à une
hypercalcémie, peut conduire à un diabète insipide néphrogénique
avec résistance à l’ADH.
Hypokaliémie
Une hypokaliémie est possible par pertes digestives en cas de
tumeurs coliques, pancréatiques et d’urétérosigmoïdostomie, pertes
rénales par hypercorticisme paranéoplasique, syndrome de Fanconi
lié à un myélome, un cancer viscéral, une lysozymurie en cas de
leucémie aiguë myéloblastique.
Hyperkaliémie
Une hyperkaliémie survient en cas d’insuffisance rénale aiguë,
d’insuffisance surrénalienne et de syndrome de lyse cellulaire.
Tumeurs à rénine
L’hyperréninisme primaire est une pathologie rare, liée à une
hypersécrétion de rénine, soit par une tumeur rénale développée aux
dépens de l’appareil juxtaglomérulaire (réninome), soit plus
rarement par une autre tumeur, de localisation rénale,
néphroblastome notamment, ou bien extrarénale :
hépatocarcinome, tumeur du poumon, de l’ovaire, du côlon, du
pancréas, corticosurrénalome, tératome, hémangiopéricytome
orbitaire et adénocarcinome de la trompe de Fallope.
La présentation clinique est un hyperaldostéronisme secondaire
avec hypertension artérielle (HTA), hypokaliémie et élévation
majeure de la rénine active plasmatique.
Hypercorticisme paranéoplasique
Ce syndrome est lié à une hyperplasie bilatérale des surrénales,
elle-même secondaire à une sécrétion ectopique d’ACTH
[16, 17]. Il survient essentiellement en cas de cancer
bronchique à petites cellules, plus rarement de thymome, de cancer
du pancréas, de l’estomac ou de l’ovaire. Le tableau associe une
HTA, une alcalose avec hypokaliémie importante et une
hyperglycémie. La cortisolémie est très élevée et non freinable par
la dexaméthasone.
Fibrose rétropéritonéale
La fibrose rétropéritonéale est définie par l’existence d’un
manchon fibreux périaortique parfois associé à une inflammation
chronique qui engaine les structures vasculaires (veine cave
inférieure, aorte et leurs branches) et les uretères, et qui peut
conduire à une obstruction des voies urinaires responsable d’une
altération progressive de la fonction rénale (figure 2) [18]. Son
incidence est estimée à 1/200 000 individus et sur des séries
autopsiques à un cas pour 10 000 patients. Elle a un début
insidieux, avec des symptômes aspécifiques, et peut être
irréversible si le diagnostic n’est pas précocement posé et le
traitement rapidement débuté. L’atteinte radiologique est variable.
Une insuffisance rénale avancée (créatininémie > 300 μmol/L) se
rencontre dans plus de 50 % des cas au diagnostic [19]. Les
formes secondaires d’origine néoplasique représentent 10 à
25 % des cas [19]. Les causes secondaires néoplasiques
comportent essentiellement des lymphomes au sens large, des
sarcomes, des tumeurs des voies excrétrices urinaires, des tumeurs
carcinoïdes, des tumeurs primitives de l’espace rétropéritonéal ou
des métastases de cancers du sein, de l’estomac, de la prostate et
du col utérin. Dans plus de la moitié des cas, la fibrose
rétropéritonéale est liée à une récidive d’un cancer connu ou à une
maladie localement avancée. Le traitement comporte une
corticothérapie, une désobstruction urétérale et un traitement
spécifique de la néoplasie [19].
Microangiopathie thrombotique
Le terme de MAT désigne une lésion de l’endothélium des petites
artérioles et des capillaires artériolaires entraînant la formation
d’agrégats plaquettaires et responsable de thromboses. La
thrombopénie et l’anémie hémolytique résultent de la consommation
des plaquettes et de la fragmentation des hématies dans les
vaisseaux lésés.
L’altération endothéliale s’étend de l’artériole afférente au
flocculus glomérulaire. L’intensité et la diffusion des lésions
sont très variables au sein d’une même biopsie. L’atteinte des
tubes et de l’interstitium est constante, souvent sévère, avec
nécrose épithéliale tubulaire et œdème interstitiel. L’atteinte
prédominante des glomérules et des petites artérioles caractérise
les formes glomérulaires de MAT. L’atteinte prédominante des
artères interlobulaires et des artérioles caractérise les formes
artérielles de MAT. La nécrose ischémique du parenchyme rénal est
d’étendue variable, limitée à un petit groupe de tubes et de
glomérules dans les formes focales et intéressant l’ensemble du
cortex superficiel dans les formes diffuses. Les lésions de MAT
glomérulaire et artérielle sont constantes dans le cortex profond
non infarci ; les lumières des artères interlobulaires ou
celles des artères arquées sont obstruées par une endartérite
fibroproliférative et fibrineuse. La calcification des foyers
infarcis est habituelle au stade tardif. Ces trois aspects
lésionnels décrits peuvent être associés.
Une MAT peut se développer au cours de nombreuses maladies et,
notamment, peut se manifester comme une anémie hémolytique
microangiopathique compliquant un carcinome ou être secondaire à un
traitement anticancéreux (chimiothérapie, thérapie ciblée par
anti-angiogénique, transplantation, radiothérapie).
Les formes rénales de MAT compliquant un cancer sont très rares.
Lorsqu’elles surviennent, les signes cliniques sont sévères et
d’évolution rapidement péjorative avec atteintes neurologiques et
pulmonaires prédominantes. La majorité des carcinomes (le plus
souvent des adénocarcinomes mucosécrétants) sont métastatiques. Ces
adénocarcinomes sont d’origine gastrique dans la moitié des cas,
suivis par les adénocarcinomes mammaires et pulmonaires. Les
données histologiques autopsiques montrent la présence de thrombi
fibrineux dans les petits vaisseaux. Les emboles de cellules
tumorales ont probablement un rôle prépondérant dans la formation
des microthromboses. Leur adhésion à l’endothélium permet
l’interaction des cellules tumorales avec les facteurs de la
coagulation, les plaquettes et les leucocytes.
Les MAT associées aux chimiothérapies sont plus fréquentes que
les formes directement liées aux cancers et l’atteinte rénale est
souvent prédominante, se manifestant comme un syndrome hémolytique
et urémique (SHU). La mitomycine C, suivie par la gemcitabine,
est la substance la plus fréquemment incriminée (dans 2 à 10 %
des cas responsable d’un SHU), administrée seule ou en association.
Les autres substances incriminées sont le fluoro-uracile, la
doxorubicine, la bléomycine, le carboplatine, la daunorubicine, la
cytarabine, le cyclophosphamide, la vincristine et l’interféron
preciser.
Les signes cliniques apparaissent en moyenne un an après le
début de la chimiothérapie, alors que l’affection maligne peut être
en rémission. Ces signes comportent une insuffisance rénale, une
thrombopénie, une anémie hémolytique et souvent une HTA et un œdème
pulmonaire, volontiers aggravé par les transfusions sanguines. Les
lésions rénales des MAT liées à la mitomycine se manifestent par
une importante mésangiolyse, entraînant une ballonisation et une
dilatation anévrysmale de certains lobules glomérulaires.
L’atteinte artériolaire est constante et sévère avec nécrose des
myocytes. Des cellules spumeuses sont fréquemment présentes dans
les lumières capillaires glomérulaires ou artériolaires, indiquant
la résorption de thromboses anciennes, en faveur d’une évolution
chronique de la MAT. In vitro, la mitomycine diminue la
synthèse de la prostacycline des cellules endothéliales en culture,
favorisant ainsi l’agrégation plaquettaire et la formation de
thrombose. Les lésions et les signes sont rarement réversibles. En
dehors d’un traitement symptomatique, quelques observations de
réponse à des échanges plasmatiques ont été rapportées [20]. Des
MAT en rapport avec un traitement par thérapie ciblée
(immunotoxines, anticorps monoclonaux, inhibiteurs de
tyrosine-kinase) ont été également rapportées. Contrairement aux
MAT induites par les chimiothérapies, une réversibilité partielle
ou complète des lésions et des signes cliniques dans les MAT
paranéoplasiques est relativement fréquente, suggérant des
mécanismes physiopathogéniques différents [21].
Atteintes rénales au cours du myélome
Le myélome est la pathologie cancéreuse la plus pourvoyeuse
d’atteintes rénales. L’insuffisance rénale survient chez près de la
moitié des patients au cours de l’évolution de la maladie. Elle est
liée le plus souvent à la précipitation de cylindres formés par
l’interaction des chaînes légères monoclonales dans la lumière du
tubule distal avec la protéine de Tamm-Horsfall (néphropathie à
cylindres myélomateux [NCM]). Elle se manifeste alors par une
insuffisance rénale aiguë (nécessitant parfois une dialyse en
urgence) associée à une protéinurie de chaînes légères (protéinurie
de Bence-Jones). Le risque de NCM est maximal lorsque la
protéinurie de Bence-Jones dépasse 2 g/24 h et est habituellement
déclenchée par un certain nombre de facteurs favorisants, tels que
la déshydratation, l’hypercalcémie, les infections, l’injection de
produits de contraste iodés, ou l’administration de médicaments
potentiellement néphrotoxiques [22]. Le traitement de la NCM repose
sur des mesures symptomatiques (réhydratation, correction d’une
hypercalcémie, alcalinisation des urines pour obtenir un pH
urinaire supérieur à 7) et la mise en route rapide d’une
chimiothérapie visant à réduire rapidement la production des
chaînes légères monoclonales [23]. L’épuration rapide des chaînes
légères monoclonales, soit par plasmaphérèses, soit à l’aide de
membrane de dialyse de très haute perméabilité, semble être une
voie thérapeutique intéressante au cours de la NCM [24].
L’amylose AL est une autre atteinte rénale fréquente du
myélome. Elle se manifeste par une protéinurie souvent néphrotique
composée majoritairement d’albumine associée ou non à une
insuffisance rénale. Les dépôts fibrillaires de chaînes légères
sont positifs en rouge Congo sur la biopsie rénale. Dans la
néphropathie glomérulaire à dépôts d’immunoglobulines monoclonale,
les dépôts de chaînes légères ou de chaînes lourdes au niveau
glomérulaire sont non fibrillaires et négatifs en rouge Congo. Le
diagnostic est suspecté devant une protéinurie composée
essentiellement d’albumine et est confirmé par la biopsie rénale.
Les dépôts d’immunoglobulines et l’amylose AL ne régressent
généralement pas sous traitement.
Une tubulopathie proximale se traduisant par une
hypophosphatémie, une acidose tubulaire, une hypokaliémie, une
glycosurie à glycémie normale, une aminoacidurie, une hypo-uricémie
(syndrome de Fanconi) et/ou une insuffisance rénale lentement
progressive peuvent être observées dans le myélome mais aussi dans
les lymphomes et la maladie de Waldenström.
Atteintes rénales directes des pathologies néoplasiques
Infiltration néoplasique du parenchyme rénal
Au cours des leucémies aiguës, lymphomes de haut grade, de la
maladie de Waldenström, de la LLC, de la leucémie myéloïde
chronique (LMC) et du syndrome de Castleman, une infiltration
spécifique du parenchyme rénal par les cellules malignes survient
dans environ 60 % des cas. Elle est nodulaire ou diffuse, uni-
ou bilatérale. Elle est souvent asymptomatique, parfois à l’origine
d’une protéinurie minime et elle peut entraîner une insuffisance
rénale aiguë avec gros rein palpable. Le diagnostic est difficile
du fait du grand nombre de causes potentielles d’atteintes rénales
au cours des hémopathies malignes. L’échographie peut montrer une
augmentation du volume des reins, avec disparition de la
différenciation corticomédullaire et absence de dilatation des
voies excrétrices. Le diagnostic ne peut être affirmé que par la
biopsie rénale, qui met en évidence l’infiltration diffuse et
monomorphe du tissu interstitiel par les cellules malignes.
Néphropathie par obstacle
L’obstruction des voies urinaires peut être due à un cancer de
la prostate ou de la vessie. L’obstruction urétérale est
particulièrement fréquente, due à une extension locale des tumeurs
du petit bassin, à une métastase d’un cancer à distance (sein,
côlon, poumon), à une fibrose rétropéritonéale, à des adénopathies
(lymphome malin). Le tableau clinique est celui d’une néphropathie
par obstacle et le diagnostic repose sur l’échographie, le scanner
sans injection de produit de contraste ou, éventuellement,
l’opacification directe de la voie excrétrice.
Métastases intrarénales
Les métastases intrarénales des tumeurs solides non
hématologiques représenteraient jusqu’à 7 % des cas dans des
séries autopsiques de patients décédés de cancers. Ces métastases
sont surtout associées à des cancers du poumon et des mélanomes.
Elles se développent à un stade tardif de l’évolution et restent
longtemps asymptomatiques. Elles peuvent être bilatérales. Des
rares cas sont décrits de compressions vasculaires, soit de
l’artère rénale avec HTA, soit de la veine rénale avec thrombose. À
noter qu’une thrombose de la veine rénale peut être également la
complication d’un syndrome néphrotique sur GEM paranéoplasique.
Le syndrome de lyse tumorale
Il s’agit d’une urgence oncologique causée par la destruction
massive de cellules néoplasiques. Cette complication métabolique se
produit le plus souvent lors du traitement chimiothérapique de
certaines hémopathies malignes : lymphomes de Burkitt,
leucémies aiguës lymphoblastiques, lymphomes malins non hodgkiniens
de haut grade, etc. Le tableau s’installe alors habituellement
entre un et cinq jours après le début du traitement [25]. Mais cet
accident peut également survenir spontanément, en l’absence de tout
traitement cytotoxique. Il peut également survenir à la seule mise
en place d’une corticothérapie. Dans quelques cas particuliers, il
peut également s’observer en cas de radiothérapie urgente (syndrome
cave supérieur, par exemple). Par ailleurs, un nombre croissant de
syndrome de lyse tumorale a été rapporté au cours de cancers
considérés jusque-là comme non exposés à ce type de
complication : cancer de l’endomètre ou encore carcinome
hépatocellulaire, LLC, LMC.
L’incidence et la sévérité du syndrome de lyse tumorale
dépendent de la masse tumorale, du potentiel lytique des cellules
tumorales, des caractéristiques du patient et des modalités de la
prise en charge thérapeutique. Une insuffisance rénale
préexistante, une hypotension, une déshydratation et une oligurie
constituent d’importants facteurs de risque.
La lyse cellulaire entraîne la libération brutale dans le sang
de grandes quantités de diverses molécules, et surtout d’acide
urique produit par le catabolisme des acides nucléiques, de
phosphore et de potassium, avec comme conséquence une
hyperkaliémie, une hyperuricémie, une hyperphosphorémie ainsi
qu’une hypocalcémie. L’hyperuricémie peut être responsable d’une
insuffisance rénale aiguë par nécrose tubulaire secondaire à la
précipitation intratubulaire de cristaux d’urate. L’hyperkaliémie
peut entraîner des troubles du rythme sévères, parfois létaux.
Quant à l’hyperphosphorémie, elle peut être induire une
hypocalcémie qui va se traduire par des manifestations
d’hyperexcitabilité neuromusculaire, des troubles du rythme, des
convulsions. Elle peut être aussi à l’origine de dépôts de cristaux
de phosphate de calcium dans divers organes, en premier lieu dans
les tubules rénaux, conduisant là aussi à une insuffisance rénale
aiguë. En outre, la lyse tumorale entraîne un relargage de diverses
cytokines qui peuvent induire un syndrome de réponse inflammatoire
systémique et une défaillance multiviscérale.
La prévention du syndrome de lyse tumorale est essentielle. Chez
les patients à haut risque, elle doit être débutée dans les 24 à
48 heures précédant la chimiothérapie, et comporte une
hyperhydratation abondante par du sérum salé (2,5 à
3 L/m2 par jour), éventuellement associée à du
furosémide. Parmi les hypo-uricémiants, la rasburicase est plus
puissante que l’allopurinol et, contrairement à ce dernier,
prévient l’accumulation de xanthine potentiellement néphrotoxique.
Elle est donc indispensable dans les situations à haut risque, a
fortiori en cas de syndrome de lyse tumorale avéré.
L’alcalinisation des urines augmente la solubilité de l’acide
urique, mais diminue celle du phosphate de calcium, et doit donc
être évitée, surtout en cas d’hyperphosphorémie, en raison d’un
risque majoré de précipitation de cristaux de phosphate de calcium.
Enfin, il peut s’avérer nécessaire, chez des patients à haut risque
de syndrome de lyse tumorale, présentant en particulier un lymphome
malin de haut grade à un stade avancé ou de type Burkitt, de faire
précéder la chimiothérapie intensive par une première cure à
faibles doses.
Conduite à tenir lors du bilan initial d’un cancer :
recherche et caractérisation d’une atteinte rénale
Bilan initial biologique
Compte tenu de la fréquence des atteintes rénales (en
particulier dans le myélome multiple) et des traitements requis, le
bilan initial des pathologies néoplasiques comporte au minimum un
dosage de la créatinine plasmatique et l’évaluation du débit de
filtration glomérulaire par la formule de Cockcroft et Gault ou la
formule modification of the diet in renal disease (MDRD)
[5].
Dans les hémopathies malignes, le bilan initial peut également
comprendre la recherche d’une protéinurie sur échantillon et un
examen cytologique urinaire. Cette recherche est systématique en
cas de syndrome lymphoprolifératif. En cas de protéinurie sur
échantillon (> 0,2 g/L), un dosage de la protéinurie des
24 heures et sa caractérisation par électrophorèse sont indiqués.
Une protéinurie constituée majoritairement d’albumine
(> 60 %) oriente vers une atteinte glomérulaire. À
l’inverse, la prédominance de protéines de bas poids moléculaire
oriente vers une atteinte tubulaire. Si la protéinurie des
24 heures est positive (> 0,3 g/j) avec un tracé de type
monoclonal, une immunofixation des urines est demandée pour
rechercher une protéinurie de Bence-Jones et typer la chaîne légère
libre. Un bilan complémentaire sérique est également obligatoire
avec notamment l’électrophorèse des protéines, le dosage pondéral
des immunoglobulines et le dosage pondéral des chaînes légères. Une
protéinurie abondante composée majoritairement d’albumine
(> 3 g/24 h) fait rechercher un syndrome néphrotique
(albuminémie < 30 g/L). L’examen cytologique urinaire recherche
une hématurie ou une leucocyturie. L’hématurie microscopique
(supérieure à 10 hématies/mm3) s’observe surtout au
cours des glomérulopathies ou des néphrites interstitielles, la
leucocyturie (supérieure à cinq leucocytes/mm3) au cours
des néphropathies interstitielles aiguës ou chroniques.
L’ionogramme sanguin, la mesure de la réserve alcaline et
l’ionogramme urinaire (kaliurèse, trou anionique urinaire) sont
utiles au diagnostic d’atteinte tubulaire.
Compte tenu de la fréquence des troubles du métabolisme
phosphocalcique au cours des hémopathies, un dosage de la calcémie
et de la phosphorémie est recommandé.
En cas d’hypercalcémie, un dosage de PTH et des dérivés de la
vitamine D, voire de PTHrp seront réalisés. En cas
d’hypophosphorémie, il faut doser la phosphaturie des 24 heures
pour évaluer le seuil de réabsorption tubulaire proximal du
phosphore. Enfin, l’urée urinaire et l’ionogramme urinaire sont
intéressants pour distinguer l’origine organique ou fonctionnelle
des insuffisances rénales aiguës. Les autres examens biologiques,
comme la recherche d’une cryoglobulinémie, sont demandés en
fonction du contexte clinique.
Bilan rénal morphologique initial
L’échographie rénale et la tomodensitométrie abdominale
distinguent les néphropathies parenchymateuses des atteintes de la
voie excrétrice (lithiase, compression) et peuvent orienter vers un
diagnostic spécifique (infiltration tumorale des reins) [26].
Des précautions habituelles de prévention de néphrotoxicité des
produits de contraste iodés doivent être prises (arrêt des
diurétiques, des biguanides et des anti-inflammatoires non
stéroïdiens et boissons abondantes ou remplissage vasculaire par
chlorure ou bicarbonate de sodium), notamment dans le myélome et en
particulier en cas d’atteinte rénale préexistante. Le gadolinium
doit être évité dans la mesure du possible chez les patients ayant
une insuffisance rénale sévère du fait du risque de fibrose
néphrogénique systémique [27].
Biopsie rénale
La réalisation d’une biopsie rénale se discute devant tout
tableau d’atteinte glomérulaire et dépend du contexte tumoral ainsi
que du pronostic du cancer. Il s’agit d’un examen à risque de
complication hémorragique pour lequel il est nécessaire d’évaluer
le bénéfice d’un diagnostic histologique précis sur le plan
thérapeutique par rapport au pronostic carcinologique. La biopsie
rénale est aussi utile au diagnostic de certaines atteintes
tubulaires, interstitielles ou vasculaires. Une ponction-biopsie
rénale percutanée est contre-indiquée en cas de rein unique
anatomique ou fonctionnel, de thrombopénie (< 100 G/L),
d’anomalie de l’hémostase primaire et de troubles de l’hémostase
secondaire. Elle n’est pas indiquée lorsqu’il existe une
insuffisance rénale chronique (IRC) sévère avec des reins
atrophiques (< 8 cm) en imagerie. Elle n’est pas nécessaire en
cas de tableau d’insuffisance rénale clairement attribuable à une
atteinte myélomateuse.
Conclusion
Le traitement des atteintes rénales passe par le traitement de
la maladie causale mais peut nécessiter un traitement rénal
spécifique et une adaptation des posologies des traitements
anticancéreux. Le caractère irréversible dans un nombre de cas non
négligeable et la fréquence des atteintes rénale en cas de
néoplasie nécessite un bilan initial et lors du suivi.
Dix points essentiels à retenir
- 1. Les atteintes rénales au diagnostic de cancer sont
fréquentes.
- 2. Le spectre des atteintes rénales liées au cancer est
large et comprend divers syndromes paranéoplasiques (dont le SIADH,
l’hypercalcémie, la MAT, etc.), mais aussi des atteintes
spécifiques.
- 3. Les hémopathies malignes sont particulièrement
pourvoyeuses d’atteintes rénales.
- 4. Un syndrome paranéoplasique désigne des
manifestations cliniques qui ne sont pas directement liées à la
masse tumorale, à son invasivité locale ni aux métastases, mais
sont dues à une sécrétion de produits dérivés des cellules
tumorales tels que des hormones, des facteurs de croissance, des
cytokines et des antigènes tumoraux.
- 5. Les glomérulopathies extramembraneuses représentent
les glomérulopathies paranéoplasiques les plus fréquentes (deux
tiers des glomérulopathies).
- 6. La glomérulopathie paranéoplasique disparaît
théoriquement avec l’éradication de la tumeur causale.
- 7. Une atteinte rénale du myélome est constatée dans la
moitié des cas au cours de l’évolution.
- 8. Un bilan rénal biologique doit être réalisé au
diagnostic de cancer au sens large.
- 9. Un syndrome de lyse tumorale peut survenir
spontanément.
- 10. Une biopsie peut être indiquée en cas d’atteinte
rénale récente concomitante d’un cancer, en particulier pour
caractériser certaines atteintes tubulaires, interstitielles ou
vasculaires, mais elle doit être discutée en fonction du type et du
pronostic du cancer en fonction de ses implications sur la prise en
charge.
CROQ
- 1. Comment se manifeste une MAT ?
Les signes cliniques apparaissent en moyenne un an après le
début de la chimiothérapie, alors que l’affection maligne peut être
en rémission. Ces signes comportent une insuffisance rénale, une
thrombopénie, une anémie hémolytique et souvent une HTA et un œdème
pulmonaire, volontiers aggravé par les transfusions sanguines.
- 2. Quel est le pronostic des glomérulopathies
paranéoplasiques ?
Si la glomérulopathie paranéoplasique disparaît théoriquement
avec le cancer causal, certaines atteintes, comme des
glomérulopathies extracapillaires ou une MAT, par exemple, peuvent
n’être que partiellement ou pas réversible (dépendant de la gravité
de l’atteinte initiale, de la rapidité d’instauration d’un
traitement spécifique de la néphropathie et du cancer, etc.).
- 3. Comment se manifeste une fibrose
rétropéritonéale ?
La fibrose rétropéritonéale a un début insidieux, avec des
symptômes aspécifiques, et peut être irréversible si le diagnostic
n’est pas précocement posé, et le traitement rapidement débuté.
L’atteinte radiologique est variable. Une insuffisance rénale
avancée (créatininémie > 300 μmol/L) se rencontre dans plus de
50 % des cas au diagnostic.
- 4. Quels sont les cancers le plus souvent associés à un
SIADH ?
Les cancers le plus souvent en cause sont les carcinomes
pulmonaires à petites cellules (15 % des cas), les cancers de
la tête et du cou, du sein, du pancréas, de l’estomac, de la vessie
et de l’uretère, de la prostate, et du duodénum.
- 5. Quels sont les types de glomérulopathies
paranéoplasiques ?
Les glomérulopathies extramembraneuses représentent deux tiers
des cas de glomérulopathie paranéoplasique. Plus rares sont la
glomérulonéphrite à LGM, la néphropathie à IgA, l’amylose, la
glomérulonéphrite extracapillaire ou la glomérulonéphrite
membranoproliférative. Ces différentes atteintes histologiques se
manifestent le plus souvent par un syndrome néphrotique.
Conflits d’intérêts
B. Vendrely est co-investigateur dans l’étude MYRE (traitement
de la néphropathie à cylindres myélomateux). Le promoteur est
l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Aucuns conflits d’intérêts
pour les autres co-auteurs.
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