ARTICLE
bdc.2011.1531
Auteur(s) : Marie-Astrid Carillon macarillon@hotmail.fr, Sylvia
Giard, Virginie Emmanuelli, Jean-Louis Houpeau, Luc Ceugnart,
Marie-Pierre Chauvet
Centre Oscar-Lambret, département de sénologie, 3, rue
Frédéric-Combemale, 59020 Lille Cedex, France
Tirés à part : M. Carillon
Introduction
Le 30 mars 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire
des produits de santé (Afssaps) a publié une alerte sanitaire
concernant les implants mammaires préremplis de gel de silicone
fabriqués par la société Poly Implant Prothese (PIP). En effet, a
été identifié, un taux de rupture de l’enveloppe des implants deux
fois plus important que pour les autres fabricants. Une inspection
dans les locaux de la société PIP a montré que les implants avaient
été remplis d’un gel différent de celui déclaré par la société lors
de la mise sur le marché et dans les dossiers de fabrication.
L’Afssaps a par conséquent pris une décision de police
sanitaire, le 29 mars 2010, immédiatement applicable visant à
suspendre la mise sur le marché, la distribution, l’exportation et
l’utilisation de ces implants. Les analyses physicochimiques ont
confirmé que le gel testé n’était pas celui décrit dans le dossier
du fabricant, les tests d’allongement jusqu’à la rupture n’étaient
pas conformes, ce qui corrobore les observations révélant un taux
de rupture plus important. Il n’a pas été mis en évidence d’effet
cytotoxique sur les tissus mais un pouvoir irritant du gel PIP
(pouvant conduire à des réactions inflammatoires) que l’on ne
retrouve pas sur les gels de silicone des autres prothèses. Les
tests de génotoxicité (effets sur l’ADN des cellules) se sont
révélés négatifs.
L’Afssaps a ainsi recommandé de contacter et de revoir en
consultation toutes les patientes porteuses d’implants mammaires
préremplis de gel de silicone de la marque PIP.
Lors de cette consultation, devaient être données l’information
sur cette alerte sanitaire et les possibilités de retirer la
prothèse concernée ou d’effectuer une surveillance clinique et
échographique annuelle en précisant à la patiente que les ruptures
de prothèse mammaire ou la fuite de gel à travers l’enveloppe de la
prothèse peuvent être asymptomatiques et que les signes d’appel
clinique pouvaient être : une modification de forme et de
consistance du sein, une douleur, une rougeur ou une augmentation
de volume d’un ganglion axillaire.
À noter que très récemment (14 avril 2011), à un an de
l’alerte sanitaire, l’Afssaps recommande un examen clinique et
échographique tous les six mois en cas de non-explantation de
prothèse PIP. En cas de réimplantation de nouveaux implants, elle
recommande une surveillance clinique annuelle. Un guide récent a
été rédigé avec la collaboration d’experts pluridisciplinaires,
d’associations de patientes (association de défense des porteuses
de prothèses de la marque PIP [PPP], mouvement de défense des
femmes porteuses d’implants et de prothèses [MDFPIP]) et de la
Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et
esthétique (SOFCPRE). Il sert d’aide à la décision de surveillance
ou d’explantation et est disponible sur le site de l’Afssaps.
Il est important de préciser que tout frais engagé dans le
diagnostic de rupture, la surveillance de prothèse, l’explantation
et les frais d’hospitalisation sont pris en charge par la sécurité
sociale dans le contexte d’une reconstruction.
Nous avons donc réalisé une étude rétrospective afin de faire le
point sur l’ensemble des patientes pour qui une prothèse mammaire
de la marque PIP avait été mise en place au centre régional de
lutte contre le cancer de Lille (centre Oscar-Lambret).
Matériel et patientes
Nous avons étudié rétrospectivement l’ensemble des dossiers des
patientes recontactées par le centre et nous nous sommes intéressés
aux indications initiales de la mise en place de la prothèse
mammaire, aux types de prothèses (asymétrique ou ronde), aux délais
entre la pose de la prothèse et le rappel et le délai pose-reprise,
à la présence ou non de signes cliniques ou échographiques de
rupture prothétique lors de la consultation de rappel, au taux de
reprise chirurgicale et lors de celle-ci au taux de rupture de
prothèse.
Résultats
Trente-trois prothèses de la marque PIP (pour 31 patientes)
ont été mises au centre Oscar-Lambret entre le 2 mai 2006 et
le 9 mars 2010. Deux patientes ont eu des prothèses
bilatérales. Ces 33 prothèses représentent 4 % (33/796)
des prothèses posées durant cette même période au centre. Ce faible
pourcentage de prothèses de la marque PIP s’explique par notre
choix d’utiliser en reconstruction essentiellement des prothèses
anatomiques, les prothèses PIP étant, soit rondes, soit
asymétriques.
Caractéristiques des patientes
Parmi les 31 patientes, une est décédée en 2007 et une
autre avait déjà changé sa prothèse en 2008 dans un autre
établissement pour rétraction périprothétique, prothèse
ascensionnée et douleurs (la prothèse était intacte lors de
l’explantation) (tableau
1). L’âge moyen lors de la pose de prothèse était de
51 ans. Il s’agissait d’une reconstruction par prothèse seule
pour sept patientes (23 %) dont une bilatérale, d’une
reconstruction par lambeau pour cinq patientes (16 %), d’une
augmentation rétropectorale pour 18 patientes (58 %) dont
une bilatérale et d’une augmentation prépectorale pour une patiente
(3 %). Toutes les prothèses mises en place l’étaient dans le
cadre d’une reconstruction mammaire après mastectomie totale ;
les augmentations étaient à but de symétrisation également lors
d’une reconstruction.
Tableau 1 Caractéristiques des patientes.
|
| Changement de prothèse |
Surveillance |
| Nombre de patientes |
8 |
19 |
| Âge moyen |
50 |
53 |
| Signes cliniques |
2 |
0 |
| Nombre d’échographies effectuées |
4 |
18 |
| Signes échographiques |
1 |
2 |
Nous avons donc recontacté 29 patientes. Le délai moyen
entre la pose de prothèse et le rappel des patientes était de
15,35 mois.
Dix-neuf patientes (66 %) après la consultation ont choisi
la surveillance, leur âge moyen était de 53 ans. Dix patientes
(34 %) (âge moyen : 50 ans) ont choisi le changement
de prothèse et pour huit d’entre elles, il s’y associait un autre
geste (plaque aréolomamelonnaire, changement de prothèse
controlatérale). Parmi ces dix patientes, deux patientes
souhaitaient l’explantation mais ne se sont pas présentés le jour
programmé pour l’intervention pour raisons personnelles et l’ont
reporté pour l’instant. Le délai moyen entre la pose et l’ablation
de prothèse était de 15,7 mois.
Caractéristiques des prothèses
Vingt-trois prothèses rondes et dix asymétriques ont été posées.
Huit prothèses ont été explantées et trois ruptures prothétiques
ont été mises en évidence (37,5 %), il s’agissait de trois
prothèses rondes.
Signes fonctionnels et/ou échographiques de rupture
prothétique
Deux des trois patientes opérées avec une rupture prothétique
ont présenté des symptômes avant l’explantation (tableau 1). L’une d’elle avait présenté
quelques mois avant la consultation de rappel, des signes
inflammatoires locaux et une échographie retrouvait un épanchement
périprothétique considéré comme banal. Le changement de prothèse a
été fait par souhait de la patiente et associé à un changement de
prothèse controlatérale de marque différente. Lors de la reprise,
la prothèse de marque PIP était entièrement fissurée avec
extravasation de gel. Pour l’autre patiente, une rougeur localisée
est apparue après une mammographie et lors de l’explantation
(associée à un geste de correction), la prothèse était rompue sur
la moitié de sa surface. En ce qui concerne la troisième rupture,
la patiente était asymptomatique et l’échographie n’avait pas été
faite.
Il est important de préciser que les trois ruptures étaient des
ruptures intracapsulaires.
Parmi les 19 patientes ayant choisi la surveillance,
18 ont bénéficié d’une échographie de prothèse (une
échographie en attente). Pour les deux patientes surveillées et
présentant des signes échographiques, l’une d’elle montrait une
lame d’épanchement périprothétique considérée comme banale et
l’autre également une lame liquidienne périprothétique du pôle
inférieur et supérieur faisant suspecter une perméabilité
prothétique et une IRM mammaire complémentaire a conclu en
l’intégrité de la prothèse.
Discussion
Pour les patientes qui souhaitaient garder leur prothèse,
l’Afssaps a recommandé le 30 mars 2010 une surveillance
clinique et échographique une fois par an. Cette alerte sanitaire,
concernant les prothèses mammaires de la marque PIP, soulève
plusieurs questions parmi lesquelles :
- –. Quel est le taux de rupture de ces prothèses et
comment faire le diagnostic ?
- –. Quels sont les risques de rupture prothétique pour
les patientes ?
- –. Disposons-nous des chiffres concernant le taux de
rupture des prothèses PIP à un an de l’alerte ?
- –. Les recommandations habituelles de suivi de prothèses
mammaires sont-elles applicables dans le cadre d’une alerte
sanitaire officielle ?
Taux de rupture prothétique et méthodes diagnostiques
La rupture prothétique est définie par une solution de
continuité de l’enveloppe prothétique (figure 1).
On distingue la rupture intracapsulaire (RIC), où le gel de
silicone est contenu dans la capsule fibreuse (réponse normale de
l’hôte au corps étranger, cette capsule se forme pendant les
semaines qui suivent l’implantation) et la rupture extracapsulaire
(REC), où le gel est retrouvé hors de la capsule rompue. Le tableau
clinique de ces ruptures est très variable allant de l’absence
complète de symptôme à des déformations du sein, des douleurs et
des signes inflammatoires locaux [1]. Hölmich
et al. [2] retrouvaient une sensibilité de
l’examen clinique pour le diagnostic de rupture prothétique de
30 % et une spécificité de 88 %.
Ainsi, l’examen clinique à lui seul ne suffit pas pour dépister
les ruptures de prothèse mammaire.
Plusieurs outils d’imagerie sont disponibles pour l’évaluation
de l’intégrité d’une prothèse mammaire : l’échographie, la
mammographie et l’IRM et différentes études ont cherché à évaluer
les performances de ces trois examens.
Medeiros Scaranelo et al. [3], dans une étude
prospective sur trois ans (1993-1996), ont analysé chez
44 patientes asymptomatiques et désireuses de changer leur
prothèse (pour des raisons cosmétiques ou psychologiques), la
sensibilité et spécificité de l’échographie, de la mammographie et
de l’IRM pour l’évaluation de l’intégrité de la prothèse mammaire.
Seules trois patientes n’ont pas bénéficié de l’IRM en raison d’une
claustrophobie. Le même chirurgien a réalisé l’explantation des
44 patientes. Sur les 83 prothèses a été constaté un taux
de rupture de 36 % (30 prothèses rompues d’âge moyen
de 11,9 ans). Les taux de rupture par tranche de cinq ans
depuis la pose de prothèse étaient les suivants : 0 % (un
à cinq ans), 35,29 % (six à dix ans), 36,36 % (11 à
15 ans), 66,66 % (16 à 18 ans). Les résultats de
sensibilité spécificité de l’imagerie sont réunis dans le tableau 2.
Tableau 2 Sensibilité et spécificité de la mammographie,
échographie et IRM mammaire dans l’évaluation de l’intégrité d’une
prothèse mammaire. Études de Medeiros Scaranelo
et al. [3] et Di Benedetto
et al. [4].
|
| Sensibilité (%) |
Spécificité (%) |
|
| Medeiros Scaranelo et al.
[3] |
Di Benedetto et al. [4] |
Medeiros Scaranelo et al.
[3] |
Di Benedetto et al. [4] |
| Mammographie |
20 |
68 |
88,7 |
81 |
| Échographie |
30 |
77 |
81,2 |
69 |
| IRM |
64 |
93 |
76,9 |
73 |
| Écho + IRM |
53,8 |
/ |
78,7 |
/ |
| Mammo + IRM |
33,3 |
/ |
94,7 |
/ |
| Mammo + Écho + IRM |
22,2 |
/ |
93,9 |
/ |
On remarque que l’IRM semble être l’examen le plus sensible pour
la recherche de rupture prothétique. Sa spécificité augmente en
association avec les autres techniques au détriment de sa
sensibilité.
Di Benedetto et al. [4] ont également analysé
de façon rétrospective les patientes ayant bénéficié d’un bilan
d’imagerie et d’une explantation entre octobre 2002 et
juillet 2006. Soixante-trois patientes ont été incluses et
82 prothèses ont été retirées. L’âge moyen des prothèses était
de 7,8 ans. Un taux de rupture de 68 % (56/82) a été
constaté, dont 54 % de rupture intracapsulaire et 46 % de
rupture extracapsulaire. Le tableau 2
reprend les sensibilités et spécificité de chaque examen
d’imagerie.
On constate à nouveau la meilleure sensibilité de l’IRM. Mais,
on remarque aussi une sensibilité plus importante de l’échographie
(77 % versus 30 %) par rapport à l’étude de
Medeiros Scaranelo et al. Or, dans l’étude de
Medeiros Scaranelo et al., le taux de rupture
extracapsulaire n’est que de 10 % (trois ruptures
extracapsulaires parmi les 30 ruptures). L’échographie est la
technique la plus sensible pour la détection de petites quantités
de silicone extracapsulaire [5, 6], nous pouvons donc
difficilement conclure de la faible sensibilité de l’échographie de
Medeiros Scaranelo et al., étant donné les
limites de l’étude dus à un trop faible effectif de ruptures
extracapsulaires.
Chaque examen d’imagerie dispose de critères significativement
associés à des signes de rupture prothétique, dont certains plutôt
associés à une rupture extracapsulaire et d’autre à une rupture
intracapsulaire. Nous avons réuni dans le tableau 3 les critères statistiquement
significatifs retrouvés par les deux études.
Tableau 3 Critères échographiques statistiquement
significatifs retrouvés dans les études de Medeiros Scaranelo
et al.[3] et Di Benedetto
et al. [4].
|
| Mammographie |
Échographie |
IRM |
| Rupture extracapsulaire |
Hyperdensités périprothétiques |
Snowstorm sign |
Hypersignaux en séquence T2 spécifique |
| Rupture intracapsulaire |
Ø |
Stepladder sign |
Linguine sign |
Stepladder sign : (image en barreaux d’échelle),
soit plusieurs échos linéaires plus ou moins parallèles et
discontinus traduisant le collapsus de l’enveloppe prothétique.
Snowstorm sign : image en tempête de neige.
Linguine sign correspond au stepladder de
l’échographie : hyposignal linéaire serpigineux flottant dans
le gel lié au collapsus de l’enveloppe prothétique dans la capsule
fibreuse.
L’échographie, moins onéreuse, plus accessible, plus rapide
d’exécution et offrant la meilleure résolution spatiale, représente
la technique de première intention. Mais, elle est limitée en cas
de calcifications capsulaires extensives. L’IRM offre un recours en
cas de résultat équivoque de l’échographie. L’ensemble de ces
examens reste imageur dépendant et nécessite donc d’être réalisé
dans des centres rompus à cet exercice.
Di Benedetto et al. [4] ont proposé un
algorithme de surveillance des prothèses mammaires qui est reporté
sur la figure
2.
Risques des ruptures prothétiques pour les
patientes ?
Une étude prospective de Hölmich et al. [7] a
évalué chez des patientes ayant une rupture prothétique
diagnostiquée mais non explantée, les modifications de l’IRM et de
certains marqueurs biologiques (facteur rhumatoïde, anticorps
antinucléaires…) et les symptômes cliniques à deux ans du
diagnostic de rupture. Ce groupe était comparé à un groupe de
patientes à prothèse intacte. Parmi les 96 implants rompus
(77 RIC et 19 REC), seuls 11 (11 %) ont connu
des modifications sur deux ans, dont sept ruptures intracapsulaires
évoluant vers une rupture extracapsulaire, trois ruptures
extracapsulaires et une rupture intracapsulaire se majorant. Il n’y
avait pas d’augmentation des marqueurs biologiques et on retrouvait
une proportion plus importante de changement d’aspect du sein
porteur de la prothèse rompue (OR : 2,1 IC 95 %
[1,2-3,8]) par rapport au groupe à prothèse intacte. Les auteurs
considèrent que 11 % de progression des prothèses rompues est
un évènement rare qui provoque des symptômes peu importants mais
ils conseillent une surveillance clinique régulière du fait du
risque de diffusion du gel silicone.
En 1992, la Fédération américaine de l’alimentation et du
médicament (US FDA) a publié un moratoire [8] sur
l’utilisation des prothèses mammaires remplies de silicone suite à
plusieurs publications [9, 10] imputant à ces prothèses
l’apparition de connectivites, maladies auto-immunes et cancers.
Ces prothèses ont été interdites d’utilisation hors essais
cliniques entre 1992 et 2006 aux États-Unis [11] et
entre 1995 et 2001 en France.
Une revue récente de la littérature [12] n’a pas mis en évidence
d’augmentation du risque de cancer chez les patientes porteuses de
prothèses mammaires siliconées.
Les prothèses mammaires siliconées sont biocompatibles mais non
immunologiquement inertes. Hennekens et al. [13]
ont analysé une cohorte de 10 830 femmes porteuses d’implants
mammaires siliconés. Le risque relatif de développer une
connectivite est de 1,24 IC 95 % [1,08-1,41]. Janowsky
et al. [14], dans une méta-analyse, retrouvaient
un risque relatif non significatif de connectivite de 0,80 IC
95 % [0,62-1,04], chez les patientes porteuses d’implants
mammaires siliconés. À noter qu’il n’avait pas inclus l’étude de
Hennekens et al. [13] car celle-ci reposait sur
une autoévaluation des symptômes de connectivite, de faible valeur
prédictive positive.
L’imputabilité directe des implants mammaires siliconés dans le
développement de connectivites reste controversée [15, 16], il
reste à élucider la place de la prédisposition génétique et des
facteurs environnementaux.
Disposons-nous de chiffres concernant le taux de rupture des
prothèses PIP à un an de l’alerte ?
Une enquête rétrospective menée par l’Afssaps auprès de six
établissements les plus gros utilisateurs de prothèses PIP
(chirurgie esthétique et reconstruction) retrouvait des taux de
rupture très hétérogènes allant de 0,37 à 11,1 %. Une analyse
des données du recueil sur site a montré l’émergence d’un type
d’incident rarement décrit avant la décision
du 30 mars 2010 : le phénomène de perspiration
(retrouvé dans 2,15 à 11,1 %), aussi appelé suintement ou
transsudation, consistant en un passage de silicone à travers
l’enveloppe d’une prothèse intacte. L’analyse des signalements a
montré que les perspirations ne sont observées qu’en cas
d’explantation d’implants intacts et qu’il s’agit d’un phénomène
précoce, majoritairement détecté dans les trois premières années
après l’implantation. Ce phénomène constitue une source
d’exposition supplémentaire et précoce au gel de silicone PIP et
qui est difficilement détectable cliniquement ou à l’imagerie.
Ainsi, l’Afssaps recommande récemment (avril 2011) de faire
des prélèvements histologiques et immunohistochimiques sur la coque
prothétique lors d’une explantation de prothèse de la marque PIP,
si le chirurgien observe des signes inhabituels inflammatoires de
celle-ci. À noter également que la nécessité d’un changement de
prothèse peut s’accompagner d’une dégradation du résultat
esthétique, notamment en ce qui concerne les prothèses anatomiques
qui étaient une spécificité du laboratoire fabricant ces
implants.
Dans le cadre d’une alerte sanitaire, la clinique associée à
l’échographie est-elle suffisante pour surveiller l’intégrité des
prothèses mammaires de la marque PIP ?
En effet, l’alerte sanitaire place la surveillance des prothèses
mammaires de la marque PIP dans un contexte juridique délicat. Si
l’on souhaite surtout ne pas passer à côté d’une rupture
prothétique asymptomatique, on doit privilégier l’examen le plus
sensible (n’ayant pas trop de faux négatif), donc l’IRM. En
revanche, si on veut le moins possible réopérer à tort les
patientes, on doit privilégier un examen spécifique (le moins de
faux positif), ici la mammographie.
Dans une situation d’alerte sanitaire, ne faut-il pas proposer
l’examen le plus sensible, au risque d’opérer des prothèses
intactes mais reconnues « non conformes » plutôt que de
laisser en place des prothèses rompues ?
Conclusion
Dans notre courte série de prothèses PIP, la majorité des
patientes (66 %) ont choisi la surveillance. Chez les
patientes ayant eu une révision chirurgicale de leur prothèse, le
taux de rupture prothétique actuellement constaté est de
37,5 % sur les huit prothèses explantées. Deux des trois
ruptures prothétiques étaient symptomatiques. L’échographie n’est
pas un bon examen de dépistage des ruptures intracapsulaires et
l’IRM apparaît plus sensible.
Nous manquons cependant des données pour une information
éclairée concernant les limites de la surveillance
clinique-échographique proposée par l’Afssaps. Pourquoi recommander
une surveillance échographique deux fois par an ? Ne serait-il
pas justifié de proposer une IRM, examen le plus sensible pour la
surveillance de ces prothèses dans le cadre spécifique d’une alerte
sanitaire ? Seul un recueil national permettra de répondre à
ces questions.
Au vu des récents événements (décembre 2011) décrits dans la
presse grand public sur les prothèses PIP, il apparaît selon l’INCa
« qu’il n y a pas à ce jour de risque accru de cancer chez les
femmes porteuses de prothèses de marque PIP, en comparaison aux
autres prothèses. Néanmoins les risques bien établis liés à ces
prothèses sont les ruptures et le pouvoir irritant du gel pouvant
conduire à des réactions inflammatoires, rendant difficile
l’explantation ». Ainsi, par principe de précaution, les
autorités sanitaires recommandent l’explantation de toutes les
prothèses PIP sans caractère d’urgence. Cela ne remet pas en cause
les conclusions de cet article.
Conflits d’intérêts: aucun.
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