ARTICLE
bdc.2011.1526
Auteur(s) : Anne-Flore Albertini1, Mojgan Devouassoux-Shisheboran2, Catherine Genestie1 catherine.genestie@psl.aphp.fr
1 Assistance publique–Hôpitaux de Paris, hôpital La
Pitié-Salpêtrière, service d’anatomie et cytologie pathologique,
boulevard de l’hôpital, 75013 Paris, France
2 Hospices civils de Lyon, hôpital de la
Croix-Rousse, service d’anatomie et cytologie pathologique, 103,
grande rue de la Croix-Rousse, 69317 Lyon Cedex 04, France
Tirés à part : C. Genestie
En France, le cancer de l’endomètre représente, en fréquence, le
troisième cancer chez la femme, juste devant le cancer du poumon.
Ce cancer survient généralement en période de ménopause ou après
[1]. Les carcinomes de l’endomètre sont divisés en deux grands
groupes anatomocliniques : carcinomes de type I et de type II.
Ces deux types de cancers ont des caractéristiques différentes d’un
point de vue épidémiologique, pathogénique, histologique,
moléculaire et pronostique [2-4]. Cet article décrit le versant
anatomopathologique et moléculaire de ces cancers.
Le cancer de l’endomètre de type I représente environ 80 %
des cancers de l’endomètre [5, 6]. Il touche le plus souvent
des femmes âgées entre 50 et 60 ans, présentant une
hyper-œstrogénie. L’hyper-œstrogénie peut être d’origine exogène
(traitement hormonal substitutif, Tamoxifène®) ou
d’origine endogène (syndrome des ovaires polykystiques, tumeur
ovarienne, ménopause) [7, 8]. Les autres facteurs de risque du
cancer de l’endomètre de type I sont l’obésité, l’hypertension
artérielle, l’hyperlipidémie et la nulliparité (infertilité). Une
prédisposition génétique comme le syndrome de Lynch peut également
favoriser ce type de cancer. Nous y reviendrons plus tard. Le
cancer de l’endomètre de type I, hormonodépendant, présente un
continuum dans sa pathogénie avec une séquence : lésion
précancéreuse-cancer. L’hyperplasie glandulaire endométriale
correspond à ce groupe de lésion précancéreuse, favorisée par le
contexte d’hyper-œstrogénie. L’hyperplasie glandulaire endométriale
avec atypies cytonucléaires constitue la principale lésion
précancéreuse du cancer de l’endomètre de type I [6]. L’hyperplasie
glandulaire endométriale est un spectre lésionnel correspondant à
des aspects variables. Elle comporte soit une architecture simple
ou soit une architecture complexe, à laquelle vont s’associer ou
non des atypies cytonucléaires. L’hyperplasie glandulaire simple
(HS) correspond à une augmentation du nombre de glandes avec un
rapport glande/stroma égal à un [9]. Les glandes sont de taille
variable. L’hyperplasie glandulaire complexe (HC) se définit
morphologiquement par une augmentation du nombre de glandes par
rapport au stroma avec un rapport de 3 sur 1. Les glandes sont
tassées, ramifiées avec des ébauches papillaires. L’HS ou HC
peuvent présenter des atypies cytonucléaires telles que la perte de
polarité, des noyaux arrondis, une anisocaryose, une hyper- ou une
hypochromasie et des cytoplasmes basophiles [9]. On parle alors
d’hyperplasie glandulaire simple avec atypies (HSA) ou complexe
avec atypies (HCA). Les hyperplasies glandulaires simples avec
atypies sont exceptionnelles, la majorité des hyperplasies
glandulaires avec atypies ont une architecture complexe. Ce sont
les atypies cytonucléaires, plus que l’architecture complexe qui
confèrent à l’hyperplasie son potentiel évolutif. En effet,
l’hyperplasie glandulaire endométriale non atypique (simple ou
complexe) présente 1,6 % de risque de transformation maligne
alors que l’hyperplasie glandulaire endométriale avec atypies
(simple ou complexe) se transforme en adénocarcinome endométriale
dans 23 % des cas [10]. Par ailleurs, 17 à 43 % des
adénocarcinomes endométrioïdes s’associent au moment du diagnostic
à un foyer d’hyperplasie glandulaire avec atypies [11]. Le cancer
endométrial de type I correspond à un adénocarcinome endométrioïde
ou plus rarement mucineux. En général, il s’agit de cancer de stade
I (OMS) (figures 1 et
2). Il peut présenter des variants histologiques
(villo-glandulaire, sécrétoire et à cellules ciliées). Un
adénocarcinome endométrioïde est le plus souvent d’architecture
tubulo-glandulaire, parfois en nappes confluentes. Les cellules
tumorales sont cylindriques, stratifiées et présentent des atypies
cytonucléaires variées. L’évolution d’une HA vers un cancer est
lente. Elle prendrait environ cinq ans. Le cancer endométrioïde de
type I est de bon pronostic avec un taux de survie à cinq ans
supérieur à 80 %.
Le cancer endométrial de type II est non hormonodépendant. Il
est moins fréquent et représente environ 20 % des cancers
endométriaux [12]. Il apparaît plus tardivement chez des femmes
âgées de plus de 65 ans en période de post-ménopause. Ce cancer se
développe sur une muqueuse endométriale atrophique comportant des
lésions de carcinome séreux intra-épithélial (endometrial
intraepithelial carcinoma [EIC]) [12, 13]. Un carcinome
intra-épithélial se définit par l’absence d’infiltration avec
respect de la membrane basale [9]. Le carcinome séreux
intra-épithélial a tendance à se propager en surface vers le col
utérin (22 %) et vers les trompes. Il peut disséminer vers le
péritoine et être responsable d’une carcinose séreuse péritonéale
(25 %) alors même que la lésion reste intra-épithéliale au
niveau du revêtement endométrial [14, 15]. Le cancer
endométrial de type II est plus agressif et toujours de haut grade.
Le taux de survie à cinq ans est de 40 %. Le type histologique
est différent de celui de type I. Il s’agit d’un adénocarcinome
séreux ou à cellules claires et des carcinosarcomes. En effet, les
carcinosarcomes ont presque toujours un contingent épithélial
séreux ou à cellules claires et sont assimilés aux cancers de type
II. Histologiquement, un adénocarcinome séreux est constitué par
une prolifération tumorale d’architecture papillaire ou solide avec
des calcosphérites. Les atypies cytonucléaires sont marquées avec
de nombreuses mitoses. L’adénocarcinome à cellules claires comporte
un polymorphisme architectural et cellulaire (figure 3).
L’architecture peut être papillaire, glandulaire ou solide. Les
cellules tumorales peuvent être claires, oxyphiles, en clou de
tapissier.
Le grade histologique s’applique uniquement à l’adénocarcinome
endométrioïde. Ce grade, défini par la Fédération internationale de
gynécologie-obstétrique (FIGO), est basé sur l’architecture et les
atypies cytonucléaires [16]. Tout d’abord, on classe
l’architecture, G1 : inférieur à 5 % de zones solides,
G2 : entre 6 et 50 % de zones solides et en G3 :
supérieur à 50 % de zones solides. Puis, si les atypies
cytonucléaires sont très importantes, G1 passe en G2 et G2 en G3.
Il peut apparaître dans 25 % des cas un changement de grade
entre le curetage et la pièce opératoire. Un changement de type
histologique peut également arriver dans seulement 5 % des
cas. Le compte rendu pathologique doit préciser les points
suivants : le type histologique, le grade, le degré
d’infiltration du myomètre, l’extension au reste de l’utérus, les
emboles et le statut ganglionnaire. L’ensemble de ces facteurs
histopronostiques permet d’établir le stade FIGO [17, 18].
D’un point de vue moléculaire, les deux types de cancers
endométriaux présentent des différences. Dans les cancers de type
I, le gène le plus fréquemment muté est le gène suppresseur de
tumeur phosphatase and tensin (PTEN) homologue
deleted on chromosone 10. PTEN serait muté (LOH et
mutations) dans 50-65 % des cas [19]. Les altérations du gène
PTEN dans les glandes endométriales normales augmenteraient
la sensibilité de ces cellules à l’effet mitogènes des œstrogènes.
Sur un terrain d’hyper-œstrogénie et de stimulation œstrogénique
excessivement anormale, la prolifération des glandes endométriales
aboutirait à l’hyperplasie, puis au carcinome. PTEN contrôle la
prolifération et la survie cellulaire en modulant les signaux de
transduction dans la voie PI3K/AKT/mTOR. PTEN agit en
déphosphorylant PIP3, produit de PI3K (phosphoinositine-kinase)
[20, 21]. La PI3K est activée par des récepteurs
tyrosine-kinase ou par la protéine RAS. L’ensemble de cette voie de
transduction agit au niveau de la synthèse protéique, de la
prolifération cellulaire et de la transcription [22].
L’inactivation du gène PTEN est un évènement précoce,
observé dès le stade précurseur d’hyperplasie glandulaire atypique.
Des pertes d’hétérozygotie en 10q23 (PTEN) sont trouvées
dans 40 % des carcinomes de type I et des mutations somatiques
des exons 5-7 de PTEN dans 56 % des carcinomes de type
I, 15 à 55 % des hyperplasies avec ou sans atypies et 0 à
11 % des carcinomes de type II [23, 24]. Les mutations
des exons 9 et 20 de PIK3CA sont détectées dans 24 à
39 % des cancers de l’endomètre avec une fréquence de
28 % dans le type I, 44 % dans les types mixtes I et II
et 21 % dans le type II pur [25]. Par ailleurs, les
hyperplasies glandulaires avec atypies ne montrent que 7 % de
mutation de PIK3CA contre 39 % pour les carcinomes de
type I, indiquant qu’à l’inverse de l’inactivation de PTEN
qui est précoce, il s’agit là d’un événement tardif, intervenant
plutôt dans la phase d’invasion du processus néoplasique
[26, 27]. Les mutations de l’exon 9 de PIK3CA semblent
être l’apanage des cancers de type I ; alors que dans les
cancers de haut grade (mixtes type I + II et type II), la mutation
de PIK3CA est retrouvée dans l’exon 20 [25]. Une fréquence
accrue de mutation de CTNNB1 dans les cancers de l’endomètre
de type I (14 à 44 %), dès le stade d’hyperplasie glandulaire
avec atypies, sans anomalie de ce gène dans les carcinomes de type
II, est observée [28]. Cette mutation résulte en une
immunolocalisation nucléaire de la protéine bêtacaténine dans les
cancers de type I. La positivité nucléaire de la bêtacaténine dans
les carcinomes sans mutation de CTNNB1 indique la
possibilité d’anomalies sur d’autres gènes impliqués dans la voie
Wnt. Cependant, les mutations des gènes APC et AXIN
sont rares dans l’endomètre [29, 30].
D’autres études ont également montré l’implication du système de
réparation de l’ADN (MSI instabilité du système microsatellite)
dans les cancers endométriaux de type I [31]. Le syndrome de Lynch
(hereditary non polyposis colorectal cancer [HNPCC]) est une
maladie héréditaire rare prédisposant aux cancers colorectaux (CCR)
et aux cancers de l’endomètre chez la femme [32]. Ce syndrome est
responsable de 2 à 3 % des CCR chez l’homme et de 2 % des
cancers de l’endomètre chez la femme [33]. Il s’agit d’une maladie
génétique de transmission autosomique dominante. Lorsque les deux
parents sont atteints, l’enfant a 50 % de chance d’être
atteint. Les anomalies génétiques du syndrome de Lynch ont été
identifiées. Elles concernent les gènes qui codent pour les
protéines du système de réparation du mésappariement de bases
(mismatch/repair [MMR]). Six gènes ont été identifiés, mais
seuls trois d’entre eux expliquent la quasi-totalité des cas :
il s’agit de MLH1, MSH2 et MSH6. Les cancers
des patients ayant un syndrome de Lynch présentent un phénotype
instable des microsatellites (MSI, instabilité des microsatellites)
en biologie moléculaire. L’absence des protéines MMR peut être mise
en évidence par étude immuno-histochimique sur la tumeur [34]. Ces
résultats orienteront secondairement vers la recherche d’une
mutation constitutionnelle, sur prise de sang, du gène MMR
par technique de génétique. Cette recherche est proposée lors de
consultation d’oncogénétique.
PTEN, la voie k-RAS, la voie mTOR/PI3K ne seraient pas les
acteurs principaux dans le cancer de l’endomètre de type II [35].
Le cancer de type II est dÛ dans 90 % des cas à une mutation
de P53 [36-38]. Le gène P53 code pour une protéine
« gardienne du génome » régulant finement le cycle
cellulaire et l’apoptose. La protéine P16 serait également exprimée
par 100 % des cellules tumorales [39]. P16 est une protéine
qui régule le cycle cellulaire par rétrocontrôle en induisant
l’apoptose si le cycle cellulaire qui s’est déroulé est anormal.
Une mutation du gène HER2/neu, bien connue dans certains
types de cancers du sein, est également décrite dans les cancers
endométriaux de type II, mais reste controversée
[38, 40, 41]. L’insulin-like growth factor II
mRNA-binding protein 3 (IMP3) est une oncoprotéine fœtale qui
n’est exprimée que dans le placenta et les gonades chez l’adulte.
L’expression d’IMP3 dans la pathologie tumorale est corrélée à la
migration cellulaire et à l’invasion. L’expression d’IMP3 dans
89 % des carcinomes séreux intra-épithéliaux, dans 94 %
des carcinomes séreux infiltrant de l’endomètre et seulement dans
7 % des carcinomes de type I, démontre son implication dans
les carcinomes de type II [42].
Le pronostic des cancers de l’endomètre de type I est meilleur
que celui du type II. Le cancer de type I a un taux de survie
d’environ 80 % à cinq ans alors qu’il est que de 40 % à
cinq ans dans le cadre des cancers de l’endomètre de type II. La
carcinogenèse, l’épidémiologie et le pronostic des carcinomes de
type I et de type II diffèrent radicalement. Ces observations ont
amené à des stratégies thérapeutiques différentes établies selon
l’Inca. La prise en charge thérapeutique est déterminée en fonction
du risque de récidive. Ce risque de récidive est défini en fonction
du stade, du type histologique et du grade histologique selon la
classification de l’European Society for Medical Oncology (Esmo)
publiée en 2009 [43]. On individualise trois grands
groupes de patientes avec les risques suivants : risque
bas, risque intermédiaire, risque élevé, soit pour le type 1, soit
pour le type 2. Une attitude thérapeutique bien définie est
proposée en fonction du type histologique et du risque évalué.
Le cancer de l’endomètre est divisé en deux types de cancers
distincts. Le cancer de type I, le plus fréquent, développé dans un
contexte d’hyper-œstrogénie et sur des lésions précurseurs
d’hyperplasie glandulaire endométriale, correspond à un
adénocarcinome endométrioïde. Il est de bon pronostic. Alors que le
cancer de type II, moins fréquent, se développe sur des lésions de
carcinome intramuqueux dans un contexte de muqueuse atrophique. Son
type histologique est plus agressif soit de type adénocarcinome
séreux soit à cellules claires soit carcinosarcome avec un moins
bon pronostic. Ces différences se traduisent également par deux
voies pathogéniques moléculaires distinctes. La compréhension et
l’identification de ces deux types de cancers ont amené à des
approches thérapeutiques différentes (tableau
1).
Tableau 1 Tableau récapitulatif.
| Cancer de l’endomètre de type I |
Cancer de l’endomètre de type II |
| Hormonodépendant : hyper-œstrogénie |
Non hormonodépendant |
| Femme entre 50 et 60 ans |
Femme de plus de 65 ans (post-ménopause) |
| Précurseur : hyperplasie avec atypies |
Précurseur : carcinome intra-épithélial |
| 80 % des cas |
20 % des cas |
| Adénocarcinome endométrioïde et mucineux |
Adénocarcinome séreux ou à cellules claires
Carcinosarcomes |
| Survie : 80 % à 5 ans |
Survie : 40 % à 5 ans |
Conflits d’intérêts: aucun.
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