Home > Journals > Medicine > Bulletin du cancer > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Bulletin du Cancer
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Multiple brain metastases after breast cancer and their radiotherapy management: what is the optimal treatment?


Bulletin du Cancer. Volume 98, Number 4, 409-15, Avril 2011, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2011.1335

Résumé   Summary  

Author(s) : Youlia M. Kirova, Cyrus Chargari, Jean-Jacques Mazeron, Institut Curie, département d’oncologie radiothérapie, 26, rue d’Ulm, 75005 Paris, France, Hôpital d’Instruction des Armées du Val-de-Grâce, service d’oncologie radiothérapie, Paris, France, Centre hospitalier universitaire Pitié-Salpêtrière, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, département de radiothérapie, Paris, France.

Summary : Whole brain radiotherapy remains standard in the management of breast cancer patients with brain metastases. It allows for symptomatic improvement and good local control in most patients. However, its results remain suboptimal in terms of both efficacy and toxicity. In highly selected patients, stereotactic radiotherapy demonstrated very good local control with low toxicity. With purpose of improving the efficacy/toxicity ratio, strategies of biomodulation of tumor radiosensitivity were recently developed. First results are promising and warrant further assessment. At the same time, new technologies and new irradiation modalities demonstrated their ability in providing high dosimetric homogeneity, delivering integrated radiation boosts, and avoiding critical structures that are involved in long-term neurological toxicity. Further assessment is required and recruitment of breast cancer patients into clinical trials is encouraged.

Keywords : breast cancer, brain metastases, whole-brain radiotherapy, radiosurgery

ARTICLE

bdc.2011.1335

Auteur(s) : Youlia M. Kirova1 youlia.kirova@curie.net, Cyrus Chargari2, Jean-Jacques Mazeron3

1 Institut Curie, département d’oncologie radiothérapie, 26, rue d’Ulm, 75005 Paris, France

2 Hôpital d’Instruction des Armées du Val-de-Grâce, service d’oncologie radiothérapie, Paris, France

3 Centre hospitalier universitaire Pitié-Salpêtrière, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, département de radiothérapie, Paris, France

Tirés à part : Y. M. Kirova

Introduction

Dans les séries autopsiques, des métastases cérébrales sont mises en évidence chez 30 à 40 % des patients décédés d’un cancer. Survenant chez plus de 15 % des patientes prises en charge pour un cancer du sein, les métastases cérébrales signent une évolution particulièrement péjorative de la maladie pour laquelle peu de traitements sont à ce jour disponibles [1, 2]. Compte tenu de la difficulté d’accessibilité de ces lésions secondaires vis-à-vis de la plupart des traitements systémiques, la radiothérapie tient à ce jour un rôle central dans la prise en charge principale de ces patientes. Parfois, quand l’extension systémique de la maladie place la patiente au-delà de toute ressource thérapeutique, la stratégie peut se limiter aux soins de confort. En revanche, un traitement spécifique doit être proposé lorsque les métastases cérébrales semblent accessibles à un traitement local et que l’évolution de la maladie cancéreuse est par ailleurs stabilisée par les traitements systémiques [3]. Cette revue de la littérature a pour objectif d’établir un état des lieux des modalités de la radiothérapie cérébrale ainsi que des dernières évolutions dans le traitement des métastases cérébrales du cancer du sein. Elle vise également à souligner les perspectives et la nécessité de nouvelles évaluations.

Indications actuelles

Le choix du traitement

Bien que l’exérèse chirurgicale constitue le standard de la prise en charge des métastases uniques, elle n’est pas toujours envisageable dans le cas des patientes en mauvais état général et/ou avec plusieurs sites métastatiques. En effet, les indications de la chirurgie d’exérèse ou de la radiochirurgie stéréotaxique se limitent classiquement aux cas de métastases limitées en taille et en nombre (au plus trois localisations métastatiques, de plus grande dimension inférieure ou égale à 3 cm). À l’inverse, les métastases cérébrales multiples constituent le plus souvent une indication de radiothérapie de l’encéphale en totalité, dont le but reste malheureusement le plus souvent palliatif : réduction des symptômes liés à l’hypertension intracrânienne et/ou aux déficits neurologiques et stabilisation de la maladie.

L’évaluation pré-thérapeutique des patientes n’est pas spécifique de l’histologie de la tumeur primitive et repose essentiellement sur l’échelle du Radiation Therapy Oncology Group (RTOG), permettant d’avoir une idée relative du pronostic après irradiation encéphalique en totalité [3]. Ainsi, la classification recursive partitioning analysis (RPA) tient compte de l’âge de la patiente, du contrôle de la maladie extracrânienne, de la présence d’éventuelles métastases non cérébrales, et surtout de l’état général de la patiente. Après traitement, la survie médiane est de l’ordre de sept mois pour les patientes présentant tous les facteurs de bon pronostic (indice de Karnofsky supérieur à 70 %, âge inférieur à 65 ans, absence de localisation secondaire extracrânienne, maladie primitive non évolutive). En présence d’un facteur de mauvais pronostic, la survie médiane chute à quatre mois. Pour les patientes qui présentent tous les facteurs de mauvais pronostic (en particulier une altération de l’état général), la survie médiane ne dépasse pas 2,5 mois. Il a également été rapporté que l’intervalle libre, c’est-à-dire le délai entre diagnostic du cancer primitif et apparition de la première métastase cérébrale, constituait un facteur pronostique indépendant chez les patientes traitées pour un cancer du sein [4]. Une sous-classification a été élaborée pour tenir compte du nombre de métastases, autre facteur pronostique permettant d’orienter le traitement entre irradiation encéphalique en totalité et radiochirurgie [5]. Enfin, les patients susceptibles d’être traités par radiochirurgie sont également classés en fonction de leur pronostic après traitement. Cette classification, appelée Score Index for Radiosurgery (SIR) permet d’estimer leur survie après radiochirurgie stéréotaxique et intègre l’âge, l’état général, le nombre de métastases, le volume lésionnel, et le contrôle de la maladie systémique [6]. Malheureusement, l’analyse de la littérature est rendue difficile par l’hétérogénéité des données rapportées, car les essais incluent le plus souvent des métastases cérébrales de cancers primitifs très variés (cancer du poumon, cancer du sein, mélanome). Puisque ces maladies ont une histoire naturelle propre, une radiosensibilité variable, et des traitements très différents, leur analyse groupée ne permet pas de mettre en évidence tout l’intérêt des traitements locaux, particulièrement en termes de contrôle local ou de survie globale.

Radiothérapie encéphalique en totalité

Pour les patients qui présentent une atteinte métastatique cérébrale multiple ou une lésion unique en cas d’impossibilité ou refus de la chirurgie, le traitement de référence demeure la radiothérapie sur l’ensemble de l’encéphale à la dose totale de 30 Gy en dix fractions. Le choix du schéma optimal d’irradiation a été l’objet de nombreuses incertitudes. Plusieurs fractionnements ont été évalués, sans qu’il soit possible de mettre en évidence une supériorité significative de l’un d’entre eux. Les protocoles d’irradiation de l’encéphale en totalité délivrant une dose supérieure à 3 Gy par fraction exposent cependant les patientes à un risque accru de complications neurologiques tardives, en particulier d’encéphalopathie post-radique [7]. Les protocoles d’irradiation délivrant 20 Gy en cinq fractions, bien qu’équivalents en termes de contrôle local, sont donc à réserver aux patientes en mauvais état général pour lesquelles l’évolution naturelle du cancer suggère qu’elles n’auront pas le temps de souffrir d’éventuelles complications tardives de la radiothérapie. Des études ont été menées afin d’établir l’intérêt d’une diminution du fractionnement, avec la possibilité d’effectuer une radiothérapie en fractionnement classique à la dose totale de 40 Gy en 20 fractions. Les résultats étaient en faveur d’une efficacité comparable, sans différence significative en termes de survie ou de contrôle local [8-10]. Pour les patientes souffrant de métastases cérébrales multiples non opérables, le standard actuel reste donc une irradiation sur l’ensemble de l’encéphale à la dose totale de 30 Gy en dix fractions. Dans la littérature, les taux de réponse objective après radiothérapie encéphalique en totalité sont variables de 50 à 60 %. Tous fractionnements confondus, la radiothérapie encéphalique en totalité permet une amélioration symptomatique chez 60 à 80 % des patientes et la première cause de décès est l’évolution systémique de la maladie. Cependant, près de la moitié des patientes n’auront pas de réponse radiologique objectivable après irradiation et la majorité des patientes répondeuses va développer une rechute locale. Le bénéfice en survie est par ailleurs minime, la médiane de survie étant en moyenne de quatre à six mois [3]. Enfin, la radiothérapie panencéphalique est souvent mal supportée par les patientes âgées. En particulier, elle est associée à une fatigue et une alopécie constante chez les rares patientes qui ont conservé leurs cheveux pendant la chimiothérapie.

Aux vues des résultats insuffisants de l’irradiation cérébrale en totalité exclusive, il est devenu crucial de développer des stratégies thérapeutiques innovantes. L’enjeu est devenu d’autant important que le pronostic des patientes souffrant d’un cancer du sein a été considérablement amélioré par les progrès des traitements systémiques, en particulier en cas de surexpression de l’human epidermal growth factor 2 (HER2) [11, 12]. Le traitement des métastases cérébrales survenant chez des patientes dont la maladie systémique est par ailleurs contrôlée devient donc un objectif majeur. La toxicité la plus redoutée de l’irradiation cérébrale en totalité est l’encéphalopathie post-radique [7, 13]. Ce risque est d’autant plus grand que les patientes sont susceptibles d’avoir une survie prolongée. Il faut cependant souligner que la progression neurologique constitue la première cause de détérioration neurocognitive chez les patientes traitées pour des métastases cérébrales, et que l’éventualité de complications tardives doit être mise en balance avec le bénéfice démontré de l’irradiation encéphalique en totalité en termes de contrôle local, donc de préservation des fonctions neurologiques [14]. Deux priorités s’imposent : améliorer le contrôle local et diminuer la toxicité des traitements.

Radiothérapie stéréotaxique

Comme pour la radiothérapie encéphalique en totalité, l’analyse des données de la littérature est rendue difficile par l’hétérogénéité des séries rapportées dans la littérature. Permettant de délivrer une dose élevée à la tumeur en une fraction unique dans un volume restreint, la radiochirurgie stéréotaxique, ou radiochirurgie, est une technique souvent peu contraignante pour le malade [15]. L’IRM devrait être systématique. La dose délivrée est habituellement de l’ordre de 20 Gy au centre de la tumeur et de 15 Gy à sa périphérie [15]. La radiochirurgie n’est pas limitée par la localisation de la métastase dans l’encéphale, y compris en cas de métastase située dans le tronc cérébral. L’hospitalisation est courte, ne nécessite pas d’anesthésie générale et le traitement ne provoque le plus souvent pas d’alopécie. L’un des intérêts de la radiochirurgie réside dans le fait qu’elle n’impose pas d’interruption des autres traitements, en particulier de la chimiothérapie.

Certaines équipes proposent également une radiochirurgie fractionnée [16]. La radiothérapie stéréotaxique permet de contourner la radiorésistance intrinsèque de certaines tumeurs, en particulier des mélanomes [17-20]. Bien que l’apparition de radionécroses ou d’un œdème modéré soit possible après traitement (moins de 10 % des cas), ces effets secondaires sont le plus souvent stabilisés ou résolutifs sous corticothérapie [21]. Par ailleurs, la radiochirurgie n’expose pas les patientes au risque d’encéphalopathie post-radique, constituant donc une stratégie tout à fait opportune pour le traitement des patientes souffrant de métastases limitées en nombre et pour lesquelles la maladie systémique est contrôlée. Des réponses radiologiques sont observées dans près de 80 % des cas, et les taux de contrôle local sont le plus souvent supérieurs à 70 %. Après traitement, la médiane de survie est de l’ordre de 12 mois, mais il s’agit de patientes largement sélectionnées. À ce jour, aucune comparaison n’a montré de différence d’efficacité entre radiochirurgie et exérèse chirurgicale ouverte et radiothérapie postopératoire après exérèse chirurgicale ouverte. Plusieurs caractéristiques les distinguent cependant. Ainsi, la chirurgie ouverte est limitée par de nombreuses contre-indications liées au site anatomique, ce qui n’est pas le cas de la radiochirurgie. De plus, le contrôle local après chirurgie ouverte est souvent mis en défaut quand la chirurgie n’est pas associée à une radiothérapie panencéphalique. Enfin, la chirurgie nécessite une hospitalisation plus longue, avec anesthésie générale, associée à une morbidité et une mortalité non négligeables.

L’indication aujourd’hui validée de la radiochirurgie en première intention reste le traitement de patientes souffrant de moins de trois métastases cérébrales, chacune étant de taille inférieure à 3 cm, et pour lesquels la maladie systémique est stabilisée. Cependant, certaines équipes ont évalué l’intérêt de cette procédure chez des patientes souffrant d’au moins quatre métastases cérébrales. Ainsi, l’analyse de Bhatnagar et al. a rapporté une survie médiane de l’ordre de huit mois après radiochirurgie chez 205 patients de cette population [22]. Les facteurs pronostiques les plus discriminants étaient le volume total des métastases et le groupe RTOG-RPA des patients.

Traitements combinés

Pour les patientes éligibles à une résection chirurgicale de leurs métastases cérébrales, la place de l’irradiation encéphalique totale est restée longtemps incertaine. Un essai randomisé de l’EORTC a été rapporté à l’ASCO 2009, dans une population de 359 patients souffrant de métastases cérébrales de primitifs divers. L’irradiation postopératoire (30 Gy en dix fractions) permettait d’améliorer le contrôle neurologique de manière significative. Ainsi, la progression tumorale intracérébrale représentait la cause du décès chez 43 % des patients ayant subi uniquement une résection chirurgicale, versus 25 % des patients ayant reçu une radiothérapie postopératoire. Il n’était pas observé de bénéfice significatif en termes de survie globale ou d’autonomie des patients [23]. Cependant, cet essai comparait chirurgie ou radiochirurgie suivie ou non d’une irradiation, ce qui en rend l’interprétation délicate.

L’intérêt d’associer radiochirurgie et radiothérapie encéphalique en totalité a également fait l’objet de nombreuses évaluations. En particulier, un essai randomisé a comparé radiothérapie encéphalique seule versus radiothérapie encéphalique complétée d’une radiochirurgie. Il a été montré, tous types de tumeurs primitives confondus, que des patients très sélectionnés (moins de trois métastases) pouvaient tirer un bénéfice en termes de contrôle local d’une stratégie associant radiochirurgie et radiothérapie encéphalique en totalité. Pour le sous-groupe des patients souffrant d’une métastase cérébrale unique, il était même observé un bénéfice significatif en termes de survie globale à l’utilisation d’une stratégie de complément de dose par irradiation stéréotaxique [24].

Inversement, il pourrait exister un bénéfice en termes de contrôle local à compléter la radiochirurgie par une radiothérapie encéphalique totale. Ainsi, l’essai randomisé de Aoyama et al. a rapporté l’intérêt d’une radiochirurgie associée à une radiothérapie encéphalique en totalité chez des patientes souffrant de moins de quatre métastases cérébrales. Les auteurs mettaient en évidence une réduction significative du taux de récidives à 12 mois dans le bras « traitement combiné », qui était comparé à un bras « radiochirurgie exclusive » (46,8 % versus 76,4 %, p < 0,01). Cependant, il n’était pas mis en évidence de bénéfice en survie globale, laquelle constituait l’objectif principal de l’étude [25]. Cet essai souffre cependant de quelques critiques. En particulier, la technique radiochirurgicale n’y est pas décrite. Le second essai, rapporté par Kondziolka et al. a comparé radiothérapie encéphalique en totalité avec complément de radiochirurgie ou radiothérapie encéphalique seule [26]. Il était mis en évidence un bénéfice en contrôle local. Récemment, un essai comparant radiochirurgie seule versus radiochirurgie associée à une radiothérapie encéphalique totale a dÛ être arrêté prématurément compte tenu d’une toxicité neurologique à quatre mois significativement majorée dans le bras des patients recevant un traitement combiné. Ce dernier essai suggère qu’une surveillance accrue après radiochirurgie devrait être préférée à une irradiation encéphalique totale postopératoire systématique [27]. En effet, il faut garder à l’esprit le fait que la radiochirurgie peut se répéter en cas de progression tumorale. Cette possibilité thérapeutique est à mettre en balance avec l’option de radiothérapie panencéphalique d’emblée, surtout dès lors qu’aucune différence de survie ni de mortalité de cause neurologique n’a pu être mise en évidence, comme dans l’essai d’Aoyama et al. [25].

Plusieurs attitudes sont donc possibles. Chez les patientes éligibles à une radiochirurgie, la stratégie la plus communément répandue est de réserver l’irradiation encéphalique en totalité aux cas de récidive après traitement, lorsque celles-ci ne sont pas accessibles à une seconde procédure radiochirurgicale. Pour les patientes non éligibles à une radiochirurgie stéréotaxique de première intention, celle-ci peut également trouver une place dans le traitement des récidives après radiothérapie encéphalique en totalité.

Stratégies innovantes

La voie de la radiobiologie

Ces dernières années ont vu l’essor des stratégies de biomodulation de la radiosensibilité des tissus tumoraux [28]. Dans le domaine des métastases cérébrales, les résultats de radio sensibilisation par des agents de chimiothérapie les plus conventionnels ont été relativement décevants, probablement limités par la difficulté d’accessibilité des agents de chimiothérapie aux métastases cérébrales en raison de la barrière hémato-encéphalique. Pourtant, cette dernière est largement franchie en cas de métastases cérébrales volumineuses et sa perméabilité est augmentée après exposition aux rayonnements ionisants [29]. Certaines molécules ont montré un intérêt tout particulier dans la radiosensibilisation des métastases cérébrales. Le motexafin gadolinium, inhibiteur des mécanismes de réparation des lésions de l’ADN et activateur d’apoptose [30, 31], a été évalué en association à une radiothérapie encéphalique totale, avec un bénéfice dans le sous-groupe des patients traités pour des métastases d’un cancer bronchique, en termes de fonctions neurologiques [32, 33].

Le temozolomide, administré concomitamment à une irradiation encéphalique totale à la dose de 75 mg/m2 par jour et en entretien a montré des taux de réponse proches de 50 % et une survie médiane de l’ordre de 8,8 à 13 mois avec une toxicité modérée [34, 35]. Il a été montré un bénéfice significatif en termes de survie sans progression à trois mois chez des patients traités par association radiochimiothérapie à base de temozolomide, versus irradiation exclusive (72 % versus 54 %, p = 0,03), sans impact sur la survie globale [36]. Des taux de réponse dépassant 90 % ont même été rapportés [37]. Plusieurs autres associations ont également montré un intérêt potentiel, en particulier le cisplatine, le topotécan ou la capécitabine [38-40].

Plusieurs données précliniques montrent que le trastuzumab, en inhibant sélectivement HER2, permet une radiosensibilisation de certaines lignées cancéreuses mammaires [41]. Dans notre expérience non publiée d’irradiation concomitante à un traitement par trastuzumab, la toxicité était comparable à celle d’une irradiation seule, et les taux de réponse radiologique ont été supérieurs à 70 %. Ces données, d’autant plus prometteuses que la progression neurologique constitue la première cause de décès des patientes HER2 positives souffrant de métastases cérébrales, encouragent la poursuite de l’évaluation du ciblage de HER2 concomitamment à la radiothérapie encéphalique [42]. La place du lapatinib dans cette stratégie de radiosensibilisation reste à ce jour inconnue. Le ciblage de l’angiogenèse pourrait également s’avérer une voie de recherche intéressante [43].

Peu de données sont disponibles quant à la possibilité d’associer un traitement systémique à l’irradiation dans le but d’en réduire la toxicité tardive, en particulier la toxicité neurologique. Lamproglou et al. ont rapporté une évaluation préclinique de l’amifostine dans des modèles murins, montrant son intérêt protecteur potentiel. En particulier, il était observé une détérioration moindre des fonctions de mémorisation [44].

La voie des nouvelles technologies

L’irradiation encéphalique totale pourrait bénéficier des nouvelles modalités d’irradiation. De récents travaux montrent que la tomothérapie hélicoïdale offre des perspectives en situations palliatives [45]. Pour l’irradiation des métastases cérébrales, il a également été rapporté cette modalité d’irradiation à modulation d’intensité permettait un traitement de grande homogénéité dosimétrique, associé à l’administration d’un complément de dose intégré. La faisabilité de ce traitement a été rapportée chez des patients souffrant de une à quatre métastases cérébrales et recevant une irradiation de 30 Gy en dix fractions avec boost intégré [46]. De même, une récente étude a rapporté la faisabilité de la tomothérapie hélicoïdale comme alternative potentielle à la radiochirurgie [47]. Cette technique permet d’associer à la radiothérapie encéphalique un traitement concomitant d’une ou plusieurs localisations extracrâniennes, mais également d’épargner l’hippocampe, dont l’irradiation est un facteur de risque de survenue d’une encéphalopathie tardive [48].

Conclusion

L’oncologue radiothérapeute joue un rôle central dans la prise en charge des métastases cérébrales. Toute patiente souffrant de métastases cérébrales d’un cancer du sein doit lui être présentée, afin d’envisager les différentes modalités thérapeutiques. L’importance de la discussion thérapeutique ne doit pas être sous-estimée, sous prétexte que l’on se situerait en situation le plus souvent palliative. D’une part, la radiothérapie permet souvent d’obtenir des réponses radiologiques complètes, voire de stériliser les métastases cérébrales [49]. D’autre part, il existe un réel service rendu aux patientes en termes de qualité de vie et de contrôle local. Le choix du traitement de première intention doit reposer sur les facteurs pronostiques cités précédemment. La discussion de l’opérabilité de la lésion doit être effectuée entre l’oncologue radiothérapeute et le neurochirurgien en collaboration avec les oncologues médicaux. Si les critères d’éligibilité sont présents, la chirurgie ou la radiochirurgie doivent être discutées en première intention. Dans ce cas, la radiothérapie encéphalique totale postopératoire améliore le contrôle local, sans bénéfice évident en termes de survie globale. Son indication doit être posée en tenant compte du risque de complications neurologiques tardives. Quand les critères d’éligibilité à la radiochirurgie sont absents, l’irradiation encéphalique totale de première intention constitue le standard. Certaines nouvelles techniques d’irradiation comme la tomothérapie peuvent permettre amélioration de la qualité de vie avec préservation des cheveux ou réaliser un boost intégré [50, 51]. La radiochirurgie de complément après radiothérapie encéphalique totale améliore le contrôle local, mais n’a montré son bénéfice en survie que dans des cas sélectionnés. Dans ce cas, cette dernière est le plus souvent réservée au traitement de la récidive cérébrale. De nombreuses évaluations sont à venir, afin d’explorer la biomodulation de la radiosensibilité ou les nouvelles techniques de traitement.

Conflits d’intérêts: aucun.

Références

1 Y Tsukada, A Fouad, JW Pickren et al. Central nervous system metastasis from breast carcinoma. Autopsy study Cancer 1983; 52: 2349-2354.

2 RJ Weil, DC Palmieri, JL Bronder et al. Breast cancer metastasis to the central nervous system Am J Pathol 2005; 167: 913-920.

3 L Gaspar, C Scott, M. Rotman Recursive partitioning analysis (RPA) of prognostic factors in three Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) brain metastases trials Int J Radiat Oncol Biol Phys 1997; 43: 745-751.

4 FJ Lagerwaard, PC Levendag, PJ Nowak et al. Identification of prognostic factors in patients with brain metastases: a review of 1292 patients Int J Radiat Oncol Biol Phys 1999; 43: 795-803.

5 EC Kaal, CG Niel, C.J. Vecht Therapeutic management of brain metastasis Lancet Neurol 2005; 4: 289-298.

6 E Weltman, JV Salvajoli, RA Brandt et al. Radiosurgery for brain metastases: a score index for predicting prognosis Int J Radiat Oncol Biol Phys 2000; 46: 1155-1161.

7 D Ricard, H Taillia, J.L. Renard Brain damage from anticancer treatments in adults Curr Opin Oncol 2009; 21: 559-565.

8 R Gelber, M Larson, BB Borgelt et al. Equivalence of radiation schedules for the palliative treatment of brain metastases in patients with favorable prognosis Cancer 1981; 48: 1749-1753.

9 B Borgelt, R Gelber, S Kramer et al. The palliation of brain metastases: final results of the first two studies by the radiation therapy oncology group Int J Radiat Oncol Phys 1980; 6: 1-9.

10 F.R. Hendrickson The optimum schedule for palliative radiotherapy for metastatic brain cancer Int J Radiat Oncol Biol Phys 1981; 7: 891-895.

11 AF Eichler, I Kuter, P Ryan et al. Survival in patients with brain metastases from breast cancer: the importance of HER-2 status Cancer 2008; 112: 2359-2367.

12 DG Kirsch, J.S. Loeffler Brain metastases in patients with breast cancer: new horizons Clin Breast Cancer 2005; 6: 115-124.

13 C Soussain, D Ricard, JR Fike et al. CNS complications of radiotherapy and chemotherapy Lancet 2009; 374: 1639-1651.

14 Chargari C, Campana F, Védrine L, et al. Current strategies and perspectives for whole brain radiation therapy in breast cancer patients with brain metastases. Nat Rev Clin Oncol 2010 (PubMed PMID: 20625374).

15 G Noel, G Boisserie, L Feuvret, J.J. Mazeron Radiochirurgie des métastases cérébrales : réflexions, controverses et questions sans réponse en 2004 Bull Cancer 2004; 91: 81-93.

16 Schlienger M, Nataf F, Huguet F, et al. Hypofractionated stereotactic radiotherapy for brain metastases. Cancer Radiother (PubMed PMID: 20004125).

17 HM Brown, IE McCutcheon, NE Leeds et al. Melanoma metastatic to central neurocytoma: a novel case of tumor-to-tumor metastasis J Neurooncol 2003; 61: 209-214.

18 JC Flickinger, D. Kondziolka Radiosurgery instead of resection for solitary brain metastasis: the gold standard redefined Int J Radiat Oncol Biol Phys 1996; 35: 185-186.

19 L Feuvret, I Germain, P Cornu et al. First treatment for brain metastases by stereotactic radiosurgery Bull Cancer 1999; 86: 666-672.

20 RM Auchter, JP Lamond, E Alexander 3rd et al. A multiinstitutional outcome and prognostic factor analysis of radiosurgery for respectable single brain metastasis Int J Radiat Oncol Biol Phys 1996; 35: 27-35.

21 JC Breneman, RE Warnick, RE Albright Jr. et al. Stereotactic radiosurgery for the treatment of brain metastases. Results of a single institution series Cancer 1997; 79: 551-557.

22 AK Bhatnagar, JC Flickinger, D Kondziolka et al. Stereotactic radiosurgery for four or more intracranial metastases Int J Radiat Oncol Biol Phys 2006; 64: 898-903.

23 RP Mueller, R Soffietti, MU Abacioglu et al. Adjuvant whole-brain radiotherapy versus observation after radiosurgery or surgical resection of 1-3 cerebral metastases: results of the EORTC 22952-26001 study J Clin Oncol 2009; 27: 15.

24 DW Andrews, CB Scott, PW Sperduto et al. Whole brain radiation therapy with or without stereotactic radiosurgery boost for patients with one to three brain metastases: phase III results of the RTOG 9508 randomized trial Lancet 2004; 363: 1665-1672.

25 Aoyama H, Shirato H, Tago MK, et al. Stereotactic radiosurgery plus whole-brain radiation therapy vs stereotactic radiosurgery alone for treatment of brain metastases. JAMA 2006: 295: 2483-91.

26 D Kondziolka, A Patel, LD Lunsford et al. Stereotactic radiosurgery plus whole brain radiotherapy alone for patients with multiple brain metastases Int J Radiat Oncol Biol Phys 1999; 45: 427-434.

27 EL Chang, JS Wefel, KR Hess et al. Neurocognition in patients with brain metastases treated with radiosurgery or radiosurgery plus whole-brain irradiation: a randomized controlled trial Lancet Oncol 2009; 10: 1037-1044.

28 TY Seiwert, JK Salama, E.E. Vokes The concurrent chemoradiation paradigm – general principles Nat Clin Pract Oncol 2007; 4: 86-100.

29 H-J Stemmler, M Schmitt, A Willems et al. Ratio of trastuzumab levels in serum and cerebrospinal fluid is altered in HER2-positive breast cancer patients with brain metastases and impairment of blood–brain barrier Anticancer Drugs 2007; 18: 23-28.

30 A.M. Evens Motexafin gadolinium: a redox-active tumor selective agent for the treatment of cancer Curr Opin Oncol 2004; 16: 576-580.

31 S Xu, K Zakian, H Thaler et al. Effects of motexafin gadolinium on tumor metabolism and radiation sensitivity Int J Radiat Oncol Biol Phys 2001; 49: 1381-1390.

32 CA Meyers, JA Smith, A Bezjak et al. Neurocognitive function and progression in patients with brain metastases treated with whole-brain radiation and motexafin gadolinium: results of a randomized phase III trial J Clin Oncol 2004; 22: 157-165.

33 MP Mehta, WR Shapiro, SC Phan et al. Motexafin gadolinium combined with prompt whole brain radiotherapy prolongs time to neurologic progression in non-small-cell lung cancer patients with brain metastases: results of a phase III trial Int J Radiat Oncol Biol Phys 2009; 73: 1069-1076.

34 R Addeo, C De Rosa, V Faiola et al. Phase 2 trial of temozolomide using protracted low-dose and whole-brain radiotherapy for nonsmall cell lung cancer and breast cancer patients with brain metastases Cancer 2008; 113: 2524-2531.

35 R Addeo, M Caraglia, V Faiola et al. Concomitant treatment of brain metastasis with whole brain radiotherapy [WBRT] and temozolomide [TMZ] is active and improves quality of life BMC Cancer 2007; 7: 18.

36 E Verger, M Gil, R Yaya et al. Temozolomide and concomitant whole brain radiotherapy in patients with brain metastases: a phase II randomized trial Int J Radiat Oncol Biol Phys 2005; 61: 185-191.

37 D Antonadou, M Paraskevaidis, G Sarris et al. Phase II randomized trial of temozolomide and concurrent radiotherapy in patients with brain metastases J Clin Oncol 2002; 20: 3644-3650.

38 PA Cassier, I Ray-Coquard, MP Sunyach et al. A phase 2 trial of whole-brain radiotherapy combined with intravenous chemotherapy in patients with brain metastases from breast cancer Cancer 2008; 113: 2532-2538.

39 T Neuhaus, Y Ko, RP Muller et al. A phase III trial of topotecan and whole brain radiation therapy for patients with CNS-metastases due to lung cancer Br J Cancer 2009; 100: 291-297.

40 C Chargari, YM Kirova, V Diéras et al. Concurrent capecitabine and whole-brain radiotherapy for treatment of brain metastases in breast cancer patients J Neurooncol 2009; 93: 379-384.

41 K Liang, Y Lu, W Lin et al. Sensitization of breast cancer cells to radiation by trastuzumab Mol Cancer Ther 2003; 2: 1113-1120.

42 AF Eichler, I Kuter, P Ryan et al. Survival in patients with brain metastases from breast cancer: the importance of HER-2 status Cancer 2008; 112: 2359-2367.

43 R Mazeron, D Azria, E. Deutsch Angiogenesis inhibitors and radiation therapy: from biology to clinical practice Cancer Radiother 2009; 13: 567-568.

44 I Lamproglou, K Djazouli, G Boisserie et al. Radiation-induced cognitive dysfunction: the protective effect of ethyol in young rats Int J Radiat Oncol Biol Phys 2003; 57: 1109-1115.

45 C Chargari, YM Kirova, S Zefkili et al. Improve the management of patients with skull bone metastases by means of helical tomotherapy Support Care Cancer 2009; 17: 613-615.

46 N Tomita, T Kodaira, H Tachibana et al. Helical tomotherapy for brain metastases: dosimetric evaluation of treatment plans and early clinical results Technol Cancer Res Treat 2008; 7: 417-424.

47 P Sanghera, AW Lightstone, DE Hyde et al. Fractionated Helical Tomotherapy as an alternative to radiosurgery in patients unwilling to undergo additional radiosurgery for recurrent brain metastases Br J Radiol 2010; 83: 25-30.

48 AN Gutiérrez, DC Westerly, WA Tomé et al. Whole brain radiotherapy with hippocampal avoidance and simultaneously integrated brain metastases boost: a planning study Int J Radiat Oncol Biol Phys 2007; 69: 589-597.

49 JG Cairncross, NL Chernik, JH Kim et al. Sterilization of cerebral metastases by radiation therapy Neurology 1979; 29: 1195-1202.

50 A Dejean, G Kantor, B Henriques de Figueiredo et al. Tomothérapie hélicoïdale : aspects techniques et applications cliniques Bull Cancer 2010; 97: 783-789.

51 Kirova YM, Chargari C, Zefkili C, et al. Could Helical Tomotherapy do both: whole brain radiotherapy and radiosurgery? WJR 2010 (in press).


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]