ARTICLE
bdc.2011.1347
Auteur(s) : Jean Bénard
L’introduction d’un chromosome entier de l’espèce considérée
(levure, souris) dans une cellule diploïde produit un stress
protéotoxique. La cellule active alors le repliement et la
dégradation de ses protéines pour corriger le déséquilibre
stœchiométrique créé. Ne pouvant gérer l’excès de protéines et
répondre au besoin énergétique résultant de l’expression du
chromosome intrus, la cellule aneuploïde ainsi formée meurt. A
contrario, l’aneuploïdie des cellules cancéreuses n’affecte en
rien leur prolifération ni leur capacité à envahir l’organisme,
bien au contraire !
Ce constat a conduit l’équipe d’Angela Amon du MIT, Boston, à
faire les hypothèses suivantes :
- 1) les cellules malignes aneuploïdes connaîtraient, elles
aussi, un stress protéotoxique, mais survivraient au prix d’une
« addiction non oncogénique », c’est-à-dire la
suractivation de processus indépendants de l’oncogenèse ;
- 2) il existerait des molécules capables d’induire la mort des
cellules aneuploïdes, soit en exacerbant les effets cytotoxiques
résultant de ce contenu génomique anormal, soit en bloquant les
voies de survie associées à cette addiction.
L’obtention defibroblastes embryonnaires murins trisomiques pour
un seul chromosome murin (# 1, 1 3, 16 ou19) a permis à
Angela Amon et al. d’identifier trois molécules exerçant un
effet cytotoxique sélectif : AICAR, un inducteur de l’AMP
kinase ; un inhibiteur de protéine « heatshock »
HSP90, le 17-AAG (17-allylamino-17déméthoxy-geldanamycine) ;
enfin un inhibiteur de l’autophagie, la chloroquine. Ce travail est
publié dans le numéro du 18 février de la revue Cell
(Tang et al., 2011). Exacerbant le niveau de stress basal de
ces cellules aneuploïdes expérimentales, ces molécules s’avèrent
aussi efficaces contre les cellules aneuploïdes tumorales. En
effet, à des concentrations faibles, la combinaison AICAR et 17-AAG
potentialise l’état basal de stress protéique et énergétique propre
à différentes lignées cancéreuses humaines en exerçant un effet
cytotoxique avéré. Conformément à l’hypothèse de travail, cette
combinaison thérapeutique s’est montrée, dans le modèle de cancer
colique, beaucoup plus efficace dans les lignées d’aneuploïdie de
haut grade (de type « CIN » pour chromosomal instability)
que dans celles de plus faible aneuploïdie (de type
« MIN » pour microsatellite instability, et ce quel que
soit le statut de p53.
Pour séduisant qu’il soit, le concept d’un traitement
accroissant le niveau de stress protéotoxique d’une cellule
cancéreuse pour induire sa mort doit maintenant faire ses preuves
sur une grande variété de cellules cancéreuses humaines
aneuploïdes. De même, quid du niveau d’addiction non oncogénique
atteint lorsque l’aneuploïdie résulte d’un gain de chromosomes
entiers surnuméraires ou d’un matériel chromosomique segmentaire,
les deux principales situations rencontrées en oncologie
moléculaire : est-il le même ?
En tout cas, retenons de ce beau travail que les fibroblastes
embryonnaires murins trisomiques constituent un matériel
expérimental de référence pour sélectionner les molécules qui
pourraient un jour être utilisées en oncologie.
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