ARTICLE
bdc.2011.1324
Auteur(s) : Christophe Hennequin1,,2 christophe.hennequin@sls.aphp.fr,
Laurent Quero1,2, Vincent Favaudon2
1 Hôpital Saint-Louis, service de
cancérologie-radiothérapie, 1, avenue Claude-Vellefeaux, 75010
Paris, France
2 Institut Curie-Recherche, Inserm U612, Orsay,
France
Tirés à part : C. Hennequin
Position du problème
La radiosensibilité des tissus sains et des tumeurs,
c’est-à-dire la perte du potentiel clonogénique sous rayonnement,
varie sur une échelle allant de 1 à plus de 10. Pour un même type
histologique, à stade égal, telle tumeur sera guérie par la
radiothérapie classique et telle autre progressera rapidement,
alors que les caractéristiques initiales des tumeurs paraissaient
identiques. On a donc cherché depuis longtemps à identifier les
paramètres qui permettraient de prédire la réponse des tissus sains
aussi bien que des tumeurs sur une base rationnelle et
quantitative.
La radiocurabilité d’une tumeur dépend d’un grand nombre de
facteurs. La radiosensibilité intrinsèque des cellules tumorales
est essentiellement déterminée par les capacités de réparation des
lésions de l’ADN et modulée par les propriétés du stroma
environnant, en particulier par l’oxygénation tumorale [1]. Le
nombre de cellules clonogéniques, qu’il est tentant d’assimiler aux
cellules souches tumorales, et la réponse aux facteurs de
croissance doivent également être pris en considération [2].
La radiosensibilité intrinsèque
La radiosensibilité des cellules humaines normales in
vitro et in vivo, exprimée par la valeur de la SF2 ou
des paramètres α et β dans le modèle linéaire-quadratique varie
d’un type cellulaire à l’autre, les cellules souches pluripotentes
de la lignée hématopoïétique et les cellules souches de la lignée
germinale testiculaire étant les plus radiosensibles. Les
paramètres caractérisant la radiosensibilité des cellules tumorales
varient sur une échelle aussi étendue que celle des cellules
normales. Cependant, les cellules tumorales établies à partir de
tumeurs radiocurables présentent une radiosensibilité in
vitro significativement plus élevée que celles dérivées de
tumeurs radiorésistantes [3]. Weichselbaum et al. [4]
avaient montré, par l’analyse de 20 lignées cellulaires issues de
cancers ORL et de 13 autres issues de sarcomes, que le taux d’échec
local en radiothérapie exclusive est statistiquement corrélé au
groupe des tumeurs radiorésistantes. Cela suggère qu’une
radiorésistance intrinsèque peut contribuer à l’échec d’une
irradiation à visée curative. Les données montrent également que la
récidive est fréquemment liée à la sélection de clones
radiorésistants et qu’il y a une bonne corrélation entre la
radiocurabilité et la valeur de la SF2.
Plusieurs études ont essayé de corréler, pour chaque patient, la
valeur de la SF2 et la probabilité de guérison, en utilisant des
cultures tumorales primaires sur matrice semi-solide (cell
adhesive matrix [CAM]). West et al. [5] ont ainsi
démontré chez 128 patientes atteintes d’un cancer du col utérin une
excellente corrélation entre la SF2 et le contrôle local ainsi que
la survie. Dans cette, étude la survie à 5 ans était de 81 %
lorsque la valeur de la SF2 était plus basse que la médiane,
51 % dans le cas contraire. La même équipe a trouvé le même
type de corrélation dans les tumeurs ORL [6].
En définitive, la radiosensibilité intrinsèque est corrélée à la
radiocurabilité dans plusieurs situations cliniques. La méthode a
permis d’identifier un grand nombre de gènes impliqués dans la
réparation et dans le déroulement de la mort cellulaire
radio-induite. Elle ne peut cependant être utilisée en routine
clinique en raison du hasard des prélèvements, du taux d’échec
important à la transplantation ou à la mise en culture, du taux
également prohibitif de faux négatifs, et du temps – plusieurs
semaines – nécessaire à la réalisation de l’essai.
Lésions de l’ADN et radiosensibilité
Les radiations ionisantes, photons-X ou particules accélérées,
déposent de l’énergie dans les cellules irradiées par effet Compton
et effet photoélectrique. Cette étape physique, qui se produit en
10−16 à 10−14 s, est indépendante du type
cellulaire considéré. Elle aboutit à la formation de radicaux
libres dont les principaux sont les radicaux OH• issus
de la radiolyse de l’eau. Ceux-ci sont responsables de la majorité
des lésions chimiques qui touchent l’ensemble des compartiments
cellulaires. Par leurs conséquences, les lésions qui touchent les
chromosomes sont les plus importantes.
On distingue classiquement plusieurs types de lésions de l’ADN,
à savoir les dommages oxydatifs du désoxyribose et des bases
puriques ou pyrimidiques, les pontages ADN-ADN ou ADN-protéines, et
les cassures simple-brin (SSB) et double-brin (DSB) de la chaîne
polynucléotidique. Une dose d’1 Gy produit dans chaque cellule
environ 2 000 dommages de bases, 1 000 SSB, 150 pontages
ADN-protéine, 40 DSB et 30 pontages ADN-ADN. Les DSB sont les plus
difficiles à réparer, et une seule DSB non réparée suffit à induire
la mort de la cellule. Cela explique qu’il y ait une bonne
corrélation entre l’incidence des DSB et l’effet létal des
radiations [7]. Par ailleurs, des considérations de microdosimétrie
ont conduit à proposer l’existence de lésions dites complexes ou
locally multiply damaged sites (LMDS) par accumulation dans
un domaine de l’ordre d’un tour d’hélice de l’ADN de plusieurs
lésions élémentaires (SSB, lésions des bases, pontages). Prises
individuellement, ces lésions sont aisément réparées, mais leur
accumulation rendrait leur réparation lente et infidèle, leur
conférant un pouvoir létal élevé.
En dépit de ces observations, à ploïdie égale l’incidence des
dommages radio-induits de l’ADN varie très peu d’un type cellulaire
à l’autre et il n’a été possible de mettre en évidence une relation
entre l’incidence des lésions et la radiosensibilité. On sait
aujourd’hui que c’est dans la capacité des cellules à détecter
(signalisation) et traiter (réparation) les lésions de l’ADN qu’il
faut rechercher l’origine des variations de radiosensibilité [8].
Ce modèle est attesté par le fait que la radiosensibilité
intrinsèque est assez bien corrélée au nombre de DSB non réparées
24 heures après irradiation [9].
Voies de signalisation et réparation
Les cellules eucaryotes répondent aux lésions de l’ADN par un
système sophistiqué (DNA damage response [DDR]), impliquant
de très nombreux acteurs et développé pour détecter, signaler et
réparer ces lésions. Les interactions avec le cycle cellulaire
(activation des « checkpoints ») font partie
intégrante de ce système. Le but final étant de préserver
l’intégrité génomique pour permettre les activités métaboliques
essentielles comme l’expression génique, la réplication, la
progression dans le cycle cellulaire et la survie ou la mort
cellulaire. Les mutations de ces gènes sont responsables de
« réparatoses » et peuvent affecter la
radiosensibilité.
Les voies de réparation les plus importantes peuvent être
classées sous deux rubriques :
- – la réparation par excision-resynthèse, comprenant (a) le
base excision repair (BER) et le nucleotide excision
repair (NER) qui prennent en charge BD et SSB, et (b) la
réparation des mésappariements de bases ou mismatch repair,
qui intervient sur les erreurs de réplication de l’ADN ;
- – les mécanismes de réparation des DSB [10] qui comprennent (a)
la recombinaison homologue (HR), dans laquelle la DSB située sur un
chromosome est réparée en utilisant l’ADN du chromosome homologue
comme matrice et permet une réparation de la lésion sans générer
d’erreurs génétiques, et (b) la suture non homologue ou
non-homologous end-joining (NHEJ). Le NHEJ joue un rôle
prédominant pendant la phase G1 tandis que la réparation par
recombinaison homologue est utilisée préférentiellement dans les
phases S et G2. Initié par fixation de l’hétérodimère Ku70-Ku86 sur
la DSB et nécessitant DNA-PKcs, XRCC4, Artemis et Ligase IV, le
NHEJ n’exige pas une homologie stricte et peut produire une perte
d’information génétique. Le NHEJ apparaît cependant comme le
principal mécanisme de réparation des DSB dans les cellules
eucaryotes [11].
ATM et cassures double-brin
C’est en 1975 que la radiosensibilité des lignées cellulaires
des patients atteints d’ataxie télangiectasie a été mise en
évidence, avec pour conséquence des aberrations chromosomiques.
Plus tard, le gène de cette maladie, appelé ataxia
telangiectasia mutated (ATM) a été localisé sur le chromosome
11q23 et identifié comme une protéine kinase (350 kDa), avec une
structure similaire à celle des PI-3 kinases [12].
Fonction d’ATM
ATM est une sérine/thréonine protéine kinase dotée d’un domaine
catalytique de type phosphatidylinositol 3-kinase (PI3-K).
Ce domaine présente une homologie marquée avec le site catalytique
de cinq autres kinases impliquées dans la surveillance du génome
(ATR, ATX/SMG-1, DNA-PKcs) ou de grandes voies métaboliques
(FRAPmTOR, TRRAP). ATM et DNA-PKcs sont essentielles à
la réparation des DSB. ATR et ATX/SMG-1 sont nécessaires au
contrôle de la réplication et à la réparation des dommages de l’ADN
induits par les UV.
Une augmentation rapide de l’activité d’ATM est détectée après
irradiation ou création de DSBs. L’activation d’ATM procède d’une
réaction d’autophosphorylation sur le résidu Ser-1981, en réponse à
la détection des DSB [13]. Il semble qu’une seule DSB soit
insuffisante pour déclencher la réaction d’autophosphorylation,
expliquant l’absence d’activation d’ATM aux faibles doses de
rayonnement (≤ 100 mGy). En fait, l’analyse des cinétiques de
réparation ont montré que ATM était nécessaire à la réparation d’un
sous-groupe de DSB (environ 10 %) qui sont habituellement
réparées avec une cinétique lente, alors que la plupart des DSB
sont réparées très rapidement [14].
Lorsque le niveau de stimulation est suffisant, l’activation
d’ATM se produit dans les minutes qui suivent l’irradiation.
L’activation initiale d’ATM semble être médiée par le complexe MRN
(MRE11-RAD50-NBS1), probablement via un changement de
conformation dans le domaine kinase d’ATM. On peut donc prévoir
qu’un défaut de ce complexe induise une forte instabilité
chromosomique, un défaut de suture et une hyper-radiosensibilité.
C’est effectivement le cas du syndrome de Nimègue, associé à une
mutation de la protéine NBS.
En tout état de cause l’activation d’ATM permet la
phosphorylation de ses substrats (figure 1), au
nombre desquels on compte DNA-PKcs, sous-unité catalytique du
complexe DNA-PK, la protéine p53, la protéine p53 binding
protein (p53BP1), et l’histone H2AX. ATM contrôle ainsi,
via p53, l’apoptose radio-induite ; via
DNA-PKcs, mais aussi Artemis, la voie de réparation des DSB par le
NHEJ [15] ; via H2AX, l’amplification du signal de
réparation ; via BRCA1, la réparation par recombinaison
homologue ; et via p53, Chk2 et p95/NBS1, l’arrêt de la
progression du cycle cellulaire en phase G1, S et G2.
ATM et réparation de l’ADN
Les modifications des histones et le remodelage de la chromatine
ont un rôle important dans la réponse cellulaire à l’irradiation.
Suite à l’irradiation, survient l’accumulation de diverses
protéines de la DDR sous forme de foci appelés ionizing
radiation-induced foci (IRIF : foci induits par les
radiations ionisantes) [16]. Parmi ces protéines, on retrouve MDC1,
MRE11, BRCA1 ou H2AX.
La phosphorylation de l’histone H2AX sur le site Ser139 par ATM
et/ou DNA-PK est indispensable à la réparation des DSB et est au
cœur de la formation des IRIF [17]. Cette phosphorylation s’étend
autour de la DSB sur une distance de 2 Mb. Survenant en quelques
minutes après l’irradiation, cette réaction provoque l’agrégation
de la protéine phosphorylée (γH2AX). La protéine MDC1 vient ensuite
se fixer sur γ-H2AX (figure 2) et va
favoriser l’accumulation des autres protéines de l’IRIF [18],
et en particulier, le complexe MRN. Celui-ci va à nouveau fixer
ATM, qui phosphoryle les protéines H2AX des nucléosomes adjacents
et tend donc à amplifier le signal [19]. ATM va également
phosphoryler MDC1, ce qui va lui permettre de recruter d’autres
protéines, en particulier un complexe RNF8-UBC13 et la protéine
53BP1.
L’agrégation de γH2AX se fait sous forme de « foci »
qu’il est aisé de visualiser et quantifier par immunofluorescence.
L’intensité de la réaction est proportionnelle à la dose déposée si
celle-ci n’excède pas 2 Gy, ce qui en fait un bon moyen de mesure
des DSB aux faibles doses de rayonnement [20]. Avec des exceptions,
la persistance de foci résiduels est corrélée à la radiosensibilité
in vitro [21, 22], même en cas de traitement fractionné. Les
souris déficientes en H2AX sont radiosensibles et accumulent de
nombreuses aberrations chromosomiques.
La phosphorylation de H2AX et la formation de foci γ-H2AX sont
actuellement généralement acceptées comme des marqueurs
quantitatifs fiables des DSB, utilisables même si le nombre de
lésions est faible. Toutefois, le test n’est pas aisément
applicable aux cellules en croissance, au motif que les cellules en
phase S développent spontanément un taux élevé de foci de γH2AX.
L’utilisation d’anticorps dirigés contre ATM phosphoryle est une
voie de recherche potentielle et pourrait remplacer la détection
des foci γ-H2AX.
BRCA-1 est également présent dans les IRIF. Il fait alors partie
d’un complexe comprenant également la protéine Abraxas,
receptor-associated protein 80 (RAP80) et
BRCA1-BRCA2-containing complex subunit 36 (BRCC36). Ce
complexe se lie à l’ADN par des chaînes d’ubiquitines :
celles-ci sont issues des histones H2A et H2B, et se sont formées
sous l’action des protéines ring-finger-containing nuclear
factor 8 (RNF8), fixée sur MDC1 et RNF168. Ces chaines
d’ubiquitine permettent la fixation de BRCA1 mais aussi de 53BP1.
Il a récemment été décrit que la mutation de RNF168 était impliqué
dans le syndrome de RIDDLE, caractérisé par une immunodépression et
une radiosensibilité [23]. RNF8 et RNF168 ont pour co-facteur
ubiquitin-conjugating enzyme (UBC13).
Mutations d’ATM et radiosensibilité : données
cliniques
Le syndrome d’ataxie-télangiectasie
Les mutations homozygotes du gène ATM sont responsables
du syndrome d’ataxie télangiectasie (AT). Le gène AT
consiste en 66 exons et plus de 100 mutations de ce gène,
conduisant pour la plupart à la perte totale de l’activité, ont été
recensées. La plupart des patients ont deux mutations distinctes,
chacune héritée d’un des parents. Identifiée dès 1926, AT se
manifeste par une ataxie cérébelleuse de pronostic sévère et
précoce, des télangiectasies oculo-cutanées, une immunodéficience
majeure, des remaniements chromosomiques spontanés et une
prédisposition à de nombreux cancers (essentiellement leucémies et
lymphomes). Une hypersensibilité aux radiations ionisantes est
constante [24]. L’incidence d’AT est estimée à 10-5. Les
porteurs hétérozygotes (ATH), qui constituent environ 1 % de
l’ensemble de la population, présentent un risque accru de cancer.
Un taux élevé d’alpha-fœto-protéine est retrouvé chez 95 % des
patients [25].
Les lignées AT présentent la plus forte radiosensibilité connue
chez l’homme. Cet effet s’explique par l’altération des voies de
signalisation liées à la réponse au stress oxydatif (AP1, JNK, IκB,
SAPK), à la régulation du cycle cellulaire (Mdm2, p53, RPA, Chk1,
Chk2, CDK1) et à la réparation des lésions de l’ADN par HR ou NHEJ
(c-Abl, BRCA1, DNA-PKcs, RAD51). L’effet sur le NHEJ est
probablement le facteur le plus important. En effet, même en
l’absence de mutation d’ATM, la mutation ou la perte de l’un des
gènes codant les protéines du complexe hétérotrimère DNA-PK (Ku70,
Ku86, DNA-PKcs) ou des autres partenaires du NHEJ (XRCC4, Ligase
IV), confère une hyper-radiosensibilité du même ordre de grandeur
que celle provoquée par la mutation d’ATM [26]. De plus, on note
une absence d’arrêt en G2, favorisant ainsi l’instabilité
génomique. Le raccourcissement accéléré des télomères est un
facteur de vieillissement prématuré de ces patients [27].
Hétérozygotie et radiosensibilité
Les mutations des gènes de réparation sont très rares, et ne
peuvent donc expliquer les différences de radiosensibilité
interindividuelle qui sont le lot commun du radiothérapeute.
L’hétérozygotie est par contre plus fréquente : elle
toucherait par exemple 5 % des patientes porteuses d’un cancer
du sein. Les polymorphismes (SNP) des gènes de réparation de l’ADN,
qui ont des conséquences fonctionnelles plus discrètes pourraient
être plus fréquemment en cause. Les SNP portent sur la substitution
d’une seule base dans la séquence de l’ADN et sont observés entre
différents individus au sein d’une population. Un polymorphisme est
défini comme la présence d’un allèle chez plus de 1 % de la
population alors que la mutation ne survient que dans moins de
1 % des cas.
La radiosensibilité des lignées hétérozygotes est intermédiaire
entre celle des lignées homozygotes et des lignées sauvages [28,
29]. Cependant, ces lignées maintiennent une activité de
phosphorylation des substrats du gène ATM suffisante pour
permettre la réalisation de ses principales fonctions. L’impact de
la diminution de la concentration de la protéine sur la valeur de
la SF2 reste discuté [30, 31].
L’hétérozygotie du gène ATM, de même que certains
variants, serait des facteurs de risque de survenue d’un cancer du
sein [32]. Cependant, une large étude prospective récente ne
retrouve aucune association entre la présence des mutations ATM
Ser49Cys ou Ser707Pro et la survenue de cancers [33]. Il est
probable cependant, que certaines mutations du gène entrainent une
diminution d’expression de la protéine avec pour corrollaire un
certain degré d’instabilité génomique [34].
L’implication des SNP dans la survenue de complications de la
radiothérapie, a été étudiée : certains variants de
TGF-β1, XRCC1, SOD et ATM ont été
corrélés à une augmentation de l’intensité ou de la fréquence des
toxicités radio-induites aiguë ou tardive. C’est en particulier le
cas du polymorphisme de TGF-β1 et de la fibrose
radio-induite dans le cancer du sein [35] ou les tumeurs
gynécologiques [36].
Concernant le gène ATM, les quelques études cliniques
rapportant les complications tardives des patientes hétérozygotes
ou avec un variant sont discordantes, la plupart ne mentionnant pas
cependant une toxicité majorée [37]. Il semble que le polymorphisme
5557 G A soit corrélé à la
survenue de fibrose tardive [38]. En définitive, la survenue de
complications tardives est multifactorielle et ne peut probablement
pas être expliquée par un seul facteur. Des tests globaux sont
probablement plus performants pour apprécier le risque de séquelles
après irradiation [39].
Peu de gènes ont jusqu’à présent été corrélé à la manifestation
de toxicités aiguës, mais les variants d’ATM paraissent
délétères [40].
L’impact des mutations du gène ATM sur la radiocurabilité
est également sujet de controverse : il ne semble pas que le
taux de récidive locale soit majoré, mais il est possible que
l’agressivité tumorale et le risque de développer des métastases
soient accrus [41, 42]. On notera également que la radiocurabilité
dépend de l’intégrité du complexe MRN. En effet, chez 224 patientes
traitées par mastectomie suivie d’une radiothérapie, le taux de
récidive locale était de 24 % (c’est-à-dire identique à celui
obtenu après mastectomie seule) en cas de défaut du complexe MRN,
alors qu’il n’est que de 8 % lorsque le complexe est
fonctionnel [43]. Notons aussi que l’expression de Ku70 et Ku86 est
corrélée à la radiocurabilité des tumeurs rectales [44], ainsi que
des cancers du col utérin quoique d’une manière moins significative
[45]. Cependant, l’expression de Ku70 et Ku86 n’est pas
significativement corrélée à la radiosensibilité intrinséque
(mesurée par la SF2) dans les tumeurs ORL [46] ou les glioblastomes
[47].
Conclusion
L’ensemble des données obtenues tant in vitro qu’in
vivo montre que la radiosensibilité dépend d’une multitude de
paramètres au nombre desquels la signalisation et la réparation des
lésions radio-induites de l’ADN constituent le facteur déterminant.
Une modification de l’état du gène ATM est probablement un
des paramètres importants dans la radiosensibilité, mais de
nombreux autres facteurs entrent en jeu dans la survenue de
complications post-radiques ou sur le contrôle local.
L’étude des polymorphismes des gènes de signalisation et de
réparation est à ce jour une voie prometteuse pour l’établissement
de tests prédictifs individuels. Leur éventuel développement
permettrait de sélectionner les patients pour leur proposer, soit
une radiothérapie exclusive mais modulée (accélérée, IMRT…), soit
une association avec la chirurgie et la chimiothérapie. Mais aucun
test prédictif de la radiosensibilité tumorale satisfaisant n’est
disponible à ce jour.
Conflits d’intérêts
non renseigné.
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