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Patients and Web


Bulletin du Cancer. Volume 97, Number 10, 1133-6, octobre 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1160

Résumé   Summary  

Author(s) : T Cluzeau, N Mounier , CHU de Nice, hôpital Archet, Service d'oncohématologie, 151, route de Saint-Antoine-de-Ginestière, 06200 Nice, France.

Summary : In recent years, Internet has become an indispensable tool for all types of information. His importance has increased in medicine and particularly in human malignancies. The data issued by the Internet are many and varied sources ranging from official websites to patient's blogs. HIV infection is an infection highly publicized in recent years, we take the case of Hodgkin's disease associated with HIV to compare data from the Internet and scientific articles. The information from the Internet is mostly good but not updated and erroneous data are regularly found. This confirms that the consultation by a specialist doctor referral should remain the main source of information for the patient.

Keywords : Interne, cancer, HIV, Hodgkin disease

ARTICLE

Auteur(s) : T Cluzeau, N Mounier

CHU de Nice, hôpital Archet, Service d'oncohématologie, 151, route de Saint-Antoine-de-Ginestière, 06200 Nice, France

Article reçu le 25 Mars 2010, accepté le 29 Juin 2010

Le « colloque singulier » médecin-malade fait intervenir deux protagonistes et s'inscrit dans l'espace-temps d'une époque. Les désirs d'information de chaque patient font intervenir un nouveau protagoniste depuis quelques années : Internet [1]. Cet ajout d'information est utile, car il permet une prise de distance, mais également dangereux, car l'information fournie par Internet n'est pas forcément de bonne qualité.

On distingue différents sites traitants de sujets médicaux : les sites officiels (Organisation mondiale de la santé [OMS], Pubmed, les sites des différents CHU français, le label HON, etc.), les sites des associations de patients (Laurette Fugain, Act Up, par exemple) et les sites de vulgarisation médicale (Wikipedia, Doctissimo, etc.).

En prenant l'exemple d'une maladie médiatisée comme le virus de l'immunodéficience acquise (VIH), et en y associant une complication, le lymphome hodgkinien qui devient de plus en plus fréquent depuis l'apparition de la trithérapie antirétrovirale, nous allons évaluer la quantité et la qualité de l'information sur Internet.

Les différentes questions que nous ont posées les patients sont énumérées ci-dessous, et les réponses seront données premièrement selon les données Internet grand public et ensuite selon les données scientifiques (tableau 1).

Tableau 1 Tableau récapitulatif.

Questions

Réponses selon Internet

Réponses selon les données scientifiques

Concordance

Est-ce que ma maladie est fréquente ?

7e tumeur Diminution depuis apparition de la trithérapie antirétrovirale

5e tumeur Augmentation depuis apparition de la trithérapie antirétrovirale

Non, car données non actualisées

Quelle est la cause de ma maladie ?

VIH, EBV Non-observance et inefficacité de la trithérapie

EBV Immunosuppression

Oui partiellement

Est-ce que ma maladie est grave ? Quelles sont mes chances de survie ?

50 % de survie à 3 ans Fort risque de rechute

70 à 80 % de survie à 3 ans

Non, car données non actualisées

Quel est le traitement le plus adapté ?

Chimiothérapie ± radiothérapie Arrêt du traitement antirétroviral

Chimiothérapie (ABVD) Trithérapie antirétrovirale à poursuivre impérativement

Non, car données non actualisées aux nouveaux traitements

« Est-ce que ma maladie est fréquente » ?

Selon les données Internet, l'OMS, en 2007, recensait 33,2 millions de personnes porteuses du VIH dans le monde avec 2,5 millions de nouveaux cas. En France, la population VIH était estimée à 130 000, avec 5 800 nouveaux cas en 2006. Dans le monde, on observe 62 000 nouveaux cas de lymphome hodgkinien dans la population générale avec environ 1 600 nouveaux cas par an en France. L'association Act Up publie des résultats de l'année 2000 et identifie le lymphome hodgkinien comme la septième tumeur chez les patients VIH, avec 4,5 % des patients infectés par le VIH qui développent cette maladie. Elle spécifie que ce chiffre est en augmentation. Les autres sites, Doctissimo, Wikipedia, Sida Info Service, Sidaction, ne donnent aucune information sur la fréquence de cette maladie. Quelques informations circulent sur les blogs, telles qu'une possible diminution du risque de cancers secondaires grâce à une trithérapie antirétrovirale efficace. La notion de cancers non classant sida (canal anal, cancer pulmonaire, lymphome hodgkinien, etc.) n'est évoquée sur aucun site.

Selon les données scientifiques, dans la population VIH, une augmentation de l'incidence relative du lymphome hodgkinien est observée. Elle est estimée à sept fois supérieure à celle de la population générale, ce qui en fait la cinquième tumeur du patient VIH [2]. Dans l'ère du VIH, on distingue deux périodes avant et après 1996 qui correspondent à la mise en place des traitements par trithérapie antirétrovirale. On observe, depuis l'apparition de la trithérapie antirétrovirale, une diminution du taux d'incidence standardisée pour tous les cancers fréquents chez les patients VIH (lymphome malin non hodgkinien, maladie de Kaposi, cancer du poumon, cancer anal par exemple), alors qu'on observe une augmentation du taux d'incidence standardisée pour le lymphome hodgkinien. Cela est retrouvé notamment dans deux cohortes, une française publiée par Herida et al. [3] en 2003 et une américaine publiée par Engels et al. [4] en 2006.

« Quelle est la cause de ma maladie » ?

Selon les données Internet, Act Up identifie le VIH et l'EBV comme participant à l'apparition du lymphome hodgkinien sans en expliquer le mécanisme. L'OMS publie de nombreux articles en anglais difficilement abordables pour la population générale, avec beaucoup d'informations sur les lymphomes non hodgkiniens mais très peu sur les lymphomes hodgkiniens. Les blogs identifient quelques causes expliquant l'apparition de cette maladie : le VIH, l'EBV, la non-observance ou inefficacité de la trithérapie.

Selon les données scientifiques, sur le plan physiopathologique, on impute un rôle important au EBV, avec 80 à 100 % de coïnfection EBV chez les patients VIH développant un lymphome hodgkinien [5, 6]. Les cellules de Reed Sternberg infectées par l'EBV expriment des EBERs (ARN codés par l'EBV), EBNA-1, LMP-1 et LMP-2. LMP-1 est un oncogène viral qui entraîne la production d'une protéine transmembranaire qui active des voies de signalisation intracellulaire de type NF-kB, JAK/STAT, JUNK ou AP1 qui donne à la cellule une activité proliférative et antiapoptotique [7].

On impute également un rôle à l'immunodépression. On observe une augmentation de l'incidence de la maladie de Hodgkin VIH positive lors d'une immunodépression modérée avec un pic d'incidence autour de 225 à 249 CD4/mm3. L'hypothèse serait qu'il y aurait une intervention de l'environnement cellulaire dans le processus de prolifération tumorale, d'où la diminution d'incidence de la maladie de Hodgkin en cas d'immunodépression sévère [8].

« Est-ce que ma maladie est grave » ? « Quelles sont mes chances de survie » ?

Selon les données Internet, l'OMS et Act Up parlent d'une maladie grave, car disséminée avec environ 50 % de survie à trois ans. L'OMS publie de nombreux tableaux scientifiques difficiles à lire et à interpréter par des personnes sans culture médicale. Les blogs parlent de maladie grave également, plus grave que dans la population générale avec un fort risque de rechute. L'information qui circule sur ces sites est que le lymphome hodgkinien est signe d'évolutivité de l'infection VIH.

Selon les données scientifiques, sur le plan pronostique, le score IPS [9] validé à l'origine pour le lymphome de Hodgkin VIH négatif montre que les patients VIH développant un lymphome de Hodgkin ont une maladie de plus mauvais pronostic, car ce sont le plus souvent des hommes, avec un stade avancé et sont associés à une lymphopénie inférieure à 600/mm3. Dans une étude publiée par Hoffman et al. [10] en 2004, sur 51 patients VIH ayant un lymphome hodgkinien, trois facteurs de bon pronostic ont été identifiés en analyse multivariée qui sont la réponse à la trithérapie antirétrovirale, à l'âge inférieur ou égal à 45 ans et à la rémission complète à l'issue de la chimiothérapie. Les essais thérapeutiques rapportent des survies globales à trois ans d'environ 70-80 %.

« Quel est le traitement le plus adapté » ?

Selon les données Internet, l'OMS et Act Up parlent d'un traitement par chimiothérapie avec plus ou moins association à de la radiothérapie. La trithérapie antirétrovirale doit être poursuivie ou modifiée. Le traitement est associé à de multiples effets secondaires dont la majoration du risque infectieux. Les blogs diffusent beaucoup d'informations contradictoires, mais la plupart évoquent également un traitement par radiochimiothérapie, et évoquent l'arrêt du traitement antirétroviral à cause des interactions possibles avec les produits de chimiothérapie. Quelques sites parlent même d'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques et d'hospitalisation de longue durée en unité stérile.

Selon les données scientifiques, sur le plan thérapeutique, plusieurs types de polychimiothérapies ont été évalués :

  • ABVD [11] (doxorubicine, dacarbazine, bléomycine et déticène) ;
  • STANFORD V [12] (doxorubicine, méclorétamine, étoposide, vincristine, bléomycine et prednisone) ;
  • BEACOPP21 standard [13] (cyclophosphamide, doxorubicine, étoposide, procarbazine, bléomycine, vincristine et prednisone) ;
  • VEBEP (épirubicine, cyclophosphamide, vinorelbine, bléomycine et prednisone).

Dans une étude publiée par Xicoy et al. [11] en 2007, l'ABVD a été comparé aux études historiques du STANFORD V, du BEACOPP et du VEBEP. Sur des populations de patients sensiblement similaires, on n'observe pas de différence significative entre ces trois polychimiothérapies avec respectivement 81, 100 (n = 12), 75 et 87 % de rémission complète pour le STANFORD V, le BEACOPP, le VEBEP et l'ABVD. En termes de survie globale, le VEBEP et l'ABVD ont les meilleurs résultats avec, respectivement, 86 % à deux ans et 76 % à cinq ans.

Donc à ce jour, l'ABVD doit être considéré comme le traitement standard du lymphome de Hodgkin VIH positif, et la radiothérapie n'est pas utilisée.

Les soins de support à utiliser en association à ces chimiothérapies sont des recommandations de bonne pratique clinique devant l'absence d'essai randomisé, tel que l'utilisation du G-CSF, d'une prophylaxie pour la pneumocystose et pour le HSV (en association des prophylaxies standard du patient VIH en fonction du taux de CD4).

Une trithérapie antirétrovirale doit impérativement être débutée, poursuivie et éventuellement adaptée au moment du diagnostic du lymphome hodgkinien, et le choix de la trithérapie doit être fait en fonction des interactions potentielles avec la chimiothérapie, car nombreuses de ces molécules s'éliminent par la voie du Cyt P450 et sont soit inducteur enzymatique et diminue l'efficacité de la chimiothérapie, soit inhibiteur enzymatique et augmente la toxicité de la chimiothérapie [14].

Conclusion

L'information sur Internet est de bonne qualité surtout quand elle est labélisée HON, quelques données erronées sont retrouvées sur les blogs. On distingue une information personnelle et non généralisable sur les blogs et une information généralisable, mais non actualisée sur les sites spécialisés. Internet doit rester un outil d'appoint après la consultation, mais ne doit pas remplacer une consultation spécialisée (consultation d'annonce par exemple) par un médecin référent dans le domaine. L'information du colloque singulier reste individualisée, adaptée à la pathologie et à ce que le patient peut entendre.

Conflits d'intérêts

aucuns.

Références

1 Hartzband P, Groopman J. Untangling the Web — patients, doctors and Internet. N Engl J Med 2010 ; 362 : 1063-6.

2 Rapezzi D, Ugolini D, Ferraris AM, Racchi O, Gaetani GF. Histological subtypes of Hodgkin's disease in the setting of HIV infection. Ann Hematol 2001 ; 80 : 340-4.

3 Herida M, Mary-Krause M, Kaphan R, Cadranel J, Poizot-Martin I, Rabaud C, et al. Incidence of non-AIDS-defining cancers before and during the highly active antiretroviral therapy era in a cohort of human immunodeficiency virus-infected patients. J Clin Oncol 2003 ; 21 : 3447-53.

4 Engels EA, Pfeiffer RM, Goedert JJ, Virgo P, McNeel TS, Scoppa SM, et al. Trends in cancer risk among people with AIDS in the United States 1980-2002. Aids 2006 ; 20 : 1645-54.

5 Herndier BG, Sanchez HC, Chang KL, Chen YY, Weiss LM. High prevalence of Epstein-Barr virus in the Reed-Sternberg cells of HIV-associated Hodgkin's disease. Am J Pathol 1993 ; 142 : 1073-9.

6 Tirelli U, Serraino D, Spina M, Carbone A. Epstein-Barr virus-encoded latent membrane protein-1 expression as prognostic factor in AIDS-related non-Hodgkin's lymphoma. Aids 1995 ; 9 : 99-100.

7 Dolcetti R, Boiocchi M, Gloghini A, Carbone A. Pathogenetic and histogenetic features of HIV-associated Hodgkin's disease. Eur J Cancer 2001 ; 37 : 1276-87.

8 Biggar RJ, Jaffe ES, Goedert JJ, Chaturvedi A, Pfeiffer R, Engels EA. Hodgkin lymphoma and immunodeficiency in persons with HIV/AIDS. Blood 2006 ; 108 : 3786-91.

9 Hasenclever D, Diehl V. A prognostic score for advanced Hodgkin's disease. International Prognostic Factors Project on Advanced Hodgkin's Disease. N Engl J Med 1998 ; 339 : 1506-14.

10 Hoffmann C, Chow KU, Wolf E, Faetkenheuer G, Stellbrink HJ, van Luzen J, et al. Strong impact of highly active antiretroviral therapy on survival in patients with human immunodeficiency virus-associated Hodgkin's disease. Br J Haematol 2004 ; 125 : 455-62.

11 Xicoy B, Ribera JM, Miralles P, Berenguer J, Rubio R, Mahillo B, et al. Results of treatment with doxorubicin, bleomycin, vinblastine and dacarbazine and highly active antiretroviral therapy in advanced stage, human immunodeficiency virus-related Hodgkin's lymphoma. Haematologica 2007 ; 92 : 191-8.

12 Spina M, Gabarre J, Rossi G, Fasan M, Schiantarelli C, Nigra E, et al. STANFORD V regimen and concomitant HAART in 59 patients with Hodgkin disease and HIV infection. Blood 2002 ; 100 : 1984-8.

13 Hartmann P, Rehwald U, Salzberger B, Franzen C, Sieber M, Wohrmann A, et al. BEACOPP therapeutic regimen for patients with Hodgkin's disease and HIV infection. Ann Oncol 2003 ; 14 : 1562-9.

14 Mounier N, Katlama C, Costagliola D, Chichmanian RM, Spano JP. Drug interactions between antineoplastic and antiretroviral therapies: implications and management for clinical practice. Crit Rev Oncol Hematol 2008.


 

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