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What is the importance of kidney cancer surgery in contrast with targeted therapies ?


Bulletin du Cancer. Volume 97, 91-6, Cancers du rein, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1074

Résumé   Summary  

Author(s) : G Ploussard, A de La Taille , CHU Henri-Mondor, AP-HP, Service d’urologie, Inserm U955 Eq07, Université Paris-XII-Val-de-Marne, 51, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, Créteil, France.

Summary : Despite the extraordinary development of the medical treatment of kidney cancer, its treatment remains very surgical in localized and metastatic stage. Advances in surgery have accompanied the advent of targeted therapies. The laparoscopy has become the reference procedure for radical nephrectomy in the case of T1-T2 tumors. Partial nephrectomy, currently widespread, should be the first surgical procedure to consider in cases of tumors less than 4 cm. Partial nephrectomy for tumors between 4 and 7 cm is feasible for selected patients with favorable tumor localization. In the future, the use of neo-adjuvant anti-angiogenesis agents could broaden the scope of partial nephrectomy. Laparoscopic partial nephrectomy is spreading but is still considered as a therapeutic option, conducted in reference centres. In case of metastatic disease, pending the results of randomized trials including patients on anti-angiogenesis agents, cytoreductive nephrectomy remains indicated for patients in good general condition with kidney cancer metastatic immediately.

Keywords : nephrectomy, kidney cancer, laparoscopy, partial nephrectomy

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ARTICLE

Auteur(s) : G Ploussard, A de La Taille

CHU Henri-Mondor, AP-HP, Service d’urologie, Inserm U955 Eq07, Université Paris-XII-Val-de-Marne, 51, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, Créteil, France

Article reçu le 4 Avril 2009, accepté le 24 Juin 2009

Introduction

Le premier cas de néphrectomie pour cancer publié dans la littérature remonte à 1876, par Théodore Kocher. Quelques années plus tard, Grégoire posait les principes de la néphrectomie élargie pour cancer et les bases d’une chirurgie carcinologique emportant le rein tumoral, la graisse périrénale, le fascia de Gérota et la surrénale homolatérale. Ces principes ont persisté pendant de nombreuses années, et la néphrectomie élargie est longtemps restée le gold standard du traitement du cancer du rein [1]. La généralisation de l’échographie rénale et du scanner s’est accompagnée d’une augmentation de la fréquence des petites tumeurs [2]. Plus de 50 % des tumeurs rénales sont détectées fortuitement, pour une imagerie non motivée par des symptômes spécifiques au cancer. Cette détection plus précoce des tumeurs rénales, ainsi que la prise de conscience de l’importance de la préservation du « capital néphronique » ont permis la remise en cause du dogme de la néphrectomie élargie et l’extension progressive des indications de néphrectomie partielle (NP) pour les cancers du rein de faible diamètre. Cependant, malgré le développement des traitements médicaux, de l’imagerie et de l’émergence des thérapies ciblées, la chirurgie reste encore aujourd’hui le seul traitement curatif du cancer du rein.

Néphrectomie radicale

Technique chirurgicale

Elle reste le traitement curatif par excellence du cancer du rein. L’acte chirurgical doit emporter la graisse périrénale et le fascia périrénal de Gérota. Il n’y a pas d’argument spécifique en faveur d’une voie d’abord particulière (voie sous-costale, lombotomie). La voie sous-costale, plus ou moins élargie en bi-sous-costale, est généralement préférée en cas de thrombus tumoral veineux.

La surrénalectomie, pratiquée de manière systématique pendant de longues années, n’est recommandée qu’en cas d’anomalie de la surrénale au scanner ou de volumineuse tumeur du pôle supérieur (> 7 cm), avec un fort risque d’envahissement de continuité de la surrénale [3, 4].

Le curage ganglionnaire étendu n’a pas d’intérêt oncologique sur la récidive ou la survie spécifique [5]. Un curage pédiculaire simple est effectué à visée de staging pronostique.

En cas d’envahissement macrovasculaire (tumeurs T3b-T3c), la thrombectomie chirurgicale dans le même temps opératoire est recommandée si le patient n’est pas métastatique [6, 7]. L’ablation complète du thrombus tumoral, qui peut nécessiter la mise en place d’une circulation extracorporelle et l’intervention d’une équipe de chirurgie cardiovasculaire lorsque le thrombus atteint l’oreillette droite, devient alors le but recherché, car étant le facteur pronostique de survie le plus important [6-8]. Le grade et le stade élevés de la tumeur initiale en cas de thrombus tumoral sont cependant les éléments principaux du pronostic, plus que la présence ou le degré d’extension du thrombus [9].

Dans certains cas de tumeur rénale volumineuse ou en cas de symptomatologie majeure (hématurie massive, douleurs importantes), une embolisation préopératoire peut être réalisée afin de faciliter le geste chirurgical ou de contrôler le symptôme, sans incidence oncologique particulière [10, 11].

Laparoscopie

Depuis quelques années, la laparoscopie est devenue la voie chirurgicale de référence pour la néphrectomie radicale en cas de tumeurs T1-T2 (tableau 1) [12, 13]. Elle permet d’obtenir des taux de morbidité inférieurs comparés à la voie ouverte classique, pour des résultats carcinologiques similaires [14, 15]. La technique cœlioscopique est basée sur les mêmes principes que la chirurgie ouverte : abord et contrôle premier du pédicule artériel puis veineux avant la mobilisation du rein tumoral, exérèse carcinologique emportant la graisse périrénale. Le choix entre une approche rétropéritonéale par lomboscopie ou une approche laparoscopique transpéritonéale plus classique est question d’habitude : les différences entre ces deux voies d’abord ne sont pas significatives [16, 17].

La néphrectomie radicale laparoscopique pour une tumeur T3a est faisable par des chirurgiens expérimentés et pour des patients sélectionnés. Elle ne peut être recommandée comme voie d’abord de référence [18].

Tableau 1 Recommandations de l’EAU en 2008 pour le traitement du cancer du rein localisé.

Stade TNM

Procédure chirurgicale

Recommandations

T1a

NP ouverte

Recommandation

NP laparoscopique

Option dans centres experts

Néphrectomie radicale

Raisonnable pour patients sélectionnés

T1b-T2

Néphrectomie radicale ouverte

Adéquate (morbidité supérieure)

Néphrectomie radicale laparoscopique

Recommandation

NP

Faisable, généralement non recommandée

T3-T4

Néphrectomie radicale ouverte

Recommandation

Néphrectomie radicale laparoscopique

Faisable pour patients sélectionnés

NP

Technique chirurgicale

La NP offre l’avantage de réaliser une exérèse complète de la tumeur rénale, tout en préservant le parenchyme rénal sain. Elle peut s’effectuer par une simple tumorectomie ou une wedge-résection en cas de tumeur périphérique de petite taille, ou bien par un geste de résection plus large, allant jusqu’à l’héminéphrectomie. Les complications principales sont l’hémorragie de la tranche de résection et l’urinome [19]. Les techniques d’hémostase de la tranche varient selon les habitudes de l’opérateur : suture simple, suture sur compresses hémostatiques, application de produits dérivés de la fibrine. La prévention de l’urinome réside essentiellement sur la détection peropératoire d’une brèche des cavités excrétrices (avec une suture des cavités dans ce cas) et la dérivation optionnelle des voies urinaires par la mise en place d’une sonde JJ au premier temps de l’intervention.

La procédure de NP permet une exérèse complète de la tumeur avec marge de sécurité, grâce à un clampage du pédicule [20]. Une limite de clampage de 30 minutes d’ischémie chaude est généralement reconnue : au-delà, le risque de détérioration du parenchyme rénal restant et donc du débit de filtration glomérulaire augmente [21]. La limite de résection doit idéalement se trouver à distance de la tumeur. Un examen extemporané est effectué au moment de l’intervention en cas de doute sur la marge chirurgicale, le statut R0 doit être recherché. La profondeur de la marge chirurgicale (> 1 mm) n’est pas reconnue comme facteur majeur de survie sans progression et sans métastase [22, 23]. Une surveillance plus attentive est préconisée en cas de marge faible ou positive. L’utilisation d’une échographie peropératoire peut être utile pour repérer une tumeur intraparenchymateuse.

La décision de NP est prise en fonction du statut néphronique, de l’âge du patient, de ses comorbidités et de deux facteurs essentiels : la taille de la tumeur et sa localisation. L’Association française d’urologie (AFU) a publié en 2007 un arbre décisionnel guidant la prise en charge en fonction de ses deux paramètres (figure 1) [13]. Plus la tumeur est petite et de localisation périphérique, plus la NP a des chances d’être simple.

Recommandations

Il convient de séparer les indications de nécessité, les indications relatives et les indications électives de NP. La NP est nécessaire en cas de rein unique fonctionnel ou anatomique. En cas de rein controlatéral peu fonctionnel ou de formes héréditaires de cancer du rein (maladie de von Hippel-Lindau), l’indication de NP devient relative. L’impact de la préservation néphronique demeure primordial dans ces cas.

Depuis plusieurs années, la NP d’indication élective s’est imposée. En cas de tumeur T1a (tumeurs de moins de 4 cm), la NP est désormais le traitement standard, recommandé par les Guidelines français et européen [12, 13]. Les urologues suivent ces recommandations, car 90 % des tumeurs T1a sont traitées par NP dans les centres de références [24, 25]. La NP optimise la préservation néphronique et permet l’obtention de taux de survie globale à long terme et de survie sans récidive équivalents à la néphrectomie radicale [26-28]. Elle permet également d’éviter des néphrectomies radicales inutiles pour tumeurs bénignes, le taux de tumeurs bénignes étant plus important dans les tumeurs de petite taille [2]. Par ailleurs, pour ces tumeurs T1a, la néphrectomie radicale est associée à une plus grande morbimortalité globale, notamment la survenue d’un plus grand nombre d’événements cardiovasculaires [29, 30]. La NP est donc le traitement de référence des tumeurs de moins de 4 cm.

En cas de tumeur T1b (tumeurs entre 4 et 7 cm), la NP est une option thérapeutique techniquement faisable, mais qui ne peut être recommandée de manière systématique [12, 13, 31]. En effet, le taux de complications augmente avec le diamètre tumoral et les résultats oncologiques à long terme font défaut. Le bénéfice en termes de préservation du débit de filtration glomérulaire apparaît cependant significatif pour ces tumeurs de 4 à 7 cm [32]. Les avantages de la chirurgie conservatrice vont au-del de la fonction rénale. Les patients qui ne meurent pas de leur cancer ont une survie globale améliorée après chirurgie partielle, comparés à ceux traités par néphrectomie radicale, même après ajustement pour les critères de co-morbidité. La NP pour tumeur T1b est parfaitement réalisable en cas de tumeur exophytique chez des patients sélectionnés. La surveillance postopératoire doit dans tous les cas être plus attentive en raison d’un risque augmenté de récidive locale.

L’utilisation en situation néoadjuvante des molécules antiangiogéniques pourrait conduire à l’avenir à une extension des indications de chirurgie partielle, grâce à une réduction de taille de la masse tumorale.

Laparoscopie

La NP laparoscopique, pure ou assistée par robot, se développe depuis quelques années [33, 34]. Elle apparaît comme une alternative intéressante à la NP par voie ouverte. Cependant, elle reste une option de traitement et n’est recommandée que pour des chirurgiens expérimentés (in experienced hands) dans des centres de références [12, 13, 35]. Les indications idéales sont les petites tumeurs périphériques, d’accès plus facile. Les données oncologiques de la NP par voie laparoscopique manquent à long terme, mais le frein au développement de la NP laparoscopique réside plutôt dans la difficulté technique en elle-même et une modification des paramètres opératoires : augmentation de la durée d’ischémie chaude, augmentation des complications opératoires et postopératoires [15, 36, 37]. En revanche, la durée moyenne d’hospitalisation et les pertes sanguines semblent diminuées [38]. Récemment, la NP laparoscopique assistée par robot a démontré des résultats opératoires intéressants [33, 39]. L’expérience grandissante des urologues dans les techniques laparoscopiques devrait modifier ces indications et élargir le champ de la NP laparoscopique.

Alternatives à la chirurgie

Elles sont dominées par la radiofréquence et la cryothérapie [40, 41]. Ces techniques peuvent s’effectuer par voie percutanée, par voie chirurgicale ouverte ou laparoscopique. La radiofréquence détruite par la chaleur les tissus induisant une nécrose de la tumeur, la cryothérapie induit la mort cellulaire par refroidissement tissulaire. Ces techniques permettent de réduire la morbidité du traitement et de traiter des patients présentant un risque opératoire élevé [42]. Les résultats sont encourageants mais les taux d’échecs (pas de modification de la densité au scanner) et de récidive locale ne sont pas négligeables. Un second traitement est parfois nécessaire.

Ces techniques sont indiquées essentiellement :

  • pour des tumeurs de moins de 4 cm chez des sujets âgés avec comorbidités importantes ;
  • pour les patients présentant une forme bilatérale ;
  • pour une forme héréditaire de cancers du rein (von Hippel-Lindau) pour lesquels le taux de nouvelle localisation tumorale à cinq ans incite à l’utilisation de méthodes moins invasives [43, 44].

Une localisation sinusale de la tumeur contre-indique ces techniques en raison du risque de nécrose de la voie excrétrice [42].

Maladie métastatique

Néphrectomie cytoréductrice

À l’ère de l’interféron, la néphrectomie radicale cytoréductrice en situation métastatique a prouvé sur intérêt sur la survie globale [45-47]. Le bénéfice attendu est cependant essentiellement marqué chez les patients en bon état général (performance status élevé). La question de la néphrectomie cytoréductrive et de sa situation dans la séquence thérapeutique (avant ou après le début d’un traitement par thérapie ciblée) est de nouveau posée depuis l’arrivée des thérapies ciblées [48]. Deux essais randomisés de phase III vont bientôt être lancés (CARMENA et EORTC) afin de comparer Sutent® seul et Sutent® + néphrectomie chez les patients métastatiques au diagnostic, afin d’évaluer le rôle et la place de la néphrectomie cytoréductrice dans la séquence thérapeutique [49].

Dans l’attente du résultat de ces essais, la néphrectomie cytoréductrice reste recommandée chez les patients métastatiques en bon état général [12, 13]. Un délai d’arrêt de deux à trois semaines du Sutent® et du Nexavar® (demi-vie courte < 7 jours) est recommandé avant la chirurgie. En cas de traitement par Avastin®, une attente de quatre semaines est raisonnable (demi-vie plus longue).

Chirurgie des métastases

L’exérèse complète des métastases apporte un gain de survie significatif. Il est ainsi recommandé de procéder à la métastasectomie en cas de métastase unique résécable. Les facteurs reconnus de bon pronostic sont : un patient avec indice de performance élevé, un seul site métastatique, une résection R0, le délai d’apparition de la métastase (> 1 an) et son caractère asynchrone [50]. Les localisations métastatiques accessibles les plus fréquentes sont les localisations pulmonaires et surrénaliennes. Des taux de survie à cinq ans d’environ 40 % sont rapportés en cas d’exérèse complète de localisations pulmonaires [51, 52]. L’exérèse de métastases osseuses et cérébrales est réalisable, avec des taux de survie à cinq ans plus faibles, aux alentours de 10-15 % [53, 54]. La majorité de ces études ont été conduites sous immunothérapie : les nouveaux traitements du cancer du rein métastatiques (antiangiogéniques, inhibiteurs de mTOR) pourront peut-être remettre en cause ces indications chirurgicales, notamment en cas de réponse complète avérée [55-57].

Conclusion

Malgré l’extraordinaire développement du traitement médical du cancer du rein, son traitement reste encore aujourd’hui très chirurgical. Les progrès de la chirurgie accompagnent l’arrivée des thérapies ciblées. La voie laparoscopique est devenue la voie de référence pour la néphrectomie radicale dans le cas des tumeurs T1-T2. La NP est actuellement bien répandue et doit être la première procédure chirurgicale à envisager en cas de tumeurs de moins de 4 cm. La NP pour les tumeurs de 4 à 7 cm est réalisable pour des patients sélectionnés présentant une tumeur de localisation favorable. La NP laparoscopique se développe mais est encore considérée comme une option thérapeutique, réalisée dans des centres experts. Dans l’attente des résultats d’essais randomisés incluant des malades sous antiangiogéniques, la néphrectomie cytoréductrice est encore indiquée pour les patients en bon état général ayant un cancer du rein d’emblée métastatique.

Conflits d’intérêts

Aucuns.

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