ARTICLE
Auteur(s) : N
Mellas1, O Elmesbahi2, O
Masbah3, H Errihani1
1Institut national d’oncologie, service d’oncologie
médicale, Rabat, Maroc
2CHU Hassan-II, service d’oncologie médicale, Fès,
Maroc
3Institut national d’oncologie, service
de radiothérapie-oncologie, Rabat, Maroc
Article reçu le 1 Mars 2009, accepté le 5 Octobre 2009
Introduction
Le cancer de poumon est le premier cancer en termes d’incidence :
1,35 million nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année à
l’échelle mondiale ; il constitue aussi la première cause de décès
par cancer au monde, avec 1,18 million de décès par an [1].
Aux États-Unis, les décès par cancer de poumon sont supérieurs aux
décès par cancers de sein, de colorectum et de prostate combinés
[2].
Une grande partie des patients se présente d’emblée avec une
maladie localement avancée ou métastatique [3]. Le pronostic
reste sombre, et la survie à cinq ans pour tous stades confondus ne
dépasse pas 15 % aux États-Unis, 10 % en Europe et 8,9 % dans les
pays en voie de développement [1].
L’intérêt de la chimiothérapie dans les cancers bronchiques non
à petites cellules a été étudié dès les années 1960.
Une méta-analyse, publiée en 1995 [4], laisse espérer un
bénéfice en survie pour une chimiothérapie délivrée avant
chirurgie, car il n’y avait que très peu d’études menées à
terme.
La chirurgie est le traitement de référence pour les stades
localisés, mais seulement 25 % des patients sont éligibles à une
résection chirurgicale curative [5], et la survie à cinq ans après
chirurgie est d’environ 40 %, et pour les stades IA elle est
d’environ 67 % seulement. Pour améliorer ce pronostic, une approche
multidisciplinaire a été envisagée, intégrant des stratégies de
chimiothérapie néoadjuvante, de radiothérapie et de chirurgie.
Concepts de la chimiothérapie néoadjuvante
dans d’autres tumeurs
Le principe de la chimiothérapie néoadjuvante repose sur les
relations entre la cinétique de la prolifération tumorale, le
modèle Gompertzien de la croissance et l’effet de la
chimiothérapie.
Le modèle Gompertzien de croissance tumorale se définit par
trois temps :
- – le premier temps est lent en raison du faible nombre
de cellules en division ;
- – le deuxième temps est la phase de croissance la plus
rapide permettant l’acquisition du volume tumoral maximal ;
- – puis survient un plateau lié à l’anoxie de nombreuses
cellules et à la nécrose spontanée.
Le cancer du sein est parmi les premières localisations qui ont
bénéficié du développement du concept de la chimiothérapie
néoadjuvante. Proposée à l’origine pour des cancers du sein à haut
risque, pour des raisons de volume tumoral ou d’agressivité
tumorale (cancer du sein inflammatoire), la chimiothérapie
néoadjuvante s’est largement développée depuis les années 1970.
Les bases rationnelles de la chimiothérapie néoadjuvante dans
le cancer de sein peuvent être résumées comme suit :
- – opportunité d’évaluer la réponse tumorale in vivo
;
- – croissance moins favorable des micrométastases ;
- – augmentation du taux de conservation mammaire.
Néanmoins, cette chimiothérapie a des limites potentielles :
- – surtraitement de la maladie ;
- – risque de chimiorésistance et progression tumorale par
retard de la chirurgie ;
- – perte de facteurs pronostiques.
Les essais thérapeutiques ont montré que la chimiothérapie
néoadjuvante est aussi efficace en termes de survie que la même
chimiothérapie administrée en adjuvant [6], que la réponse clinique
et histologique à la chimiothérapie néoadjuvante possède une
signification pronostique majeure, de même que le degré de
réduction de l’envahissement ganglionnaire [7, 8].
Tous ces essais ont montré que la chimiothérapie néoadjuvante
permet d’augmenter le taux de conservation mammaire.
Actuellement, la chimiothérapie néoadjuvante est un standard
dans les stades localement avancés et inflammatoires, et une
alternative au traitement adjuvant dans les cancers du sein
opérables lorsque la conservation mammaire est souhaitée [9].
Les cancers ORL ont aussi bénéficié du développement du concept
de la chimiothérapie néoadjuvante. La méta-analyse MACH-NC a
permis de détecter un bénéfice modeste de la chimiothérapie
néoadjuvante [10, 11].
Dans une étude de phase III randomisée de l’EORTC, Vermorken
et al. ont démontré que l’adjonction du docétaxel à une
chimiothérapie néoadjuvante à base de 5-FU et de cisplatine (TPF),
suivie de radiothérapie dans des carcinomes épidermoïdes de la tête
et du cou localement avancés inopérables, permet d’améliorer la
survie sans récidive et la survie globale par rapport au bras
utilisant une chimiothérapie néoadjuvante à base de 5-FU et de
cisplatine (PF) [12].
Cette supériorité du TPF en survie par rapport au PF en
néoadjuvant a été confirmée par une autre étude de phase III
similaire [13].
Actuellement, le TPF en néoadjuvant, suivi du traitement
locorégional, constitue une option importante dans le cas des
carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou localement
avancés.
Le TPF et le PF en néoadjuvant permettent aussi d’augmenter le
taux de préservation du larynx et de l’hypopharynx [14-16].
Chimiothérapie néoadjuvante des stades opérables
d’emblée
Essais de phase II
Les essais de phase II sont hétérogènes, mais ils ont montré la
faisabilité d’une chimiothérapie préopératoire et ont autorisé la
mise en place des essais de phase III.
Ces essais permettent de tirer des conclusions importantes :
- – l’efficacité de la chimiothérapie est supérieure à
celle observée dans les tumeurs métastatiques, avec un taux de
réponse global de l’ordre de 60 à 70 % et des réponses
histologiques complètes sur pièce opératoire de l’ordre 5 à 10 %
;
- – le taux de progression compromettant la résécabilité
semble faible [17] ;
- – 76 à 90 % des patients peuvent recevoir la dose prévue
de chimiothérapie contre 31 à 73 % en adjuvant (à cause de la
morbidité postopératoire) ;
- – la mortalité et la morbidité postopératoires après
chimiothérapie néoadjuvante restent acceptables. Néanmoins, en cas
de pneumonectomie, la mortalité peut atteindre 21 % [18] ;
- – la chimiothérapie néoadjuvante induit un downstaging,
notamment ganglionnaire (passage de N2 à N0/1), et augmente le taux
de résécabilité [19] ;
- – la survie des patients traités semble
prometteuse.
Le tableau 1 résume les principaux
essais de phase II de chimiothérapie néoadjuvante.
Tableau 1 Essais de phase II.
|
Auteurs
|
n
|
Stade
|
Chimiothérapie
|
RO (%)
|
|
Pujol et al. [20]
|
33
|
IIIA-IIIB
|
VP16-IFO-DDP
|
55
|
|
Martini et al. [21]
|
136
|
IIIA
|
MTC-VDN-DDP
|
73
|
|
Betticher et al. [19]
|
90
|
IIIA
|
DOC-DDP
|
66
|
|
Lorent et al. [22]
|
131
|
IIIA
|
VDN-IFO-DDP
|
54
|
|
Van Zandwijk et al. [23]
|
47
|
IIIA
|
GEM-DDP
|
70
|
|
Pisters et al. [24]
|
94
|
IB, II, IIIA
|
PACLI-CBDCA
|
54
|
|
Van Kooten et al. [25]
|
19
|
IIIA, IIIB
|
DDP-GEM
|
63
|
|
Migliorino et al. [26]
|
70
|
IIIA
|
DDP-GEM
|
57
|
|
De Marinis et al. [27]
|
49
|
IIIA
|
DDP-GEM-PACLI
|
73
|
Essais de phase III
Les premiers essais randomisés datent déjà de 1994. Il s’agit
des essais de Rosell et al. [28] et de Roth et al. [29]
qui étaient très positifs en faveur d’une chimiothérapie
néoadjuvante, mais le nombre réduit des malades (60 malades dans
chaque essai) a rendu leurs résultats discutables.
Rosell et al. ont randomisé 60 malades de stade IIIA en
deux bras : un bras avec chirurgie seule et l’autre bras a reçu une
chimiothérapie préopératoire (mitomycine C, ifosfamide, cisplatine)
de trois cycles, suivie de chirurgie. Tous les patients ont reçu
une radiothérapie médiastinale postopératoire. Cet essai a été
arrêté après analyse intermédiaire qui a montré une positivité
franche en faveur de la chimiothérapie néoadjuvante.
La survie médiane dans le bras chimiothérapie préopératoire est
de 26 contre 8 mois dans le bras chirurgie seule (p <
0,001).
La mise à jour des résultats publiée en 1999 [30] a montré la
persistance de l’avantage de la chimiothérapie préopératoire en
termes de survie médiane, avec 22 contre 10 mois pour la
chirurgie seule (p = 0,005, log-rank test).
Roth et al. ont randomisé 60 malades de stade IIIA en deux
bras : un bras avec chirurgie seule et l’autre bras avec une
chimiothérapie préopératoire (cisplatine, cyclophosphamide,
étoposide), de trois cycles avant chirurgie et trois cycles en
postopératoire en cas de réponse à la chimiothérapie
d’induction.
Cet essai a été arrêté précocement, car il y avait une
différence statistiquement significative à l’analyse intermédiaire
en faveur de la chimiothérapie préopératoire. La survie
médiane est de 64 mois pour le bras chimiothérapie
préopératoire contre 11 mois pour le bras chirurgie seule (p =
0,008).
En 1998, Roth et al. ont publié la mise à jour de l’étude
avec un suivi de 82 mois [31]. L’avantage de la chimiothérapie
préopératoire persiste avec une survie médiane de 21 contre
14 mois pour le bras chirurgie seule (p = 0,053).
La survie globale à trois ans et à cinq ans est,
respectivement, de 43 et 36 % pour le bras chimiothérapie
néoadjuvante contre 19 et 15 % pour le bras chirurgie seule.
Malgré la franche positivité de la chimiothérapie néoadjuvante
dans ces deux essais, leur faible effectif (60 patients dans chaque
essai) rend toute conclusion définitive difficile.
L’essai de Nagai et al. [32] comprenait des malades de
stade IIIA-N2 dont la tumeur était jugée résécable avant le
traitement d’induction. L’essai a été arrêté prématurément suite à
l’inclusion de seulement 62 patients. Seulement 71 % des patients
ont reçu les trois cycles de chimiothérapie avec un taux de réponse
faible de 28 %. Le taux d’exérèse complète est lui aussi très
bas : seulement 65 % dans le bras ayant reçu la chimiothérapie et
77 % dans le bras chirurgie seule. Cela peut expliquer les
résultats négatifs de cet essai sur la survie globale qui est de 10
% à cinq ans dans le bras chimiothérapie préopératoire, alors
qu’elle est de 22 % dans le bras chirurgie seule. Les auteurs
ne trouvent pas non plus de différence de survie chez les patients
ayant bénéficié d’une réponse, à l’inverse de ce qu’avait montré
l’essai de Betticher et al. [19].
L’essai français MIP est l’essai le plus large qui a inclus le
plus grand nombre des malades (353 patients) de stade I (sauf
T1N0), II ou IIIA. [33]
Les patients ont été randomisés en deux bras : un bras avec une
chimiothérapie première à base de mitomycine-ifosfamide-platine
(deux cycles), suivie de chirurgie vs chirurgie seule.
Les patients répondeurs ont reçu deux cycles supplémentaires
en postopératoire. Une radiothérapie postopératoire a été effectuée
en cas de résection incomplète et/ou si les ganglions du curage
médiastinal étaient envahis sur la pièce opératoire.
La médiane de survie est de 37 mois dans le bras
chimiothérapie néoadjuvante contre 26 mois dans le bras
chirurgie seule (p = 0,15), et les survies à trois ans étaient
respectivement de 51,6 % dans le bras chimiothérapie néoadjuvante
et 41,2 % dans le bras chirurgie première. Le bénéfice de la
chimiothérapie néoadjuvante était plus important et statistiquement
significatif dans le groupe de patients présentant des stades plus
précoces (stades IB et II) que dans les stades IIIA.
Les résultats présentés à Vancouver en 2003 (tableau 2) montrent une différence de survie qui
s’est stabilisée au-delà de la troisième année, atteignant entre 9
et 10 % en faveur de la chimiothérapie néoadjuvante [34].
L’essai SWOG 9900 a été présenté à l’Asco 2007 [35]. Il a
été arrêté prématurément en juillet 2004 avec seulement 354
patients inclus sur 600 prévus, de stades IB à IIIA. Il a
comparé une chimiothérapie préopératoire à base de
carboplatine-paclitaxel (trois cycles) à une chirurgie seule.
La survie sans progression (SSP) médiane est de 33 mois
dans le bras chimiothérapie préopératoire et de 21 mois dans
le bras chirurgie seule (p = 0,09). La survie globale est de
47 mois dans le bras chimiothérapie préopératoire contre
40 mois dans le bras chirurgie seule (p = 0,19). Le taux
de survie globale à cinq ans est de 50 % dans le bras
chimiothérapie préopératoire et de 43 % dans le bras chirurgie
seule (p = 0,19).
Les résultats de l’essai anglais MRC LU 22, conduit par le MRC
et l’EORTC, ont été présentés à l’Asco 2007 et publiés dans The
Lancet [36]. Cet essai a comparé une chimiothérapie néoadjuvante
(trois cycles) à la chirurgie seule. La chimiothérapie était
un doublet ou un triplet à base de sel de platine. Le choix
des autres produits est laissé à l’investigateur.
Un total de 519 patients ont été inclus dans les stades IA à
IIIA, à côté de 33 patients du stade IIIB. Cet essai ne démontre
pas de bénéfice de la chimiothérapie néoadjuvante en survie globale
[hasard ratio (HR) OS : 1,02 (IC 95 % : [0,8-1,31]) ; p = 0,86)],
contrairement aux essais précédents avec un taux de survie global à
cinq ans de 45 % dans le bras chirurgie seule contre 44 % dans le
bras chimiothérapie première. Plusieurs éléments peuvent influencer
ces résultats : inclusion des stades IIIB malgré leur faible
effectif, le pourcentage élevé de résection incomplète (12 %), le
pourcentage non négligeable des patients non opérés (7,5 %),
l’observance de la chimiothérapie qui n’était pas idéale : 4 % des
patients n’ont pas reçu de chimiothérapie, et 75 % des patients
seulement ont reçu les trois cycles de chimiothérapie [37].
L’essai scandinave a randomisé des patients des stades IB à IIIA
entre chirurgie seule et une chimiothérapie d’induction (trois
cycles) à base de paclitaxel-carboplatine, suivie de chirurgie.
Cet essai a été fermé prématurément après inclusion de 44
patients seulement, alors que l’objectif était d’inclure 288
patients. Il y a eu une amélioration de la survie à cinq ans
de 12 % et une amélioration de 12 mois de la médiane de survie
dans le bras chimiothérapie d’induction, mais ces résultats n’ont
pas une puissance statistique significative [38].
L’essai italien CHEST a été présenté à l’Asco 2008 [39]. C’est
un essai de phase III randomisant des patients des stades IB, II et
IIIA (T3N1, sauf Pancoast) entre une chirurgie d’emblée et une
chimiothérapie préopératoire. Les patients du bras
chimiothérapie préopératoire ont reçu trois cures de
cisplatine-gemcitabine. L’objectif principal était le taux de SSP à
trois ans. Le nombre de patients à inclure était de 712, mais
l’essai a été arrêté prématurément après l’inclusion de 270
patients, car les investigateurs ont considéré que le bras
chirurgie d’emblée n’était plus éthique suite à la publication des
essais adjuvants positifs. Cent vingt-neuf patients ont été inclus
dans le bras chimiothérapie préopératoire et 141 dans le bras
chirurgie première. Il n’y a pas eu de différence entre les
deux bras quant aux caractéristiques des patients (âge, sexe,
histologie, stades). Quatre-vingt-cinq pour cent des patients du
bras chimiothérapie préopératoire ont pu recevoir les trois cycles
prévus. Le taux de réponse objective était de 35 %.
La médiane de SSP à trois ans était supérieure dans le bras
chimiothérapie préopératoire avec 48 contre 34,8 mois pour le
bras chirurgie seule, avec un taux de survie à trois ans de 53 %
pour la chimiothérapie première contre 48 % pour le bras chirurgie.
Mais cette différence n’a pas atteint la significativité (p =
0,109). Ces résultats de la SSP sont différents selon les
stades. Les stades IB-IIA ne retirent pas de bénéfice de la
chimiothérapie d’induction avec une médiane de SSP de 43 mois
pour le bras chirurgie contre 34,8 mois pour la chimiothérapie
préopératoire et un taux de survie à trois ans de 56 % pour le bras
chirurgie contre 50 % pour le bras chimiothérapie préopératoire,
alors que les stades IIB-IIIA, recevant la chimiothérapie
préopératoire, ont une SSP à trois ans significativement
supérieure, avec une médiane de SSP de 48 contre 13,2 mois
pour le bras chirurgie seule et un taux de SSP à trois ans de 55 %
pour la chimiothérapie première contre 36 % pour la chirurgie seule
(p = 0,002).
En survie globale, l’apport de la chimiothérapie préopératoire
ne se retrouve que dans les stades IIB-IIIA, avec une médiane de
survie à trois ans de 68,4 mois pour la chimiothérapie
première contre 25,2 mois pour la chirurgie seule et un taux
de survie à trois ans de 70 % pour la chimiothérapie première
contre 47 % pour le bras chirurgie seule (p = 0,001).
Si l’on tient compte de l’objectif primaire (SSP à trois ans),
cet essai peut apparaître négatif mais la survie à trois ans est
supérieure dans le bras chimiothérapie préopératoire, mais l’arrêt
précoce de l’étude rend toute conclusion définitive difficile.
Le tableau 3 résume les essais de
phase III de la chimiothérapie néoadjuvante des cancers bronchiques
d’emblée opérables.
Tableau 2 Survie en fonction du traitement reçu
(données de l’essai français MIP 91, présentées à Vancouver, août
2003) [17].
|
Survie
|
CT + Chir.
|
Chir.
|
Différence
|
p
|
|
Médiane survie
|
37 mois
|
26 mois
|
|
0,15
|
|
Survie 1 an
|
77 %
|
73 %
|
3,8 %
|
0,48
|
|
Survie 2 ans
|
59 %
|
52 %
|
6,9 %
|
0,19
|
|
Survie 3 ans
|
52 %
|
41 %
|
10,4 %
|
0,04
|
|
Survie 4 ans
|
44 %
|
35 %
|
8,6 %
|
0,09
|
|
Survie 5 ans
|
38,5 %
|
29,4 %
|
9,1 %
|
0,06
|
Tableau 3.
|
Essais
|
N
|
Stade
|
Chimiothérapie
|
RO (%)
|
pCR (%)
|
SG (mois) CT pré-chir.
|
Survie à cinq ans Ch. pré chir. (%)
|
|
Rosell [16-18]
|
60
|
IIIA
|
Cisplatine-ifosfamide-mitomycine C
|
60
|
4
|
22 vs 10 (p = 0,05)
|
16 vs 10
|
|
Roth [17-19]
|
60
|
IIIA
|
Cisplatine-cyclophosphamide-étoposide
|
35
|
NR
|
21 vs 14 (p = 0,08)
|
56 vs 15c
|
|
Pass [36]
|
27
|
IIIA
|
Cisplatine-étoposide
|
62
|
8
|
28,7 vs 15,6 (p = 0,095)
|
NR
|
|
Nagai [20]
|
62
|
IIIA
|
Cisplatine-vindésine
|
28
|
0
|
17 vs 16 (p = 0,52)
|
10 vs 22
|
|
Depierre [21, 22]
|
355
|
IB-II-IIIA
|
Cisplatine-ifosfamide-mitomycine C
|
64
|
11
|
37 vs 26 (p = 0,15)
|
38,5 vs 29,4
|
|
Pisters [23]
|
354
|
IB-II-IIIA
|
Paclitaxel-carboplatine
|
41
|
NR
|
47 vs 40 (p = 0,19)
|
50 vs 43
|
|
Gilligan [24]
|
519
|
I-II-IIIA
|
MVP-MIP-VP-DC-PC-GC
|
49
|
4
|
54 vs 55 (p = 0,86)
|
44 vs 45
|
|
CHEST [27]
|
270
|
IB-II-IIIA
|
Gemcitabine-cisplatine
|
35
|
NR
|
48 vs 34,8a (p = 0,109)
|
53 vs 48b
|
Méta-analyses
Deux méta-analyses ont été publiées jusqu’à maintenant. Une
troisième méta-analyse est en cours par le Medical Research Council
de Cambridge et l’Institut Gustave-Roussy, selon le modèle de la
méta-analyse de 1995 [40] et qui sera publiée bientôt.
La méta-analyse de Berghmans et al. [41], parue en 2005,
regroupe six essais randomisés [30-33, 42, 43], soit 590 patients
au total. Elle traite séparément les essais japonais utilisant
l’UFT. Le bénéfice d’une chimiothérapie néoadjuvante contenant
du cisplatine était évalué chez des patients atteints de CBNPC de
stades I à IIIA. La survie globale est significativement
améliorée par la chimiothérapie néoadjuvante avec un HR à 0,69 (IC
à 95% : [0,57-0,84]) ; mais ce résultat n’est pas retrouvé dans le
sous-groupe des stades IIIA. Cette méta-analyse n’a pas la
puissance des méta-analyses sur les données individuelles et manque
d’homogénéité (classifications et protocoles de chimiothérapie
différents).
La deuxième méta-analyse de Burdett et al., publiée en 2006
[44], retient sept essais [30-33, 35, 39, 43], avec un total de 988
patients. Elle montre une diminution de 18 % du risque relatif au
décès en faveur de la chimiothérapie préopératoire (HR : 0,82 ; IC
95 % : [0,69-0,97] ; p = 0,02) et un gain absolu de 6 % à cinq ans
avec une augmentation de la survie de 14 à 20 %, tous stades
confondus. Cette méta-analyse montre aussi que le type de
chimiothérapie n’influence pas l’ampleur des résultats.
Problématique des stades IIIA-N2
L’intérêt de la chimiothérapie néoadjuvante associée à la
radiothérapie dans les stades IIIA-N2 fait toujours l’objet de
débats, et aucun consensus n’est encore validé. Elle constitue
actuellement une voie de recherche importante.
Deux grands essais sont menés dans ce sens avec des schémas
différents. Le premier est un essai de l’intergroupe américain
(RTOG 9309) qui a posé la question de l’intérêt de la chirurgie
après une chimioradiothérapie préopératoire. Rapportés pour la
première fois à l’Asco 2003 [45], les résultats ont été actualisés
avec un recul de plus de six ans [46, 47]. Les patients ont
été considérés comme techniquement opérables avant la
randomisation.
Ils ont reçu une chimiothérapie d’induction à base de
cisplatine-étoposide associée à une radiothérapie concomitante
jusqu’à 45 Gy. Après cette induction et en absence de
progression, les patients ont été randomisés entre la poursuite de
la radiothérapie jusqu’à 61 Gy ou la chirurgie. Les deux
bras ont reçu ensuite une chimiothérapie de consolidation à base de
cisplatine-étoposide. Trois cent quatre-vingt-douze patients ont
été randomisés. La survie sans récidive à cinq ans est en
faveur du bras chirurgie avec 12,8 contre 10,5 mois pour le
bras radiochimiothérapie (p = 0,017), mais la survie globale ne
diffère pas, avec 23,6 mois dans le bras chirurgie et
22,9 mois dans le bras radiochimiothérapie (p = 0,24).
Le taux de mortalité iatrogène a été plus élevé dans le bras
chirurgie, soit 7,9 contre 2,1 % dans le bras radiochimiothérapie ;
cela est imputé essentiellement aux pneumonectomies, surtout
droites (50 %).
L’analyse des sous-groupes montre un bénéfice de la chirurgie
lorsqu’il y a un downstaging ganglionnaire : PN0 (p < 0,0001),
et lorsque le geste réalisé est une lobectomie avec une survie
globale de 34 contre 22 mois dans le bras radiochimiothérapie
(p = 0,002), avec des taux de survie à cinq ans, respectivement, de
36 et 18 %.
Globalement, l’essai est négatif, puisque le bénéfice de la
chirurgie en SSP ne se traduit pas en survie globale.
L’essai de l’EORTC 08941, rapporté pour la première fois à
l’Asco 2005 [48], puis publié en 2007 [49], a comparé la chirurgie
à la radiothérapie après chimiothérapie d’induction, toujours chez
des patients IIIApN2 mais qui étaient considérés inopérables avant
tout traitement. Tous les patients ont reçu une chimiothérapie
d’induction (trois cycles) par un doublet à base de cisplatine ou
de carboplatine, et le choix de l’autre médicament est laissé à la
discrétion du centre. Les patients qui progressaient après
chimiothérapie d’induction sont exclus de l’étude. Les 332
patients répondeurs ont été randomisés entre chirurgie et
radiothérapie (60 Gy). Dans le bras chirurgie et en cas de
résection incomplète, les patients ont reçu une radiothérapie.
La survie globale dans le bras chirurgie est de 16,4 contre
17,5 mois dans le bras radiothérapie avec des taux de survie à
cinq ans, respectivement, de 15,7 et 14 %. On a noté plus de
morbidité et de décès iatrogènes dans le bras chirurgie.
Ces résultats sont concordants avec ceux de l’intergroupe
américain.
Les deux derniers essais relancent le débat sur l’intérêt de la
chirurgie dans les stades IIIA-N2, et d’ailleurs, après la
publication des résultats de l’essai EORTC (08941), la
chimioradiothérapie va devenir le bras de référence dans les essais
futurs de l’EORTC dans les stades IIIA-N2 du cancer bronchique non
à petites cellules.
Une étude européenne de phase III randomisée (SAKK-16/00) est en
cours chez les patients IIIA-N2. Les patients sont randomisés
entre trois cycles d’une chimiothérapie néoadjuvante à base de
docétaxel-cisplatine, suivie de radiothérapie, puis de chirurgie
contre la même chimiothérapie suivie de chirurgie seule.
Un autre essai de RTOG (0229) de phase II chez les patients
IIIA-N2 est en cours. Il évalue en néoadjuvant une
chimiothérapie à base de paclitaxel-carboplatine en concomitance
avec la radiothérapie, suivie de chirurgie, puis une consolidation
par la même chimiothérapie.
Ce qu’on peut dire pour le moment pour les stades IIIA-N2, c’est
qu’ils ne doivent pas être opérés d’emblée, et même si un malade
est devenu techniquement opérable après un traitement d’induction,
cela ne signifie pas qu’il va bénéficier de son exérèse. Toutefois,
la chirurgie peut se discuter au cas par cas dans des réunions
pluridisciplinaires après traitement d’induction s’il y a un
downstaging ganglionnaire et si le geste envisagé est une
lobectomie et non une pneumonectomie, mais tout cela reste à
démontrer par des essais contrôlés.
Quel positionnement de la chimiothérapie ?
Seul l’essai espagnol NATCH (qui a été mené à terme) a essayé de
comparer une chimiothérapie néoadjuvante à une chimiothérapie
adjuvante. Les résultats ont été présentés à l’Asco 2009.
C’est un essai de phase III randomisé à trois bras, ayant comparé,
chez 624 patients de stades IA, IB, II et T3N1, la chirurgie seule
à la chirurgie associée à la chimiothérapie néoadjuvante ou à la
chimiothérapie adjuvante avec la même chimiothérapie (paclitaxel
200 mg/m2 et carboplatine AUC6 dans les deux bras).
Une radiothérapie postopératoire était autorisée pour les pN2 [50].
L’objectif principal était de comparer la survie sans récidive à
cinq ans entre les deux bras néoadjuvant ou adjuvant et le bras
chirurgie seule (pas de comparaison possible entre les deux bras
néoadjuvant/adjuvant). Une différence de 15 % était attendue. Comme
prévu, la compliance est nettement améliorée en néoadjuvant : 90
contre 65 % en adjuvant ont reçu les trois cycles. Le taux de
réponse complète histologique après chimiothérapie préopératoire
est de 10 %. L’essai ne montre pas de bénéfice de la chimiothérapie
par rapport à la chirurgie seule. Le tableau 4 résume les résultats de survie sans
récidive (objectif principal de l’étude) des différents bras.
Une analyse exploratoire a montré une tendance à une meilleure
survie sans récidive dans le bras chimiothérapie préopératoire chez
les patients ayant une bonne réponse radiologique après
chimiothérapie néoadjuvante (62 mois ; p = 0,09).
La survie globale, pour sa part, n’est pas différente au plan
statistique entre les trois bras : 48,8 mois dans le bras
chirurgie contre 55,2 et 50,3 mois, respectivement, dans les
bras induction et adjuvant (p = 0,93 pour chirurgie vs
chimiothérapie adjuvante et p = 0,56 pour chirurgie vs
chimiothérapie préopératoire).
L’essai NATCH est négatif, puisqu’il n’a pas démontré de
bénéfice de la chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante par rapport
à la chirurgie seule. Ces résultats négatifs peuvent être liés
à un nombre insuffisant de patients, une surreprésentation des
stades I : 11 % des IA et 66 % des IB (classiquement ces stades
sont non éligibles à un traitement périopératoire et la chirurgie
reste le traitement de référence), et le doublet
paclitaxel-carboplatine pourrait être sous-optimal.
Par ailleurs, cet essai n’a pas pu comparer de façon directe
entre la chimiothérapie néoadjuvante et la chimiothérapie
adjuvante, par conséquent, la question de l’intérêt de la
chimiothérapie préopératoire par rapport à la postopératoire reste
toujours posée et nécessite des essais futurs pour y répondre.
Néanmoins, on dispose de plusieurs arguments en faveur de la
chimiothérapie préopératoire, à savoir : la non-sélection des
patients, la possibilité de délivrer la dose totale de
chimiothérapie, l’arrêt précoce de la chimiothérapie quand elle est
inefficace quel que soit le schéma adopté initialement, la
destruction précoce des micrométastases. En outre, la
chimiothérapie préopératoire est mieux tolérée que la
chimiothérapie postopératoire, et un grand nombre de patients
peuvent la recevoir, contrairement à la chimiothérapie
postopératoire où un grand nombre de patients vont être récusés à
cause de la morbidité postopératoire importante.
Deux inconvénients à la chimiothérapie néoadjuvante par rapport
à l’adjuvante : elle empêche d’avoir un TNM chirurgical et gêne
l’obtention de fragments tumoraux pour analyses moléculaires.
L’étude de Betticher et al. [19] a montré un bénéfice en
survie d’une résection chirurgicale s’il y a downstaging
médiastinal N0-N1 après chimiothérapie néoadjuvante.
Les méta-analyses de chimiothérapie adjuvante du lung adjuvant
cisplatine evaluation (LACE) [51] et de Bria et al. [52], et
la mise à jour de la méta-analyse du non-small-cell lung cancer
(NSCLC) Collaborative Group, présentée à l’Asco 2007 [53], ont
montré de façon claire le bénéfice significatif en survie de la
chimiothérapie adjuvante qui est devenue un standard, alors que les
méta-analyses de chimiothérapie néoadjuvante de Berghmans
et al. [41], de Burdett et al. [44] et la revue
systématique de la littérature de Giligan et al. [36] ont
montré un bénéfice en survie en faveur de la chimiothérapie
néoadjuvante, mais le nombre total des patients randomisés dans les
essais de chimiothérapie néoadjuvante est moins important que le
nombre des patients randomisés dans les essais de chimiothérapie
adjuvante ; de ce fait, les essais de chimiothérapie néoadjuvante
manquent de puissance statistique suffisante pour affirmer la
validité du concept.
La chimiothérapie périopératoire associant le néoadjuvant et
l’adjuvant est en cours d’évaluation.
Les résultats préliminaires de l’essai de l’Intergroupe
francophone de cancérologie thoracique, IFCT 0002, ont été
présentés à l’Asco 2007 [54]. C’est une étude de phase III qui
compare une chimiothérapie préopératoire à une chimiothérapie
périopératoire chez des patients des stades IA à II, selon deux
modalités d’administration de la chimiothérapie qui diffèrent chez
les patients répondeurs par l’administration de deux cycles
complémentaires, soit avant la chirurgie, soit après la chirurgie.
Au total, les patients répondeurs ont reçu soit quatre cycles de
chimiothérapie préopératoires, soit deux cycles avant et deux
cycles après la chirurgie, avec deux schémas différents de
chimiothérapie : gemcitabine-cisplatine et
carboplatine-paclitaxel.
Cet essai poursuit deux objectifs :
- – définir le meilleur moment pour la chimiothérapie :
préopératoire vs périopératoire ;
- – comparer deux schémas de chimiothérapie :
gemcitabine-cisplatine vs paclitaxel-carboplatine.
Les résultats préliminaires montrent qu’il n’y a pas de
différence, que ce soit pour l’efficacité (taux de réponse et
downstaging) ou la toxicité, ni entre les deux stratégies ni entre
les deux types de chimiothérapies. La réponse pathologique
suggère que deux cycles sont aussi efficaces que quatre, et que les
réponses sont plus fréquentes dans le cas des cancers épidermoïdes
que dans les autres types histologiques.
Il est possible que la chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante
soit plus adaptée à un type de patients et de tumeurs
particuliers.
Tableau 4 Survie sans récidive avec un suivi médian de
43 mois.
|
Survie sans récidive (SSR)
|
Chirurgie
|
CMT néoadjuvante
|
CMT adjuvante
|
|
SSR : 5 ans (%)
|
39
|
40,5
|
39,3
|
|
Médiane SSR (mois)
|
28
|
32
|
24
|
Perspectives d’avenir
Les recherches à venir essaieront de définir les facteurs
prédictifs de réponse qui permettront de sélectionner les
sous-groupes de patients qui puissent bénéficier réellement de la
chimiothérapie néoadjuvante.
Le downstaging ganglionnaire médiastinal après chimiothérapie
d’induction est corrélé à un bénéfice en survie [19].
Les signatures moléculaires constituent une voie de recherche
importante pour identifier le type de chimiothérapie valable pour
chaque patient. Une étude publiée sur 67 patients des stades
opérables IIB, IIIA ou IIIB, ayant reçu une chimiothérapie
néoadjuvante à base de gemcitabine-cisplatine, montre qu’une faible
expression de la ribonucléotide-réductase M1 (RRM1) est asssociée à
un bénéfice significatif de la chimiothérapie néoadjuvante
[55].
Une autre étude, utilisant une chimiothérapie néoadjuvante à
base de gemcitabine-pemetrexed chez 52 patients ayant un cancer
bronchique non à petites cellules résécables, a été publiée
récemment [56]. Cette étude montre que l’association
gemcitabine-pemetrexed est bien tolérée, et qu’elle entraîne un
taux de réponse objective de 35 %. Ce taux de réponse à la
chimiothérapie est corrélé inversement au niveau d’expression
tumorale de la RRM1 (p < 0,001) et de la thymidylate-synthase
(TS) [p < 0,006] : la réduction de la taille tumorale est
importante lorsque RRM1 et TS sont faiblement exprimées.
L’étude montre aussi que la RRM1 tumorale et la TS mRNA sont des
facteurs prédictifs de réponse à une chimiothérapie associant
gemcitabine et pemetrexed, et que ces deux biomarqueurs doivent
être pris en compte lors des prochaines études utilisant cette
association.
L’étude du gène ERCC1 (excision repair cross-complementation
group 1) impliqué dans la réparation des lésions d’ADN
chimio-induites semble prometteuse. Une surexpression de ce gène
est corrélée à une résistance au cisplatine [57].
En situation adjuvante, un important complément biologique est
associé à l’étude IALT, visant à évaluer la surexpression de ce
gène sur la réponse à une chimiothérapie à base de cisplatine.
Le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante n’a été observé que
chez les patients qui n’ont pas exprimé ERCC1. Par ailleurs, chez
les patients qui n’ont pas reçu la chimiothérapie, l’expression
d’ERCC1 a été corrélée à une plus longue survie. Donc, la
surexpression d’ERCC1 apparaît comme un facteur prédictif de
non-réponse au cisplatine et en même temps un facteur de bon
pronostic [58]. Les résultats de cette étude très intéressante
doivent être confirmés de façon prospective.
En néoadjuvant, une étude menée sur 68 patients ayant un cancer
bronchique non à petites cellules, de stade IIIA-N2 (confirmé par
médiastinoscopie), a évalué la valeur pronostique et prédictive de
l’expression de ERCC1 sur la réponse à une chimiothérapie
néoadjuvante à base de cisplatine en concomitance avec la
radiothérapie. Avec un suivi de 61,8 mois, la SSP était de
15,9 mois pour ERCC1-positive et 29,5 mois pour
ERCC1-négative (p = 0,062). En plus, une différence statistiquement
significative en survie globale a été mise en évidence entre
ERCC1-négative et ERCC1-positive (89,2 vs 26,0 mois ; p =
0,014). Ces résultats suggèrent que les patients ayant un
cancer bronchique non à petites cellules, de stade IIIA-N2 avec
ERCC1-négative, ont tiré un bénéfice en survie lors de
l’utilisation d’une chimiothérapie néoadjuvante à base de
cisplatine en concomitance avec la radiothérapie [59].
Une autre étude rétrospective [60], portant sur 35 malades, a
évalué la relation entre le niveau d’expression tumorale de ERCC1
et la réponse radiologique et pathologique après une chimiothérapie
néoadjuvante à base de cisplatine ou une chimioradiothérapie
concomitante à base de cisplatine chez des patients ayant une
atteinte ganglionnaire médiastinale. Les taux de réponses
radiologiques et pathologiques étaient significativement élevés
chez les patients ERCC1-négatifs en comparaison avec les patients
ERCC1-positif chez le groupe ayant reçu une chimiothérapie
néoadjuvante à base de cisplatine (taux de réponse radiologique :
100 vs 42,8 % ; p = 0,013 ; taux de réponse pathologique : 100 vs
47,1 % ; p = 0,038), mais cette relation n’est pas observée chez le
groupe traité par chimioradiothérapie concomitante.
Les thérapies moléculaires ciblées présentent des profils
d’efficacité intéressants dans la prise en charge des stades
métastatiques (erlotinib, gefitinib bevacizumab, cetuximab), et
leur efficacité en situation précoce doit maintenant être
déterminée [61].
Nouvelles thérapies en cours d’investigation
Plusieurs nouvelles molécules sont en cours d’essai en situation
néoadjuvante avec des résultats prometteurs.
Le bevacizumab, qui est un anticorps monoclonal anti-VEGF, a
démontré son efficacité dans les cancers bronchiques non à petites
cellules métastatiques [62, 63], il constitue actuellement un
standard avec une bithérapie à base de platine et un produit de
troisième génération dans les adénocarcinomes bronchiques
métastatiques.
En néoadjuvant, deux essais de phase II ont été présentés à
l’Asco 2009 sur l’intérêt du bevacizumab associé à un régime de
chimiothérapie d’induction par docétaxel-cisplatine [64, 65].
L’objectif principal était le taux de downstaging. Le taux de
réponse (selon les critères de l’OMS) est de 58 % [64].
La réduction du volume tumoral apparaît dès les deux premières
semaines du traitement par bevacizumab. Ce taux de réponse
important s’accompagne d’un taux de complications postopératoires
de grades 3-4 élevé (16 à 23 %), ce qui peut être expliqué par la
demi-vie longue du médicament (environ 21 jours) et la
diminution des capacités de cicatrisation qu’il engendre.
Le pazopanib est un inhibiteur de tyrosine-kinase par voie orale
multicible : anti-VEGFR-1,2 et 3, PDGFR-α et β, et c-kit.
Le pazopanib a été comparé au placebo dans une étude de phase
III randomisée en première ligne métastatique ou après échec
d’immunothérapie chez 435 patients présentant un cancer du rein
métastatique et a mis en évidence une réponse objective de 30 % et
une différence statistiquement significative en termes de SSP de
cinq mois, avec un profil de toxicité marqué par la diarrhée et
l’hypertension artérielle [66]. Le pazopanib est un nouvel
inhibiteur de tyrosine-kinase qui vient s’ajouter à l’arsenal
thérapeutique de première ligne métastatique dans le cancer du
rein.
Dans le cancer du poumon non à petites cellules, le pazopanib a
été testé dans une étude de phase II en néoadjuvant [67]. Il a
été administré à la dose de 800 mg/jour pendant deux à six
semaines avant la chirurgie chez des patients de stades IA et IB.
Une mesure du volume tumoral par tomodensitométrie de haute
résolution et un dosage du VEGFR-2 sérique ont été effectués avant
et après traitement. Ces mesures effectuées sur 19
échantillons ont montré une diminution de VEGFR-2 sérique. Une
forte corrélation a été mise en évidence entre la diminution du
VEGFR-2 sous traitement par pazopanib (p < 0,001) et la
réduction du volume tumoral, rendant ainsi le VEGFR-2 sérique un
facteur potentiel prédictif de réponse au pazopanib.
Conclusion
Les essais de chimiothérapie néoadjuvante se multiplient.
Ils montrent un bénéfice en survie en faveur de la
chimiothérapie néoadjuvante, mais la majorité de ces essais ont été
arrêtés prématurément après la publication des résultats positifs
des grands essais adjuvants, considérant qu’il n’est plus éthique
de maintenir un bras de chirurgie seule. De ce fait, ces
essais manquent de puissance statistique pour affirmer la validité
du concept. L’éventuel bénéfice en survie pour des patients
opérables ou l’amélioration de l’opérabilité devront être analysés
par des essais intégrant les cytotoxiques récents, les thérapies
moléculaires ciblées et les facteurs pronostiques et prédictifs de
réponse, tant par imagerie fonctionnelle que par biologie
moléculaire. Il appartiendra donc aux méta-analyses finales
d’évaluer l’impact réel de la chimiothérapie néoadjuvante.
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