ARTICLE
Auteur(s) : D
Nassar, B Soutou, S Aractingi
Hôpital Tenon, Service de dermatologie-allergologie, 4,
rue de la Chine, 75020 Paris, France
Article reçu le 19 Mai 2009, accepté le 28 Septembre 2009
Introduction
Le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR ou
HER/ErbB1) appartient à une famille de récepteurs épithéliaux
humains (HER/ErbB). Ceux-ci sont des récepteurs transmembranaires
ayant un domaine intracellulaire à activité tyrosine-kinase. Après
liaison du ligand, l’EGFR se dimérise et active un domaine
tyrosine-kinase. Les voies de signalisation intracellulaire
sont celles de la MAPK (mitogen activated protein-kinase) et de
PI3K/Akt (phospho-inositol 3-kinase). L’activation de l’EGFR à la
surface cellulaire stimule la prolifération, la migration et
l’adhésion cellulaire, mais inhibe l’apoptose [1]. Une
surexpression, une mutation et/ou des anomalies de régulation de
ces récepteurs EGFR sont impliquées dans la carcinogenèse, la
progression tumorale et la résistance à la chimiothérapie de
plusieurs cancers, notamment le cancer des poumons non à petites
cellules (NSCLC), les carcinomes épidermoïdes ORL, le cancer du
pancréas et les cancers colorectaux [2, 3]. De nombreuses
molécules sont actuellement utilisées pour traiter des
proliférations épithéliales associées à des anomalies de l’EGF : il
peut s’agir d’anticorps qui bloquent le domaine extracellulaire
(cetuximab et panitumumab) ou de petites molécules qui inhibent
l’activité tyrosine-kinase TKI (tyrosine-kinase inhibitors :
erlotinib et gefitinib) du récepteur de l’EGFR. De nombreuses
autres molécules sont en cours de développement.
Au vu du rôle du récepteur EGFR dans l’homéostasie cutanée,
l’inhibition de cette voie aboutit au développement d’un grand
nombre d’effets dits secondaires dermatologiques. Ceux-ci sont de
gravité variable et surviennent à des moments différents. Leur
présence et leur intensité sont corrélées à l’efficacité
thérapeutique dans de nombreuses études [4]. Globalement, la
fréquence (tableau 1) et la sévérité de
l’éruption sont plus importantes avec les anticorps anti-EGFR
qu’avec les TKI [5]. Mais les profils comparables de toxicité
cutanée des deux anticorps, ainsi que des TKI, suggèrent une
spécificité de classe. Dans cet article, les principaux aspects
cliniques et la prise en charge seront revus.
Tableau 1 Incidence des toxicités cutanées les plus
fréquentes des inhibiteurs de l’EGFR.
|
Cetuximab [6, 7] (%)
|
Panitumumab [8-11] (%)
|
Gefitinib [12-15] (%)
|
Erlotinib [16, 17] (%)
|
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Folliculite
|
80-86
|
61-100
|
46-65
|
59-82
|
|
Périonyxis et fissures douloureuses
|
12
|
9-24
|
6
|
-
|
Manifestations cliniques
Folliculite
Des lésions papulopustuleuses se développent chez 24 à 90 % des
patients recevant un inhibiteur de l’EGFR, en fonction de la
molécule utilisée [4-6]. L’aspect clinique est caractérisé par des
papules folliculaires évoluant vers des pustules monomorphes à
contenu stérile. Leur taille est variable. À la différence de
l’acné classique, il n’est jamais observé de comédons.
Les zones les plus fréquemment atteintes sont les zones
séborrhéiques : la face (joues, plis nasolabiaux, nez, menton,
front), le cou, la partie supérieure du tronc, la peau
rétro-auriculaire, le cuir chevelu. Néanmoins, et là encore de
manière différente de l’acné, il peut y avoir une atteinte diffuse
qui peut concerner tout ou partie des quatre membres et la partie
basse du tronc. Des cas à évolution descendante ont été
rapportés. Les paumes et les plantes sont épargnées étant
donné l’absence de follicules pileux à ces sites. Dans les cas
sévères, les papules et les pustules peuvent confluer pour former
des placards crouteux avec risque de saignement et, plus rarement,
d’impétiginisation. Il existe parfois un prurit
— toujours absent dans l’acné classique. Ces lésions de
folliculite peuvent être accompagnées de télangiectasies sur les
zones atteintes, mimant parfois un aspect clinique de rosacée.
La folliculite apparaît précocement, parfois dès le deuxième
jour du traitement, mais en moyenne à la deuxième semaine.
L’éruption est habituellement à son maximum entre la troisième et
la cinquième semaine. Elle peut régresser ou se stabiliser malgré
la poursuite du traitement. Elle disparaît en trois à quatre
semaines si le traitement est interrompu, mais peut réapparaître à
la réintroduction du traitement. Une hyperpigmentation résiduelle
est possible après la régression des lésions. Le National
Cancer Institute-Common Terminology Criteria for Adverse Events
(NCI-CTCAE) a établi une classification en quatre grades
(http://ctep.cancer.gov/forms/CTCAEv3.pdf) qui est utilisée dans
les essais thérapeutiques, mais est difficile à appliquer en
pratique courante (tableau 2).
Une biopsie n’est pas utile. Cependant, l’aspect histologique
initial comporte un infiltrat de cellules lymphoïdes T péripilaire
et rapidement remplacé par une folliculite suppurative
neutrophilique pouvant évoluer vers la destruction folliculaire
[18]. Des bouchons de kératine dans l’infundibulum et des
micro-organismes peuvent être observés [19]. Les prélèvements
bactériologiques sont le plus souvent stériles, mais peuvent
ramener parfois Propionibacterum acnes, anaérobie saprophyte qui
prolifère secondairement.
Le mécanisme de la folliculite reste mal compris. EGFR est
fortement exprimé dans les kératinocytes de la couche basale de
l’épiderme, les glandes sébacées et la gaine externe des follicules
pileux [20]. L’activation de l’EGFR par ses ligands, principalement
TGF-α et EGF, stimule la prolifération, la migration et la survie
des kératinocytes et régule le cycle pilaire. Les souris qui
expriment un mutant dominant négatif pour l’EGFR
— c’est-à-dire a priori l’équivalent de l’administration
d’inhibiteurs de l’EGFR — ont une peau fine et des anomalies
pilaires [21]. Celles-ci se caractérisent par un pelage raccourci
et ondulé. Mais de manière plus intéressante, il y a une
perturbation du cycle pilaire. De manière physiologique, les
follicules pileux passent par trois phases : anagène (de
croissance), catagène (de régression) et télogène (de repos). Dans
la souris invalidée pour l’EGFR, il y a un blocage du passage de la
phase anagène vers la phase catagène, ce qui aboutit à la nécrose
des follicules pileux [22]. De plus, dans des cultures
d’explants cutanés, l’inhibition de l’EGFR par l’addition dans le
milieu d’inhibiteurs pharmacologiques de EGR induit la sécrétion
des chémokines CCL2 et CXCL10 par les kératinocytes [23].
Ces chémokines provoquent le recrutement de neutrophiles. Au
total, la folliculite semble être la conséquence d’une nécrose
folliculaire secondaire à la perturbation du cycle normal pilaire,
avec présence de débris cellulaires dans l’infundibulum et
secrétion de chémokines par les kératinocytes recrutant des
cellules inflammatoires essentiellement neutrophiliques.
Facteurs influençant l’apparition de l’éruption
cutanée
L’apparition et la sévérité de l’éruption sont liées à la dose de
l’inhibiteur de l’EGFR administrée. C’est ainsi que lorsque les
doses de cetuximab administrées sont augmentées de 1 à
2,5 mg/kg, l’incidence de la folliculite augmente de 75 à près
de 100 %. Mais à une dose donnée, il ne semble pas y avoir de
rapport entre la survenue de folliculite et la concentration
sérique de la molécule [24]. Néanmoins, chez les tabagiques, les
concentrations sanguines sont moins élevées [25] et les effets
cutanés moins fréquents [26]. Les personnes âgées traitées par
erlotinib développent plus fréquemment une éruption de grade 3.
Chez les personnes âgées, une augmentation de la fréquence d’une
éruption de grade 3 a été observée, qui pourrait être due à une
diminution de l’activité des enzymes CYP3A3 et 4 impliquées dans le
métabolisme du médicament [27].
Certains polymorphismes dans le gène de EGFR et de son promoteur
ont été associés à l’apparition de l’éruption cutanée et à une
efficacité thérapeutique plus importante [28, 29]. La longueur
de la séquence répétitive (CA)n au niveau de l’intron a
été inversement liée à l’expression de l’EGFR. La présence
d’une séquence (CA)n, de moins de 36 répétitions sur les
deux allèles, a été associée à une plus grande incidence de la
toxicité cutanée de l’erlotinib et du gefitinib [30].
Des polymorphismes des transporteurs ABCG2 ont aussi été
corrélés à l’apparition d’éruptions cutanées induites par
l’erlotinib [31].
Tableau 2 Échelle de sévérité de la folliculite induite
par les inhibiteurs de l’EGFR, selon le National Cancer Institute,
v4.0, États-Unis.
|
Grade 1
|
Papules et pustules sur moins de 10 % de la surface du corps avec
ou sans signes fonctionnels
|
|
Grade 2
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Papules et pustules sur 10 à 30 % de la surface du corps avec ou
sans retentissement fonctionnel
|
|
Grade 3
|
Papules ou pustules sur plus de 30 % de la surface corporelle,
retentissement fonctionnel, surinfection. Indication à
antibiothérapie. Érythrodermie ; éruption sévère maculeuse,
papuleuse ou vésiculeuse ; desquamation ; couvrant plus de
50 % de la surface corporelle
|
|
Grade 4
|
Papules ou pustules sur une surface non définie du corps avec une
surinfection disséminée nécessitant une antibiothérapie i.v.
|
|
Grade 5
|
Mort
|
Autres caractéristiques
La radiothérapie semble retarder l’apparition de l’éruption sur la
zone préalablement irradiée [32]. Cela pourrait être dû à la
destruction de la couche basale, des follicules pileux et des
glandes sébacées par les radiations. En revanche, l’administration
contemporaine des deux traitements aboutit à un surrisque de
radiodermite, d’une part, et de folliculite d’autre part.
Corrélation entre folliculite et l’effet
antitumoral
Il existe de nombreuses études, avec toutes les molécules, en
particulier l’erlotinib et le cetuximab, qui montrent une survie
plus longue chez les patients qui développent une éruption de
grades 2-3 (sévère) comparés à ceux de grade 1 (légère) et à ceux
qui n’en développent pas [6, 24, 33, 34]. Cependant, dans certains
travaux, cette corrélation n’est pas statistiquement significative,
notamment pour le gefitinib [35, 36]. Certains auteurs proposent
une stratégie d’optimisation de l’efficacité des inhibiteurs de
l’EGFR, consistant à augmenter la dose de l’inhibiteur de l’EGFR
jusqu’à l’apparition d’une toxicité cutanée tolérable.
Traitement
Il dépend de l’étendue, de la sévérité et de la localisation des
lésions, ainsi que du retentissement social et familial.
Il n’existe pas de consensus pour le traitement de l’éruption
de la folliculite secondaire aux inhibiteurs de l’EGFR, puisque peu
de traitements ont fait l’objet d’essais thérapeutiques.
La prise en charge varie selon les équipes.
En prévention, la tétracycline 500 mg/j comparée au placebo
diminue la sévérité, mais pas la fréquence de survenue de
l’éruption dans un essai thérapeutique [37]. De même, la
minocycline — dont l’usage est largement déconseillé en France
en raison des risques de syndrome d’hypersensibilité — diminue
la sévérité de l’éruption induite par le cetuximab, comparée au
placebo. Le tazarotène topique, sur l’hémiface, n’a pas montré
d’efficacité [38].
Dans les éruptions d’intensité légère ou modérée, le traitement
par l’inhibiteur de l’EGFR devrait être poursuivi sans modification
de la dose. Dans les essais thérapeutiques et dans de courtes
séries, les patients ont été traités par les médicaments topiques :
des antibiotiques locaux (clindamycine, métronidazole [39], acide
fusidique [5]) ; du peroxyde de benzoyle [40] ; la trétinoïne
topique [41] ou des dermocorticoïdes pour une courte durée
(hydrocortisone, bêtaméthasone dipropionate).
La clindamycine topique pourrait être prescrite avec le début du
traitement, pour que le patient puisse l’appliquer dès l’apparition
des premières pustules et l’arrêter quand elles commencent à
régresser.
Dans un essai randomisé récent, l’application de pimecrolimus
sur l’éruption du visage induite par le cetuximab n’a pas amélioré
les signes et les symptômes ressentis par les patients [42].
En pratique et dans le cas de lésions localisées, un traitement
local suffit. Celui-ci comprend, à des degrés divers, le peroxyde
de benzoyle, en faisant attention à ne pas augmenter la
concentration pour éviter trop d’irritation, mais aussi les
antibiotiques locaux (érythromycine ou clindamycine)
dermocorticoïdes, voire le tacrolimus topique. Des mesures
d’hygiène et de soins cutanés sont conseillées, comme l’hydratation
de la peau en évitant les émollients gras qui risquent d’aggraver
la folliculite par un phénomène d’occlusion. Il est conseillé
aux patients d’éviter les expositions solaires, parce que
l’éruption prédomine sur les zones photoexposées (visage,
décolleté) et pourrait être aggravée par le soleil [41], et parce
que les traitements prescrits pour la folliculite, essentiellement
les cyclines, sont photosensibilisants.
Dans les formes modérées et étendues, les cyclines sont
utilisées de manière similaire à l’acné, c’est-à-dire, à dose
anti-inflammatoire (c’est-à-dire doxycycline 100 mg/j) pendant
une durée de trois à six semaines, voire même plusieurs mois si
nécessaire. On y associera un traitement topique (clindamycine,
dermocorticoïde, peroxyde de benzoyle). Une corticothérapie orale
de courte durée a été utilisée dans certaines formes diffuses
[41].
Dans les formes sévères : on utilisera des dermocorticoïdes
forts. La dose de doxycycline pourrait être augmentée à
100 mg, deux fois par jour. Dans les formes généralisées et
occasionnant une gêne intolérable pour le patient, l’inhibiteur de
l’EGFR devrait être suspendu, voire même arrêté, ce qui permettra
une régression spontanée des lésions. Le médicament pourrait
être repris par la suite, à la même dose ou bien à une dose
inférieure, dépendant de la gravité de l’éruption initiale [39,
43].
En cas de surinfection, une antibiothérapie adaptée est
utilisée, en général antistaphylococcique (cloxacilline,
pristinamycine), associée à un antiseptique local, après
prélèvement bactériologique.
Xérose
Une sécheresse cutanée s’installe plusieurs semaines après le début
du traitement, soit plus tardivement que l’éruption acnéiforme.
Elle est probablement due à l’atrophie cutanée, qu’induit la
diminution de la division des kératinocytes sous l’effet du blocage
de la voie EGFR dans les kératinocytes basaux. Sa fréquence varie
entre 4 et 35 % selon les études [44]. Elle est plus fréquente chez
les sujets âgés et ceux qui ont des antécédents atopiques.
Les zones atteintes peuvent être prurigineuses et se
compliquer d’eczématisation ou d’impétiginisation. Elle prédomine
sur les extrémités, avec l’aspect d’une pulpite sèche fissurée des
mains et des pieds (Pulpitis sicca), et des fissures
douloureuses des talons, des bords latéraux des mains et des pieds
et des articulations digitales. Un traitement émollient préventif
doit donc être coprescrit dès le début du traitement par un
inhibiteur de l’EGFR et poursuivi pendant toute la période du
traitement. Des modifications de l’hygiène de vie peuvent être
d’une aide considérable : limiter les bains à l’eau chaude,
privilégier les douches brèves à l’eau tiède, éviter les savons
classiques et les remplacer par des pains surgras, appliquer un
émollient après le lavage, de façon fréquente et régulière,
privilégier les formes crèmes aux lotions et aux laits.
Le traitement de la xérose installée comprend, outre les mêmes
mesures d’hygiène de vie, l’utilisation d’émollients plus puissants
(à l’urée 5-10 % par exemple), sous occlusion, sur les mains et les
pieds si nécessaire. La survenue d’eczématisation nécessite
une corticothérapie locale.
Paronychie
L’atteinte des doigts et/ou des orteils est observée dans 10-15 %
des cas. Elle est encore plus tardive, survenant après quatre à six
semaines de traitement. Elle se caractérise par une paronychie
(encore appelé périonyxis). Il s’agit d’un état inflammatoire
de la peau péri- et sous-unguéale du gros orteil ou d’un doigt, ou
de plusieurs d’entre eux. Elle est douloureuse. Elle peut rester
ainsi ou alors se compliquer et aboutir à une incarnation de
l’ongle dans la peau périunguéale qui est œdémateuse. Il y a
alors deux types de complications qui peuvent se développer :
- – une surinfection — induite habituellement par
S. aureus — qui peut être collectée ou non ;
- – alternativement, le traumatisme de l’incarnation peut
induire un bourgeon charnu appelé aussi improprement botriomycome
ou granulome pyogénique, car il s’agit d’une tumeur non infectieuse
caractérisée par une prolifération vasculaire dermique
chronique.
La désinfection et le port de chaussures larges sont conseillés.
La doxycycline a été utilisée avec succès [45]. Toutes ces
complications doivent être prises en charge en dermatologie.
Le traitement est fonction du stade. Initialement, des bains
antiseptiques avec ou sans dermocorticoïdes sont utilisés. Puis,
peuvent être discutées une antibiothérapie, une application de
bâton de nitrate d’argent et/ou des mesures chirurgicales du
bourgeon (exérèse, électrocoagulation).
Modifications des poils
Elles sont retrouvées chez 5 % des patients recevant un inhibiteur
de l’EGFR [44]. Plusieurs anomalies pilaires sont observées.
Ces anomalies sont tardives, survenant deux à trois mois après
le début de traitement, et sont réversibles à l’arrêt.
Les cheveux deviennent fins, fragiles, avec diminution de la
vitesse de croissance. Les cheveux, mais aussi la barbe et les
poils du corps sont ainsi atteints. De manière paradoxale, on
observe une trichomégalie des cils [46], avec risque de trichiase
et d’incarnation de ces poils allongés dans la conjonctive
tarsienne. Il n’existe pas de traitement spécifique efficace
pour les atteintes pilaires. Une alopécie frontale est aussi
observée. De rares cas d’alopécie inflammatoire et
cicatricielle ont été rapportés [47].
Autres manifestations
Des réactions d’hypersensibilité immédiate, à type d’urticaire, de
flush et d’anaphylaxie, ont été rapportées chez 1 à 3 % des
patients après la perfusion de cetuximab, anticorps chimérique,
mais pas avec le pamitumumab ni avec les inhibiteurs de
tyrosine-kinase. Cette réaction d’hypersensibilité immédiate est
plus fréquente dans certaines régions des États-Unis et est
positivement corrélée aux antécédents personnels atopiques [48].
Elle est liée à la présence, dans le sérum des patients avant
traitement, d’IgE dirigées contre le galactose-alpha-1,3-galactose,
qui est un oligosaccharide présent sur la fraction Fab de la chaîne
lourde du cetuximab [49]. Une prémédication par un antihistaminique
est nécessaire.
Les atteintes muqueuses observées, avec une fréquence variable,
sont des sécheresses buccale et génitale, une stomatite et/ou des
aphtes buccaux. Ceux-ci sont rarement sévères.
Une vasculite des petits vaisseaux, un érythème nécrolytique
migrateur, une dermatose acantholytique transitoire, un cas
d’exacerbation de psoriasis ont été rapportés [47].
Conclusion
Au total, les inhibiteurs de la voie EGFR induisent des effets
cutanés multiples et fréquents. Ceux-ci peuvent être sévères,
nécessitant parfois l’interruption du traitement. Toutefois, ils
peuvent le plus souvent être pris en charge à travers une éducation
des malades et des infirmières mais aussi une collaboration
dermatologues-oncologues. Il s’agit surtout d’un modèle qui
permettra de faire progresser les connaissances fondamentales de
biologie de l’épiderme et des follicules pileux et, peut-être,
d’avancer dans la prédiction de la réponse antitumorale.
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