ARTICLE
Auteur(s) : D
Planchard1,2, Y Loriot1, B
Besse1
1Institut Gustave-Roussy, Département
de médecine, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif,
France
2Institut Gustave-Roussy, Laboratoire de recherche
translationnelle, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif,
France
Article reçu le 23 Juillet 2009, accepté le 5 Août 2009
Introduction
Le cancer du poumon est une cause majeure de décès par cancer
malgré les avancées diagnostiques et thérapeutiques.
Le pronostic des malades atteints d’un cancer bronchique non à
petites cellules (CBNPC) reste sombre avec une survie à cinq ans
d’environ 15 %. Un certain nombre de facteurs pronostiques
indépendants sur la survie ont déjà été identifiés. Il s’agit
principalement de l’état général (perfomance status), du stade TNM,
de l’âge, du sexe, de l’existence d’une perte de poids, du type
histologique, du degré de différentiation et de l’invasion
vasculaire [1]. Avec les progrès récents de la biologie
moléculaire, la recherche de facteurs pronostiques et prédictifs
s’est élargie aux protéines et aux gènes impliqués dans le
développement du cancer. La famille des protéines RAS
participe à la régulation cellulaire en assurant un relais dans la
signalisation entre les récepteurs membranaires et différents
effecteurs intracytoplasmiques, contrôlant ainsi divers processus
dont la prolifération et la survie cellulaire. Il existe trois
gènes RAS humains qui codent pour quatre protéines hautement
homologues (85 %) de 21 kDa : HRAS, NRAS, KRAS4A et KRAS4B
(épissage alternatif à l’extrémité C-terminale pour ces deux
dernières formes). Dans la cellule, les protéines RAS doivent subir
des modifications post-traductionnelles de farnésylation (ajout
d’un radical hydrophobe sur la partie C-terminale via des
farnésyl-transférases) afin de pouvoir s’ancrer à la partie interne
de la membrane cytoplasmique où elles seront activées [2]. Cette
activation passe par l’échange du GDP (RAS-GDP, état inactif)
contre le GTP (RAS-GTP, état actif), ce qui permet de réguler un
réseau complexe d’effecteurs en aval des récepteurs membranaires
(RAF-MEK-ERK, PI3K-AKT, Rac, RHO, PKC, etc.). La régulation de
l’activité est assurée de façon positive par des facteurs
d’échanges (type SOS1) en aval des récepteurs membranaires activés
tandis que l’inactivation est liée à l’hydrolyse du GTP en GDP par
une fonction GTPase. Les protéines RAS possèdent une activité
GTPase intrinsèque, qui mène normalement à leur inactivation et au
contrôle de la croissance cellulaire [3].
Les protéines RAS ont une implication importante dans
l’oncogenèse. Ce rôle prépondérant des protéines RAS dans la
carcinogenèse chez l’homme a été particulièrement mis en évidence
par le modèle expérimental de Hahn et al. où la présence d’une
activation de RAS est l’un des éléments nécessaires à la
transformation in vitro de fibroblastes humains [4].
Des mutations activatrices au niveau des gènes RAS ont été
identifiées dans la majorité des cancers humains, leur fréquence
varie de 0 à 60 % [5]. Les différents gènes RAS sont plus
spécifiquement mutés dans différentes tumeurs : KRAS dans les
cancers du pancréas, des voies biliaires, de l’endomètre, du col,
du côlon et du poumon ; KRAS et NRAS dans certaines hémopathies ;
NRAS et HRAS dans les cancers de la vessie et les mélanomes [6, 7].
Dans plus de 95 % des cas, les mutations de KRAS sont retrouvées au
niveau des codons 12 et 13 et plus rarement du codon 61 [6, 7].
Il s’agit de mutations ponctuelles (transversion G-T)
aboutissant à la perte de l’activité GTPase intrinsèque et à une
résistance aux GAP conduisant donc à une accumulation de la forme
active RAS-GTP [8, 9]. Les protéines RAS mutées dérégulent les
signaux de transduction et confèrent aux cellules des propriétés
tumorales de prolifération, survie cellulaire, résistance à
l’apoptose, etc. [10]. Dans les CBNPC, les mutations de KRAS ont
été principalement décrites chez les patients caucasiens avec un
tabagisme. Par ailleurs, il semble exister une forte corrélation
entre le nombre de cigarettes fumées et la fréquence des mutations
[11, 12]. Le sexe pourrait par ailleurs jouer un rôle comme le
démontrent certaines études, montrant que la présence de mutation
KRAS est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, et
cela après ajustement à l’exposition au tabac [11, 13]. Sur le plan
histologique, les mutations de KRAS sont plus fréquemment
retrouvées dans les tumeurs bronchiques de type adénocarcinomes (30
%) que les carcinomes de type épidermoïde (< 5 %) [13, 14].
Une constatation récente consiste en l’association négative
apparente entre la présence de mutations KRAS et de mutations du
gène EGFR [15]. En effet, plusieurs études ont montré que les
mutations EGFR et KRAS sont mutuellement exclusives [15-17].
Un des axes de recherche clinique actuel est d’utiliser certains
marqueurs tels que le statut mutationnel de KRAS pour essayer de
prédire l’évolution de la maladie et/ou la sensibilité aux
traitements (chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées,
etc.) en espérant obtenir un gain sur la survie des patients.
La grande majorité des études sur les biomarqueurs sont des
études rétrospectives pour lesquelles il est difficile de
conclure.
Facteur pronostique
Il s’agit des facteurs associés au cancer, définis comme
caractérisant le patient ou sa pathologie, associés à l’évolution
de la maladie et permettant de prédire le devenir du malade
indépendamment du traitement reçu. Le critère fréquemment
défini est la survie globale des patients. Pour le CBNPC, la
classification TNM est un facteur pronostique puissant et
reproductible. Parmi les différents autres facteurs pronostiques
cliniques, il est retrouvé : le PS, l’âge et le sexe [1].
De nombreux autres facteurs biologiques ont fait l’objet de
publications, citons en exemple des facteurs biologiques (valeur du
taux de leucocytes, des lactate-déshydrogénases (LDH), de la
calcémie, de l’hémoglobine, de l’albumine, etc.), des facteurs
tumoraux (l’histologie, le degré de différentiation tumorale,
l’envahissement lymphatique ou vasculaire, pourcentage cellules en
phase S, Ki67, l’expression VEGF, mutations de l’oncogène Rb et du
gène suppresseur de tumeur P53, le taux sanguin de CA125, ou
cyfra-21-1…) [18, 19]. À ce jour, malgré de nombreuses études
tentant d’identifier des facteurs pronostiques biologiques, aucun
facteur simple et reproductible n’a pu être confirmé et validé.
La présence d’une mutation de KRAS a fait l’objet de nombreuses
études et a aujourd’hui une place discutée dans le CBNPC (tableau 1). Initialement, les mutations de
KRAS ont été décrites comme un marqueur clairement péjoratif sur le
pronostic du CBNPC. Une des premières grandes études sur KRAS
démontrait le caractère défavorable sur la survie
(p = 0,002) et la survie sans récidive
(p = 0,038) de la présence de mutations de KRAS chez 69
patients opérés d’un adénocarcinome bronchique [20]. Cette étude a
été confirmée par de nombreuses autres études qui ont aussi
identifié la présence de mutations de KRAS comme un facteur
pronostique péjoratif (tableau 1) [10,
11, 21-28]. Cependant, d’autres études n’ont pas retrouvé de
différence sur la survie des patients avec ou sans mutations de
KRAS [14, 29-37]. Ainsi, dans une étude récente qui a évalué la
présence de mutations de EGFR, de KRAS et de TP53 parmi une cohorte
monocentrique de 397 adénocarcinomes bronchiques opérés, il a été
constaté qu’aucun des facteurs n’était pronostique [36].
La présence d’une mutation de KRAS était retrouvée chez 32
patients des 254 patients testés (12,6 %). Vingt-sept étaient au
niveau du codon 12, deux au niveau du codon 13, et trois au niveau
du codon 61. Les résultats sur la survie montrent qu’il
existait une tendance pour une moins bonne survie chez les patients
qui avaient une mutation de KRAS mais cette différence n’était pas
statistique significative (p = 0,218 3).
Les mutations de KRAS étaient plus fréquentes chez les
patients de sexe masculin (19 %) et chez les fumeurs (18 %) que
chez les femmes (6 % ; p = 0,001 8) et les
non-fumeurs (6 % ; p = 0,011 4). Ces deux
facteurs, le sexe et le tabagisme sont connus pour être des
facteurs pronostiques du CBNPC, constituant potentiellement des
facteurs confondants notamment en analyse univariée. Aussi, en
analyse multivariée, seul le statut non-fumeur
(p = 0,031) et le stade tumoral
(p < 0,000 1) apparaissaient comme des facteurs
indépendants sur la survie. L’étude de Marks et al. s’est
intéressée à la recherche de mutations de l’EGFR et de KRAS chez
296 patients opérés pour un adénocarcinome bronchique de stades
I-III [37]. La présence d’une mutation KRAS était retrouvée
chez 50 patients (17 %). La grande majorité des patients
qui avaient une mutation de KRAS était des sujets fumeurs (74 %) et
présentait un stade tumoral plus important. En analyse univariée,
les patients qui présentaient des mutations de KRAS vivaient moins
longtemps que ceux sans mutation (survie à trois ans de 66 % ; IC
95 % : [48-79] ; p = 0,031). Cette différence était
cependant non significative après ajustement avec le stade tumoral
(p = 0,18). Dans une population identique de 71
adénocarcinomes opérés, Kim et al. retrouvaient la présence
d’une mutation de KRAS chez cinq patients (7 %), non associée à la
présence d’une mutation de l’EGFR. La présence d’une mutation
de KRAS apparaissait comme un facteur de mauvais pronostic sur la
survie en analyse uni- et multivariée (p = 0,000 1
et OR = 3,33, p = 0,045 respectivement) [27].
Dans l’étude de Kim et al., la présence d’une mutation de KRAS
apparaissait aussi comme un facteur de mauvais pronostic sur la
survie (HR : 5,05 ; p = 0,009) et elle était aussi
fréquente dans les petits stades (29 %) que dans les stades avancés
des CBNPC (27 %) [26].
Deux grandes études de phase III randomisées ont évalué l’impact
des mutations de KRAS sur la survie globale ; celles-ci
n’apparaissaient pas comme étant des facteurs pronostiques [38,
39]. La première étude comparait un groupe de patients
recevant un traitement adjuvant par cisplatine-vinorebline et un
groupe de patients uniquement surveillés après chirurgie d’un CBNPC
de stades IB, II (482 patients, étude de KRAS chez 450 patients) et
la seconde comparait une chimiothérapie seule
(carboplatine-paclitaxel) à la même chimiothérapie en association à
l’erlotinib dans des CBNPC de stades IIIB-IV (1 079 patients
et seulement 274 échantillons tumoraux disponibles). Dans cette
dernière étude, la présence d’une mutation de KRAS était
significativement associée au statut tabagique
(p < 0,01). La présence d’une mutation de KRAS
n’apparaissait pas pronostique dans le groupe des patients traités
par chimiothérapie seule (temps jusqu’à progression de six mois ;
IC 95 % : [4,9-7,1 mois] et une survie de 13,5 mois dans
le bras KRAS muté versus un temps jusqu’à progression de
5,4 mois ; IC : 95 % : [4,4-6,1] et une survie de
11,3 mois dans le bras KRAS non muté). Dans la première étude,
les mutations de KRAS étaient retrouvées chez 26 % des patients
étudiés (117/450 patients) et étaient significativement plus
fréquentes chez les sujets de sexe féminin (p < 0,007)
et dans les types histologiques adénocarcinomes et carcinomes à
grandes cellules (p < 0,001). La présence de
mutation de KRAS n’était pas pronostique en analyse uni- ou
multivariée (HR = 1,23, IC 95 % : [0,76-1,97] ;
p = 0,40).
Seulement deux méta-analyses ayant porté sur le rôle pronostique
de KRAS ont été publiées. La première méta-analyse, basée sur
une revue de la littérature et ayant inclus seulement huit essais
(études publiées avant 1997 et ayant recherché la présence de
mutations de KRAS par une technique de PCR uniquement), a conclu à
un rôle potentiellement pronostique péjoratif de la présence d’une
mutation de KRAS [25]. Sur un total de 881 échantillons tumoraux,
la présence d’une mutation KRAS était retrouvée dans 217 tumeurs
(25 %). Aucune analyse de sous-groupe selon le type histologique
n’était rapportée. Le risque relatif de décès à deux ans
associé à la présence d’une mutation de KRAS était de 2,35 (IC 95 %
: [1,61-3,22]) par rapport à l’absence de mutation. Les conclusions
sont à considérer avec prudence compte tenu de la grande
hétérogénéité des résultats des différentes études incluses dans la
méta-analyse. Ces résultats sont à confirmer.La seconde
méta-analyse, plus récente et plus importante sur revue de la
littérature, a porté sur 43 études. Elle montrait que la présence
d’une mutation de KRAS est un facteur de mauvais pronostic sur la
survie en analyse univariée (HR : 1,35, IC 95 % : [1,16-1,56])
[10]. Sur les 43 études, neuf (20,9 %) montraient la présence d’une
mutation de KRAS comme un facteur pronostique péjoratif sur la
survie, 31 (72,1 %) concluaient que KRAS n’était pas un facteur
pronostique sur la survie, une (2,3 %) rapportait un meilleur
pronostic en présence d’une positivité de KRAS en immunohistochimie
(IHC) et deux étaient non contributives (4,7 %). Le taux de
mutations de KRAS était de 18,4 %. Dans l’analyse de sous-groupe,
la valeur pronostique négative d’une mutation de KRAS était
observée pour les adénocarcinomes (HR : 1,59 ; IC 95 % :
[1,26-2,02]), mais pas pour les carcinomes épidermoïdes. Par
ailleurs, la valeur pronostique n’était confirmée que lorsque la
recherche des mutations de KRAS était effectuée par la technique de
PCR (HR : 1,40 ; IC : 95 % : [1,18-1,65]) et non pas lorsque l’IHC
était utilisée (HR : 1,08 ; IC 95 % : [0,86-1,34]).
La discussion relevaitle fait que ces résultats étaient à
interpréter avec une grande réserve, car d’une part les mutations
de KRAS sont plus fréquemment observées dans les adénocarcinomes
que dans les carcinomes épidermoïdes (23,1 contre 7,1 %) et d’autre
part qu’il pouvait exister un biais de sélection dans les
différentes études publiées. En effet, les adénocarcinomes sont
plus souvent étudiés que les carcinomes épidermoïdes pour les
mutations de KRAS (1 436 contre 280 patients dans la
méta-analyse) et les résultats des carcinomes épidermoïdes peuvent
être parfois étudiés mais non publiés dans certaines études.
Les critères de sélection des patients, d’inclusion ou
d’exclusion des échantillons tumoraux des patients non opérables
(utilisant seulement les biopsies disponibles) sont différents
entre les études et cela retentit sur le stade tumoral étudié.
La diversité dans les techniques d’études des mutations de
KRAS peut être aussi une source majeure d’hétérogénéité des
résultats. Les études par IHC sont en effet difficilement
comparables entre elles, car il y a de nombreux anticorps primaires
différents utilisés, des protocoles de révélation différents et un
niveau de positivité différent entre les études.
Les techniques d’études des mutations de KRAS sont également
différentes entre elles (polymorphisme de longueur des fragments de
restriction-RFLP ou polymorphisme de conformation des simples
brins-SSCP) ainsi que le nombre et les codons étudiés (codon 12
seul versus tous les codons connus). Seule la première technique a
confirmé un impact statistiquement significatif sur la survie des
patients porteurs d’un CBNPC. Seules trois études ont utilisé la
technique de SSCP-PCR. Les critères de survie utilisés (survie
à deux, trois ou cinq ans, survie sans progression, etc.) affectent
aussi les résultats et rendent les comparaisons difficiles.
D’une façon générale, KRAS semble être un facteur pronostique
péjoratif dont le rôle est plus important dans les adénocarcinomes,
où les mutations sont plus fréquentes. Ces résultats
nécessitent une confirmation dans des essais prospectifs avec une
analyse multivariée appropriée prenant en compte les différents
facteurs pronostiques cliniques ou biologiques connus. Pour une
application en clinique, la meilleure méthode d’évaluation des
mutations de KRAS doit également être validée et standardisée dans
de nouvelles études afin d’établir des résultats
reproductibles.
Tableau 1 La présence de mutations de KRAS : facteur
pronostique dans le CBNPC.
|
Étude
|
Référence
|
Année
|
Stade
|
Nombre de patients
|
Histologie
|
Mutations (%)
|
Méthode de détection
|
|
Slebos et al.
|
[20]
|
1990
|
I-IIIA
|
69
|
Adénocarcinomes
|
28
|
PCR-MSOP
|
|
Mitsudomi et al.
|
[24]
|
1991
|
I-IV
|
66
|
CBNPC
|
29
|
PCR-RFLP
|
|
Rosell et al.
|
[21]
|
1995
|
IIIA
|
44
|
CBNPC
|
30
|
PCR-MSOP
|
|
Rosell et al.
|
[21]
|
1995
|
I-IV
|
192
|
CBNPC
|
27
|
PCR-MSOP
|
|
Cho et al.
|
[22]
|
1997
|
I-IIIB
|
58
|
CBNPC
|
24
|
PCR-SSCP et séquençage
|
|
Huang et al.
|
[28]
|
1998
|
I-IIIB
|
144
|
CBNPC
|
8
|
PCR-SSCP et séquençage
|
|
Huncharek et al.
|
[25]
|
1999
|
I-IV
|
881
|
CBNPC
|
25
|
Divers (méta-analyse)
|
|
Nelson et al.
|
[11]
|
1999
|
I-IV
|
199
|
Adénocarcinomes
|
22
|
PCR-RFLP
|
|
Grossi et al.
|
[23]
|
2003
|
I-IIIA
|
249
|
CBNPC
|
19
|
Séquençage
|
|
Mascaux et al.
|
[10]
|
2005
|
I-IV
|
3620
|
CBNPC
|
18
|
Divers (méta-analyse)
|
|
Kim et al.
|
[27]
|
2008
|
I-IV
|
71
|
Adénocarcinomes
|
7
|
Séquençage
|
|
Lim et al.
|
[26]
|
2009
|
I-IV
|
88 + 133
|
CBNPC
|
10 à 24
|
Séquençage
|
Facteur prédictif
Les facteurs prédictifs sont définis comme des facteurs qui
permettent de prédire la réponse tumorale au traitement.
Ils sont dépendants du traitement reçu et nécessitent un
groupe témoin pour effectuer une comparaison. Un des objectifs
majeurs de l’oncologie réside dans l’identification de ces
biomarqueurs qui permettent de franchir une étape cruciale vers
l’individualisation thérapeutique. Le caractère prédictif
d’une mutation du gène KRAS a été étudié dans de nombreuses études
et constitue un bon candidat potentiel notamment pour l’évaluation
des nouvelles thérapies ciblées (tableaux 2 et
3).
CBNPC opérés, stades précoces I-III
Les conclusions à ce stade de la maladie sont limitées compte tenu
des effectifs réduits des études et de l’hétérogénéité des
traitements. Ainsi, Rosell et al. ont analysé le statut
mutationnel de KRAS (codons 12, 13 et 61) chez 60 patients
randomisés dans une étude de phase III qui comparait un traitement
par résection chirurgicale et radiothérapie avec ou sans
chimiothérapie d’induction (CBNPC de stades IIIA) [40]. L’addition
de la chimiothérapie améliorait la survie des patients (26 versus
8 mois, p < 0,001), mais la présence de mutations
KRAS (détectées dans 33 des 44 tumeurs évaluées) n’était pas un
facteur prédictif. Cependant, les bras de traitement n’étaient pas
équilibrés pour la présence de la mutation KRAS (présente chez 42 %
des patients sans chimiothérapie contre 15 % ayant reçu de la
chimiothérapie ; p = 0,05), ce qui limite les conclusions
de cette étude.
Dans une étude de 40 patients avec un CBNPC de stade III qui
recevaient une chimiothérapie et de la radiothérapie avant une
résection chirurgicale, 28 prélèvements ont été analysés.
La présence d’une mutation au niveau du codon 12 de KRAS
(technique PCR-RFLP) était détectée chez 13 patients (46 %) et
était plus fréquente dans les adénocarcinomes (6/8 patients) que
dans les carcinomes épidermoïdes (7/20 patients) [41].
La présence d’une mutation était associée à une résection
incomplète (p = 0,035), une tendance (non significative)
vers une moins bonne réponse à la chimioradiothérapie et une survie
sans progression moins bonne (médiane de survie de 9 versus
21 mois ; survie sans progression à trois ans de 0 versus 40 %
; p = 0,003). Il n’y avait aucune différence
significative sur la survie globale (p = 0,07).
Une étude plus importante a rapporté la présence de mutations de
KRAS chez des patients porteurs d’un CBNPC de stades II et IIIA.
Dans cette étude de phase III (E3590), les 448 patients
bénéficiaient d’une radiothérapie adjuvante et étaient randomisés
pour bénéficier ou non de l’association adjuvante d’une
chimiothérapie [42]. Il n’y avait aucune différence sur la
survie globale entre les deux bras de traitement. L’étude de KRAS a
pu être effectuée chez 184 patients (technique PCR-RFLP, codons 12,
13 et 61). La présence d’une mutation KRAS était retrouvée
dans 44 cas (24 %), dont la majorité était localisée au niveau du
codon 12. Seuls trois parmi les 63 carcinomes épidermoïdes
portaient une mutation de KRAS, ce qui contraste avec l’incidence
retrouvée pour les adénocarcinomes (33 % ; p < 0,05).
La survie médiane des patients avec une mutation
(30 mois, IC 95 % : [34-64 mois]) n’était pas différente
des patients sans mutation de KRAS (42 mois, IC 95 % :
[34-64 mois] ; RR : 0,82 ; IC 95 % : [0,52-1,27] ;
p = 0,38). De même, il n’y avait pas de différence
pour la survie sans progression. Par ailleurs, il n’existait pas de
différence sur la survie globale entre les patients qui avaient une
mutation de KRAS et qui recevaient soit l’association de
chimiothérapie et de radiothérapie et ceux qui ne recevaient qu’une
radiothérapie seule. Cependant, dans le bras chimiothérapie, il y
avait une tendance vers une moins bonne survie des patients qui
avaient une mutation de KRAS (survie médiane de 24,7 mois pour
les 20 patients) comparativement aux patients qui n’avaient pas de
mutation (41,8 mois pour les 70 patients, RR non muté
versus muté de 0,59 ; IC 95 % : [0,32-1,075] ; p = 0,09).
En analyse multivariée, KRAS était à la limite de la
significativité (p = 0,066). Seuls l’âge (plus jeune) et
le stade tumoral étaient des facteurs pronostiques
significatifs.
Par contraste avec les études précédentes qui ont évalué
l’impact de KRAS rétrospectivement, l’étude de phase III randomisée
JBR10 a étudié le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante et des
mutations de KRAS de façon prospective. Elle a comparé un bras avec
une chimiothérapie adjuvante (cisplatine et vinorelbine) à un bras
sans chimiothérapie après résection complète de CBNPC de stades IB
et II [43]. Les patients étaient stratifiés en fonction du
statut de la mutation de KRAS : muté, non muté, ou inconnu. Cette
étude a démontré un avantage de survie absolu de 15 % à cinq ans en
faveur de la chimiothérapie adjuvante. Le génotype de KRAS a
été évalué chez 450/481 des patients inclus (93 %), et la fréquence
des mutations était de 26 % dans les deux bras de l’essai.
La présence de mutations de KRAS n’était pas un facteur
pronostique sur la survie, mais le bénéfice de la chimiothérapie
était plus faible chez les patients qui avaient une mutation de
KRAS. Parmi les 333 patients KRAS non mutés, il y avait un bénéfice
sur la survie de la chimiothérapie adjuvante (HR : 0,69 ; IC 95 % :
[0,49-0,98] ; p = 0,03). En revanche, parmi les 117
patients qui avaient une mutation de KRAS, il n’y avait aucun
avantage à une chimiothérapie adjuvante (HR : 0,95 ; IC 95 % :
[0,53-1,71] ; p = 0,87). Cependant, le test d’interaction
de l’effet de chimiothérapie en fonction du statut mutationnel de
KRAS n’était pas significatif (p = 0,29).
Ainsi avec l’ensemble de ces résultats, il n’est à ce jour pas
possible de conclure sur le rôle prédictif de KRAS dans les stades
précoces opérés de CBNPC.
Tableau 2 La présence de mutations de KRAS : facteur
non pronostique dans le CBNPC.
|
Étude
|
Référence
|
Année
|
Stade
|
Nombre de patients
|
Histologie
|
Mutations (%)
|
Méthode de détection
|
|
Keohavong et al.
|
[31]
|
1996
|
I-IV
|
127
|
Adénocarcinomes
|
32
|
PCR-DGGE
|
|
Siegfried et al.
|
[29]
|
1997
|
I-IV
|
181
|
Adénocarcinomes
|
32
|
PCR-DGGE
|
|
Greatens et al.
|
[32]
|
1998
|
I-IV
|
101
|
CBNPC
|
19
|
PCR-SSCP
|
|
Nemunaitis et al
|
[33]
|
1998
|
I-IV
|
103
|
Adénocarcinomes
|
32
|
Séquençage
|
|
Kwiatkowski et al.
|
[34]
|
1998
|
I
|
242
|
CBNPC
|
26
|
Séquençage
|
|
Graziano et al.
|
[14]
|
1999
|
I-II
|
213
|
CBNPC
|
16
|
PCR-MSOP
|
|
Schiller et al.
|
[42]
|
2001
|
II-IIA
|
184
|
CBNPC
|
24
|
PCR-RFLP
|
|
Broermann et al.
|
[41]
|
2002
|
III
|
28
|
CBNPC
|
46
|
PCR-RFLP
|
|
Ramirez et al.
|
[30]
|
2003
|
I-IV
|
50
|
CBNPC
|
18
|
PCR-PIREMA et Séquençage
|
|
Lu et al.
|
[35]
|
2004
|
I
|
94
|
CBNPC
|
34
|
PCR-PIREMA et Séquençage
|
|
Eberhard et al.
|
[38]
|
2005
|
IIIB-IV
|
274
|
CBNPC
|
21
|
Séquençage
|
|
Hirsch et al.
|
[53]
|
2006
|
I-IV
|
152
|
CBNPC
|
7,9
|
Séquençage
|
|
Tsao et al.
|
[39]
|
2007
|
IB-IIB
|
450
|
CBNPC
|
26
|
PCR-ASOH
|
|
Marks et al.
|
[37]
|
2008
|
I-III
|
296
|
Adénocarcinomes
|
17
|
Séquençage
|
|
Kosaka et al.
|
[36]
|
2009
|
I-IV
|
254
|
Adénocarcinomes
|
12,6
|
Séquençage
|
Tableau 3 La présence de mutations de KRAS : facteur
prédictif dans le CBNPC.
|
Étude
|
Référence
|
Année
|
Stade
|
Traitement
|
Nombre de patients
|
Histologie
|
Mutations (%)
|
Méthode de détection
|
Valeur pronostique sur la survie
|
|
Rosell et al.
|
[40]
|
1994
|
IIIA
|
CT/C/RT ou C/RT
|
44
|
CBNPC
|
30
|
PCR-ASOH
|
NS
|
|
Broermann et al.
|
[41]
|
2002
|
III
|
CT/RT/C
|
46
|
CBNPC
|
46
|
PCR-RFLP
|
NS
|
|
Schiller et al.
|
[42]
|
2001
|
II-IIIA
|
C ± CT/RT
|
184
|
CBNPC
|
24
|
PCR-RFLP
|
NS
|
|
Winton et al.
|
[43]
|
2005
|
IB-II
|
C ou C/CT
|
450
|
CBNPC
|
26
|
PCR-ASOH
|
NS
|
|
Rodenhuis et al.
|
[44]
|
1997
|
IIIB-IV
|
CT
|
62
|
Adénocarcinomes
|
26
|
PCR-ASOH
|
NS
|
|
Camps et al.
|
[45]
|
2005
|
IIIB-IV
|
CT
|
67
|
CBNPC
|
30
|
Séquençage
|
NS
|
|
Eberhard et al.
|
[38]
|
2005
|
IIIB-IV
|
CT ± TKI
|
274
|
CBNPC
|
21
|
Séquençage
|
Significatif
|
|
Massarelli et al.
|
[49]
|
2007
|
IIIB-IV
|
TKI
|
70
|
CBNPC
|
22,8
|
Séquençage
|
NS
|
|
Tsao et al.
|
[39]
|
2007
|
IB-II
|
CT ou surveillance
|
450
|
CBNPC
|
26
|
PCR-ASOH
|
NS
|
|
Kim et al.
|
[27]
|
2008
|
I-IV
|
CT ou TKI
|
275
|
CBNPC
|
18
|
Séquençage
|
NS
|
|
Zhu et al.
|
[50]
|
2008
|
I-IV
|
TKI ou placebo
|
206
|
CBNPC
|
15
|
Séquençage
|
NS
|
|
Mack et al.
|
[64]
|
2009
|
IIIB-IV
|
S0342 : CT + Ac anti-EGFR S0536:CT + Ac
anti-EGFR + BVZ
|
45 + 26
|
CBNPC et adénocarcinomes
|
24 et 23
|
Séquençage
|
NS
|
|
Pircker et al.
|
[62]
|
2009
|
IIIB-IV
|
CT ± Ac anti EGFR
|
395
|
CBNPC
|
19
|
LNA-mediated qPCR
|
NS
|
|
Khambata-Ford et al.
|
[63]
|
2009
|
IIIB-IV
|
CT ± Ac anti EGFR
|
225
|
CBNPC
|
17
|
Séquençage
|
NS
|
CBNPC de stades avancés, non résécables (IIIB/IV)
Traitement par chimiothérapie
Deux études dans les stades avancés de CBNPC suggèrent que KRAS
n’est pas un facteur prédictif significatif. Rodenhuis et al.
ont étudié la présence des mutations KRAS chez 62 patients traités
par chimiothérapie pour un CBNPC à un stade avancé [44].
La présence d’une mutation KRAS était retrouvée chez 26 % des
patients. Le taux de réponse objectif était de 19 % chez les
patients qui avaient une mutation de KRAS, contre 26 % chez les
patients sans mutation de KRAS (p = 0,486).
Il n’existait pas de différence significative sur la survie
globale ni sur la survie sans progression des patients mutés ou non
KRAS. L’étude de Camps et al. a étudié la présence de
mutations de KRAS (technique PCR-RFLP) sur l’ADN circulant prélevé
à partir de sérum de patients porteurs d’un CBNPC [45].
La présence d’une mutation au niveau du codon 12 de KRAS était
retrouvée chez 30 % des 67 patients traités avec de la gemcitabine
et un sel de platine. Les résultats montraient une tendance
non significative vers une meilleure survie sans progression des
sujets qui avaient une mutation de KRAS (survie médiane sans
progression de 7,3 mois pour les patients KRAS mutés contre
5,5 mois pour les patients non mutés, p = 0,23).
Il n’existait pas de différence sur la survie (survie médiane
de 12,5 mois (IC 95 % : [9,1-15,8]) et de 11,4 mois (IC
95 % [7,4-15,3]) entre ces deux groupes de patients,
p = 0,28).
Bien que ces études soient avec une faible puissance statistique
et n’aient pas été réalisées dans des populations randomisées et de
manière prospective, les résultats suggèrent que l’impact des
effets engendrés par une mutation de KRAS soit trop faible pour
avoir une utilité dans la pratique clinique chez les patients
traités avec un traitement standard par chimiothérapie.
Traitement par inhibiteur de l’EGFR
Le traitement avec une molécule inhibitrice tyrosine-kinase de
l’EGFR (TKI) tel que l’erlotinib peut améliorer la survie des
patients avec un CBNPC à un stade avancé qui progressent après un
traitement de première ligne par chimiothérapie [46]. Compte tenu
que KRAS est une protéine de signalisation en aval du récepteur de
l’EGF, l’activation par mutation de KRAS pourrait faciliter la
résistance aux antagonistes de l’EGFR. Plusieurs études ont
rapporté l’association entre la présence d’une mutation de KRAS et
le manque de sensibilité aux inhibiteurs TKI de l’EGFR dans le
traitement du CBNPC [16, 47].
Eberhard et al. ont réalisé une analyse rétrospective des
mutations de KRAS dans un sous-groupe de 274 patients avec un
CBNPC, qui avaient été randomisés pour recevoir une chimiothérapie
associée soit à de l’erlotinib, soit à un placebo (étude TRIBUTE)
[38]. La présence d’une mutation de KRAS était retrouvée dans
21 % des tumeurs analysées (55/264 patients). Elles étaient
localisées au niveau de l’exon 12 (51/55 patients) et l’exon 13
(4/55 patients). La présence d’une mutation KRAS était
associée à une diminution de la survie chez les patients traités
par l’association erlotinib-chimiothérapie (survie de
4,4 mois; IC 95 % : [3,4-12,9 mois]) par rapport aux
patients KRAS mutés qui ont reçu la chimiothérapie seule (survie de
13,5 mois ; IC 95 % : [11,1-15,9 mois]) et aux patients
qui n’étaient pas mutés pour KRAS et qui ont reçu de la
chimiothérapie seule (survie de 11,3 mois ; IC 95 % : limite
inférieur de 9,1 mois), ou associée avec de l’erlotinib
(survie de 12,1 mois ; IC 95 % : [9,2-15,6 mois] ;
p = 0,019). Parmi les patients qui avaient la mutation de
KRAS, le risque relatif de décès des patients traités par
l’association de l’erlotinib avec la chimiothérapie était de 2,1
(IC 95 % : [1,1-3,8]). Ces données doivent être interprétées
avec prudence compte tenu du très faible nombre de patients étudiés
pour la mutation de KRAS de cette étude (25 patients traités avec
l’association erlotinib-chimiothérapie et 30 avec de la
chimiothérapie seule) et sur l’absence de raisonnement scientifique
clair sur cet effet délétère de l’association de l’erlotinib à la
chimiothérapie chez les patients avec une mutation de KRAS. Dans
l’étude de Massarelli et al., 73 patients qui avaient reçu un
traitement par inhibiteur TKI de l’EGFR (gefitinib ou erlotinib)
dans le même centre ont été étudiés [49]. La présence d’une
mutation de KRAS était retrouvée chez 22,8 % des patients.
La présence d’une mutation de KRAS était associée avec une
progression tumorale (p = 0,04) et un temps jusqu’à
progression (p = 0,002 5) plus péjoratifs mais sans
différence sur la survie. Les patients qui avaient une
mutation de l’EGFR et une augmentation du nombre de copies de
l’EGFR avaient plus de 99,7% de chance d’avoir une réponse
objective sous inhibiteur de TKI, alors que s’ils avaient une
mutation de KRAS avec ou sans augmentation du nombre de copies de
l’EGFR, ils avaient plus de 96,5 % de risque de progresser.
Plus récemment, une étude de sous-groupe de 206 patients qui
avaient un statut de KRAS connu a été réalisée à partir de l’étude
de phase III BR21 (731 patients randomisés au total). Cette étude a
démontré l’efficacité de l’erlotinib en deuxième ou troisième ligne
thérapeutique du CBNPC [50]. Trente tumeurs avaient une mutation de
KRAS (15 %) au niveau de l’exon 12 ou 13 (22 dans le groupe
erlotinib et huit dans le groupe placebo). Les résultats
montrent un taux de réponse de 10 % quand la tumeur n’était pas
mutée KRAS et de 5 % pour les tumeurs KRAS mutées respectivement
(p = 0,69). Le risque relatif du bénéfice sur la
survie chez l’ensemble des 206 patients était de 0,77 (IC 95 % :
[0,57-1,06] ; p = 0,06), de 0,69 (IC 95 % : [0,9-0,97] ;
p = 0,03) chez les patients non mutés KRAS et de 1,67 (IC
95 % : [0,62-4,50] ; p = 0,31) chez les patients mutés,
avec un test d’interaction à la limite de la significativité
(p = 0,09). Dans un modèle de régression de Cox, incluant
l’ensemble des biomarqueurs, l’amplification de l’EGFR apparaissait
pronostique sur la survie (p = 0,005) et prédictif d’un
bénéfice sur la survie de l’erlotinib (p = 0,009) mais la
présence de mutations de KRAS n’était pas significativement
pronostique ou prédictive. Les auteurs concluaient que les
tumeurs qui ont une mutation de KRAS ne semblent pas tirer de
bénéfice d’un traitement par inhibiteur de TK (type erlotinib) mais
le faible nombre de patients étudiés ne permet pas de le confirmer
et nécessite des études complémentaires [51]. L’étude ISEL
(1 692 patients) qui comparait sur le même profil de
population un traitement par gefitinib à un placebo n’a pas montré
de différence significative entre les deux groupes (survie globale
de 5,6 mois pour le bras gefitinib versus 5,1 mois pour
bras placebo ; HR : 0,89, IC 95 % : [0,77-1,02] ;
p = 0,087) [52]. L’étude de biomarqueurs (EGFR, KRAS,
BRAF) a permis d’évaluer la présence de mutations de KRAS sur 152
prélèvements [53]. La présence de mutations de KRAS était
retrouvée chez 7,9 % des patients étudiés. Aucun des six patients
qui avaient une mutation de KRAS et qui recevaient du gefitinib n’a
eu de réponse tumorale objective (taux de réponse de 0 %, IC 95 % :
[0-39,3]), alors que sept des 87 patients qui n’avaient pas de
mutation de KRAS et qui recevaient du gefitinib ont présenté une
réponse tumorale objective (taux de réponse 8 %, IC 95 % :
[3,3-15,9]). Cependant, encore une fois, le trop faible nombre
d’analyses tumorales de KRAS ne permet pas de conclure
définitivement quant à l’impact de KRAS.
Dans l’étude INTEREST publiée en 2008, 1 466 patients
qui progressaient après une première ligne de traitement pour un
CBNPC à un stade avancé étaient randomisés entre un traitement par
docetaxel (n = 710) à un traitement par gefitinb
(n = 723) [54]. Les résultats confirment une
non-infériorité sur la survie du traitement par gefitinib versus
docetaxel (HR : 1,020, IC 95 % : [0,905-1,150]). Une étude de
biomarqueurs a été possible à partir de 553 prélèvements de
patients (au moins un biomarqueur analysable chez 453 patients).
Pour l’étude des mutations de KRAS, 49 tumeurs avaient une mutation
et 226 tumeurs n’étaient pas mutées. Les résultats ne
retrouvent aucune différence significative sur la survie en
fonction de l’expression d’EGFR (test d’interaction,
p = 0,87), de mutations de l’EGFR (p = 0,59) et
de mutations de KRAS (p = 0,51).
Une méta-analyse récente sur données publiées (17 études
sélectionnées) va dans le sens d’une faible probabilité de réponse
tumorale aux inhibiteurs oraux de l’EGFR en cas de présence d’une
mutation de KRAS [55]. Une analyse de sous-groupe (Caucasiens
versus Asiatiques, erlotinib versus gefitinib, première ligne
traitement versus > 1, critère d’évaluation RECIST
versus WHO, biais sélection versus pas de biais sélection) ne
montre pas de différence significative entre eux renforçant la
valeur prédictive négative de KRAS.
Enfin, différentes études suggèrent que la présence de mutations
de l’EGFR et de KRAS sont mutuellement exclusives [15-17, 53, 56].
Les mutations de l’EGFR sont prédictives de la réponse
tumorale dans différentes études et probablement du bénéfice sur la
survie des traitements par inhibiteurs de l’EGFR [51, 57, 58].
L’étude randomisée de phase III FLEX a démontré le bénéfice de
l’association d’un anticorps monoclonal dirigé contre l’EGFR (le
cetuximab) à une chimiothérapie type cisplatine-vinorelbine chez
les patients dont les tumeurs exprimaient EGFR en IHC [59]. Dans
les tumeurs coliques, la présence d’une mutation de KRAS apparaît
clairement comme un facteur prédictif de l’absence de bénéfice d’un
traitement par un anticorps monoclonal anti-EGFR [60, 61]. L’étude
du statut mutationnel de KRAS des patients de l’étude FLEX a été
présentée récemment au congrès de l’Asco 2009 [62]. Dans cette
étude complémentaire, la présence de mutations de KRAS n’apparaît
pas être prédictive. Ces résultats sont retrouvés dans une
autre étude randomisée de phase III qui comparait
carboplatine-paclitaxel ± cetuximab et dans deux autres
études de phase II du cetuximab en première ligne (SWOG S0342 :
carboplatine-paclitaxel + cetuximab en séquentiel ou
concomitant et S0536 :
carboplatine-paclitaxel-cetuximab-bevacizumab) [63, 64].
Il n’est pas démontré de différence sur la survie sans
progression et/ou la survie globale en fonction du statut
mutationnel de KRAS. Ainsi, ce qui est démontré dans le côlon ne
l’est pas dans le poumon.
Les résultats d’études prospectives randomisées en cours, avec
inhibiteurs de l’EGFR en monothérapie, devraient nous permettre
d’avancer sur le rôle prédictif de l’amplification de l’EGFR, des
mutations EGFR et de KRAS.
Conclusion
Les différentes données biologiques et cliniques nous montrent la
complexité qui existe entre la fonction de la protéine KRAS sauvage
et ses formes mutées dans le CBNPC [65, 66]. La protéine KRAS
joue un rôle oncogénique clef dans la dérégulation cellulaire, et
la présence de mutations est responsable d’une prolifération
cellulaire non contrôlée et d’une survie cellulaire anormale.
La présence de mutations de KRAS apparaît fortement liée au
tabagisme et au type histologique qu’est l’adénocarcinome mais
beaucoup de questions restent encore en suspend. Les données
actuelles apparaissent contradictoires quant à son rôle pronostique
et prédictif dans le CBNPC. Les résultats des différentes
études publiées restent d’interprétation difficile et à prendre
avec prudence compte tenu du caractère rétrospectif pour la
quasi-totalité des études, de l’hétérogénéité des populations de
patients évalués, de la variabilité des techniques d’analyse des
mutations et enfin du pourcentage limité d’échantillons tumoraux
disponibles au sein de chaque étude. L’évaluation rigoureuse de
l’impact des mutations de KRAS sur le pronostic et l’efficacité des
traitements doit passer par des études prospectives.
Les premiers résultats d’études randomisées de phase III,
étudiant l’impact des mutations de KRAS sur un traitement par un
anticorps monoclonal anti-EGFR comme le cetuximab, montrent
qu’elles n’apparaissent pas prédictives du bénéfice thérapeutique
dans le CBNPC.
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