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Radiofrequency ablation in the treatment of liver and lung tumors


Bulletin du Cancer. Volume 96, Number 11, 1099-1109, novembre 2009, Formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2009.0974

Résumé   Summary  

Author(s) : J Palussière, E Descat, M Fonck, F Bonichon, F Chomy, Y Bécouarn, A Avril, M Kind, A Ravaud , Départements de radiologie, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département d’oncologie digestive, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Service de médecine nucléaire, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département d’oncologie médicale, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Service de chirurgie, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Service d’oncologie médicale, hôpital Saint-André, 1, rue Jean-Burguet, 33075 Bordeaux cedex, France.

Summary : Radiofrequency (RF) ablation is a technique of thermotherapy which emerged over the last fifteen years in the field of oncology. RF directed toward a specific tumor mass is known to be very effective (over 90%) for treating tumors less than 2.5 cm. RF is used for patients with early-stage lung or liver cancers who are not surgical candidates, With improvements in systemic therapy, increasing interest in the use of local therapy for metastases has arisen. Eradication of residual metastases via local therapies has a sense in patients with stabilized disease. Nonsurgical alternative like RF has become popular because it is less invasive than surgery and has demonstrated great efficiency. Nevertheless prospective randomized trials to compare RF with surgery are difficult to achieve, prospective studies are needed to better evaluate the technique.

Keywords : radiofrequency ablation, hepatocarcinoma, lung carcinoma, liver metastases, lung metastases

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : J Palussière1, E Descat1, M Fonck2, F Bonichon3, F Chomy4, Y Bécouarn2, A Avril5, M Kind1, A Ravaud6

1Départements de radiologie, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
2Département d’oncologie digestive, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
3Service de médecine nucléaire, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
4Département d’oncologie médicale, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
5Service de chirurgie, Institut Bergonié, Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
6Service d’oncologie médicale, hôpital Saint-André, 1, rue Jean-Burguet, 33075 Bordeaux cedex, France

Article reçu le 16 Septembre 2009, accepté le 30 Septembre 2009

Bases

La radiofréquence (RF) est un courant électromagnétique de 300 à 500 kHz de fréquence, transmis par une électrode introduite sous guidage radiologique dans la tumeur. Le courant induit localement par ses changements de phase une agitation ionique. Cette vibration ionique déclenche des mouvements de friction moléculaire responsables d’une élévation thermique. La température augmente au contact de l’électrode puis se distribue par diffusion. Le but est de soumettre le volume tumoral à traiter à une température supérieure à 70 °C pour obtenir une mort cellulaire irréversible par nécrose de coagulation des protéines cellulaires, en sachant que les cellules tumorales ne sont pas plus résistantes que les cellules normales à la température. Le mode opératoire varie suivant l’utilisateur, la RF est ainsi appliquée en percutané ou en peropératoire. Différents types d’électrodes (électrodes refroidies, électrodes déployables) sont disponibles, l’enjeu étant d’obtenir un volume de destruction tissulaire le plus important et le plus homogène possible. Le système déployable est formé de plusieurs électrodes et prend l’aspect, une fois ouvert, d’un parapluie, la coagulation obtenue par ce système est sphérique. Les principaux obstacles à cette technique sont la taille tumorale, l’emplacement de la lésion. Au-delà de 4 cm de diamètre, il est difficile d’obtenir une coagulation de tout le volume tumoral avec les systèmes classiques. La proximité des vaisseaux joue un rôle dans la transmission de la chaleur, dans des vaisseaux de plus de 4 mm de diamètre, le flux sanguin par convection thermique refroidit et limite l’extension de la nécrose de coagulation [1]. Cet effet protège les vaisseaux de la thrombose ou de lésions thermiques de la paroi mais protège également les cellules au contact du vaisseau, d’où le risque d’un traitement incomplet. Cette technique est utilisée depuis une quinzaine d’années en cancérologie, tout d’abord pour les tumeurs hépatiques, puis ensuite elle a été adaptée pour le traitement des tumeurs pulmonaires, rénales et osseuses. Le traitement se fait sous anesthésie générale, mais dans certaines circonstances, il est possible de le faire sous sédation.

Monitoring, suivi

Pendant la procédure, il est difficile de connaître la température atteinte sur l’ensemble du volume chauffé. Certains équipements possèdent un capteur thermique en bout d’électrode, qui permet de mesurer la température au centre du chauffage mais ne donne pas de renseignement sur les berges. Seule l’IRM permet à l’heure actuelle d’établir des cartes de température à partir desquelles il est possible d’évaluer la dose thermique atteinte sur le volume traité [2]. En l’absence de mesure de température précise, tous les systèmes fonctionnent en mesurant l’impédance du courant, c’est-à-dire la conduction du courant de RF dans le tissu. Une fois le volume coagulé, le courant ne circule plus par défaut de conduction, le traitement est alors fini. Pendant la procédure, les méthodes d’imagerie de guidage, scanner ou échographie, ne permettent pas d’affirmer, avec assurance, que tout le volume tumoral a été détruit. En échographie, dès la circulation du courant, apparaissent des plages hyperéchogènes qui vont recouvrir petit à petit tout le volume tumoral. Ces remaniements correspondent à des dégagements gazeux dans le tissu chauffé et peuvent gêner la procédure si un deuxième positionnement est nécessaire.

C’est surtout à distance du traitement que l’imagerie permettra de savoir si le traitement a bien été complet. L’évaluation de l’efficacité est parfois difficile, car la tumeur détruite reste en place, une partie du tissu sain entourant la tumeur a été incluse dans le volume d’ablation afin d’obtenir des marges saines. La zone d’ablation est donc volontairement supérieure au volume tumoral, c’est un mélange de zones coagulées, de réaction inflammatoire, voire de tissu tumoral, si le traitement a été incomplet. En périphérie de la zone d’ablation se développe une réaction inflammatoire parfois difficile à distinguer en imagerie d’une marge tumorale non traitée. D’où l’impossibilité d’utiliser les critères RECIST ou OMS pour juger de l’efficacité du traitement. Il est important de répéter tous les deux à trois mois, pendant la première année de suivi, les examens scanner ou IRM pour suivre l’évolution de la cicatrice et des réactions inflammatoires. La réaction inflammatoire se présente le plus souvent comme une couronne fine entourant la zone d’ablation et qui se rehausse après injection de produit de contraste (figure 1). La tomographie par émission de positons couplée au scanner (TEP-scanner), l’IRM, par leur dimension fonctionnelle, apportent des éléments d’analyse supplémentaire. Le TEP-scanner est en cours d’évaluation prospective dans le suivi après RF des métastases pulmonaires (essai déclaré au NIH, disponible sur le site ClinicalTrials.gov : NCT00382252).

Foie

Traitement des métastases hépatiques

Le foie est le site le plus fréquent des métastases de cancer colorectal. Lorsque les métastases sont opérables, la chirurgie permet de guérir 30 à 40 % des patients. Il est conseillé actuellement d’encadrer cette chirurgie par une chimiothérapie [3]. Malheureusement, seulement 10 à 20 % des patients chez lesquels une maladie métastatique est découverte sont opérables d’emblée. Les facteurs de mauvais pronostic sont le nombre de métastases, la taille supérieure à 5 cm, les métastases synchrones, l’envahissement ganglionnaire de la tumeur primitive et un dosage de marqueurs tumoraux élevé (ACE > 200 ng/mL). Le but est d’amener si possible les patients non opérables lors du diagnostic des métastases vers la chirurgie en proposant différentes associations thérapeutiques. Les progrès réalisés ces dernières années par les chimiothérapies peuvent le permettre. Ainsi, dans l’optique de traiter localement toutes les métastases, la RF constitue une option.

RF des métastases résécables-RF peropératoire

La RF peut être associée à la chirurgie, c’est-à-dire que durant l’acte chirurgical une partie des métastases sera réséquée pendant que d’autres seront traitées par RF, afin de limiter la perte fonctionnelle que peut constituer une lobectomie. De ce fait, des patients sont opérés bien que toutes les métastases ne soient pas résécables. La RF est-elle cependant un traitement équivalent à la résection chirurgicale ? Un essai randomisé en France, comparant chirurgie et RF, n’a pu être mené à bien. Néanmoins, une série italienne [4] a suivi un groupe de 88 patients qui étaient des candidats à la chirurgie mais ont été traités par RF percutanée. Les patients n’avaient pas plus de trois métastases, aucune ne dépassant 4 cm. Après un suivi moyen de 28 mois, une nécrose complète a été obtenue pour 60 % des patients et 63 % des lésions. Soixante-sept patients (76 %) n’ont pas été opérés, soit parce qu’ils avaient été efficacement traités par la RF (26 %), soit parce que la maladie métastatique était évolutive à distance et contre-indiquait une chirurgie (50 %). Aucun des patients n’est devenu non opérable à cause d’un échec local de la RF. Une autre étude a comparé les résultats d’une résection chirurgicale focale (wedge resection) à la RF peropératoire [5]. Les deux techniques sont comparables en ce qui concerne le contrôle local des lésions. Les facteurs pronostiques d’un traitement incomplet par RF étant la taille de la tumeur (> 30 mm), le contact avec des vaisseaux de plus de 4 mm.

RF pour métastases non résécables

Différentes séries rapportent une survie à trois ans de 46 à 68 % et à cinq ans de 25 à 44 % [6-8] selon des critères de taille et de nombre de métastases. Dans la plupart de ces séries, de la chimiothérapie était effectuée avant ou après la RF. Les facteurs prédictifs de la survie retrouvés sont un taux d’ACE préprocédure inférieur à 200 ng/mL, un diamètre lésionnel maximal inférieur à 3 cm et le nombre des lésions inférieur à trois. Dans une autre série récemment publiée sur 309 patients, la survie à cinq ans après RF varie de 24 à 34 % [9], l’existence de métastases extrahépatiques et le volume tumoral sont les deux facteurs significatifs influant sur la survie après traitement. La survie des patients traités par chimiothérapie ou par ablation tumorale n’est pas significativement différente dans une étude prospective [10], mais une survie médiane sans rechute de neuf mois suggère un effet bénéfique de la RF. L’essai CLOCC de l’EORTC (European Organisation for Research Treatment of Cancer) compare la chimiothérapie seule à l’association chimiothérapie-RF. L’analyse préliminaire (communication orale ASCO 2008) montre une différence significative de la survie sans progression du groupe associant chimiothérapie et RF. Si la chirurgie reste le traitement de référence des métastases hépatiques des cancers colo-rectaux, la RF offre des possibilités intéressantes à la fois pour élargir les indications opératoires mais aussi chez des patients non opérables (patient âgé, hépatectomie préalable). Il reste que ce traitement est surtout adapté aux tumeurs de moins de 3 cm, au-delà, le risque de traitement incomplet est important. Il faut ajouter que le bilan de la maladie métastatique par TEP-scanner est fondamental pour améliorer la sélection des patients [11] et choisir le traitement le mieux adapté.

RF des métastases d’autres cancers

Le traitement local des métastases hépatiques provenant d’autres cancers primitifs par chirurgie ou RF est parfois proposé. Pour les métastases de cancer du sein, la possibilité de stabiliser correctement la maladie métastatique avec le traitement général (chimiothérapie hormonothérapie) et l’aspect parfois très diffus de la maladie métastatique ne poussent pas forcément à réaliser un traitement local. Néanmoins, certaines équipes ont publié des résultats encourageants concernant la RF en association avec la chimiothérapie [12]. Pour les métastases de tumeurs neuroendocrines, proposer un traitement local nécessite d’obtenir un bilan d’imagerie très précis de la maladie métastatique hépatique qui est souvent diffuse. Les deux obstacles au traitement local sont la taille des localisations et la diffusion de la maladie. Pour éviter une hépatectomie large, un traitement par RF de multiples petites localisations peut se concevoir.

Une série de 63 patients [13] démontre une amélioration clinique rapide et un contrôle local efficace.

Traitement de l’hépatocarcinome

Le traitement d’un hépatocarcinome doit tenir compte au moment du diagnostic de différents facteurs et principalement du stade de deux maladies : celui de la tumeur, elle-même, et celui de la cirrhose. De ce fait, un traitement curatif de la tumeur ne peut être proposé qu’à 30 % des patients. En Europe, la RF a remplacé la destruction chimique par injection intratumorale d’alcool [14, 15].

RF en préparation d’une transplantation

La transplantation hépatique est proposée dans le traitement de l’hépatocarcinome avec l’avantage de traiter à la fois la tumeur et la cirrhose sous-jacente. Selon les critères de Milan, les patients candidats à une transplantation sont ceux ayant une tumeur de moins de 5 cm ou trois lésions ou moins, la plus volumineuse ne dépassant pas 3 cm. En raison de l’attente parfois longue d’un greffon compatible, un traitement par RF de la ou des tumeurs est proposé avant la transplantation. C’est une stratégie efficace surtout lorsque le délai d’attente du greffon dépasse six mois [16]. Cette séquence thérapeutique a aussi permis de contrôler histologiquement la destruction par la RF. Il en ressort que la taille de la tumeur est un facteur essentiel, les lésions de moins de 3 cm sont les mieux détruites par la RF. En effet, des marges correctes sont parfois difficiles à obtenir, car l’hépatocarcinome est fréquemment entouré de microsatellites tumoraux invisibles lors du guidage radiologique de la RF.

Ainsi, une tumeur de moins de 2,5 cm comprend des satellites situés jusqu’à 5 mm de la tumeur principale [17]. Cette particularité doit être prise en compte lors du plan de traitement.

RF versus résection

La résection chirurgicale de la tumeur reste le gold standard, mais chez de nombreux patients elle ne peut être proposée en raison de la cirrhose sous-jacente. Des études comparant la chirurgie et la RF ont été publiées. Les taux de survie globale dans les deux groupes sont similaires pour des tumeurs inférieures à 3 cm [18]. Une autre étude randomisée [19] a également montré l’absence de différence en survie globale entre les deux techniques pour des patients classés Child A, tous candidats à la chirurgie et présentant une tumeur de moins de 5 cm. Environ, un tiers des patients traités par RF ont eu besoin de plusieurs traitements (autre RF, chimioembolisation [CE]) en raison d’une nécrose tumorale incomplète diagnostiquée sur les examens de contrôle. La place de la RF chez les patients opérables est encore incomplètement définie, cependant ces résultats indiquent que la RF peut être proposée comme traitement principal pour un hépatocarcinome de moins de 3 cm, même si une résection chirurgicale est possible. Pour certains [20], le faible taux de complications de la technique, l’efficacité thérapeutique de la RF sur les hépatocarcinomes de stade T1 en font le traitement de choix.

RF chez des patients non opérables

La RF est efficace sur des tumeurs de petite taille de moins de 3 cm idéalement lorsque le traitement est fait en une seule application sans repositionnement. En revanche, pour des tumeurs plus volumineuses de plus de 5 cm, la nécrose obtenue par la RF est le plus souvent partielle [21]. Dans ce cas, pour améliorer le contrôle local, il est proposé d’associer la RF et une CE [22]. D’autres auteurs décrivent cependant un contrôle local de bonne qualité en utilisant des systèmes bipolaires sur des tumeurs de 5 à 9 cm même si elles sont infiltratives ou envahissent le système portal [23]. Schématiquement, une tumeur unique de moins de 3 cm est la meilleure indication de RF, une tumeur unique de 3 à 5 cm est une indication de RF, voire d’une association RF-CE, une tumeur de plus de 5 cm ou la présence de plus de trois tumeurs est une indication de CE.

Contre-indications, limites

Les tumeurs situées au contact des vaisseaux sont difficiles à traiter complètement en raison de l’effet de refroidissement par convection lié au flux vasculaire. Dans ce cas, pour obtenir un effet optimal de la RF, il faut effectuer un clampage vasculaire soit peropératoire au niveau du pédicule hépatique ou de la veine cave, soit par voie endovasculaire percutanée [24]. Les lésions situées à proximité de la convergence biliaire sont difficiles à traiter par voie percutanée en raison du risque de lésion thermique de la voie biliaire. Il peut en résulter une sténose de la voie biliaire avec dilatation d’amont, cette complication peut être prévenue en refroidissant les voies biliaires [25].

Complications

Le taux de complications est faible. Les complications graves nécessitant une intervention ou un séjour hospitalier de plus de trois jours sont inférieures à 5 % sur 617 procédures [9].

Le taux de complications se majore en cas d’anastomose biliodigestive avec un risque accru d’abcès [26].

Poumon

Les premiers essais cliniques ont été effectués chez l’homme [27] à partir de 2000. En raison des caractéristiques et de l’architecture du tissu pulmonaire, sacs alvéolaires remplis d’air, arbre bronchique et vasculaire, les conditions de traitement changent radicalement par rapport aux autres organes. La présence d’air en grande quantité modifie la distribution du courant de RF en se comportant comme un isolant électrique. Néanmoins, l’inertie thermique de l’air étant faible lors de l’application du courant, la température augmentera plus vite dans le tissu pulmonaire rempli d’air que dans un autre environnement. Les sacs alvéolaires péritumoraux chauffent donc plus vite que la tumeur, créent un gradient thermique positif autour de celle-ci et jouent ainsi le rôle d’un four, oven effect, en limitant la diffusion de chaleur hors de la tumeur. Ces conditions expliquent pourquoi la puissance du courant et l’énergie délivrée sont moindres dans le poumon que dans d’autres organes, pour obtenir une destruction identique. En revanche, pour des tumeurs en large contact avec la plèvre, du fait de la diminution de l’environnement gazeux, les conditions de traitement s’apparentent plus à celles d’une tumeur hépatique. En pathologie tumorale pulmonaire, ce traitement est encore en cours d’évaluation, il est principalement proposé dans la prise en charge des métastases pulmonaires et des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) de stade I survenant chez des patients non opérables, voire pour des stades de CBNPC plus avancés en combinaison avec la radiothérapie. Du fait de l’application encore récente de la RF au poumon, les résultats ont surtout concerné jusqu’à présent l’efficacité locale de la technique. Il en ressort qu’au-delà de 3 cm de diamètre, il est difficile de traiter complètement une tumeur [28]. Pour les métastases, en utilisant la tomodensitométrie comme moyen de surveillance, la technique est efficace dans 70 à 90 % des cas selon les séries publiées. Dans notre expérience commune avec l’IGR enregistrée prospectivement, un suivi par scanner tous les trois mois est réalisé au minimum pendant 12 mois. Le taux d’efficacité de la technique à 18 mois sur 97 lésions traitées est de 93 % [29]. En poursuivant l’analyse de nos résultats communs sur 477 tumeurs, il existe une différence significative (p = 0,009) entre les tumeurs de plus de 2 cm et celles inférieures à 2 cm, avec des taux respectifs de contrôle local à un an de 88,5 % et de 95,6 % (résultats non publiés). Les échecs, jugés sur l’augmentation de la taille lésionnelle, sont souvent de découverte tardive après six mois. En effet, jusqu’à deux mois, les réactions inflammatoires importantes suivant le traitement se traduisent par une augmentation nette du volume lésionnel d’autant plus importante que les marges de sécurité de l’ablation sont larges (figure 2a, 2b, 2c). Le TEP-scanner devrait améliorer les modalités de surveillance et permettre de dépister plus précocement les échecs thérapeutiques. Une étude prospective est en cours pour évaluer son efficacité (NCT00382252).

Traitement du carcinome bronchique

Le cancer bronchique reste la cause de mortalité par cancer la plus fréquente chez l’homme. Chaque année, 28 000 nouveaux cas de cancer bronchique sont diagnostiqués en France. Beaucoup sont découverts tardivement : 40 % à un stade métastatique, 30 à 35 % à un stade localement avancé, avec des taux de survie à cinq ans faibles inférieurs à 10 %. Seulement 25 % environ sont découverts à un stade précoce où ils peuvent être traités chirurgicalement.

Stade I

Les CBNPC de stade IA correspondent à des tumeurs inférieures à 3 cm sans extension ganglionnaire médiastinale apparente sur l’imagerie. Le traitement chirurgical est efficace avec un taux de survie à cinq ans dépassant 70 %. La résection chirurgicale consiste en une lobectomie, voire une pneumonectomie, accompagnée d’un curage ganglionnaire médiastinal homolatéral. Elle n’est pas toujours possible à ces stades précoces, en raison de l’insuffisance respiratoire et des nombreuses comorbidités affectant ces patients et principalement liées au tabagisme. Un VEMS inférieur à 1L contre-indique généralement une prise en charge chirurgicale. Des résections moins étendues segmentaires ou localisées sont possibles sur des tumeurs inférieures à 2 cm, avec des résultats équivalents en survie [30]. Dans le cas d’une contre-indication chirurgicale, le traitement habituellement proposé est la radiothérapie externe, mais la nécessité de traiter avec des marges suffisantes pour compenser les mouvements induit une toxicité du parenchyme sain qui peut être préjudiciable en aggravant l’insuffisance respiratoire. La toxicité sur le parenchyme sain a baissé grâce à l’utilisation d’un asservissement respiratoire et des techniques en modulation d’intensité. Le taux de récidive locale est de 40 % environ [31, 32]. De nouvelles techniques de traitement par stéréotaxie sont en cours d’évaluation. En comparaison à la radiothérapie externe classique, la dose délivrée est supérieure en quelques fractions, autorisant un contrôle local meilleur [33, 34]. Les doses délivrées, plus importantes, imposent de contrôler parfaitement les mouvements pour éviter une toxicité importante des tissus sains. Le taux de complications sévères est d’environ 10 %. La RF intervient dans ce contexte, une revue de la littérature ne retrouve que peu d’études [35-38]. Ce sont surtout des séries de cas ou bien des études rétrospectives. Des essais prospectifs sont cependant en cours actuellement aux États-Unis et en Europe (NCT00109876, essai PARF du PHRC 2008 en France). Dans le futur, il sera intéressant de comparerles résultats de la RF à ceux de la radiothérapie stéréotaxique.

Comme il est précisé dans le chapitre Contre-indications, limites, la RF est une option thérapeutique chez les patients insuffisants respiratoires qui ne peuvent pas être opérés, mais également pour les patients qui ont été opérés et chez lesquels une deuxième tumeur bronchique est découverte. L’antécédent de lobectomie ou de pneumonectomie contre-indiquent en général une nouvelle chirurgie, en raison d’une réserve fonctionnelle insuffisante. Le poumon unique n’est pas une contre-indication de la RF. En ce qui concerne la survie de ces patients, Simon et al. [35] ont suivi 56 patients stade IA et 19 patients stade IB : la médiane de survie est de 29 mois (20 à 38 mois) et le taux estimé de survie de 78, 57, 36, 27 et 27 % respectivement à un, deux, trois, quatre et cinq ans. Hiraki et al. [36] rapportent une survie globale à trois ans de 74 % pour 20 patients (14 de stade 1A, 6 de stade 1B). Grieco et al. [39] ont étudié sur 41 patients de stades I et II l’association thérapeutique RF suivie de radiothérapie externe ou de curiethérapie. Cette association est bien tolérée cliniquement, sans complications surajoutées ; les auteurs concluent à un meilleur contrôle local qu’avec la radiothérapie seule.

Stades avancés

Pour des stades plus avancés, la place de la RF n’a pas été évaluée mais pourrait se discuter dans certains cas lors des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP). Chez certains patients, pour éviter un champ de radiothérapie trop étendu, comprenant le médiastin et la tumeur primitive (stades IIIA et IIIB), une combinaison radiothérapie médiastinale pour traiter l’extension ganglionnaire et RF de la tumeur primitive est envisageable. Ces associations devront, bien entendu, être ultérieurement évaluées prospectivement. Enfin, la RF peut être aussi un traitement palliatif utile chez des patients symptomatiques présentant une hémoptysie ou un envahissement de la paroi thoracique.

Métastases pulmonaires

L’apparition de métastases pulmonaires survient pour de nombreux cancers primitifs et témoigne d’une diffusion de la maladie. Cependant, le développement de la maladie métastatique au niveau du poumon est variable, avec dans certains cas, une maladie paucimétastatique d’évolution lente permettant de proposer un traitement local. La chirurgie peut être réalisée à thorax ouvert avec palpation manuelle des métastases et résection ou par vidéothoracoscopie avec pour avantages une technique moins invasive, une réduction des douleurs postopératoires. L’inconvénient de la vidéochirurgie est de ne pas effectuer de palpation peropératoire, avec le risque de ne pas être exhaustif dans l’exérèse [40]. Même si certains auteurs critiquent et déplorent l’absence de preuve dans l’indication d’un traitement chirurgical des métastases pulmonaires [41], de nombreuses équipes l’ont intégré dans l’algorithme thérapeutique. Après la résection chirurgicale des métastases pulmonaires, les facteurs principaux influant sur la survie des patients sont la résection complète de toute la maladie métastatique, le nombre de métastases, l’intervalle libre sans maladie, la présence de métastases extrathoraciques et le type de tumeur primitive [42]. Le taux moyen de survie à cinq ans des patients dont les métastases pulmonaires sont accessibles à un traitement local est d’environ 35 %, quel que soit le primitif. Un curage ganglionnaire est réalisé, de plus en plus fréquemment il a surtout une valeur pronostique [43]. Quelle peut être la place de l’ablation par RF dans ce contexte ? Contrairement au carcinome bronchique où la RF est réservée aux patients non opérables, des patients métastatiques de plus en plus nombreux qui auraient pu être opérés sont traités par RF. Les avantages sont nombreux, tels un traitement moins invasif bien supporté pour des patients chez lesquels l’articulation et la succession des différents traitements sont parfois lourdes à supporter ou une épargne parenchymateuse plus importante. Cependant, pour des métastases périphériques, la chirurgie par vidéothoracoscopie est également peu invasive et économe en termes de résection. L’épargne parenchymateuse est un point important à considérer pour des patients présentant une maladie « chronique » lentement évolutive avec apparition de métastases successives qui seront traitées localement de façon itérative. Si on ajoute l’efficacité remarquable de la RF pour des tumeurs inférieures à 3 cm, ce moyen thérapeutique apparaît adapté au traitement des métastases pulmonaires.

Métastases de cancer colorectal

À condition de pouvoir effectuer une exérèse complète, le site des métastases colorectales au niveau du foie, des poumons et du péritoine importe moins que le nombre [44]. Comme pour le foie, un traitement local des métastases pulmonaires semble donc d’intérêt. Le traitement local vient souvent en complément, « en clôture » de la chimiothérapie. Dans les séries chirurgicales, la survie des patients opérés de métastases pulmonaires est d’environ 30 à 43 % à cinq ans [45]. Les premières séries publiées retrouvent avec la RF des taux de survie comparables à trois ans de 46 à 56 % [46, 47] et à cinq ans de 35 % [47]. Un essai randomisé est en cours (NCT00776399), comparant métastasectomie chirurgicale et RF dans le traitement de ces métastases.

Métastases de cancer du rein

Environ 30 % des patients atteints de cancer du rein ont des métastases pulmonaires. Dans plusieurs séries, le taux de survie à cinq ans est de 35 à 40 % après chirurgie pour des patients sélectionnés avec une maladie limitée. Une seule série sur le traitement par RF de ces métastases a été publiée [48], elle confirme l’efficacité de la technique.

Métastases de sarcome

Le poumon peut rester le seul site d’extension métastatique et, dans cette situation, le traitement local prend toute son importance. Dans le traitement des métastases d’ostéosarcome, il a été démontré que la chirurgie améliorait la survie des patients en comparaison de la chimiothérapie seule [49]. Il n’y a pas de données concernant les résultats de la RF dans cette indication.

Métastases de cancer thyroïdien

Les métastases pulmonaires apparaissent dans 10 à 20 % des cancers thyroïdiens de souche folliculaire [50]. L’évolution de ces métastases est très variable. Parfois, elles sont d’évolution très lente, et les patients peuvent vivre 30 ans après leur découverte, à l’inverse, des patients peuvent décéder en moins d’un an. Le traitement classique est la thyroïdectomie totale suivie de cures d’iode radioactif et une freination maximale de la sécrétion hypophysaire de TSH par une hormonothérapie adaptée. Les facteurs pronostiques de ces métastases sont l’âge supérieur à 45 ans, la non-fixation de l’iode 131 [51], la fixation intense du 18F-FDG au TEP-scanner [52]. Elles peuvent être très nombreuses, mais leur évolution, parfois très lente, et l’absence de chimiothérapie adaptée font qu’un traitement local peut être utile. Leur nombre important rend en général illusoire un traitement complet, mais un traitement local limité à celles qui sont évolutives est envisageable. Il faut pour cela arriver à définir celles qui progressent rapidement. Par son caractère fonctionnel, le TEP-scanner est un outil très utile dans ce cas, pour diagnostiquer celles qui sont évolutives et guider ainsi le traitement local. En effet, ces métastases sont hétérogènes, certaines gardant la capacité de fixer l’iode 131, d’autres échappant à ce traitement. Ces dernières sont en général nettement visibles sur le TEP-scanner, alors que les métastases fixant l’iode 131 ne fixent pas le 18F-FDG, ce qu’on appelle communément le phénomène de flip-flop [53]. Une seule étude, à ce jour, décrit l’efficacité de l’ARF chez quatre patients présentant des métastases pulmonaires d’un cancer thyroïdien différencié [54].

Contre-indications, limites

Toute tumeur inférieure à 4 cm située à plus d’1 cm du hile peut être traitée. La proximité du hile augmente les risques hémorragiques et le risque de traitement incomplet en raison du refroidissement par convection. Le contact avec la plèvre n’est pas une contre-indication, mais il faut éviter de chauffer la plèvre pariétale et la paroi thoracique pour limiter les douleurs postopératoires, cela est possible en créant un pneumothorax. Contrairement à ce qui est admis pour la chirurgie [55], il n’y a pas, à l’heure actuelle, de consensus sur les contre-indications fonctionnelles respiratoires à la RF. Une étude a d’ailleurs démontré l’absence de modification de la fonction respiratoire après RF [29]. D’autres auteurs ont rapporté quelques cas de patients ayant un VEMS inférieur à 1 L et retrouvent alors une incidence de 33 % de décompensation respiratoire postopératoire. Celle-ci est transitoire avec un retour progressif à l’état respiratoire basal dans les deux à trois semaines [56]. Néanmoins, pour des patients ayant un VEMS inférieur à 1 L, le traitement devient plus complexe. L’anesthésie générale nécessite une ventilation mécanique, dont le sevrage peut être rendu difficile par la fonction respiratoire du patient. Les alternatives sont représentées par l’anesthésie locorégionale, l’anesthésie épidurale thoracique ou le bloc paravertébral. Pour les métastases, il n’y a pas de limite formelle liée au nombre de tumeurs, cependant dans diverses séries publiées, les patients traités présentent au plus cinq nodules. Cette limite est relative, des patients présentant plus de cinq métastases sont parfois opérés, la décision dépend de l’origine de la maladie métastatique, de son agressivité et de son potentiel évolutif. Pour ces patients, des associations thérapeutiques sont à imaginer : chirurgie d’un côté, RF de l’autre par exemple. Un poumon unique n’est pas une contre-indication à la RF. Il est aussi possible de traiter les deux poumons dans le même temps opératoire, principalement chez les patients ayant déjà eu une thoracotomie. Celle-ci induit des symphyses pleurales limitant le risque de pneumothorax.

Complications

Différentes publications [57, 58] confirment la faible morbidité de cette technique. La principale complication est le pneumothorax survenant dans environ 30 [54] à 54 % des cas [29] et nécessitant dans moins de 10 % des cas un drainage [59] de courte durée, ces données rejoignent celles publiées dans la littérature sur les complications postbiopsiques. L’hémorragie alvéolaire survenant au début de la procédure est un facteur compliquant celle-ci, elle peut faire perdre les rapports tumoraux par la disparition du contraste tumeur-air alvéolaire et gêner, voire empêcher, le traitement correct du volume tumoral.

Il existe également des risques d’hémoptysie [60], particulièrement pour des tumeurs traitées près du hile. Une toux accompagnée de crachats sales, plus ou moins hémorragiques, peut parfois durer plusieurs semaines après le traitement. L’embolie gazeuse [61] est une complication grave de toute procédure de ponction intrathoracique, l’apparition d’une fistule bronchovasculaire entretenue par la ventilation mécanique de l’anesthésie générale explique le passage de l’air dans le système vasculaire. La découverte impose un arrêt de la procédure, un réveil du patient pour juger d’éventuels déficits neurologiques et, selon leur importance, de proposer un traitement par caisson hyperbare.

Conclusion

Les données de la littérature suggèrent donc que les intérêts de la RF sont majeurs, puisque celle-ci permet de détruire efficacement une tumeur sans abord chirurgical, d’épargner le parenchyme sain, de diminuer les risques encourus par le patient lors d’une intervention chirurgicale, de raccourcir à la fois la durée d’hospitalisation et celle de la convalescence, de pouvoir plus facilement être envisagé de façon itérative, à condition de respecter les limites de la technique : tumeurs inférieures à 4 cm, pas de contact vasculaire. Le développement d’autres techniques d’ablation thermique telles que les micro-ondes [62] devrait permettre d’améliorer la destruction thermique des tumeurs de plus de 4 cm. Les limites de cette technique découlent de son caractère faiblement invasif : absence de contrôle histologique des marges thérapeutiques, contrôle exact parfois difficile du volume traité et des marges tumorales, absence d’accès ganglionnaire. Dans le traitement des tumeurs primitives du foie et du poumon, la chirurgie reste le traitement standard, mais elle est souvent impossible en raison d’une réserve fonctionnelle insuffisante pour tolérer une perte de parenchyme supplémentaire. La RF est donc appréciable pour ces patients fragiles non seulement par sa faible morbidité, mais aussi en raison de l’épargne parenchymateuse qu’elle permet. Dans le traitement des métastases, la situation est différente ; des malades opérables sont de plus en plus souvent traités par RF. Les progrès de la chimiothérapie n’ont pas fait disparaître l’importance d’un traitement local complémentaire sur la maladie résiduelle macroscopique ; il est nécessaire lorsque l’effet maximal de la chimiothérapie a été atteint. Il en résulte, pour certains patients, un état de maladie chronique dans lequel des chimiothérapies, puis des traitements locaux de la maladie résiduelle sont proposés successivement pour permettre des rémissions prolongées. Il est évident que face à ces séquences thérapeutiques, l’existence d’actes moins invasifs, mieux supportés, est un atout pour le patient. De plus, l’utilisation de moyens diagnostiques fonctionnels, tels que le TEP-scanner dans l’évaluation de la réponse au traitement général, tend aussi à modifier la prise en charge. L’individualisation parmi plusieurs localisations tumorales de certaines cibles qui restent actives malgré le traitement général peut amener à proposer un traitement local très dirigé, guidé par les données fonctionnelles de l’imagerie. Mais plutôt que de considérer qu’une technique thérapeutique remplacera l’autre, il s’agit de proposer le traitement local le mieux adapté en fonction de la localisation tumorale, du stade et de l’évolutivité de la maladie métastatique, ainsi que de l’état général et des comorbidités du patient.

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