ARTICLE
Auteur(s) : J
Palussière1, E Descat1, M
Fonck2, F Bonichon3, F Chomy4, Y
Bécouarn2, A Avril5, M Kind1, A
Ravaud6
1Départements de radiologie, Institut Bergonié,
Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours
de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
2Département d’oncologie digestive, Institut Bergonié,
Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours
de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
3Service de médecine nucléaire, Institut Bergonié,
Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours
de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
4Département d’oncologie médicale, Institut Bergonié,
Centre régional de lutte contre le cancer, 229, cours
de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
5Service de chirurgie, Institut Bergonié, Centre
régional de lutte contre le cancer, 229, cours
de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
6Service d’oncologie médicale, hôpital Saint-André, 1,
rue Jean-Burguet, 33075 Bordeaux cedex, France
Article reçu le 16 Septembre 2009, accepté le 30 Septembre
2009
Bases
La radiofréquence (RF) est un courant électromagnétique de 300 à
500 kHz de fréquence, transmis par une électrode introduite
sous guidage radiologique dans la tumeur. Le courant induit
localement par ses changements de phase une agitation ionique.
Cette vibration ionique déclenche des mouvements de friction
moléculaire responsables d’une élévation thermique.
La température augmente au contact de l’électrode puis se
distribue par diffusion. Le but est de soumettre le volume
tumoral à traiter à une température supérieure à 70 °C pour
obtenir une mort cellulaire irréversible par nécrose de coagulation
des protéines cellulaires, en sachant que les cellules tumorales ne
sont pas plus résistantes que les cellules normales à la
température. Le mode opératoire varie suivant l’utilisateur,
la RF est ainsi appliquée en percutané ou en peropératoire.
Différents types d’électrodes (électrodes refroidies, électrodes
déployables) sont disponibles, l’enjeu étant d’obtenir un volume de
destruction tissulaire le plus important et le plus homogène
possible. Le système déployable est formé de plusieurs
électrodes et prend l’aspect, une fois ouvert, d’un parapluie, la
coagulation obtenue par ce système est sphérique.
Les principaux obstacles à cette technique sont la taille
tumorale, l’emplacement de la lésion. Au-delà de 4 cm de
diamètre, il est difficile d’obtenir une coagulation de tout le
volume tumoral avec les systèmes classiques. La proximité des
vaisseaux joue un rôle dans la transmission de la chaleur, dans des
vaisseaux de plus de 4 mm de diamètre, le flux sanguin par
convection thermique refroidit et limite l’extension de la nécrose
de coagulation [1]. Cet effet protège les vaisseaux de la thrombose
ou de lésions thermiques de la paroi mais protège également les
cellules au contact du vaisseau, d’où le risque d’un traitement
incomplet. Cette technique est utilisée depuis une quinzaine
d’années en cancérologie, tout d’abord pour les tumeurs hépatiques,
puis ensuite elle a été adaptée pour le traitement des tumeurs
pulmonaires, rénales et osseuses. Le traitement se fait sous
anesthésie générale, mais dans certaines circonstances, il est
possible de le faire sous sédation.
Monitoring, suivi
Pendant la procédure, il est difficile de connaître la température
atteinte sur l’ensemble du volume chauffé. Certains équipements
possèdent un capteur thermique en bout d’électrode, qui permet de
mesurer la température au centre du chauffage mais ne donne pas de
renseignement sur les berges. Seule l’IRM permet à l’heure actuelle
d’établir des cartes de température à partir desquelles il est
possible d’évaluer la dose thermique atteinte sur le volume traité
[2]. En l’absence de mesure de température précise, tous les
systèmes fonctionnent en mesurant l’impédance du courant,
c’est-à-dire la conduction du courant de RF dans le tissu. Une fois
le volume coagulé, le courant ne circule plus par défaut de
conduction, le traitement est alors fini. Pendant la procédure, les
méthodes d’imagerie de guidage, scanner ou échographie, ne
permettent pas d’affirmer, avec assurance, que tout le volume
tumoral a été détruit. En échographie, dès la circulation du
courant, apparaissent des plages hyperéchogènes qui vont recouvrir
petit à petit tout le volume tumoral. Ces remaniements
correspondent à des dégagements gazeux dans le tissu chauffé et
peuvent gêner la procédure si un deuxième positionnement est
nécessaire.
C’est surtout à distance du traitement que l’imagerie permettra
de savoir si le traitement a bien été complet. L’évaluation de
l’efficacité est parfois difficile, car la tumeur détruite reste en
place, une partie du tissu sain entourant la tumeur a été incluse
dans le volume d’ablation afin d’obtenir des marges saines.
La zone d’ablation est donc volontairement supérieure au
volume tumoral, c’est un mélange de zones coagulées, de réaction
inflammatoire, voire de tissu tumoral, si le traitement a été
incomplet. En périphérie de la zone d’ablation se développe une
réaction inflammatoire parfois difficile à distinguer en imagerie
d’une marge tumorale non traitée. D’où l’impossibilité d’utiliser
les critères RECIST ou OMS pour juger de l’efficacité du
traitement. Il est important de répéter tous les deux à trois
mois, pendant la première année de suivi, les examens scanner ou
IRM pour suivre l’évolution de la cicatrice et des réactions
inflammatoires. La réaction inflammatoire se présente le plus
souvent comme une couronne fine entourant la zone d’ablation et qui
se rehausse après injection de produit de contraste (figure 1).
La tomographie par émission de positons couplée au scanner
(TEP-scanner), l’IRM, par leur dimension fonctionnelle, apportent
des éléments d’analyse supplémentaire. Le TEP-scanner est en
cours d’évaluation prospective dans le suivi après RF des
métastases pulmonaires (essai déclaré au NIH, disponible sur le
site ClinicalTrials.gov : NCT00382252).
Foie
Traitement des métastases hépatiques
Le foie est le site le plus fréquent des métastases de cancer
colorectal. Lorsque les métastases sont opérables, la chirurgie
permet de guérir 30 à 40 % des patients. Il est conseillé
actuellement d’encadrer cette chirurgie par une chimiothérapie [3].
Malheureusement, seulement 10 à 20 % des patients chez lesquels une
maladie métastatique est découverte sont opérables d’emblée.
Les facteurs de mauvais pronostic sont le nombre de
métastases, la taille supérieure à 5 cm, les métastases
synchrones, l’envahissement ganglionnaire de la tumeur primitive et
un dosage de marqueurs tumoraux élevé (ACE > 200 ng/mL).
Le but est d’amener si possible les patients non opérables
lors du diagnostic des métastases vers la chirurgie en proposant
différentes associations thérapeutiques. Les progrès réalisés
ces dernières années par les chimiothérapies peuvent le permettre.
Ainsi, dans l’optique de traiter localement toutes les métastases,
la RF constitue une option.
RF des métastases résécables-RF peropératoire
La RF peut être associée à la chirurgie, c’est-à-dire que durant
l’acte chirurgical une partie des métastases sera réséquée pendant
que d’autres seront traitées par RF, afin de limiter la perte
fonctionnelle que peut constituer une lobectomie. De ce fait,
des patients sont opérés bien que toutes les métastases ne soient
pas résécables. La RF est-elle cependant un traitement
équivalent à la résection chirurgicale ? Un essai randomisé en
France, comparant chirurgie et RF, n’a pu être mené à bien.
Néanmoins, une série italienne [4] a suivi un groupe de 88 patients
qui étaient des candidats à la chirurgie mais ont été traités par
RF percutanée. Les patients n’avaient pas plus de trois
métastases, aucune ne dépassant 4 cm. Après un suivi moyen de
28 mois, une nécrose complète a été obtenue pour 60 % des
patients et 63 % des lésions. Soixante-sept patients (76 %) n’ont
pas été opérés, soit parce qu’ils avaient été efficacement traités
par la RF (26 %), soit parce que la maladie métastatique était
évolutive à distance et contre-indiquait une chirurgie (50 %).
Aucun des patients n’est devenu non opérable à cause d’un échec
local de la RF. Une autre étude a comparé les résultats d’une
résection chirurgicale focale (wedge resection) à la RF
peropératoire [5]. Les deux techniques sont comparables en ce
qui concerne le contrôle local des lésions. Les facteurs
pronostiques d’un traitement incomplet par RF étant la taille de la
tumeur (> 30 mm), le contact avec des vaisseaux de
plus de 4 mm.
RF pour métastases non résécables
Différentes séries rapportent une survie à trois ans de 46 à 68 %
et à cinq ans de 25 à 44 % [6-8] selon des critères de taille et de
nombre de métastases. Dans la plupart de ces séries, de la
chimiothérapie était effectuée avant ou après la RF.
Les facteurs prédictifs de la survie retrouvés sont un taux
d’ACE préprocédure inférieur à 200 ng/mL, un diamètre
lésionnel maximal inférieur à 3 cm et le nombre des lésions
inférieur à trois. Dans une autre série récemment publiée sur 309
patients, la survie à cinq ans après RF varie de 24 à 34 % [9],
l’existence de métastases extrahépatiques et le volume tumoral sont
les deux facteurs significatifs influant sur la survie après
traitement. La survie des patients traités par chimiothérapie
ou par ablation tumorale n’est pas significativement différente
dans une étude prospective [10], mais une survie médiane sans
rechute de neuf mois suggère un effet bénéfique de la RF. L’essai
CLOCC de l’EORTC (European Organisation for Research Treatment of
Cancer) compare la chimiothérapie seule à l’association
chimiothérapie-RF. L’analyse préliminaire (communication orale ASCO
2008) montre une différence significative de la survie sans
progression du groupe associant chimiothérapie et RF. Si la
chirurgie reste le traitement de référence des métastases
hépatiques des cancers colo-rectaux, la RF offre des possibilités
intéressantes à la fois pour élargir les indications opératoires
mais aussi chez des patients non opérables (patient âgé,
hépatectomie préalable). Il reste que ce traitement est
surtout adapté aux tumeurs de moins de 3 cm, au-delà, le
risque de traitement incomplet est important. Il faut ajouter
que le bilan de la maladie métastatique par TEP-scanner est
fondamental pour améliorer la sélection des patients [11] et
choisir le traitement le mieux adapté.
RF des métastases d’autres cancers
Le traitement local des métastases hépatiques provenant d’autres
cancers primitifs par chirurgie ou RF est parfois proposé. Pour les
métastases de cancer du sein, la possibilité de stabiliser
correctement la maladie métastatique avec le traitement général
(chimiothérapie hormonothérapie) et l’aspect parfois très diffus de
la maladie métastatique ne poussent pas forcément à réaliser un
traitement local. Néanmoins, certaines équipes ont publié des
résultats encourageants concernant la RF en association avec la
chimiothérapie [12]. Pour les métastases de tumeurs
neuroendocrines, proposer un traitement local nécessite d’obtenir
un bilan d’imagerie très précis de la maladie métastatique
hépatique qui est souvent diffuse. Les deux obstacles au
traitement local sont la taille des localisations et la diffusion
de la maladie. Pour éviter une hépatectomie large, un traitement
par RF de multiples petites localisations peut se concevoir.
Une série de 63 patients [13] démontre une amélioration clinique
rapide et un contrôle local efficace.
Traitement de l’hépatocarcinome
Le traitement d’un hépatocarcinome doit tenir compte au moment du
diagnostic de différents facteurs et principalement du stade de
deux maladies : celui de la tumeur, elle-même, et celui de la
cirrhose. De ce fait, un traitement curatif de la tumeur ne
peut être proposé qu’à 30 % des patients. En Europe, la RF a
remplacé la destruction chimique par injection intratumorale
d’alcool [14, 15].
RF en préparation d’une transplantation
La transplantation hépatique est proposée dans le traitement de
l’hépatocarcinome avec l’avantage de traiter à la fois la tumeur et
la cirrhose sous-jacente. Selon les critères de Milan, les patients
candidats à une transplantation sont ceux ayant une tumeur de moins
de 5 cm ou trois lésions ou moins, la plus volumineuse ne
dépassant pas 3 cm. En raison de l’attente parfois longue d’un
greffon compatible, un traitement par RF de la ou des tumeurs est
proposé avant la transplantation. C’est une stratégie efficace
surtout lorsque le délai d’attente du greffon dépasse six mois
[16]. Cette séquence thérapeutique a aussi permis de contrôler
histologiquement la destruction par la RF. Il en ressort que
la taille de la tumeur est un facteur essentiel, les lésions de
moins de 3 cm sont les mieux détruites par la RF. En effet,
des marges correctes sont parfois difficiles à obtenir, car
l’hépatocarcinome est fréquemment entouré de microsatellites
tumoraux invisibles lors du guidage radiologique de la RF.
Ainsi, une tumeur de moins de 2,5 cm comprend des
satellites situés jusqu’à 5 mm de la tumeur principale [17].
Cette particularité doit être prise en compte lors du plan de
traitement.
RF versus résection
La résection chirurgicale de la tumeur reste le gold standard, mais
chez de nombreux patients elle ne peut être proposée en raison de
la cirrhose sous-jacente. Des études comparant la chirurgie et
la RF ont été publiées. Les taux de survie globale dans les
deux groupes sont similaires pour des tumeurs inférieures à
3 cm [18]. Une autre étude randomisée [19] a également montré
l’absence de différence en survie globale entre les deux techniques
pour des patients classés Child A, tous candidats à la chirurgie et
présentant une tumeur de moins de 5 cm. Environ, un tiers des
patients traités par RF ont eu besoin de plusieurs traitements
(autre RF, chimioembolisation [CE]) en raison d’une nécrose
tumorale incomplète diagnostiquée sur les examens de contrôle.
La place de la RF chez les patients opérables est encore
incomplètement définie, cependant ces résultats indiquent que la RF
peut être proposée comme traitement principal pour un
hépatocarcinome de moins de 3 cm, même si une résection
chirurgicale est possible. Pour certains [20], le faible taux de
complications de la technique, l’efficacité thérapeutique de la RF
sur les hépatocarcinomes de stade T1 en font le traitement de
choix.
RF chez des patients non opérables
La RF est efficace sur des tumeurs de petite taille de moins de
3 cm idéalement lorsque le traitement est fait en une seule
application sans repositionnement. En revanche, pour des tumeurs
plus volumineuses de plus de 5 cm, la nécrose obtenue par la
RF est le plus souvent partielle [21]. Dans ce cas, pour améliorer
le contrôle local, il est proposé d’associer la RF et une CE [22].
D’autres auteurs décrivent cependant un contrôle local de bonne
qualité en utilisant des systèmes bipolaires sur des tumeurs de 5 à
9 cm même si elles sont infiltratives ou envahissent le
système portal [23]. Schématiquement, une tumeur unique de moins de
3 cm est la meilleure indication de RF, une tumeur unique de 3
à 5 cm est une indication de RF, voire d’une association
RF-CE, une tumeur de plus de 5 cm ou la présence de plus de
trois tumeurs est une indication de CE.
Contre-indications, limites
Les tumeurs situées au contact des vaisseaux sont difficiles à
traiter complètement en raison de l’effet de refroidissement par
convection lié au flux vasculaire. Dans ce cas, pour obtenir un
effet optimal de la RF, il faut effectuer un clampage vasculaire
soit peropératoire au niveau du pédicule hépatique ou de la veine
cave, soit par voie endovasculaire percutanée [24].
Les lésions situées à proximité de la convergence biliaire
sont difficiles à traiter par voie percutanée en raison du risque
de lésion thermique de la voie biliaire. Il peut en résulter
une sténose de la voie biliaire avec dilatation d’amont, cette
complication peut être prévenue en refroidissant les voies
biliaires [25].
Complications
Le taux de complications est faible. Les complications graves
nécessitant une intervention ou un séjour hospitalier de plus de
trois jours sont inférieures à 5 % sur 617 procédures [9].
Le taux de complications se majore en cas d’anastomose
biliodigestive avec un risque accru d’abcès [26].
Poumon
Les premiers essais cliniques ont été effectués chez l’homme [27] à
partir de 2000. En raison des caractéristiques et de l’architecture
du tissu pulmonaire, sacs alvéolaires remplis d’air, arbre
bronchique et vasculaire, les conditions de traitement changent
radicalement par rapport aux autres organes. La présence d’air
en grande quantité modifie la distribution du courant de RF en se
comportant comme un isolant électrique. Néanmoins, l’inertie
thermique de l’air étant faible lors de l’application du courant,
la température augmentera plus vite dans le tissu pulmonaire rempli
d’air que dans un autre environnement. Les sacs alvéolaires
péritumoraux chauffent donc plus vite que la tumeur, créent un
gradient thermique positif autour de celle-ci et jouent ainsi le
rôle d’un four, oven effect, en limitant la diffusion de chaleur
hors de la tumeur. Ces conditions expliquent pourquoi la
puissance du courant et l’énergie délivrée sont moindres dans le
poumon que dans d’autres organes, pour obtenir une destruction
identique. En revanche, pour des tumeurs en large contact avec la
plèvre, du fait de la diminution de l’environnement gazeux, les
conditions de traitement s’apparentent plus à celles d’une tumeur
hépatique. En pathologie tumorale pulmonaire, ce traitement est
encore en cours d’évaluation, il est principalement proposé dans la
prise en charge des métastases pulmonaires et des cancers
bronchiques non à petites cellules (CBNPC) de stade I survenant
chez des patients non opérables, voire pour des stades de CBNPC
plus avancés en combinaison avec la radiothérapie. Du fait de
l’application encore récente de la RF au poumon, les résultats ont
surtout concerné jusqu’à présent l’efficacité locale de la
technique. Il en ressort qu’au-delà de 3 cm de diamètre,
il est difficile de traiter complètement une tumeur [28]. Pour les
métastases, en utilisant la tomodensitométrie comme moyen de
surveillance, la technique est efficace dans 70 à 90 % des cas
selon les séries publiées. Dans notre expérience commune avec l’IGR
enregistrée prospectivement, un suivi par scanner tous les trois
mois est réalisé au minimum pendant 12 mois. Le taux
d’efficacité de la technique à 18 mois sur 97 lésions traitées
est de 93 % [29]. En poursuivant l’analyse de nos résultats communs
sur 477 tumeurs, il existe une différence significative (p = 0,009)
entre les tumeurs de plus de 2 cm et celles inférieures à
2 cm, avec des taux respectifs de contrôle local à un an de
88,5 % et de 95,6 % (résultats non publiés). Les échecs, jugés
sur l’augmentation de la taille lésionnelle, sont souvent de
découverte tardive après six mois. En effet, jusqu’à deux mois, les
réactions inflammatoires importantes suivant le traitement se
traduisent par une augmentation nette du volume lésionnel d’autant
plus importante que les marges de sécurité de l’ablation sont
larges (figure 2a, 2b,
2c). Le TEP-scanner devrait améliorer les modalités de
surveillance et permettre de dépister plus précocement les échecs
thérapeutiques. Une étude prospective est en cours pour évaluer son
efficacité (NCT00382252).
Traitement du carcinome bronchique
Le cancer bronchique reste la cause de mortalité par cancer la plus
fréquente chez l’homme. Chaque année, 28 000 nouveaux cas de
cancer bronchique sont diagnostiqués en France. Beaucoup sont
découverts tardivement : 40 % à un stade métastatique, 30 à 35 % à
un stade localement avancé, avec des taux de survie à cinq ans
faibles inférieurs à 10 %. Seulement 25 % environ sont découverts à
un stade précoce où ils peuvent être traités chirurgicalement.
Stade I
Les CBNPC de stade IA correspondent à des tumeurs inférieures à
3 cm sans extension ganglionnaire médiastinale apparente sur
l’imagerie. Le traitement chirurgical est efficace avec un
taux de survie à cinq ans dépassant 70 %. La résection
chirurgicale consiste en une lobectomie, voire une pneumonectomie,
accompagnée d’un curage ganglionnaire médiastinal homolatéral. Elle
n’est pas toujours possible à ces stades précoces, en raison de
l’insuffisance respiratoire et des nombreuses comorbidités
affectant ces patients et principalement liées au tabagisme. Un
VEMS inférieur à 1L contre-indique généralement une prise en charge
chirurgicale. Des résections moins étendues segmentaires ou
localisées sont possibles sur des tumeurs inférieures à 2 cm,
avec des résultats équivalents en survie [30]. Dans le cas d’une
contre-indication chirurgicale, le traitement habituellement
proposé est la radiothérapie externe, mais la nécessité de traiter
avec des marges suffisantes pour compenser les mouvements induit
une toxicité du parenchyme sain qui peut être préjudiciable en
aggravant l’insuffisance respiratoire. La toxicité sur le
parenchyme sain a baissé grâce à l’utilisation d’un asservissement
respiratoire et des techniques en modulation d’intensité.
Le taux de récidive locale est de 40 % environ [31, 32].
De nouvelles techniques de traitement par stéréotaxie sont en
cours d’évaluation. En comparaison à la radiothérapie externe
classique, la dose délivrée est supérieure en quelques fractions,
autorisant un contrôle local meilleur [33, 34]. Les doses
délivrées, plus importantes, imposent de contrôler parfaitement les
mouvements pour éviter une toxicité importante des tissus sains.
Le taux de complications sévères est d’environ 10 %.
La RF intervient dans ce contexte, une revue de la littérature
ne retrouve que peu d’études [35-38]. Ce sont surtout des
séries de cas ou bien des études rétrospectives. Des essais
prospectifs sont cependant en cours actuellement aux États-Unis et
en Europe (NCT00109876, essai PARF du PHRC 2008 en France). Dans le
futur, il sera intéressant de comparerles résultats de la RF à ceux
de la radiothérapie stéréotaxique.
Comme il est précisé dans le chapitre Contre-indications,
limites, la RF est une option thérapeutique chez les patients
insuffisants respiratoires qui ne peuvent pas être opérés, mais
également pour les patients qui ont été opérés et chez lesquels une
deuxième tumeur bronchique est découverte. L’antécédent de
lobectomie ou de pneumonectomie contre-indiquent en général une
nouvelle chirurgie, en raison d’une réserve fonctionnelle
insuffisante. Le poumon unique n’est pas une contre-indication
de la RF. En ce qui concerne la survie de ces patients, Simon
et al. [35] ont suivi 56 patients stade IA et 19 patients
stade IB : la médiane de survie est de 29 mois (20 à
38 mois) et le taux estimé de survie de 78, 57, 36, 27 et 27 %
respectivement à un, deux, trois, quatre et cinq ans. Hiraki
et al. [36] rapportent une survie globale à trois ans de 74 %
pour 20 patients (14 de stade 1A, 6 de stade 1B). Grieco
et al. [39] ont étudié sur 41 patients de stades I et II
l’association thérapeutique RF suivie de radiothérapie externe ou
de curiethérapie. Cette association est bien tolérée cliniquement,
sans complications surajoutées ; les auteurs concluent à un
meilleur contrôle local qu’avec la radiothérapie seule.
Stades avancés
Pour des stades plus avancés, la place de la RF n’a pas été évaluée
mais pourrait se discuter dans certains cas lors des réunions de
concertation pluridisciplinaire (RCP). Chez certains patients, pour
éviter un champ de radiothérapie trop étendu, comprenant le
médiastin et la tumeur primitive (stades IIIA et IIIB), une
combinaison radiothérapie médiastinale pour traiter l’extension
ganglionnaire et RF de la tumeur primitive est envisageable.
Ces associations devront, bien entendu, être ultérieurement
évaluées prospectivement. Enfin, la RF peut être aussi un
traitement palliatif utile chez des patients symptomatiques
présentant une hémoptysie ou un envahissement de la paroi
thoracique.
Métastases pulmonaires
L’apparition de métastases pulmonaires survient pour de nombreux
cancers primitifs et témoigne d’une diffusion de la maladie.
Cependant, le développement de la maladie métastatique au niveau du
poumon est variable, avec dans certains cas, une maladie
paucimétastatique d’évolution lente permettant de proposer un
traitement local. La chirurgie peut être réalisée à thorax
ouvert avec palpation manuelle des métastases et résection ou par
vidéothoracoscopie avec pour avantages une technique moins
invasive, une réduction des douleurs postopératoires.
L’inconvénient de la vidéochirurgie est de ne pas effectuer de
palpation peropératoire, avec le risque de ne pas être exhaustif
dans l’exérèse [40]. Même si certains auteurs critiquent et
déplorent l’absence de preuve dans l’indication d’un traitement
chirurgical des métastases pulmonaires [41], de nombreuses équipes
l’ont intégré dans l’algorithme thérapeutique. Après la résection
chirurgicale des métastases pulmonaires, les facteurs principaux
influant sur la survie des patients sont la résection complète de
toute la maladie métastatique, le nombre de métastases,
l’intervalle libre sans maladie, la présence de métastases
extrathoraciques et le type de tumeur primitive [42]. Le taux
moyen de survie à cinq ans des patients dont les métastases
pulmonaires sont accessibles à un traitement local est d’environ 35
%, quel que soit le primitif. Un curage ganglionnaire est réalisé,
de plus en plus fréquemment il a surtout une valeur pronostique
[43]. Quelle peut être la place de l’ablation par RF dans ce
contexte ? Contrairement au carcinome bronchique où la RF est
réservée aux patients non opérables, des patients métastatiques de
plus en plus nombreux qui auraient pu être opérés sont traités par
RF. Les avantages sont nombreux, tels un traitement moins
invasif bien supporté pour des patients chez lesquels
l’articulation et la succession des différents traitements sont
parfois lourdes à supporter ou une épargne parenchymateuse plus
importante. Cependant, pour des métastases périphériques, la
chirurgie par vidéothoracoscopie est également peu invasive et
économe en termes de résection. L’épargne parenchymateuse est un
point important à considérer pour des patients présentant une
maladie « chronique » lentement évolutive avec apparition de
métastases successives qui seront traitées localement de façon
itérative. Si on ajoute l’efficacité remarquable de la RF pour des
tumeurs inférieures à 3 cm, ce moyen thérapeutique apparaît
adapté au traitement des métastases pulmonaires.
Métastases de cancer colorectal
À condition de pouvoir effectuer une exérèse complète, le site des
métastases colorectales au niveau du foie, des poumons et du
péritoine importe moins que le nombre [44]. Comme pour le foie, un
traitement local des métastases pulmonaires semble donc d’intérêt.
Le traitement local vient souvent en complément, « en clôture
» de la chimiothérapie. Dans les séries chirurgicales, la survie
des patients opérés de métastases pulmonaires est d’environ 30 à 43
% à cinq ans [45]. Les premières séries publiées retrouvent
avec la RF des taux de survie comparables à trois ans de 46 à 56 %
[46, 47] et à cinq ans de 35 % [47]. Un essai randomisé est en
cours (NCT00776399), comparant métastasectomie chirurgicale et RF
dans le traitement de ces métastases.
Métastases de cancer du rein
Environ 30 % des patients atteints de cancer du rein ont des
métastases pulmonaires. Dans plusieurs séries, le taux de survie à
cinq ans est de 35 à 40 % après chirurgie pour des patients
sélectionnés avec une maladie limitée. Une seule série sur le
traitement par RF de ces métastases a été publiée [48], elle
confirme l’efficacité de la technique.
Métastases de sarcome
Le poumon peut rester le seul site d’extension métastatique et,
dans cette situation, le traitement local prend toute son
importance. Dans le traitement des métastases d’ostéosarcome, il a
été démontré que la chirurgie améliorait la survie des patients en
comparaison de la chimiothérapie seule [49]. Il n’y a pas de
données concernant les résultats de la RF dans cette indication.
Métastases de cancer thyroïdien
Les métastases pulmonaires apparaissent dans 10 à 20 % des cancers
thyroïdiens de souche folliculaire [50]. L’évolution de ces
métastases est très variable. Parfois, elles sont d’évolution très
lente, et les patients peuvent vivre 30 ans après leur
découverte, à l’inverse, des patients peuvent décéder en moins d’un
an. Le traitement classique est la thyroïdectomie totale
suivie de cures d’iode radioactif et une freination maximale de la
sécrétion hypophysaire de TSH par une hormonothérapie adaptée.
Les facteurs pronostiques de ces métastases sont l’âge
supérieur à 45 ans, la non-fixation de l’iode 131 [51], la
fixation intense du 18F-FDG au TEP-scanner [52]. Elles peuvent être
très nombreuses, mais leur évolution, parfois très lente, et
l’absence de chimiothérapie adaptée font qu’un traitement local
peut être utile. Leur nombre important rend en général illusoire un
traitement complet, mais un traitement local limité à celles qui
sont évolutives est envisageable. Il faut pour cela arriver à
définir celles qui progressent rapidement. Par son caractère
fonctionnel, le TEP-scanner est un outil très utile dans ce cas,
pour diagnostiquer celles qui sont évolutives et guider ainsi le
traitement local. En effet, ces métastases sont hétérogènes,
certaines gardant la capacité de fixer l’iode 131, d’autres
échappant à ce traitement. Ces dernières sont en général
nettement visibles sur le TEP-scanner, alors que les métastases
fixant l’iode 131 ne fixent pas le 18F-FDG, ce qu’on appelle
communément le phénomène de flip-flop [53]. Une seule étude, à ce
jour, décrit l’efficacité de l’ARF chez quatre patients présentant
des métastases pulmonaires d’un cancer thyroïdien différencié [54].
Contre-indications, limites
Toute tumeur inférieure à 4 cm située à plus d’1 cm du
hile peut être traitée. La proximité du hile augmente les
risques hémorragiques et le risque de traitement incomplet en
raison du refroidissement par convection. Le contact avec la
plèvre n’est pas une contre-indication, mais il faut éviter de
chauffer la plèvre pariétale et la paroi thoracique pour limiter
les douleurs postopératoires, cela est possible en créant un
pneumothorax. Contrairement à ce qui est admis pour la chirurgie
[55], il n’y a pas, à l’heure actuelle, de consensus sur les
contre-indications fonctionnelles respiratoires à la RF. Une étude
a d’ailleurs démontré l’absence de modification de la fonction
respiratoire après RF [29]. D’autres auteurs ont rapporté quelques
cas de patients ayant un VEMS inférieur à 1 L et retrouvent
alors une incidence de 33 % de décompensation respiratoire
postopératoire. Celle-ci est transitoire avec un retour progressif
à l’état respiratoire basal dans les deux à trois semaines [56].
Néanmoins, pour des patients ayant un VEMS inférieur à 1 L, le
traitement devient plus complexe. L’anesthésie générale nécessite
une ventilation mécanique, dont le sevrage peut être rendu
difficile par la fonction respiratoire du patient.
Les alternatives sont représentées par l’anesthésie
locorégionale, l’anesthésie épidurale thoracique ou le bloc
paravertébral. Pour les métastases, il n’y a pas de limite formelle
liée au nombre de tumeurs, cependant dans diverses séries publiées,
les patients traités présentent au plus cinq nodules. Cette limite
est relative, des patients présentant plus de cinq métastases sont
parfois opérés, la décision dépend de l’origine de la maladie
métastatique, de son agressivité et de son potentiel évolutif. Pour
ces patients, des associations thérapeutiques sont à imaginer :
chirurgie d’un côté, RF de l’autre par exemple. Un poumon unique
n’est pas une contre-indication à la RF. Il est aussi possible
de traiter les deux poumons dans le même temps opératoire,
principalement chez les patients ayant déjà eu une thoracotomie.
Celle-ci induit des symphyses pleurales limitant le risque de
pneumothorax.
Complications
Différentes publications [57, 58] confirment la faible morbidité de
cette technique. La principale complication est le
pneumothorax survenant dans environ 30 [54] à 54 % des cas [29] et
nécessitant dans moins de 10 % des cas un drainage [59] de courte
durée, ces données rejoignent celles publiées dans la littérature
sur les complications postbiopsiques. L’hémorragie alvéolaire
survenant au début de la procédure est un facteur compliquant
celle-ci, elle peut faire perdre les rapports tumoraux par la
disparition du contraste tumeur-air alvéolaire et gêner, voire
empêcher, le traitement correct du volume tumoral.
Il existe également des risques d’hémoptysie [60],
particulièrement pour des tumeurs traitées près du hile. Une toux
accompagnée de crachats sales, plus ou moins hémorragiques, peut
parfois durer plusieurs semaines après le traitement. L’embolie
gazeuse [61] est une complication grave de toute procédure de
ponction intrathoracique, l’apparition d’une fistule
bronchovasculaire entretenue par la ventilation mécanique de
l’anesthésie générale explique le passage de l’air dans le système
vasculaire. La découverte impose un arrêt de la procédure, un
réveil du patient pour juger d’éventuels déficits neurologiques et,
selon leur importance, de proposer un traitement par caisson
hyperbare.
Conclusion
Les données de la littérature suggèrent donc que les intérêts de la
RF sont majeurs, puisque celle-ci permet de détruire efficacement
une tumeur sans abord chirurgical, d’épargner le parenchyme sain,
de diminuer les risques encourus par le patient lors d’une
intervention chirurgicale, de raccourcir à la fois la durée
d’hospitalisation et celle de la convalescence, de pouvoir plus
facilement être envisagé de façon itérative, à condition de
respecter les limites de la technique : tumeurs inférieures à
4 cm, pas de contact vasculaire. Le développement
d’autres techniques d’ablation thermique telles que les micro-ondes
[62] devrait permettre d’améliorer la destruction thermique des
tumeurs de plus de 4 cm. Les limites de cette technique
découlent de son caractère faiblement invasif : absence de contrôle
histologique des marges thérapeutiques, contrôle exact parfois
difficile du volume traité et des marges tumorales, absence d’accès
ganglionnaire. Dans le traitement des tumeurs primitives du foie et
du poumon, la chirurgie reste le traitement standard, mais elle est
souvent impossible en raison d’une réserve fonctionnelle
insuffisante pour tolérer une perte de parenchyme supplémentaire.
La RF est donc appréciable pour ces patients fragiles non
seulement par sa faible morbidité, mais aussi en raison de
l’épargne parenchymateuse qu’elle permet. Dans le traitement des
métastases, la situation est différente ; des malades opérables
sont de plus en plus souvent traités par RF. Les progrès de la
chimiothérapie n’ont pas fait disparaître l’importance d’un
traitement local complémentaire sur la maladie résiduelle
macroscopique ; il est nécessaire lorsque l’effet maximal de la
chimiothérapie a été atteint. Il en résulte, pour certains
patients, un état de maladie chronique dans lequel des
chimiothérapies, puis des traitements locaux de la maladie
résiduelle sont proposés successivement pour permettre des
rémissions prolongées. Il est évident que face à ces séquences
thérapeutiques, l’existence d’actes moins invasifs, mieux
supportés, est un atout pour le patient. De plus,
l’utilisation de moyens diagnostiques fonctionnels, tels que le
TEP-scanner dans l’évaluation de la réponse au traitement général,
tend aussi à modifier la prise en charge. L’individualisation parmi
plusieurs localisations tumorales de certaines cibles qui restent
actives malgré le traitement général peut amener à proposer un
traitement local très dirigé, guidé par les données fonctionnelles
de l’imagerie. Mais plutôt que de considérer qu’une technique
thérapeutique remplacera l’autre, il s’agit de proposer le
traitement local le mieux adapté en fonction de la localisation
tumorale, du stade et de l’évolutivité de la maladie métastatique,
ainsi que de l’état général et des comorbidités du patient.
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