ARTICLE
Auteur(s) : P
Piedbois1, F Thomas-Delecourt1, A
Flinois2
1AstraZeneca, 92844 Rueil-Malmaison, France
2TNS Healthcare, 138, avenue Marx-Dormoy, 92120
Montrouge, France
Article reçu le 30 Decembre 2008, accepté le 1 Avril 2009
Introduction
Le fulvestrant (Faslodex®, AstraZeneca, France) est un
antagoniste sélectif des récepteurs aux estrogènes (RO), qui se lie
à eux avec une plus grande affinité que le tamoxifène (TAM) sans
activité agoniste, et entraîne ainsi la diminution des RO et à la
progestérone (RPg) [1, 2]. Ce mécanisme d’action original
permet au fulvestrant d’agir sur les cellules de cancer du sein à
RO positifs, qui sont résistantes ou ont pu devenir résistantes au
TAM, agent anti-estrogène [3], d’où son développement clinique [4,
5].
Dans deux études randomisées, 851 patientes ménopausées,
souffrant d’un cancer du sein localement avancé ou métastasé et
dont le traitement par TAM en première ligne a échoué, ont reçu de
façon randomisée du fulvestrant ou un inhibiteur de l’aromatase
(IA) non stéroïdien, l’anastrozole [6, 7]. L’analyse combinée des
deux études a montré la non-infériorité du traitement par
fulvestrant, comparativement à l’anastrozole, en termes de temps de
progression (odd ratio [OR] = 0,95 ; IC 95 % : [0,82-1,10]), survie
globale (OR = 1,01 ; IC 95 % : [0,86-1,19]) ou de taux de réponse
(19,2 versus 16,5 %, respectivement) [8]. De plus, la durée de
réponse avec le fulvestrant est significativement plus longue que
celle de l’anastrozole (médiane : 16,7 versus 13,7 mois,
respectivement). Le bénéfice du fulvestrant a été uniquement
démontré pour le cancer du sein à RO positifs.
En se basant sur ces résultats, le fulvestrant a obtenu son
autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe, en mars 2004,
dans le traitement du cancer du sein localement avancé ou métastasé
chez la femme ménopausée possédant des RO positifs, en cas de
récidive pendant ou après un traitement adjuvant par un
anti-estrogène ou de progression de la maladie sous traitement par
anti-estrogènes.
L’objectif de cette étude pharmacoépidémiologique était de
décrire, trois ans après son lancement, les conditions
d’utilisation de fulvestrant en France, dont la durée de
traitement. Les données ont été comparées à l’AMM.
Matériel et méthode
Il s’agit d’une étude pharmacoépidémiologique observationnelle,
rétrospective, non comparative, conduite auprès d’un grand
échantillon de centres sélectionnés, considérés représentatifs de
la prise en charge en France.
Objectifs de l’étude
L’objectif était de décrire l’utilisation de fulvestrant dans le
traitement du cancer du sein en pratique clinique, en mettant
l’accent spécifiquement sur les critères suivants :
- – durée de traitement ;
- – caractéristiques des patientes traitées ;
- – place dans la stratégie thérapeutique.
Sélection des centres et des patientes
Toute patiente souffrant d’un cancer du sein et ayant reçu un
traitement par fulvestrant, arrêté entre janvier et mai 2007, était
susceptible d’être incluse dans l’étude.
En France, les patients atteints d’un cancer et recevant un
traitement médicamenteux sont pris en charge dans un nombre
relativement limité de centres, selon une récente enquête conduite
par la CNAMTS [9]. TNS Healthcare est l’un des plus grands
établissements français spécialisés dans les études
épidémiologiques, et leur panel de 577 services hospitaliers
impliqués dans la prise en charge des cancers est le plus
représentatif de la situation française.
Au sein de ce panel, 181 services ont déclaré prendre en charge
régulièrement ou occasionnellement des patientes avec un cancer du
sein et prescrire de l’hormonothérapie. À partir de ces 181
services, un échantillon de 110 services a été sélectionné.
La représentativité de l’échantillon de l’étude, en termes de
type d’établissement et de région, comparativement aux 181 services
a été assurée grâce à la méthode des quotas [10]. Un questionnaire
de six questions a été adressé à un médecin de chacun de ces 110
services. Les médecins de 85 centres (77 %) ont déclaré
prendre en charge au moins une patiente par fulvestrant (moyenne :
9,2), parmi lesquels 57 (52 %) ont déclaré avoir effectué au moins
un arrêt du traitement fulvestrant au cours de l’année 2007
(moyenne : 4,9). Finalement, 50 centres (45 %) ont accepté de
participer à l’étude. Cet échantillon est représentatif de celui
des 57 médecins (ayant déclaré avoir effectué au moins un
arrêt du traitement fulvestrant au cours de l’année 2007) dont il
est issu, aussi bien en termes de répartition des participants par
type de structure d’exercice qu’en termes de région d’exercice.
Modalités de recueil des données
Pour chaque patiente répondant aux critères d’inclusion de l’étude,
l’investigateur devait compléter rétrospectivement un questionnaire
de deux pages. L’étude a été conduite entre le 5 mai et 5 juin
2007. Le nombre maximum de questionnaires par investigateur a
été limité à six.
Taille d’échantillon et considérations statistiques
Le critère de jugement principal étant l’évaluation de la durée de
traitement, le nombre de patientes requises pour cette étude était
de 150, pour obtenir une précision de la moyenne de la durée de
traitement de + 1,6 mois, en estimant l’écart-type de la
moyenne à dix mois et en se basant sur la médiane de durée de
traitement de fulvestrant publiée (3,8 mois) [11]. L’analyse
statistique des données a été réalisée au moyen d’un logiciel Cosi
software, version 4.1.002. L’analyse descriptive des variables
quantitatives comporte la moyenne, l’écart-type, et celle des
variables qualitatives et ordinales comporte l’effectif et la
fréquence de chaque modalité.
Résultats
Centres
Le tableau 1 montre les caractéristiques
des 50 centres participant à l’étude. Les centres étaient
répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain français. Cette
répartition des centres n’était pas significativement différente de
celle de la population des 110 centres dont elle était issue. On
note, cependant, plus de centres privés (44 % de 50 versus 33 % de
110) et moins de centres dans les hôpitaux généraux (16 % de 50
versus 30 % de 110). Vingt-six centres (52 %) ont inclus le maximum
de six patientes autorisé par le protocole et ont ainsi inclus 156
patientes (71,9 % des patientes incluses dans l’étude).
Tableau 1 Caractéristiques des centres participants (n
= 50).
|
Type d’établissement
|
|
|
|
CP/HP
|
22
|
44 %
|
|
CHU/CHR
|
11
|
22 %
|
|
CRLCC/CAC
|
9
|
18 %
|
|
CHG/CH
|
8
|
16 %
|
|
Région
|
|
|
|
Paris/région parisienne
|
11
|
22 %
|
|
Nord-Est
|
10
|
20 %
|
|
Sud-Est
|
7
|
14 %
|
|
Centre-Est
|
6
|
12 %
|
|
Sud-Ouest
|
5
|
10 %
|
|
Ouest
|
4
|
8 %
|
|
Centre
|
4
|
8 %
|
|
Nord
|
3
|
6 %
|
|
Nombre de patientes incluses
|
|
|
|
6
|
26
|
52 %
|
|
5
|
2
|
4 %
|
|
4
|
4
|
8 %
|
|
3
|
6
|
12 %
|
|
2
|
5
|
10 %
|
|
1
|
7
|
14 %
|
|
Moyenne (+ET)
|
4,3
|
(1,96)
|
Patientes
Cette étude a inclus 217 patientes, dont les caractéristiques
figurent dans le tableau 2.
La quasi-totalité des patientes étaient ménopausées ou
périménopausées (98,6 %) et possédaient des RO positifs (98,2 %).
Parmi les quatre patientes présentant des RO négatifs, trois
possédaient des récepteurs à la RPg positif. Comme attendu avec les
tumeurs exprimant des RO, seules 13,8 % des patientes souffraient
de tumeurs surexprimant HER2 (figure 1). L’âge médian
des patientes était de 63 ans et le délai médian entre le
diagnostic de la tumeur primitive et l’instauration de fulvestrant
était de six ans. Les métastases étaient présentes au moment
du diagnostic initial chez 21 % des patientes. Le fulvestrant
a été administré au stade avancé chez toutes les patientes, à
l’exception d’une (84,8 % des patientes souffraient d’une maladie
métastatique et 14,7 % d’une récidive locorégionale ou d’un cancer
controlatéral). En situation adjuvante, seule une patiente démente
a reçu du fulvestrant d’emblée. Cinquante-quatre patientes (24,9 %)
ont reçu du fulvestrant en première ligne et 162 patientes (74,7 %)
l’ont reçu en deuxième ligne ou plus (jusqu’à la cinquième ligne)
d’hormonothérapie (figure 1).
Parmi ces 162 patientes, 54,3 % (88) ont reçu une seule ligne
d’hormonothérapie au stade métastatique préalablement au
fulvestrant, principalement un IA (52,5 %, soit 85 patientes), les
autres (1,9 %, soit trois patientes) ayant reçu du TAM.
Trente-quatre pour cent (55) des patientes ont reçu deux lignes
d’hormonothérapie en situation métastatique et 11,7 % (19) en ont
reçu trois ou quatre. Les lignes d’hormonothérapie reçues
comprenaient alors du TAM et un IA pour 19,1 % (31) des patientes,
du TAM et deux inhibiteurs de l’aromatase pour 8 % (13), deux
inhibiteurs de l’aromatase sans TAM pour 13 % (21) et trois
inhibiteurs de l’aromatase sans TAM pour 3,1 % (5) des patientes.
L’hormonothérapie incluait également un progestatif pour 2,5 % (4)
des patientes (tableau 3).
Avant administration de fulvestrant, 140 patientes (64,5 %) ont
reçu une hormonothérapie adjuvante (suivie ou non d’une
hormonothérapie au stade métastatique) et 65 patientes (30 %) ont
reçu une hormonothérapie au stade métastatique seul. Avant
administration de fulvestrant, l’hormonothérapie comprenait du TAM
(+IA) pour 130 patientes (59,9 %), tandis que 75 patientes (34,6 %)
recevaient uniquement un IA. La grande majorité des patientes
(89,9 %) a ainsi reçu au préalable un IA. Le détail de
l’hormonothérapie administrée avant fulvestrant est présenté figure 1. Globalement,
111 patientes (51,2 %) et 20 patientes parmi les 30 ayant des
tumeurs HER2+ (66,7 %) ont reçu une hormonothérapie au stade
adjuvant ou néoadjuvant.
Tableau 2 Caractéristiques des patientes (n = 217).
|
Âge (années)
|
|
|
Médiane (écart)
|
63 (35-88)
|
|
< 50
|
19 (8,8 %)
|
|
50-59
|
53 (24,4 %)
|
|
60-69
|
78 (35,9 %)
|
|
> 70
|
67 (30,9 %)
|
|
Antériorité du diagnostic de la tumeur primitive (années)
|
|
|
Médiane (écart)
|
6 (0,25-31)
|
|
< 5
|
88 (40,6 %)
|
|
6-9
|
79 (36,4 %)
|
|
> 10
|
49 (22,6 %)
|
|
Non-réponse
|
1 (0,5 %)
|
|
Stade de la tumeur au moment du diagnostic initial
|
|
|
N négatif, M0
|
61 (28,1 %)
|
|
N positif, M0
|
110 (50,7 %)
|
|
M1
|
46 (21,2 %)
|
|
Statut hormonal
|
|
|
Ménopausées
|
209 (96,3 %)
|
|
Périménopausées
|
5 (2,3 %)
|
|
Préménopausées
|
3 (1,4 %)
|
|
État des récepteurs aux estrogènes
|
|
|
RO+
|
213 (98,2 %)
|
|
Statut HER2
|
|
|
HER2+
|
30 (13,8 %)
|
|
Grade SBR (n = 206 patientes évaluables)
|
|
|
1
|
32 (15,5 %)
|
|
2
|
114 (55,3 %)
|
|
3
|
60 (29,1 %)
|
|
Description de la pathologie au moment de l’instauration du
traitement par fulvestrant
|
|
|
Métastase(s) à distance
|
184 (84,8 %)
|
|
Osseuses
|
126 (58,1 %)
|
|
Viscérales
|
105 (48,4 %)
|
|
Récidive locorégionale ou cancer controlatéral
|
32 (14,7 %)
|
|
Tumeur localisée
|
1 (0,5 %)
|
|
Traitement par fulvestrant : ligne d’hormonothérapie
|
|
|
Adjuvant
|
1 (0,5 %)
|
|
Stade métastatique première ligne
|
54 (24,9 %)
|
|
Stade métastatique deuxième ligne
|
88 (40,6 %)
|
|
Stade métastatique troisième à cinquième ligne
|
74 (34,1 %)
|
|
Hormonothérapie administrée avant fulvestrant
|
|
|
Aucune
|
12a (5,5 %)
|
|
Stade adjuvant uniquement
|
43 (19,8 %)
|
|
Stades adjuvant et localement avancé
|
97 (44,7 %)
|
|
Stade localement avancé uniquement
|
65 (30,0 %)
|
|
Tamoxifène uniquement
|
10 (4,6 %)
|
|
Inhibiteur de l’aromatase uniquement
|
75 (34,6 %)
|
|
Tamoxifène + inhibiteur de l’aromatase
|
120 (55,3 %)
|
|
Autres traitements antérieurs
|
|
|
Chirurgie
|
175 (80,6 %)
|
|
Radiothérapie
|
174 (80,2 %)
|
|
Chimiothérapie adjuvante/néoadjuvante
|
111 (51,2 %)
|
aDont la patiente ayant reçu le fulvestrant en adjuvant.
Tableau 3 Traitements hormonaux reçus au stade
métastatique préalablement au fulvestrant (n = 162).
|
Une seule hormonothérapie au stade métastasique
|
88
|
54,3 %
|
|
Inhibiteur de l’aromatase
|
85
|
52,5 %
|
|
Tamoxifène
|
3
|
1,9 %
|
|
Deux hormonothérapies au stade métastasique
|
55
|
34,0 %
|
|
Deux inhibiteurs de l’aromatase
|
21
|
13,0 %
|
|
Inhibiteur de l’aromatase et tamoxifène
|
31
|
19,1 %
|
|
Un inhibiteur de l’aromatase et un progestatif
|
3
|
1,9 %
|
|
Trois ou quatre hormonothérapies au stade métastasique
|
19
|
11,7 %
|
|
Tamoxifène et deux inhibiteurs de l’aromatase
|
13
|
8,0 %
|
|
Trois inhibiteurs de l’aromatase
|
5
|
3,1 %
|
|
Tamoxifène, deux inhibiteurs de l’aromatase et un progestatif
|
1
|
0,6 %
|
Traitement par fulvestrant
Deux cent quatre patientes (94 %) ont reçu des injections de
fulvestrant 250 mg, la dose mensuelle recommandée ; 13
patientes (6 %) ont reçu une dose de charge de 500 mg, avant
le recours aux doses de 250 mg. La médiane de traitement
par fulvestrant était de six mois (écart : 1-24) et le nombre
médian d’injections était de six.
Le fulvestrant a été arrêté chez 192 patientes (88,5 %) pour
cause de progression de la maladie et chez 15 patientes pour
mauvaise tolérance au traitement (6,9 %), dont thrombose veineuse
et embolie pulmonaire chez cinq patientes (2,3 %) et troubles
digestifs chez quatre (1,8%). Les autres raisons d’arrêt de
traitement étaient : la fin de traitement programmé pour six
patientes, la dégradation de l’état général, une contre-indication
au traitement, l’injection douloureuse et le décès, pour une
patiente à chaque fois.
Traitements anticancéreux administrés après fulvestrant
Pour 12 patientes, le traitement anticancéreux éventuel à venir est
en cours de discussion au moment de l’étude, et le traitement
anticancéreux n’est pas connu pour une autre patiente. Pour 30
patientes (dont 21 patientes décédées), aucun nouvel agent
anticancéreux n’a été administré. Parmi les 174 patientes
restantes, 156 ont reçu des chimiothérapies, 17 des thérapies
ciblées, 22 de nouvelles hormonothérapies, avec plusieurs
thérapeutiques possibles chez quelques patientes. Ainsi, parmi les
204 patientes dont le traitement après fulvestrant est déterminé au
moment de l’étude, 182 (89,2 %) ont reçu fulvestrant en dernière
ligne d’hormonothérapie.
Discussion
Cette étude observationnelle décrit l’utilisation de fulvestrant,
en vie réelle, trois ans après sa commercialisation.
La sélection de l’échantillon des 110 services, réalisée grâce
à la méthode des quotas, a permis de s’assurer que ces 110 centres
n’étaient pas significativement différents des 181 services
impliqués dans la prise en charge des cancers du sein en France,
d’après le panel TNS Healthcare. Le passage de 110 à 50
centres a permis de se focaliser sur les services ayant la plus
grande expérience de l’utilisation de fulvestrant et de conserver
uniquement les médecins ayant accepté de participer à l’étude.
Cette sélection a conduit à une plus grande proportion de centres
privés et à une moins grande proportion d’hôpitaux généraux.
L’objectif de l’étude étant d’estimer la durée de traitement par
fulvestrant, le choix de patientes dont le traitement par
fulvestrant est terminé a évité l’analyse de données critiquables.
L’aspect rétrospectif de l’étude aurait pu être à l’origine de
biais de sélection et de perte d’information. Néanmoins, une étude
observationnelle prospective aurait demandé plus de temps et de
ressources et n’aurait pas nécessairement reflété l’utilisation
véritable du fulvestrant, en dehors d’une étude clinique.
Les données de l’étude ont été collectées pendant un mois et
donnent une vision pertinente de la situation clinique au sein du
système de santé français. Le nombre de cas a été limité à six
par investigateur, afin d’éviter la lassitude des investigateurs et
de limiter l’effet centre, de telle sorte que les habitudes
thérapeutiques des plus gros centres auraient pu influencer les
résultats globaux de l’étude. Il est peu probable que cette
limite ait mené à des biais de sélection, dans la mesure où les
investigateurs devaient sélectionner uniquement les patientes dont
le traitement avait été arrêté récemment (dans les quatre à cinq
mois précédant la date de l’étude).
Environ 98-99 % des patientes étaient ménopausées ou
périménopausées, souffraient de tumeurs exprimant des RO, étaient
traitées à un stade avancé et 95 % ont reçu du fulvestrant après
échec d’au moins une hormonothérapie, conformément à l’AMM. Seule
une patiente démente, souffrant d’une tumeur localisée, a reçu du
fulvestrant d’emblée au stade adjuvant. Une hormonothérapie avec
une injection intramusculaire mensuelle a été considérée plus
pratique qu’un traitement oral journalier, pour cette patiente
probablement non observante. Onze autres patientes (5,1 %) ont reçu
du fulvestrant en première ligne d’hormonothérapie au stade
métastatique, sans hormonothérapie antérieure au stade adjuvant, ce
qui est hors AMM.
Il est à noter que l’AMM a été délivrée sur la base de deux
études pivotales, avec des patientes en échec de TAM, mais qui
n’avaient pas reçu d’IA. Ainsi, l’efficacité du fulvestrant chez
les patientes résistantes aux IA n’a pas été prouvée au moment de
l’AMM. Suite à la publication d’études évaluant les IA au stade
avancé [12], ou au stade adjuvant [13-18], un nombre croissant de
patientes reçoivent maintenant un IA précocement. Cette étude
montre qu’en France, en 2007, 90 % des patientes recevant du
fulvestrant ont reçu au préalable un IA et 35 % n’ont reçu qu’un
IA. Depuis l’AMM, l’efficacité et la tolérance du fulvestrant ont
été prouvées, comparativement à celles du TAM aussi bien en
première ligne au stade métastatique [19], que chez des patientes
en échec de traitement par IA non stéroïdien ou stéroïdien [11, 20,
21].
Dans cette étude rétrospective, la durée de traitement observée
(médiane de durée de traitement de six mois) était plus longue que
celle enregistrée dans les études antérieures sur le fulvestrant
chez les patientes en échec de traitement par IA [11, 20]. Cela
peut être dû à des biais de sélection, mais est aussi lié aux
différentes hormonothérapies préalablement reçues. Selon une étude,
l’efficacité du fulvestrant est plus importante chez les patientes
qui n’ont pas reçu au préalable de TAM [20], et approximativement
un tiers des patientes de notre étude (35 %) n’ont pas reçu de TAM.
Une étude pharmacoépidémiologique, conduite récemment aux
États-Unis, a trouvé des résultats très similaires aux nôtres ; en
particulier, la proportion de patientes recevant un IA avant le
fulvestrant était comparable, et un bénéfice clinique proche de 50
% a été observé [22]. Des résultats comparables (médiane de
durée de traitement de 6,3 mois) ont aussi été rapportés dans
une étude d’utilisation compassionnelle chez des patientes ayant
une médiane de deux hormonothérapies antérieures [23].
La dose et le mode d’administration de fulvestrant dans l’étude
étaient ceux recommandés dans l’AMM (250 mg/mois) pour 94 %
des patientes. Treize patientes, pourtant, ont reçu une dose de
charge de 500 mg avant d’avoir recours aux doses de
250 mg, ce qui n’était pas encore prouvé au moment où ces
patientes ont été traitées, mais qui permet d’atteindre une
stabilisation plus rapidement et une efficacité clinique plus tôt
[24].
Conclusion
Cette étude pharmacoépidémiologique montre qu’en 2007 dans les
centres de santé français :
- – le fulvestrant était, en général, utilisé dans la vie
réelle, conformément à l’AMM, en termes de statut hormonal, tumeurs
exprimant des RO et administration antérieure d’une hormonothérapie
; cependant, 90 % des patientes ont reçu un IA avant
l’administration du fulvestrant ;
- – le fulvestrant a été administré, la plupart du temps,
en deuxième ligne – ou plus – et dernière ligne
d’hormonothérapie au stade avancé ;
- – la médiane de durée de traitement est plus longue que
celle enregistrée dans les études antérieures dans cette population
de patientes, mais en phase avec d’autres études de ce genre
publiées, et confirme l’efficacité établie de fulvestrant chez les
patientes en échec d’une hormonothérapie antérieure.
Remerciements
Nous remercions tous les investigateurs de l’étude : CRLC
Antoine-Lacassagne à Nice (06), centre hospitalier d’Aubagne (13),
clinique privée Chénieux à Limoges (87), CHU civil de Strasbourg
(67), centre hospitalier de Créteil (94), CRLC Curie à Paris (75),
clinique privée Franche-Comté à Besançon (25), clinique privée
générale d’Annecy (74), CHU Édouard-Herriot à Lyon (69), CHU
Haute-pierre à Strasbourg (67), clinique privée Jules-Verne à
Amiens (80), clinique privée La Provençale à Aix-en-Provence
(13), CRLC Léon-Bérard à Lyon (69), CHU Lyon-Sud à Pierre-Bénite
(69), CHU Minjoz à Besançon (25), clinique privée Océane à Vannes
(56), CRLC Oscar-Lambret à Lille (59), centre d’oncologie du Pays
basque (64), CRLC Paul-Papin à Angers (49), CRLC Paul-Strauss à
Strasbourg (67), clinique privée Plein-Ciel à Mougins (06),
clinique privée Saint-Jean à Montpellier (34), clinique privée
Saint-Jean-du-Languedoc à Toulouse (31), CHU Tenon à Paris (75),
CRLC Val-d’Aurelle à Montpellier (34), centre hospitalier du
Val-de-Grâce à Paris (75), CHU Hôtel-Dieu à Paris (75), centre
hospitalier Louis-Pasteur à Colmar (68), clinique privée
Les Bleuets à Reims (51), CHU de Brest (29), clinique privée
Catherine-de-Sienne à Nantes (44), CHU Rangueil à Toulouse (31),
clinique privée Beauregard à Marseille (13), centre hospitalier de
Freyming (57), CRLC Godinot à Reims (51), CRLC Jean-Perrin à
Clermont-Ferrand (63), clinique privée de Le-Port-Marly (78), CHU
Saint-Louis à Paris (75), clinique privée Alleray-Labrouste à Paris
(75), centre hospitalier d’Argenteuil (95), clinique privée
Claude-Bernard à Metz (57), clinique privée mutualiste de Lyon
(69), clinique privée de l’Orangerie à Strasbourg (67), clinique
mutualiste de Bligny (91), clinique privée de Clermont-Ferrand
(63), centre hospitalier Layné à Mont-de-Marsan (40), clinique
privée du Parc-à-Croix (59), CHU Pompidou à Paris (75), centre
hospitalier de Saint-Gaudens (31), centre hospitalier de Vichy
(03).
Conflits d’intérêt des auteurs : Pascal Piedbois et
Florence Thomas-Delecourt sont employés d’AstraZeneca France, l’un
directeur de la recherche clinique, l’autre responsable études
épidémiologiques.
Financement de la recherche : cette étude a été financée
par AstraZeneca, 92844 Rueil-Malmaison, France.
Références
1 Bundred N. Preclinical and clinical experience with
fulvestrant (Faslodex®) in postmenopausal women with
hormone receptorpositive advanced breast cancer. Cancer Invest
2005 ; 23 : 173-81.
2 de Cremoux P, Diéras V, Poupon MF,
Magdelénat H, Sigal-Zafrani B, Fourquet A,
et al. Le tamoxifène et les inhibiteurs d’aromatase dans le
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