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Prognostic impact of tumour volume and lymph node involvement in intermediate stage T1b1 to T2b cancer of the uterine cervix


Bulletin du Cancer. Volume 96, Number 6, 685-94, juin 2009, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2009.0873

Résumé   Summary  

Author(s) : G Goudy, E Stoeckle, L Thomas, M Kind, F Guyon, V Brouste, A Floquet , Département de chirurgie, centre régional de lutte contre le cancer, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département de radiothérapie, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département de radiologie, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département de biostatistiques, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Département d’oncologie médicale, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France.

Summary : ObjectiveDetermine the prognostic significance of tumour volume and pelvic lymph node status in intermediate stage T1b1 to T2b cancers of the uterine cervix.Patients and methodsMultivariate prognostic factor study in 219 patients (pts), median age 48 years, with stage T1b1 > 2 cm to T2b cervical cancers treated in 91% by primary radio- ± chemotherapy. All had a pretherapeutic laparoscopic pelvic lymphadenectomy, and 166 pts. had their tumour volume assessed by MRI. Patient and tumour characteristics were considered for analysis.ResultsSignificant prognostic variables in univariate analysis were the ASA anaesthetic score, stage T2b, tumour diameter, involvement of the uterine corpus, radiological (N1) and histological (N+) pelvic lymph node involvement and bilateral N+. Tumour volume was not significant. In multivariate analysis stage T2b (HR \= 2.5\; p \= 0.003), N+ (HR \= 3\; p \= 0.003) and bilateral N+ (HR \= 6.1\; p <\; 0.0001) were independent prognostic factors. Four prognostic groups according the existence of 0 to 3 prognostic factors showed their overall survivals declining from 97 to 27% (p <\; 0.0001).ConclusionStage T2b and pelvic lymph node involvement, but not tumour volume, are the major prognostic factors in intermediate stage cervical cancers. Pelvic lymph node involvement should be determined before treatment.

Keywords : cancer of the uterine cervix, tumour volume, lymph node involvement, laparoscopic pelvic lymphadenectomy, magnetic resonance imaging, prognostic factors

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : G Goudy1, E Stoeckle1, L Thomas2, M Kind3, F Guyon1, V Brouste4, A Floquet5

1Département de chirurgie, centre régional de lutte contre le cancer, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
2Département de radiothérapie, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
3Département de radiologie, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
4Département de biostatistiques, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
5Département d’oncologie médicale, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France

Article reçu le 14 Février 2009, accepté le 17 Février 2009

Introduction

Alors que les indications thérapeutiques sont relativement bien définies aux stades extrêmes des cancers du col de l’utérus – schématiquement chirurgie pour les formes précoces et radiochimiothérapie concomitante pour les formes avancées – il n’en est pas de même dans les stades intermédiaires T1b1 à T2b où de nombreuses options thérapeutiques sont possibles : chirurgie exclusive, radio(chimio)thérapie exclusive, combinaison des deux. Pour choisir le traitement le plus adapté au stade de la maladie, le clinicien dispose de critères pronostiques cliniques (les sous-stades et le diamètre tumoral), d’imagerie (pour l’extension à distance et ganglionnaire) et anatomopathologiques (type histologique et emboles intravasculaires). Tous ces critères sont sujets à caution du fait d’importantes variations interobservateurs pour l’examen clinique, d’un défaut de sensibilité et de spécificité pour l’imagerie et de prélèvements biopsiques conditionnés par leur qualité et représentativité [1]. Disposer de critères potentiellement plus fiables et représentatifs de la situation tumorale, tels du volume tumoral mesuré par IRM à la place du diamètre apprécié par le toucher pelvien et de l’analyse anatomopathologique des ganglions à la place de leur image, devrait apporter de la précision sur le pronostic. Volume tumoral et atteinte ganglionnaire, des critères pronostiques classiques dans la majorité des cancers solides, ne font pas partie des critères pronostiques recherchés systématiquement dans le bilan préthérapeutique des cancers du col de l’utérus. Ce travail rapporte l’impact pronostique, respectivement, de l’atteinte ganglionnaire pelvienne déterminée par lymphadénectomie percœlioscopique et du volume tumoral déterminé par IRM dans une série de patientes présentant un cancer du col de l’utérus de stades intermédiaires T1b1 supérieur à 2 cm à T2b. L’objectif est d’établir des profils pronostiques de patientes susceptibles d’avoir des traitements mieux individualisés.

Patientes et méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective monocentrique exploitant une base de données Medlog® (Information Analysis Corp., Crystal Bay, NV 60606). Le recueil d’information a été fait initialement lors de la lymphadénectomie pelvienne de stadification. Les données ont été complétées ensuite lors des traitements des patientes, puis régulièrement lors de leur suivi.

Sélection des patientes

Nous avons sélectionné les patientes présentant un cancer du col de l’utérus de stades intermédiaires (stades T1b1 > 2 cm aux stades T2b) ayant bénéficié d’une lymphadénectomie pelvienne par cœlioscopie. Dans ces stades, le traitement était adapté au statut ganglionnaire, alors que dans les autres stades, les traitements étaient systématiques : chirurgie pour les tumeurs inférieures à 2 cm et radiothérapie (ou radiochimiothérapie depuis 1999) pour les tumeurs supérieures ou égales au stade IIIA. La période d’inclusion, 1992-2006, correspond à la date d’introduction de la cœliochirurgie et à la fin d’étude pour laisser suffisamment de recul. Deux cent dix-neuf patientes remplissaient les critères d’inclusion. Dix patientes présentaient des tumeurs inférieures à 2 cm au moment de leur prise en charge. Sept d’entre elles ont été réévaluées à 2 cm ou plus, en tenant compte d’une conisation préalable, et trois ont été incluses en raison de critères de mauvais pronostic (croissance rapide ou emboles vasculaires), faisant préférer chez elle une exploration ganglionnaire. Les caractéristiques des patientes et des tumeurs sont consignées dans le tableau 1.

Tableau 1 Caractéristiques des patientes et des tumeurs.

Caractéristiques

Valeur

Effectifs (%)

Âge médian (extrêmes)

48 (21-83) ans

Score American Society of Anaesthesiology (ASA)

ASA 1

131 (60)

ASA 2+3

88 (40)

Conditions de vie (OMS)

0

135 (62)

1

68 (31)

2

16 (7)

Indice de masse corporelle (IMC, 217 patientes)

Maigreur (< 18,5)

12 (6)

Normal (18,5-25)

136 (62)

Surpoids (25-30)

45 (21)

Obésité (> 30)

23 (11)

Dimensions et extensions tumorales

Atteinte col-corps (166 patientes)

85 (51)

Diamètre médian (216 patientes extrêmes)

40 (7-80) mm

Volume tumoral médian (166 patientes extrêmes)

27 (1-221) cm

Anatomopathologie

Types histologiques

Épidermoïdes

181 (83)

Adénocarcinomes

38 (17)

Degré de différenciation (185 patientes)

Bien différencié

43 (20)

Moyennement différencié

79 (36)

Indifférencié

63 (29)

NP

34 (15)

Stades tumoraux

T1b1

43 (20)

T1b2

35 (16)

T2a

24 (11)

T2b

117 (53)

Atteinte ganglionnaire

N radiologique

N0

180 (82)

N1

39 (18)

N histologique

N–

126 (58)

N+

93 (42)

Latéralité de l’atteinte

Unilatérale

40 (43)

Bilatérale

53 (57)

Nombre médian de gg atteints : médiane (extrêmes)

2 (1-20)

1 gg N+

32 (34)

2 gg N+

22 (24)

≥ 3 gg N+

39 (42)

Bilan préthérapeutique

L’exploration comportait un examen gynécologique sous anesthésie générale lors de la cœlioscopie définissant le stade d’extension UICC. L’examen anatomopathologique provenait de laboratoires extérieurs sur biopsies et pièces de conisation. Une nouvelle biopsie du col ou une relecture anatomopathologique n’a été faite qu’en cas de nécessité.

L’imagerie dans le bilan d’extension comportait :

  • un scanner abdominopelvien couplé à une radiographie pulmonaire, puis depuis 2000 un scanner thoracoabdominopelvien. Il écartait une extension métastatique (toutes M0) et étudiait l’extension ganglionnaire lomboaortique et pelvienne, classant 180 patientes N0 et 39 patientes N1 (18 %) ;
  • une IRM pelvienne pour évaluer l’extension locorégionale et établir le volume tumoral dans les trois plans de l’espace selon la formule : V = (d1 × d2 × d3) × Π/6, où : d1 = hauteur sagittale, d2 = diamètre antéropostérieur mesuré en coupe sagittale et d3 = diamètre transversal mesuré dans le plan axial. Ce volume a pu être calculé chez 166 patientes (76 %), chez qui une IRM était disponible au moment du travail. La prise en charge thérapeutique n’a pas tenu compte du volume tumoral calculé a posteriori. Le volume médian s’établit à 27 cm3 (extrêmes : 1-221 cm3).

Quatre-vingt-cinq patientes avec un carcinome épidermoïde ont eu un dosage du squamous cell carcinoma antigen (SCC), avec un taux médian de 3,6 UI.

La technique de lymphadénectomie percœlioscopique, selon la technique de Querleu et al. [2], a été décrite précédemment [3, 4]. Celle-ci intéressait les chaînes ganglionnaires interiliaques (sous-veineuses iliaques externes et obturatrices), incluant les ganglions de Leveuf et Godard à la confluence veineuse iliaque interne et externe. L’examen anatomopathologique comportait le comptage des ganglions prélevés et leur analyse microscopique avec une coupe par ganglion sans étude immunohistochimique. Toutes les patientes ont eu une lymphadénectomie pelvienne bilatérale recueillant en moyenne 16,7 ganglions (extrêmes : 6-35). Sur le plan histologique 126 patientes (58 %) étaient N– et 93 patientes (42 %) étaient N+. L’atteinte ganglionnaire était unilatérale dans 40 cas (43 %) et bilatérale dans 53 cas (57 %). En cas d’envahissement, la moyenne (médiane) de ganglions atteints était de 3,2 (2) avec des extrêmes de 1 à 20 (tableau 1). La prise en charge thérapeutique tenait compte de l’atteinte ganglionnaire.

Traitements

Indications thérapeutiques

Elles tenaient compte du stade d’extension et du statut ganglionnaire :
  • stades T1b1 : modification de la stratégie thérapeutique selon le N :
    • N– : curiethérapie utérovaginale première (si anatomiquement possible) suivie de chirurgie. La curiethérapie, jusqu’en 1995 inclus, comportait une curiethérapie utérovaginale à base de césium 137 à bas débit de dose délivrée par un applicateur de Fletcher-Suit-Delclaud. À partir de 1996, la curiethérapie était réalisée à bas débit de dose par haut débit pulsé en utilisant un projecteur de source d’iridium 192. La chirurgie était une colpohystérectomie élargie proximale de type 2 ;
    • N+ : radiothérapie externe (plus chimiothérapie concomitante par injection hebdomadaire de cisplatine, 40 mg/m2 à partir de 1999) suivie de curiethérapie utérovaginale. L’irradiation externe utilisait des photons X de très haute énergie dans un accélérateur linéaire de particules. La curiethérapie délivrait un complément de dose dans un volume cervical et paramétrial proximal atteignant une dose cumulée de 60 Gy au niveau de l’isodose de référence. Une chirurgie de type colpohystérectomie proximale était réalisée en fin de traitement dans les adénocarcinomes, dans les carcinomes épidermoïdes avec absence de régression tumorale et en cas d’échec de réalisation de la curiethérapie utérovaginale. Dans ce dernier cas, la chirurgie était suivie d’une curiethérapie vaginale réalisée, depuis 1995, en ambulatoire à haut débit de dose délivrant 6 Gy par séance, pouvant être répétée jusqu’à quatre fois ;
  • stades T1b2 à T2b : modulation du volume et de la dose d’irradiation (radiothérapie externe jusqu’en 1998, radiochimiothérapie concomitante à partir de 1999) selon le N :
    • N– : irradiation pelvienne limitée en hauteur à L5/S1 à la dose de 44 Gy, à raison de 1,8 à 2 Gy par fraction ;
    • N+ : irradiation pelvienne étendue en hauteur à L4/L5 et surimpression à la dose de 6 Gy au niveau de l’aire ganglionnaire pelvienne envahie. Une irradiation lomboaortique était ajoutée en cas d’envahissement pelvien bilatéral ou unilatéral avec plus de trois ganglions envahis.

Les traitements complémentaires reprenaient ceux des stades T1b N+.

Traitements délivrés

Ils sont résumés dans le tableau 2. Cent quatre-vingt-dix-neuf patientes (91 %) ont eu une radiothérapie ou une radiochimiothérapie premières.

Tableau 2 Traitements réalisés.

Périodes de traitement

n

Traitement inaugural

Séquences thérapeutiques

RTH

RCT

Total

1992-1998

94

82

1

83

1999-2006

125

11

105

116

Toutes RTH/RCT premières

93

106

199

RTH/RCT seule

4

RTH/RCT + curie

57

RTH/RCT + curie + chirurgie

105

RTH/RCT + chirurgie + curie

33

Curiethérapie première

10

Chimiothérapie première

3

Chirurgie première

7

Suivi et état aux dernières nouvelles

Le suivi comportait un examen gynécologique systématique avec une imagerie à la demande tous les quatre mois pendant deux ans, puis tous les six mois pendant trois ans. La surveillance devenait ensuite annuelle. Avec un recul médian de 79 mois (extrêmes : 5 à 169 mois), 66 patientes sont décédées dont 54 des suites du cancer. Cent quarante-cinq sont vivantes dont 138 en rémission et sept en évolution de la maladie. Huit patientes sont perdues de vue.

Analyse pronostique et méthodes statistiques

La survie globale a été prise comme élément de mesure dans l’analyse pronostique. Dans l’analyse univariée, les caractéristiques tumorales et personnelles des patientes ainsi que la période thérapeutique ont été considérées, sans tenir compte des traitements. Parmi les variables incluses, seules celles retrouvées chez plus de 75 % des patientes (au moins 166 patientes) ont été analysées et sont détaillées dans le tableau 3. Les critères de comparaison étaient la date d’introduction de la radiochimiothérapie en 1999 pour la période de traitement et les médianes d’effectif ou de mesure pour les groupes à deux bras. Si plus de deux sous-groupes existaient, une comparaison globale ou par regroupement de facteurs était réalisée. L’association des variables (statut ganglionnaire et volume ; volume et stade ; stade et statut ganglionnaire) a été recherchée avec le test du Chi2 adapté aux données qualitatives.

Le recul de la série a été calculé par la méthode de Kaplan-Meier inversé où les décès sont censurés. Les courbes de survie ont été réalisées selon la méthode du produit limite de Kaplan-Meier. Le seul événement considéré était le décès, quelle qu’en soit la cause. Le test du Log-rank a été utilisé pour la comparaison statistique des courbes de survie pour les critères choisis. Un p < 0,05 a été considéré comme significatif.

L’analyse multivariée a été effectuée par le modèle de Cox, en pas à pas ascendant. Les facteurs significatifs en analyse univariée (p < 0,05) ont été inclus dans l’étude multivariée.

Tableau 3 Facteurs pronostiques, analyse univariée.

Caractéristiques

Valeur

Effectifs

Survie à 5 ans (%)

p

Âge

≤ 48 ans

110

64

0,861

≥ 48 ans

109

75

Score ASA

ASA 1

131

76

0,014

ASA 2+3

88

59

Conditions de vie (OMS)

0,512

0

135

67

1

38

76

2

16

62

Indice de masse corporelle

0,801

< 18,5

12

66

18,5-25

136

69

25-30

45

70

> 30

23

73

Période d’étude

0,994

1992-1998

94

70

1999-2006

125

68

Stade tumoral

Tous stades

3,5 × 10-5

T1b1

43

95

T1b2

35

79

T2a

24

82

T2b

117

55

Regroupement de stades

2,7 × 10-6

T1b1 + T1b2 + T2a

102

86

T2b

117

55

Dimensions et extensions tumorales

Atteinte col-corps

Non

81

79

0,017

Oui

85

59

Diamètre tumoral

≤ 40 mm

112

78

0,05

≥ 40 mm

104

60

Volume tumoral

≤ 27 cm3

85

39

0,286

≥ 27 cm3

81

37

Anatomopathologie

Types histologiques

Épidermoïdes

181

71

0,356

Adénocarcinomes

38

60

Degré de différenciation

0,137

Bien différencié

43

75

Moyennement différencié

79

60

Indifférencié

63

71

Atteinte ganglionnaire

N radiologique

N0

180

72

0,038

N1

39

55

N histologique

N–

126

88

× 10–11

N+

93

44

Latéralité de l’atteinte

Unilatérale

40

64

0,035

Bilatérale

53

31

Nombre médian de gg atteints (extrêmes) : 2 (1-20)

NS

1 gg N+

32

59

2 gg N+

22

45

0,77

≥ 3 gg N+

39

32

0,66

Résultats

Survies

L’estimation de survie globale est de 69 % à cinq ans et de 65 % à dix ans (figure 1). Soixante patientes (27 %) ont présenté une rechute qui était locale ou locorégionale dans 22 cas et métastatique seule ou associée à une rechute locorégionale dans 38 cas. L’estimation de survie sans rechute est de 71 % à cinq ans et de 70 % à dix ans (effet plateau, figure 2).

Analyse univariée

  • L’analyse des facteurs personnels montre que le score ASA 1 influence favorablement la survie en comparaison aux scores ASA 2+3. L’âge, les conditions de vie, l’indice de masse corporel ne sont pas significatifs (tableau 3) ;
  • parmi les variables tumorales, le stade tumoral T2b, en comparaison globale et en comparaison aux stades T1b à T2a regroupés, avec une survie de 55 contre 86 %, est un facteur pronostique hautement significatif. Le diamètre tumoral et l’extension au corps utérin ont un impact modéré sur la survie. Le volume tumoral, analysé par rapport au volume médian de 27 cm3 et par tranches de 10 cm3, n’est pas significatif. L’atteinte ganglionnaire est le facteur pronostique majeur dans cette série. Plus modeste si l’on tient compte de l’atteinte ganglionnaire radiologique (N1 vs N0), c’est le facteur pronostique le plus puissant si l’on retient l’atteinte ganglionnaire histologique avec une survie à cinq ans de 88 % chez les patientes N– contre 44 % chez les patientes N+ (p = 10-11). Une atteinte ganglionnaire bilatérale aggrave ce pronostic (31 % de survie à cinq ans contre 64 % en cas d’atteinte unilatérale). Le nombre de ganglions envahis, malgré une diminution des survies de 59 à 45 % et 32 % selon qu’un, deux ou trois ganglions sont atteints, n’atteint pas la significativité. Il existe une corrélation entre le stade et l’atteinte ganglionnaire (p < 0,0001) et entre le stade et le volume tumoral (p < 0,0001). Les critères anatomopathologiques (type histologique, degré de différenciation) et la période de traitement n’influencent pas la survie.

Analyse multivariée

Un premier modèle de Cox a été réalisé avec les sept facteurs pronostiques significatifs en analyse univariée (score ASA 2+3, stade T2b, diamètre cervical > 40 mm, extension col-corps, le N1, le N+ et le N+ bilatéral). De cette première analyse restreinte à une population de 166 patientes, l’atteinte du corps utérin (col-corps) n’est pas ressortie comme facteur pronostique indépendant. Après avoir retiré ce facteur, un deuxième modèle de Cox incluant les six autres facteurs sur une population élargie à 216 patientes a pu être effectué. De cette deuxième analyse ressortent trois facteurs pronostiques indépendants : le stade FIGO T2b (risque relatif [RR] = 2,5), le N+ (RR = 3) et le N+ bilatéral (RR = 6,1) (tableau 4).

Tableau 4 Facteurs pronostiques indépendants. Analyse multivariée chez 216 patientes

Facteur pronostique

RR

IC 95%

p

Stade T2b

2,5

1,3-4,6

0,003

N+ unilatéral

3

1,4-6,3

0,003

N+ bilatéral

6,1

3,3-11,4

7,4 × 10–9

Discussion

Stade d’extension

C’est l’un des facteurs pronostiques les plus puissants. Les survies des stades T1b1, T1b2, T2a et T2b de 95, 79, 82 et 55 %, respectivement, retrouvent ceux des séries de radiothérapie exclusive avec des taux d’environ 85 % pour les stades T1b, 70 à 85 % pour les stades T2a et 60 à 65 % pour les stades T2b [5-7]. La littérature confirme aussi l’équivalence des survies entre les stades T1b2 et T2a [6, 8-10]. Avec un risque de décès multiplié par 2,5 dans les stades T2b par rapport aux stades T1b à T2a, le stade s’avère être l’un des facteurs pronostiques les plus importants, rejoignant les constatations de la littérature [5-7, 11, 12]. Son indépendance pronostique persiste en dépit de la corrélation entre stade, statut ganglionnaire et volume tumoral.

La détermination du stade d’extension est réputée peu fiable du fait des variations interobservateurs. Dans cette série, la mise en évidence d’une extension paramétriale (stade T2b) s’avère être un facteur pronostique de premier ordre qui, du fait de sa simplicité, peut être utilisé partout dans le monde. Il conserve ainsi tout son intérêt, même dans les pays en voie de développement où l’accès aux examens complémentaires est difficile et où l’incidence du cancer du col de l’utérus est prépondérante.

Envahissement ganglionnaire

Le taux d’atteinte ganglionnaire, de 42 % dans cette série, apparaît supérieur à ce qui est rapporté dans la littérature avec des chiffres entre 33 et 36 % dans des populations comparables [9, 13] à l’exception d’une série récente de 84 patientes où le taux de N+ est de 45 % [14]. Les causes peuvent être une proportion élevée de stades T2b (53 %) dans notre population, et l’effort particulier portant sur l’exhaustivité du recueil ganglionnaire, qui, dans notre expérience, est meilleur en cœlioscopie qu’en laparotomie [4].

Dans cette série, l’atteinte ganglionnaire pelvienne divise la survie par deux, la faisant passer de 88 à 44 %. C’est le facteur pronostique indépendant le plus important avec un RR de 3. On retrouve ici les données de la littérature [6, 11, 15, 16].

Concernant le nombre de ganglions atteints, les survies dans cette série s’échelonnent de 59, 45 et 32 % à cinq ans, selon qu’un, deux et trois ou plus de ganglions sont envahis, respectivement. Ces différences ne sont pas significatives. L’absence de significativité pourrait résulter d’un manque de puissance statistique, soulignant toutefois que si différence il y avait, elle serait faible. La littérature apporte des résultats contrastés dans des séries comparables. Pour certains, le nombre de ganglions n’a pas d’impact pronostique [17] ; pour d’autres, cet impact pronostique ne se manifeste qu’à partir du deuxième ganglion atteint [18-20], voire le troisième [21] ; tandis que pour d’autres enfin, l’altération pronostique s’exerce dès le premier ganglion touché [22, 23]. Le caractère inextirpable de l’adénopathie [18] et le dépassement capsulaire par l’atteinte ganglionnaire ont également été signalés comme facteurs pronostiques [15, 21]. Pour Horn et al. [21], le dépassement capsulaire constitue le premier facteur pronostique, supérieur à celui du nombre de ganglions atteints.

Toutes ces séries étant principalement chirurgicales, il se pourrait que dans notre série de radiothérapie prépondérante avec ajustement thérapeutique selon le statut ganglionnaire, le renforcement thérapeutique ait pu effacer partiellement la différence pronostique liée à ces critères.

Le facteur pronostique le plus fort de notre étude, avec un RR de 6,1, est le caractère bilatéral de l’atteinte ganglionnaire faisant descendre la survie à 31 %. Dans la littérature, seuls Tanaka et al. ont retrouvé l’influence pronostique du caractère bilatéral du N+, à côté du nombre et du niveau d’atteinte ganglionnaire [24]. Il n’est pas exclu que le caractère bilatéral de l’atteinte et le dépassement capsulaire soient des facteurs liés [21].

Au vu de l’importance pronostique du statut ganglionnaire pelvien, son évaluation par cœliochirurgie, apparaissant ici comme l’examen de référence, pourrait se justifier de façon systématique avant de décider du traitement des cancers du col de l’utérus de stades intermédiaires.

Volume tumoral

Contrairement à notre attente et en dépit de l’impact pronostique du diamètre tumoral et de l’extension tumorale au corps utérin, le volume tumoral ne ressort pas comme facteur pronostique dans cette série. La qualité de la mesure ne paraît pas en jeu, car Burghardt et al. ont montré que le volume tumoral établi par IRM préopératoire était identique au volume mesuré sur pièce opératoire par histomorphométrie [25, 26]. D’autres ont confirmé que l’IRM améliorait la précision d’évaluation du volume par rapport à l’examen clinique [27, 28].

Dans la littérature, l’influence pronostique du volume tumoral n’a été que très rarement rapportée. La plupart des études significatives ont fait appel à la taille, pas au volume tumoral, pour constater dans des stades limités I et IIA des survies altérées au-delà d’une taille de 4 cm [5, 6, 11, 29]. Trattner et al., se basant sur une mesure du volume tumoral par histomorphométrie, ont montré que l’impact pronostique du volume était faible en comparaison avec celui du stade et du statut ganglionnaire, par ailleurs interdépendants avec le volume [9].

Une étude faisant appel à la mesure du volume tumoral par technique de sommation des surfaces a montré un impact significatif du volume sur la survie [30]. Il s’agit d’une série de petites tumeurs, au volume médian de 4,75 cm3 et de stades précoces prépondérants (stades I = 83 %), alors que dans la présente série le volume tumoral médian s’établit à 27 cm3, avec une majorité de stades T2b. Dans une série de cancers du col de tous stades, avec mesure du volume tumoral par IRM, le volume tumoral n’a pas montré d’influence significative [31].

Plusieurs études, confirmant les données de la présente série, ont montré une corrélation entre le volume tumoral, le stade FIGO et l’envahissement ganglionnaire avec une prééminence du statut ganglionnaire sur le volume tumoral [9, 20, 32].

Ainsi, l’influence pronostique du volume ne s’exercerait que dans des tumeurs limitées sans extension paramétriale et de petit volume, expliquant son absence d’impact pronostique dans cette série de grosses tumeurs, majoritairement de stades T2b.

Autres facteurs pronostiques

L’envahissement du corps utérin, retiré de la classification FIGO en 1950, et les scores ASA 2+3 s’avèrent être des facteurs pronostiques en analyse univariée, mais pas en multivariée, soulignant leur interdépendance avec les autres facteurs. Le type histologique et l’âge ne ressortent pas comme facteurs pronostiques.

Groupes pronostiques

Les RR de décès des facteurs pronostiques indépendants étaient soit comparables (stade T2b : RR = 2,5 ; N+ : RR = 3), soit doubles (N+ bilatéral : RR = 6,1), permettant d’attribuer le coefficient 1 (un facteur de risque) au stade T2b et au N+ et le coefficient 2 (deux facteurs de risques) au N+ bilatéral. Après avoir vérifié que les survies des patientes à l’intérieur d’un même groupe (un facteur de risque T2b ou N+ ; deux facteurs de risque T2b et N+ ou N+ bilatéral) avaient des survies comparables, nous avons pu regrouper les patientes dans quatre groupes pronostiques, comportant zéro, un, deux ou trois facteurs de risque (figure 3) :
  • groupe A, bon pronostic, zéro facteur de risque (stade < T2b et N–) : 73 patientes, survie à cinq ans : 97 % ;
  • groupe B, pronostic satisfaisant, un facteur de risque (stade < T2b et N+ unilatéral ou stade T2b et N–) : 70 patientes, survie à cinq ans : 78 % ;
  • groupe C, mauvais pronostic, deux facteurs de risque (stade < T2b et N+ bilatéral ou stade T2b et N+ unilatéral) : 35 patientes, survie à cinq ans : 48 % ;
  • groupe D, très mauvais pronostic, trois facteurs de risque (stade T2b et N+ bilatéral) : 41 patientes, survie à cinq ans : 27 %.

Les différences entre les catégories sont significatives (p = 10-15). Nous avons vérifié, enfin, que ces groupes pronostiques définis auraient été trouvés à l’identique si l’on avait utilisé les coefficients de significativité du modèle de Cox pour établir un index pronostique, mais avec une moindre facilité d’utilisation étant donné des catégories pronostiques engendrant des chiffres non entiers.

Conclusion

Dans les stades intermédiaires du cancer du col de l’utérus, les facteurs pronostiques essentiels sont le sous-stade T2b (l’atteinte paramétriale) et l’atteinte ganglionnaire pelvienne. Le stade d’extension, de par sa simplicité et sa reproductibilité entre des mains expérimentées, se révèle particulièrement robuste dans l’indication pronostique. Quant au statut ganglionnaire établi par cœliochirurgie, sa contribution pronostique est primordiale. En combinant stade et atteinte ganglionnaire, on peut établir des groupes pronostiques extrêmement différents aux survies allant de 27 à 97 % et susceptibles d’avoir des stratégies thérapeutiques spécifiquement adaptées. La lymphadénectomie pelvienne percœlioscopique devrait faire partie du bilan diagnostique initial dans ces stades.

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