ARTICLE
Auteur(s) : Charlotte
Demoor-Goldschmidt1, Bruno Raynard2
1Service de radiothérapie, CRLCC Nantes
Atlantique - René-Gauducheau, Centre hospitalier Nord,
boulevard Jacques-Monod, 44805 Saint-Herblain Cedex
2Institut Gustave-Roussy, Villejuif
Article reçu le 8 Octobre 2008, accepté le 27 Avril 2009
La cachexie cancéreuse est un syndrome complexe de définition
imprécise, caractérisé par une perte de la masse protéique
musculaire, une diminution de la masse grasse, une anorexie, une
asthénie et des perturbations métaboliques spécifiques.
La dénutrition est définie comme la perte concerne un patient
sur cinq des services d’oncologie. La physiopathologie de la
cachexie cancéreuse est complexe. L’anorexie joue un rôle central,
mais d’autres facteurs sont tout aussi importants. L’amaigrissement
résulte d’une diminution des apports protéino-énergétiques et d’une
augmentation des dépenses énergétiques de repos (DER) en
particulier par détournement métabolique liée à la tumeur, aux
surinfections, aux traitements. La physiopathologie de la
cachexie est mieux comprise aujourd’hui et diffère d’un jeûne. En
effet dans ce dernier cas, les acides gras deviennent le substrat
principal pour préserver au maximum les protéines musculaires. Dans
le cas de la cachexie, le bilan azoté reste fortement négatif,
expliquant l’échec des approches purement nutritionnelles.
Ces perturbations sont dues à une production anormale de
médiateurs produits par l’hôte et par la tumeur : cytokines,
hormones et substances « cachectisantes » d’origine tumorale (PIF,
LMF) [1].
L’évaluation nutritionnelle doit être une préoccupation
constante chez les malades atteints de cancer. Elle doit être
effectuée dès le stade du diagnostic, et renouvelée
régulièrement.
La cachexie, étant un facteur de risque indépendant de morbidité
et de mortalité, sa prise en charge intégrée au projet
thérapeutique, ou mieux, sa prévention, pourrait améliorer le
pronostic des patients ainsi que leur qualité de vie.
Pour répondre à la question de la prise en charge nutritionnelle
du patient cancéreux dénutri ou à risque de le devenir, en excluant
les patients en situation périopératoire, palliative, et les
patients d’hématologie, nous proposons une revue de la littérature,
point de départ de recommandations pratiques pour la prescription
du support nutritionnel au cours des traitements du cancer.
La cachexie peut être prise en charge selon deux grands axes :
nutritionnel (conseils diététiques pour adapter l’alimentation aux
contraintes de la pathologie tout en conservant plaisir et
convivialité, compléments oraux, nutrition artificielle) et
médicamenteuse (traitement de symptômes [tels que troubles
digestifs, douleur, dépression], orexigènes, anti-inflammatoires,
traitement ciblé sur la tumeur). Nous détaillerons plus précisément
une approche combinée, qui se développe aujourd’hui, nommée
immunonutrition visant à déjouer les mécanismes de la cachexie,
voire également de la croissance tumorale.
Prise en charge classique de la dénutrition
en oncologie
La dénutrition est définie selon l’Anaes en 2003 comme une perte de
poids supérieure à 10 % ou supérieure à 5 % en 1 mois, un IMC
(Indice de masse corporelle) inférieur à 17 ou inférieur à 20 pour
une personne âgée de plus de 70 ans, une albuminémie
inférieure à 30 g/L ou une pré-albuminémie (ou
trans-thyrétine) inférieure à 110 mg/L. L’IMC n’est pas toujours un
critère pertinent car néglige les personnes initialement en
surpoids mais ayant récemment perdu du poids. Par ailleurs, une
stabilité pondérale peut être faussement rassurante chez les sujets
présentant un troisième secteur. Un autre moyen est de calculer
l’index de Buzby (défini par 1,519 x albuminémie + 41,7 x poids
actuel/poids habituel). Il traduit une dénutrition en cas de
score inférieur à 97,5.
Elle résulte de larges perturbations du métabolisme des
carbohydrates, lipides et protides et son traitement est plus
complexe qu’une dénutrition par privation ! Des altérations
hormonales, impliquant les cytokines, les stéroïdes, l’insuline et
le glucagon… ainsi que des facteurs spécifiques du patient
cancéreux (PIF, LMF…) ont pu être mises en évidence. Il en
résulte une dépense énergétique de repos augmentée, une incapacité
d’utiliser de façon efficiente les micronutriments ; ce qui peut
expliquer la perte pondérale chez des patients qui maintiennent un
apport énergétique suffisant voire important. En outre, il est
important de souligner que quel que soit le niveau de dénutrition,
le cancer continue de se développer au détriment des tissus
normaux, maintenant un haut niveau de dépense énergétique,
réalisant une véritable compétition hôte-tumeur.
Le dépistage est premièrement clinique et doit être intégré à
chaque consultation d’un patient cancéreux.
L’enquête alimentaire permet de recueillir les informations
relatives aux ingesta, aux préférences et habitudes alimentaires
des patients ; car même dans les cas où l’hypercatabolisme paraît
le premier facteur impliqué, les carences d’apport sont un élément
déterminant de la constitution de la dénutrition. Il faudra
également prendre en compte :
- – les symptômes les plus fréquents gênant l’alimentation
du patient cancéreux (troubles du transit, nausées-vomissements,
mucites, dysgueusies, troubles moteurs de la déglutition, asialies)
;
- – la douleur, la dépression, l’insomnie, les angoisses,
symptômes qui retentissent sur l’appétit ;
- – les intoxications exogènes – essentiellement alcool et
tabac –, aider au sevrage, et se souvenir que l’alimentation doit
rester un moment convivial, permettant le maintien d’une relation
sociale.
Enrichissement de l’alimentation habituelle
L’alimentation sera enrichie à l’aide de petits moyens culinaires
ou aux compléments primaires (apport unique de glucide, lipide ou
protide) afin d’augmenter la ration calorique des mets.
Complémentation orale
Pour pallier au problème de dénutrition, il existe des suppléments
oraux nutritionnels qui permettent de compléter les apports
protéino-énergétiques spontanés, insuffisants mais couvrant au
minimum 60 % des besoins. Il n’existe pas d’étude récente
(aucune sur les quinze dernières années) évaluant leur intérêt et
les études anciennes ne recommandaient pas une prise en charge
diététique associée. Il n’existe donc pas de preuve formelle
de leur bénéfice mais dans la pratique courante, ils sont
couramment prescrits et semblent réellement efficaces.
Ils sont disponibles sous différentes formes : en bouteille,
en brique, en gamelle, en pots… Le choix des saveurs (sucré,
salé, aromatisé ou nature) et des textures (boisson, crème dessert,
compote, plat préparé, potage, poudre à dissoudre) permettent de
trouver les produits adaptés aux besoins et aux goûts des patients
et d’éviter les aversions et la lassitude. Certains très complets
peuvent couvrir les besoins nutritionnels sur 24 heures et ont
ainsi obtenu l’AMM comme seule source de nutrition.
Les suppléments oraux peuvent aussi être utilisés à titre
préventif lorsque des patients présentent des risques de
dénutrition (en période périopératoire, en accompagnement d’un
traitement de chimio ou radiothérapie, lorsque les ingesta sont
insuffisants…). Une systématisation de la prise en charge
nutritionnelle précoce des patients irradiés pour un cancer des
voies aérodigestives supérieures paraît donc indispensable.
La prescription des compléments est un acte médical et doit être
intégrée dans le cadre d’un suivi nutritionnel régulier.
Il est recommandé de les prendre en dehors des repas, en
collation afin de ne pas couper l’appétit. Il convient
également d’éviter de les introduire en période nauséeuse en raison
du risque d’aversions, parfois définitives, qu’il existe envers de
nouveaux aliments à cette période. Ils sont remboursables pour
le patient cancéreux (arrêté du 10/11/00 au J.O. du 19/11/00).
Nutrition artificielle
La prévention ou la correction de la dénutrition devrait être de
nature à optimiser les résultats du schéma thérapeutique en
limitant la nécessité de réduction de doses ou de retard de cures.
En fait, cette approche apparemment logique s’est heurtée aux
résultats d’anciennes études cliniques.
En effet la méta-analyse de McGeer, en 1990, montrait, certes,
une efficacité nutritionnelle retrouvée sur les paramètres
cliniques et biologiques mais avec en parallèle une augmentation
significative du risque de complications infectieuses, et une
tendance à une moins bonne réponse et à une réduction de survie,
sans effet bénéfique sur la tolérance de la chimiothérapie [2].
Ces conclusions sont à balancer du fait d’études peu
puissantes, dont certaines avaient une méthodologie critiquable.
De plus, les techniques de nutrition, qui étaient très
caloriques, ont évolué et ne correspondent plus à celles
d’aujourd’hui. Certains travaux ont également montré que la
nutrition parentérale pouvait avoir un effet stimulant sur la
synthèse protidique intratumorale, sans qu’un effet délétère sur le
pronostic clinique soit toutefois établi. Cela laisse apercevoir
que la prise en charge nutritionnelle d’un patient cancéreux doit
être un acte réfléchi, mesuré, intégré au projet thérapeutique
global, car non dénué de risques. Maîtrisées, ces techniques
d’alimentation sont efficaces et permettent de passer des caps
difficiles.
Ainsi, d’autres études ont montré qu’il existait une meilleure
réponse tumorale au traitement en cas de nutrition parentérale
concomitante [3]. En radiothérapie, une réduction de la toxicité
hématologique et digestive dans les cas de cancers abdominaux ou
pelviens notamment, a été démontrée avec l’utilisation d’une
nutrition entérale.
Aujourd’hui, nous devons à juste titre comme nous le
recommandent les Standards Options Recommandations de 2005 [30],
lorsqu’un patient est incapable de maintenir une alimentation orale
couvrant 2/3 des besoins pendant plus de 7 à 10 jours (niveau
de preuve C), mettre en place une nutrition artificielle. Celle-ci
sera entérale (tableau 1) si le tube
digestif est fonctionnel, parentérale (tableau
2) dans le cas inverse et apportera 30-35 kcal/kg/j avec un
apport azoté de 0,15 à 0,2 g N/kg/j. De même lorsque le
traitement carcinologique risque de conduire à une dénutrition
sévère en particulier lors du traitement des tumeurs des VADS
(niveau de preuve B2), il faut recourir à ces apports
nutritionnels.
Le choix entre les différents produits se fera essentiellement
par rapport au volume perfusable et à l’apport protéino-energétique
souhaité. Ensuite, on tiendra compte des hypersensibilités du
patient (intolérance aux protéines de l’œuf, au soja…) et des
apports en électrolytes, oligoéléments. Il est également
possible de perfuser en parallèle des solutions monomériques
séparées pour une adaptation individuelle mais cela nécessite de
nombreuses manipulations sur la voie veineuse.
En respectant les contre-indications, qui sont
l’hypersensibilité à l’un des constituants du mélange, les
insuffisances rénale ou hépatique sévères, les troubles de la
coagulation, les hyperlipidémie ou hyperglycémie sévères, le
diabète décompensé, l’œdème aigu du poumon, l’insuffisance
cardiaque décompensée, la rétention hydosodée, la septicémie,
l’acidose métabolique, et en adaptant les prescriptions à chaque
patient en tenant compte du projet thérapeutique global, les
complications sont rares.
Depuis novembre 2000, cette nutrition parentérale peut être
réalisée à domicile, soit par des prestataires de soins si la durée
prévue est inférieure à 2 mois ou par les centres agréés de
Nutrition parentérale à domicile dépendant des centres hospitaliers
experts, en cas de durée prévue supérieure à 2 mois.
Tableau 1 Nutrition entérale. Cette nutrition peut se
faire à domicile grâce à la prise en charge par un prestataire et
selon le décret du 20/09/00 au J.O. du 5/10/00.
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En pratique
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La nutrition entérale
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Moyen technique
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sonde nasale : nasogastrique, nasoduodénale ou nasojéjunale stomie
si la durée est supérieure à un mois : gastrostomie ou en cas de
risque d’inhalation ou de pancréatite aigue par jéjunostomie
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Rythme
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continue, permettant d’instaurer un faible débit en cas de
tolérance médiocre de l’alimentation discontinue, permettant une
vie sociale plus facile et une meilleur qualité de vie
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Type de substrat
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polymérique ou semi-élémentaire en cas de tube digestif
pathologique polymérique standard en cas de tube digestif sain
complémenté en immunonutriments dont les recommandations actuelles
les réservent en périopératoire de chirurgies digestives et
prochainement des VADS.
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Effets secondaires
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régurgitations, inhalation, intolérance digestive
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Tableau 2 Nutrition parentérale.
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En pratique
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La nutrition parentérale
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Moyen technique
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voie centrale, permettant d’apporter un nombre de calories plus
important, une osmolarité importante (> 800-900 mosm/L), une
durée prolongée (plus de 14 jours), bien adaptée aux patients
de cancérologie bien souvent porteur d’un accès veineux central
voie périphérique, permettant de passer un cap difficile de durée
brève grâce à des solutions ne dépassant pas 800-900 mosm/L
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Rythme
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Sur 12 à 24 h Le mode cyclique est plus physiologique, plus
pratique pour le patient, l’efficacité est meilleure, mais celui-ci
ne peut se faire d’emblée
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Supplémentation
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Obligatoire en cas de nutrition parentéale exclusive complexes
vitaminiques hydrosolubles oligoéléments vitamines liposolubles
avec ajout de vitamine K 5-10 mg IV/semaine si absent ajustable
électrolytes, certaines poches en sont dépourvues, permettant une
adaptation individuelle selon l’ionogramme sanguin phosphore et
magnésium à ajuster selon les besoins, surtout en début de
renutrition
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Effets secondaires
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infection, déplacement ou obstruction du cathéter, thrombose
vasculaire, hyper ou hypoglycémie, hyperosmolarité, excès ou
déficit en eau et sodium, acidose hyperchlorémique, intolérance aux
lipides
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Traitement médicamenteux et nouvelles approches
Des médicaments à but orexigène ont été testés pour diminuer la
perte de poids [24]. Mais, seuls, ils ne suffisent pas à inverser
le processus cachectique. Ils doivent être associés à des
conseils diététiques et au traitement de la pathologie tumorale et
de ses complications. Les deux médicaments retenus (niveau de
preuve A) sont :
- – la prednisone (0,5-2 mg/kg/j) ;
- – l’acétate de mégestrol (160-320 mg/j).
Ils peuvent être proposés en traitement de courte durée pour
augmenter l’appétence et atténuer la perte de poids des patients
cancéreux. Les corticostéroïdes ont fait l’objet de nombreuses
études, entre 1970 et 1989, pour leurs effets orexigènes et
anabolisants. Malheureusement, ceux-ci sont de courte durée
(2-4 semaines) [4] et des effets secondaires indésirables
apparaissent. Les effets sont surtout un gain de poids en
tissu graisseux et une augmentation de la sensation de bien-être.
L’acétate de mégestrol et l’acétate de médroxyprogestérone,
utilisés dans le traitement du cancer du sein, ont un fort
potentiel orexigène. Huit études randomisées, en double aveugle,
ont montré que ces médicaments peuvent parfois stimuler l’appétit,
la prise alimentaire et entraîner une prise de poids (mais surtout
en tissu graisseux). Souvent, il existe également une diminution
des nausées et des vomissements [5]. Les résultats obtenus
avec l’acétate de mégestrol sont plus significatifs en terme de
prise de poids. La dose minimale étudiée ayant prouvé son
efficacité est de 160 mg/j, mais la dose optimale n’est pas connue.
Les effets indésirables les plus fréquents sont les œdèmes et
les thromboses veineuses et plus occasionnellement, troubles
digestifs, pyrosis et prurit. L’acétate de médroxyprogestérone a
des effets orexigènes et favorise la prise de poids à des doses de
500 mg à 1 000 mg par jour. L’effet orexigène
pourrait s’expliquer par un effet anti-cytokines, par un effet sur
la différenciation des adipocytes, par la possible stimulation du
neuropeptide Y et par la restauration du déficit en lipoprotéine
lipase induit par le TNF-alpha.
D’autres molécules ont été testées (tableau
3) [12].
D’autres molécules (statines, anticorps anti- TNFα,
anti-cytokines inflammatoires, récepteurs solubles de cytokines
(IL-1beta, IFNγ), IL-6, antagonistes MC4-R, agonistes de la
ghréline régulant le centre de l’appétit, inhibiteurs de la
dégradation protéique, inhibiteurs spécifiques du PIF et LMF, etc.)
seraient à envisager, pour leur action « anticatabolisante » et/ou
orexigène. Des nutriments utilisés à dose pharmacologiques aux
vertus anti-inflammatoires [11] sont également testés et certains
(en particulier les acides gras n-3) sont maintenant fréquemment
utilisés. Ce nouveau concept est nommé l’immunonutrition.
Tableau 3 Médicaments testés dans un but orexigène.
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Médicament
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Effet orexigène
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Doses utilisées
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Effets indésirables
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Caractéristiques études
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Acétate de médroxyprogestérone (AM)
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Positif
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200 à 1 000 mg/j
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Diabète, ostéoporose, humeur labile, thrombo-embolies
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Méta-analyse de Berenstein EG, et al. [Cochrane Library 2006,
Issue 2] comparant 157 patients avec AM versus 41 avec placebos
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Ibuprofène + acétate mégestrol [5]
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Positif
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Respectivement : 400 et 1 000 mg/j
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Hémorragie, irritation digestive
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Étude randomisée prospective sur 12 semaines (38 patients
atteints de cancer gastro-intestinal mégestrol + ibuprofène versus
35 mégestrol + placebo)
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Celecoxib + médroxyprogestérone + compléments alimentaires oraux
[6]
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Positif
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Respectivement : 400 et 1 000 mg/j
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15 CBNPC stade III ou IV âge moyen 59 ans – perte de poids
moyenne 19 % pendant 6 semaines
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Cyproheptadine [7]
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Non significatif
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24 mg/j
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Importants de type : sédation, vertige, bouche sèche
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Étude randomisée prospective sur 295 patients (cancer avancé)
versus placebo
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Thalidomide [8]
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Positif
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200 mg/j
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Éruption, neuropathie périphérique, somnolence diurne,
constipation
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Étude prospective randomisée versus placebo sur 50 patients (cancer
pancréatique avancé) sur 24 semaines
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Mélatonine [9]
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Non significatif
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18 mg/j
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somnolence
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Étude prospective randomisée sur 24 patients en situation
palliative : mélatonine versus EPA (4,9 g + DHA 3,2 g (confère
paragraphe dédié sur les acides gras)
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Cannabinoïdes [10]
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Négatif
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1 mg cannabiodiol +/- 2,5 mg de THC
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Nausées, vomissements
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Étude randomisée prospective sur 243 patients (cancers avancés) sur
6 semaines (164 jusqu’à la fin de l’étude) cannabiodol versus
cannabiodol + THC versus placebo
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Nandrolone
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Négatif
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200 mg/sem IM
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+/-
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Étude prospective randomisée de 1986 (Chlébowsly et al. cancer
58) CBNPC plus chimiothérapie
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Pentoxyfilline
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Négatif
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1 200 mg/j
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absent
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Étude prospective randomisée versus placebo sur 70 patients de
Goldberg et al. (J Clin Oncol 1995 nov 13)
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Sulfate d’hydrazine
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Négatif
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60 à 180 mg/j
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Neurotoxicité, euphorie
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Études prospectives randomisées versus placebo sur 101 patients
Chlebowsky (1987, 1990) analysées par Green (1997 Scientific Review
of Alternative Medicine)
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Immunonutrition : espoir, mythe ou réalité ?
Depuis quelques années, l’évolution en terme de supplémentation des
solutions de nutrition entérale ou parentérale en substrats
spécifiques (acides aminés, lipides, antioxydants), administrés à
des doses pharmacologiques, a conduit au développement du concept
d’immunonutrition ou pharmaconutrition. Il s’agit en fait de
nutriments utilisés comme des médicaments. Cette nouvelle approche
est fondée sur la capacité de ces substrats à moduler le syndrome
inflammatoire, voire la croissance tumorale. Différentes études ont
évalué l’intérêt d’une telle nutrition en cancérologie en terme de
poids, de relations hôte-tumeur, de tolérance et efficacité de la
radio-chimiothérapie [12]. D’autres sont nécessaires pour évaluer
leur potentiel effet anticancéreux.
Supplémentation en glutamine
L’effet favorable d’une supplémentation en glutamine ou ces
précurseurs (ACO, alpha-cétoglutarate d’ornithine), sur la balance
azotée a été confirmé dans de nombreuses études expérimentales et
cliniques. De plus, chez l’animal, elle limite la gravité
d’entérocolites induites par la radio ou la chimiothérapie en
favorisant la croissance des entérocytes.
La glutamine a par ailleurs des effets immunomodulateurs :
activation et prolifération des lymphocytes, stimulation de la
production des cytokines anti-inflammatoires et réduction de celles
pro-inflammatoires in vitro et in vivo. La glutamine est
également un précurseur du glutathion, antioxydant
intracellulaire.
Enfin, le risque de stimulation de la croissance tumorale,
suggéré par des études antérieures qui portaient sur des modèles de
tumeurs volumineuses, n’a pas été confirmé par la suite. Mais il
est légitime de continuer de se poser la question devant des
tumeurs du tractus digestif.
À ce jour, son utilisation en cancérologie est une option
validée en périopératoire et en hématologie (après greffe de
moelle). Des études contrôlées de supplémentation en glutamine
par voie parentérale [13] ou orale [14] n’ont pas mis en évidence
d’effet préventif sur la sévérité des mucites ou des diarrhées,
induites par la chimiothérapie. En revanche, chez des patients
sélectionnés, la récidive de stomatite chimio-induite lors du cycle
suivant est réduite significativement par une supplémentation orale
en glutamine [15]. De même, lors d’une irradiation pelvienne,
l’administration orale préventive de glutamine réduit
significativement la sévérité histologique de l’atteinte rectale
[16]. En cas de traitement par taxane, la glutamine diminuerait la
neurotoxicité. Enfin, la possibilité de moduler le contenu
intratumoral en glutathion et la pharmacocinétique de certains
antimitotiques ouvre des perspectives intéressantes qu’il reste à
évaluer cliniquement.
La supplémentation est actuellement possible : soit en donnant
per os ou en IV un précurseur de la glutamine,
l’alpha-cétoglutarate d’ornithine, soit en nutrition parentérale en
apportant des acides aminés sous forme de dipeptides précurseurs de
la glutamine.
Supplémentation en arginine
L’arginine, autre acide aminé non essentiel, a été testée également
pour ses vertus à augmenter la synthèse protéique et à stimuler le
système immunitaire (elle favorise la production de l’IL2 et
l’activité des récepteurs, la prolifération lymphocytaire et
granulocytaire, l’activité des macrophages). Ont été notés des
effets modulateurs, attestés par différentes études chez des
animaux porteurs de tumeurs, avec toutefois des effets
contradictoires en termes de croissance tumorale. L’ACO est
également un précurseur d’arginine. Lors d’une étude concernant une
supplémentation orale en arginine lors d’une chimiothérapie pour
cancer mammaire, l’arginine stimulait l’activité NK des lymphocytes
et s’accompagnait d’une réponse tumorale plus marquée [17].
Ces résultats pré1iminaires doivent toutefois être confirmés.
L’arginine est également le seul substrat à l’origine de la
synthèse de NO. Elle est également à l’origine de la synthèse des
polyamines qui jouent un rôle clé dans la division cellulaire.
Supplémentation en acides gras n-3
Le rapport des acides gras n-3 sur n-6 régule la réponse
inflammatoire. Plusieurs travaux indiquent qu’une supplémentation
en AGN était capable de réduire l’intensité du syndrome
inflammatoire chez des patients atteints d’un cancer du pancréas
évolué, d’entraîner une reprise de poids et d’amé1iorer la survie
et la qualité de vie [18]. Les n-3 sont extraits d’huile de
poisson ou d’huiles végétales comme le lin ou le colza. L’acide
alphalinolénique, l’acide eicosapentaénoïque (EPA) et l’acide
docoso-hexaénoïque (DHA) sont les n-3 principaux.
Ils contribuent à la diminution de synthèse d’acide
arachidonique (AA), par la cyclo-oxygénase, à partir des acides
gras n-6. L’inhibition de synthèse d’AA conduit à la diminution de
synthèse des prostanoïdes pro-inflammatoires et en particulier
PGE2. L’un des principaux inconvénients de ces produits est le goût
prononcé de ces AGN et donc la mauvaise observance. L’EPA et le DHA
permettent, en plus de leurs effets anticachectisants, des effets
antitumoraux. L’EPA pourrait limiter la prolifération cellulaire
tumorale, favoriserait la dédifférenciation des cellules
d’adénocarcinome mammaire chez la souris, activerait l’apoptose des
cellules tumorales, et inhiberait l’angiogénèse tumorale médiée par
le vascular endothelium growth factor (VEGF). De plus le DHA
potentialiserait l’effet de la radiothérapie sur les cellules
tumorales sans majorer la toxicité sur les tissus sains, ou de
certaines chimiothérapies (anthracyclines, cisplatine, agents
alkylants, du CPT-11, bléomycine) sur les cellules tumorales [19].
Les études concernant l’utilisation des n-3 diffèrent aussi bien
dans la sélection des patients, la méthodologie, les buts, la
prescription des n-3. Or il a été montré clairement que l’effet est
dose-dépendant. Une méta-analyse de 2007 [20] sur des études
uniquement comparatives et prospectives ne permet pas de conclure
quand à l’utilité des EPA. D’autres études doivent être poursuivies
pour permettre de les proposer largement aux patients, pour
quantifier la dose idéale. Une des études sélectionnées dans cette
méta-analyse ne retrouve pas de différence significative lorsque
les patients du groupe traité par EPA et du groupe placebo
bénéficient tous deux également d’acétate de mégestrol. Néanmoins,
une revue de la littérature [21] effectuée en 2007 sur toutes les
études prospectives suggère l’intérêt des AGN à la dose d’au moins
1,5 g/j sur une période prolongée, au moins 8 semaines. Par
comparaison, la consommation des Français en EPA et DHA est (ou
devrait être) de 0,15 à 0,22 g par jour pour chacun. D’autres
intérêts des n-3 ont été étudiés avec en particulier une possible
potentialisation, mais qu’il faudrait confirmer, de l’activité des
et de la radiation, et une diminution des toxicités digestives des
traitements anticancéreux [19].
Il en existe différentes galéniques mais il n’y a pas de
différence quant à la compliance entre les capsules ou les
compléments alimentaires. Il semble néanmoins plus prometteur
d’associer une supplémentation protéique et calorique (études
positives chez l’animal). Il existe également une émulsion
perfusable sur voie veineuse centrale ou périphérique contenant
1,25-2,82 g/flacon (100 mL) d’EPA et 1,44-3,09 g/flacon de
DHA.
Supplémentation en antioxydants
Une étude récente suggère une grande prudence dans l’utilisation de
suppléments d’antioxydants à hautes doses pendant de longues
périodes [26]. En effet, 540 patients traités pour un carcinome ORL
par radiothérapie ont été randomisés en double aveugle afin de
tester l’efficacité de la vitamine E (400 UI/j) et du béta-carotène
(30 mg/j) à réduire la sévérité des effets secondaires de la
radiothérapie, le risque de récidive et le risque d’avoir un second
cancer primaire. Les capsules ont été prises dès le J1 de la
radiothérapie pendant 3 ans. La combinaison de ces deux
antioxydants a diminué les effets secondaires de la radiothérapie,
a augmenté de 40 % le risque de récidive, et de 2,4 de faire un
second cancer pendant le traitement puis était comparable à
8 ans.
Par comparaison, le tableau 4 résume
les différents antioxydants, les besoins moyens et la dose
recommandée dans une alimentation normale.
Tableau 4.
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Antioxydants
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Besoins moyens//dose recommandée
|
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Zinc
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6,8-9,4//8-11 mg/j
|
|
Sélénium
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45//55 μg/j
|
|
Vitamine A
|
500-625//700-900 μg/j (1 667-2 083//2333-3 000
UI/j)
|
|
Vitamine E
|
12//15 mg/j (27//34 UI/j dl-alpha-tocophérol)
|
|
Vitamine C
|
60-75//75-114 mg/j
|
Supplémentation en N-acétyl-cystéine
Une approche similaire a été développée dans une étude prospective
randomisée versus placebo [27] chez 66 patients atteints de cancer
pulmonaire stade III ou IV avec l’emploi de précurseurs du
glutathion, permettant de réduire l’exacerbation du stress oxydant
et ses conséquences en termes de protéolyse accrue.
La supplémentation en N-acétyl-cystéine a amé1ioré leur masse
cellulaire active et leur capacité fonctionnelle, sans augmenter,
ni diminuer leur survie.
Privation en polyamines
Les travaux conduits par le groupe de recherche en thérapeutique
anticancéreuse de la faculté de médecine de Rennes ont démontré
l’importance des polyamines dans la multiplication et la
dissémination des cellules cancéreuses.
De ces résultats a été développé un programme nutritionnel
pauvre en polyamines ainsi qu’une boisson Castase®. Cette dernière
couvre les besoins nutritionnels quotidiens (265 kcal/250 mL),
et ne contient que très peu de polyamines (1,5 μg/100 mL).
Elle est sans lactose et sans gluten et est enrichie en oméga 3
(1,8 g/250 mL). Cet aliment à prendre per os ou via une sonde
entérale aurait un triple intérêt qu’il faudrait confirmer par
des études de plus amples envergures : nutritif, anticancéreux et
antalgique. Il a été montré qu’il stimulait les défenses
immunitaires, améliorait la qualité de vie et diminuait les
plaintes douloureuses. Le régime recommandé associe 6 solutés
par jour et un petit déjeuner traditionnel (thé, café, biscottes,
céréales) pendant 2 semaines ; puis 4 solutés par jour, un
petit déjeuner traditionnel et un repas composé en tenant compte du
taux de polyamines des aliments pendant 20 jours.
La suite est réévaluée au cas par cas, avec la possibilité de
refaire une cure. Une étude de phase I menée à Rennes chez 33
patients atteints d’un carcinome de prostate échappant à
l’hormonothérapie, métastatique, a montré que l’association d’un
tel régime avec une décontamination digestive (la microflore
intestinale produisant une grande partie des polyamines utilisées
par notre organisme) entraînait une stabilité pondérale, une
diminution de la douleur, sur 5 semaines : une stabilité du
PSA, un TDM stable, une diminution des PAL, un doublement du taux
de lymphocytes, un meilleur état général [28].
Une telle alimentation est une approche innovante mais qui
nécessite d’autres études de plus grande envergure pour la
recommander de façon courante dans notre pratique quotidienne.
Conclusions
Quelle que soit la technique adoptée, l’efficacité de
l’intervention nutritionnelle doit être régulièrement évaluée
(pesée hebdomadaire, évolution de la préalbumine et de l’albumine),
avec un suivi ambulatoire en intercure. En effet, les
particularités métaboliques propres au patient cancéreux ont
souvent pour conséquence une efficacité moindre de la nutrition
artificielle, et des réajustements peuvent être nécessaires.
Il est maintenant courant dans la pratique de prescrire des
compléments ou suppléments oraux puisqu’il est clairement établi
que le support nutritionnel améliore l’état métabolique du malade
sans entraîner une majoration de la croissance tumorale. Cette
prescription pour être efficace doit être accompagné d’un suivi
diététique régulier [22].
La place de la nutrition parentérale totale apparaît très
restreinte malgré une certaine efficacité sur certains paramètres
nutritionnels ou biologiques. L’influence de la nutrition
parentérale sur la réponse à la chimiothérapie reste débattue.
La nutrition entérale peut améliorer l’état nutritionnel mais
n’influence ni la réponse tumorale, ni la survie, mais pourrait
réduire certains effets secondaires des traitements (niveau de
preuve A). Leur intérêt est majeur en cas de risque d’arrêt de
traitements anticancéreux lié à la dégradation nutritionnelle
(niveau de preuve A). Le meilleur exemple est celui des
cancers ORL [25] où la nutrition entérale est bien tolérée et
permet d’optimiser la stratégie thérapeutique [23]. La pose
précoce d’une gastrostomie est dans ce cadre souvent souhaitable.
Cette renutrition systématique est à l’étude, avec une évaluation
de son impact sur la qualité de vie et surtout sur la conservation
de l’intensité de dose en chimio et radiothérapie, et sur la
survie.
D’autres approches ont été élaborées pour combattre la
dénutrition propre aux patients cancéreux. Un traitement
médicamenteux, avec des corticoïdes ou des progestatifs (niveau de
preuve A), surtout en cas de syndrome inflammatoire, peut être une
aide non négligeable. Ils seront plutôt prescrits en cure
courte pour éviter les effets secondaires (niveau de preuve C) et
en pesant le risque thrombogène vis-à-vis des progestatifs.
Les bénéfices éventuels de substrats spécifiques comme les
immunonutriments sont encore en cours d’étude et n’ont pas été
totalement évalués. Les essais sur la nutrition ne tiennent
pas uniquement compte de la survie mais également de la qualité de
vie ; et le maintien d’un poids correct est un élément majeur
influant les scores de qualité de vie. Dans ce cadre, il faut
peut-être prescrire d’avantage d’immunonutrition malgré le peu de
recul, selon l’exemple des patients atteints de cancer du
pancréas.
L’association de toutes ces thérapeutiques pourrait avoir encore
plus d’efficacité en agissant à la fois sur l’appétit et sur
l’anabolisme musculaire des patients atteints de cachexie
cancéreuse [29]. Ainsi la meilleure approche semble être une
combinaison de différents traitements. Mais il faut attendre la fin
de l’étude ainsi que d’autres supplémentaires pour conclure de
façon certaine sur la conduite nutritionnelle à tenir.
De nombreuses pistes thérapeutiques restent à évaluer dans les
années à venir. On pourrait identifier des patients répondeurs à
l’EPA ou à la thalidomide, par exemple, peut-être liée au
polymorphisme de certains gènes comme celui du récepteur du TNFα.
La détection précoce du PIF ou des LMFs chez les patients
cancéreux pourrait permettre de définir des groupes à haut risque
de cachexie et donc de proposer à ces patients un traitement
préventif, par exemple par une supplémentation par EPA.
La nutrition en cancérologie est un point important, à ne pas
prendre à la légère et tout ajout ou supplément de nutriment doit
être inclus dans des protocoles et des études cliniques car tout
n’est pas forcément avantageux chez un individu dont le métabolisme
et les mécanismes de défense immunitaire sont altérés, d’où par
exemple la méfiance vis-à-vis des antioxydants à dose
pharmacologique. Il convient par conséquent de mettre
également en garde les patients consommateurs de médecines dites «
douces », et de dynamisants, qui en l’absence d’études peuvent être
toxiques…
En annexe 1 sont rappelés les apports journaliers recommandés et
les adjonctions à discuter au cas par cas.
Ainsi, nourrir un patient cancéreux ne revient pas à alimenter
le cancer (niveau de preuve C) ! La détection plus précoce du
processus cachectique voire le dépistage des patients à risque de
cachexie est un élément clé dans le cadre de la prise en charge des
soins complémentaires en cancérologie, et deviendra peut-être un
des éléments clés de la prise en charge thérapeutique des
cancers.
Apport nutritionnel.
|
Énergie non protidique
|
30-45 kcal/kg/j
|
|
Protides
|
1-1,8 g/kg/j
|
|
= Apport azoté
|
0,2-0,35 g/kg/j
|
|
Rapport calorico-azoté
|
150-200 kcal/g d’azote
|
|
Lipides
|
1,5 g/kg/j
|
|
Glucides
|
4-5 g/kg/j
|
Les apports journaliers recommandés en antioxydant chez un sujet
sain sont :
- – les vitamines ;
- – A (rétinol), 400-800 μg,
- – β-carotène (pro-vitamine A), 3-5 mg,
- – C, 60-120 mg,
- – E, 10-15 mg ;
- – les oligo-éléments ;
- – le sélénium, 52-70 μg,
- – le zinc : 7,5-15 mg.
Les apports optimaux en acides gras oméga 3 [48] sont :
- – EPA > 0,22 g/j ;
- – DHA > 0,22 g/j.
Pour EPA + DHA : 0,65 g/j.
La quantité de fibres optimum pour un bon transit est de 25-30
g/j en associant solubles et insolubles.
Apports nutritionnels à discuter.
|
EPA
|
2,2 g/j ?
|
|
DHA
|
1,5 g/j ?
|
|
Glutamine
|
20 g/j ? 0,4g/kg/j ?
|
|
Arginine
|
30 g/j ?
|
|
N-acétyl-cystéine
|
13 g/j ?
|
|
Antioxydants
|
? ?
|
Régime pauvre en polyamines ?
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