ARTICLE
Auteur(s) : Y-A
Vano1, M-J Rodrigues2, S-M
Schneider3
1Association des jeunes oncologues niçois
(Ajon), centre Antoine-Lacassagne, université
de Nice-Sophia-Antipolis, France
2Association pour l’enseignement
et la recherche des internes en oncologie
(Aerio), Paris, France
3Réseau NACRe, pôle digestif, centre hospitalier
universitaire de Nice, université
de Nice-Sophia-Antipolis, France
Article reçu le 1 Octobre 2008, accepté le 10 Mars 2009
Cancer colorectal (CCR) dans le monde
On estime à 11 millions le nombre de nouveaux cas de cancer
par an dans le monde, responsable de sept millions de décès.
Les projections pour 2030 prévoient le doublement de cette
incidence. Le CCR représente la troisième cause de cancer,
avec près d’un million de nouveaux cas par an, et la quatrième
cause de mortalité. Toutes les communautés sont concernées, mais il
existe des variations régionales marquées. Les zones les plus
touchées sont celles à haut niveau socio-économique : Europe du
Nord, États-Unis, Australie. Dans ces pays, l’incidence est environ
quatre fois plus élevée que dans les pays en voie de développement,
allant de plus de 40 cas pour 100 000 personnes en Europe, à moins
de cinq cas pour 100 000 en Afrique ou en Amérique centrale.
Cependant, une tendance inverse s’est amorcée depuis la fin des
années 1970, avec le doublement du taux de CCR dans des zones
émergentes telles que l’Europe de l’Est et Singapour, alors qu’il
se stabilise dans les pays à haut niveau socio-économique.
Ces taux d’incidence semblent se superposer avec le niveau
d’urbanisation des pays, à tel point qu’on estime qu’en 2030, la
majorité des cas de CCR sera diagnostiquée dans des zones en voie
de développement économique. Les études observationnelles ont
montré que les taux d’incidence de CCR, chez les migrants d’un pays
à faible risque vers un pays à haut risque, augmentaient en une ou
deux générations, jusqu’à atteindre le taux d’incidence du pays
d’accueil. Les facteurs environnementaux jouent donc
manifestement un rôle essentiel dans l’apparition du CCR, la part
héréditaire, quant à elle, ne représentant que 15 % [1, 2] (tableau 1).
La façon de s’alimenter a régulièrement changé au cours de
l’histoire. Avec l’industrialisation croissante, la conservation
des denrées est devenue plus sûre, leur permettant d’être plus
largement disponibles. Dans les pays à faible niveau
socio-économique, la principale source d’énergie vient des végétaux
comme les fruits, les céréales, les tubercules, qui représentent 80
% de l’énergie totale, mais la part énergétique d’origine animale
(qui ne représente que 15 % des apports) est en augmentation
régulière. À mesure que le statut socio-économique d’une région
grandit, la ration énergétique croît, de même que la part provenant
des lipides (au détriment des glucides), des sucres simples (au
détriment des glucides complexes) et des protéines animales (au
détriment des protéines d’origine végétale). Dans ces pays en voie
de développement, la consommation de viande a augmenté de 150 %
entre les années 1960 et 1990, alors que la consommation de fruits
et légumes restait faible et stable (120-150 g/j en Inde).
Dans les pays à haut niveau socio-économique, l’apport de protéines
animales est supérieur, et les végétaux représentent 30 à 50 % de
l’énergie totale. La consommation de fruits et légumes y est,
elle aussi, supérieure (250-350 g/j), mais atteint
difficilement les différentes recommandations nationales
(400 g/j). Dans ces pays développés, un mode de vie sédentaire
croissant, associé à l’augmentation de la ration énergétique depuis
quelques décennies, entraînent surpoids, voire obésité.
Les modifications des comportements alimentaires observées en
parallèle à l’évolution du statut socio-économique pourraient
expliquer la variation des taux d’incidence du CCR [2].
Doll et Peto rapportaient déjà, dans les années 1980, que 40 %
de la mortalité par cancer serait liée à l’alimentation, donc
évitable, et plus particulièrement dans le cas du CCR où la
modification des comportements alimentaires permettrait de diminuer
de plus de 60 % le nombre de cas [3, 4].
Les premières publications, principalement expérimentales,
portant sur l’alimentation et le cancer remontent aux années 1950.
Il faut attendre la fin des années 1970 pour voir apparaître
quelques études épidémiologiques, principalement des études
cas-témoins et les premières revues de la littérature.
En 1982, l’American Institute for Cancer Research (AICR)
diffusait la première série de recommandations nutritionnelles afin
de réduire le risque de cancer [5]. Depuis lors, le volume de
littérature s’est considérablement accru. En 1997, les membres de
l’AICR et du World Cancer Research Fund (WCRF) chargeaient donc un
panel d’experts internationaux d’atteindre les deux objectifs
suivants :
- – faire la revue systématique de la littérature
concernant l’alimentation, sa composition en nutriments, sa
préparation et le risque de cancer humain ;
- – établir une série de recommandations alimentaires,
applicables à tous, pour la prévention du cancer.
Ainsi, le rapport intitulé Food, nutrition and the prevention of
cancer: a global perspective est le résultat de l’analyse de toute
la littérature dans le domaine de l’alimentation, de la nutrition
et de l’activité physique par le biais d’une méthodologie
rigoureuse et objective. Une de leurs conclusions est que 60 à 70 %
des CCR pouvaient être évités par des modifications simples des
comportements alimentaires [4]. En France, ce rapport a servi de
référence au Haut Comité de la santé publique pour la rédaction du
rapport « Pour une politique nutritionnelle de santé publique »
(HCSP), ainsi que dans l’élaboration du Programme national
nutrition santé (PNNS). Il a, par ailleurs, déclenché une
multiplication des programmes de recherche dans le domaine «
Alimentation et Cancer », dans de nombreux pays. En France, de
nombreux laboratoires et équipes de recherche multidisciplinaires
se sont regroupés pour former le Réseau national alimentation
cancer recherche (réseau NACRe), dont l’objectif est de mettre en
commun et de développer des moyens de recherche et des compétences
pour améliorer la connaissance des déterminants alimentaires et
nutritionnels des cancers, dans une finalité de prévention [6]. Un
deuxième rapport du WCRF a été publié en novembre 2007, reprenant
les mêmes méthodes d’analyse et de présentation des résultats.
Il apporte le plus haut niveau de preuve scientifique sur le
lien entre alimentation et CCR (tableau
1) [2].
Notre objectif est de réaliser une revue de la littérature sur
les liens entre CCR et alimentation. Plutôt que d’effectuer une
revue exhaustive, nous avons préféré sélectionner les études
prospectives et interventionnelles les plus grandes et les plus
récentes concernant l’alimentation et le risque de CCR. Nous nous
sommes appuyés sur les références exhaustives du deuxième rapport
du WCRF, pour la période de 1980 à 2006, ainsi que sur la base de
données Medline, pour la période de 2006 à mai 2008.
Tableau 1 Conclusion du deuxième rapport mondial du
WCRF à propos des facteurs comportementaux influençant le risque de
CCR [2].
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Niveau de preuve
|
Diminution du risque de CCR
|
Augmentation du risque de CCR
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Convaincant
|
Activité physique (côlon)
|
Viande rougeCharcuterieAlcool (homme)CorpulenceObésité
abdominale
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Probable
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Aliments riches en fibresCalcium (1 200 mg/j) et produits
laitiers de vacheAil
|
Alcool (femmes)
|
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Limité-évocateur
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Fruits, légumes, poissonAliments riches en vitamine DAliments
riches en folates
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SucreAliments riches en sucres raffinésGraissesAliments riches en
graisses animales saturéesAliments riches en fer
|
Viande rouge et charcuterie
La viande consommée à travers le monde provient essentiellement
d’animaux d’élevage. La viande rouge est définie stricto sensu
par sa composition majoritaire en fibres musculaires rouges
(oxydatives). À l’inverse, la viande dite blanche est composée
principalement de fibres musculaires blanches (glycolytiques).
La viande rouge comprend donc les viandes bovines et
chevalines ainsi que l’agneau. Néanmoins, la majorité des études
internationales s’intéressant à la consommation de viande considère
l’ensemble des viandes de boucherie comme étant des viandes rouges
: bœuf, veau, mouton, agneau, porc ainsi que les abats.
La viande blanche est représentée par la viande de volaille
(dinde, poulet, canard, etc.). Quoi qu’il en soit, les études
distinguent ces viandes des viandes traitées par fumage, par
séchage, par salaison ou par ajout d’agents chimiques
conservateurs. Ces dernières correspondent à des viandes
transformées que l’on peut identifier sous l’appellation «
charcuterie », et dont le rôle sur l’apparition de pathologies
cardiovasculaires et cancéreuses est fréquemment évoqué.
La consommation de viande rouge est beaucoup plus importante
dans les pays à haut revenu, particulièrement aux États-Unis, en
Océanie, au Nord de l’Europe. Sa consommation est particulièrement
faible en Afrique et en Asie. En règle générale, la consommation de
viande augmente avec le développement économique ; or, il en est de
même pour l’incidence du CCR. Plusieurs mécanismes sont proposés
concernant le potentiel carcinogène de la viande rouge sur la
muqueuse colique. La viande rouge est riche en hème et en fer
(principale source de fer alimentaire). Le fer libéré
produirait des radicaux libres, fortement instables et mutagènes.
De plus, une surcharge en fer activerait des facteurs de
transcription de la réponse oxydative, des cytokines
pro-inflammatoires ainsi qu’un signal d’hypoxie cellulaire. En
outre, la cuisson à haute température conduirait à la production
d’amines hétérocycliques ainsi que d’hydrocarbures polycycliques
aromatiques, eux aussi fortement cancérigènes. Concernant la
charcuterie, les constituants potentiellement impliqués dans la
carcinogenèse sont les mêmes que pour la viande rouge, avec en plus
une teneur importante en sel et en nitrites, ajoutés comme
conservateurs [2]. Les données expérimentales semblent
indiquer que dans la charcuterie la molécule d’hème est à la base
de la création de composés N-nitrosés, en présence d’amines et
d’amides, par le microbiote intestinal.
Les études observationnelles ont permis de mettre en cause la
viande rouge comme étant un facteur favorisant le risque de CCR
(tableau 2). Parmi les faibles taux de
mortalité par CCR observés dans les pays d’Amérique latine, on
constate qu’un pays comme l’Argentine a un taux de mortalité, chez
les hommes, nettement supérieur, comparable à celui des États-Unis.
Or, ce pays se démarque de ceux alentours par sa forte consommation
de viande rouge, environ 300 g/j et par personne [7].
De même, les études de cohortes mettent en évidence une
augmentation du risque liée à une consommation importante de viande
rouge. Dans le cas de la charcuterie, les études prospectives
mettent aussi en évidence une augmentation du risque.
La relation entre consommation de viande rouge et CCR a fait
l’objet de deux méta-analyses. Sandhu et al., en analysant les
résultats de 13 études de cohortes, ont montré que l’augmentation
de la consommation de 100 g/j de viande augmentait le risque
de CCR de 12 à 17 %. De même, l’augmentation de la
consommation de 25 g/j de charcuterie augmentait ce risque de
49 %. Cependant, les auteurs n’excluaient pas le fait que des
facteurs de confusion résiduels puissent modifier l’association
[8]. La seconde méta-analyse d’études prospectives par Norat
et al. ne montrait pas d’association significative entre la
consommation de viande totale et le risque de CCR. En revanche,
l’augmentation de la consommation de 120 g/j de viande rouge
augmentait le risque de 24 % (RR = 1,24 ; IC 95 % : [1,08-1,41]).
Les auteurs ont estimé que la diminution de la consommation à
70 g par semaine de viande rouge, dans les régions de plus
forte consommation, diminuerait le risque de CCR de 7 à 24 % [9].
EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and
Nutrition), grande étude prospective européenne multicentrique
incluant plus de 450 000 personnes, a confirmé cette association :
l’augmentation de la consommation de 100 g/j de viande rouge
augmentait le risque de CCR de 25 % (HR = 1,25 ; IC 95 % :
[1,09-1,41]). De même, la consommation de charcuterie
augmentait le risque de CCR de 55 % (HR = 1,55 ; IC 95 % :
[1,19-2,02]) [10]. Toutes les populations ont-elles un surrisque
identique de CCR en cas de consommation importante de viande rouge
? Y a-t-il des ethnies plus à risque que la population générale par
le biais de polymorphisme génétique ? Marchand a donné un élément
de réponse en rapportant les résultats d’une étude observationnelle
sur l’incidence du CCR, chez les Japonais migrant à Hawaï. Cette
population présentait un taux de CCR plus élevé qu’au Japon et
surtout supérieur aux natifs d’Hawaï. L’auteur notait que la
consommation de viande très cuite ou en contact direct avec les
flammes (grillades) était responsable de cette augmentation du
risque. Celle-ci serait majorée dans la population asiatique en
raison d’une prédisposition génétique liée à un polymorphisme
allélique particulier [11]. Des données de la littérature
abondantes et cohérentes, et des mécanismes de carcinogenèse
plausibles permettent d’affirmer que la viande rouge et la
charcuterie augmentent le risque de CCR [2].
Tableau 2 Principales études sur l’influence de la
viande rouge sur le risque de CCR depuis 1997
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Aliments
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Étude
|
Détails de l’étude
|
Résultats
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Viande rouge
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Bosetti et al., 2005 [7]
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Étude observationnelle
|
Mortalité par CCR en Argentine entre 1970 et 2000 comparable à
celle des États-Unis, contrairement aux autres pays d’Amérique
latine
|
|
Marchand, 1999 [11]
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Étude observationnelle
|
Incidence du CCR supérieure chez les Japonais vivant à Hawaï par
rapport aux Hawaïens de naissance : polymorphisme génique
prédisposant à une plus grande sensibilité aux carcinogènes
délivrés par une cuisson à haute température
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Norat et al., 2005 (EPIC) [10]
|
Étude de cohorte prospective
|
Augmentation de la consommation de 100 g/j augmente le risque
de CCR de 25 % (HR = 1,25 ; IC 95 % : [1,09-1,41])
|
|
Sandhu et al., 2001 [8]
|
Méta-analyse de 13 études prospectives
|
Augmentation de la consommation de 100 g/j augmente le risque
de CCR de 12 à 17 %
|
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Norat et al., 2002 [9]
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Méta-analyse
|
Pas d’association significative entre consommation de viande et
risque de CCR. Mais augmentation significative du risque pour la
viande rouge (HR = 1,24 ; IC 95 % : [1,08-1,41])
|
Fruits, légumes, aliments riches en fibres
Dans la plupart des pays développés, les organismes d’état en
charge des questions de santé ont établi des recommandations sur la
consommation journalière de fruits et légumes : en moyenne trois
portions ou plus de légumes et deux portions ou plus de fruits, une
portion correspondant à 80 g. Pourtant, les objectifs sont
loin d’être atteints dans les pays à haut niveau socio-économique,
en ce qui concerne les légumes, malgré une disponibilité
permanente. Pour les fruits, la consommation est plus proche des
objectifs nationaux.
Terry et al. ont analysé l’influence des fruits et légumes sur
le risque de CCR parmi une cohorte de 61 000 femmes suédoises,
connues pour leur faible consommation en fruits et légumes et leur
forte consommation de céréales. Celles qui consommaient plus de 2,5
portions de fruits et légumes par jour diminuaient leur risque de
CCR de 35 % par rapport à celles qui consommaient moins de 1,5
portion (RR = 1,65 ; IC 95 % : [1,23-2,20]) (tableau 3). Les céréales ne semblaient avoir
aucun effet [12]. Deux autres larges cohortes prospectives, la
Nurses’ Health Study (NHS) [88 764 femmes] et la Health
Professionals’ Follow-up Study (47 325 hommes), ne retrouvaient pas
d’association significative entre consommation de fruits et légumes
et CCR [13, 14]. Plus récemment, dans l’étude NIH-AARP ayant inclus
plus de 488 000 personnes, Park et al. ne retrouvaient pas
d’association significative [15]. Une méta-analyse de 14 études de
cohorte, totalisant 750 000 personnes, ne montrait pas non plus de
diminution significative du risque de CCR dans le cas d’une forte
consommation de fruits et légumes (800 g/j), comparativement à
une plus faible consommation (200 g/j) [RR = 0,90 ; p = 0,06 ;
IC 95 % : [0,77-1,05]] [16]. Il apparaît que l’ensemble des
études prospectives trouve une tendance à la diminution du risque
de CCR, qui se révèle non significative après ajustement sur les
différents facteurs de confusion. En effet, les personnes mangeant
plus de fruits et légumes ont tendance à manger moins de viande
rouge, à avoir plus d’activité physique et à être moins en
surpoids.
Les fruits et légumes n’influencent donc pas de façon claire le
risque de CCR [2].
Les fibres alimentaires, à l’exception de la lignine, sont des
polysaccharides contenus dans la paroi cellulaire des végétaux qui
ne sont pas digérés et donc pas absorbés par le tube digestif.
Certaines fibres sont solubles dans l’eau (pectines, mucilages),
d’autres non (cellulose, lignine). Résistant à la digestion dans
l’intestin, les fibres alimentaires n’ont pas de valeur
nutritionnelle apparente, mais leur rôle est important dans le
transit intestinal. Les fruits et légumes sont une source
importante de fibres alimentaires. Les céréales constituent
l’aliment de base pour les pays du Moyen-Orient, à l’instar du riz
en Asie, du maïs en Amérique, du sorgho et du millet en Afrique.
Avec l’industrialisation, le blé et le maïs remplacent
progressivement les denrées traditionnelles dans la plupart de ces
pays, hormis en Asie où le riz reste la source de fibres la plus
consommée. La culture céréalière et sa consommation varient
selon les régions du monde. Elle représente jusqu’à 70 % de la part
énergétique quotidienne en Asie contre 20 % en Amérique du Nord ou
en Europe [2]. Le mécanisme d’action des fibres sur le tractus
gastro-intestinal n’est pas complètement élucidé ; les fibres
diluent le contenu fécal, diminuent le temps de transit,
influencent la transformation des acides biliaires et augmentent le
poids des selles. Par ailleurs, leur fermentation par le microbiote
forme des acides gras à chaînes courtes (butyrate). Or, ceux-ci
promeuvent, in vitro, l’arrêt du cycle cellulaire, la
différenciation et l’apoptose.
Les données expérimentales semblent indiquer un effet protecteur
des fibres alimentaires sur les mécanismes de carcinogenèse
colorectale. Néanmoins, les fibres alimentaires étant issues
exclusivement des végétaux, elles sont associées à d’autres
éléments potentiellement protecteurs rendant leur rôle bénéfique
réel difficile à déterminer. Or, certains investigateurs de grandes
études épidémiologiques tiennent compte principalement de la
quantité de fibres ingérées, en dépit de la source végétale
d’origine. Cela peut rendre compte de l’hétérogénéité des
résultats, d’autant plus que les méthodes de mesure de la quantité
de fibres alimentaires divergent d’une étude à l’autre. Par
exemple, les membres du projet EPIC utilisaient la méthode
d’Englyst (s’opposant à la méthode AOAC pour le dosage des fibres
totales), quantifiant seulement les composants polysaccharidiques
non amylacés des parois cellulaires végétales [17]. Dans cette même
étude EPIC, Bingham et al. montraient une diminution de 42 % du
risque de CCR pour le plus haut quintile de consommation de fibres
par rapport au plus faible quintile de consommation (tableau 4). Or, en 1999, les résultats de l’étude
NHS ne permettaient pas de conclure à une influence de la
consommation de fibres sur le risque de CCR [18]. L’étude NIH-AARP
concluait de même [19]. Selon les investigateurs de l’étude EPIC,
la raison de cette discordance pourrait s’expliquer par une
consommation de fibres supérieure dans leur étude, liée
probablement à la présence de groupes de population très
différents. En effet, ils trouvaient que 30 % de leur cohorte avait
une consommation supérieure au plus haut quintile de l’étude NHS.
De même, deux grandes études randomisées américaines étudiant
le risque de récidive d’adénomes lors d’un régime riche en fibres
n’ont pas pu montrer de diminution significative du risque de CCR
[20, 21]. Dans ces deux travaux, la quantité de fibres dans le
groupe expérimental était faible, respectivement 13,5 et
18 g/j dans les travaux de Alberts et al., et de Schatzkin et
al. (les recommandations aux États-Unis incitent à consommer plus
de 21 g/j [22]). Une méta-analyse de 13 études de cohorte
incluant 725 000 personnes trouvait une relation inverse
significative entre fibres et risque de CCR avec un RR = 0,84 (IC
95 % : [0,77-0,92]). Cependant, après ajustement sur les autres
facteurs de risque de cancer, l’association n’était plus
significative [23]. La plupart des études de cohortes
prospectives rapportent une diminution du risque de CCR sans
atteindre le seuil de significativité pour la plupart d’entre
elles. Pourtant, une méta-analyse de huit études prospectives,
réalisée par les membres du WCRF et de l’AICR dans le cadre de leur
deuxième rapport, montre une diminution significative du risque de
CCR pour chaque augmentation de 10 g/j de la consommation de
fibres (RR = 0,90 ; IC 95 % : [0,84-0,97]) [2]. Étant donné ces
résultats contradictoires, les membres du WCRF ont préféré
considérer, dans leur analyse, la consommation d’aliments riches en
fibres plutôt que la consommation de fibres alimentaires seules.
De fait, une consommation majoritaire en aliments d’origine
végétale est souvent considérée comme plus saine, à juste titre en
ce qui concerne la prévention des maladies chroniques.
Pour ce qui est du CCR, une relation dose-effet existe d’après
de grandes études de cohorte, supportée par des mécanismes
plausibles, mais des facteurs de confusion résiduels ne peuvent
être exclus. Les aliments contenant des fibres diminuent
probablement le risque de CCR [2].
Tableau 3 Principales études étudiant l’influence des
fruits et légumes sur le risque de CCR depuis 1997.
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Aliments
|
Étude
|
Détails de l’étude
|
Résultats
|
|
F&L
|
Terry et al., 2001 [12]
|
Étude de cohorte prospective (61 000 femmes suédoises)
|
Consommation de plus de 2,5 portions par jour de F&L diminuait
le risque de 35 % par rapport à la consommation de moins de 1,5
portions par jour. (RR = 1,65 ; IC 95 % : [1,23-2,20])
|
|
Michels et al. (NHS), 2006 [14]
|
Étude de cohorte prospective analysant le taux de récidive
d’adénomes
|
- Diminution du risque de récidive d’adénomes de 19 % pour une
consommation > 7 portions par jour de F&L vs < 3 portions
par jour.
- (HR = 0,81 ; IC 95 % : [0,68-0,96]).
|
|
Michels et al., 2000 [13]
|
Étude de cohorte prospective
|
- Pas d’association significative entre consommation > 5,5
portions de F&L vs < 2 portions, sur le risque de CCR.
- (RR = 0,99 ; IC 95 % : [0,62-1,56])
|
|
Park et al. (NIH-AARP), 2007 [15]
|
Étude de cohorte prospective (488 000 personnes)
|
- Pas d’association significative entre le plus haut quintile de
consommation (> 5 portions de F&L) et le plus bas (< 1,5
portions).
- (RR = 0,91 ; IC 95 % : [0,78-1,35])
|
|
Koushik et al., 2007 [16]
|
Méta-analyse de 14 études prospectives (750 000 personnes)
|
- Diminution non significative du risque de CCR pour une
consommation de plus de 800 g/j vs moins de 200 g/j de
F&L.
- (RR = 0,90 ; IC 95 % : [0,77-1,05])
|
Tableau 4 Principales études étudiant l’influence des
fibres sur le risque de CCR depuis 1997
|
Aliments
|
Étude
|
Détails de l’étude
|
Résultats
|
|
Fibres alimentaires
|
Bingham et al. (EPIC), 2003 [17]
|
Étude de cohorte prospective
|
Consommation du plus haut quintile de fibres vs le plus bas permet
une diminution significative de 42 % du risque de CCR
|
|
Fuchs et al. (NHS), 1999 [18]
|
Étude de cohorte prospective
|
Pas d’association significative entre le plus haut quintile de
consommation (25 g/j) et le plus bas (10 g/j) [RR = 0,95
; IC 95 % : [0,73-1,25]]
|
|
Schatzkin et al. (NIH-AARP), 2007 [19]
|
Étude de cohorte prospective
|
Pas d’association significative entre le plus haut quintile de
consommation (16 g/j) et le plus bas (6,5 g/j) [RR = 0,99
; IC 95 % : [0,85-1,15]]
|
|
Alberts et al., 2000 [20]
|
Étude randomisée
|
Pas d’effet d’une supplémentation en fibres (13,5 g/j) vs
placebo (< 2 g/j) sur le risque de récidive d’adénomes (RR
= 0,88 ; IC 95 % : [0,70-1,11] ; p = 0,28)
|
|
Schatzkin et al., 2000 [21]
|
Étude randomisée
|
Pas d’effet d’une supplémentation en fibres (18 g/j) vs
placebo (10 g/j) sur le risque de récidive d’adénomes (RR =
1,00 ; IC 95 % : [0,90-1,12])
|
|
Park et al., 2005 [23]
|
Méta-analyse de 13 études prospectives (725 000)
|
Diminution de 16 % du risque de CCR en comparant le plus haut
quintile de consommation (> 30 g/j) au plus faible (<
10 g/j). Après ajustement, RR = 0,94 (0,75 ; IC 95 % :
[0,86-1,03]) donc non significatif.
|
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WCRF/AICR, 2007 [2]
|
Méta-analyse de 8 études prospectives
|
Diminution de 10 % du risque de CCR pour chaque augmentation de
10 g/j de la consommation de fibres (RR = 0,90 ; IC 95 % :
[0,84-0,97])
|
Alcool
La notion de consommation moyenne d’alcool des populations est peu
informative, compte tenu d’importantes variations nationales et
régionales. Les pays à haut niveau socio-économique, comme les
pays du nord de l’Europe, d’Océanie ou les États-Unis, ont un
niveau de consommation quatre fois supérieur à celui des pays en
voie de développement [1]. Beaucoup d’études épidémiologiques se
sont attachées à identifier le type d’alcool consommé, mais il
semble qu’il n’ait pas d’incidence sur le risque de CCR.
Contrairement à son métabolite principal (l’acétaldéhyde),
l’éthanol n’a pas montré d’effet carcinogène direct dans les
données expérimentales. En revanche, l’alcool est responsable d’une
diminution du taux d’acide folique. Or, Giovannucci et al. ont
montré dans l’étude NHS que la prise de vitamines et de folates
sous forme de compléments chez les femmes de 55 à 69 ans
réduisait l’incidence des CCR de 68 à 15 pour 10 000 [24].
De plus, les consommateurs de grandes quantités d’alcool ont
souvent un régime pauvre en fruits et légumes, lui-même responsable
de carences vitaminiques. Par ailleurs, l’alcool, en synergie avec
le tabac, crée des mutations de l’ADN et empêche les systèmes de
réparations de fonctionner. On ne peut exclure ces facteurs de
confusion dans le rôle délétère de l’alcool sur le risque de CCR.
Presque toutes les études de cohortes montrent un risque accru
de CCR en cas de consommation importante (tableau 5). Cho et al. ont analysé huit études de
cohorte regroupant plus de 485 000 personnes. Ils ont montré
que la consommation de plus de 45 g d’alcool par jour
augmentait le risque de CCR de 41 % (RR = 1,41 ; IC 95 % :
[1,16-1,72]) [25]. Récemment, l’étude EPIC montrait que
l’augmentation de 15 g/j de la consommation d’alcool
augmentait significativement le risque de CCR de 8 %, l’effet
délétère étant particulièrement majoré pour une consommation de
plus de 30 g/j [26]. Une méta-analyse concernant l’alcool et
le CCR dans la population asiatique a été menée de 1998 à 2004.
Cette population est caractérisée par la plus grande fréquence d’un
variant de l’acétaldéhyde déshydrogénase, responsable d’une
métabolisation particulièrement lente de l’acétaldéhyde. Comparé
aux non-buveurs, le risque était augmenté de 42 % en cas de
consommation de 23-46 g/j (RR = 1,42 ; IC 95 % : [1,21-1,66]).
Il existait clairement une relation linéaire entre quantité
consommée et augmentation du risque de CCR. Les auteurs
concluaient qu’un quart des CCR chez les hommes asiatiques étaient
attribuables à l’alcool [27].
La littérature fournit des données cohérentes. Une relation
dose-effet existe, et des mécanismes de causalité sont plausibles.
L’alcool augmente le risque de CCR, surtout pour une consommation
supérieure à 30 g/j [2].
Tableau 5 Principales études étudiant l’influence de
l’alcool sur le risque de CCR depuis 1997.
|
Aliments
|
Étude
|
Détails de l’étude
|
Résultats
|
|
Alcool
|
Cho et al., 2004 [25]
|
Méta-analyse de 8 études prospectives
|
- Augmentation de 41 % du risque de CCR pour une consommation de
plus de 45 g/j comparée aux non-buveurs.
- (RR = 1,41 ; IC 95 % : [1,16-1,72])
|
|
Ferrari et al., 2007 (EPIC) [26]
|
Étude prospective européenne
|
- Augmentation de 8 % du risque de CCR pour chaque augmentation
de 15 g/j de la consommation d’alcool.
- (RR = 1,08 ; IC 95 % : [1,04-1,12])
|
|
Mizoue et al., 2007 [27]
|
Méta-analyse de 5 études prospectives concernant la population
asiatique
|
Augmentation de 42 % du risque de CCR pour une consommation
comprise entre 23 et 46 g/j par rapport aux non-buveurs
|
Calcium, vitamine D, produits laitiers
La majorité des études sur la vitamine D montre une tendance à la
diminution du risque de CCR, sans toutefois atteindre le seuil de
significativité (tableau 6).
Les études observationnelles sont limitées par le fait que les
taux plasmatiques de la forme active ne dépendent pas que de
l’alimentation, mais aussi de la supplémentation médicamenteuse et
de l’exposition solaire [28]. D’ailleurs, les données
observationnelles montrent que le risque de décès par CCR est le
plus haut dans les régions les moins ensoleillées. Inversement, les
habitants des Îles Féroé, dont l’alimentation est pauvre en
légumes, riche en graisses, en poissons, en calcium et en vitamine
D, présentent l’incidence de CCR la plus faible d’Europe de l’Ouest
[29]. De récentes études ont montré que la vitamine D pourrait
agir en synergie avec le calcium pour réduire le risque de récidive
d’adénomes. Grau et al. ont en effet montré que les taux de
vitamine D n’étaient associés à une diminution de la récidive
d’adénomes qu’en cas de supplémentation calcique [30].
Les données disponibles sur la vitamine D ne permettent pas de
déduire qu’elle puisse, seule, diminuer le risque de CCR [2].
Le calcium est un second messager important dans la cascade de
signalisation intracellulaire. Il a un rôle direct dans le
ralentissement de la croissance cellulaire et dans l’induction de
la différenciation et de l’apoptose. Le calcium a fait l’objet
d’études de supplémentations randomisées contre placebo. Trois
études interventionnelles, étudiant l’effet de la supplémentation
en calcium chez des patients déjà porteurs d’adénomes ou de CCR,
n’ont pas mis en évidence d’effet significatif sur la prolifération
cellulaire épithéliale [31-33]. Cependant, les patients concernés
étaient à haut risque, et la supplémentation n’avait duré que trois
ans. Ce délai est probablement trop court, puisqu’on estime
qu’il faut environ cinq ans à un adénome pour se développer. Dans
une étude randomisée contre placebo, Baron et al. ont montré une
diminution de la récidive d’adénomes de 15 % (p = 0,03), pour les
patients recevant 1 200 mg de calcium-élément par jour [34].
Une actualisation récente de cette étude montrait que le bénéfice
restait significatif cinq ans après l’arrêt de la supplémentation,
mais pas au-delà [35]. Dans l’étude de Grau et al., la
supplémentation en calcium diminuait le risque de récidive des
adénomes de 29 %, à condition d’avoir un taux de vitamine D
supérieur au taux médian de 29,1 ng/mL, suggérant, là encore,
une synergie entre calcium et vitamine D [30]. Plus récemment, une
large étude prospective américaine a évalué en double insu, chez 36
282 femmes ménopausées, l’administration de 1 000 mg de
calcium-élément par jour associé à 400 UI de vitamine D3 (18
176 patientes) contre placebo (18 106 patientes). L’objectif
principal était l’incidence de CCR invasif à la coloscopie, et le
suivi a été de sept ans. Aucune différence significative n’a été
retrouvée entre les deux groupes (HR = 1,08 ; IC 95 % :
[0,86-1,34]). Les auteurs suggéraient que la durée de suivi
était trop brève, compte tenu du critère d’évaluation (incidence de
CCR invasif et non d’adénome) [36].
Les données des études de cohortes et des études
interventionnelles sur le risque de récidive d’adénomes sont
hétérogènes, les données expérimentales sur des mécanismes
plausibles sont plus solides.
Le calcium semble diminuer le risque de CCR [2], mais de
nouvelles données concordantes sont nécessaires pour le
confirmer.
La consommation de produits laitiers varie largement à travers
le monde. Ils représentent globalement 5 % de l’apport
énergétique journalier, allant de 10-15 % aux États-Unis et dans
certains pays d’Europe, à moins de 0,5 % dans certains pays
africains et asiatiques. Les effets du lait sur la diminution
du risque de CCR sont probablement portés en partie par le calcium,
mais le lait contient de nombreux constituants bioactifs qui
pourraient aussi jouer un rôle protecteur. Toutes les études ont
été menées dans les pays de haut niveau socio-économiques où la
consommation de produits laitiers est la plus forte. Dans une revue
de la littérature par Norat et Riboli, les auteurs retrouvaient un
effet protecteur modeste du lait dans les études de cohortes mais
pas dans les études cas-témoins [37]. Une méta-analyse de dix
études prospectives a montré que la consommation de plus de
250 g/j de lait comparée à moins de 70 g/j était associée
à une diminution de 15 % du risque de CCR (RR = 0,85 ; IC 95 % :
[0,78-0,94] ; p = 0,02) [38]. Les auteurs de cette
méta-analyse confirmaient également que la consommation de calcium
était aussi inversement liée au risque de CCR, puisqu’une forte
consommation de calcium permettait une réduction de 14 % du risque
par rapport à une faible consommation. La diminution du risque
de CCR atteignait 22 % en tenant compte des apports sous forme de
suppléments.
Les données de la littérature sont cohérentes.
La consommation de lait semble diminuer le risque de CCR
[2].
Tableau 6 Principales études étudiant l’influence de la
vitamine D, du calcium et des produits laitiers sur le risque de
CCR depuis 1997.
|
Aliments
|
Étude
|
Détails de l’étude
|
Résultats
|
|
Vitamine D, calcium et produits laitiers
|
Dalberg et al., 1999 [29]
|
Étude observationnelle
|
Incidences standardisées de CCR inférieures dans les Îles Féroé
comparativement à la Norvège entre 1989 et 1993
|
|
Grau et al., 2003 [30]
|
Étude randomisée
|
Diminution de 29 % du risque de récidive d’adénomes pour une
supplémentation de 1 200 mg/j de calcium-élément (RR = 0,71 ;
IC 95 % : [0,57-0,89] ; p = 0,012)
|
|
Bostick et al. 1995 [31]
|
Étude randomisée
|
Pas d’influence d’une supplémentation calcique sur la prolifération
épithéliale colique chez des patients porteurs d’adénomes
sporadiques (mais normalisation de la distribution des cellules
proliférantes au sein des cryptes)
|
|
Cascinu et al., 2000 [32]
|
Étude randomisée
|
Pas d’influence d’une supplémentation calcique et vitaminique
(vitamines A-C-E) sur la prolifération épithéliale colique
|
|
Van Gorkom et al., 2002 [33]
|
Étude randomisée
|
Pas d’influence d’une supplémentation calcique sur la prolifération
épithéliale colique
|
|
Baron et al., 1999 [34]
|
Étude randomisée
|
Diminution de 15 % du risque de récidive d’adénomes pour une
supplémentation de 1200 mg/jour de calcium-élément (RR = 0,85 ; IC
95 % : 0,74–0,98 ; p = 0,03)
|
|
Grau et al., 2007 [35]
|
Actualisation de l’étude de Baron et al. (1999)
|
Persistance de l’effet protecteur de la supplémentation en calcium
5 ans après son arrêt, par rapport au groupe placebo (RR =
0,63 ; IC 95 % : [0,46-0,87] ; p = 0,05)
|
|
Wactawski-Wende et al. 2006 [36]
|
Étude randomisée
|
La supplémentation en calcium et vitamine D (1 000 mg de
calcium-élément par jour associé à 400 UI de vitamine D3) chez
des femmes ménopausées n’a pas montré de modification du risque de
CCR par rapport à un placebo (HR = 1,08 ; IC 95 % :
[0,86-1,34])
|
|
Norat et al., 2007 [37]
|
Méta-analyse d’études prospectives et d’études cas-témoins
|
Études cas-témoins non concluantes sur l’influence des produits
laitiers sur le risque de CCR, RR = 1,07 (0,84-1,34). Études
prospectives montraient une diminution de 38 % du risque de CCR
pour la plus forte consommation de produits laitiers vs la plus
faible, (RR = 0,62; IC 95 % : [0,52-0,74])
|
|
Cho et al., 2004 [38]
|
Méta-analyse de 10 études prospectives
|
Diminution de 15 % du risque de CCR pour une consommation de plus
de 250 g/j de lait comparée à moins de 70 g/j, (RR = 0,85
; IC 95 % : [0,78-0,94])
|
Limites
Les résultats des études épidémiologiques sont à considérer avec
prudence. Les études cas-témoins sont abondantes en raison de
leur facilité à mettre en place et de leur moindre coût ;
cependant, elles sont l’objet de biais important concernant la
mémorisation et le recueil des aliments consommés. Les études
de cohortes prospectives sont moins sujettes à ce type de biais ;
pour autant, elles nécessitent l’inclusion d’un nombre considérable
de sujets ainsi qu’un suivi prolongé, afin d’obtenir un nombre
d’événements suffisant. L’autre difficulté concernant ces études
prospectives sur l’alimentation est que les comportements
alimentaires varient très peu si l’on compare des régions de mêmes
niveaux socio-économiques et de mêmes traditions. Les études
doivent nécessairement être internationales et multiethniques pour
observer des différences dans la façon de s’alimenter.
Néanmoins, quel que soit le type d’étude, il persiste des
facteurs de confusion résiduels même après ajustement. Par exemple,
les personnes consommant de grandes quantités de viande ont
tendance à moins consommer de fruits ou de légumes, à boire plus de
vin, de la même façon que les fumeurs consomment moins de fruits et
légumes. Aux États-Unis, la consommation de lipides est inversement
corrélée à la consommation de fruits [2]. À l’inverse, les
végétariens ont tendance à avoir une activité physique plus
marquée, à boire moins d’alcool, à se préoccuper globalement plus
de leur santé. Or, l’activité physique diminue le risque de CCR, à
l’inverse de l’obésité qui l’augmente [2]. Les études
interventionnelles sont également difficiles à mettre en place.
Il faut tenir compte du fait qu’une population n’arrive à
modifier ses comportements alimentaires de façon durable qu’au
terme d’un certain temps d’adaptation. De plus, l’élément
fondamental de ces interventions est de préconiser la consommation
d’un aliment à des quantités ayant montré des effets bénéfiques
réels dans les données expérimentales ; or, ces quantités sont mal
définies. Enfin, un aliment ne se limite pas à un nutriment, donc
toute intervention nutritionnelle basée sur l’alimentation est
complexe à analyser. À l’inverse des études de médicaments, une
étude idéale de supplémentation randomisée en double insu ne paraît
pas réalisable, en outre parce que suivre pendant une très longue
période (plusieurs années) un nombre important de participants
serait trop coûteux, mais surtout parce que le simple insu et,
encore plus, le double insu sont irréalisables.
Dans toutes les études d’intervention concernant l’alimentation,
l’une des questions fondamentales est celle du critère de jugement
principal. Il s’agit souvent – ce qui est discutable – du
taux de récidive d’adénomes à la coloscopie, le rationnel étant
basé sur le concept de la séquence adénome-adénocarcinome.
Ce critère de substitution est intéressant du fait de la plus
grande fréquence de l’événement statistique « présence d’adénomes »
au sein de la population générale et du taux élevé de récidive,
supérieur à 10 % par an. Ces études prospectives nécessitent
ainsi moins de patients, un suivi de plus courte durée et sont donc
beaucoup moins onéreuses que si le critère principal était
l’apparition d’un CCR. D’autres limites dans ces travaux peuvent
expliquer des résultats non significatifs : une taille
d’échantillon insuffisante, de nombreux perdus de vue (à tel point
que dans certaines études, la coloscopie de contrôle n’a concerné
qu’un quart des patients inclus), un intervalle trop court entre
les deux premières coloscopies ou encore des taux habituels de
faux-négatifs de détection d’adénomes à la coloscopie initiale
d’environ 15 %.
Aucun type d’étude n’est parfait et ne suffit à conclure à
l’influence de l’alimentation sur le risque de cancer.
Les grandes études de cohortes prospectives, internationales
et multicentriques avec un suivi prolongé sont a priori les plus
fiables mais, de part leurs résultats parfois discordants,
s’avèrent souvent n’être que des pis-aller. Actuellement, le
deuxième rapport sur l’alimentation et le cancer du WCRF et de
l’AICR représente le plus haut niveau de preuve scientifique de par
son analyse systématique et rigoureuse de la littérature (tableau 1). Cependant, le lien entre
alimentation et cancer ne cesse d’être exploré au travers d’études
de très bonne qualité qui sont de plus en plus nombreuses. Cela
nécessite donc une actualisation des données de plus en plus
fréquente et une interprétation des revues de la littérature à la
lumière des résultats de ces nouvelles études.
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Edition) WHO, 2003.
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