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Conducting a cost-effectiveness trial in oncology: justification and method


Bulletin du Cancer. Volume 96, Number 5, 603-7, mai 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0867

Résumé   Summary  

Author(s) : C Lejeune, C Binquet, F Bonnetain , Inserm U866, université de Bourgogne, 7, boulevard Jeanne-d’Arc, BP 87900, 21079 Dijon cedex, France, Fédération francophone de cancérologie digestive, 7, boulevard Jeanne-d’Arc, BP 87900, 21079 Dijon cedex, France.

Summary : The occurrence of scarce financial resources and the aim of an adequate allocation of available budgets for public community induce to conduct trials where primary endpoint could be a medico-economic criterion. In oncology, the emergent place of “stop and go” strategy and or the diminution of chemotherapy administration induce initially to demonstrate non-inferiority of these strategies for efficacy. Another underlying objective for these trials could be also to demonstrate the medico-economic superiority of these strategies. In this context, medico-economic trials using cost and efficacy composite endpoint as primary endpoint for therapeutical strategies comparison could be an interesting alternative of classical clinical trials using only an efficacy endpoint. Based on a review, the aim of this paper is to focus about design of medico-economic trials: objectives, methods and sample size calculations.

Keywords : cost-efficacy ratio, medico-economic trial, sample size, non-inferiority trial, superiority trial, cancer

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ARTICLE

Auteur(s) : C Lejeune1, C Binquet1, F Bonnetain1,2

1Inserm U866, université de Bourgogne, 7, boulevard Jeanne-d’Arc, BP 87900, 21079 Dijon cedex, France
2Fédération francophone de cancérologie digestive, 7, boulevard Jeanne-d’Arc, BP 87900, 21079 Dijon cedex, France

Article reçu le 13 Février 2009, accepté le 24 Février 2009

Pertinence des évaluations économiques dans les essais thérapeutiques en cancérologie

L’existence des fortes contraintes budgétaires pesant sur le système de santé amène les décideurs à se poser la question de la cohérence des arbitrages à réaliser en matière d’allocation des ressources collectives au regard du bénéfice attendu pour le patient et le système de santé. Cette problématique de l’allocation optimale des ressources explique l’intérêt grandissant porté à l’évaluation médico-économique. L’évaluation médico-économique peut être définie comme un processus d’analyse comparative de stratégies thérapeutiques, sur la base de leurs coûts comme de leurs résultats de santé. Le recueil de données économiques est, de plus en plus, souvent réalisé dans le cadre des essais de supériorité. L’élément de coût s’avérera d’autant plus utile que la différence d’efficacité observée entre les stratégies comparées est considérée comme cliniquement faible. Le différentiel de coût peut alors aider à la décision sur un plan collectif quant à l’utilisation d’un nouveau traitement ou d’une stratégie thérapeutique.

En cancérologie, les coûts des traitements et prises en charge augmentent de manière exponentielle depuis près de dix ans. Cette situation justifie, intrinsèquement, la place des évaluations médico-économiques dans les essais cliniques, et notamment dans les essais qui sont menés pour optimiser les stratégies de prise en charge sans en altérer l’efficacité. Tel est le cas des essais où des pauses thérapeutiques sont instituées [1], et des essais où la fréquence d’administration des chimiothérapies est diminuée. Ces schémas thérapeutiques nécessitent de démontrer au préalable la non-infériorité de l’efficacité de tels schémas. Les objectifs finaux de ces essais sont, ultimement, de prouver une amélioration de la qualité de vie des patients, une limitation des toxicités associées aux stratégies comparées et/ou une diminution des coûts de prise en charge des patients [2]. Compte tenu de ces objectifs intrinsèques, les essais d’équivalence ou de non infériorité se prêtent souvent au recueil de données économiques. En effet, après avoir démontré l’équivalence ou la non-infériorité des traitements, le coût, utilisé comme critère de jugement secondaire, devient un des objectifs décisionnels au même titre que la qualité de vie ou les toxicités associées aux traitements évalués. Cependant, la réalisation d’essais de non infériorité ou d’équivalence requiert d’inclure un nombre important de patients, réduisant ainsi leur faisabilité nonobstant leur pertinence [2]. Certains auteurs ont proposé des méthodes pour rendre ces essais faisables, notamment, en envisageant un schéma mixte, non infériorité et supériorité, dans le cas où un gain faible d’efficacité est espéré avec le nouveau schéma [2]. Une autre alternative pourrait être de réaliser d’emblée des essais de supériorité dont l’objectif principal serait un critère composite médico-économique.

Essais médico-économiques

Spécificité du critère de jugement des essais médico-économiques

Certains auteurs considèrent que l’étude des coûts et de l’efficacité des traitements comparés pourrait être un objectif pertinent et utile pour les essais thérapeutiques [3-5]. Dans ce cadre, ils ont proposé de mener des essais dont l’objectif principal est médico-économique. Le critère de jugement principal n’est alors plus seulement la survie globale, la survie sans maladie ou la survie sans progression. Il devient un critère composite, basé à la fois sur le coût et l’efficacité des stratégies comparées.

La réalisation d’évaluations médico-économiques conduit à quatre types de résultats représentés par les quatre quadrants de la figure 1 :

  • soit l’innovation est moins coûteuse et au moins aussi efficace que la stratégie de référence : on dit qu’elle est « dominante », et elle peut ainsi être recommandée. Il s’agit des objectifs espérés dans le cadre d’un essai de non infériorité ou de supériorité ;
  • soit l’innovation est plus coûteuse et moins efficace que la stratégie de référence : elle est dite « dominée », et elle ne peut être considérée comme coût-efficace ;
  • soit l’innovation est moins coûteuse et moins efficace que la référence, ce qui pose la question de savoir si les économies dégagées sont suffisantes pour compenser une baisse de l’efficacité ;
  • soit l’innovation est plus coûteuse et plus efficace que la stratégie de référence.

Cette situation nécessite alors de déterminer si l’augmentation du coût est acceptable en regard du gain d’efficacité obtenu. Cet arbitrage s’effectue au travers du calcul d’un ratio coût/efficacité différentiel, noté ΔC/ΔE, définit comme le rapport entre la différence du coût moyen de deux traitements comparés sur la différence d’efficacité moyenne de ces mêmes traitements. Il s’interprète comme le surcoût engendré par le traitement novateur pour gagner une unité d’efficacité supplémentaire par rapport au traitement de référence. Une fois le ratio coût-efficacité différentiel ΔC/ΔE calculé, il s’agit de statuer sur son caractère acceptable ou non. Cet arbitrage pose alors la question de la détermination du ratio seuil, c’est-à-dire du montant monétaire jusqu’au niveau duquel la collectivité est prête à aller pour obtenir ce gain supplémentaire d’efficacité. La décision d’introduire un nouveau traitement et/ou d’un nouveau schéma d’administration dépend donc de ce seuil.

Dans la situation d’un essai de non infériorité, l’objectif de l’essai serait, par exemple, de démontrer que le traitement a une efficacité non inférieure à la stratégie de référence mais avec l’espérance qu’elle est moins coûteuse. De fait, l’hypothèse pour conduire un essai de supériorité dont l’objectif principal est médico-économique serait de stipuler que le rapport ΔC/ΔE associé à la nouvelle stratégie lui est favorable.

Méthodes d’estimation du nombre de sujets nécessaire

Comme dans tout essai clinique, la planification d’études dont l’objectif principal serait médico-économique nécessite de calculer le nombre de sujets nécessaire afin de tester les hypothèses stipulées pour cet objectif principal.

Plusieurs approches destinées à estimer le nombre de sujets nécessaires à la conduite d’un essai de supériorité médico-économique ont été proposées dans la littérature, parmi lesquelles :

  • l’approche reposant sur l’estimation de l’intervalle de confiance du ratio coût-efficacité différentiel [3, 4] ;
  • l’approche reposant sur le concept de coût d’opportunité [5].

Le coût d’opportunité correspond à la valeur d’une stratégie B à laquelle il faudrait renoncer pour mettre en place une stratégie A. Cette note technique ne concernera que la première approche, car c’est sans doute celle qui a été le plus développée. Dans cette approche, l’objectif est de démontrer que le nouveau traitement est coût-efficace, c’est-à-dire que le ratio coût-efficacité différentiel, ΔC/ΔE tel qu’il a été présenté précédemment, peut être considéré comme acceptable. En d’autres termes, il s’agit de déterminer si ΔC/ΔE est inférieur à un ratio seuil d’acceptabilité, R préalablement fixé. Dans ce but, H0 (ΔC/ΔE = R) et H1 (ΔC/ΔE < R) sont testées au travers d’un processus itératif reposant sur un certain nombre d’hypothèses définies a priori. Ces hypothèses portent sur le coût et l’efficacité des stratégies comparées, mais également sur le seuil d’acceptabilité R et sur une hypothèse faite du nombre de sujets nécessaires dans chacun des bras de traitement. À partir de ces hypothèses, l’intervalle de confiance à 95 % du ratio coût/efficacité différentiel est estimé. Puis, la règle de décision suivante est appliquée : si l’intervalle de confiance se situe en dessous du seuil R fixé a priori, on peut rejeter H0 au risque de 5 % et considérer que ce nombre de sujets prévu initialement suffit. Au contraire, si R est contenu dans l’intervalle de confiance, l’effectif est insuffisant pour conclure. Il est alors nécessaire d’estimer un nouvel intervalle de confiance en partant d’un nombre de sujets nécessaire plus important.

Méthodes d’estimation de l’intervalle de confiance

Une des difficultés associée à cette approche du calcul du nombre de sujets nécessaire réside dans le choix de la technique à utiliser pour estimer l’intervalle de confiance du ratio coût-efficacité différentiel. On distingue plusieurs approches parmi lesquelles :
  • la méthode de la « boîte » ;
  • la méthode de Fieller ;
  • la technique du bootstrap non paramétrique [3, 4].

La méthode de la « boîte » consiste à combiner la variance autour du différentiel de coût moyen et la variance autour du différentiel d’efficacité moyenne. Cette méthode requiert de nombreuses hypothèses, tant sur les données de coût que d’efficacité (coûts moyens et efficacités moyennes, variance des coûts moyens et des efficacités moyennes dans chaque bras de traitement) et présente la limite majeure de générer des intervalles de confiance souvent étendus. Par ailleurs, cette méthode fait l’hypothèse implicite d’une corrélation négative entre les différentiels de coût et d’efficacité. La méthode de Fieller est une méthode paramétrique, d’estimation de l’intervalle de confiance, basée sur l’hypothèse, difficile à démontrer, que les coûts et efficacité suivent une distribution normale bivariée. Par ailleurs, elle requiert également de nombreuses hypothèses sur les données de coût et d’efficacité. Une dernière méthode est l’approche par simulation reposant sur la technique du bootstrap non paramétrique. Le principe de cette méthode consiste, à partir d’un échantillon de patients dont les données individuelles d’observation de coût et d’efficacité pour les deux bras de traitement sont disponibles et recueillies lors d’une étude pilote, à réaliser n tirages au sort aléatoires avec remise d’un nombre de sujets donné pour constituer n nouveaux échantillons. Le calcul des ratios coût/efficacité différentiels associé à chacun des n tirages, puis leur comparaison au seuil d’acceptabilité R permet d’estimer la puissance associée à l’essai médico-économique à venir. Si la puissance souhaitée n’est pas atteinte (classiquement 80 %), un nouveau bootstrap est réalisé en augmentant le nombre de sujets à inclure. L’intérêt de cette technique est de ne pas présupposer la normalité de la distribution du coût et de l’efficacité des stratégies comparées. En revanche, elle nécessite de disposer de données d’observation individuelles. Cette technique du bootstrap pourrait être considérée comme une invitation à envisager la mise en place d’une évaluation médico-économique dans le cadre d’un essai de phase II pilote, permettant ensuite de poser les hypothèses utiles à la réalisation d’un essai de supériorité médico-économique pour un essai de phase III.

Le tableau 1 synthétise les avantages et les limites de ces trois méthodes. Quel que soit le type de méthode utilisé, l’approche par l’intervalle de confiance du ratio coût/efficacité différentiel nécessite préalablement plus d’informations qu’un essai clinique pour le calcul du nombre de sujets nécessaires. La méthode du bootstrap semble devoir être privilégiée, car elle permet de s’affranchir de l’hypothèse de la normalité des coûts et de l’efficacité. Mais elle requiert de disposer de données d’observations de coût et d’efficacité que seule une étude pilote est susceptible de fournir.

Tableau 1 Avantages et limites des méthodes d’estimation de l’intervalle de confiance du ratio coût/efficacité différentiel.

Avantages

Limites

Méthode de la « boîte »

Pas de données individuelles d’observation de coût et d’efficacité dans chacun des bras de traitement

  • Hypothèses préalables nécessaires sur le coût et l’efficacité des stratégies comparées
  • Détermination d’un ratio seuil d’acceptabilité
  • Hypothèse d’une corrélation négative entre coût et effet
  • Intervalles de confiance larges


Méthode de Fieller

Pas de données individuelles d’observation de coût et d’efficacité dans chacun des bras de traitement

  • Hypothèses préalables nécessaires sur le coût et l’efficacité des stratégies comparées
  • Détermination d’un ratio seuil d’acceptabilité
  • Hypothèse d’une distribution normale bivariée du coût et de l’efficacité


Méthode du bootstrap non paramétrique

Pas d’hypothèse concernant la normalité des coûts et des effets

  • Détermination d’un ratio seuil d’acceptabilité
  • Données individuelles d’observations de coût et d’efficacité dans chacun des bras nécessaires


Limites de ces méthodes

L’une des incertitudes majeures, commune à l’ensemble de ces trois techniques, concerne la détermination du seuil d’acceptabilité R qui conditionne le calcul du nombre de sujets nécessaire. Un certain nombre de seuils ont été suggérés dans la littérature, mais ils ne s’appliquent qu’aux essais intégrant, dans leur critère de jugement principal, la survie. Par ailleurs, ces seuils varient fortement selon les pays : environ 12 000 € par année de vie gagnée ajustée sur la qualité de vie pour le Canada, 37 000 € par année de vie gagnée ajustée sur la qualité de vie pour l’Angleterre [6] et 50 000 € par année de vie gagnée pour la France [7, 8]. Le choix de ces seuils est généralement peu argumenté, ce qui rend difficile les transpositions d’un pays à un autre compte tenu de modes d’organisation des systèmes de santé peu comparables ou de choix de société différents en termes de financement.

Les modalités du calcul du nombre de patients propre à ce ratio induisent par ailleurs une réflexion éthique préalable. Améliorer la précision du ratio coût/efficacité, alors qu’on a la précision souhaitée sur le critère d’efficacité clinique, nécessite d’augmenter le nombre de patients requis pour la puissance de l’essai. Cette problématique sera moindre si l’essai de supériorité médico-économique se substitue à un essai de non infériorité nécessitant de nombreux patients. De plus, la conduite d’un tel essai sera, potentiellement, contrebalancée par les économies que l’on pourrait réaliser pour le système de santé.

Enfin, la question du choix du seuil d’acceptabilité devient encore plus délicate lorsque le critère d’efficacité n’intègre pas la survie. La détermination d’un seuil de décision publique pourrait, cependant, être affinée avec l’utilisation des méthodes de révélation des préférences qui sont utilisées dans le champ de l’économie de la santé. Parmi ces méthodes, l’approche de la « disposition-à-payer » suscite un intérêt particulier [6]. Elle permet d’estimer ce qu’un individu serait prêt à payer, au maximum, pour avoir accès à un programme susceptible de modifier son état de santé. Même si le passage de la révélation de préférences individuelles à la révélation de préférences collectives, sur laquelle pourrait s’appuyer les décisions des autorités de santé publique, continue de poser des problèmes méthodologiques importants, cette approche pourrait représenter une voie prometteuse de recherche, en vue de créer un outil d’aide à la décision publique.

Conclusion

Cette typologie d’essais pourrait avoir une place privilégiée dans la problématique des études dont l’objectif principal repose sur la non-infériorité. La faisabilité des essais de non infériorité en cancérologie rend l’approche d’essais de supériorité médico-économique prometteuse et pertinente. En revanche, conduire ce type d’essais nécessite de réaliser des essais de phase II avec un recueil des données économiques pour estimer les coûts. Des études de simulations prospectives visant à comparer la durée et le nombre requis de patients pour la conduite d’un essai de non infériorité, et un essai de supériorité médico-économique doivent être menées au préalable afin de valider ce concept.

Références

1 Tournigand C, Cervantes A, Figer A, Lledo G, Flesch M, Buyse M, et al. OPTIMOX1: a randomized study of FOLFOX4 or FOLFOX7 with oxaliplatin in a stop-and-go fashion in advanced colorectal cancer: a GERCOR study. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 394-400.

2 Freidlin B, Korn EL, George SL, Gray R. Randomized clinical trial design for assessing non-inferiority when superiority is expected. J Clin Oncol 2007 ; 25 : 5019-23.

3 Al MJ, van Hout BA, Michel BC, Rutten FF. Sample size calculation in economic evaluations. Health Econ 1998 ; 7 : 327-35.

4 Briggs AH, Gray AM. Power and sample size calculations for stochastic cost-effectiveness analysis. Med Decis Making 1998 ; 18 : S81-S92.

5 Gafni A, Walter SD, Birch S, Sendi P. An opportunity cost approach to sample size calculation in cost-effectiveness analysis. Health Econ 2008 ; 17 : 99-107.

6 Drummond MF, O’Brien BJ, Stoddart GL, Torrance GW. Méthodes d’évaluation économique des programmes de santé. Paris, 1997.

7 Black WC. The CE plane: a graphic representation of cost-effectiveness. Med Decis Making 1990 ; 10 : 212-4.

8 Moatti JP, Le Corroller Soriano AG, Protière C. Le Plan Cancer en France : une réflexion d’économistes. Bull Cancer 2003 ; 90 : 1010-5.


 

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