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Importance of the physical activity in the prevention of the breast cancer


Bulletin du Cancer. Volume 96, Number 5, 543-51, mai 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0868

Résumé   Summary  

Author(s) : C Maître , Service de gynécologie-médecine du sport, département médical de l’Insep, 11, avenue du Tremblay, 75012 Paris, France.

Summary : The positive role of physical activity on the risk of breast cancer is a reality, supported by many epidemiologic case-control and cohort studies as well as biological mechanisms. Analysis of literature tends to show a benefit on breast cancer, in primary prevention as well as in tertiary prevention, with a moderate physical activity of three hours, or more, per week. This benefit is real for all women (even with overweight, family history or nulliparity), whatever the type of physical activity, but it has to be regular during all the life. The benefit is linked to the degree of total energy expense per week. Physical activity has a direct action mainly on three levels, the metabolism of sexual steroids, the sensitivity to insulin, and the immunizing pathways and an indirect action through the fatty mass, which is an hormonal reserve. Promoting a regular physical activity among women, with guidelines and explanations remains a necessity in public health care.

Keywords : physical activity, breast cancer, prevention, risk, hyperinsulinemia

ARTICLE

Auteur(s) : C Maître

Service de gynécologie-médecine du sport, département médical de l’Insep, 11, avenue du Tremblay, 75012 Paris, France

Article reçu le 12 Janvier 2009, accepté le 27 Mars 2009

Agir contre les facteurs de risque évitables que sont le surpoids, la sédentarité, l’alcoolisme est un point clé de la prévention du cancer du sein et est devenu un enjeu majeur de santé public [1]. Certes, la survenue du cancer du sein est multifactorielle et hétérogène, mais la proportion de cancer du sein lié à la sédentarité est évaluée à 11 % par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) en 2002 [2], à 15,7 % en 2008 chez les femmes en postménopause [3], c’est un nombre certain de cancer du sein qui pourrait être évité si la population était active. Or, la sédentarité est croissante dans les pays industrialisés : réduction du travail manuel, développement des moyens de transport motorisé, consommation de la télévision et de l’ordinateur. En France, le Rapport national nutrition santé, publié en 2007, évalue la sédentarité par le nombre d’heures passées devant un écran (ordinateur ou TV), qu’il s’agisse d’une journée de repos ou de travail : 48 % des femmes âgées de 18 à 74 ans passaient, en 2006, au moins trois heures par jour devant leur écran, avec des chiffres significativement plus importants dans les classes d’âge jeunes de 18 à 29 ans et après 55 ans, par rapport à la classe d’âge moyenne [4]. Le rapport sur la pratique de l’activité physique en Europe, en 2002, montre que les deux tiers des Européens ne suivent pas les recommandations d’activité physique (30 minutes par jour d’activité modérée, cinq fois par semaine, ou 20 minutes d’activité vigoureuse, trois fois par semaine) [5].

Ces dernières années, le rôle de l’activité physique dans la prévention du cancer du sein a été précisé, tant en prévention primaire qu’en prévention tertiaire. À partir de quelle quantité ou de quelle intensité d’activité physique, le bénéfice apparaît-il ? Est-ce par l’action sur le surpoids ou un effet direct de l’activité physique ? Est-ce vrai quel que soit l’âge, le statut hormonal, le poids ou le surpoids de la patiente ? L’état actuel des connaissances permet de répondre à ces questions.

Activité physique

L’activité physique correspond à toute activité corporelle musculaire qui entraîne une dépense d’énergie supérieure à la dépense d’énergie d’un sujet au repos. Il ne s’agit pas de résumer l’activité physique à une activité sportive, l’activité physique dite totale inclut l’activité liée aux déplacements (trajet au travail, à l’école, par exemple à pied, à vélo), l’activité physique sur le lieu de travail, l’activité liée aux tâches domestiques du quotidien, sans omettre l’activité de loisirs (organisée ou non, collective ou individuelle). Cela rend compte, d’une part, des difficultés d’avoir des évaluations homogènes de l’activité physique et, d’autre part, des difficultés de sommer ou de comparer les résultats des différentes études, les différents types ou composantes de l’activité physique n’étant pas systématiquement pris en compte.

De plus, la quantification de l’activité physique n’est pas standardisée :

  • l’activité peut être appréciée en fonction de ses effets sur la fréquence cardiaque (fc), dont l’augmentation est exprimée en pourcentage de la fréquence cardiaque maximale (fcmax). L’activité vigoureuse et l’activité modérée correspondent ainsi, respectivement, à 80 et 60-70 % de la fcmax. Cette mesure est difficilement réalisable sur des populations importantes de femmes, nécessaires pour évaluer le risque de cancer du sein ;
  • l’activité est appréciée aussi en fonction des types d’efforts réalisés au cours de la journée. Sont mesurées ainsi les activités reconnues utiles pour la santé, la marche, la course à pied, en quantifiant l’intensité, la fréquence et la durée de la pratique ; une autre méthode est de mesurer l’activité physique totale à différentes périodes de la vie de la femme.

La méthode de référence utilise la dépense d’énergie exprimée en MET (metabolic equivalent task) [6] qui est le corollaire de toute activité physique, cette mesure permet une quantification référencée et reproductible : un MET est la valeur donnée à la dépense d’énergie au repos pendant une heure, soit l’équivalent d’une dépense d’énergie de 1 kilocalorie par kilo de masse corporelle et par heure.

Des valeurs sont assignées aux différentes activités avec un ajustement de 0,5-1 point, suivant l’intensité, d’après les tables d’Ainsworth et al. [6] :

  • marcher : 3 MET ; faire le ménage : 3 MET ; jardiner : 4 MET ; bricoler : 4,5 MET ;
  • faire du vélo : 6 MET ; le jogging : 7 MET ; monter des escaliers : 8 MET ; courir : 12 MET.

L’activité physique peut être stratifiée en trois niveaux : activité légère (< 3 MET), modérée (3 à 5,9 MET) ou vigoureuse (≥ 6 MET).

Les résultats donnés en MET-heures par semaine correspondent à la valeur en MET de l’activité, multipliée par le nombre d’heures hebdomadaires avec sommation des activités. Mais l’activité est souvent considérée uniquement par la durée exprimée en heures par semaine, qui permet d’établir des recommandations en matière de prévention.

Le recueil des données se fait par carnet de suivi quotidien de l’activité physique sur une période donnée ou par autoquestionnaire renseignant sur les activités passées, en faisant appel à la mémorisation des activités régulières.

Malgré cette hétérogénéité de la quantification de l’activité physique, malgré les différentes périodes de vie de la femme prises en compte, quel que soit le statut hormonal étudié, en tenant compte des facteurs confondants, l’étude de la littérature témoigne du rôle protecteur de l’activité physique.

Les arguments épidémiologiques sont en faveur du rôle préventif de l’activité physique

Une réduction importante du risque d’apparition d’un cancer du sein, de l’ordre de 30 à 40 %, est retrouvée dans 32 sur 44 études rapportées dans la revue publiée en 2002 [7].

En 2007, la revue concernant 19 études de cohortes et 29 cas-témoins rapporte dans plus des deux tiers des études une association inverse entre activité physique de loisir ou activité physique totale et le risque de cancer du sein, avec une réduction moyenne de risque de 25 % et un impact plus important pour le cancer du sein postménopausique, par rapport au cancer préménopausique [8]. En 2008, sur 62 études observationnelles, indépendantes, tout type d’activité pris en compte, 47 d’entre elles affirment le rôle positif de l’activité, avec une diminution moyenne de risque de 20 à 30 % [9].

Il existe un effet dose d’activité physique-réponse en termes de diminution du risque de cancer du sein

La dose d’activité inclut l’analyse de la durée, la fréquence et l’intensité.

L’analyse de deux des grandes cohortes, publiées depuis 2000, précise cet effet dose-dépendant de l’activité physique.

La première, la Women’s Health Initiative (WHI) Cohorte Study [10], portait sur 74 171 femmes âgées de 50 à 79 ans, les données recueillies grâce à un questionnaire évaluant le type et la quantité d’activité hebdomadaire à partir de la date d’inclusion, avec un suivi de 4,7 ans pendant lequel, 1 780 cas de cancers du sein postménopausiques ont été diagnostiqués.

Les patientes qui avaient l’activité physique totale la plus élevée (> 40 MET par semaine) avaient une réduction du risque de cancer du sein de 22 % par rapport aux sédentaires : RR = 0,78 ; IC 95 % : [0,62-1] ; p : 0,03. De même les femmes faisant régulièrement 30 minutes de marche par jour, ce qui correspond à une activité totale comprise entre 5 et 10 MET-heures par semaine, avaient une réduction significative du risque de 18 % par rapport aux sédentaires : RR = 0,82 ; IC 95 % : [0,68-0,97] ; p : 0,03. Quelle que soit l’activité (modérée ou vigoureuse), à partir de sept heures hebdomadaires d’activité physique, dans cette cohorte, la réduction de risque est de 21 % par rapport aux sédentaires avec RR = 0,79 [0,63-0,99] ; IC 95 %.

Marcher 30 minutes par jour chaque jour, c’est bien ; marcher une heure, c’est excellent !

Les premiers résultats de la cohorte E3N [11] ont confirmé la relation entre la quantité d’activité physique et la diminution du risque de survenue d’un cancer du sein. Cette cohorte concernait 90 509 femmes âgées de 40 à 65 ans, suivies de 1990 à 2002 ; 3 424 cas de cancer du sein ont été diagnostiqués durant cette période. L’étude E3N confirme que la quantité (nombre d’heures par semaine) d’activité physique influe proportionnellement sur le bénéfice, en termes de réduction du risque par rapport aux femmes les moins actives ; et cela, quel que soit le type d’activité pratiquée, que l’activité soit modérée ou vigoureuse, après ajustement de toutes les variables que représentent les différents facteurs de risque :
  • activités domestiques légères (14 heures par semaine) : RR = 0,82 [0,61-1,11] ; p < 0,05 ;
  • activités de loisir modérées (5-13 heures par semaine) : RR = 0,86 [0,74-0,99] ; p < 0,01.

Avec, ici, un effet bénéfique d’autant plus significatif que l’intensité de l’activité est vigoureuse : activités de loisirs vigoureuses (≥ 5 heures par semaine) : RR = 0,62 [0,49-0,78] ; p < 0,0001.

En tenant compte de la fréquence, de la durée et de l’intensité de l’activité de loisir, un bénéfice plus grand est retrouvé dans le quartile le plus élevé d’activité par rapport au quartile le plus faible d’activité physique : activité totale supérieure ou égale à 33,8 MET-heures par semaine versus inférieure à 16 MET-heures par semaine : RR = 0,81 avec p < 0,01.

Un effet dose-réponse inverse, diminution du risque de cancer du sein en fonction de l’augmentation d’activité physique, a été significatif dans 16 des 34 cas-témoins et dans 11 des 28 études de cohorte qui ont examiné ce lien [9].

Bien qu’il y ait une certaine hétérogénéité des résultats quant à la distinction entre activité modérée et vigoureuse, la diminution de risque (en moyenne de 22 %) par une activité modérée est majorée en cas d’activité vigoureuse (diminution moyenne de risque de 26 %), comme l’ont montré Friedenreich et Cust [9].

Dans la perspective de publications de recommandations, il est utile de savoir que toute activité modérée ou vigoureuse diminue le risque, et ce, d’autant plus qu’elle se situe dans le quartile d’activité physique la plus élevée en MET-heures par semaine. L’activité physique cumulée devient donc un des éléments clés dans la prévention primaire du cancer du sein.

Un rôle préventif du cancer du sein quel que soit le type d’activité physique

Dans la cohorte EPIC [12], l’activité physique professionnelle, domestique et de loisirs (incluant la marche et le vélo) est analysée avec quatre quartiles d’activité croissante.

L’étude porte sur 218 168 femmes pré- et postménopausées de neuf pays européens, âgées de 20 à 80 ans à l’inclusion, avec 3 423 cas de cancer du sein survenus durant les 6,4 ans de suivi : elle met en exergue le rôle bénéfique de la dépense d’énergie lors des tâches réalisées à la maison : ménage, préparation des repas, bricolage, jardinage et montée d’escaliers, que les patientes soient en pré- ou postménopause, par rapport à la référence, une donnée à une activité inférieure à 28 MET-heures par semaine :

  • en préménopause, une activité supérieure à 90 MET-heures par semaine donne : RR = 0,71 ; IC 95 % : [0,55-0,90] ; p : 0,003 ;
  • en postménopause, une activité supérieure à 90 MET-heures par semaine donne RR = 0,81 ; IC 95 % : [0,70-0,93] ; p : 0,001.

Les auteurs soulignent l’importance des activités modérées, les activités de la maison étant toutes inférieures à six fois la dépense d’énergie de repos. Mais, la distinction entre tâches domestiques, activité de loisir et activité physique au travail, moyens de locomotion à pied ou à vélo ne permet pas de conclure à la supériorité d’un type d’activité par rapport à un autre. Quel que soit le type d’activité physique, ce sont toujours les femmes les plus actives qui ont le bénéfice le plus grand [13]. Cependant, reprenant les 47 études positives publiées jusqu’en septembre 2007, Friedenreich et Cust [9] évaluent en moyenne la réduction du risque à 20 % avec les activités de loisir, 14 % avec les transports à pied et à vélo, 14 % avec les tâches domestiques et 13 % avec l’activité au travail chez les plus actives, par rapport aux sédentaires.

Un rôle préventif du cancer du sein quelle que soit la période de vie de la femme

L’activité vigoureuse a été étudiée dans la cohorte WHI [10] de patientes âgées de 50 à 79 ans à trois périodes de leur vie : 18, 35 et 50 ans : l’activité régulière, trois fois par semaine, était plus protectrice à l’âge de 35 ans.

À 35 ans : RR = 0,86 ; IC 95 % : [0,78-0,95] ; p : 0,003 par rapport à celles qui étaient sédentaires.

Dans une étude témoin (1 450 femmes avec cancer du sein diagnostiqué versus 1 556 femmes sans cancer) [14], le risque de cancer du sein est diminué, que l’activité ait été pratiquée uniquement à l’adolescence (13-19 ans) ou à l’âge adulte ou à l’adolescence et à l’âge adulte, avec respectivement OR = 0,84 [0,70-1] ; 0,68 [0,53-0,58] ; 0,47 [0,36-0,62]. La diminution du risque est plus grande quand l’activité est pratiquée aux deux périodes de la vie, et d’autant plus que le nombre d’années de pratique est grand, et que l’activité physique se situe dans le quartile d’activité le plus élevé.

L’étude témoin de Kruk (250 femmes ayant un cancer du sein versus 301 femmes sans cancer) [15] conclut que l’activité physique à 14-20 ans a un impact positif important sur la survenue de cancer : l’activité physique à la période pubertaire de développement et de différenciation du tissu mammaire protégerait du risque à l’âge adulte ; le bénéfice est retrouvé pour les femmes en pré- et en postménopause.

Les femmes sédentaires entre 18-30 ans qui pratiquent deux heures hebdomadaires d’activité physique ont aussi une diminution de risque de cancer postménopausique [16]. C’est donc une continuité de l’activité pratiquée, avec un intérêt particulier pour la période pubertaire, qui vient influer sur le risque, tout en reconnaissant qu’une activité à partir de 50 ans garde un bénéfice, bien que plus faible.

Un rôle préventif du cancer du sein pour toutes les femmes

La diminution du risque est retrouvée, quels que soit les autres facteurs de risque associés [7-12]. Chez les femmes en surpoids, le bénéfice n’est jamais nul qu’ils s’agissent des analyses de cohortes ou des études de cas-témoins faisant le lien entre activité physique et cancer du sein, en fonction de l’IMC (poids/taille2), avec un bénéfice d’autant plus grand que la femme est plus active et l’IMC normal [9].

Mais les modifications des résultats en fonction de l’IMC sont relevées non significatives dans 11 cohortes et huit études de cas-témoins, ce qui suggère que le rôle de l’activité physique est indépendant, en partie, de l’effet sur la masse grasse [8]. Il faut néanmoins retenir que pour les femmes obèses (IMC > 30 kg/m2), le bénéfice est nul ou non significatif [9], le facteur de risque important qu’est l’obésité [17] semble écraser le bénéfice obtenu par l’activité physique.

Le risque familial, la nulliparité, le traitement hormonal substitutif, l’absence de récepteurs hormonaux ne viennent pas annuler le bénéfice de l’activité physique sur le risque de cancer du sein, le bénéfice est alors légèrement moindre ; cependant, ces sous-groupes représentent peu de patientes et peu d’études.

Un rôle préventif pour les cancers du sein préménopausique et postménopausique

Concernant les patientes atteintes d’un cancer du sein postménopausique, 75 % des études de cohorte ou cas-témoins obtiennent une réduction de risque d’au moins 20 % [7]. C’est dans cette population de femmes postménopausées que la part de la population, dont le cancer du sein est attribuable à la sédentarité, est particulièrement importante, soit 15,7 % [3] d’après une étude cas-témoins (3 499 femmes ayant un cancer du sein invasif versus 4 213 femmes sans cancer du sein), parmi l’ensemble des facteurs de risque juste après la proportion attribuée à l’obésité, chef de file des facteurs de risque modifiables, avec 21,3 % estimé. Et, c’est dans cette population que l’effet de l’activité physique est le plus convaincant.

Concernant les patientes atteintes d’un cancer du sein préménopausique, 50 % des études retrouvent une réduction du risque de cancer du sein ; cependant, le nombre d’études sur le cancer préménopausique est plus faible, et pour évaluer l’activité physique, les différentes périodes de la vie ne sont souvent pas prises en compte.

Un bras de la Nurses Health Study II – étude de cohorte concernant 116 608 infirmières incluses à partir de 1989 – [18] comporte 64 777 femmes suivies à partir de 1997 en période préménopausique. Pendant le suivi de six ans, 550 cancers préménopausiques sont survenus. Les infirmières ont rempli un questionnaire évaluant leur activité physique de loisir à cinq périodes de la vie : le bénéfice le plus grand pour la prévention du cancer du sein est lié à l’activité physique totale, pratiquée tout au long de la vie, avec une baisse de 23 % du risque de cancer du sein préménopausique ; que l’activité soit modérée ou vigoureuse, c’est la quantité totale de dépense d’énergie qui influe sur la diminution de risque ; la diminution de risque est dose-dépendante, avec un bénéfice plus grand dans les deux quartiles les plus élevés d’activité par rapport aux sédentaires.

Un effet seuil est cependant suggéré : les résultats ne s’améliorent pas au-delà de 5 h 30 de jogging hebdomadaire (39 MET-heures par semaine).

L’activité physique totale élevée durant la période de 12-22 ans contribue le plus à ce bénéfice chez ces femmes préménopausées. Mais surtout, l’activité physique amène un bénéfice tout au long de la vie sur la survenue de cancer du sein préménopausique, car l’augmentation à 21 MET-heures par semaine entraîne une réduction du risque, similaire à chaque période de la vie.

Dans cette cohorte, le bénéfice n’est pas retrouvé chez la nullipare, le risque n’est pas significativement diminué pour un IMC supérieur ou égal à 25 kg/m2, la diminution du risque persiste quels que soient les récepteurs hormonaux.

La prévention du cancer préménopausique peut être élaborée à partir d’une pratique sportive ou d’une activité physique de bon niveau à l’adolescence et chez la trentenaire, et poursuivie de façon modérée après 35 ans.

Rôle de l’activité physique en prévention tertiaire

Trois études de cohorte [19-21] étudient le lien entre l’activité physique modérée pratiquée soit l’année précédant le diagnostic [19], soit les deux années suivant le traitement [20, 21]. Pour Abrahamson et al. [19], dans une cohorte de 1 264 femmes âgées de 20 à 54 ans ayant eu un cancer du sein de stades I, II, ou III, les patientes ayant pratiqué une activité physique l’année précédant le diagnostic ont une différence modeste, en termes de mortalité entre le quartile d’activité physique élevé (HR : 0,78 ; IC 95 % : [0,56-1,08]) et le quartile le plus faible d’activité ; il établit un bénéfice en termes de mortalité avec le quartile le plus élevé d’activité physique par rapport aux quartiles le plus faible chez les femmes en surpoids avec un IMC supérieur ou égal 25 kg/m2 (HR : 0,70 ; IC 95 % : [0,49-0,99]).

Dans l’étude d’un bras de la Nurses Health Study (2 987 femmes suivies huit ans, ayant eu un cancer du sein aux stades I, II ou III), Holmes et al. [20] retrouvent un seuil d’efficacité de 9 MET (trois heures de marche hebdomadaires) à partir duquel l’activité modérée est plus efficace en termes de risque de récidive et de décès par cancer du sein (RR : 0,63 ; IC 95 % : [0,48-0,81]). Il existe une amélioration du taux de survie à cinq ans de 97 % pour plus de 9 MET par semaine, alors que le taux de survie à cinq ans est de 93 % pour une activité modérée inférieure à 3 MET par semaine (moins d’une heure par semaine). Le bénéfice est plus grand pour les cancers récepteurs hormonaux positifs : on note la relation entre activité physique et taux d’estradiol libre. Le bénéfice est retrouvé avec un IMC = 25 kg/m2, avec un effet de sommation du bénéfice suivant l’augmentation de l’activité physique. La diminution d’activité physique en post-thérapeutique (en moyenne de deux heures par semaine) ou l’absence d’activité s’accompagne souvent de prise de poids, facteur de mauvais pronostic ; or, 9 MET-heures par semaine correspondent à 30 minutes de marche par jour d’un bon pas, ce qui aide, par ailleurs, au maintien de la masse osseuse et contribue à limiter le risque de lymphœdème et de ses complications [21].

Holick et al. [22], sur une cohorte de 4 482 femmes, ayant eu un cancer du sein de stades I, II ou III, répondant à un questionnaire sur l’activité physique deux ans après le diagnostic, avec un suivi moyen de 5,5 ans, confirment ce rôle de l’activité physique dans les deux années qui suivent le diagnostic, avec une diminution de risque de décès de 15 % (HR : 0,85 ; IC 95 % : [0,74-0,98] ; p = 0,03) pour une augmentation de 5 MET-heures par semaine d’activité modérée, soit 15 minutes de marche en plus par jour, effet non retrouvé avec une activité vigoureuse.

Prévention du cancer du sein par l’activité physique : un niveau de preuve suffisant

En 2002, la preuve d’un lien entre activité physique et cancer du sein est évaluée de « niveau suffisant » par l’IARC. En 2007, distinguant le statut hormonal pré- et postménopausique, le Fond mondial de recherche sur le cancer et l’Institut américain de recherche pour le cancer (WCRF/AICR) concluent à une preuve « suggestive » quant à la diminution de risque de cancer préménopausique par l’activité physique, alors que concernant le cancer postménopausique, les experts confirment que la preuve est suffisante d’un lien probable entre l’activité physique et la réduction de risque.

Le grand nombre d’études [7-9] – études prospectives de cohortes et études de cas-témoins – mettant en évidence un rôle positif et significatif de l’activité physique sur la survenue du cancer du sein, permet de placer l’activité physique dans l’arsenal préventif du cancer du sein, avec une recommandation de grade B, de niveau de preuve 2 en postménopause et une recommandation de grade C, de niveau de preuve 3 en préménopause.

Stimulation de voies biochimiques et modulation des axes biologiques expliquent le rôle de l’activité physique sur la réduction du risque du cancer du sein.

L’action de l’activité physique sur les grandes voies biologiques favorise la prévention du cancer du sein

Diminution des taux de stéroïdes sexuels circulants et de la durée d’exposition globale

La relation entre activité physique et stéroïdes sexuels est bien connue chez les athlètes de haut niveau, avec un ralentissement possible du fonctionnement de l’axe hypothalamohypophyso-ovarien, et un taux d’estradiolémie et de progestéronémie bas, ce qui peut se traduire cliniquement par une puberté retardée, des symptômes de l’insuffisance lutéale, une spanioménorrhée ou une aménorrhée avec une durée moindre d’exposition aux œstrogènes [23]. L’hypoestrogénie chez ces sportives est médiée par la baisse de la sécrétion de leptine, peptide hormonal de la cellule graisseuse, à action freinatrice sur l’axe gonadotrope, en réponse à une balance énergétique négative : le lien est constitué entre l’activité physique et l’hypoestrogénie de la sportive, la réserve énergétique (différence entre apports et dépenses énergétiques) jouant un rôle moteur sur le métabolisme des stéroïdes sexuels.

Les taux d’hormones stéroïdes en fonction de l’activité physique ont été étudiés chez les femmes en préménopause ayant une activité physique : Chez 565 infirmières en préménopause, dans la Nurses Heath Study II [24], les taux plasmatiques d’estradiol libre en phase lutéale, de testostérone libre et d’estrone sont inversement associés à l’activité modérée et vigoureuse ; cette relation inverse entre estrogènes et activité physique est atténuée si les cycles irréguliers et les aménorrhées sont exclus.

Après la ménopause, la réduction de l’aromatisation des androgènes du tissu graisseux en estrogènes est la principale cause de la diminution de production d’estrogènes endogènes.

Activité physique et sensibilité à l’insuline

L’activité physique régulière augmente la sensibilité des cellules à l’insuline, en augmentant la concentration des GLUT 4, transporteurs de glucose intracellulaires. Il y a une diminution de l’insulinémie pour un même taux de glycémie. Chez 2 996 femmes ménopausées en bonne santé, la WHI [25] montre que l’insulinémie est d’autant plus basse que l’IMC est inférieur à 25 kg/m2, l’activité physique supérieure à 17 MET-heures par semaine et le régime hypocalorique inférieur à 1 100 kcal/j, variables indépendantes. L’insulinémie la plus basse est obtenue avec le quintile d’activité physique le plus fort et le quintile le plus bas quant au régime hypocalorique. L’inverse est vrai : la sédentarité et un régime supérieur à 2 200 kcal/j entraînent une augmentation de l’insulinémie.

Agir sur les deux facteurs de risque que sont la sédentarité et le surpoids diminue l’insulinémie de façon indépendante et synergique.

Hyperinsulinémie et cancer du sein

Pollak et al. [26] ont montré qu’un taux élevé de peptide C (résultat du clivage de la pro-insuline en insuline), chez les femmes ménopausées sous traitement adjuvant, est un facteur de mauvais pronostic. Pour le quartile le plus élevé en insulinémie, c’est un risque de récidive multiplié par deux et un risque de décès multiplié par trois [27].

Aussi, après quatre mois d’exercices (50 minutes par semaine d’endurance et 1 h 30 min par semaine de cardio training) chez 40 patientes en surpoids et sédentaires, ayant eu un cancer du sein de stades I, II, ou III, le taux d’insulinémie est diminué de 28 % (p = 0,03), alors que la diminution de l’insulinémie est de 3 % dans le groupe sans exercice (p = 0,65); néanmoins, il n’y a pas de différence significative entre ces deux résultats (p = 0,07) [28].

L’insuline est un élément pivot du rôle de l’activité physique : médiateur hormonal responsable d’une cascade de réactions biochimiques, c’est sur cette cascade de réactions qu’agit l’activité physique en diminuant l’insulinémie [29]. Les principales actions de l’insuline qui nous intéressent ici sont :

  • production de SHBP augmentée : l’insuline inhibe au niveau hépatique la synthèse et la sécrétion de la protéine porteuse SHBP : une baisse de l’insulinémie va entraîner une augmentation de la SHBG et une diminution du taux des estrogènes libres et biologiquement actifs ;
  • action sur les IGFBP et la fraction libre de l’IGF1 : l’insuline diminue la production hépatique des protéines porteuses de l’IGF1 : en particulier IGFBP1 et 2, protéines porteuses, qui régulent la biodisponibilité de l’IGF1 dans les tissus. L’IGF1 est une hormone ubiquitaire, secrétée par le foie, circulant liée essentiellement à l’IGFBP3 qui est GH dépendante. Une diminution des IGFBP va augmenter la biodisponibilité de l’IGF1, ce qui a pour effet de multiplier les mitoses et d’inhiber l’apoptose cellulaire. La concentration de l’IGF1 est maximale à la puberté, puis décroît avec l’âge, sa production dépend de la GH hypophysaire. De plus, l’insuline augmente le nombre de récepteurs cellulaires hépatiques à la GH, d’où une augmentation de la production de l’IGF1 : expérimentalement [30], 11 jours seulement d’activité physique et de régime pauvre en graisse entraînent une diminution de l’insuline, d’estradiol et d’IGF1 dans le sérum de femmes ménopausées, et lors de l’incubation de lignées cellulaires tumorales du cancer du sein, positives en récepteur à l’estradiol, avec le sérum, l’apoptose des lignées cellulaires est augmentée de 20 à 30 % et la croissance tumorale diminuée de 6-18 %.

L’activité physique module les cytokines du tissu adipeux par effet sur la masse grasse et sur la balance énergétique

L’action de la leptine secrétée par la cellule adipeuse serait multiple, précisée in vitro : elle agit sur les cellules endothéliales favorisant l’angiogenèse, en synergie avec le facteur VGEF, et agit sur les cellules épithéliales par voie endocrine et paracrine ; in vitro, elle active les voies de signalisation intracellulaire après fixation sur son récepteur sur la cellule tumorale, active les récepteurs estrogéniques et leur translocation nucléaire ; de plus elle activerait l’aromatisation des androgènes et ainsi la production d’œstradiol. Sa transcription et son expression sont stimulées par l’insuline [31-33].

L’adiponectine augmente l’apoptose et la sensibilité à l’insuline, elle est abaissée en cas d’obésité.

L’activité physique module le système immunitaire de défense cellulaire

Une augmentation du pourcentage des lymphocytes T CD4-CD9 est retrouvée chez les patientes ayant eu un cancer du sein et traitées par chimiothérapie, après un programme de six mois d’exercices physiques, par rapport aux patientes sédentaires [34].

D’autres voies de recherche sont en cours, en particulier, le rôle de l’activité physique sur les voies de métabolisation des estrogènes, sur le ratio 2OH/16OH estrone [35], le rôle de l’activité physique sur l’hyperméthylation des gènes suppresseurs de tumeur [36-38].

Conclusion

La prévention du cancer du sein par l’activité physique est une réalité : une activité physique suffisante, régulière, tout au long de la vie, est un des éléments efficaces de la prévention primaire, avec une diminution de risque de 25 à 30 %, ce qui est très encourageant. La question est de savoir comment sensibiliser nos patientes aux recommandations de 30 minutes par jour d’activité physique modérée au moins cinq jours par semaine, soit 2 h 30 min à 3 h de marche rapide par semaine. L’évaluation systématique de la pratique d’une activité physique d’une patiente peut être un premier pas, lui proposer un projet d’activités physiques, évaluer ses réticences ou ses désirs après le traitement d’un cancer du sein, l’aider au choix d’une activité physique devient une nécessité. Mais engager une personne durablement dans la pratique d’une activité physique est un problème de santé public et de société. Il faut rendre la pratique du sport plus facilement abordable, l’intégrer au milieu du travail, éviter que les périodes de la vie comme le passage du lycée aux études universitaires ou au monde du travail, la grossesse, un changement de travail ne fassent mettre entre parenthèses la pratique d’une activité physique régulière dans la vie de la femme. Proposer des recommandations sur l’activité physique et la nutrition est un objectif indispensable à intégrer dans la prise en charge et le suivi de toute patiente, y compris pendant la période de l’après cancer du sein, où l’activité physique joue pleinement son rôle en prévention tertiaire et sur l’amélioration de la qualité de vie de nos patientes.

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