ARTICLE
Auteur(s) : Béatrice Vergier1, Jean-Michel
Coindre2, Antoine de Mascarel1, Nadège
Lapeyrere3, Marie Parrens1, Isabelle
Soubeyran2
1CHU de Bordeaux
2Institut Bergonié, Pessac
3Réseau de cancérologie d’Aquitaine, Bordeaux
À ce jour, les avis diagnostiques demandés en anatomie
pathologie pour les cas difficiles sont soit pris en charge
financièrement par le pathologiste qui demande l’avis, soit
l’expertise se fait bénévolement, mais sans compensation pour
l’expert, ce qui pose des problèmes depuis la mise en place de la
tarification à l’activité (T2A). En effet, l’examen
anatomopathologique étant considéré, à tort, comme un acte
biologique, il ne peut être facturé deux fois au patient (par le
pathologiste initial et par l’expert). C’est la seule spécialité
médicale pour laquelle un médecin est obligé de rémunérer un
confrère. Le domaine de la pathologie étant devenu très vaste,
des experts ont été identifiés pour des spécialités d’organes à un
niveau régional ou national. Afin d’évaluer l’impact des avis
diagnostiques dans la qualité des soins, le Réseau de cancérologie
d’Aquitaine a réalisé une étude rétrospective sur les avis et
relectures diagnostiques demandés en 2006 dans les établissements
référents de la région (CHU et Centre de lutte contre le cancer de
Bordeaux) : étude comprenant une évaluation quantitative, une
évaluation de l’impact diagnostique, thérapeutique et pronostique
pour les tumeurs lymphoïdes, mélaniques et conjonctives, et une
évaluation médico-économique. L’étude a été détaillée dans un
article soumis pour communication aux Annales de pathologie et à
l’European journal of cancer.
En 2006, les deux centres de référence ont reçu 3 769 demandes
d’avis diagnostiques dont 35 % (1 324) étaient envoyées par des
pathologistes de la région Aquitaine. Parmi ceux-ci, plus de 90 %
étaient envoyés pour une pathologie tumorale et 56 % (751 avis
régionaux) correspondaient aux trois types de tumeurs étudiées (53
% lymphoïdes, 30 % conjonctives, 17 % mélaniques). L’impact
diagnostique des avis (modification entre le diagnostic initial et
le diagnostic final) a été important dans 75 % des cas (9 %
discordance bénin/malin, 51 % tumeur maligne à classer ou à typer,
9 % doute diagnostique, 6 % sans diagnostic initial). Pour les
tumeurs lymphoïdes, le motif d’envoi le plus fréquent était «
tumeur maligne à typer » (64 %). Pour les tumeurs mélaniques, 22 %
des avis ont été envoyés pour lever le « doute bénin/malin » et 20
% dans l’objectif de typer le mélanome. Quant aux tumeurs
conjonctives, 29 % ont été adressées pour le motif « malin à typer
» et 27 % pour « lésion bénigne à classer ». L’avis donné par
l’expert a eu un impact thérapeutique fort dans 46 % des cas : 344
patients ont eu une modification « radicale » de leur traitement
suite à cet avis.
Le coût global des avis régionaux pour tumeurs lymphoïdes,
conjonctives ou mélaniques (20 % du total des avis reçus)
représentait 150 094 € (110 310 € sans biologie
moléculaire). Nous avons comparé ce coût avec l’économie de santé
réalisée du fait de l’expertise de 53 cas envoyés initialement pour
tumeur maligne et considérée comme bénigne après second avis :
l’absence de traitement de ces 53 cas permettait de couvrir
l’ensemble du coût des avis effectués en 2006 et d’économiser
environ 499 810 € en termes de prise en charge
thérapeutique.
L’intérêt de la demande d’avis est reconnu [1, 2], cependant des
questions restent en suspend : quel type de pathologie envoyer ?
Faut-il faire des relectures systématiques ? À qui faut-il envoyer
ces avis ? Qui paie ? Les études de la littérature
reconnaissent l’impossibilité pratique (en termes de temps, de
pathologistes et de coût) et le manque d’efficacité de réaliser une
relecture systématique en matière de cancer [3]. Du point de vue de
la santé publique, notre étude montre que les besoins pour les avis
en pathologie sont doubles. On note, d’une part, un besoin de
plateformes régionales pour les tumeurs qui demandent, en plus de
pathologistes experts, la réalisation de techniques
d’immunohistochimie complexes et de biologie moléculaire onéreuses
(lymphomes notamment). D’autre part, pour les pathologies
nécessitant une expertise liée à un recrutement plus important,
l’identification d’experts à l’échelon national pourrait se
concevoir. Mais « qui paie ces avis ? ». Actuellement, les
conséquences du système français sont doubles : soit les avis sont
payants et les pathologistes n’envoient plus d’avis (hormis les
avis payés directement par les patients qui le peuvent) ou font
payer les relectures cliniques aux cliniciens, soit les avis sont
gratuits et les structures hospitalières refusent de donner des
avis par manque de rentabilité. Une telle situation serait
catastrophique sur le plan de la prise en charge du cancer et sur
l’économie de santé en général. Une solution serait que chaque
laboratoire obtienne, pour ces avis, un remboursement par la caisse
primaire d’assurance maladie du patient (comme pour la double
lecture en matière de mammographie) – les avis représentant 1
% de leur activité en Aquitaine. Par ailleurs, il serait important
que les plateformes d’expertise reconnues puissent bénéficier de
moyens supplémentaires (médical, technique et secrétariat) pour
donner un avis de qualité dans un délai acceptable.
Références
1 Arbiser ZK, Folpe AL, Weiss SW. Consultative
(expert) second opinions in soft tissue pathology. Analysis of
problem-prone diagnostic situations. Am J Clin Pathol 2001 ;
4 : 473-6.
2 van Dijk MC, Aben KK, van HF, Klaasen A,
Blokx WA, Kiemeney LA, et al. Expert review remains
important in the histopathological diagnosis of cutaneous
melanocytic lesions. Histopathology 2008 ; 2 :
139-46.
3 Trotter MJ, Bruecks AK. Interpretation of skin
biopsies by general pathologists: diagnostic discrepancy rate
measured by blinded review. Arch Pathol Lab Med 2003 ;
11 : 1489-92.
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