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Management of hepatocellular carcinoma. Where are we now? What’s next?


Bulletin du Cancer. Volume 96, Number 1, 19-34, janvier 2009, Dossier thématique

DOI : 10.1684/bdc.2009.0790

Résumé   Summary  

Author(s) : Julien Taieb, Jean-Claude Barbare, Tarek Boussaha, Antonio Sa Cunha, Thierry de Baere, Olivier Rosmorduc, Jessica Zucman-Rossi, Dominique Franco , Service d’hépato-gastro-entérologie et d’oncologie digestive, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, hôpital européen Georges-Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris, France, Service d’hépato-gastro-entérologie, CHU d’Amiens-Nord, Amiens, France, Service de chirurgie digestive, Groupe hospitalier Sud, Pessac, France, Service de radiologie interventionnelle, institut Gustave-Roussy, Villejuif, France, Service d’hépato-gastro-entérologie, hôpital Saint-Antoine, Paris, France, Inserm U674, université Paris-Diderot-Paris-VII, Paris, France, Service de chirurgie digestive, hôpital Antoine-Béclère, Clamart, France.

Summary : With 6,000 new cases per year in France and nearly 700,000 new cases per year worldwide, HCC is a frequent cancer occurring in more than 90% of cases on underlying liver disease. Both diseases (cirrhosis and HCC) are involved in patients morbidity and mortality. The prognosis of HCC on cirrhosis is thus generally poor, but mainly varies depending on the stage of the tumor. Despite this poor prognosis, many therapeutic options are available for HCC patients. The curative treatments include orthotopic liver transplantation, surgical resection and radiofrequency thermal ablation. The palliative treatments include transcatheter arterial chemoembolization and more recently a systemic treatment with a new multikinase inhibitor: the sorafenib. However, many questions still need to be address to optimize the therapeutic management of this disease. This review analyses the state of the art in HCC treatment and raises the main questions that clinical trials will have to answer in the future.

Keywords : hepatocellular carcinoma, liver transplant, surgical resection, radiofrequency thermal ablation, chemoembolization, sorafenib

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Julien Taieb1, Jean-Claude Barbare2, Tarek Boussaha1, Antonio Sa Cunha3, Thierry de Baere4, Olivier Rosmorduc5, Jessica Zucman-Rossi6, Dominique Franco7

1Service d’hépato-gastro-entérologie et d’oncologie digestive, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, hôpital européen Georges-Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris, France
2Service d’hépato-gastro-entérologie, CHU d’Amiens-Nord, Amiens, France
3Service de chirurgie digestive, Groupe hospitalier Sud, Pessac, France
4Service de radiologie interventionnelle, institut Gustave-Roussy, Villejuif, France
5Service d’hépato-gastro-entérologie, hôpital Saint-Antoine, Paris, France
6Inserm U674, université Paris-Diderot-Paris-VII, Paris, France
7Service de chirurgie digestive, hôpital Antoine-Béclère, Clamart, France

Article reçu le 23 Octobre 2008, accepté le 12 Decembre 2008

Introduction

Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est le cinquième cancer le plus fréquent et la quatrième cause de décès par cancer dans le monde [1]. Son incidence mondiale a été estimée à plus de 667 000 nouveaux cas pour l’année 2005 [2]. La maladie survient dans plus de 90 % des cas sur une maladie hépatique préexistante, cirrhose ou hépatopathie chronique au terme d’une évolution de deux à trois décennies [3, 4]. Chacune des deux maladies (cirrhose et CHC) a une morbidité et une mortalité qui lui sont propres. Le pronostic du CHC sur cirrhose est ainsi globalement sombre mais varie selon le stade auquel la tumeur est diagnostiquée [2, 3]. Malgré ce mauvais pronostic, le CHC est une tumeur pour laquelle il existe un grand nombre de possibilités thérapeutiques [5]. Celles-ci sont résumées dans la figure 1. On peut schématiquement distinguer trois grandes situations :
  • les traitements dits « curatifs » qui permettent de retirer ou de détruire l’ensemble des lésions néoplasiques ;
  • les traitements (néo)adjuvants qui ont pour but d’améliorer les performances des traitements curatifs ;
  • les traitements « palliatifs » ayant pour but d’augmenter la durée de vie en préservant ou en améliorant la qualité de vie des patients chez qui un traitement curatif n’est pas envisageable [6].

Cet article a pour but de faire une analyse critique de l’état actuel des connaissances sur les prises en charge thérapeutiques du CHC et de soulever des questions qui restent en suspens et doivent être posées dans nos futurs essais cliniques.

Situation curative

Traitement chirurgical

Transplantation hépatique (TH)

La TH est le meilleur traitement curatif du CHC sur foie cirrhotique, car c’est la seule approche qui va permettre de traiter à la fois le cancer et la maladie du foie sous-jacente. La TH des CHC est aujourd’hui indiquée chez les patients répondant aux critères de Milan (une lésion de diamètre inférieur à 5 cm, au plus trois nodules inférieurs à 3 cm). Dans cette population, elle permet une survie globale à dix ans de 70 %. [7] Deux grandes questions se posent aujourd’hui dans le domaine de la TH pour CHC : l’extension des critères de Milan et les traitements qui peuvent être proposés avant de réaliser la transplantation pour améliorer ces résultats et éviter les sorties de liste.

Élargissement des critères de Milan

Plusieurs études ont rapporté pour la TH des malades ayant des CHC au-delà des critères de Milan, des taux de survie supérieurs à 50 % à cinq ans [8, 9]. Parmi les critères proposés, ceux de l’UCSF (une lésion < 6,5 cm, trois nodules < 4,5 cm, avec une somme des diamètres < 8 cm) permettent d’obtenir de bons résultats [10]. Cependant, le gain en termes de malades rendus « transplantables » par l’élargissement de ces critères est inférieur à 10 % de la population transplantée [11, 12].

Dans une étude multicentrique française, dans laquelle 39 sur 461 malades (8,7 %) avaient des tumeurs explantées au-delà des critères de Milan mais répondant aux critères de UCSF, il n’y avait pas de différence de survie globale entre les deux populations [13]. Néanmoins, cette étude est rétrospective et manque de puissance, elle ne permet donc pas de conclusion formelle, et ses résultats doivent être confirmés dans des travaux prospectifs.

L’extension des critères de transplantation soulève de multiples questions en période de pénurie de greffon. Quels sont les critères qui permettraient d’augmenter significativement le nombre de malades, candidats à une TH pour CHC ? Quelle est la limite inférieure de survie globale que la communauté médicale juge acceptable (certaines équipes ont proposé 50 % à cinq ans) après TH pour CHC ? Il est donc nécessaire d’évaluer l’extension des critères dans des études prospectives.

Le cas particulier des transplantations à donneur vivant dans le contexte particulier du CHC doit être évoqué. L’indication d’une TH à donneur vivant doit tenir compte du risque pour le donneur (morbidité : 14 à 21 % ; mortalité ; 0,25 à 1 %). Les études récentes montrent de bons résultats des TH à donneurs vivants pour CHC. Ces résultats sont probablement équivalents à ceux obtenus pour TH à donneurs cadavériques à condition de respecter les critères de Milan [11, 14]. Il n’y a pas d’éléments dans la littérature pour proposer une TH à donneur vivant pour des CHC au-delà des critères de Milan.

Traitement avant TH

Avant TH, le traitement du CHC peut avoir pour but :
  • d’éviter la progression de la maladie chez un patient inscrit sur liste d’attente. Une étude de l’UNOS, comparant les sorties de liste chez les malades ayant un CHC (n = 2 052) et les malades sans CHC (n = 9 379), trouvait un taux identique de sortie de liste à six mois (8,7 vs 9,4 %). À un an, le taux de sortie de liste était plus élevé chez les malades ayant un CHC (31,8 vs 19 %) [15]. L’équipe de Barcelone, en utilisant un modèle de Markov, a montré un bénéfice à la réalisation d’un traitement d’attente lorsque le délai sur liste était supérieur à six mois [16]. En résumé, si le délai d’attente est inférieur à six mois, il n’y a pas indication à un traitement d’attente. Si le délai est supérieur à six mois, le risque de progression tumorale et de sortie de liste devient important. Un traitement d’attente pourrait-il alors être bénéfique ? Quel traitement d’attente faut-il alors proposer ? Que ce soit en termes de stratégie ou d’évaluation de l’efficacité des traitements, très peu d’études ont été réalisées en ce domaine. La chimioembolisation a fait l’objet de quatre études comparatives rétrospectives suggérant, avec un niveau de preuve faible, son absence d’efficacité [17, 18]. Compte tenu de l’utilisation actuellement très répandue de traitements d’attente par les équipes et de l’absence de preuve de l’efficacité de ces traitements (destruction percutanée, chimioembolisation…), il convient, d’une part, d’identifier et d’évaluer les pratiques actuelles et, d’autre part, de mener des essais prospectifs évaluant ces différents traitements ;
  • de rendre transplantable certains malades qui ne l’étaient pas, après une « réduction » tumorale. Bien que le concept soit d’ores et déjà validé dans le but de rendre résécable des métastases d’une tumeur digestive comme le cancer colorectal, il n’existe aucune étude dans la littérature testant cette approche pour le CHC. La question reste donc entière et mérite d’être posée au sein d’études cliniques de bonne qualité méthodologique.

Résection chirurgicale

Si la résection hépatique est un traitement de choix du CHC sur foie non cirrhotique, elle ne doit être envisagée chez le patient cirrhotique que si la fonction hépatique le permet.

Les éléments permettant de décider une résection hépatique majeure ou mineure sont indiqués dans le tableau 1. Les résultats de cette chirurgie sont donc non seulement liés au nombre et à la taille des nodules de CHC, mais aussi à la gravité de l’hépatopathie sous-jacente. Ainsi, chez les patients présentant un CHC unique sans hypertension portale ni élévation de la bilirubine, les taux de survie à cinq ans sont de plus de 70 %, alors qu’ils sont de moins de 20 % lorsqu’aucun de ces critères n’est respecté [3]. Si la nécessité d’effectuer la chirurgie dans des centres experts est aujourd’hui admise, il reste des questions quant à la technique et la nature de l’acte chirurgical.

Résection anatomique vs tumorectomie

La dissémination tumorale des CHC se faisant par voie portale, Makuuchi et al. ont développé le concept de résection anatomique (chirurgie emportant le territoire portal de la tumeur) [19]. Trois études rétrospectives ont montré un bénéfice de la résection anatomique sur la survie globale et sans récidive [20, 21]. Une quatrième étude, publiée par Kaibori et al. qui n’incluaient que des cirrhoses virales C, n’a pas retrouvé de bénéfice de la résection anatomique par rapport à la tumorectomie [22]. Les résultats de ces différents travaux sont résumés dans le tableau 2. Une étude randomisée est donc nécessaire pour valider ce concept. Il est essentiel de rappeler l’importance des marges de résection dans la chirurgie du CHC, comme le montre une étude randomisée récente ayant comparé des résections avec des marges de 2 cm et de 1 cm, qui montre une augmentation significative de la survie à cinq ans dans le groupe avec des marges de 2 cm (74,9 vs 70 % ; p = 0,018) [23].

Tableau 1 Critères décisionnels permettant une résection hépatique majeure ou limitée pour le carcinome hépatocellulaire.

Résection majeure (≥ 3 segments)

Résection limitée (< 3 segments)

  • Child Pugh A
  • Rétention vert indocyanine à 15 minutes : 15 %
  • Pas de varices œsophagiennes
  • Plaquettes > 100 000
  • Transaminases ≤ 2 N
  • Hypertrophie du foie controlatérale après embolisation portale
  • Volume hépatique résiduel > 50 %


  • Child Pugh A
  • Rétention vert indocyanine à 15 minutes > 20 %
  • Varices oesophagiennes de grade II au maximum
  • Child Pugh B
  • Tumorectomie périphérique




Tableau 2 Études rétrospective comparant résection anatomique et tumorectomie.

Patients (n)

Résection anatomique/tumorectomie

Survie à 5 ans (%)

Hasegawa et al. [20]

210

156/54

66 vs 35 ; p = 0,01

Wakai et al. [21]

158

95/63

59 vs 38 ; p = 0,0012

Regimbeau et al. [96]

64

30/34

54 vs 35 ; p < 0,05

Kaibori et al. [22]

247

34/213

52,5 vs 53,7 ; ns

Laparoscopie et CHC

Il y a peu études dans la littérature, avec souvent des effectifs limités et pas d’étude randomisée comparant la laparoscopie à la laparotomie dans le traitement du CHC. Les données disponibles suggèrent la faisabilité de cet abord, avec des résultats carcinologiques qui paraissent comparables à ceux des exérèses classiques. Les avantages qui demeurent à démontrer sont : la diminution des complications hépatiques (en particulier, diminution de l’ascite postopératoire) et la diminution des adhérences postopératoires rendant plus facile une transplantation ultérieure [24, 25].

Cas particulier du traitement des petits CHC (lésion unique < 2 cm)

Chez les malades ayant un petit CHC sur cirrhose Child A, la résection, la radiofréquence et la transplantation permettent d’obtenir des survies globales pratiquement comparables. Certains auteurs préconisent la TH d’emblée, car le risque de récidive tumorale après RF et résection reste élevé [26, 27]. Celle-ci survient dans 80 % des cas dans le foie, ce qui explique les bons chiffres de survie globale après résection ou radiofréquence, malgré le taux élevé de récidives [28, 29]. Cependant, en raison de la pénurie de greffons, il semble difficile de proposer une TH d’emblée, et ce, d’autant que plusieurs équipes ont montré la faisabilité d’une TH après résection première. Les résultats semblent peu différents de ceux obtenus chez les malades transplantées d’emblée [30, 31]. La meilleure stratégie de prise en charge chez ces malades nécessite donc d’être mieux définie.

Traitement non chirurgical

Destruction percutanée

La destruction percutanée du CHC consiste au guidage par l’imagerie d’une sonde ou d’une aiguille directement dans la tumeur, en vue d’un geste thérapeutique : injection de substances chimiques toxiques pour l’alcoolisation ou l’acétisation ou changement thermique pour la radiofréquence, la cryothérapie ou le laser. L’alcoolisation est la technique la plus étudiée avec des survies proches de celles obtenues par chirurgie [32, 33] mais sans essai comparatif randomisé. Cependant, l’alcoolisation tend à être remplacée par la radiofréquence, apparue il y a une dizaine d’années. La cryothérapie et le laser restent des techniques marginales.

Plusieurs essais randomisés ont démontré la supériorité de la radiofréquence sur l’alcoolisation en termes de contrôle local de la maladie, de survie sans récidive et de survie globale (tableau 3) [34, 35]. En termes de coût-efficacité, le coût du matériel de radiofréquence semble être compensé par une technique réalisée en une seule session thérapeutique et limite ainsi la répétition d’hospitalisations coûteuses en comparaison à l’alcoolisation.

La taille du CHC traité par radiofréquence influe directement sur le taux de destruction complète et sur la survie. Ainsi, les meilleurs résultats sont obtenus sur les CHC de 3 cm ou moins. Les tumeurs de 5 cm sont plus rarement détruites en totalité par radiofréquence ; au-delà les chances de destruction complète sont faibles, probablement inférieures à 30-50 %. Les tumeurs proches du hile hépatique sont à plus fort risque de complications, alors que les tumeurs proches des vaisseaux de diamètre supérieur à 3 cm présentent plus de risques de traitements incomplets.

La radiofréquence est habituellement réservée aux patients non transplantables, non résécables. Cela dit, des études rétrospectives [36, 37] suggèrent, comme cela a été rappelé dans le chapitre précédent, qu’il n’y a pas de différence de survie à moyen terme entre ces trois traitements « curatifs » pour les CHC de moins de 3 cm chez des patients Child A. Dans une étude récente multicentrique italienne sur 218 malades ayant un CHC unique inférieur ou égal à 2 cm traité par radiofréquence, les auteurs rapportent une morbidité de 1,8 %, un taux de destruction complète de 97,2 %, une survie de 68,5 % à cinq ans mais une survie sans récidive à cinq ans de 20 % seulement [28]. Même si les résultats de la radiofréquence sur de petites tumeurs sont très encourageants, on voit bien à travers ces chiffres que les résultats de la radiofréquence, comme ceux de la chirurgie, sont grevés par les récidives de CHC dans le foie restant. Ainsi, la TH reste la seule approche permettant de traiter le cancer et la condition prénéoplasique (cirrhose) sous-jacente et d’obtenir des rémissions à long terme de la maladie.

La question de la meilleure approche entre radiofréquence et résection chirurgicale n’est, quant à elle, toujours pas réglée. En effet, il n’existe que deux études randomisées asiatiques, portant sur un nombre réduit de patients, et discutables d’un point de vue méthodologique (études de supériorité et non d’équivalence). La première a inclus 180 patients atteints de CHC de moins de 5 cm et n’a pas démontré de différence de survie à quatre ans, avec 64 et 67,9 % de patients vivants dans le groupe radiofréquence et chirurgie respectivement [38]. La seconde étude a inclus 105 malades avec deux ou trois nodules inférieurs à 3 cm : la survie à trois ans était de 86 % dans le groupe RF et de 87 % dans le groupe chirurgie sans différence significative entre les deux groupes [39]. Ces deux études portant sur des populations assez différentes de celles observées en France avec une large prédominance de patients atteints d’hépatopathies chroniques virales, une étude randomisée française ou européenne reste nécessaire même si elle paraît difficile à réaliser.

L’intérêt d’une approche thérapeutique combinant la radiofréquence avec d’autres traitements systémiques (chimiothérapie, thérapeutique ciblée) ou intra-artériels doit aussi être évalué. Les travaux sur ce sujet sont peu nombreux et font de petites séries ne permettant pas de conclusions quant à l’intérêt ou non de telles combinaisons. Cependant, une étude rétrospective récente, comparant des patients traités par chimioembolisation + radiofréquence vs chirurgie, a montré des survies identiques dans les deux groupes, et cela, alors même que le CLIP score était équivalent ou inférieur dans le groupe chirurgie [40].

L’association de la radiofréquence avec une chimiothérapie systémique ou une thérapie ciblée, comme le sorafenib, n’a jamais été rapportée en clinique même si une étude expérimentale semble encourageante en augmentant l’efficacité de la radiofréquence sur les animaux prétraités par sorafenib [41].

Enfin, même si le taux de nouveau CHC à distance après radiofréquence atteint environ 80 % à 5 ans [42], suggérant l’intérêt potentiel d’un traitement adjuvant, il n’existe pas, à ce jour, d’études ou de recommandations sur l’utilisation d’un tel traitement après radiofréquence. Cette question doit donc être posée dans de futures études randomisées où une radiofréquence complète pourrait être assimilée à une résection chirurgicale R0.

Tableau 3 Études randomisées comparant la radiofréquence et l’alcoolisation.

Nombre

CHC

Récidive à 2 ans (RFA vs alcoolisation) [%]

SG à 2 ans (RFA vs alcoolisation) [%]

Lencioni et al. 2003 [34]

102

Milan

4 vs 38*

96 vs 88

Lin et al. 2004 [35]

157

≤ 4 cm

18 vs 40*

82 vs 62*

Lin et al. 2005 [97]

187

< 3 m

14 vs 34*

81 vs 66*

Shiina et al. 2005 [98]

132

Milan

2 vs 11*

90 vs 82*

Autres approches curatives non chirurgicales ?

De nouvelles techniques de destruction non chirurgicales du CHC sont en train d’émerger. En particulier, on assiste depuis quelques années à une multiplication des approches/techniques de radiothérapie (IMRT, cyberknife, tomothérapie…) qui permettent d’envisager le traitement de tumeurs intrahépatiques primitives ou secondaires, jusque-là écartées de ce type de traitement, en raison de la grande radiosensibilité du parenchyme hépatique. Les premiers résultats rapportés sont encourageants en termes de réponse tumorale, de taux de contrôle de la maladie et de survie sans progression [43-45].

La majorité des travaux publiés se sont intéressés à des tumeurs de petites tailles (< 3 cm). La poursuite de l’évaluation de ces différentes approches est importante, et de nombreuses questions se posent déjà. Quelle est la meilleure technique d’irradiation pour les tumeurs primitives du foie ? Quels sont les résultats de ces approches à long terme ? Quelle est la limite de taille pour envisager ce type de traitements ? Que donneront-ils en comparaison de la chirurgie ou la radiofréquence ? Est-ce qu’une approche combinée avec un traitement systémique ou intra-artériel permettrait de traiter de plus grosses lésions ou d’améliorer les résultats sur les petites lésions ?

Traitements (néo)adjuvants

En cas de résection et de destruction percutanée

Le taux de récidive du CHC après ces traitements, qu’il s’agisse de métastases intrahépatiques (classiquement définies par un délai de survenue < 2 ans) ou d’une nouvelle tumeur (classiquement définie par un délai de survenue > 2 ans), est très élevé, supérieur à 70 % à cinq ans [46]. Malgré la publication d’un certain nombre d’essais randomisés, aucun traitement adjuvant n’est actuellement considéré comme un standard. Compte tenu principalement du trop petit nombre de malades inclus, il est considéré que les essais positifs n’apportaient qu’une présomption scientifique (grade B) et devraient être confirmés [46]. Des essais de phase III randomisés ont suggéré un bénéfice en termes de récidive tumorale d’un traitement par immunothérapie passive [47, 48], Lipiocis® [49] et acide polyprénoïque [50].

En revanche, il n’y a pas d’arguments en faveur de la chimioembolisation pré- ou postopératoire (quatre essais négatifs), de la chimiothérapie systémique (CTs) [deux essais négatifs avec le carmofur et l’UFT] [51, 52] ou de la combinaison des deux approches (un essai négatif avec épirubicine IAH ± tégafur ou épirubicine IV + carmofur) [53]. Une méta-analyse a, cependant, suggéré que la CIAH pourrait présenter un intérêt [54]. Aucune CTs moderne n’a été testée. Ces questions restent donc d’actualité.

La validation d’un traitement adjuvant efficace est absolument nécessaire ; il convient en premier lieu de mener à leur terme les essais ouverts actuellement en France dans cette indication (essai ANRS HC 06 : lipiocis vs surveillance et essai GEMOXIAL (PHRC) : Gemox IV vs CIAH lipiodolée vs surveillance). En second lieu, il convient d’essayer de confirmer les résultats observés avec les rétinoïdes et l’immunothérapie et d’évaluer les biothérapies efficaces en situation palliative. La meilleure stratégie thérapeutique reste aussi à définir : traitement néoadjuvant, adjuvant ou encadrement du geste par un traitement complémentaire à l’instar du standard actuel pour les métastases hépatiques de cancer colorectal ?

En cas de transplantation

Trois essais randomisés ont évalué un traitement adjuvant après TH. L’administration de Licartin® (metuximab 131I), comparée à un placebo, a été associée à une diminution du taux de récidive et à une prolongation de la durée de survie [55]. Un essai de thérapie génique (injection périhépatique de HSV thymidine kinase ADV mediated + ganciclovir (prodrogue) + épirubicine IV) a montré une prolongation de la survie globale et sans récidive [56]. En revanche, un essai de chimiothérapie par doxorubicine pré-, per- et postopératoire, ayant inclus seulement 46 malades, s’est révélé négatif [57]. On dispose d’une évaluation préliminaire d’une chimiothérapie par gemcitabine-cisplatine postopératoire dans une étude comparative non randomisée ayant inclus 30 malades, suggérant donc, avec un niveau de preuve faible, que ce traitement améliore la SSR à trois ans [58].

Comme après destruction percutanée et résection, il serait très important de disposer d’un traitement adjuvant efficace après TH pour CHC, et ce, d’autant que la pratique de la TH au-delà des critères de Milan (30 % des cas actuellement en France) se répand et qu’elle est associée à un taux plus élevé de récidive. Des essais doivent donc être menés chez les malades transplantés pour CHC au niveau national pour confirmer ou infirmer les résultats préliminaires.

Situation palliative

Traitements intra-artériels hépatiques

Chimioembolisation et embolisation

La chimioembolisation entraîne une réponse objective dans 16 à 60 % des cas et une nécrose tumorale extensive dans plus de 50 % des cas. La nécrose du parenchyme hépatique entraîne une insuffisance hépatique sévère dans 5 à 10 % des cas et, dans les séries non asiatiques, le décès dans 1 à 5 % des cas.

Trois essais randomisés français effectués dans les années 1990 n’ont pas montré d’allongement de la survie. Deux essais positifs en termes de survie globale ont été publiés en 2002. Le premier, par l’équipe de Barcelone, concernait essentiellement des CHC sur cirrhose virale C et l’autre, asiatique, des CHC sur cirrhose ou hépatopathie chronique virale [59, 60]. Les deux n’avaient inclus que des malades avec une fonction hépatique conservée (tableau 4) ; deux méta-analyses parues en 2002 et 2003 ont confirmé ces résultats, en montrant une augmentation de la survie à deux ans chez les malades traités par rapport aux malades témoins. Récemment, un nouvel essai randomisé français négatif [61] a été publié. Bien que manquant de puissance, cet essai remet en cause l’efficacité de cette méthode chez les malades atteints de CHC sur cirrhose alcoolique. L’indication retenue dans les référentiels reste, cependant, « traitement palliatif de première ligne pour les CHC évolués (ou multinodulaires) en l’absence de métastase et d’atteinte du flux portal chez les malades Child-Pugh A et OMS 0 ».

Il existe une grande hétérogénéité dans les pratiques et les techniques de traitement intra-artériel du CHC. Une revue récente de la littérature suggère qu’il n’y a pas de critères de choix disponibles pour le type de chimiothérapie, et que l’utilisation du lipiodol n’est probablement pas associée à un bénéfice thérapeutique [62].

Les données concernant l’embolisation seule sont contradictoires.

Il n’y a pas de preuve de l’intérêt d’associer la chimioembolisation à un autre traitement, notamment à la destruction percutanée en situation palliative. Une revue fondée sur des méta-analyses a suggéré l’intérêt de telles associations [63], mais une analyse critique de ce travail, faite par des méthodologistes, a montré que le niveau de preuve était insuffisant [64].

Deux nouvelles méthodes de chimioembolisation avec des microsphères sont en cours d’évaluation. En premier lieu, il s’agit de microsphères calibrées et imprégnées de doxorubicine (DC Bead® de biocompatible). Le but est d’améliorer les résultats par une ischémie hépatique prolongée et par une diminution du passage systémique afin de limiter les effets indésirables liés à la chimiothérapie. Deux essais (phases I-II) ont confirmé la bonne tolérance de cette technique, avec un passage systémique de la substance réduit et un taux de réponse de 45 à 50 % [65, 66]. Un essai de phase III randomisé international (essai PRECISION V), comparant chimioembolisation et DC Beads®, a été mené ; les résultats définitifs doivent être connus fin 2008.

La seconde méthode évaluée est la radioembolisation par injection de microsphères radioactives d’yttrium 90 (Terasphères®). Un essai phase II a inclus 108 patients dont 34 % avaient une thrombose portale. Le taux de réponse partielle a été de 42 % (critères RECIST). Des effets indésirables sévères n’ont été constatés que chez les malades atteints de CHC sur cirrhose et/ou ayant une thrombose portale [67].

Tableau 4 Résultats de survie à un an de la chimiothérapie intra-artérielle hépatique avec ou sans embolisation.

Traitement

Nombre

Survie à 1 an (%)

p

Pelletier et al. 1990 [99]

A + E, témoins

21

24

NS

21

31

GRETCH 1995 [101]

C + L + E, témoins

50

38

NS

46

28

Pelletier et al. 1998 [102]

C + L + E, témoins

37

45

NS

36

58

Llovet et al. 2002 [59]

A + L + E, témoins

40

82

0,009

35

63

Lo et al. 2002 [60]

C + L +E, témoins

40

57

0,005

30

32

Doffoël et al. 2008 [61]

C + L +E, témoins

62

51

NS

61

46

Chimiothérapie intra-artérielle hépatique (CIAH)

Dans des essais de phase II, la CIAH a donné des taux de réponse, en moyenne, plus élevés par apport à la chimiothérapie. Les substances utilisées ont été la 5-FU, les anthracyclines et/ou le cisplatine, avec des taux de réponse de 15 à 66 %. Les revues systématiques de la littérature n’ont relevé que deux essais randomisés : un premier, publié, ayant comparé lipiodol + épirubicine (n = 50) et soins palliatifs, et s’étant révélé négatif [68], le second, à trois bras, ayant comparé cisplatine IAH, interféron systémique + cisplatine IAH et soins palliatifs, et s’étant révélé positif en faveur du bras de traitement associé ; mais l’effectif de malades était faible (n = 68) et le gain de survie (4,7 vs 2,7 mois et 1,2 mois) n’apparaissait pas très important [69].

Traitements systémiques (hors biothérapies)

CTs

Il n’a été publié à notre connaissance que deux essais randomisés de CTs vs l’absence de traitement spécifique, l’un avec la doxorubicine et l’autre avec la capécitabine ; ils ont suggéré tous deux un bénéfice de survie globale en faveur de la CTs. Cependant, la faiblesse de la méthodologie de ces études (bénéfice de survie marginal ou faible effectif) ne permet pas d’en tirer des recommandations.

En monochimiothérapie, la doxorubicine a été la substance la plus évaluée en phase II. Sur plus de 500 malades, le taux de réponse moyen était d’environ 15 % et la médiane de survie de trois à quatre mois, au prix d’une toxicité hématologique et digestive importante. Malgré cela, la doxorubicine a été retenue dans certains pays comme bras témoin des nouveaux essais. De nombreuses autres substances n’ont été testées qu’en phase II avec des taux de réponse faibles ne dépassant pas 20 % (tableau 5) [70].

Plusieurs polychimiothérapies ont été évaluées au cours du CHC, mais seulement en phase II ou en phase III vs doxorubicine (tableau 6) [70]. Les taux de réponses ont été de 15 à 40 %. Un essai randomisé de CTs a comparé l’association cisplatine-interféron alpha-doxorubicine-5-FU (PIAF) à la doxorubicine sans montrer de différence en termes de réponse ou de survie (21 vs 10,5 % et de 8,7 vs 6,6 mois) [71]. Les résultats de cet essai confirment l’absence de chimiothérapies cytotoxiques de référence du CHC en situation palliative.

Néanmoins, il a été rapporté dans la majorité des études évaluant un protocole de CTs, donnant un pourcentage non négligeable de réponse, des résections secondaires à but curatif. Dans l’étude initiale de Lau et al. [72] évaluant le protocole PIAF (sus-cité), les auteurs ont rapporté une série de 150 malades atteints de CHC, initialement non résécables, dont 10 % des patients ont pu bénéficier d’une chirurgie carcinologique après six cycles de chimiothérapie. Dans un second travail [73], les mêmes auteurs montrent que 57 % des patients ayant répondu à une CTs et secondairement réséqués sont vivants, cinq ans après la chirurgie.

La séquence CTs, permettant un downstaging puis chirurgie de rattrapage, doit être évaluée dans le cadre d’études prospectives.

Tableau 5 Chimiothérapie systémique du CHC (monothérapie) d’après Zhu et al. [70].

Essai

Agent de chimiothérapie

Effectif (n)

Taux de réponse (%)

Johnson et al.

Doxorubicine

44

32

Sciarrino et al.

Doxorubicine

109

0

Melia et al.

VP-16

24

13

Hochster et al.

Épirubicine

18

17

Lai et al.

Mitoxantrone

20

0

Falkson et al.

Cisplatine

35

17

Chao et al.

Paclitaxel

20

0

Patt et al.

Capécitabine

37

11

Yang et al.

Gemcitabine

28

18

Fuchs et al.

Gemcitabine

30

0

O’Reilly et al.

Irinotécan

14

7

Halm et al.

Pegylated liposomal doxorubicin

16

0

Stuart et al.

Nolatrexed

26

8

Leung et al.

T138067

21

10

Falcon-Lizaraso et al.

Irofulven

29

7



Tableau 6 Chimiothérapie systémique du CHC (protocole, association, polychimiothérapie) d’après Zhu et al. [70].

Essai

Régime

Effectif (n)

Taux de réponse ( %)

Al-Idrissi et al.

Doxorubicine, 5-FU, mitomycine C

40

13

Ravry et al.

Doxorubicine, bléomycine

60

16

Patt et al.

5-FU, interféron

28

14

Ji et al.

Cisplatine, interféron

30

13,3

Bobbio-Pallavicini et al.

Épirubicine, étoposide

36

39

Leung et al.

PIAF

50

26

Taieb et al.

GEMOX

21

19

Lee et al.

Cisplatine, doxorubicine

37

18,9

Ikeda et al.

Mitoxantron, 5-FU, cisplatine

51

27

Autres traitements systémiques

Bien qu’il y ait eu des résultats discordants dans deux études préliminaires de méthodologie discutable, on peut conclure, avec un niveau de preuve élevé, à l’absence d’efficacité du tamoxifène, des anti-androgènes et de l’octréotide. Des études préliminaires concernant l’injection d’interféron alpha, d’interféron gamma et de GM-CSF, de cellules dendritiques ou la vaccination par injection de lysats de protéines tumorales ont donné des résultats décevants [74]. Le plus grand essai randomisé conduit à ce jour dans le CHC a comparé le séocalcitol, un dérivé de la vitamine D3, au placebo (n = 746) sans bénéfice sur la survie. L’évaluation de ces traitements en dehors d’approches innovantes d’immunothérapie n’a plus de place au cours du CHC. Dans des études précliniques sur des modèles de rat, les statines (ou inhibiteur de la HMG-CoA réductase) semblent réduire la croissance tumorale du CHC et la diffusion métastatique, par un effet cytostatique, en diminuant l’activité de la MMP-9 (métalloprotéinase-9) [75]. Dans une étude prospective randomisée contrôlée [76] qui a porté sur 83 patients, la survie médiane était de 18 mois dans le bras pravastatine vs neuf mois dans le bras témoin (p = 0,006). Cependant, dans cette étude, tous les patients étaient prétraités par une embolisation artérielle suivie de 5-FU orale. Une deuxième étude réalisée, en 2008, par Graf et al. [77] a comparé l’association de chimioembolisation avec la pravastatine vs chimioembolisation seule. Il en ressort que la médiane de survie était significativement plus longue chez les patients ayant reçu l’association (20,9 vs 12 mois ; p = 0,003). Ces résultats, qui semblent montrer un intérêt de cette molécule en combinaison avec un traitement intra-artériel, doivent cependant être confirmés sur des séries plus larges de patients, dans le cadre d’études randomisées contre placebo, idéalement en double insu.

Il aurait été sans doute indispensable d’évaluer, dans des essais de phase III certaines, des poly-CTs les moins toxiques et donnant un taux de réponse suffisant, comme les schémas associant la gemcitabine et l’oxaliplatine (GEMOX) utilisés un temps en France [78, 79], mais la faisabilité de tels essais paraît impossible depuis l’apparition des biothérapies. Il convient donc d’encourager l’évaluation d’associations d’une biothérapie et de la CTs ou de biothérapie et pravastatine. Des essais de phase II ont déjà fait l’objet de communications ou de publications [80, 81], d’autres devraient démarrer prochainement.

Compte tenu de la problématique particulière du CHC liée à l’existence, dans plus de 90 % des cas, d’une hépatopathie grave sous-jacente, il semble opportun de tenir compte, dans le critère de jugement et donc de sélection en phase II, d’une part, de l’efficacité et, d’autre part, de la tolérance (concept de « panier de critères de jugement » selon Johnson et Billingham [82] ou de critère « composite » selon Tournoux et al. [83]).

Le critère d’efficacité antitumorale principal adéquat semble être le temps jusqu’à progression [46]. L’efficacité doit bien sûr être appréciée, en cas d’utilisation de biothérapies, en tenant compte du mode d’action de ces médicaments (analyse de la vascularisation tumorale par imagerie pour les anti-angiogéniques, par exemple). Néanmoins, la réponse tumorale objective reste un critère d’efficacité important dans cette maladie, car elle permet de ramener un petit pourcentage de patients non accessible à un traitement curatif vers une chirurgie ou une destruction cutanée secondaire.

Thérapeutiques ciblées

Dans le CHC, les altérations des voies de signalisation sont multiples et concernent les voies de survie (dépendant de la voie PI3kinase-Akt), de prolifération (dépendant des voies Raf et MAPkinase), la voie Wnt-β-caténine, la fonction du protéasome ou encore la réexpression de la télomérase.

Les voies dépendantes des facteurs de croissance hépatocytaires ou vasculaires sont des cibles de choix non seulement parce qu’elles sont fréquemment activées (tableau 7) mais surtout parce qu’elles sont accessibles à des inhibiteurs pharmacologiques puissants maintenant disponibles.

Inhibiteurs de EGFR

Les premières molécules ciblant spécifiquement les voies dépendantes des facteurs de croissance ont été les inhibiteurs des récepteurs à l’EGF (EGFR) tel que le gefitinib (Iressa®, AstraZeneca), l’erlotinib (Tarceva®, Roche) ou le cetuximab (Erbitux®, Merck). Cependant, les résultats des études de phase II utilisant ces inhibiteurs en monothérapie [84, 85] ont montré des taux de réponse marginaux (0 à 9 %) et des survies de 9 à 13 mois dans des populations sélectionnées. En association avec une chimiothérapie conventionnelle cytotoxique (cetuximab-GEMOX) [80], les résultats semblaient assez comparables à ceux de la chimiothérapie conventionnelle (SD 40 %, contrôle de la maladie 60 %, OS 9,5 mois et SSP 4,7 mois) mais dans une population ayant une maladie initialement plus grave, car documentée progressive à l’inclusion. Ainsi, pour la première fois, dans cette étude, la stabilité de la maladie selon les critères RECIST pouvait vraiment être attribuée au traitement. L’erlotinib en monothérapie n’a pas donné de résultats encourageants, et les résultats du lapatinib (inhibiteur d’EGRF et de HER2/neu) récemment rapportés en monothérapie dans deux études semblent décevants [84, 86].

Tableau 7 Voies de signalisation dépendante des facteurs de croissances hépatocytaires ou vasculaires altérées dans le CHC.

IGF-II

16-40 %

IRS1 / IRS2

86-100 %

TGFβ

80 %

EGFR/Her1

70 %

Her3/Her4¤

64-84 %

β-caténine

17-40 %

FZD-7

90 %

Axe TGFβ

TbR-I

80 %

Smad7

60 %

Axe HGF

MET

20-48 %

Inhibiteurs du VEGF

Les inhibiteurs du VEGF ont été parallèlement évalués dans le CHC avancé avec un rationnel préclinique relativement solide. En effet, l’expression de VEGF est augmentée dans le foie cirrhotique et dans le CHC. Le récepteur VEGF-R2 est un modulateur du développement tumoral et de l’angiogenèse du CHC. Par ailleurs, des anticorps neutralisant les récepteurs au VEGF (VEGF-R1 et/ou VEGF-R2) inhibent la croissance tumorale dans un modèle du CHC induit par un carcinogène chimique.

Le médicament anti-angiogénique de référence est actuellement le bevacizumab (Avastin®, Roche) qui a été testé dans trois essais de phase II comportant une trentaine de malades atteints de CHC avancé. Le premier d’entre eux, publié sous forme de résumé [87], comportait un traitement à la dose de 5 ou 10 mg/kg tous les 14 jours, avec deux réponses partielles et 15 stabilisations sur 28 malades. La survie sans progression était de 6,5 mois. Plus récemment, une étude rapportée à l’ASCO en 2007, utilisant le bevacizumab en monothérapie, a montré un taux de réponse de 12,5 %, relativement comparable aux études antérieures. Les réponses observées dans ces études ont finalement été modestes en monothérapie, confirmant que le ciblage d’une seule voie de signalisation ne permet pas un contrôle suffisant de la maladie tumorale. Cette constatation a justifié l’association du bevacizumab au schéma GEMOX [81] ne permettant d’obtenir de meilleurs résultats qu’avec la chimiothérapie seule chez des malades « tout venant », dont la tumeur n’était pas documentée comme progressive à l’inclusion. Le bevacizumab a été proposé en association avec le schéma Xelox [88], avec des résultats intéressants en termes de contrôle tumoral (89 %) avec une survie sans progression de seulement 5,4 mois et au prix d’une toxicité importante en particulier neurologique (grade II/III 33 %). Enfin, l’association du bevacizumab (10 mg/kg) à l’erlotinib (150 mg/j) [86] a montré des résultats préliminaires comparables (un contrôle de la maladie dans plus de 50 % des cas pendant plus de quatre mois).

Molécules multicibles

L’évolution la plus intéressante a été la mise à disposition de véritables thérapies « multicibles » dans le CHC telles que le sorafenib (Nexavar®, Bayer), capable d’inhiber simultanément plusieurs récepteurs aux facteurs de croissance hépatocytaires (PDGF-R, Kit, VEGF-R1, -R2 et -R3) et/ou des étapes spécifiques de certaines voies de transduction dépendantes de ces récepteurs (kinase Raf) et d’induire théoriquement un puissant effet antitumoral direct, un effet anti-angiogénique ou une destruction vasculaire. Les études précliniques [89] ont, en effet, montré une diminution sous sorafenib de l’activation de la voie des MAP-kinases, un contrôle de la croissance tumorale, une diminution de la microvascularisation et un effet pro-apoptotique. Le sorafenib et d’autres molécules multicibles telles que le sunitinib ont été évalués dans des études de phase II et ont montré des résultats assez proches (survie sans progression < 6 mois et survie globale < 1 an) sans réponse tumorale notable [90-92].

C’est l’étude SHARP, qui a confirmé l’intérêt de ce type d’approche en validant le sorafénib comme traitement palliatif de référence dans le CHC avancé [93]. Il s’agit d’une étude multicentrique de phase III qui a randomisé 602 patients entre un bras placebo et un bras sorafénib (800 mg/j) jusqu’à progression ou survenue d’un effet indésirable grave. Contrairement à l’étude de phase II, les patients présentaient une cirrhose liée à différentes étiologies (virale C dans 30 % des cas, virale B dans 20 % des cas et alcoolique dans 26 % des cas) et étaient quasiment tous au stade Child-Pugh A (95 et 98 % dans chacun des bras). Dans les deux tiers des cas, les tumeurs étaient évoluées (extension extrahépatique et/ou invasion vasculaire). L’étude a été prématurément interrompue en raison d’un avantage en termes de survie dans le bras sorafenib après 321 événements (décès). Les résultats ont montré une médiane de survie dans le groupe sorafenib de 10,7 mois et de 7,9 mois dans le groupe placebo (hazard ratio : 0,69 ; IC 95 : [0,55-0,88] ; p < 0,05), soit une augmentation de 44 % en termes de survie globale. Un bénéfice parallèle a été observé sur la courbe de temps à progression (5,5 mois dans le groupe sorafenib et 2,8 mois dans le groupe placebo ; p < 0,05), soit, à nouveau, un allongement de 73 % du temps jusqu’à progression.

Dans l’ensemble, ces traitements principalement anti-angiogéniques ont présenté un profil de tolérance acceptable. Le traitement par sorafenib s’est accompagné d’effets secondaires essentiellement digestifs et cutanés : diarrhée 39 % (dont 8 % de grade III), anorexie 14 %, nausées 11 %, syndrome mains-pieds 21 % (dont 8 % de grade III), alopécie 14 %. Il n’a pas été observé de dégradation de la fonction hépatique ou d’hémorragie digestive plus fréquemment dans le groupe traité par rapport au groupe placebo. Le traitement par sunitinib a été moins bien toléré parce que la dose de 50 mg était probablement inadaptée à la maladie hépatique sous-jacente [91].

Évaluation des thérapeutiques ciblées

Comme hier avec les chimiothérapies, il est aujourd’hui très difficile de se faire une idée de l’efficacité des thérapies ciblées dans le traitement du CHC, en l’absence d’études randomisées pour les autres molécules que le sorafénib. De plus, l’absence de réponse tumorale observée le plus souvent avec ces traitements permet à une étude de phase II de fournir des données de faisabilité et de tolérance mais peu de données d’efficacité.

Malgré ces taux de réponse extrêmement faibles, des stabilisations prolongées de la maladie ont pu être observées sous anti-angiogéniques et anti-EGF-R. L’interprétation de ces résultats n’est pas univoque. Lorsque les stabilisations sont de courte durée (< 6 mois), elles peuvent, en effet, être rattachées à un effet thérapeutique limité dans le temps ou à une évolution naturellement lente de la maladie assez fréquente dans le CHC. La possibilité pour s’affranchir de ce problème serait de n’inclure dans les essais que les patients présentant une maladie documentée progressive selon les critères RECIST à l’instar de ce qui se fait déjà dans les tumeurs endocrines bien différenciées, par exemple. Ainsi, la stabilité serait forcément liée à une efficacité thérapeutique. Néanmoins, une telle approche nécessite de mieux identifier les CHC d’évolution lente d’un point de vue morphologique, anatomopathologique et moléculaire afin de ne pas risquer une « perte de chance » chez les patients atteints de maladie d’évolution plus rapide.

Les critères RECIST apparaissent ainsi souvent inadaptés pour évaluer la réponse à ce type de molécules susceptibles d’entraîner une nécrose tumorale sans modification significative de la taille des nodules. La réponse reste néanmoins un élément intéressant, car elle pourrait ramener un petit pourcentage de patients vers la chirurgie, mais pour la majorité d’entre eux c’est la survie et la qualité de vie qui sont les critères de jugement les plus pertinents.

Il est possible que la quantification, non seulement de l’importance de la nécrose mais aussi de la vascularisation et/ou du métabolisme tumoral, soit plus à même d’évaluer correctement la réponse à ces nouveaux traitements (imagerie de perfusion ou de diffusion ; imagerie moléculaire) [94] mais surtout de prédire précocement leur efficacité. Le développement de logiciels de perfusion associés à des logiciels de quantification donne la possibilité de réaliser une évaluation objective et quantifiée de la perfusion tumorale. Les mêmes progrès devraient être possibles dans le domaine de la TEP avec la validation de nouveaux traceurs.

Par ailleurs, les facteurs de sensibilité au sorafénib sont eux aussi inconnus à l’exception peut-être de l’intensité de l’immunomarquage p-ERK sur les biopsies en foie tumoral qui semblait corrélée au temps de progression [90]. Dans cette étude, par exemple, l’expression en ARN d’un panel de 18 gènes (micro-array) a été déterminée dans les cellules du sang périphérique et permettait d’identifier les patients en progression dans 100 % des cas. Aucune étude moléculaire n’a été communiquée, à ce jour, pour l’étude de phase III SHARP. Aucun facteur moléculaire n’a été identifié pour le bevacizumab [95] dans le contexte du CHC ou d’autres cancers.

Les axes prioritaires de ce domaine sont :

  • rechercher des facteurs prédictifs de réponse (ou de résistance) qui pourront être déterminés avant la mise en route du traitement ou juste après, grâce à des éléments précoces de réponse, est une urgence ;
  • identifier les patients sensibles au sorafenib, aujourd’hui, et aux autres thérapies ciblées efficaces, demain, va devenir un enjeu majeur ;
  • identifier les schémas optimaux d’utilisation de ces nouvelles molécules ;
  • déterminer la place de ces traitements en adjuvant, en raison de l’absence de traitement validé et de la fréquence des récidives après chirurgie ou destruction percutanée ;
  • étudier la tolérance à long terme de ces thérapies anti-angiogéniques, en particulier sur le plan cardiovasculaire ;
  • étudier la tolérance et le bénéfice éventuel du sorafenib pour les patients cirrhotiques Child B ;
  • étudier les mécanismes de résistance à ces molécules ;
  • étudier l’association de ces molécules ciblées avec la chimiothérapie cytotoxique, après chimioembolisation (en particulier associée aux nouvelles techniques de CE par billes chargées), radiofréquence ou radiothérapie conformationelle pour en améliorer les résultats en termes de survie ;
  • standardiser (l’imagerie dynamique, le scanner de perfusion et l’échographie de contraste) afin de valider de nouveaux critères d’évaluation précoces de ces thérapies ciblées ;
  • améliorer nos connaissances sur l’identité phénotypique de chaque tumeur [91, 92] pour permettre d’augmenter encore la survie et de retarder l’apparition de résistances.

Remerciements

Ce travail de synthèse s’est déroulé dans le cadre du Programme d’actions intégrées de recherche sur le carcinome hépatocellulaire (PAIR-CHC) co-financé par l’Inca, l’ARC et l’ANRS. Nous remercions particulièrement Raymond Pamphile, Claire Verbeke et Fabien Calvo pour leur aide précieuse.

Annexe A. Classifications

Critères de Milan : un nodule inférieur ou égal à 5 cm de diamètre, moins trois nodules inférieurs ou égaux 3 cm de diamètre chacun.

Classification de Child-Pugh estimant la sévérité de la maladie hépatique sous-jacente (grade A, B, C).

1 point

2 points

3 points

Encéphalopathie

Absente

Confus

Coma

Ascite

Absente

Discrète

Modérée

Bilirubine μmol/L

< 35

35-50

> 50

Albumine g/L

> 35

28-35

< 28

TP (%)

> 60

35-60

< 35

  • Child A : score 5-6.
  • Child B : score 7-9.
  • Child C : score 10-15.

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