ARTICLE
Auteur(s) : I Nicol1, G Chuto2, C
Gaudy-Marqueste1, I Brenot-Rossi2, J-J
Grob1, M-A Richard1
1Service de dermatologie, hôpital
Sainte-Marguerite, Marseille, France
2Service de médecine nucléaire, institut
Paoli-Calmettes, Marseille, France
Article reçu le 2 Octobre 2008, accepté le 10 Octobre 2008
Introduction
L’incidence du mélanome augmente de manière préoccupante dans les
pays développés. Le pronostic de cette tumeur est lié au stade
lors du diagnostic initial, basé sur l’épaisseur de la tumeur
initiale, sur l’existence ou non d’une ulcération, sur la présence
et le nombre de ganglions envahis dans le territoire de drainage et
sur la présence de métastases à distance.
La chirurgie est le seul traitement curatif au stade précoce
(exérèse chirurgicale large de la tumeur primitive). Au stade de
métastases locorégionales cutanées ou ganglionnaires, la chirurgie
reste le traitement de référence, avec des espoirs de guérison. Au
stade de métastases viscérales, il n’existe pas de traitement
curatif, mais des survies prolongées peuvent être observées après
chirurgie d’une lésion viscérale unique. Il est donc capital
d’avoir des méthodes d’évaluation précises du stade de la maladie
pour pouvoir choisir le traitement le plus approprié pour nos
patients, notamment sélectionner correctement ceux qui pourront
bénéficier d’une chirurgie.
La tomographie à émission de positon (TEP) couplée à la
tomodensitométrie (TDM) est une méthode d’imagerie non invasive
utilisant la captation de molécules de glucose marquées au fluor
18. Le mélanome est une tumeur avide de glucose.
La TEP-TDM au 18-fluoro-désoxyglucose (FDG) a montré son
utilité dans la détection des métastases de mélanome, avec une
sensibilité variant de 78 à 100 % versus 55 à 85 % pour les
méthodes d’imagerie conventionnelles et une spécificité variant de
44 à 97 % versus 22 à 87 % pour les méthodes d’imagerie
conventionnelles [1].
La procédure de TEP-TDM au FDG et ses indications dans
l’évaluation du mélanome sont cependant mal définies, que ce soit
au stade initial et au cours du suivi.
TEP : généralités
Produits utilisés
L’hyperactivité glucidique des cellules cancéreuses est due à une
augmentation du nombre de transporteurs membranaires du glucose
(Glut-1) et à une augmentation d’activité d’enzymes glycolytiques
(hexokinase) par rapport aux cellules non tumorales.
Des travaux ont montré la possibilité d’utiliser l’étude du
métabolisme du glucose pour la caractérisation tumorale. A la
place du glucose, c’est le désoxyglucose qui est utilisé. Comme le
glucose, le désoxyglucose pénètre dans les cellules et subit la
première étape enzymatique mais aboutit rapidement à une impasse
métabolique : il ne peut ni subir de transformation enzymatique ni
sortir de la cellule, avec, pour conséquence, une accumulation au
sein de celle-ci [2, 3]. Pour suivre le désoxyglucose « à la trace
», il est associé à un atome radioactif, le fluor 18, émetteur de
positon. L’ensemble FDG est appelé radiotraceur, composé d’un
vecteur (désoxyglucose) et d’un marqueur (fluor 18) (figure 1). C’est le
rayonnement émis par le fluor 18 qui permettra de localiser
l’accumulation du désoxyglucose au sein des cellules du patient,
accumulation d’autant plus importante que la cellule est en
hypermétabolisme glucidique.
La biodistribution physiologique du FDG 1 heure après
injection intraveineuse est rappelée (figure 2), elle montre des
niveaux d’activité métabolique différents :
- – activité intense :
- • du cerveau (le cerveau est cependant dans les champs
d’investigation de la figure 2 à visée didactique
: le cerveau n’est pas exploré en routine, car des lésions
hyperfixantes sont difficilement visualisables au sein de la
fixation cérébrale) ;
- • des cavités excrétrices des reins et de la vessie, du
fait de l’élimination urinaire du FDG (le désoxyglucose n’est pas
réabsorbé, à l’inverse du glucose) ; des activités intenses des
uretères sont fréquentes ;
- – activité importante :
- • de la sphère ORL (amygdales palatines et linguales,
muscles du plancher buccal) ;
- – activité modérée :
- • du médiastin ;
- • du foie et de la rate ;
- • de la moelle rouge hématopoïétique « dessinant » le
squelette axial (crâne, rachis, bassin, côtes, sternum et
extrémités proximales des fémurs et humérus) ; l’activité
médullaire peut être physiologiquement intense en cas de
régénération (postchimiothérapie, notamment sous couvert de
facteurs de croissance hématopoïétiques) ;
- – activité nulle :
- – activité variable :
- • du cœur (très faible chez le patient de la figure 2) ;
- • du tube digestif, pouvant être nulle ou bien très
intense mais homogène (sans foyer focalisé), en rapport avec
l’activité du muscle lisse de la paroi digestive.
Mofid et al. ont récemment décrit les foyers pathologiques,
variantes de la normale et artefacts [4].
La quantité de désoxyglucose injectée est très faible, de
l’ordre de 1 µg : un équilibre glycémique parfait, obtenu par
un jeûne de 6 heures, est nécessaire lors de l’injection du
FDG. Un non-respect du jeûne entraîne un pic insulinique
physiologique postprandial responsable d’une hypercaptation
musculaire du glucose et donc du FDG, gênant l’interprétation de
l’examen (figure
3).
D’autres radiotraceurs que le FDG sont en développement en TEP,
étudiant de nombreux vecteurs dans les domaines de l’oncologie
(vecteurs spécifiques de l’apoptose, de la néoangiogenèse, de
l’hypoxie ou de la prolifération cellulaire), de la neurologie
(récepteurs dopaminergiques, plaques amyloïdes), de la cardiologie
(apoptose) et de l’endocrinologie (récepteurs dopaminergiques).
Ces vecteurs peuvent être marqués par le fluor 18 ou bien par
d’autres atomes radioactifs émetteurs de positon (carbone 11,
oxygène 15, gallium 68, iode 124…).
Machines TEP
Le rayonnement de type positon émis par le fluor 18 a un trajet de
l’ordre du millimètre dans la matière. A la fin de son trajet,
le positon rencontre un électron du milieu environnant et
s’annihile avec lui pour donner naissance à un nouveau rayonnement
particulier : 2 photons émis à l’opposé l’un de l’autre (angle de
180°). Un détecteur (cristal scintillant) placé devant chacun de
ces 2 photons, associé à un calcul électronique, permettra de
retrouver le lieu d’annihilation du positon : la TEP est un examen
de type scintigraphique.
Une avancée importante a été la création de machines hybrides
associant TEP et TDM : l’information apportée par la TDM permet à
la fois d’améliorer la qualité des images TEP (processus de
correction d’atténuation) et de fusionner les images TEP et TDM
afin de préciser la topographie des foyers de fixation.
La sensibilité et surtout la spécificité des images des
machines hybrides TEP-TDM sont meilleures que les images obtenues
avec une TEP et une TDM non couplées, et bien meilleures que les
images de TEP seules [5]. Il faut ainsi tenir compte des
modalités d’obtention des images (TEP seule ou TEP-TDM) dans la
littérature pour interpréter les résultats. Le premier article
scientifique évaluant l’impact de la TEP-TDM en oncologie est paru
en 2000 [6] ; peu d’articles de référence étudiant exclusivement la
TEP-TDM sont parus avant 2005.
La durée d’un examen TEP-TDM, en 2007, est d’environ
25 minutes (min) par patient : acquisition TDM de
1,5 min, puis acquisition TEP par 7 à 8 champs jointifs de
3 min, de la base du crâne jusqu’à l’extrémité supérieure des
fémurs. La capacité du mélanome à métastaser à l’ensemble du
corps ne semble cependant pas justifier la réalisation d’un examen
corps entier : les 6 à 7 champs d’investigation supplémentaires
doublent le temps d’examen, et un article récent sur 173 patients
atteints de mélanome (stades non précisés) montre l’absence
d’intérêt à réaliser un examen TEP-TDM corps entier par rapport à
l’acquisition TEP-TDM standard, puisque la quasi-totalité des
foyers supplémentaires étaient visualisés par l’examen clinique et
l’IRM (imagerie par résonance magnétique) cérébrale [7].
Les évolutions technologiques des 5 prochaines années offriront
un gain majeur de sensibilité, de résolution spatiale et de temps
d’acquisition. Il sera notamment possible de réaliser en
routine des examens synchronisés à la respiration : actuellement,
les examens TEP-TDM sont réalisés en respiration libre, source
d’artefact et de moins bonne sensibilité, particulièrement au
niveau des bases pulmonaires (à ce niveau, les images TEP corrigées
de l’atténuation sont moins bonnes que les images non corrigées
(figure 4)).
Irradiation
L’irradiation globale lors d’un examen TEP-TDM est d’environ
15 millisievert (mSv) : 10 mSv dus au TDM (non
diagnostique) et 5 mSv dus au FDG [8]. Par comparaison,
l’irradiation globale lors d’un TDM diagnostique
thoracoabdominopelvien est de 25 à 30 mSv [9]. On rappelle le
seuil de dose de rayonnement au-dessous duquel il n’a pas été mis
en évidence d’augmentation du risque de cancer chez l’homme adulte
: 100 mSv à fort débit de dose (c’est-à-dire en une seule
fois) et 200 à 400 mSv à faible débit de dose (et en plusieurs
fois) [10].
Place de la TEP-TDM dans la prise
en charge du mélanome
Nous étudierons les indications et les non-indications dans l’ordre
de l’évolution de la maladie, en se basant sur la classification de
l’American Joint Committee on Cancer (AJCC, 2003 Melanoma TNM
Classification and Stage groupings) (tableau
1) [11].
Ces indications sont présentées dans le tableau 2 et détaillées dans ce chapitre.
Outil diagnostic de la lésion primitive
Bien que peu d’études aient été réalisées, on peut dire que la
TEP-TDM n’a logiquement pas sa place pour le diagnostic de
malignité d’une lésion cutanée suspecte, du fait de sa faible
sensibilité pour les lésions dont la taille est inférieure à
8 mm [12]. Le diagnostic du mélanome est fait par
l’analyse histologique de la lésion. Ce prélèvement permet de
mesurer l’indice de Breslow qui correspond à l’épaisseur maximale
du mélanome en millimètres mesurée de la couche cornée à la
dernière cellule tumorale visible en profondeur.
Tableau 1 Classification pTNM de l’UICC et de l’AJCC,
sixième édition.
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Stades
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Critères
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Stade IA
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Tumeur inférieure ou égale à 1 mm d’épaisseur, niveau de Clark
II ou III, sans ulcération (pT1a) ; N0, M0
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Stade IB
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- Tumeur inférieure ou égale à 1 mm d’épaisseur, niveau de
Clark IV ou V ou avec ulcération (pT1b) ; N0, M0
- Tumeur supérieure à 1 mm et inférieure ou égale à
2 mm d’épaisseur, sans ulcération (pT2a) ; N0, M0
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Stade IIA
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- Tumeur supérieure à 1 mm et inférieure ou égale à
2 mm d’épaisseur, avec ulcération (pT2b) ; N0, M0
- Tumeur supérieure à 2 mm et inférieure ou égale à
4 mm d’épaisseur, sans ulcération (pT3a) ; N0, M0
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Stade IIB
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- Tumeur supérieure à 2 mm et inférieure ou égale à
4 mm d’épaisseur, avec ulcération (pT3b) ; N0, M0
- Tumeur supérieure à 4 mm d’épaisseur, sans ulcération
(pT4a) ; N0, M0
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Stade IIC
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Tumeur supérieure 4 mm d’épaisseur, avec ulcération (pT4b) ;
N0, M0
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Stade IIIA
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Tumeur sans ulcération (tous pT), métastases microscopiques dans 1,
2 ou 3 ganglions lymphatiques régionaux (N1a, 2a) ; M0
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Stade IIIB
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- Tumeur sans ulcération (tous pT), métastases macroscopiques
dans 1, 2 ou 3 ganglions lymphatiques régionaux ou métastases « en
transit » (N1b, 2b, 2c) ; M0
- Tumeur avec ulcération (tous pT), métastases microscopiques
dans 1, 2 ou 3 ganglions lymphatiques régionaux ou métastases « en
transit » (N1a, 2a, 2c) ; M0
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|
Stade IIIC
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- Tumeur avec ulcération (tous pT), métastases macroscopiques
dans 1, 2 ou 3 ganglions lymphatiques régionaux (N1b, 2b) ; M0
- Tumeurs avec ou sans ulcération (tous pT), métastases dans 4
ganglions lymphatiques régionaux ou plus ou métastases en transit
avec métastase(s) ganglionnaire(s) régionale(s) ; (N3)
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Stade IV
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Métastases à distance (tous pT, tous N, M1)
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Tableau 2 Indications de la TEP-TDM au FDG dans le
mélanome cutané
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Stade du mélanome
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Rôle de la TEP-TDM au FDG
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- Diagnostic du mélanome initial
- Stade I à IIC
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Inutile
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Au diagnostic
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Inutile
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Cas particulier à évaluer : TEP-TDM préopératoire d’un mélanome
épais encore en place pour éviter une chirurgie mutilante
inutile
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Suivi systématique
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Inutile
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Stade III : ganglion sentinelle positif
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Inutile
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Cas particulier à évaluer : ganglion sentinelle positif avec
macrométastase et mélanome initial >4 mm et ulcéré
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Stade III : métastase ganglionnaire ou cutanée locorégionale
clinique d’emblée
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A évaluer (car patient avec métastases locorégionales d’emblée à
haut risque de métastase synchrone)
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Stade III : récidive cutanée
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Inutile
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Stade III : suspicion de récidive ganglionnaire
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Inutile en première intention
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Utile en deuxième intention pour les cas où la TDM et l’échographie
ne peuvent pas conclure
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Stade III : récidive ganglionnaire avérée
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Utile
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(Bilan préopératoire, éviter chirurgie chez patient déjà
polymétastatique)
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Stade IV : suspicion de métastase viscérale unique
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Utile
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Stade IV : métastase viscérale unique avérée
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Utile
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(Bilan d’extirpabilité d’une métastase viscérale unique, à
compléter par TDM thoracique et TDM ou IRM cérébrale)
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Suivi systématique de stades IV traités chirurgicalement
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Inutile
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Cas particulier à évaluer : antécédents de métastases réséquées
difficilement détectables à l’examen clinique et paraclinique
(métastases digestives)
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Stade IV : évaluation de la réponse aux thérapies systémiques
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Inutile en routine
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Critères diagnostiques à valider dans le cadre de PHRC
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Métastase prévalente
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A évaluer
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Bilan d’extension des mélanomes non métastatiques (stades
I et II)
Lors du diagnostic initial
Mélanomes de stades I, IIA, IIB
C’est-à-dire les mélanomes d’épaisseur < 4 mm, pouvant
présenter une ulcération, et les mélanomes > 4 mm
non ulcérés.
Clark et al. rapportent l’étude de 64 patients présentant des
mélanomes non métastatiques de stade TNM T2 à T4, dont 42
d’épaisseur inférieure à 4 mm, 21 > 4 mm non ulcérés
(et 1 > 4 mm et ulcéré) qui ont eu une TEP au décours de
l’exérèse initiale [13]. Chez ces 63 patients, il y a eu 1 seul
vrai positif en TEP : 1 atteinte macrométastatique du ganglion
sentinelle (GS) chez 1 patient atteint d’un mélanome > 4 mm
non ulcéré. Cependant, la TEP n’a identifié qu’un seul des 18 GS
qui se sont avérés positifs à la chirurgie, soit 5 % (1/18). Deux
TEP ont été des faux-positifs (activité musculaire et nævus
intranodal), soit 3 % (2/63). La TEP n’a pas modifié la prise
en charge des patients. Yancovitz et al. rapportent une série de
181 patients qui ont eu au total 344 examens d’imagerie différents
(scanner, radiographies standard, TEP-TDM) après le diagnostic
initial du mélanome, dont 42 TEP-TDM [14]. Cinq TEP-TDM ont été
positifs dont 1 seul vrai positif. Il s’agissait du seul
examen positif sur ces 344 examens d’imagerie. Aucun patient n’a eu
de modification de sa prise en charge quels que soient les examens
pratiqués.
Au total, il n’existe pas d’indication à la réalisation d’une
TEP-TDM en routine, du fait de la mauvaise sensibilité de la
TEP-TDM pour la détection des micrométastases ganglionnaires et la
fréquence des examens faussement positifs pour ces patients à
risque de récidive faible ou intermédiaire [13-15].
Mélanomes de stades IIC
C’est-à-dire les mélanomes > 4 mm et ulcérés.
La réalisation d’une TEP-TDM est une option dans les SOR pour
les patients de stade IIC [16]. On sait que le risque de récidive
est en effet élevé pour les patients présentant un mélanome >
4 mm et estimé à 30 % dans la première année [17].
Aucune étude concernant spécifiquement la TEP-TDM lors du bilan
initial chez les patients avec mélanome > 4 mm et ulcéré
n’a été réalisée à notre connaissance, celles disponibles sont
issues de séries comportant des patients avec des mélanomes à
différents stades. Maubec et al. ont inclus 25 patients présentant
un mélanome supérieur à 4 mm, dont 9 ulcérés, et n’ont décelé
aucune métastase à distance, ni n’ont décelé les mélanomes initiaux
pourtant encore en place au moment de l’examen dans 2 cas [18].
L’étude de Clark et al., précédemment citée, incluait un seul
patient ayant un mélanome > 4 mm et ulcéré : la TEP a
permis d’identifier chez ce patient 2 métastases locorégionales non
palpées sous-cutanées et ganglionnaires [13]. Dans ces 2 études
incluant peu de patients de stade IIC, il n’y a eu aucun changement
dans les modalités de la prise en charge lié à la réalisation de la
TEP. Ces éléments se rapprochent des données concernant les
examens radiologiques « conventionnels » (radiographie de thorax,
TDM, scintigraphie osseuse) pratiqués chez des patients avec
mélanomes > 4 mm qui ne présentent aucun intérêt mais ont
un coût élevé, des faux-positifs fréquents et un taux de détection
de métastases à distance très faible [19].
Au total, la réalisation d’une TEP-TDM ne paraît pas
intéressante au stade initial, même pour les mélanomes >
4 mm et ulcérés. Le seul cas où on pourrait discuter la
réalisation d’une TEP-TDM serait celui du mélanome toujours en
place (ou non repris suivant les règles), et pour lequel la
sanction chirurgicale serait lourde (amputation par exemple). Une
TEP préopératoire pourrait permettre d’éviter une chirurgie
mutilante inutile si le patient est déjà polymétastatique, pour
orienter vers une stratégie de traitement systémique.
Lors du suivi
Mélanomes de stades I, IIA, IIB
Il n’existe pas d’indication à la réalisation d’une TEP-TDM en
routine. La TEP-TDM peut être pratiquée en cas de découverte
fortuite d’une ou de plusieurs images suspectes (c’est-à-dire dont
la nature secondaire est discutée) lors des examens d’imagerie
conventionnels surtout si ces lésions sont détectées pour des
mélanomes d’épaisseur > 1,5 mm, et dans les 5 premières
années après le diagnostic initial, car le risque de récidive est
plus élevé dans ces cas.
Mélanomes de stades IIC
La réalisation de TEP-TDM, au cours de la surveillance de ces
patients durant les 5 premières années, est proposée dans les SOR «
au cas par cas » sans plus de précision sur le rythme de ces
examens et sur les circonstances qui peuvent amener à les réaliser
[16].
Aucune étude randomisée n’a, à notre connaissance, démontré un
bénéfice de la surveillance rapprochée du mélanome sur la survie de
ces patients, quelles que soient les modalités de cette
surveillance. Il n’existe notamment aucune étude qui
traiterait de l’intérêt spécifique de la TEP-TDM. Actuellement, à
ce stade, nous ne pensons donc pas que la réalisation de la TEP-TDM
puisse être réellement intéressante pour le suivi systématique.
Bilan d’extension des mélanomes de stades III
C’est-à-dire le stade de métastase locorégionale, qu’elle survienne
d’emblée ou au cours du suivi, qu’elle soit accessible à l’examen
clinique ou découverte par le GS. La place de la TEP-TDM peut
être discutée dans de nombreux cas de figures.
Lors du diagnostic initial
Le patient a un examen clinique normal,
et une (micro- ou macro-) métastase ganglionnaire
est retrouvée lors de la réalisation du GS
La conduite à tenir actuelle est de réaliser un curage
complémentaire, quoi que son bénéfice pronostique n’ait pas été
actuellement clairement établi. L’intérêt d’une TEP-TDM avant le
curage n’a pas été étudié à notre connaissance. Une publication
récente française évoque l’intérêt d’une échographie ganglionnaire
et d’une TDM avant le curage après la découverte d’un GS positif,
l’imagerie permettant de modifier la stratégie opératoire dans 6 %
des cas [20].
Une étude évoque l’intérêt de la réalisation d’une TEP-TDM
100 jours après le curage (pour éviter les faux-positifs liés
à l’inflammation postopératoire) chez 33 patients ayant présenté un
GS positif [21]. Dans 9 cas, la TEP retrouvait des foyers à
distance, et dans 4 cas au moins sur 9, il s’agissait de métastases
de mélanome prouvées, soit 12 % des patients (4/33). Dans les
autres cas, on retrouvait 2 faux-positifs (lésions bénignes), 1
cancer de la prostate méconnu ; et 2 patients, avec TEP positives,
avaient refusé les investigations complémentaires ; L’un d’eux
était décédé (cause inconnue, pas d’autopsie) dans les mois suivant
l’examen. La conclusion des auteurs était que la TEP-TDM
permettait de détecter plus tôt des métastases à distance chez ces
patients avec GS positif. Cependant, compte tenu du faible effectif
de cette étude, il est impossible de conclure sur l’intérêt d’une
TEP-TDM dans ce contexte et sur le bénéfice pour les patients.
Gold et al. rapportent une série de 181 patients ayant présenté
un GS positif qui ont eu au moins 1 examen radiologique (TEP-TDM,
TDM, IRM, scintigraphie osseuse et radiologie conventionnelle) soit
juste avant (74 patients), soit dans les suites immédiates d’un GS
positif (107 patients) [22]. Des lésions à distance ont été
mises en évidence chez seulement 5 patients (soit 3 %) qui
présentaient tous les 5 un GS positif avec macrométastase dans un
contexte de mélanome primitif > 4 mm. De plus, le
mélanome était ulcéré dans 4 cas sur 5.
En conclusion, à ce stade, nous ne pensons pas que la
réalisation systématique d’une TEP-TDM puisse être proposée après
seule découverte d’un GS positif et en l’absence d’autres signes
d’appel. Cependant, la réalisation d’une TEP-TDM mérite d’être
mieux évaluée chez les patients associant la présence d’une
macrométastase du GS et d’un mélanome initial > 4 mm et
ulcéré.
Le patient a un examen clinique anormal d’emblée
Il existe 2 cas : la suspicion de métastase ganglionnaire et la
suspicion de métastases cutanées en transit :
- – la TEP-TDM est proposée en option dans les SOR, avant
réalisation du curage, si on a un mélanome avec métastase
ganglionnaire locorégionale d’emblée cliniquement évidente.
Le patient de stade III ganglionnaire d’emblée a plus de
risques d’avoir d’autres métastases à distance, car, soit il s’agit
d’un patient ayant négligé son mélanome et qui arrive avec un
retard diagnostique, soit il s’agit d’un mélanome à croissance
rapide. La réalisation d’une TEP-TDM permet de rechercher
d’autres sites métastatiques à distance et peut modifier la prise
en charge des patients ;
- – il n’existe pas de donnée concernant la conduite à
tenir en cas de métastases cutanées en transit d’emblée.
De tels patients pourraient éventuellement bénéficier d’une
TEP-TDM, car ils correspondent à un groupe à haut risque de
récidive ou de lésion à distance d’emblée.
Lors du suivi
Récidive locale cutanée ou métastases cutanées
en transit
Il n’existe pas d’étude traitant spécifiquement de l’intérêt de la
TEP-TDM en cas de récidive cutanée locale ou en transit.
Stas et al. rapportent une série rétrospective de 84 patients
avec récidive de mélanome dont 18 avec métastases cutanées en
transit [23]. La TEP a permis de retrouver une lésion à
distance chez un patient et des lésions en transit supplémentaires
chez 2 autres, soit 16 % des cas (3/18). La prise en charge de
ces 3 patients a été modifiée grâce à la TEP. Acland et al.
rapportent une analyse rétrospective de 54 patients qui ont eu une
TEP dans les suites d’une récidive de mélanome, dont 9 avec
récidive cutanée locale [24]. Chez ces 9 patients, 3 TEP étaient
anormales : le premier correspondait à une hyperfixation du site
opératoire, le deuxième à des lésions du pied droit et du pelvis
dont la nature métastatique n’a pas été prouvée. La troisième
TEP a mis en évidence une métastase pulmonaire occulte chez un de
ces 9 patients et a conduit à une modification de sa prise en
charge, soit 11 % des cas (1/9).
Il s’agit de 2 études assez anciennes où il est question non pas
de TEP-TDM, mais de TEP seule. Il s’agit de plus de trop
petites séries pour conclure sur l’intérêt de la TEP-TDM dans le
cas d’une récidive cutanée locale ou de métastases cutanées en
transit. Actuellement, en l’absence de signes d’appel, la
réalisation systématique d’une TEP-TDM, en cas de récidive cutanée
locale ou de métastases cutanées en transit, ne paraît donc pas
indiquée en pratique de routine.
Suspicion de récidive ganglionnaire
Peu d’études traitent de l’apport de la TEP-TDM lors d’une
suspicion de récidive ganglionnaire.
L’échographie ganglionnaire, au besoin complétée d’une
cytoponction à l’aiguille, permet de trancher dans la majorité des
cas entre lésion bénigne et maligne. En cas de difficulté
diagnostique (par exemple en cas de doute à la TDM entre lymphocèle
postopératoire ou récidive de métastase ganglionnaire, dans une
région anatomique peu accessible à l’échographie), un abord
chirurgical avec analyse histologique extemporanée est
habituellement proposé (suivi éventuellement d’un curage si cette
analyse est positive). Cet acte n’étant pas dénué de morbidité, il
est important de ne pas le réaliser inutilement ; soit car le
ganglion n’est en fait pas atteint, soit car le patient est
polymétastatique.
La TEP a un intérêt dans ce contexte avant la chirurgie, en
deuxième intention, si les examens conventionnels (échographie
ganglionnaire ou TDM) ne permettent pas de trancher entre lésion
bénigne et maligne. En effet, les performances de la TEP-TDM sont
excellentes pour des lésions ganglionnaires supracentimétriques
(sensibilité proche de 100 %) et sont bonnes pour des lésions entre
6 et 10 mm (sensibilité de l’ordre de 85 %) [25]. En cas
d’absence de fixation d’un ganglion supracentimétrique, la TEP-TDM
peut donc permettre de surseoir à un geste chirurgical inutile.
De plus, la TEP-TDM permet de rechercher la présence d’autres
lésions métastatiques à distance et d’éviter un curage inutile si
le patient se révèle en fait polymétastatique.
Récidive ganglionnaire locorégionale avérée
ou confirmée
De nombreuses études [26-28] démontrent l’intérêt de la réalisation
d’une TEP-TDM chez les patients présentant une récidive
ganglionnaire locorégionale avérée, pour rechercher des métastases
occultes à distance et permettre soit un second geste chirurgical
si la lésion à distance est extirpable, soit, surtout, d’éviter une
chirurgie inutile, qui n’améliorera pas sa survie à un patient déjà
polymétastatique (figure
5).
Bastiaannet et al. rapportent une série de 257 patients parmi
lesquels 57 sont étiquetés stade III. La TEP-TDM a permis de
retrouver des lésions à distance chez 37 % (21/57) et a conduit à
un changement dans leur prise en charge [26]. Tyler et al. ont fait
106 TEP à 95 patients de stade III (49 patients de stade III
ganglionnaire seul, 48 patients de stade III cutané et
ganglionnaire et 8 patients avec métastases cutanées en transit
sans atteinte ganglionnaire associée). La TEP a retrouvé des
métastases à distance dans 16 % des cas et a conduit à un
changement dans la prise en charge. Il s’agit, dans cette
étude plus ancienne, de TEP non couplées à une TDM [27]. Brady et
al. préconisent l’association d’une TEP-TDM et d’une TDM
conventionnelle en préopératoire [28].
Suivi de stade III traité
La réalisation de TEP-TDM au cours de la surveillance de ces
patients durant les 5 premières années est proposée dans les SOR «
au cas par cas » sans plus de précision sur le rythme de ces
examens et sur les circonstances qui peuvent amener à les réaliser
[16]. Cette indication n’est pas une indication de routine et reste
à préciser (choix des patients cibles, rythme de la réalisation des
TEP-TDM de surveillance…).
Bilan d’extension des mélanomes de stades IV
C’est-à-dire le stade de métastases à distance.
Suspicion de métastases viscérales de mélanome
La TEP-TDM a sa place dans ce cadre, quelle que soit l’étape de la
prise en charge du mélanome (bilan initial ou suivi).
Il s’agit de la découverte d’une ou de plusieurs lésions
suspectes, pour lesquelles l’imagerie conventionnelle ne peut
trancher.
La TEP-TDM permet de faire le bilan de la lésion et de celles à
distance. Du résultat de la TEP-TDM découleront 3 attitudes :
surveillance si la TEP-TDM est normale, geste chirurgical si la
lésion est hyperfixante et isolée (figure 4) et décision d’un
traitement systémique si le patient est polymétastatique. Dans tous
les cas, la TEP-TDM peut retrouver d’autres lésions hyperfixantes
superficielles plus accessibles à un prélèvement histologique
confirmant le caractère métastatique des lésions repérées.
Présence d’une métastase viscérale unique
Il s’agit d’une des indications majeures de la TEP-TDM [15].
La TEP-TDM fait partie du bilan d’extirpabilité d’une métastase
présumée unique (figure
6) [1, 26, 28, 29]. Elle permet de rechercher la présence
d’autres métastases occultes à distance et d’éviter, si c’est le
cas, une chirurgie inutile qui n’apporterait aucun gain de survie
au patient. Cependant, si la TEP-TDM est supérieure à la TDM pour
la détection des métastases abdominales et ganglionnaires, elle est
moins sensible pour les métastases pulmonaires de petite taille
(< 8 mm aux niveaux des apex et < 10 mm aux niveaux
des bases où les mouvements respiratoires sont plus amples) et les
métastases cérébrales.
Strobel et al. rapportent une série de 124 patients atteints de
mélanomes à haut risque (population peu homogène incluant :
mélanomes > 4 mm ; niveau de Clark III et IV ; métastases
connues) ayant passé une TEP-TDM pour recherche de métastases [30].
Ils montrent l’intérêt de systématiquement compléter
l’interprétation d’une TEP-TDM par une lecture isolée de la TDM
co-enregistrée. La sensibilité et la spécificité de la TEP-TDM
sans relecture de la TDM co-enregistrée étaient de 85 et 96 %
respectivement, et de 98 et 94 % respectivement pour la TEP-TDM
complétée par une relecture de la TDM : sur les 8 faux-négatifs
(FN), la lecture de la TDM co-enregistrée a permis d’en classer
correctement 7, dont 4 nodules pulmonaires infracentimétriques non
fixants (le huitième FN correspondait à une lésion cérébrale
diagnostiquée à l’IRM). Actuellement, l’interprétation d’une
TEP-TDM doit systématiquement être complétée par une lecture isolée
de la TDM co-enregistrée, avec étude du poumon en fenêtre
parenchymateuse (en sachant que la TDM co-enregistrée est très
souvent réalisé sans apnée, ce qui limite sa sensibilité).
Il est surprenant que dans leur étude, Strobel et al. n’aient
pas aussi étudié les images TEP non corrigées de l’atténuation (ce
qui doit être systématiquement réalisé actuellement) qui sont plus
sensibles que les images TEP corrigées au niveau pulmonaire (figure 4) : il est
possible que certains des 4 nodules pulmonaires aient été vus en
TEP non corrigée, avant la relecture de la TDM.
Le bilan d’extirpabilité « idéal » doit comporter en plus de la
TEP-TDM, une IRM (ou une TDM) cérébrale et probablement une TDM
thoracique dédiée (en apnée).
Suivi de stade IV traité
La TEP-TDM peut être proposée au cours du suivi de patients avec
antécédents de métastase(s) à distance réséquée(s), lorsque cette
(ces) métastase(s) est (sont) survenue(s) dans un site inhabituel
et peu accessible aux moyens d’imagerie conventionnels (exemple :
grêle).
Evaluation de la réponse aux thérapies
systémiques
Il est clair que la TEP-TDM n’a actuellement aucune indication en
routine.
A cause de la maladie étudiée d’une part : la prise en charge du
mélanome au stade IV est uniquement palliative en dehors de la
métastase viscérale unique extirpable. La TEP-TDM ne peut pas
avoir sa place dans l’évaluation de la réponse aux thérapies
systémiques, car aucun changement thérapeutique important et
réellement bénéfique pour le patient ne peut en découler.
A cause de la technique de la TEP-TDM d’autre part : les
nombreux paramètres qui influent sur la mesure de l’intensité de
fixation (standardized uptake value, SUV) et donc sur l’évaluation
de la réponse thérapeutique ont été bien décrits par Moretti et al.
[31]. Un des paramètres majeurs est lié à la faible valeur de
résolution spatiale de la TEP-TDM, qui est de 6 à 7 mm
actuellement : une lésion dont la taille est inférieure à 3 fois la
résolution spatiale (c’est-à-dire 2 cm en 2008) verra son
seuil de SUV max artificiellement diminué par effet de volume
partiel (l’activité de la lésion est « diluée » dans le tissu
périlésionnel). Cela n’est pas un réel problème lors d’un bilan
d’extension (une lésion centimétrique aura un SUVmax calculé
inférieur à son SUVmax réel mais sera tout de même diagnostiquée
comme étant néoplasique) mais rend délicat la comparaison d’examens
pré et post-thérapeutiques : la réduction du volume tumoral en
dessous de 2 cm sera à elle seule responsable d’une diminution
du SUVmax, surévaluant la réponse thérapeutique [31]. Par ailleurs,
les critères d’évaluation thérapeutiques en TEP-TDM, s’ils
commencent à être bien documentés pour certaines pathologies
tumorales tels les lymphomes, ne sont pas encore connus pour le
mélanome et doivent faire l’objet d’études spécifiques : ces
critères peuvent être qualitatifs ou semi-quantitatifs (seuil de
SUVmax résiduel, différence de fixation tumorale = ΔSUV), lors
d’évaluations précoces et/ou tardives et ne sont pas transposables
d’une pathologie tumorale à une autre.
Si ces critères d’évaluation thérapeutique pour le mélanome sont
un jour validés, la TEP-TDM pourrait alors devenir un outil
diagnostique intéressant pour l’évaluation des molécules
thérapeutiques lors de leur phase de développement clinique,
notamment si une molécule cytostatique était utilisée, ce qui n’est
pas le cas actuellement pour le mélanome. L’efficacité d’une
molécule cytostatique n’est pas visualisée avec les moyens
d’imagerie conventionnels qui ne donnent qu’une indication sur la
taille de la cible (critères Recist), mais peut être déterminée par
l’imagerie métabolique permettant non pas une simple imagerie
morphologique, mais une évaluation de l’activité de la cible.
Cas des métastases prévalentes ganglionnaires
ou viscérales sans primitif retrouvé à l’examen
clinique
Aucune donnée n’est retrouvée dans la littérature et la place de la
TEP-TDM reste à définir dans ce contexte. La TEP-TDM, par
exemple, pourrait-elle être utile pour la recherche du primitif, en
cas de négativité des examens faits habituellement à la recherche
d’un primitif muqueux (examen ORL, ophtalmologique, gynécologique,
anuscopie) ? On peut émettre des réserves liées au degré de
résolution de la TEP, aux phénomènes inflammatoires et aux
artefacts musculaires dans la région tête et cou, en particulier
pour le diagnostic des mélanomes oculaires (fixation physiologique
des muscles oculomoteurs). Le cas des mélanomes muqueux et
oculaires n’étant pas traité ici, on ne développera pas ce point.
La TEP-TDM peut, en tout cas, être utile pour la recherche de
lésions métastatiques synchrones.
Cas des faux-positifs (FP) et des seconds
cancers
Lors du bilan d’extension de néoplasie, la TEP-TDM peut retrouver
des lésions hyperfixantes qui s’avèrent être des FP ou des seconds
cancers. L’histoire naturelle du cancer étudié (c’est-à-dire les
modes de dissémination métastatiques) et les antécédents du patient
permettent de rétablir le diagnostic dans de nombreux cas.
La particularité du mélanome par rapport aux autres cancers
est qu’au-delà du stade métastatique régional, le mélanome a un
potentiel métastatique ubiquitaire : tout foyer fixant découvert à
la TEP-TDM est susceptible d’être une métastase de mélanome.
L’expérience du médecin nucléaire et l’interrogatoire du patient
permettent cependant de suspecter des cas de FP ou de cancer
synchrone. Dans l’étude de Tyler et al. [27], la valeur prédictive
positive (VPP) de la TEP sans renseignements cliniques est de 79 %
: l’interrogatoire et l’examen clinique augmentent la VPP de la TEP
à 90 %.
FP
Au vu de la littérature, le taux de FP en TEP-TDM dans le bilan de
mélanome est compris entre 3 et 5 %. Dans l’étude de Reinhardt et
al. ayant porté sur 250 bilans de mélanomes, la TEP-TDM a été
responsable de 2 FP ganglionnaires et de 5 FP viscéraux, soit 3 %
de FP [32]. Clark et al. ont évalué la TEP seule chez 64 patients
atteints de mélanomes et ont trouvé 3 % de FP (2/64) : une fixation
ganglionnaire (nævus intranodal) et une fixation musculaire [13].
Horn et al. ont réalisé des examens TEP et quelques examens TEP-TDM
chez 33 patients porteurs de mélanomes de stade III : le taux de FP
est de 6 % (2/33), avec un adénome thyroïdien et une lésion
pulmonaire bénigne [21]. Bastiaannet et al. ont réalisé des examens
TEP et TEP-TDM chez 257 patients atteints de mélanome (population
non homogène, indications variables) : le taux de FP est d’environ
10 % (25/257), mais ce chiffre inclus 11 seconds cancers synchrones
(dont 8 lésions colorectales) [26]. Dans leur étude sur 158
patients, Yancovitz et al. ont réalisé des examens TEP-TDM chez 42
patients atteints de mélanomes stade I à III : le taux de FP est de
7 % (3/42), mais l’étude ne précise pas le type de FP [14].
- – Certains foyers retrouvés dans le bilan de mélanome
sont facilement identifiables comme étant des FP (tableau 3) :
- • foyers sous-cutanés. Un ou des nodules sous-cutanés
fixant dans le quadrant supéroexterne de la fesse sont très
évocateurs d’injections intramusculaires, à rechercher à
l’interrogatoire. Le raisonnement est le même pour des nodules
sous-cutanés de la graisse abdominale (ou de la face interne des
cuisses) en cas d’injection d’héparine de bas poids moléculaire ou
d’insuline ;
- • foyers cutanés. Une lésion cutanée bénigne
hyperfixante est facilement identifiable par le médecin nucléaire
en examinant le patient, après une première lecture de l’examen
(furoncle…) ;
- • foyers ganglionnaires. Des ganglions inguinaux
hyperfixants dans un contexte d’infection vaginale ou des ganglions
axillaires hyperfixants dans les suites de griffures d’animal
(chat) au membre supérieur sont très évocateurs de foyers
inflammatoires. Cela reste cependant un diagnostic d’élimination
dans un bilan de mélanome ;
- • foyers pulmonaires. Un syndrome alvéolo-interstitiel
fixant dans un contexte de bronchopneumopathie est très évocateur
de foyer infectieux (figure 6) ;
- • activation de la graisse brune. Ces foyers sont
banals, dus au stress et sont plus fréquents chez le sujet jeune.
Il n’y a pas de lésion à la TDM, les foyers se projettent sur
de la graisse sur l’image de fusion TEP-TDM et se répartissent
essentiellement au niveau cervical, sus-claviculaire et
paravertébral dorsal. Une activation intense de la graisse brune
peut, dans certains cas, gêner l’interprétation de l’examen (risque
de FN) ;
- • cicatrisation. Un renforcement de fixation du site
opératoire est possible jusqu’à 3-4 semaines après une
chirurgie ; il peut exister une augmentation de fixation
inflammatoire des ganglions locorégionaux, et il est préférable de
réaliser l’examen TEP-TDM 6 à 8 semaines après la chirurgie si
possible ;
- • foyer osseux. Un antécédent de fracture doit être
recherché dans les 3 mois précédents ; des fractures de côtes
sont fréquentes après des traumatismes minimes ou des efforts de
toux, et la topographie des foyers ainsi que l’aspect TEP-TDM sont
facilement évocateurs ;
- – certains foyers sont difficilement identifiables :
- • foyers pulmonaires. Des infections (tuberculose,
abcès) et des pathologies inflammatoires (granulomatose) peuvent
être responsables de formations nodulaires hyperfixantes ;
- • foyers urinaires. Une stase urinaire dans les uretères
pelviens peut être prise pour une petite adénopathie hyperfixante,
particulièrement au niveau de la bifurcation iliaque primitive.
Il est utile de refaire une acquisition centrée sur le foyer,
après miction, en améliorant la qualité de l’acquisition TDM pour
avoir une meilleure résolution anatomique : une disparition ou une
mobilisation du foyer témoigne de son origine urinaire ;
- – d’autres causes facilement identifiables de FP, plutôt
rencontrées dans le bilan de lymphome que dans le bilan de
mélanome, existent : séquelle de radiothérapie, cicatrice de
biopsie ostéomédullaire, réactivation thymique des sujets de moins
de 30 ans après chimiothérapie.
Tableau 3 Faux-positifs en TEP-TDM au FDG facilement
identifiables (interrogatoire, examen clinique, présentation)
|
Localisation
|
Etiologie
|
|
Sous-cutanée
|
Injection sous-cutanée et intramusculaire
|
|
Cutanée
|
Furoncle…
|
|
Pulmonaire
|
Bronchopneumopathie
|
|
Graisse brune sus-diaphragmatique
|
Activation banale due au stress, répartition caractéristique
|
|
Site opératoire
|
Cicatrisation, jusqu’à 3-4 semaines après le geste
|
|
Os
|
Fracture (côte)
|
Seconds cancers
Trois études sur de larges séries de patients (tous types de
cancers confondus) évalués en TEP retrouvent globalement la même
prévalence de cancer synchrone découvert fortuitement : 1 % (22/1
912 patients), 1,7 % (44/2 360 patients) et 2 % (33/1 750 patients)
[33-35]. Les seconds cancers découverts sont souvent des
cancers pulmonaires ou colorectaux, puis thyroïdiens ou ORL, puis
mammaires.
La prévalence de cancer synchrone varie selon la pathologie
étudiée : elle est élevée (supérieure à 5 %) dans le bilan
d’extension de carcinome épidermoïde de la tête et du cou,
retrouvant essentiellement des cancers pulmonaires ou œsophagiens
dus au terrain alcoolotabagique [36]. La prévalence de cancer
synchrone dans le bilan de mélanome n’est pas connue mais est
vraisemblablement comprise entre 1 et 2 %.
L’intensité de fixation (SUV) ne permet pas de différencier une
métastase de mélanome d’un cancer primitif synchrone, mais la
topographie du foyer peut orienter le diagnostic.
Le diagnostic reste histologique et ne doit être vérifié que
s’il existe un bénéfice attendu en termes de survie ou de qualité
de vie pour le patient : il est inutile, si la TEP-TDM révèle par
ailleurs que le patient est polymétastatique de son mélanome.
- – Il existe des organes où une fixation en TEP-TDM est
toujours suspecte :
- • poumon. Un nodule hyperfixant peut être une métastase
de mélanome ou un cancer pulmonaire primitif ;
- • sein : de même, un nodule hyperfixant peut être une
métastase de mélanome ou un cancer mammaire primitif ;
- • ORL. Une fixation unilatérale en regard d’un
épaississement tissulaire à la TDM est très évocatrice de cancer
primitif ORL ; on rappelle qu’il existe de nombreuses fixations
physiologiques au niveau ORL (amygdales, muscles bucaux), mais ces
fixations sont bilatérales et symétriques ;
- • col utérin. Un foyer intense est avant tout évocateur
de carcinome épidermoïde du col utérin ;
- – il existe des organes où une fixation en TEP-TDM n’est
pas forcément suspecte dans la population générale mais mérite une
confirmation histologique dans un bilan de mélanome :
- • digestif. Au niveau du côlon et rectum, dans la
population générale, un foyer isolé hyperfixant témoigne d’une
lésion primitive cancéreuse ou précancéreuse dans environ 50 % des
cas et mérite un contrôle coloscopique. Dans un bilan de mélanome,
un foyer colique peut, en plus, être une métastase de mélanome.
Les foyers du grêle sont beaucoup plus rares et sont très
évocateurs de métastase de mélanome dans un bilan de mélanome
;
- • thyroïde. Dans la population générale, un nodule
thyroïdien hyperfixant peut être un cancer primitif thyroïdien dans
moins de 50 % des cas et mérite un bilan simple (dosage de la TSH
et échographie cervicale ± cytoponction). Dans un bilan
de mélanome, un foyer thyroïdien peut, en plus, être une métastase
de mélanome et mérite une cytoponction.
Conclusion
La TEP-TDM au FDG a un rôle important à jouer dans la prise en
charge du mélanome, mais elle ne doit pas être utilisée dans toutes
les situations.
La TEP-TDM n’est pas indiquée pour le bilan initial d’un
mélanome non métastatique.
La TEP-TDM n’est pas indiquée pour la recherche de métastases
ganglionnaires locorégionales en raison d’un manque de sensibilité,
notamment en cas de micrométastase : l’examen de référence est la
technique du GS.
La TEP-TDM n’est pas indiquée pour l’évaluation de la réponse
aux thérapies systémiques, hors protocoles de recherche
clinique.
La TEP-TDM présente un intérêt dans le bilan préopératoire des
patients de stade III ganglionnaire et IV : bilan avant curage
ganglionnaire (sauf dans le cadre où seule une micrométastase du GS
est retrouvée) et bilan d’extirpabilité d’une métastase viscérale
unique. Elle permet de rechercher des métastases occultes à
distance et d’éviter une chirurgie inutile qui n’apportera aucun
gain de survie à des patients déjà polymétastatiques.
La TEP-TDM est moins sensible que la TDM pour la détection des
petites métastases pulmonaires, et que l’IRM pour les métastases
cérébrales, mais elle est plus sensible pour la détection des
métastases dans le médiastin, la région abdominale, la peau, les
aires ganglionnaires, les muscles et les os.
Les possibilités de FP sont les lésions inflammatoires,
notamment les sites opératoires récents et les tumeurs bénignes.
La TEP-TDM peut retrouver des lésions hyperfixantes qui
s’avèrent être des seconds cancers. Au vu de la littérature, le
taux de FP en TEP-TDM dans le bilan de mélanome est compris entre 3
et 5 % et le taux de second cancer est probablement compris entre 1
et 2 %. L’expérience du médecin nucléaire et l’interrogatoire du
patient permettent cependant de suspecter la majorité des cas de FP
ou de cancer synchrone.
La TEP-TDM a aussi un intérêt pour confirmer ou infirmer la
malignité d’une lésion douteuse, en tenant compte des possibilités
de FP et de FN. Elle peut également permettre, en cas de lésions
douteuses profondes peu accessibles à un diagnostic histologique,
de trouver des lésions hyperfixantes plus superficielles.
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