ARTICLE
Auteur(s) : J-Y
Blay1, F Eisinger2,3, O Rixe4,
A Calazel-Benque5, J-F Morère6, L
Cals7, Y Coscas8, S Dolbeault9, M
Namer10, D Serin11, C Roussel12, X
Pivot13
1Inserm U590, centre Léon-Bérard, UJOMM HEH &
Conticanet FP6-018806, 69373 Lyon, France
2Department of Oncogenetics Screening and Prevention,
Paoli-Calmettes Institute, 13009 Marseille, France
3Inserm U599, 13009 Marseille, France
4Hôpital de La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris,
France
5Capio clinique du Parc, 31400 Toulouse, France
6Hôpital Avicenne, 93000 Bobigny, France
7Hôpital Font-Pré, 83100 Toulon, France
8Clinique de la Porte-de-Saint-Cloud, 92100
Boulogne-Billancourt, France
9Psycho-Oncology Unit, Curie Institute, 75020 Paris,
France
10Centre azuréen de cancérologie, 06250 Mougins,
France
11Institut Sainte-Catherine, 84000 Avignon, France
12Laboratoire Roche, boulevard du Parc, 92000
Neuilly, France
13CHU de Besançon, 25030 Besançon, France
Article reçu le 5 Juin 2008, accepté le 11 Octobre 2008
Introduction
En 2002, le nombre estimé de nouveaux cas de cancer a été de 150
000 chez l’homme, et 120 000 chez la femme, responsables de 88 000
et 59 000 décès respectivement [1]. De 1980 à 2002, le nombre
estimé de nouveaux cas de cancers est passé de 170 000 à 270 000
par an, soit une augmentation de 63 %. Les cancers
représentent la deuxième cause de mortalité en France, derrière les
affections cardiovasculaires, soit environ 28 % des décès, et
représentent, chez l’homme, la première cause de mortalité tous
âges confondus [1, 2]. Quatre cancers sur dix surviennent avant
65 ans, et trois entraîneront un décès avant cet âge.
Le cancer représente ainsi la première cause des décès
prématurés chez les personnes jeunes et actives, loin devant les
accidents et les suicides. En 2002, chez l’homme, les quatre
principaux cancers étaient les cancers de la prostate (29 000), du
poumon (23 000), du côlon-rectum (19 200) et des voies
aérodigestives supérieures (17 300). Chez la femme, deux
localisations prédominent : le sein (42 000) et le côlon-rectum (15
700) ; le cancer du poumon est au sixième rang en 2002, avec 4 500
nouveaux cas et un nombre de décès équivalent [1-4].
Le pronostic vital étant fortement corrélé au stade de la
maladie au moment du diagnostic, un des moyens pour augmenter les
taux de survie en cancérologie est d’effectuer des diagnostics à
des stades plus précoces [5, 6].
Dans le cancer du sein, il est aujourd’hui reconnu que la
réalisation régulière d’une mammographie diminue la mortalité de 20
à 35 % après plus de 15 ans de suivi [4, 7-9]. De même,
dans le cancer du côlon, la réalisation d’un test de dépistage tous
les 2 ans devrait permettre de diminuer de 30 % le taux de
mortalité par cancer colorectal dans la population cible.
Néanmoins, en raison d’un taux de participation partiel, le
dépistage ne permet de facto de réduire la mortalité cancer que de
16-18 % [5, 10-12].
Le dépistage permet ainsi, dans ces pathologies, d’effectuer des
diagnostics à des stades plus précoces, de traiter des tumeurs de
meilleur pronostic et d’augmenter les chances de guérison.
Cependant, les pratiques de dépistage et les paramètres influençant
l’adhésion aux recommandations de dépistage restent encore
imparfaitement compris en France, malgré plusieurs études telles
que le Baromètre Santé de l’INPES (Institut national de prévention
et d’éducation pour la santé) ou les enquêtes menées par l’InVS
(Institut de veille sanitaire) et l’INCa (Institut national du
cancer) [13-18].
Le but de l’enquête Edifice était de mieux comprendre ces
paramètres. Nous nous sommes ainsi proposés d’effectuer une
description des pratiques et des connaissances des patients ainsi
que des médecins en matière de dépistage pour 4 tumeurs dans
lesquelles le rôle et l’intérêt du dépistage sont sensiblement
différents : le cancer du sein, dans lequel le dépistage est
consensuel, est largement médiatisé et incité, le cancer du côlon,
dans lequel le dépistage également consensuel, est en voie de
généralisation, le cancer de la prostate, dans lequel l’intérêt du
dépistage reste débattu mais, où il est recommandé par certaines
associations professionnelles, et enfin, dans le cancer du poumon,
où le dépistage est actuellement en cours de réflexion et d’étude.
Nous rapportons, ici, une analyse générale des résultats de cette
enquête.
Sujets et méthodes
Objectifs
L’enquête Edifice avait pour but de travailler sur des paramètres
déterminant la pratique du dépistage chez les praticiens et les
patients pour les quatre localisations cancéreuses les plus
fréquentes (sein, prostate, côlon, poumon), dont le dépistage
systématique est actuellement recommandé et organisé en France
(cancer du sein, cancer colorectal) ou non recommandé à ce jour
(cancer de la prostate et cancer du poumon). L’objectif était de
collecter les données sur les comportements de la population
générale et des médecins praticiens, face à la démarche de
dépistage d’un cancer, l’analyse comparative
(convergences/divergences) concernant leur approche et opinions
respectives à propos du dépistage, les facteurs favorisant la
participation, ou non, ainsi que l’abandon du dépistage.
Population étudiée
L’enquête menée par l’institut TNS Healthcare-SOFRES a consisté en
deux évaluations en parallèle : l’une auprès de la population
générale, l’autre auprès des médecins généralistes (MG). L’enquête
a été menée par téléphone ; ces entretiens téléphoniques ont été
effectués par des enquêteurs spécialisés du département santé de
l’institut TNS Healthcare-SOFRES (tableau
1).
Description de la population générale
Cette évaluation a été menée au total auprès de 1 609 individus
comprenant : un échantillon principal représentatif de la
population française âgée de 40 à 75 ans (n = 1 509), un
suréchantillon de sujets âgés de 50 à 74 ans et habitant les
22 départements pilotes (Côte d’Or, Ille-et-Vilaine et
Saône-et-Loire, Bouches-du-Rhône, Calvados, Charente, Hérault,
Indre-et-Loire, Isère, Nord, Haut-Rhin et Seine-Saint-Denis,
Essonne, Finistère, Allier, Ardennes, Marne, Pyrénées-Orientales,
Moselle, Orne, Mayenne et Puy-de-Dôme) concernés par le dépistage
de masse du cancer du côlon (n = 100).
Ces échantillons ont été constitués selon la méthode des quotas
(sexe, âge, profession, département concerné par le dépistage de
masse du cancer du côlon, double stratification par région et
catégorie d’agglomération). Un redressement des données a été
effectué selon les statistiques des personnes, âgées de 40 à
75 ans, issues de l’enquête Emploi 2002 de l’Insee (Institut
national des statistiques et des études économiques), afin de
rendre son poids réel, au suréchantillon d’individus habitant dans
les départements pilotes du dépistage de masse du cancer du côlon,
à l’échelle des densités de la population des différents
départements français.
Tableau 1
Description de la population des médecins
L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 600 MG exerçant en
ville, construit selon la méthode des quotas (âge, régions et
départements d’exercice), dont les caractéristiques principales
sont résumées dans le tableau 2.
L’enquête quantitative auprès des médecins a été réalisée du 31
janvier au 18 février 2005.
Tableau 2
|
- Médecins généralistes
- n = 600
|
- Référence nationale
- Carnets CNAMTS-SNIR 2002
|
|
Âge
|
|
|
|
Moins de 50 ans
|
51,5 %
|
57,7 %
|
|
50 ans et plus
|
48,5 %
|
42,3 %
|
|
Âge moyen (écart-type)
|
48,1 ± 8,8 ans
|
-
|
|
Sexe
|
|
|
|
Hommes
|
66 %
|
49 %
|
|
Femmes
|
34 %
|
51 %
|
|
Région
|
|
|
|
Parisienne
|
17,3 %
|
16,8 %
|
|
Ouest
|
18,5 %
|
21,5 %
|
|
Nord-est
|
23,7 %
|
22,7 %
|
|
Sud-ouest
|
12,3 %
|
12,2 %
|
|
Sud-est
|
28,2 %
|
26,8 %
|
|
Départements concernés par le dépistage du côlon
|
|
|
|
Appartenance aux 22 départements pilotes
|
30 %
|
38 %
|
|
Autres départements
|
70 %
|
62 %
|
Informations colligées
Population générale
Pour analyser les facteurs expliquant la participation au
dépistage, la non-participation ou encore l’abandon après une ou
plusieurs démarches de dépistage, plusieurs types de paramètres ont
été collectés : les facteurs sociodémographiques et
environnementaux (âge, sexe, lieu d’habitation, catégorie
socioprofessionnelle, statut marital, tabac, alcool…), le
comportement général vis-à-vis de la santé : croyances et
représentations en matière de santé (sentiment d’être concerné ou
non par sa santé, par le cancer…), le recours aux consultations
médicales, la relation avec le médecin traitant, la vision
personnelle et le niveau des connaissances sur le dépistage et ses
modalités, le caractère anxiogène du cancer et de son dépistage,
l’impact des antécédents de cancer dans l’entourage, les
motivations et les freins face à la décision de se faire dépister
(initiative du premier dépistage, bénéfices, raisons d’arrêt…) et,
plus encore, le vécu du premier examen de dépistage (éventuelle
douleur ressentie, qualité des informations délivrées,
compréhension des résultats…).
Médecins
L’enquête a porté sur le niveau de connaissances des
recommandations actuelles en matière de dépistage des cancers,
concernant les 4 localisations retenues, les pratiques en matière
de recommandation de fréquence et les raisons de cette
prescription, leur avis sur les raisons qui poussent leurs patients
à effectuer ou non un dépistage du cancer et à poursuivre ou non
cette démarche.
Résultats
Dépistages déclarés par les individus de 40
à 75 ans
Mille six cent neuf individus ont été interrogés au total ; 105 ont
été exclus de l’analyse en raison d’antécédents personnels de
cancer. L’analyse a donc porté sur 1 504 personnes. Respectivement
93, 25, 36 et 6 % des personnes interrogées indiquent avoir
effectué une fois au moins un dépistage du cancer du sein (femmes),
du côlon et du rectum, de la prostate (hommes) et du poumon (figure 1).
Quatre-vingt-treize pour cent des femmes de 50 à 74 ans
déclarent avoir effectué au moins une mammographie de dépistage.
Le dépistage du cancer du côlon, organisé dans seulement 22
départements, est réalisé par 25 % des individus interrogés dans
l’enquête et âgés de 50 à 74 ans. Le dépistage du cancer
de la prostate, non organisé et dont l’utilité reste débattue, est
mentionné être effectué par 36 % des hommes de 50 à 75 ans.
Enfin, le dépistage du cancer du poumon, actuellement non
recommandé, est rapporté être effectué par 6 % des individus de 40
à 75 ans, qui déclarent avoir effectué au moins une
radiographie des poumons dans ce but (figure 1).
Recommandations de dépistage par les MG
Il est intéressant de comparer ces résultats avec ceux émanant des
déclarations des MG au sujet du dépistage. Soixante-dix pour cent
des médecins déclarent recommander systématiquement un examen de
dépistage du cancer du sein, 20 % un examen de dépistage du cancer
colorectal. Le dépistage du cancer de la prostate,
actuellement non organisé, est recommandé par 60 % des médecins
interrogés. Enfin, le dépistage du cancer du poumon est recommandé
de manière marginale par 4 % des praticiens (figure 2).
Analyse par tumeur
Dépistage du cancer du sein chez les femmes
de 50 à 74 ans
Un échantillon de 507 femmes représentatif de la population des
femmes françaises de 50 à 74 ans (en termes d’âge, de région,
de taille d’agglomération et de profession) a été interrogé.
Les femmes présentant des antécédents personnels de cancer ont
été exclues de l’analyse.
Seulement 7 % des femmes déclarent ne jamais avoir eu de
mammographie de dépistage. Quinze pour cent des femmes interrogées
n’ont pas réalisé de mammographie de dépistage au cours des deux
dernières années. Parmi ces 15 % de femmes ayant effectué un examen
de dépistage, il y a plus de 2 ans, 1 sur 5 a abandonné après
une seule mammographie. Trois pour cent des patientes étant non
évaluables, au total donc, 75 % des femmes déclarent avoir réalisé
leur dernière mammographie dans un délai inférieur à 2 ans et
répondent donc aux recommandations de bonne pratique du
dépistage.
Parmi les 600 MG interrogés, presque tous (98 %) recommandent
habituellement une mammographie de dépistage à leurs patientes
âgées de 50 à 74 ans sans antécédent particulier ; 68 % des
médecins recommandent systématiquement une mammographie à leurs
patientes de 50 à 74 ans, et 30 % déclarent le faire
fréquemment (figure
3A). Une recommandation systématique du dépistage est plus
fréquente chez les médecins de sexe féminin (73 %) que chez les
médecins hommes (65 %) [p < 0,05]. Soixante-huit pour cent
estiment que la fréquence recommandée du dépistage du cancer du
sein est tous les 2 ans ; 58 % des MG déclarent que l’âge à
partir duquel le dépistage du cancer du sein est recommandé est
inférieur à 50 ans, et 60 % estiment que l’âge maximal est
supérieur à 74 ans. La date de mise en place du dépistage
organisé ne modifie pas significativement l’attitude du MG.
Dépistage du cancer colorectal chez les sujets
de 50 à 74 ans
Dans l’enquête Edifice, et concernant le dépistage du cancer du
côlon, un échantillon de 970 individus représentatif de la
population française de 50 à 74 ans (en termes d’âge, de sexe,
de région, de taille d’agglomération et de profession) a été
interrogé. Les personnes présentant des antécédents personnels
de cancer ont été exclues de l’analyse.
Vingt-cinq pour cent des individus interrogés, âgés de 50 à
74 ans, déclarent avoir effectué un examen de dépistage du
cancer du côlon ; ce pourcentage est comparable chez les hommes (24
% de n = 462) et les femmes (26 % de n = 507) [p = 0,51].
Les données des 22 départements pilotes, dans lesquels le
dépistage de masse avait été mis en place, ont été comparées avec
celles des autres départements où cela n’était pas le cas. Sur
l’échantillon de 970 personnes de 50 à 74 ans, 329 personnes
(34 %) vivaient dans l’un des 22 départements pilotes et 641 (66 %)
dans les autres départements. Dans les 22 départements pilotes, le
taux de déclaration de dépistage est significativement plus élevé
que dans les autres départements : 34 contre 20 % (p < 0,01).
Parmi les 34 % d’individus ayant réalisé un test de dépistage, la
moitié l’a réalisé à la suite d’une lettre d’invitation de la
structure de gestion du dépistage. Le taux de déclaration de
réalisation d’un test de dépistage varie significativement selon la
date de mise en place de l’organisation du dépistage de masse (p =
0,03). Dans les 3 départements où le dépistage était organisé
depuis plus de 6 ans, le taux est de 47 versus 35 %, et 26 %
dans les départements où la mise en place a été effectuée
respectivement lors des 18 ou des 12 derniers mois.
Dix-huit pour cent des MG déclarent recommander systématiquement
un test de dépistage du cancer du côlon à leurs patients âgés de 50
à 74 ans sans antécédent particulier (figure 3).
Les médecins exerçant dans les 22 départements pilotes sont
plus nombreux à recommander systématiquement le dépistage (29
versus 13 % des médecins des autres départements ; p < 0,01), et
ce, d’autant plus que le dépistage de masse est mis en place depuis
longtemps : ainsi 40 % des médecins exerçant dans les 3 premiers
départements pilotes recommandent systématiquement un test de
dépistage contre 29 % pour les médecins exerçant dans les 9
départements suivants et 26 % pour les médecins exerçant dans les
10 derniers départements (résultats non significatifs).
Cancer de la prostate chez les hommes
de 50 à 74 ans
Dans l’enquête Edifice portant sur le dépistage du cancer de la
prostate, un échantillon de 475 hommes, représentatifs de la
population française de 50 à 75 ans (en termes d’âge, de
région, de taille d’agglomération et de profession), a été
interrogé. Trente-sept pour cent des hommes de 50 à 75 ans
déclarent avoir réalisé, à titre individuel, un dépistage du cancer
de la prostate. Quatre-vingt-deux pour cent des hommes ayant déjà
réalisé un test de dépistage ont l’intention d’en effectuer un
second. Parmi les 174 hommes ayant réalisé un dépistage du cancer
de la prostate, ce dépistage a été effectué par un dosage du taux
de PSA seul pour 43 %, par dosage de PSA associé au toucher rectal
pour 42 % et par toucher rectal seul pour 11 %.
Le MG a été à l’initiative du dépistage dans 60 % des cas,
l’urologue dans 5 % des cas, et le dépistage a été fait à la
demande du patient dans 18 % des cas, les autres circonstances
étant marginales (médecine du travail, entourage, autre médecin).
Quatre-vingt-dix-huit pour cent des MG interrogés ont déclaré
recommander, au moins occasionnellement, un examen de dépistage du
cancer de la prostate à leurs patients âgés de 50 à 75 ans.
Cette recommandation est systématique pour 58 % d’entre eux. En
moyenne, le dépistage du cancer de la prostate est recommandé à
77,1 % des patients de 50 à 75 ans vus par les MG
interrogés.
Cancer du poumon chez les hommes de 50
à 74 ans
L’utilité du dépistage du cancer du poumon n’est pas établie
formellement. Il était donc intéressant de disposer des
données de pratiques en l’absence de recommandations formelles des
autorités de santé [17].
L’ensemble de l’échantillon de l’étude Edifice, représentatif de
la population française de 40 à 75 ans (en termes d’âge, de
sexe, de région, de taille d’agglomération et de profession), a été
interrogé. Les personnes présentant des antécédents personnels
de cancer ont été exclues de l’analyse. Quatre-vingt-sept pour cent
des 1 609 individus interrogés ont déclaré avoir effectué au moins
1 radiographie des poumons dans leur vie. La réalisation de
cet examen est motivée en grande partie par une autre raison que la
recherche stricte d’un éventuel cancer du poumon (bilans
cardiovasculaires, respiratoires et préopératoires ou lors de la
visite de la médecine du travail). Le dépistage du cancer du
poumon a été effectué, à titre individuel, par 6 % des sujets de 40
à 75 ans (n = 85), dont 49 % d’hommes et 51 % de femmes.
Les individus ayant déjà réalisé un test de dépistage sont plus
souvent fumeurs que ceux n’ayant pas effectué de radiographie du
poumon dans le cadre du dépistage (33 versus 23 %, p < 0,05).
La(les) radiographie(s) pulmonaire(s), réalisée(s) dans le cadre du
dépistage du cancer du poumon, a(ont) été initiée(s) par le MG (22
% des cas) ou le médecin du travail (21 % des cas). Parmi les 600
MG interrogés, 63 % ont recommandé occasionnellement un dépistage
du cancer du poumon à leurs patients âgés de 40 à 75 ans sans
antécédent particulier. Cette recommandation n’est systématique que
pour 4 % d’entre eux (figure 3). En moyenne, le
dépistage du cancer du poumon est recommandé à 17,4 % des patients
de 40 à 75 ans vus par les MG.
Discussion
Cette enquête met en évidence une adhésion majoritaire au principe
du dépistage du cancer dans la population générale étudiée ainsi
qu’au sein du panel de MG. Cependant, la pratique du dépistage ne
suit qu’imparfaitement les recommandations nationales ainsi que les
connaissances actuelles.
Bien qu’il s’agisse de données déclaratives, plusieurs faits
saillants sont mis en évidence par cette étude.
Comme cela avait été précédemment mentionné, pour une large
fraction de patients, le dépistage est effectué en dehors des
programmes établis à cet effet [9]. Ainsi, une large proportion des
patients de plus de 50 ans a bénéficié d’une mammographie de
dépistage dans les deux ans précédents. Il faut distinguer de
fait trois niveaux en ce qui concerne l’adhésion aux
recommandations : la conformité des pratiques (tous les deux ans),
la conformité de la méthodologie (double lecture), voire la simple
conformité organisationnelle (un seul chemin). Seul le dépistage
organisé offre en fait la double lecture.
Les recommandations et les pratiques de dépistage par les
médecins ne sont pas liées à l’état actuel des connaissances ni aux
recommandations nationales dans toutes les maladies.
Le dépistage du cancer de la prostate bénéficie ainsi d’un
taux d’adhésion rapportée plus élevé que le cancer colorectal, pour
lesquels les données scientifiques sont plus convaincantes.
Le poids des recommandations de sociétés de spécialistes dans
la diffusion de pratiques de dépistage non encore généralisées
apparaît important, mais d’autres facteurs sont probablement mis en
jeu [11, 19-22]. Ainsi, malgré les recommandations des sociétés
savantes de gastroentérologie, le dépistage du cancer colorectal,
dont l’efficacité a été largement démontée, ne parvient pas au
niveau de celui du cancer de la prostate dans l’enquête réalisée,
tant sur la population générale que sur la population des MG
étudiée. Les données actuelles de la science et les
recommandations des sociétés savantes ne sont donc pas les seuls
paramètres expliquant les pratiques médicales ni l’adhésion de la
population générale à une pratique de dépistage. Il faut
cependant souligner que le choix des examens recommandés pour le
dépistage est moins bien connu des MG lorsque le dépistage n’est
pas généralisé (résultats non présentés). La compréhension des
paramètres prédictifs d’adhésion à la politique de dépistage sera
certainement un élément important pour améliorer l’adhésion des
individus au sein de la population générale.
Cette étude fournit un cliché actuel des pratiques de dépistage
en France en 2005, qui pourra servir d’étalon pour évaluer
l’amélioration des pratiques de dépistage après la mise en place
des mesures gouvernementales. Elle devra être suivie et comparée à
d’autres Edifice à venir (Edifice 2 est en cours). Par ailleurs,
plusieurs catégories de sujets « résistants » au dépistage sont
identifiées dans les différentes cohortes interrogées : leurs
motivations sont distinctes et les stratégies pour permettre leur
adhésion seront différentes [23, 24]. Les détails de ces
résultats par tumeurs dépistées requièrent une analyse détaillée et
feront l’objet d’articles ultérieurs.
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