ARTICLE
Auteur(s) : Pascale This
Institut Curie, 26 rue d’Ulm, 75231 Paris cedex 05
Centre de la Femme, Hôpital de Versailles, 177, rue de Versailles,
78157 Le Chesnay Cedex
Lorsqu’un oncologue est amené à traiter une femme jeune (nous la
définirons comme une femme de moins de 40 ans) pour un cancer
du sein, il y a aujourd’hui de fortes chances pour qu’il soit
amené, tôt au tard, à aborder avec elle les questions relatives à
sa fertilité : le recul de l’âge de la première grossesse et
les « remariages » amènent aujourd’hui nombre de jeunes
femmes entre 35 et 40 ans à évoquer ces questions avec leurs
médecins.
Plusieurs raisons expliquent que l’oncologue soit, de fait,
fortement impliqué dans ces discussions :
- – les traitements adjuvants du cancer du sein peuvent
avoir des conséquences importantes sur la fonction ovarienne et la
fertilité ;
- – les patientes souhaitent aujourd’hui être bien
informées de ces conséquences, voire les anticiper ;
- – des méthodes censées préserver la fertilité avant que
les traitements du cancer ne soient administrés ont été récemment
décrites dans la littérature médicale, et aussi par les
médias ;
- – les progrès de l’assistance médicale à la procréation
(AMP) engendrent chez ces jeunes femmes le désir bien
compréhensible de devenir mère après un cancer du sein, désir qui
signe aussi l’espoir de la guérison…
Dans cet article, nous tenterons de faire le point sur ces
questions et de dégager ce qu’il est possible de dire à ces jeunes
femmes et à leur conjoint, ce que l’on peut leur proposer
aujourd’hui, ce qui reste expérimental et les points encore non
résolus.
Conséquences des traitements adjuvants du cancer du sein sur la
fertilité
Chimiothérapie
L’effet délétère de la chimiothérapie sur le fonctionnement des
ovaires est maintenant bien établi [1]. Schématiquement, cet effet
dépend de l’âge de la femme, du type de chimiothérapie (FAC, FEC,
CMF…), des doses prescrites et de la susceptibilité individuelle.
Pour préciser l’effet des chimiothérapies sur la fonction
ovarienne, de nombreuses études portent sur la fréquence de
l’aménorrhée induite. Malheureusement, la définition de ce critère
de jugement varie (arrêt des règles d’une durée de 3 à 12 mois
selon les auteurs), expliquant la diversité des résultats. Bines et
al. [2] ont bien souligné l’importance de définitions communes. Ils
ont proposé de parler d’aménorrhée chimio-induite (ACI) lorsqu’une
période de plus de 6 mois sans règles survient chez une femme
qui n’était pas ménopausée au moment du diagnostic. Cette ACI peut
être précoce (survenant dans l’année qui suit le début de la
chimiothérapie) ou plus tardive et transitoire ou définitive. La
réapparition de règles après 24 à 29 mois d’ACI [2] justifie
d’attendre en pratique au moins 2 ans avant de parler de
ménopause stricto sensu.
Il est donc difficile de chiffrer de façon précise le risque
d’ACI selon l’âge et le type de chimiothérapie. Certains auteurs
ont cependant proposé des estimations à partir des données
disponibles [3]. En pratique (tableau 1), retenons que, dans la tranche
d’âge qui nous intéresse (30 à 39 ans), 6 cures de FEC100
entraîneront un risque « intermédiaire » d’aménorrhée
(entre 20 et 80 %, ce qui reste très imprécis) [3]. Pour
Goodwin et al. [1], le risque d’ACI est approximativement de
10 % vers 35 ans, de 40 % vers 40 ans, et
augmente ensuite rapidement, pour atteindre 70 à 80 % vers
45 ans. Chez les femmes vraiment jeunes, avant 30 ans,
6 cures de FEC auront un impact faible mais ces femmes seront
plus susceptibles d’être confrontées à une ménopause
prématurée.
Récemment, Petrek et al. [4] ont montré, dans une étude
prospective portant sur 595 patientes, que la proportion de
femmes réglées régulièrement après la chimiothérapie augmente au
fil du temps après des protocoles de type AC, ACT ou ACD, alors
que, après CMF, l’évolution est inverse, traduisant une toxicité
retardée : toutes les chimiothérapies n’ont donc pas le même
effet sur les ovaires.
Quant aux conséquences des taxanes et du trastuzumab, elles ne
sont pas connues précisément.
Pour évaluer les conséquences des chimiothérapies sur la
fertilité, il est probablement plus pertinent de s’intéresser à la
proportion de femmes restant réglées régulièrement plutôt qu’à
celles qui sont en aménorrhée, mais même ce critère reste
insuffisant : les spécialistes d’AMP ont bien montré que
certaines jeunes femmes, même parfaitement réglées, présentent déjà
des stigmates biologiques annonciateurs d’une fonction ovarienne
perturbée. Il est donc fort probable que l’on sous-estime
actuellement, faute de critères de jugement adéquats, les
conséquences des chimiothérapies sur la fertilité.
Tableau 1 Risque d’aménorrhée chez une femme
traitée par chimiothérapie. D’après Lee S [3]
|
Degré de risque
|
Traitement
|
|
Haut risque (> 80 %)
|
CMF, CAF, CEF, 6 cycles chez une femme de plus de
40 ans
|
|
Risque intermédiaire
|
- CMF, CAF, CEF, 6 cycles chez une femme de 30 à
39 ans
- CAF, 4 cycles chez une femme de plus de 40 ans
|
|
Faible risque (< 20 %)
|
- CMF, CAF, CEF, 6 cycles chez une femme de moins de
30 ans
- CAF, 4 cycles chez une femme de moins de 40 ans
|
|
Risque inconnu
|
Taxanes, trastuzumab
|
Tamoxifène
Lorsque le cancer du sein est hormonodépendant, le tamoxifène est
l’hormonothérapie adjuvante de référence chez les jeunes femmes
[5]. Ce SERM (modulateur sélectif des récepteurs des estrogènes) de
première génération inhibe de façon compétitive la liaison des
estrogènes sur leur récepteur. Du fait de son action
anti-estrogénique, il stimule l’axe gonadotrope et les ovaires, qui
vont libérer plus d’estrogènes. Cette hyperestrogénie n’est en
principe pas délétère pour le tissu mammaire en raison de
l’occupation simultanée des récepteurs des estrogènes, à condition
toutefois que l’exposition aux estrogènes ne soit pas trop
importante : en effet, le rapport des concentrations
tamoxifène/estradiol dans le tissu mammaire doit être d’environ 1
000 pour que le tamoxifène reste efficace [6]. Dans les modèles
expérimentaux, l’exposition à des doses croissantes d’estradiol
(correspondant à des concentrations plasmatiques de 900 à
2000 pg/ml) réduit progressivement l’efficacité de ce composé
[7].
En raison de ses propriétés, le tamoxifène était utilisé dans
les années 1980 pour induire des ovulations [8], de la même façon
que le citrate de clomifène, un autre composé triphényléthylénique
auquel il est apparenté.
Par ailleurs, l’utilisation du tamoxifène au long cours
s’accompagne d’un effet tératogène : il existe une
augmentation des anomalies du tractus génital chez l’animal exposé
au tamoxifène pendant la gestation [9].
Pour ces raisons, une contraception est indispensable chez les
femmes sous tamoxifène : en pratique, une contraception neutre
sur le plan hormonal (préservatifs, dispositif intra-utérin au
cuivre). S’il est prescrit isolément chez une jeune femme, le
tamoxifène n’aura pas de conséquence délétère pour la fertilité
ultérieure, en dehors du fait que sa durée de prescription
(théoriquement de 5 ans) imposera de reculer d’autant un
éventuel projet de grossesse.
Agonistes de la LH-RH
Les agonistes de la LH-RH, bien que ne disposant pas d’une
autorisation de mise sur le marché en traitement adjuvant du cancer
du sein, sont cependant souvent utilisés dans ce cadre, soit en
association avec le tamoxifène, soit isolément. Ils peuvent ainsi
être prescrits lorsqu’il existe une contre-indication à ce composé
(antécédents thromboemboliques veineux). En outre, ils sont
actuellement testés en situation adjuvante dans le cadre d’essais
thérapeutiques. Enfin, il existe des indications
« gynécologiques » aux agonistes de la LH-RH : elles
concernent les femmes susceptibles d’avoir des complications sous
tamoxifène en raison d’un fibrome utérin volumineux ou d’une
endométriose évolutive.
Dans tous les cas, les agonistes de la LH-RH entraînent un état
d’insuffisance ovarienne profonde mais transitoire : à leur
arrêt, la fonction ovarienne reprend.
Besoin d’information des femmes sur les conséquences des
traitements
L’évaluation précise des conséquences des traitements sur la
fonction ovarienne est le prérequis de l’information que nous
donnerons à nos patientes. Ce besoin d’information est devenu une
réalité dans nos consultations. Certaines études anglo-saxonnes ont
tenté de cerner cette nouvelle demande des patientes [10-12].
Ainsi, une équipe australienne a demandé à 228 femmes ayant
été traitées pour un cancer du sein 6 mois à 5 ans plus
tôt et qui avaient moins de 40 ans au moment du diagnostic, de
répondre à un questionnaire postal : 71 % d’entre elles
se rappelaient avoir discuté des conséquences des traitements sur
leur fertilité avec leur médecin (le plus souvent l’oncologue
médical) [10]. Les femmes interrogées considéraient que c’est au
moment du diagnostic et des prises de décision que ces informations
sur la fertilité devaient être privilégiées, notamment par rapport
aux informations sur la ménopause, jugées plus utiles au cours du
suivi.
De façon prévisible, les femmes qui n’avaient pas d’enfant et
celles qui avaient des projets de grossesse au moment du diagnostic
étaient particulièrement demandeuses de ces informations sur la
fertilité. Aux Etats-Unis, l’étude de Partridge et al. [12] a porté
sur 657 femmes âgées en moyenne de 36 ans et traitées
deux années plus tôt pour un cancer du sein. Elle rapporte que
72 % d’entre elles avaient évoqué cette question avec leur
médecin et que 29 % disaient en avoir tenu compte dans leurs
prises de décision. On peut arguer que toutes ces études sont
rétrospectives et comportent des biais de souvenir ou de sélection
(par exemple femmes appartenant à des groupes correspondant sur
internet). Néanmoins, ces chiffres donnent à réfléchir puisqu’au
moins un tiers de ces jeunes femmes ne semblaient pas avoir abordé
ces questions avec leur médecin.
En France, l’étude Parcours de femmes 2001 a porté sur l’analyse
de plus de 1 800 questionnaires adressés à des femmes ayant eu
un cancer du sein (pour 87 % d’entre elles) ou
gynécologique ; elle a conclu que, si elle a nettement
progressé depuis quelques années, l’information des patientes reste
encore insuffisante sur les effets secondaires des traitements,
conduisant 60 % des femmes à rechercher des informations
complémentaires par elles-mêmes (internet, livres, associations,
etc.) [13].
Il est possible qu’à l’avenir la connaissance de ces
informations intervienne dans les prises de décision de ces femmes,
non pas tant lorsque l’indication de la chimiothérapie correspond à
un standard parce que les caractéristiques de la tumeur orientent
clairement vers cette prescription, mais plutôt dans les cas
limites, lorsque plusieurs options thérapeutiques peuvent être
proposées, par exemple hormonothérapie ou chimiothérapie adjuvante
pour une tumeur hormonodépendante peu proliférante.
Actuellement, l’étude BIG Fertility, réalisée par
l’International Breast Cancer Study Group, explore à l’aide d’un
questionnaire les positions à cet égard de jeunes femmes traitées
pour un cancer du sein avant l’âge de 35 ans et tente de
cerner le rapport des bénéfices (en termes de pourcentages de
récidives évitées) et des risques (en termes de pourcentages de
risque d’infertilité) conditionnant leurs décisions vis-à-vis d’un
traitement adjuvant. Encore faut-il pouvoir chiffrer précisément le
risque d’infertilité après chimiothérapie, et nous avons vu à quel
point les données actuelles sont sujettes à caution.
Peut-on préserver la fertilité d’une femme atteinte d’un cancer
du sein ?
Si des traitements risquant d’altérer la fonction ovarienne sont
recommandés en raison des caractéristiques de la tumeur, peut-on
aujourd’hui proposer des méthodes visant à préserver la fertilité
avant de les appliquer ?
L’Asco a récemment publié des recommandations sur cette question
[3]. Nous envisagerons les différentes méthodes évoquées, leurs
modalités, leur efficacité et les réserves éventuelles qu’elles
soulèvent.
Méthodes de préservation de la fertilité stricto sensu [14,
15]
Congélation d’embryon
Avant de décrire cette méthode, nous rappellerons brièvement le
principe de la fécondation in vitro (FIV) [16].
Une stimulation de l’ovulation à l’aide de gonadotrophines (FSH
ou HMG) permet le développement sur les ovaires de plusieurs
follicules contenant des ovocytes. Lorsque ceux-ci sont arrivés à
maturité, une injection de gonadotrophine chorionique est
pratiquée. Les taux d’estradiol plasmatiques sont alors élevés, de
l’ordre de 1500 à 2000 pg/ml. Trente-six heures
après l’injection, lors d’une courte anesthésie, les follicules
sont ponctionnés sous échographie et les ovocytes recueillis mis en
culture avec le sperme du conjoint. Au laboratoire, la fécondation
peut être effectuée soit de façon classique, sans
micromanipulation, soit par ICSI (injection intracytoplasmique de
spermatozoïdes).
Les embryons obtenus peuvent être replacés « frais »
dans l’utérus de la patiente. Les taux de succès en FIV et en ICSI
sont souvent exprimés en pourcentages de grossesse clinique par
ponction et sont conditionnés par de nombreux déterminants,
notamment par l’âge de la femme, nous y reviendrons. Les embryons
surnuméraires peuvent être congelés et replacés ultérieurement, ce
qui permet d’augmenter le nombre de tentatives.
Le transfert d’embryon congelé est donc une technique
parfaitement rodée en AMP. Son efficacité est bien établie :
on obtient environ 20 à 30 % de grossesses par transfert de
3 embryons.
Chez les femmes ayant un cancer, le principe de la méthode
consiste à effectuer cette FIV avant la chimiothérapie et à
congeler les embryons obtenus. À distance des traitements, ceux-ci
seront décongelés et réimplantés dans l’utérus de la patiente
[17].
Très peu d’équipes ont osé à ce jour proposer cette méthode à
des femmes chez qui un cancer du sein venait d’être
diagnostiqué : la principale réticence concerne évidemment les
conséquences d’une élévation importante des taux d’estrogènes sur
la maladie mammaire.
Oktay et al. [18-20] ont décrit leur expérience avec une petite
série de patientes : pour stimuler leur ovulation, ils ont mis
à profit les propriétés du tamoxifène et du létrozole. Cet
inhibiteur de l’aromatase a également la particularité de favoriser
l’ovulation des femmes jeunes : la réduction de
l’aromatisation des androgènes en estrogènes induit, par
rétrocontrôle négatif, la stimulation de l’axe hypophysaire et des
ovaires [21]. Dans une étude préliminaire non randomisée [19], les
auteurs ont effectué une FIV avec congélation embryonnaire chez
29 femmes. Avec un recul de 554 jours, il n’y a pas eu
significativement plus de récidives chez celles-ci que chez des
femmes témoins. Cette méthode de préservation de la fertilité
appelle de multiples commentaires [22]. Les deux points les plus
importants concernent ses conséquences sur la maladie mammaire et
sur l’enfant :
- – Certes les traitements inducteurs de l’ovulation
utilisés dans ces études sont aussi prescrits par les oncologues,
mais la question de leur effet sur l’évolution de la maladie
mammaire et d’éventuelles micrométastases doit être posée :
ainsi, bien que le tamoxifène occupe le récepteur des estrogènes,
on peut craindre que son effet inhibiteur ne soit réduit en
présence de taux d’œstradiolémie élevés, dépassant 1
000 pg/ml, comme ceux décrits dans l’une de ces études [19].
Par ailleurs, on peut s’interroger sur l’effet de taux d’estradiol
modérément élevés, mais sans blocage simultané des récepteurs des
estrogènes tels que ceux obtenus sous létrozole [23].
- – Une autre question importante concerne l’effet
tératogène éventuel des composés utilisés, qui sont différents de
ceux prescrits classiquement en FIV. Pour certains auteurs, une
induction d’ovulation par létrozole serait associée à une
augmentation du risque de malformations cardiaques et de l’appareil
locomoteur [24]. Cet effet tératogène fait actuellement l’objet
d’une controverse dans la littérature [25]. Néanmoins, en accord
avec l’Afssaps, le laboratoire Novartis a envoyé un courrier aux
prescripteurs pour rappeler que le létrozole ne devait pas être
prescrit chez les femmes non ménopausées et qu’il n’était pas
indiqué dans les stimulations de l’ovulation. Cette question se
pose également pour le tamoxifène, puisque ce composé est
tératogène chez l’animal.
La congélation d’embryon soulève encore d’autres
questions :
- – elle ne concerne que des couples
constitués ;
- – elle se heurte à des difficultés pratiques évidentes,
notamment celle de pouvoir orienter rapidement les patientes dans
un centre d’AMP sans retarder la suite des traitements du
cancer ;
- – enfin, on peut s’interroger sur la difficulté
psychologique, pour une femme, de devoir affronter successivement
sur une courte période l’annonce d’un cancer du sein, une induction
d’ovulation en vue d’une FIV, puis la mise en route d’une
chimiothérapie.
Congélation d’ovocytes
Ici, ce sont les ovocytes obtenus que l’on congèle, sur le même
principe que la congélation de sperme avant les traitements
infertilisants chez l’homme. Cette méthode est en théorie
applicable chez les jeunes femmes célibataires. À distance des
traitements, les ovocytes seront décongelés et mis en culture avec
les spermatozoïdes du (futur) conjoint. Bien que séduisante, cette
méthode est encore expérimentale. La congélation, puis la
décongélation des ovocytes posent d’importants problèmes techniques
et le rendement de cette méthode est très faible : environ
2 % de grossesse par ovocyte décongelé [26] ! De plus,
elle soulève les mêmes interrogations que la précédente quant aux
conséquences de la stimulation sur la maladie mammaire et sur
l’enfant.
Cryopréservation de tissu ovarien
Son principe consiste à prélever avant la chimiothérapie, du cortex
ovarien, voire un ovaire, sous cœlioscopie [3]. Les fragments
ovariens sont analysés au microscope, préparés, puis congelés. À
distance des traitements, ils sont décongelés, puis réimplantés
chez la patiente, soit à distance de leur origine (autogreffe
hétérotopique, par exemple sur l’avant-bras), soit dans l’ovaire
controlatéral ou sur le péritoine adjacent de la trompe restante,
du côté du prélèvement (autogreffe orthotopique). Il faut plusieurs
mois pour voir apparaître une reprise de la fonction hormonale.
Selon les cas, l’ovulation peut survenir spontanément, ou après
stimulation, et la fécondation peut être naturelle, ou obtenue par
FIV. À ce jour, quelques grossesses ont été obtenues chez des
femmes traitées pour des maladies hématologiques [27, 28]. Bien que
les résultats en aient été immédiatement médiatisés, soulignons
qu’il s’agit d’une technique encore expérimentale et qui soulève de
nombreuses questions d’ordre technique (protocole de congélation,
modalités d’utilisation du prélèvement) mais aussi éthique
(indications, devenir des enfants nés par cette méthode [29]).
Aujourd’hui, la cryopréservation de tissu ovarien est de
plus en plus souvent proposée dans un cadre de recherche, notamment
aux très jeunes femmes avant des traitements infertilisants dans le
cadre d’hémopathies malignes, de sarcomes ou de tumeurs ovariennes
borderlines, dans l’espoir que les techniques de greffes seront au
point lorsque ces jeunes femmes souhaiteront devenir mères
[29].
L’applicabilité de cette méthode aux femmes atteintes de cancer
du sein soulève plusieurs questions :
- – cette méthode n’est proposée qu’avant 35 ans,
lorsque le capital folliculaire, encore suffisant, pourra supporter
congélation et décongélation ; or, à cet âge, l’ablation d’un
ovaire risquerait d’être plus délétère que les conséquences d’une
chimiothérapie adjuvante sur la fertilité ;
- – l’autogreffe de tissu ovarien pourrait exposer la
patiente à la réintroduction de cellules malignes par
micrométastases ovariennes occultes [14] : il s’agit là d’un
risque théorique, à considérer cependant en cas de carcinome
lobulaire infiltrant ou chez les jeunes femmes génétiquement
prédisposées par mutation du gène BRCA1/2.
Prescription d’agonistes de la LH-RH pendant la
chimiothérapie
Le principe de cette méthode consiste à « mettre les ovaires
au repos » pendant la chimiothérapie [30, 31]. Ses partisans
avancent les arguments suivants :
- – l’ovaire « infantile » serait moins sensible
à l’effet délétère de la radiochimiothérapie en raison de l’état
quiescent des follicules ;
- – l’effet protecteur des agonistes de la LH-RH a été
rapporté chez le rat et chez le singe traités par
cyclophosphamide ;
- – l’agoniste de la LH-RH, en mettant les ovaires au
repos, empêche le recrutement de nouveaux follicules (s’ils
entraient dans un cycle de maturation, ils seraient ensuite exposés
à l’effet toxique de la chimiothérapie) ;
- – l’agoniste de la LH-RH, en créant un état
d’hypoestrogénie, diminuerait la perfusion utéro-ovarienne et, de
ce fait, l’exposition des ovaires à la chimiothérapie.
Les opposants à cette méthode répondent que :
- – si la chimiothérapie est moins toxique sur l’ovaire
infantile, c’est parce que le stock folliculaire y est bien plus
important que chez la femme adulte. Les petites filles qui ont reçu
une chimiothérapie dans l’enfance sont plus sujettes aux ménopauses
précoces ;
- – les études chez l’animal sont divergentes :
certaines ne retrouvent pas d’effet protecteur d’un cotraitement
par agoniste de la LH-RH sur la préservation du capital
folliculaire [14] ;
- – la toxicité de la chimiothérapie porte non seulement
sur les follicules en croissance, mais aussi sur les follicules
primordiaux.
En clinique, Blumenfeld a beaucoup publié sur cette méthode. En
2005, il a décrit son expérience sur une série de patientes
recevant des chimiothérapies pour des hémopathies malignes
(lymphomes, leucémies) ou des maladies auto-immunes [30]. Dans ces
études, les femmes qui reçoivent un agoniste de la LH-RH en même
temps que la chimiothérapie voient plus souvent réapparaître leurs
cycles menstruels que les femmes témoins.
Quelques publications concernent des femmes atteintes de cancer
du sein [32, 33]. Toutes ces études, bien qu’intéressantes, sont
sujettes à caution car :
- – il s’agit d’études d’observation, soit d’études
rétrospectives, soit au mieux d’études prospectives de phase
II ;
- – les données portant sur des femmes atteintes
d’hémopathies malignes sont difficilement transposables à des
femmes atteintes de cancer du sein ;
- – les séries sont hétérogènes, les traitements
variés ;
- – la durée du recul n’est pas toujours précisée ;
quand elle est mentionnée, celui-ci est plutôt court ;
- – le taux de récupération des cycles est comparé soit à
celui de groupes historiques, soit à celui de groupes témoins, dont
on peut se demander s’ils sont réellement comparables aux groupes
traités ;
- – si l’objectif final est celui de la préservation de la
fertilité, le critère de jugement retenu, c’est-à-dire la
réapparition des cycles, est peu pertinent car il n’est nullement
le garant d’une réserve ovarienne satisfaisante [14] ;
- – enfin, la coprescription d’un agoniste de la LH-RH au
cours de la chimiothérapie peut, en théorie, modifier la réponse à
cette dernière, notamment en cas de tumeur hormonodépendante
[34].
Ainsi, bien qu’en pratique la coprescription d’agonistes de la
LH-RH et de chimiothérapie soit parfois effectuée
« empiriquement » par certains oncologues, son effet sur
la préservation de la fertilité est loin d’être établi.
Aujourd’hui, le recours à cette méthode ne peut se concevoir que
dans un cadre de recherche clinique : deux essais sont en
cours actuellement, Swog (Southwest Oncology Group trial S0230) et
Option (Ovarian Protection Trial in Oestrogen
Non-Responsive Premenopausal Breast Cancer Patients receiving
adjuvant or neo-adjuvant chemotherapy). Ils apporteront des données
sur la prévention de l’ACI par cette méthode, mais ne répondront
pas à la question de son effet sur le contrôle de la maladie
mammaire, notamment en cas de tumeur hormonodépendante.
En pratique…
En pratique, nous pouvons conclure que, actuellement, trois des
techniques évoquées (la congélation d’ovocyte, la
cryopréservation de tissu ovarien et la coprescription
d’agonistes de la LH-RH) sont encore expérimentales, et que la
congélation d’embryon, dont l’efficacité est établie, soulève
d’importantes questions quant à sa faisabilité et à son innocuité
pour la femme et pour l’enfant (tableau 2).
Certains oncologues ont d’ailleurs exprimé leur étonnement à la
suite de la publication des recommandations de l’Asco, considérant
que les niveaux de preuves des études citées sont encore bien
ténus pour que ces méthodes soient proposées en routine [35].
Aussi, bien que certains auteurs [3, 14] publient actuellement des
algorithmes de prise en charge, il est encore difficile de proposer
ces méthodes à nos patientes en dehors d’un cadre de recherche
clinique spécifique, nécessitant un encadrement médical et
juridique solide, ainsi que des financements appropriés.
Tableau 2 Les méthodes de préservation de la
fertilité chez la femme
|
Option
|
Femmes qui obtiendront une grossesse (%)
|
Remarques
|
|
Congélation d’embryons
|
20 à 30 % par transfert de 3 embryons
|
Innocuité non évaluée
|
|
Congélation d’ovocytes
|
Environ 2 % par ovocyte décongelé
|
Expérimental
|
|
Cryopréservation d’ovaire
|
Quelques grossesses rapportées
|
Expérimental
|
- Agonistes de la LH-RH
- pendant la chimiothérapie
|
Non connu
|
- Expérimental
- Innocuité en cas de cancer du sein hormonodépendant ?
|
Mise au point de traitements moins toxiques pour les ovaires et
« désescalade » thérapeutique
Une autre manière de préserver la fertilité consisterait, d’une
part, à mettre au point des traitements adjuvants moins toxiques
pour les ovaires et, d’autre part, à préciser les indications de
chimiothérapies sur des critères pronostiques et prédictifs plus
fins pour mieux cibler les femmes qui en retireront un réel
bénéfice. En fait, c’est toute la question du traitement adjuvant
du cancer du sein de la femme jeune qui est posée, ainsi que celle
du rapport de ses bénéfices attendus (en termes de réduction du
risque de récidives) et de ses conséquences sur la fonction
ovarienne. Nous n’aborderons pas cette thématique qui sort du cadre
de cet article. Soulignons qu’il s’agit d’un important champ de
recherche pour les oncologues et dont les avancées pourraient
constituer la deuxième grande voie de préservation de la fertilité,
la première reposant, comme nous l’avons vu, sur les progrès de
l’AMP.
Comment aborder une infertilité après un cancer du sein
traité ?
Il s’agit d’un sujet sensible, sur lequel il n’existe aucune donnée
solide dans la littérature, et encore moins de recommandations.
Aujourd’hui, le traitement de l’infertilité d’un couple repose très
souvent sur une induction d’ovulation, que celle-ci soit simple ou
qu’elle s’accompagne d’une technique d’AMP telle que l’insémination
intra-utérine (IIU), la FIV ou l’ICSI. La prescription d’inducteurs
de l’ovulation est contre-indiquée après un cancer du sein, en
raison de l’élévation supraphysiologique des taux d’estrogènes
sanguins que ces composés peuvent induire, élévation redoutée après
un cancer hormonodépendant.
Il s’agit pourtant d’un problème souvent posé par les patientes
et leur conjoint aux oncologues. Que leur répondre ? Que
faire, sachant que leur opposer une fin de non-recevoir, un refus
catégorique de toute prise en charge, c’est condamner ce couple au
deuil de l’enfant biologique et parfois l’exposer au
recours non encadré à des techniques d’AMP potentiellement
risquées ? Face à ce dilemme, il est tout de même permis
d’avancer quelques réflexions :
- – la prise en charge d’une infertilité n’implique pas
nécessairement le recours à l’AMP ;
- – une meilleure connaissance de la physiologie de
l’ovulation et l’utilisation récente de composés tels que les
antagonistes de la LH-RH permettent aujourd’hui (et ce entre des
mains expertes) de « mimer » l’ovulation naturelle et de
maintenir les taux d’estradiol dans les limites de la physiologie,
et ce même en FIV ;
- – certaines techniques d’AMP, telles que le don
d’ovocyte et l’accueil d’embryon, ne nécessitent pas d’induction
d’ovulation chez la femme receveuse.
Les lignes qui suivent sont simplement destinées à apporter
quelques éléments de réflexion et à cerner ce qui n’est
probablement pas acceptable du point de vue oncologique, et ce qui
pourrait l’être sous des conditions à « affiner » dans le
cadre d’une réflexion entre oncologues et spécialistes d’AMP.
Aspects oncologiques
Lorsqu’au décours de sa surveillance, une jeune femme ayant été
traitée pour un cancer du sein évoque, en consultation, un projet
de grossesse, la première question qui se pose est de voir si cette
grossesse est envisageable sur le plan oncologique. Bien que les
données existantes ne retrouvent pas d’influence mauvaise d’une
grossesse après cancer du sein traité [36], la plupart des équipes
recommandent de respecter un délai de sécurité car le risque
de récidive est plus élevé dans les suites immédiates du
diagnostic. Ainsi, le délai conseillé est d’environ 2 ans
après le diagnostic en cas de petit cancer du sein infiltrant de
bon pronostic, et de 3 ans en cas de facteurs péjoratifs [37].
Par ailleurs, il est recommandé d’attendre au moins 1 an après
la dernière cure de chimiothérapie, et 2 mois après l’arrêt du
tamoxifène afin d’éviter tout risque tératogène.
En fait, le respect de ce délai de sécurité est actuellement
controversé car il ne protège pas les femmes du risque de récidives
tardives et expose celles qui approchent de la quarantaine à une
infertilité par vieillissement ovarien.
En fait, idéalement, le choix de la mise en route d’une
grossesse devrait être pris par le couple dans le cadre d’une
décision médiale partagée avec l’équipe médicale, au terme d’une
information loyale sur les risques de récidives du cancer en
fonction du temps [37].
Lorsqu’une hormonothérapie adjuvante par du tamoxifène est
prescrite, la durée de celle-ci, théoriquement de 5 ans,
rallonge d’autant le délai à respecter avant la mise en route d’une
grossesse. Certaines femmes, qui approchent de la quarantaine,
demandent à leur oncologue d’arrêter le traitement plus tôt mais
cette attitude, parfois retenue, ne repose sur aucune donnée
validée.
De toute façon, avant la mise en route d’une grossesse, il sera
judicieux d’effectuer un bilan mammaire (mammographie, échographie
et, en cas de prédisposition génétique ou familiale, une IRM
mammaire) et parfois général, en cas de facteurs plus péjoratifs
(CA15- 3, radio de thorax, échographie abdominopelvienne).
Quand proposer un bilan d’infertilité et quel bilan
effectuer ?
En principe, on parle d’infertilité lorsqu’une grossesse ne
survient pas au terme d’un délai de 2 ans de rapports sexuels
réguliers sans contraception chez un couple stable. En pratique,
surtout chez les jeunes femmes de plus de 37-38 ans ou si une
chimiothérapie a été administrée, il sera prudent d’effectuer
rapidement quelques examens dès le projet de grossesse formulé,
afin de ne pas perdre un temps précieux : une courbe de
température, une hystérographie, des dosages hormonaux, un
spermogramme, un test postcoïtal et, surtout, une estimation du
capital folliculaire. Ce bilan permet de déterminer la cause de
l’infertilité et son origine, féminine (ovulatoire, tubaire, liée à
une endométriose), masculine (par anomalies du sperme) ou mixte.
L’évaluation de la réserve ovarienne au troisième jour du
cycle, comprends le dosage de la FSH et d’un marqueur ovarien très
sensible, l’hormone antimüllérienne (AMH), ainsi qu’une échographie
pelvienne pour préciser le compte des follicules antraux. Des
chiffres élevés de FSH et bas d’AMH et de compte folliculaire
antral sont en faveur d’une réserve ovarienne diminuée, voire
effondrée.
En pratique, ce sont l’âge de la patiente d’une part et sa
réserve ovarienne d’autre part qui vont conditionner en grande
partie la conduite à tenir.
En effet, les travaux en AMP ont bien montré que dès
37-38 ans, les chances de grossesse sont bien plus faibles que
chez les femmes plus jeunes [38], à la fois en cycle spontané, mais
aussi en insémination intra-utérine et en FIV (tableau 3). De plus, même si une grossesse
est obtenue, les risques de fausse couche spontanée s’élèvent avec
l’âge, passant de 14,5 % entre 25 et 29 ans, à près de
40 % après 42 ans [38].
Ainsi, après un cancer du sein, même si une femme n’a pas reçu
de chimiothérapie, c’est le simple fait d’avoir
« attendu » pendant un certain temps qui va poser
problème. En outre, à âge égal, les chances de grossesses seront
plus faibles si la réserve ovarienne est déjà diminuée, ce qui est
très souvent le cas après chimiothérapie.
Tableau 3 Taux de grossesses cliniques par
ponction en FIV et en ICSI en fonction de l’âge de la femme (hors
cancer du sein). D’après le rapport Fivnat pour l’année 2002
|
Age (années)
|
< 25
|
25-29
|
30-34
|
35-37
|
38-39
|
40-41
|
42-44
|
> 45
|
|
Grossesse par ponction en FIV (%)
|
18,7
|
23,4
|
23,3
|
20,7
|
16,7
|
15,0
|
9,3
|
4,3
|
|
Grossesse par ponction en ICSI (%)
|
27,8
|
28,8
|
26,7
|
23,8
|
19,9
|
13,9
|
9,9
|
3,6
|
Prise en charge de l’infertilité
Réserve ovarienne satisfaisante
Une induction d’ovulation n’est pas nécessaire
C’est la situation la plus simple, mais elle mérite d’être
envisagée ! Par exemple, il existe une infertilité d’origine
chirurgicale par obstruction tubaire ou en raison d’une
endométriose. La prise en charge chirurgicale de cette infertilité
ne pose pas de problème après un cancer du sein.
Une induction d’ovulation est nécessaire
Malgré une réserve ovarienne satisfaisante, le bilan de
l’infertilité retrouve une anovulation. Une stratégie acceptable
consiste à se tourner en première intention, à chaque fois que
possible, vers les alternatives aux inducteurs de l’ovulation, et
il en existe : par exemple, se rapprocher d’un index de masse
corporelle dans les limites de la normale (en cas de maigreur ou de
surpoids), arrêter un tabagisme éventuel, recourir à un médicament
hypoprolactinémiant (en cas d’augmentation du taux de prolactine)
ou à une multiperforation ovarienne (en cas de dystrophie ovarienne
polykystique) [39].
Si ces méthodes ne sont pas indiquées ou sont insuffisantes, il
reste le recours à une induction d’ovulation simple. Dans la mesure
où l’équipe oncologique accepte qu’une femme, après un cancer du
sein, retrouve une activité génitale normale, pourquoi ne
pas tolérer le recours à l’induction d’ovulation, mais à
condition que celle-ci soit strictement monofolliculaire ? En
effet, ce n’est pas tant l’ovulation qui est redoutée, que la
poly-ovulation et les taux d’estrogènes élevés qui
l’accompagnent.
Dans ces situations, pourquoi ne pas proposer, après accord des
équipes d’AMP et d’oncologie, une induction d’ovulation visant à la
croissance et à la maturation d’un seul follicule, avec un
monitorage soigneux des taux d’estradiol, qui ne devraient pas
dépasser 250 à 300 pg/ml, c’est-à-dire les valeurs observées
avant une ovulation « naturelle » ?
Une technique d’AMP est nécessaire : IIU ou FIV
Lorsqu’il existe des anomalies tubaires et/ou du sperme, ou une
infertilité idiopathique, il faudrait théoriquement recourir à des
méthodes d’AMP : selon les cas, à l’IIU ou à la FIV. Au cours
de ces techniques, la stimulation hormonale vise classiquement à la
croissance de 2 à 3 follicules (pour l’IIU), voire de
multiples follicules (pour la FIV) et s’accompagne de taux
d’estradiolémie très supérieurs à ceux observés lors du pic
préovulatoire (tableau 4).
Après un cancer du sein, ces taux ne risquent-ils pas d’avoir un
effet délétère sur la maladie mammaire ? Les partisans de la
FIV après un cancer du sein arguent que les taux d’estrogènes
observés lors d’une FIV seront de toute façon inférieurs à ceux
d’une grossesse. Après un cancer du sein, plusieurs
« stratégies » pour éviter les risques d’une
hyperestrogénie peuvent être évoquées :
- – le recours au tamoxifène, mais nous en avons discuté
plus haut les limites ;
- – chez les femmes qui ovulent bien, l’IIU ou à la FIV en
cycle spontané, sans induction d’ovulation, mais les taux de
réussite sont alors très faibles (environ 7,2 % de grossesses
par cycles débutés en FIV) [40] ;
- – enfin, actuellement, en AMP, une autre option se
dessine : le recours à la stimulation minimale contrôlée.
Cette méthode a été mise au point pour réduire les risques liés à
l’hyperstimulation et aux grossesses multiples, améliorer la
tolérance des traitements et en réduire le coût. Son principe
consiste à administrer un antagoniste de la LH-RH après la
sélection d’un follicule dominant et à l’associer à des doses
minimales de gonadotrophines. Ces cycles semi-naturels permettent
d’obtenir des taux de grossesse acceptables en FIV (les taux de
grossesse cumulés à 3 cycles sont de 34 % par patiente [40]),
tout en maintenant les taux d’estradiol dans des limites
physiologiques (250 à 300 pg/ml) : on conçoit bien
l’intérêt de cette méthode chez les jeunes femmes que l’on ne
souhaite pas soumettre à des taux trop élevés d’estrogènes pendant
une stimulation, lorsque la prise en charge de l’infertilité
nécessite une FIV.
La pratique clinique montre que, de fait, certaines femmes ayant
été traitées pour un cancer du sein recourent actuellement à ces
techniques, qu’il s’agisse d’induction d’ovulation simple, d’IIU ou
de FIV : ces méthodes ne devraient être mises en œuvre
qu’après discussion multidisciplinaire, information très complète
du couple, prise en charge par une équipe d’AMP sensibilisée à
l’oncologie, monitorage très soigneux des taux d’estradiolémie qui
ne devraient pas dépasser les valeurs physiologiques, nombre de
cycles limité et défini au départ et enregistrement prospectif.
De toute façon, s’il existe déjà une diminution de la réserve
ovarienne, le recours à ces méthodes ne sera plus indiqué, car
leurs taux de succès, très faibles, n’en compenseront plus les
risques éventuels, la lourdeur et le coût (soit pour un cycle de
FIV, selon les composés prescrits, entre 2400 et 2900
euros [41]).
Tableau 4 Ordre de grandeur des taux
d’estradiolémie maximale (pg/ml), lors du déclenchement de
l’ovulation, au cours de différents traitements en AMP
|
Induction mono folliculaire
|
Induction paucifolliculaire en insémination
intra-utérine
|
Induction polyfolliculaire FIV conventionnelle
|
Stimulation minimale contrôlée
|
|
250-300 pg/ml
|
500-900 pg/ml
|
1500-2000 pg/ml
|
250-300 pg/ml
|
Réserve ovarienne basse ou effondrée
Si le couple ne souhaite pas se tourner vers l’adoption, il reste
deux solutions :
Don d’ovocyte [17, 42]
Chez les femmes ayant une insuffisance ovarienne avérée ou une
ménopause précoce, le recours au don d’ovocyte permet l’obtention
d’une grossesse. En France, ses conditions sont extrêmement
réglementées. La donneuse est une jeune femme, déjà mère, de moins
de 36-37 ans. Au terme d’un bilan approfondi et après accord
de son conjoint, elle subit une stimulation hormonale selon un
protocole classique de FIV. Ses ovocytes sont prélevés et mis en
contact avec les spermatozoïdes du conjoint de la receveuse. Depuis
2004, les embryons issus de la FIV peuvent être replacés à l’état
frais dans l’utérus de la receveuse si les sérologies virales de la
donneuse sont négatives au début de la stimulation.
Le don est anonyme et gratuit. En France, la receveuse doit
nécessairement avoir l’âge de procréer, donc moins de
42-43 ans. Chez les femmes en insuffisance ovarienne, une
préparation de l’endomètre est nécessaire avant que l’embryon ne
soit transféré : il s’agit d’un traitement hormonal
substitutif à base d’estradiol et de progestérone naturelle, qui
est poursuivi, en cas de grossesse, jusqu’à la 10e
semaine, en attendant le relais placentaire. Après transfert
d’embryon frais, on obtient environ 30 à 40 % de grossesses
évolutives, selon le nombre d’embryons replacés. En cas de
transfert d’embryon congelé, les taux sont plus bas, d’environ
18-20 %.
Avec cette méthode, c’est la donneuse qui subit la stimulation
ovarienne et non la receveuse. Pour une femme ayant eu un cancer du
sein, la prescription d’un traitement hormonal à doses
physiologiques pendant quelques semaines paraît moins délétère
qu’une hyperstimulation ovarienne dans le cadre d’une FIV, pour des
chances de grossesses bien plus élevées.
En pratique, en France, le recours au don d’ovocyte reste encore
difficile et les listes d’attente très longues, en raison du manque
de donneuses. Actuellement, certaines femmes ont recours au don
d’ovocyte dans d’autres pays d’Europe, où l’accès au don d’ovocyte
est plus simple et plus rapide (environ quelques mois) : ainsi
parle-t-on de tourisme procréatif [43].
Accueil d’embryon
Lorsqu’à l’insuffisance ovarienne avérée est associée, chez le
conjoint, à une anomalie très sévère du sperme, il reste enfin
l’accueil d’embryon [44]. C’est le transfert à un couple stérile
d’un ovule fécondé venant d’un autre couple ayant eu recours aux
techniques d’AMP et ayant abandonné son projet parental. Cette
alternative peut désormais être proposée aux couples présentant une
double infertilité et pourrait l’être également à ceux qui ne
souhaitent pas attendre trop longtemps un don d’ovocyte [45]. Les
taux de succès sont d’environ 10 à 20 % de grossesses par
transfert [17].
Conclusion
Malgré des avancées récentes prometteuses, la préservation de la
fertilité en cas de cancer du sein reste encore aujourd’hui
expérimentale.
L’approche d’une infertilité après un cancer du sein, très
délicate, ne se conçoit que dans le cadre d’une double réflexion
réunissant oncologues et spécialistes d’AMP. L’âge de la femme et
sa réserve ovarienne sont des facteurs clés qui détermineront les
différentes options possibles ; il faudrait prendre en compte,
pour chaque option discutée, l’évaluation lucide des chances de
grossesses, les risques, les incertitudes, la lourdeur et le
coût.
Face à ces situations nouvelles et complexes, la discussion
multidisciplinaire, l’information éclairée du couple, la décision
médicale partagée, l’enregistrement prospectif, devraient
constituer la clé de voûte de notre prise en charge.
Références
1 Goodwin. P, Ennis M, Pritchard K, Trudeau M, Hood N. Risk of
menopause during the first year after breast cancer diagnosis. J
Clin Oncol 1999 ; 17 : 2365-70.
2 Bines J, Oleske DM, Cobleigh MA. Ovarian
function in premenopausal women treated with adjuvant chemotherapy
for breast cancer. J Clin Oncol 1996 ; 14 : 1718-29.
3 Lee S, Schover L, Partridge A, Patrizio P,
Wallace W, Hagerty K, et al. American Society of
Clinical Oncology recommandations on fertility preservation in
cancer patients. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 2917-31.
4 Petrek J, Naughton M, Case L, Paskett E,
Naftalis E, Singletary S, et al. Incidence, time
course, and determinants of menstrual bleeding after breast cancer
treatment : a prospective study. J Clin Oncol 2006 ;
24 : 1045-51.
5 Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group. Effects of
chemotherapy and hormonal therapy for early breast cancer on
reccurence and 15 year survival : an overview of the
randomized trials. Lancet 2005 ; 365 : 1687-717.
6 Darbre P, Curtis S, King R. Effects of
estradiol and tamoxifen on human breast cancer cells in serum-free
culture. Cancer Res 1984 ; 44 : 2790-3.
7 Iino Y, Wolf D, Langan-Fahey S, Johnson D,
Ricchio M, Thompson M, et al. Reversible control of
oestradiol-stimulated growth of MCF7 tumours by tamoxifen in the
athymic mouse. Br J Cancer 1991 ; 64 : 1019-24.
8 Gerhard I, Runnebaum B. Comparison between tamoxifen
and clomiphene therapy in women with anovulation. Arch Gynecol
1979 ; 227 : 279-88.
9 Barthelmes L, Gateley C. Tamoxifen and pregnancy.
Breast 2004 ; 13 : 446-51.
10 Thewes B, Meiser B, Taylor A, Phillips K,
Pendlebury S, Capp A, et al. Fertility and
menopause-related information needs of younger women with a
diagnosis of early breast cancer. J Clin Oncol 2005 ;
23 : 5155-65.
11 Duffy C, Allen S, Clark M. Discussions
regarding reproductive health for young women with breast cancer
undergoing chemotherapy. J Clin Oncol 2005 ; 23 :
766-73.
12 Partridge A, Gelber S, Peppercorn J,
Sampson E, Knudsen K, Laufer M, et al.
Web-based survey of fertility issues in young women with breast
cancer. J Clin Oncol 2004 ; 22 : 4174-83.
13 Serin D, Dilhuydy J, Guiochet N,
Romestaing P, Gledhill J, Bret P, et al.
Parcours de femme 2001, enquête française sur la prise en charge et
les besoins des patientes atteintes de cancer du sein ou
gynécologique : ce qui a changé de 1993 à 2001. Bull Cancer
2005 ; 92 : 817-27.
14 Sonmezer M. KOktay. Fertility preservation in young
women undergoing breast cancer therapy. Oncologist 2006 ;
11 : 422-34.
15 Kim S. Fertility preservation in female cancer
patients : current developments and future directions. Fertil
Steril 2006 ; 85 : 1-11.
16 Frydman N, Hesters L, Fanchin R. Fécondation
in vitro : aspects cliniques et biologiques. Rev Prat
2006 ; 56 : 507-12.
17 Olivennes F, Aubard Y. Traitement du cancer chez la
femme et préservation de la fertilité. Bull Cancer 2002 ;
89 : 786-94.
18 Oktay K, Buyuk E, Davis O, Yermakova I,
Veek L, Rosenwaks Z. Fertility preservation in breast
cancer patients : IVF and embryo cryopreservation after
ovarian stimulation with tamoxifen. Hum Reprod 2003 ;
18 : 90-5.
19 Oktay K, Buryuk E, Libertella N, Akar M,
Rosenwaks Z. Fertility preservation in breast cancer
patients : a prospective controlled comparison of ovarian
stimulation with tamoxifen and letrozole for embryo
cryopreservation. J Clin Oncol 2005 ; 19 : 4347-53.
20 Oktay K, Hourvitz A, Sahin G, Oktem O,
Safro B, Cil A, et al. Letrozole reduces estrogen
and gonadotropin exposure in women with breast cancer undergoing
ovarian stimulation before chemotherapy. J Clin Endocrinol Metab
2006 ; 91 : 3885-90.
21 DeZiegler D, Mattenberger C, Luyet C,
Romoscanu I, Irion NF, Bianchi-Demichelli F.
Clinical use of aromatase inhibitors in premenopausal women. J
Steroid Biochem Mol Biol 2005 ; 95 : 121-7.
22 Partridge A, Winer E. Fertility after breast
cancer : questions abound. J Clin Oncol 2005 ; 19 :
4259-61.
23 Smith I, Dowsett M, Yap Y, Walsh G,
Lonning P, Santen R, et al. Adjuvant aromatase
inhibitors for early breast cancer after chemotherapy-induced
amenorrhea : caution and suggested guidelines. J Clin Oncol
2006 ; 24 : 2444-7.
24 Biljan M, Hemmings R, Brassard N. The outcome
of 150 babies following the treatment with letrozole or letrozole
and gonadotropins. Fertil Steril 2005 ; 84(supp 1) ;
(abstract 1033).
25 Tulandi T, Martin J, Alfadhli R, Kabli N,
Forman R, Hitkari J, et al. Congenital malformations
among 911 newborns conceived after infertility treatment with
letrozole or clomiphene citrate. Fertil Steril 2006 ;
85 : 1761-5.
26 Oktay K, Cil A, Bang H. Efficiency of oocyte
cryopreservation : a meta-analysis. Fertil Steril 2006 ;
86 : 70-80.
27 Donnez J, Dolmans M, Demylle D, Jadoul P,
Pirard C, Squifflet J, et al. Livebirth after
orthotopic transplantation of cryopreserved ovarian tissue. Lancet
2004 ; 364 : 1405-10.
28 Meirow D, Levron J, Eldar-Geva T. Pregnancy
after transplantation of cryopreserved ovarian tissue in a patient
with ovarian failure after chemotherapy. N Engl J Med 2005 ;
353 : 320-1.
29 Courbière B, Porcu G, Saias-Magnan J,
Guillemain C, Noizet A, Michel G, et al.
Cryoconservation ovarienne : problèmes cliniques et éthiques.
A propos d’une série de cas d’autoconservation de tissu ovarien.
Gynecol Obstet Fertil 2006 ; 34 : 607-14.
30 Blumenfeld Z, Eckman A. Preservation of fertility
and ovarian function and minimization of chemotherapy-induced
gonadotoxicity in young women by GnRHa. J Natl Cancer Inst
2005 ; 34 : 40-3.
31 Fenichel P. Peut-on préserver médicalement la fonction
ovarienne avant et pendant la radiochimiothérapie? Gynecol Obstet
Fertil 2005 ; 33 : 610-4.
32 Recchia F, Saggio G, Amiconi G, Basio AD,
Cesta A, Candeloro G, et al. Gonadotropin-releasing
hormone analogues added to adjuvant chemotherapy protect ovarian
function and improve clinical outcomes in young women with early
breast carcinoma. Cancer 2006 ; 106 : 514-23.
33 Delmastro L, Catzeddu T, Boni L, Bell C,
Sertoli M, Bighin C, et al. Prevention of
chemotherapy-induced menopause by temporary ovarian suppression
with goserelin in young breast cancer patients. Ann Oncol
2006 ; 17 : 74-8.
34 Wildiers H, Neven P, Amant F. D’hooghe T,
Paridaens R. Fertility preservation in (breast) cancer
patients : Is it safe? J Clin Oncol 2006 ; 24 :
5335-6.
35 Delmastro L. Fertility preservation strategies for
breast cancer patients. J Clin Oncol 2006 : 4220-1.
36 Delmastro L, Catzeddu T, Venturini M.
Infertility and pregnancy after breast cancer : current
knowledge and future perspectives. Cancer Treat Rev 2006 ;
32 : 417-22.
37 Park M, Davidson R, Fox K. Preservation of
fertility and the impact of subsequent pregnancy in patients with
premenopausal breast cancer. Semin Oncol 2006 ; 33 :
664-71.
38 Fivnat, Belaisch-Allart J, Devaux A, Ayel J,
Mouzon JD. La femme de 40 ans et plus en FIV et en
ICSI : données Fivnat. Gynecol Obstet Fertil 2004 ;
32 : 730-6.
39 Gervaise A, Fernandez H. Le drilling ovarien dans
le traitement des ovaires polykystiques. Gynecol Obstet Fertil
2005 ; 33 : 713-7.
40 Pelinck M, Vogel N, Hoek A, Arts E,
Simons A, Heineman M. Minimal stimulation IVF with late
follicular phase administration of the GnRH antagonist cetrorelix
and concomitant substitution with recombinant FSH : a pilot
study. Hum Reprod 2005 ; 20 : 642-8.
41 Demouzon J, Allavena E, Schmitt C,
Frappé M. La fécondation in vitro en France. Approche
économique et influence du choix des gonadotrophines (urinaires ou
recombinantes) sur le coût. Gynecol Obstet Fertil 2004 ;
32 : 508-18.
42 Letur-Konirsch H. Don d’ovocytes en France et bilan
national (GEDO). Dispositions différentielles européennes. Gynecol
Obstet Fertil 2004 ; 32 : 108-15.
43 Cohen J. Le tourisme procréatif : un pis-aller.
Gynecol Obstet Fertil 2006 ; 34 : 881-2.
44 Moutel G. Don et accueil d’embryons : une évolution
novatrice qui demeure sensible. La lettre du Gynécologue
2005 : 4-7.
45 Bettahar-lebugle K, Wittemer C, Firtion C,
Rongières C, Ohl J, Nisand I, et al. L’accueil
d’embryon en France : pratiques et difficultés. L’expérience
de Strasbourg. Gynecol Obstet Fertil 2007 ; 35 :
114-20.
|