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Management of anaemia in patient with cancer: results of the F-ACT study (French Anaemia Cancer Treatment)


Bulletin du Cancer. Volume 94, Number 10, 907-14, Octobre 2007, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2007.0482

Résumé   Summary  

Author(s) : Emmanuel Guardiola, Franck Morschhauser, Jean-Jacques Zambrowski, Eric-Charles Antoine , CHU Jean Minjoz, Service oncologie médicale, 3, bd Fleming, 25030 Besançon Cedex, CHU Claude Huriez, Service Hématologie, 59037 Lille Cedex, CHU Bichat, Département de médecine interne, 75018 Paris, Clinique Hartmann, 92200 Neuilly-sur-Seine.

Summary : Anaemia is one of the most dreaded complications among patients with malignant pathologies. Its causes can be varied and whatever its severity, the impact on the quality of life of the patient remains essential. However, the epidemiologic data concerning anaemia are very few in the literature. This is why we carried out a large national survey about the prevalence and the management of anaemia among patients with malignant diseases. The F-ACT (French Anaemia Cancer Treatment) study is a retrospective observational multicentric study conducted with 178 experts practicing in 112 centers or units treating patients with solid tumours and/or malignant haematological diseases. Control over one day standard of consultation for each questioned expert, 2 782 patients were enrolled, including 1 892 (68 %) patient with solid tumour and 890 (27 %) patient with malignant haematological disease. The median age was 61 years (range : 18-93 years) including 1 335 women (48 %) and 1 447 men (52 %). A the date of enrolment, the median level of haemoglobin (Hb) was 11,6 g/dl (range : 5,2-18,5 g/dl) and 44 % of patient had a level of Hb <\; 11 g/dl. An anaemia was found in all the cancer localizations and whatever the stage or the therapeutic status of the disease. Approximately 2/3 of the anaemic patients received treatment by erythropoiesis stimulating agent (ESA) and approximately 17 % of them did not receive any specific treatment for this anaemia. The median level of Hb at the introduction of the ESA was 10 g/dl. These results, compared with those reported in study ECAS (European Cancer Anaemia Survey) in 2001, seem to show an improvement in the management of anaemia and the use of the ESA, in particular an earlier introduction of this type of treatment since the appearance of anaemia.

Keywords : anaemia, prevalence, solid tumours, malignant haematological diseases, erythropoiesis, transfusion

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Emmanuel Guardiola1, Franck Morschhauser2, Jean-Jacques Zambrowski3, Eric-Charles Antoine4

1CHU Jean Minjoz, Service oncologie médicale, 3, bd Fleming, 25030 Besançon Cedex
2CHU Claude Huriez, Service Hématologie, 59037 Lille Cedex
3CHU Bichat, Département de médecine interne, 75018 Paris
4Clinique Hartmann, 92200 Neuilly-sur-Seine

Article reçu le 13 Juin 2007, accepté le 3 Juillet 2007

L’anémie est une pathologie fréquemment rencontrée au cours de l’évolution de la maladie cancéreuse. Ses causes sont souvent multiples et intriquées, elle peut être due au contexte nutritionnel du patient autant qu’à une complication du cancer lui-même ou de son traitement [1].Quelle que soit sa sévérité, elle a un impact important sur la qualité de vie des patients, avec en particulier un retentissement majeur sur les activités physiques et sociales. Par ailleurs, plusieurs études ont montré qu’elle pouvait être associée de manière indépendante à une moindre efficacité des traitements et avoir un impact négatif sur la survie globale et la survie sans récidive des patients [2-4].Les données épidémiologiques de l’anémie chez les patients atteints de pathologies cancéreuses sont pourtant peu fréquentes dans la littérature [5, 6]. En 2001, l’étude Ecas (European Cancer Anemia Survey) [7] avait permis de réaliser un état des lieux concernant l’incidence et la prévalence de l’anémie ainsi que la fréquence de son traitement spécifique. Cinq ans après, il paraissait intéressant de réévaluer ces données en France en les complétant avec des données concernant la prise en charge et le traitement spécifique des patients anémiés, mais également en les comparant à celles de l’étude Ecas afin de juger de l’évolution des pratiques médicales.C’est la raison pour laquelle nous avons mené une vaste étude nationale concernant 2 782 patients traités dans 112 centres. Il s’agit de la plus importante enquête réalisée à ce jour en France dans ce domaine.

Patients et méthodes

L’étude F-ACT est une étude multicentrique observationnelle rétrospective menée auprès de praticiens exerçant dans des centres ou des services prenant en charge des patients atteints de pathologies cancéreuses incluant des tumeurs solides et des hémopathies malignes. Elle a été réalisée sous la forme d’une enquête conduite sur une journée type de consultation pour chaque praticien interrogé pendant la période du 24 juin au 13 juillet 2006. Elle concernait l’ensemble des patients diagnostiqués et/ou traités pour une pathologie cancéreuse dans les 12 derniers mois. Les fiches de recueil de données étaient divisées en 4 parties :
  • le profil d’exercice clinique des praticiens : le type d’établissement (centre hospitalo-universitaire ou CHU, centre hospitalier général ou CHG, clinique privée, centre anticancéreux ou CAC), le type de spécialité du service (oncologie médicale, radiothérapie, hématologie, médecine interne, spécialité d’organe) ;
  • caractéristiques des patients : âge, sexe, type de cancer, stade de la maladie (néoadjuvant, adjuvant, métastases, rechute locale) et statut thérapeutique (chimiothérapie, radiothérapie, radiochimiothérapie, chirurgie) ;
  • prévalence de l’anémie, définie par les critères de l’EORTC soit un taux d’hémoglobine (Hb) ≤ 11 g/dl, à la date du relevé et au cours des 12 mois précédents lorsqu’au moins un point de donnée était disponible ;
  • type de traitement spécifique de l’anémie (érythropoïétine ± fer, transfusion, vitamine B12, folates, fer seul, aucun traitement).

Les données concernant la prévalence de l’anémie et le type de traitement spécifique ont ensuite été comparées à celles rapportées dans l’étude Ecas afin d’observer l’évolution de la prise en charge de l’anémie depuis 5 ans. Cette étude, publiée en 2001, avait concerné plus de 15 000 patients répartis dans 24 pays d’Europe [7]. Pour des raisons d’homogénéité, nous avons comparé nos résultats avec ceux de l’échantillon français, concernant 1 335 patients, et rapportés par Schneider et al. en 2004 [8]. Il est important de noter que, dans l’étude Ecas, le diagnostic d’anémie était défini par un taux d’hémoglobine inférieur à 12 g/dl.

Résultats

Profil d’exercice des praticiens

Cette étude a été menée dans 112 centres et auprès de 178 praticiens (101 oncologues et 77 hématologues) prenant en charge des patients atteints de tumeurs solides et d’hémopathies malignes. La répartition des oncologues était globalement homogène parmi les quatre types d’établissement (CHU, CHG, clinique, CLCC) alors que la plupart des hématologues exerçaient le plus souvent en CHU ou CHG, dans 41 et 37 % des cas respectivement (figure 1).

Caractéristiques des patients

Au total, 2 782 patients ont été inclus dans notre étude. On comptait 1 335 femmes (48 %) et 1 447 hommes (52 %) (tableau 1). Leur âge médian était de 61 ans (extrêmes : 18-93 ans). Le nombre de patients traités pour une tumeur solide et pour une hémopathie maligne était respectivement de 1 892 (68 %) et 890 (27 %). Les principales tumeurs solides étaient représentées par ordre de fréquence (figure 2) : 534 cancers du sein (19 % de l’ensemble des pathologies cancéreuses), 379 cancers colorectaux (14 %), 340 cancers du poumon (12 %), 159 cancers de la prostate (6 %), 117 cancers de l’ovaire (4 %), 102 cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) (4 %), 86 cancers de l’estomac (3 %) et 48 adénocarcinomes d’origine inconnue (ACUP) (2 %). Les cancers du pancréas, de la vessie, du rein, de l’utérus, du testicule concernaient respectivement 32, 29, 28, 21 et 19 patients, soit environ 1 % pour chaque localisation tumorale. Ces chiffres sont similaires à ceux correspondant à l’incidence de chaque type de cancer publiés dans la littérature [9], hormis pour le cancer de la prostate qui est le plus souvent pris en charge par les urologues et qui est donc sous-représenté dans cette étude. Les principales hémopathies étaient représentées par 352 lymphomes (13 %), 176 myélomes (6 %), 168 leucémies (6 %) et 63 myélodysplasies (2 %).

Concernant le stade de la maladie, une majorité de patients (53 %) présentant une tumeur solide étaient en situation métastatique, 30 % étaient traités en situation adjuvante, 9 % en situation néoadjuvante ou d’induction et 5 % présentaient une rechute locale (tableau 2). En ce qui concerne le statut de la maladie défini par le résultat du bilan d’évaluation le plus récent par rapport à la date de l’inclusion, 44 % des patients atteints de tumeurs solides étaient en situation de maladie évolutive, parmi eux les patients nouvellement diagnostiqués ou en situation de maladie progressive et/ou récidivante. Vingt-deux pour cent des patients étaient en situation de maladie stable et 28 % en rémission. Ces chiffres étaient respectivement pour les patients atteints d’hémopathies malignes de 29 % de maladie évolutive, 28 % de maladie stable et 33 % de maladie en rémission. Quant au statut thérapeutique, une grande majorité des patients étaient traités par chimiothérapie pour une tumeur solide (71 %) ou une hémopathie maligne (65 %).
Tableau 1 Caractéristiques des patients : toutes tumeurs (n = 2782)

Patients

  • Tumeurs solides
  • N = 1892


  • Hémopathies malignes
  • N = 759


Âge médian (extrêmes)

62 ans (18-91 ans)

60 ans (18-93 ans)

Hommes

950 (50 %)

498 (56 %)

Femmes

942 (50 %)

392 (44 %)

Types de tumeurs :

- Sein

534 (19 %)

68 %

- Colorectal

379 (14 %)

- Poumon

340 (12 %)

- Prostate

157 (6 %)

- Ovaire

117 (4 %)

- VADS

102 (4 %)

- Estomac

86 (3 %)

- ACUP

48 (2 %)

- Pancréas

32 (1 %)

- Vessie

29 (1 %)

- Rein

28 (1 %)

- Endomètre

21 (1 %)

- Testicule

19 (1 %)

- Lymphome

352 (13 %)

27 %

- Myélome

176 (6 %)

- Leucémie

168 (6 %)

- Myélodysplasie

63 (2 %)

- Données manquantes

131 (5 %)


Tableau 2 Statut thérapeutique et stade de la maladie
  • Tumeurs solides
  • N = 1892


  • Hémopathies malignes
  • N = 759


Stade de la maladie

- néoadjuvant ou induction

164 (9 %)

- adjuvant

565 (30 %)

- métastatique

998 (53 %)

- rechute locale

95 (5 %)

- donnée manquante

70 (4 %)

Statut thérapeutique

- chimiothérapie et/ou immunothérapie et/ou hormonothérapie

1343 (71 %)

492 (65 %)

- radiothérapie

114 (6 %)

16 (2 %)

- radiochimiothérapie

113 (6 %)

7 (1 %)

- pas de traitement

322 (17 %)

244 (32 %)

Statut de la maladie

- évolution

832 (44 %)

220 (29 %)

- stable

416 (22 %)

214 (28 %)

- rémission

531 (28 %)

250 (33 %)

- données manquantes

113 (6 %)

75 (10 %)

Prévalence de l’anémie

À la date de l’inclusion, le taux d’hémoglobine médian était de 11,6 g/dl (extrêmes : 5,2-18,5 g/dl), ces chiffres étant respectivement de 11,7 (extrêmes : 5,2-18,5 g/dl) et 11,4 g/dl (extrêmes : 5,3-16,7 g/dl) chez les patients présentant une tumeur solide et une hémopathie maligne (tableau 3). Le pourcentage de patients présentant un taux d’hémoglobine inférieur ou égal à 11 g/dl était de 42 % en cas de tumeur solide et de 47 % en cas d’hémopathie maligne. Si l’on observe le taux d’hémoglobine au cours des 12 mois précédant la date de l’inclusion dans l’étude, l’anémie concernait globalement 74 % des patients, soit 72 % de ceux atteints d’une tumeur solide et 79 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne.

Prévalence de l’anémie en fonction de la localisation cancéreuse

Un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl a été observé pour toutes les localisations cancéreuses (tableau 4) : sein (30 % des cas), colorectal (38 %), poumon (51 %), prostate (51 %), ovaire (52 %), VADS (35 %), estomac (55 %), lymphome (35 %), myélome (64 %), leucémie (60 %) et myélodysplasie (97 %). L’analyse rétrospective du taux d’hémoglobine au cours des 12 mois précédant la date de l’inclusion des patients révèle l’apparition d’une anémie quelle que soit la localisation cancéreuse avec un prévalence pouvant atteindre 90 % des patientes atteintes de cancer de l’ovaire et 98 % des patients atteints de myélodysplasie.
Tableau 3 Prévalence de l’anémie

Toutes tumeurs

Tumeurs solides

Hémopathies malignes

Taux d’hémoglobine

- médiane

11,6 g/dl

11,7 g/dl

11,4 g/dl

- extrêmes

5,2-18,5 g/dl

5,2-18,5 g/dl

5,3-16,7 g/dl

  • Patients anémiés (Hb < 11g/dl)
  • à la date de l’inclusion (%)


44

42

47

  • Patients anémiés (Hb < 11g/dl)
  • au cours des 12 derniers mois (%)


74

72

79


Tableau 4 Prévalence de l’anémie chez les patients en fonction de la localisation cancéreuse

Localisation

Patients anémiés à la date du relevé (%)

Patients anémiés au cours des 12 mois précédents (%)

Patients jamais anémiés (%)

Sein

30

62

38

Colorectal

38

69

31

Poumon

51

78

22

Prostate

51

69

31

Ovaire

52

90

10

VADS

35

69

31

Estomac

55

82

18

Lymphome

35

74

26

Myélome

64

85

15

Leucémie

60

76

24

Myélodysplasie

97

98

2

Prévalence de l’anémie en fonction du statut de la maladie

Si l’on observe la prévalence de l’anémie en fonction du statut de la maladie, le pourcentage de patients présentant une tumeur solide avec un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl le jour de l’inclusion était de 59 % en cas de maladie évolutive, de 37 % en cas de maladie stable et de 17 % en cas de rémission (tableau 5). Ces chiffres étaient, pour les patients présentant une hémopathie maligne, respectivement de 67, 49 et 29 % en cas de maladie évolutive, maladie stable ou rémission.
Tableau 5 Prévalence de l’anémie en fonction du statut de la maladie

Patient anémié à la date du relevé (%)

Évolution

Stable

Rémission

Toutes tumeurs

60

40

21

Tumeurs solides

59

37

17

Hémopathies malignes

67

49

29

Prévalence de l’anémie en fonction du statut thérapeutique

Si l’on considère le statut thérapeutique de la maladie, le jour de l’inclusion, 49 % des patients atteints de tumeur solide traités par chimiothérapie présentaient une anémie (tableaux 6 et 7). Ces chiffres étaient de 36, 42 et 19 % pour ceux respectivement traités par radiothérapie, radiochimiothérapie et sans traitement spécifique. Parmi les patients atteints d’hémopathie maligne, 41 % de ceux sans traitement, 51 % de ceux traités par chimiothérapie, 50 % de ceux traités par radiothérapie et 100 % de ceux traités par radiochimiothérapie présentaient un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl.
Tableau 6 Prévalence de l’anémie en fonction du statut thérapeutique

Patient anémié à la date du relevé (%)

Chimiothérapie

Radiothérapie

Radio-chimiothérapie

Pas de traitement*

Toutes tumeurs

49

38

43

28

Tumeurs solides

49

36

42

19

Hémopathies malignes

51

50

100

41

*A noter : pas de traitement spécifique de la maladie cancéreuse le jour de l’inclusion du patient dans l’analyse.


Tableau 7 Comparaison de la prévalence de l’anémie entre l’étude F-ACT et l’étude Ecas

Pourcentage de patients anémiés

Étude

Tumeurs solides

Hémopathies malignes

ECAS (Hb < 12 g/dl)

46 %

66 %

F-ACT selon norme EORTC (Hb < 11 g/dl)

42 %

47 %

F-ACT selon norme ECAS (Hb < 12 g/dl)

54 % (+ 8 %)a

57 % (-9 %)a

aDifférence par rapport au pourcentage de patients anémiés dans l’étude Ecas.

Traitement de l’anémie

Si l’on considère les patients présentant une anémie le jour de l’inclusion, globalement 17 % ne recevaient aucun traitement spécifique pour cette anémie, soit 16 et 18 % des patients suivis pour une tumeur solide ou une hémopathie maligne, respectivement (figure 3). Environ deux tiers de ces patients recevaient un traitement par agent stimulant l’érythropoïèse (ASE), dans 70 % des cas pour une tumeur solide et dans 58 % pour une hémopathie maligne. Il est également intéressant de noter que, pour les patients présentant une tumeur solide, un traitement par fer (oral ou intraveineux) était associé, dans 32 % des cas, au traitement par ASE, versus 11 % chez les patients suivis pour une hémopathie maligne. Une transfusion a été réalisée chez 23 % des patients anémiques, soit chez 18 % des patients présentant une tumeur solide et 35 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne.

Le taux d’hémoglobine médian lors de l’induction d’un traitement par ASE était de 10 g/dl (extrêmes : 5,9-14,3 g/dl) (figure 4). Dans la grande majorité des cas, l’instauration d’un traitement par ASE a été faite pour des valeurs d’hémoglobine comprise entre 9 et 11 g/dl, ce qui correspond aux recommandations de l’EORTC [10].

Les trois types d’ASE ont été utilisés : la darbepoïétine alpha (Aranesp®, laboratoire Amgen), l’époïétine alpha (Eprex®, laboratoire Janssen-Cilag) et l’époïétine bêta (Néorecormo®, laboratoire Roche). Il n’y avait pas de différence majeure entre le choix de l’ASE utilisé et le type de pathologie cancéreuse, le statut de la maladie, le type de traitement et la valeur de l’hémoglobine à l’instauration de l’ASE.

Discussion

Depuis l’étude Ecas en 2001 [7], peu de données épidémiologiques concernant l’anémie en cancérologie ont été rapportées. Pourtant, il est maintenant largement démontré que cette pathologie représente l’une des complications les plus redoutées chez les patients atteints d’un cancer [1].

De ce fait, il nous est apparu important de refaire le point sur sa prévalence et sa prise en charge spécifique chez les patients atteints d’un cancer et traités en France. Cette étude rétrospective, multicentrique et observationnelle a été menée auprès de praticiens prenant en charge des patients atteints de tumeurs solides et d’hémopathies malignes. Ses résultats ont donc confirmé l’importance de la prévalence de l’anémie chez les patients atteints d’un cancer puisque, le jour de l’inclusion, 44 % d’entre eux avaient un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl, soit 42 % de ceux suivis pour une tumeur solide et 47 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne. Dans l’étude Ecas, l’anémie était définie par un taux d’hémoglobine inférieur à 12 g/dl. Si l’on avait pris en compte cette définition, la prévalence de l’anémie dans notre étude aurait été de 57 % pour les patients atteints d’hémopathie maligne versus 66 % dans l’étude Ecas, soit une diminution de 8 %. En revanche, pour les patients porteurs d’une tumeur solide, ce chiffre aurait été de 54 versus 46 %, soit une augmentation de 8 % (tableau 8). Il est à noter que, dans notre étude, l’anémie concernait des patients présentant tous les types de localisation cancéreuse mais également à tous les stades de la maladie et quel que soit le type de traitement spécifique.

Concernant la prise en charge de l’anémie, on note une évolution majeure puisque, dans l’étude Ecas en 2001, 60,5 % des patients ne recevaient aucun traitement spécifique versus 17 % dans notre étude (figure 5). On n’observe pas de différence majeure entre les patients suivis pour une tumeur solide ou une hémopathie maligne, avec une « abstention thérapeutique » de l’anémie de 16 et 18 %, respectivement.

Lorsqu’un traitement spécifique de l’anémie a été introduit, l’utilisation d’un ASE a été majoritairement choisie, soit environ pour les deux tiers des patients (66 %). Il s’agit là probablement de l’évolution la plus notable par rapport à l’étude Ecas puisque, à cette époque, seulement 23,5 % des patients anémiques recevaient un ASE. On peut noter que cette évolution est plus sensible chez les patients anémiés atteints d’une tumeur solide qui ont reçu un ASE dans 70 % des cas versus 58 % des patients anémiés atteints d’une hémopathie maligne.

En revanche, quel que soit le type de pathologie cancéreuse, il semble important de souligner que le taux d’hémoglobine médian à l’instauration de l’ASE dans notre étude était de 10 g/dl alors qu’il était de 9,5 g/dl dans l’étude Ecas. Il s’agit également d’une évolution intéressante dans la prise en charge spécifique de l’anémie. Cette introduction plus précoce de l’ASE par rapport à l’apparition de l’anémie est en corrélation avec les recommandations de l’EORTC [10] mais également probablement liée à une amélioration de la prise en charge de cette complication et à une meilleure connaissance théorique et pratique de l’utilisation des ASE [11].

Il n’y avait pas de différence majeure entre le choix de l’ASE utilisé et le type de pathologie cancéreuse, le statut de la maladie, le type de traitement et la valeur de l’hémoglobine à l’instauration de l’ASE.
Tableau 8 Comparaison de la prévalence de l’anémie entre l’étude F-ACT et l’étude Ecas

Pourcentage de patients anémiés

Etude

Tumeurs solides

Hémopathies malignes

Ecas (Hb < 12 g/dl)

46%

66%

F-ACT selon norme EORTC (Hb < 11 g/dl)

42%

47%

F-ACT selon norme Ecas (Hb < 12 g/dl)

54%

57%

Conclusion

L’étude F-ACT est à ce jour la plus importante réalisée en France en termes de nombre de patients. En effet, cette vaste enquête multicentrique a concerné 2 782 patients et a permis d’apporter des conclusions intéressantes sur la prise en charge de l’anémie chez des patients atteints de pathologie cancéreuses :
  • la prévalence de l’anémie reste très élevée et ce, quel que soit le type de pathologie cancéreuse, puisque 44 % des patients présentaient un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl le jour de l’inclusion ;
  • la prise en charge globale de l’anémie en France s’est manifestement améliorée depuis l’étude Ecas en 2001 puisque plus de 60 % des patients anémiés ne recevaient alors aucun traitement spécifique de cette anémie versus 17 % en 2006 ;
  • l’utilisation des ASE semble mieux connue, elle a très nettement augmenté et son instauration est plus précoce par rapport à l’apparition de l’anémie.

Ces données sont certes encourageantes mais montrent également la nécessité d’optimiser encore la prise en charge de l’anémie chez les patients atteints d’une pathologie cancéreuse.

Références

1 Guardiola E. Traitement de l’anémie en cancérologie : transfusion ou érythropoïétine? Oncologie 2000 ; 2 : 413-9.

2 Caro JJ, Salas M, Ward A, Goss G. Anemia as an independent prognostic factor for survival in patients with cancer : a systemic, quantitative review. Cancer 2001 ; 91 : 2214-21.

3 Demetri GD, Kris M, Wade J, Degos L, Cella D. Quality-of-life benefit in chemotherapy patients treated with epoetin alfa is independent of disease response or tumor type : results from a prospective community oncology study. Procrit Study Group. J Clin Oncol 1998 ; 16 : 3412-25.

4 Littlewood TJ, Bajetta E, Nortier JW, Vercammen E, Rapoport B. Effects of epoetin alfa on hematologic parameters and quality of life in cancer patients receiving nonplatinum chemotherapy : results of a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. J Clin Oncol 2001 ; 19 : 2865-74.

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6 Henry DH. Guidelines for the use of epoetin in cancer patients : a much-needed step forward in standardizing anemia treatment. Blood 2003 ; 102 : 2697-8.

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8 Schneider M. Fréquence de l’anémie chez les patients français atteints de tumeurs solides ou d’hémopathies malignes : résultats de l’European Cancer Anaemia Survey (ECAS). Oncologie 2005 ; 7 : 397-402.

9 Hill C, Doyon F. Frequency of cancer in France. Bull Cancer 2003 ; 90 : 207-13.

10 Bokemeyer C, Aapro MS, Courdi A, Foubert J, Link H, Osterborg A, et al. EORTC guidelines for the use of erythropoietic proteins in anaemic patients with cancer. Eur J Cancer 2004 ; 40 : 2201-16.

11 Bohlius J, Wilson J, Seidenfeld J, Piper M, Schwarzer G, Sandercock J, et al. Recombinant human erythropoietins and cancer patients : updated meta-analysis of 57 studies including 9353 patients. J Natl Cancer Inst 2006 ; 98 : 708-14.


 

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