ARTICLE
Auteur(s) : Emmanuel
Guardiola1, Franck Morschhauser2,
Jean-Jacques Zambrowski3, Eric-Charles
Antoine4
1CHU Jean Minjoz, Service oncologie médicale, 3, bd
Fleming, 25030 Besançon Cedex
2CHU Claude Huriez, Service Hématologie, 59037 Lille
Cedex
3CHU Bichat, Département de médecine interne, 75018
Paris
4Clinique Hartmann, 92200 Neuilly-sur-Seine
Article reçu le 13 Juin 2007, accepté le 3 Juillet 2007
L’anémie est une pathologie fréquemment rencontrée au cours de
l’évolution de la maladie cancéreuse. Ses causes sont souvent
multiples et intriquées, elle peut être due au contexte
nutritionnel du patient autant qu’à une complication du cancer
lui-même ou de son traitement [1].Quelle que soit sa sévérité, elle
a un impact important sur la qualité de vie des patients, avec en
particulier un retentissement majeur sur les activités physiques et
sociales. Par ailleurs, plusieurs études ont montré qu’elle pouvait
être associée de manière indépendante à une moindre efficacité des
traitements et avoir un impact négatif sur la survie globale et la
survie sans récidive des patients [2-4].Les données
épidémiologiques de l’anémie chez les patients atteints de
pathologies cancéreuses sont pourtant peu fréquentes dans la
littérature [5, 6]. En 2001, l’étude Ecas (European Cancer Anemia
Survey) [7] avait permis de réaliser un état des lieux concernant
l’incidence et la prévalence de l’anémie ainsi que la fréquence de
son traitement spécifique. Cinq ans après, il paraissait
intéressant de réévaluer ces données en France en les complétant
avec des données concernant la prise en charge et le traitement
spécifique des patients anémiés, mais également en les comparant à
celles de l’étude Ecas afin de juger de l’évolution des pratiques
médicales.C’est la raison pour laquelle nous avons mené une vaste
étude nationale concernant 2 782 patients traités dans 112
centres. Il s’agit de la plus importante enquête réalisée à ce jour
en France dans ce domaine.
Patients et méthodes
L’étude F-ACT est une étude multicentrique observationnelle
rétrospective menée auprès de praticiens exerçant dans des centres
ou des services prenant en charge des patients atteints de
pathologies cancéreuses incluant des tumeurs solides et des
hémopathies malignes. Elle a été réalisée sous la forme d’une
enquête conduite sur une journée type de consultation pour chaque
praticien interrogé pendant la période du 24 juin au
13 juillet 2006. Elle concernait l’ensemble des patients
diagnostiqués et/ou traités pour une pathologie cancéreuse dans les
12 derniers mois. Les fiches de recueil de données étaient
divisées en 4 parties :
- – le profil d’exercice clinique des praticiens : le
type d’établissement (centre hospitalo-universitaire ou CHU, centre
hospitalier général ou CHG, clinique privée, centre anticancéreux
ou CAC), le type de spécialité du service (oncologie médicale,
radiothérapie, hématologie, médecine interne, spécialité
d’organe) ;
- – caractéristiques des patients : âge, sexe, type
de cancer, stade de la maladie (néoadjuvant, adjuvant, métastases,
rechute locale) et statut thérapeutique (chimiothérapie,
radiothérapie, radiochimiothérapie, chirurgie) ;
- – prévalence de l’anémie, définie par les critères de
l’EORTC soit un taux d’hémoglobine (Hb) ≤ 11 g/dl, à la date
du relevé et au cours des 12 mois précédents lorsqu’au moins
un point de donnée était disponible ;
- – type de traitement spécifique de l’anémie
(érythropoïétine ± fer, transfusion, vitamine B12, folates, fer
seul, aucun traitement).
Les données concernant la prévalence de l’anémie et le type de
traitement spécifique ont ensuite été comparées à celles rapportées
dans l’étude Ecas afin d’observer l’évolution de la prise en charge
de l’anémie depuis 5 ans. Cette étude, publiée en 2001, avait
concerné plus de 15 000 patients répartis dans 24 pays d’Europe
[7]. Pour des raisons d’homogénéité, nous avons comparé nos
résultats avec ceux de l’échantillon français, concernant 1 335
patients, et rapportés par Schneider et al. en 2004 [8]. Il est
important de noter que, dans l’étude Ecas, le diagnostic d’anémie
était défini par un taux d’hémoglobine inférieur
à 12 g/dl.
Résultats
Profil d’exercice des praticiens
Cette étude a été menée dans 112 centres et auprès de 178
praticiens (101 oncologues et 77 hématologues) prenant en
charge des patients atteints de tumeurs solides et d’hémopathies
malignes. La répartition des oncologues était globalement homogène
parmi les quatre types d’établissement (CHU, CHG, clinique, CLCC)
alors que la plupart des hématologues exerçaient le plus souvent en
CHU ou CHG, dans 41 et 37 % des cas respectivement (figure 1).
Caractéristiques des patients
Au total, 2 782 patients ont été inclus dans notre étude. On
comptait 1 335 femmes (48 %) et 1 447 hommes (52 %) (tableau 1). Leur âge médian était de
61 ans (extrêmes : 18-93 ans). Le nombre de patients
traités pour une tumeur solide et pour une hémopathie maligne était
respectivement de 1 892 (68 %) et 890 (27 %). Les
principales tumeurs solides étaient représentées par ordre de
fréquence (figure 2) : 534
cancers du sein (19 % de l’ensemble des pathologies
cancéreuses), 379 cancers colorectaux (14 %), 340 cancers du
poumon (12 %), 159 cancers de la prostate (6 %), 117
cancers de l’ovaire (4 %), 102 cancers des voies
aérodigestives supérieures (VADS) (4 %), 86 cancers de
l’estomac (3 %) et 48 adénocarcinomes d’origine inconnue
(ACUP) (2 %). Les cancers du pancréas, de la vessie, du rein,
de l’utérus, du testicule concernaient respectivement 32, 29, 28,
21 et 19 patients, soit environ 1 % pour chaque localisation
tumorale. Ces chiffres sont similaires à ceux correspondant à
l’incidence de chaque type de cancer publiés dans la littérature
[9], hormis pour le cancer de la prostate qui est le plus souvent
pris en charge par les urologues et qui est donc sous-représenté
dans cette étude. Les principales hémopathies étaient représentées
par 352 lymphomes (13 %), 176 myélomes (6 %), 168
leucémies (6 %) et 63 myélodysplasies (2 %).
Concernant le stade de la maladie, une majorité de patients
(53 %) présentant une tumeur solide étaient en situation
métastatique, 30 % étaient traités en situation adjuvante,
9 % en situation néoadjuvante ou d’induction et 5 %
présentaient une rechute locale (tableau 2). En ce qui concerne le statut de
la maladie défini par le résultat du bilan d’évaluation le plus
récent par rapport à la date de l’inclusion, 44 % des patients
atteints de tumeurs solides étaient en situation de maladie
évolutive, parmi eux les patients nouvellement diagnostiqués ou en
situation de maladie progressive et/ou récidivante. Vingt-deux pour
cent des patients étaient en situation de maladie stable et
28 % en rémission. Ces chiffres étaient respectivement pour
les patients atteints d’hémopathies malignes de 29 % de
maladie évolutive, 28 % de maladie stable et 33 % de
maladie en rémission. Quant au statut thérapeutique, une grande
majorité des patients étaient traités par chimiothérapie pour une
tumeur solide (71 %) ou une hémopathie maligne
(65 %).
Tableau 1 Caractéristiques des patients :
toutes tumeurs (n = 2782)
|
Patients
|
|
- Hémopathies malignes
- N = 759
|
|
Âge médian (extrêmes)
|
62 ans (18-91 ans)
|
60 ans (18-93 ans)
|
|
Hommes
|
950 (50 %)
|
498 (56 %)
|
|
Femmes
|
942 (50 %)
|
392 (44 %)
|
|
Types de tumeurs :
|
|
- Sein
|
534 (19 %)
|
68 %
|
|
|
- Colorectal
|
379 (14 %)
|
|
|
- Poumon
|
340 (12 %)
|
|
|
- Prostate
|
157 (6 %)
|
|
|
- Ovaire
|
117 (4 %)
|
|
|
- VADS
|
102 (4 %)
|
|
|
- Estomac
|
86 (3 %)
|
|
|
- ACUP
|
48 (2 %)
|
|
|
- Pancréas
|
32 (1 %)
|
|
|
- Vessie
|
29 (1 %)
|
|
|
- Rein
|
28 (1 %)
|
|
|
- Endomètre
|
21 (1 %)
|
|
|
- Testicule
|
19 (1 %)
|
|
|
- Lymphome
|
|
352 (13 %)
|
27 %
|
|
- Myélome
|
|
176 (6 %)
|
|
- Leucémie
|
|
168 (6 %)
|
|
- Myélodysplasie
|
|
63 (2 %)
|
|
- Données manquantes
|
131 (5 %)
|
Tableau 2 Statut thérapeutique et stade de la
maladie
|
|
- Hémopathies malignes
- N = 759
|
|
Stade de la maladie
|
|
|
|
- néoadjuvant ou induction
|
164 (9 %)
|
|
|
- adjuvant
|
565 (30 %)
|
|
|
- métastatique
|
998 (53 %)
|
|
|
- rechute locale
|
95 (5 %)
|
|
|
- donnée manquante
|
70 (4 %)
|
|
|
Statut thérapeutique
|
|
|
|
- chimiothérapie et/ou immunothérapie et/ou hormonothérapie
|
1343 (71 %)
|
492 (65 %)
|
|
- radiothérapie
|
114 (6 %)
|
16 (2 %)
|
|
- radiochimiothérapie
|
113 (6 %)
|
7 (1 %)
|
|
- pas de traitement
|
322 (17 %)
|
244 (32 %)
|
|
Statut de la maladie
|
|
|
|
- évolution
|
832 (44 %)
|
220 (29 %)
|
|
- stable
|
416 (22 %)
|
214 (28 %)
|
|
- rémission
|
531 (28 %)
|
250 (33 %)
|
|
- données manquantes
|
113 (6 %)
|
75 (10 %)
|
Prévalence de l’anémie
À la date de l’inclusion, le taux d’hémoglobine médian était de
11,6 g/dl (extrêmes : 5,2-18,5 g/dl), ces chiffres
étant respectivement de 11,7 (extrêmes :
5,2-18,5 g/dl) et 11,4 g/dl (extrêmes :
5,3-16,7 g/dl) chez les patients présentant une tumeur solide
et une hémopathie maligne (tableau 3). Le pourcentage de patients
présentant un taux d’hémoglobine inférieur ou égal
à 11 g/dl était de 42 % en cas de tumeur solide et
de 47 % en cas d’hémopathie maligne. Si l’on observe le taux
d’hémoglobine au cours des 12 mois précédant la date de
l’inclusion dans l’étude, l’anémie concernait globalement 74 %
des patients, soit 72 % de ceux atteints d’une tumeur solide
et 79 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne.
Prévalence de l’anémie en fonction de la localisation
cancéreuse
Un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl a été observé pour
toutes les localisations cancéreuses (tableau 4) : sein (30 % des
cas), colorectal (38 %), poumon (51 %),
prostate (51 %), ovaire (52 %),
VADS (35 %), estomac (55 %),
lymphome (35 %), myélome (64 %), leucémie
(60 %) et myélodysplasie (97 %). L’analyse
rétrospective du taux d’hémoglobine au cours des 12 mois
précédant la date de l’inclusion des patients révèle l’apparition
d’une anémie quelle que soit la localisation cancéreuse avec un
prévalence pouvant atteindre 90 % des patientes atteintes de
cancer de l’ovaire et 98 % des patients atteints de
myélodysplasie.
Tableau 3 Prévalence de l’anémie
|
Toutes tumeurs
|
Tumeurs solides
|
Hémopathies malignes
|
|
Taux d’hémoglobine
|
|
|
|
|
- médiane
|
11,6 g/dl
|
11,7 g/dl
|
11,4 g/dl
|
|
- extrêmes
|
5,2-18,5 g/dl
|
5,2-18,5 g/dl
|
5,3-16,7 g/dl
|
- Patients anémiés (Hb < 11g/dl)
- à la date de l’inclusion (%)
|
44
|
42
|
47
|
- Patients anémiés (Hb < 11g/dl)
- au cours des 12 derniers mois (%)
|
74
|
72
|
79
|
Tableau 4 Prévalence de l’anémie chez les patients
en fonction de la localisation cancéreuse
|
Localisation
|
Patients anémiés à la date du relevé (%)
|
Patients anémiés au cours des 12 mois précédents
(%)
|
Patients jamais anémiés (%)
|
|
Sein
|
30
|
62
|
38
|
|
Colorectal
|
38
|
69
|
31
|
|
Poumon
|
51
|
78
|
22
|
|
Prostate
|
51
|
69
|
31
|
|
Ovaire
|
52
|
90
|
10
|
|
VADS
|
35
|
69
|
31
|
|
Estomac
|
55
|
82
|
18
|
|
Lymphome
|
35
|
74
|
26
|
|
Myélome
|
64
|
85
|
15
|
|
Leucémie
|
60
|
76
|
24
|
|
Myélodysplasie
|
97
|
98
|
2
|
Prévalence de l’anémie en fonction du statut de la maladie
Si l’on observe la prévalence de l’anémie en fonction du statut de
la maladie, le pourcentage de patients présentant une tumeur solide
avec un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl le jour de
l’inclusion était de 59 % en cas de maladie évolutive, de
37 % en cas de maladie stable et de 17 % en cas de
rémission (tableau 5). Ces chiffres
étaient, pour les patients présentant une hémopathie maligne,
respectivement de 67, 49 et 29 % en cas de maladie évolutive,
maladie stable ou rémission.
Tableau 5 Prévalence de l’anémie en fonction du
statut de la maladie
|
Patient anémié à la date du relevé (%)
|
Évolution
|
Stable
|
Rémission
|
|
Toutes tumeurs
|
60
|
40
|
21
|
|
Tumeurs solides
|
59
|
37
|
17
|
|
Hémopathies malignes
|
67
|
49
|
29
|
Prévalence de l’anémie en fonction du statut thérapeutique
Si l’on considère le statut thérapeutique de la maladie, le jour de
l’inclusion, 49 % des patients atteints de tumeur solide
traités par chimiothérapie présentaient une anémie (tableaux 6 et 7).
Ces chiffres étaient de 36, 42 et 19 % pour ceux
respectivement traités par radiothérapie, radiochimiothérapie et
sans traitement spécifique. Parmi les patients atteints
d’hémopathie maligne, 41 % de ceux sans traitement, 51 %
de ceux traités par chimiothérapie, 50 % de ceux traités par
radiothérapie et 100 % de ceux traités par radiochimiothérapie
présentaient un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl.
Tableau 6 Prévalence de l’anémie en fonction du
statut thérapeutique
|
Patient anémié à la date du relevé (%)
|
Chimiothérapie
|
Radiothérapie
|
Radio-chimiothérapie
|
Pas de traitement*
|
|
Toutes tumeurs
|
49
|
38
|
43
|
28
|
|
Tumeurs solides
|
49
|
36
|
42
|
19
|
|
Hémopathies malignes
|
51
|
50
|
100
|
41
|
*A noter : pas de traitement spécifique de la
maladie cancéreuse le jour de l’inclusion du patient dans
l’analyse.
Tableau 7 Comparaison de la prévalence de l’anémie
entre l’étude F-ACT et l’étude Ecas
|
Pourcentage de patients anémiés
|
|
Étude
|
Tumeurs solides
|
Hémopathies malignes
|
|
ECAS (Hb < 12 g/dl)
|
46 %
|
66 %
|
|
F-ACT selon norme EORTC (Hb < 11 g/dl)
|
42 %
|
47 %
|
|
F-ACT selon norme ECAS (Hb < 12 g/dl)
|
54 % (+ 8 %)a
|
57 % (-9 %)a
|
aDifférence par rapport au pourcentage de patients
anémiés dans l’étude Ecas.
Traitement de l’anémie
Si l’on considère les patients présentant une anémie le jour de
l’inclusion, globalement 17 % ne recevaient aucun traitement
spécifique pour cette anémie, soit 16 et 18 % des patients
suivis pour une tumeur solide ou une hémopathie maligne,
respectivement (figure 3). Environ
deux tiers de ces patients recevaient un traitement par agent
stimulant l’érythropoïèse (ASE), dans 70 % des cas pour une
tumeur solide et dans 58 % pour une hémopathie maligne. Il est
également intéressant de noter que, pour les patients présentant
une tumeur solide, un traitement par fer (oral ou intraveineux)
était associé, dans 32 % des cas, au traitement par ASE,
versus 11 % chez les patients suivis pour une hémopathie
maligne. Une transfusion a été réalisée chez 23 % des patients
anémiques, soit chez 18 % des patients présentant une tumeur
solide et 35 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne.
Le taux d’hémoglobine médian lors de l’induction d’un traitement
par ASE était de 10 g/dl (extrêmes : 5,9-14,3 g/dl)
(figure 4).
Dans la grande majorité des cas, l’instauration d’un traitement par
ASE a été faite pour des valeurs d’hémoglobine comprise entre 9 et
11 g/dl, ce qui correspond aux recommandations de l’EORTC
[10].
Les trois types d’ASE ont été utilisés : la darbepoïétine
alpha (Aranesp®, laboratoire Amgen), l’époïétine alpha
(Eprex®, laboratoire Janssen-Cilag) et l’époïétine bêta
(Néorecormo®, laboratoire Roche). Il n’y avait pas de
différence majeure entre le choix de l’ASE utilisé et le type de
pathologie cancéreuse, le statut de la maladie, le type de
traitement et la valeur de l’hémoglobine à l’instauration de
l’ASE.
Discussion
Depuis l’étude Ecas en 2001 [7], peu de données épidémiologiques
concernant l’anémie en cancérologie ont été rapportées. Pourtant,
il est maintenant largement démontré que cette pathologie
représente l’une des complications les plus redoutées chez les
patients atteints d’un cancer [1].
De ce fait, il nous est apparu important de refaire le point sur
sa prévalence et sa prise en charge spécifique chez les patients
atteints d’un cancer et traités en France. Cette étude
rétrospective, multicentrique et observationnelle a été menée
auprès de praticiens prenant en charge des patients atteints de
tumeurs solides et d’hémopathies malignes. Ses résultats ont donc
confirmé l’importance de la prévalence de l’anémie chez les
patients atteints d’un cancer puisque, le jour de l’inclusion,
44 % d’entre eux avaient un taux d’hémoglobine inférieur à
11 g/dl, soit 42 % de ceux suivis pour une tumeur solide
et 47 % de ceux atteints d’une hémopathie maligne. Dans
l’étude Ecas, l’anémie était définie par un taux d’hémoglobine
inférieur à 12 g/dl. Si l’on avait pris en compte cette
définition, la prévalence de l’anémie dans notre étude aurait été
de 57 % pour les patients atteints d’hémopathie maligne versus
66 % dans l’étude Ecas, soit une diminution de 8 %. En
revanche, pour les patients porteurs d’une tumeur solide, ce
chiffre aurait été de 54 versus 46 %, soit une augmentation de
8 % (tableau 8). Il est à noter
que, dans notre étude, l’anémie concernait des patients présentant
tous les types de localisation cancéreuse mais également à tous les
stades de la maladie et quel que soit le type de traitement
spécifique.
Concernant la prise en charge de l’anémie, on note une évolution
majeure puisque, dans l’étude Ecas en 2001, 60,5 % des
patients ne recevaient aucun traitement spécifique versus 17 %
dans notre étude (figure 5). On
n’observe pas de différence majeure entre les patients suivis pour
une tumeur solide ou une hémopathie maligne, avec une
« abstention thérapeutique » de l’anémie de 16 et
18 %, respectivement.
Lorsqu’un traitement spécifique de l’anémie a été introduit,
l’utilisation d’un ASE a été majoritairement choisie, soit environ
pour les deux tiers des patients (66 %). Il s’agit là
probablement de l’évolution la plus notable par rapport à l’étude
Ecas puisque, à cette époque, seulement 23,5 % des patients
anémiques recevaient un ASE. On peut noter que cette évolution est
plus sensible chez les patients anémiés atteints d’une tumeur
solide qui ont reçu un ASE dans 70 % des cas versus 58 %
des patients anémiés atteints d’une hémopathie maligne.
En revanche, quel que soit le type de pathologie cancéreuse, il
semble important de souligner que le taux d’hémoglobine médian à
l’instauration de l’ASE dans notre étude était de 10 g/dl
alors qu’il était de 9,5 g/dl dans l’étude Ecas. Il s’agit
également d’une évolution intéressante dans la prise en charge
spécifique de l’anémie. Cette introduction plus précoce de l’ASE
par rapport à l’apparition de l’anémie est en corrélation avec les
recommandations de l’EORTC [10] mais également probablement liée à
une amélioration de la prise en charge de cette complication et à
une meilleure connaissance théorique et pratique de l’utilisation
des ASE [11].
Il n’y avait pas de différence majeure entre le choix de l’ASE
utilisé et le type de pathologie cancéreuse, le statut de la
maladie, le type de traitement et la valeur de l’hémoglobine à
l’instauration de l’ASE.
Tableau 8 Comparaison de la prévalence de l’anémie
entre l’étude F-ACT et l’étude Ecas
|
Pourcentage de patients anémiés
|
|
Etude
|
Tumeurs solides
|
Hémopathies malignes
|
|
Ecas (Hb < 12 g/dl)
|
46%
|
66%
|
|
F-ACT selon norme EORTC (Hb < 11 g/dl)
|
42%
|
47%
|
|
F-ACT selon norme Ecas (Hb < 12 g/dl)
|
54%
|
57%
|
Conclusion
L’étude F-ACT est à ce jour la plus importante réalisée en France
en termes de nombre de patients. En effet, cette vaste enquête
multicentrique a concerné 2 782 patients et a permis d’apporter des
conclusions intéressantes sur la prise en charge de l’anémie chez
des patients atteints de pathologie cancéreuses :
- – la prévalence de l’anémie reste très élevée et ce,
quel que soit le type de pathologie cancéreuse, puisque 44 %
des patients présentaient un taux d’hémoglobine inférieur
à 11 g/dl le jour de l’inclusion ;
- – la prise en charge globale de l’anémie en France s’est
manifestement améliorée depuis l’étude Ecas en 2001 puisque plus de
60 % des patients anémiés ne recevaient alors aucun traitement
spécifique de cette anémie versus 17 % en 2006 ;
- – l’utilisation des ASE semble mieux connue, elle a très
nettement augmenté et son instauration est plus précoce par rapport
à l’apparition de l’anémie.
Ces données sont certes encourageantes mais montrent également
la nécessité d’optimiser encore la prise en charge de l’anémie chez
les patients atteints d’une pathologie cancéreuse.
Références
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transfusion ou érythropoïétine? Oncologie 2000 ; 2 :
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