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What’s new in sentinel node biopsy ?


Bulletin du Cancer. Volume 94, Number 7, 692-4, Juillet-Août 2007, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2007.0413

Résumé   Summary  

Author(s) : Emmanuel Barranger, Charles Coutant, Yann Delpech, Serge Uzan, Olivier Morel , Service de gynécologie-obstétrique, Hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, Service de gynécologie-obstétrique, Hôpital Tenon, 4, rue de la Chine, 75020 Paris.

Summary : Sentinel node (SN) biopsy is become a standard of care in breast cancer surgical practice. However, the advent of this technique, recently discussed during the 29 th San Antonio Breast Cancer Symposium 2006, revealed new questions, which the concept of the SN procedure raises : can we increase the current indications ? Could be axillary lymph node dissection avoided in patients with metastatic SN ? the morbidity of the biopsy of the SN, which is the prognostic value of micrometastatis discovered by the diffusion of the ultra-stadification of the SNs ?

Keywords : sentinel node biopsy, breast cancer, micrometastasis, morbidity, axillary dissection

ARTICLE

Auteur(s) : Emmanuel Barranger1, Charles Coutant2, Yann Delpech2, Serge Uzan2, Olivier Morel1

1 Service de gynécologie-obstétrique, Hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris
2 Service de gynécologie-obstétrique, Hôpital Tenon, 4, rue de la Chine, 75020 Paris

Article reçu le 24 Decembre 2006, accepté le 12 Juin 2007

La diffusion de la procédure du ganglion sentinelle (GS) en cas de cancer du sein est devenue courante depuis une décennie environ [1]. Afin de réduire le risque de faux négatifs, principal écueil de cette technique, il est recommandé de respecter certains critères de bonne pratique : double détection, tumeur en place, cancer du sein unifocal, courbe d’apprentissage validée, pas d’adénopathie palpable dans le creux axillaire. L’étape suivante a été de valider les voies d’injection des produits lymphotropes. Actuellement, la principale question est la réalisation ou non d’un curage axillaire (CA) complémentaire en cas de GS métastatique quelle que soit la taille de la métastase, bien qu’il soit toujours recommandé [2]. Cependant, dans 40 à 70 % des cas, les ganglions non sentinelles (GNS) sont indemnes [3, 4]. Des facteurs prédictifs indépendants d’envahissement des GNS en cas de GS métastatiques sont actuellement bien connus. Il s’agit essentiellement de la taille tumorale, de la taille de la métastase ganglionnaire, du nombre de GS métastatiques, d’un ratio élevé entre le nombre de GS métastatiques sur le nombre total de GS prélevés et de la présence d’une rupture capsulaire. Cependant, la prise en compte d’un seul facteur apparemment associé à un faible risque d’envahissement des GNS ne suffit pas a priori à éviter un CA complémentaire. De ce fait, plusieurs équipes ont proposé des scores ou des nomogrammes prédictifs d’envahissement des GNS en cas de GS métastatique afin de sélectionner les patientes pouvant ne pas justifier d’un CA complémentaire.Le principal nomogramme évaluant le risque d’envahissement du creux axillaire en cas de GS métastatique a été publié par Van Zee et al. du Memorial Sloan Kettering Cancer Center [5]. Une régression logistique multivariée a été réalisée sur une série rétrospective de 702 patientes ayant un GS métastatique et un CA complémentaire ; elle a permis la constitution du nomogramme à partir de 8 variables. Ce nomogramme a ensuite été testé sur une série prospective de 302 patientes. Les critères utilisés incluaient le type histologique et le grade SBR (carcinome canalaire invasif [CCI] de grade 1, CCI de grade 2, CCI de grade 3 et carcinome lobulaire invasif), l’existence d’une invasion lymphovasculaire (oui, non), le caractère multifocal (oui, non), le statut aux récepteurs aux œstrogènes (oui, non), le nombre de GS non métastatiques (de 0 à 14), le nombre de GS métastatiques (de 1 à 7), la taille de la tumeur primitive (de 0 à 9 cm) et la méthode de détection des métastases dans les GS. Pour ce dernier point, il y avait deux situations différentes : en cas d’utilisation de la technique par cryocongélation, quatre items étaient proposés (analyse HES standard, coupes sériées, immunohistochimie [IHC] et analyse par cryocongélation) et, en l’absence d’utilisation de la technique par cryocongélation, seulement trois items (analyse HES standard, coupes sériées et IHC). L’une des premières limites de ce nomogramme était son utilisation complexe et fastidieuse. Depuis peu, les auteurs ont mis à la disposition des cliniciens un site internet permettant très facilement de calculer pour chaque patiente une probabilité d’envahissement des GNS : www.mskcc.org/mskcc/htlm/5794.cfm. Enfin, Van Zee et al. [5] ne proposent pas de seuil pour lequel ils préconisent de ne pas réaliser de CA complémentaire. Lambert et al. [6] ont montré que, en prenant comme seuil pour ne pas réaliser de CA une probabilité obtenue par le nomogramme inférieure ou égale à 10 %, la sensibilité était de 94 % et la spécificité de 26 %. Ainsi, 6 % des patientes ayant un envahissement des GNS ne bénéficieraient pas de CA.Plusieurs auteurs ont ensuite évalué la pertinence de ce nomogramme pour différents sous-groupes de patientes lors du 29th San Antonio Breast Cancer Symposium ayant eu lieu au mois de décembre 2006. Ainsi, Alran et al. [7] ont évalué le nomogramme de Van Zee et al. [5] en cas de GS micrométastastique. Une population de 588 patientes ayant un GS métastatique associé à un CA a été incluse. Dans cette série, l’aire sous la courbe (AUC), permettant d’évaluer la pertinence de ce nomogramme appliquée à une population, était de 0,72. Parmi ces patientes, 213 avaient une micrométastase découverte à l’analyse histologique du GS. Dans ce sous-groupe, l’AUC n’était plus que de 0,53. Les auteurs ont conclu que le nomogramme de Van Zee et al. [5] ne peut être appliqué aux patientes ayant un GS micrométastatique, ce qui limite sa diffusion en pratique sachant que c’est surtout pour ce groupe de patientes que l’intérêt d’un CA complémentaire reste controversé. De la même manière, Soran et al. [8] ont également évalué la pertinence du nomogramme de Van Zee et al. [5] appliqué à une population de patientes ayant eu une chimiothérapie néoadjuvante (CNA) en comparaison avec un même groupe de patientes bénéficiant d’une chirurgie première. L’âge médian des patientes était de 51,5 ans (extrêmes = 39-66). La taille tumorale moyenne était de 4,34 cm (extrêmes = 2,5-8,5) dans le groupe ayant eu une CNA contre 3,14 (extrêmes = 0-7) dans le second groupe. Le nomogramme a été évalué sur 201 patientes sans CNA avec une AUC à 0,73 contre 0,66 pour le groupe de patientes (n = 32) bénéficiant d’une biopsie du GS après CNA. Les auteurs concluent que la procédure du GS est uniquement faisable avant CNA.Park et al. [9], du Memorial Sloan Kettering Cancer Center, ont montré que l’utilisation du nomogramme de Van Zee et al. [5] pouvait permettre d’éviter un CA en cas de GS métastatique avec un faible risque de récidive axillaire (RA). Ainsi, sur 1960 patientes ayant un GS métastatique entre 1994 et 2004, 287 n’ont pas eu de CA complémentaire. La décision de ne pas réaliser de CA était fondée sur le nomogramme de Van Zee avec un risque acceptable inférieur à 10 % d’envahissement des GNS, l’âge plus élevé des patientes, le caractère moins agressif de la tumeur (type histologique de bon pronostic, grade faible). Dans l’autre groupe (n = 1 673), le risque d’envahissement des GNS était évalué à 37 %. Après un suivi de 23 à 30 mois, 2 % de récidives axillaires ont été observées dans le groupe sans CA contre 0,4 % dans le second groupe. Un risque théorique de RA à moins de 10 % évalué par le nomogramme, pour un groupe sélectionné de patientes, serait acceptable pour décider de ne pas réaliser de CA complémentaire puisque le taux de RA observé à plus de 2 ans était seulement de 2 %, bien inférieur aux 5 % de faux négatifs acceptés dans la littérature.Une autre question d’actualité était l’intérêt discutable d’une biopsie du GS chez certaines patientes ayant un faible risque de métastases dans le GS. Peut-on se priver de toute exploration du creux axillaire ? Pour tenter de répondre à cette question, Julian et al. [10], du NSABP-B32, ont inclus 1 390 patientes ayant un GS métastatique. Une analyse multivariée des critères clinicopathologiques des patientes et de la tumeur a été réalisée. L’âge supérieur à 70 ans, la taille tumorale inférieure à 10 mm, la localisation de la lésion en dehors des quadrants externes et l’absence d’emboles lymphovasculaires sont associés à un faible risque d’envahissement des GS. Ainsi, une patiente de plus de 70 ans avec une lésion invasive de moins de 10 mm en dehors des quadrants externes sans embole a un risque d’envahissement des GS inférieur à 10 %, ce qui amène les auteurs à conclure que ces patientes pourraient ne pas bénéficier d’une exploration ganglionnaire axillaire. Cependant, un risque de 10 % est-il acceptable pour éviter cette exploration axillaire ?La morbidité du CA par rapport à la biopsie du GS a bien été évaluée dans la littérature. Cependant, celle-ci est moins bien documentée en cas de CA effectué secondairement après la découverte à l’examen histologique définitif d’une ou de plusieurs métastases dans les GS. Ainsi Goyal et al. [11], de l’Almanac Trial, ont comparé la morbidité du CA chez 373 patientes GS négatif avec CA immédiat par rapport à 83 patientes ayant un GS métastatique pour lequel le CA a été différé. La morbidité était évaluée à 1, 2, 6 et 12 mois objectivement pour le lymphœdème et par un questionnaire validé. Le groupe de patientes avec CA différé était plus jeune (p = 0,004), avec une lésion plus volumineuse (p < 0,001) et de plus haut grade (p = 0,018). Il n’existait aucune différence significative de la perte de la sensibilité du bras, de la diminution de la mobilité du bras, du délai de convalescence, de la durée d’hospitalisation et du risque de lymphœdème. Cependant, le seul élément significatif observé était la durée de la procédure dans le groupe CA différé (22 versus 33 minutes ; p = 0,01). Au total, un CA secondaire n’est pas plus morbide qu’un CA immédiat, contrairement à ce que l’on pouvait supposer, mais plus long et difficile à réaliser, probablement lié aux remaniements cicatriciels liés à la biopsie du GS.Une étude intéressante sur 127 cancers du sein multifocaux par rapport à 751 unifocaux a évalué la pertinence de la biopsie du GS dans les cancers du sein multifocaux [12]. Elle montre que la technique n’est pas associée à un risque plus élevé de faux négatifs (7,9 %) par rapport aux cancers du sein unifocaux (8,6 %). Cependant, la procédure a été réalisée après une simple détection isotopique. Cependant, un taux de faux négatif de 7,9 % n’est pas acceptable pour élargir l’indication de la biopsie du GS à ce type de cancer.Une question non résolue est la suivante : quel est le nombre de GS à prélever pour réduire le risque de faux négatifs ? L’étude de Yi et al. [13], portant sur 3 990 patientes dont 19,5 % avaient un GS métastatique (métastase > 0,2 mm), a montré que l’exérèse de 5 GS permettait d’identifier 99 % des GS métastatiques et celle de 2 GS seulement, 92 % des GS métastatiques. En analyse multivariée, les auteurs ont mis en évidence des facteurs indépendants clinicopathologiques justifiant d’une tentative d’exérèse de GS au-delà de 2 : la présence de récepteurs aux œstrogènes, l’âge inférieur à 50 ans, les carcinomes invasifs avec composante mixte lobulaire et canalaire, le type caucasien, une tumeur des quadrants internes et une lésion de plus de 20 mm.Enfin, le développement de la procédure du GS a permis de détecter des micrométastases (taille comprise entre 0,2 et 2 mm), voire des nanométastases (taille < 0,2 mm), par ultrastadification et immunohistochimie dont la valeur pronostique reste controversée, surtout pour les nanométastases. Cependant, il est recommandé de compléter le CA en cas de GS métastatique, quelle que soit la taille de la métastase, car l’envahissement du reste du curage est non négligeable et son omission pourrait entraîner un potentiel sous-traitement de la patiente et une stadification erronée du cancer du sein avec un pronostic mal évalué. Dans la littérature, la proportion de patientes ayant un envahissement des GNS lorsque leur GS ne contient que des nanométastases varie de 0 à 27 % avec un taux moyen de 15,3 %. Dans la nouvelle classification de l’AJCC (American Joint Committee on Cancer) [14], la présence de nanométastases est assimilée à une absence d’envahissement métastatique du ganglion. Bien qu’il soit admis qu’une petite proportion seulement de ces clones tumoraux va croître et former des métastases, la signification pronostique de la présence de nanométastases n’a pas été évaluée et nécessite des études complémentaires avec un long suivi. Cependant, là encore, compte tenu du risque relativement élevé d’envahissement des GNS, il semble prudent de réaliser un geste axillaire complémentaire lorsque l’on prend en compte isolément ce paramètre. Une étude rétrospective présentée par Alberti et al. [15], portant sur 377 patientes ayant un cancer du sein sans métastase ganglionnaire axillaire, tente d’évaluer la signification pronostique des nanométastases en analysant 6 676 ganglions axillaires négatifs en HES par coupes sériées (250 coupes par ganglion) et immunohistochimie. Les patientes pNo(i-) sont comparées aux patientes pNo(i+) et pN1mic. Après un suivi médian de 8 ans, les patientes pNo(i+) avaient un risque de survie sans maladie significativement plus bas que les patientes pNo(i-). Cela était d’autant plus vrai après 38 mois. En revanche, il n’existait de modification de survie sans maladie entre les patientes pNo(i +) et pN1mic. Les auteurs considéraient donc, en conclusion, que les nanométastases seraient un facteur de mauvais pronostic et que leur présence devrait être prise en compte et intégrée aux autres facteurs décisionnels de traitement adjuvant.

Références

1 Rouzier R, Travagli JP, Atallah D, Delaloge S, Marsiglia H, Mathieu MC, et al. The sentinel lymph node in cancer of the breast : clinical aspects. Bull Cancer 2003 ; 90 : 246-54.

2 Schwartz GF, Giuliano AE, Veronesi U, Consensus Conference Committee. Proceedings of the consensus conference on the role of sentinel lymph node biopsy in carcinoma of the breast, April 19-22, 2001, Philadelphia, Pennsylvania. Cancer 2002 ; 94 : 2542-51.

3 Stitzenberg KB, Meyer AA, Stern SL, Cance WG, Calvo BF, Klauber-DeMore N, et al. Extracapsular extension of the sentinel lymph node metastasis : a predictor of nonsentinel node tumor burden. Ann Surg 2003 ; 237 : 607-12.

4 Sachdev U, Murphy K, Derzie A, Jaffer S, Bleiweiss IJ, Brower S. Predictors of nonsentinel lymph node metastasis in breast cancer patients. Am J Surg 2002 ; 183 : 213-7.

5 Van Zee KJ, Manasseh DM, Bevilacqua JL, Boolbol SK, Fey JV, Tan LK, et al. A nomogram for predicting the likelihood of additional nodal metastases in breast cancer patients with a positive sentinel node biopsy. Ann Surg Oncol 2003 ; 10 : 1140-51.

6 Lambert LA, Ayers GD, Hwang RF, Hunt KK, Ross MI, Kuerer HM, et al. Validation of a breast cancer nomogram for predicting nonsentinel lymph node metastases after a positive sentinel node biopsy. Ann Surg Oncol 2006 ; 13 : 310-20.

7 Alran S, De Rycke Y, Fourchotte V, Chritansky H, Salmon RJ. Validation and limitations of use of a breast cancer nomogram predicting the likelihood of non-sentinel node involvement after positive sentinel node biopsy. Abstract # 2003 ; SABCS 2006.

8 Soran A, Evrensel T, Ahrendt G, Kocer B, Bonaventura M, Falk J, Keenan D, Johnson R. Evaluation of the sentinel node nomogram for prediction of non-sentinel node -involvement in patients undergoing neoadjuvant chemotherapy. Abstract # 2016 ; SABCS 2006.

9 Park J, Fey JV, Naik AM, Borgen PI, Van Zee KJ, Cody III HS. A declining rate of completion axillary dissection in sentinel lymph node-positive breast cancer patients is associated with the use of a multivariate nomogram. Abstract # 2016 ; SABCS 2006.

10 Julian T, Fourchotte V, Anderson S, Mamounas E, Costantino J, Boudros N, Wolmark. Predictive factors that identify patients not requiring a sentinel node biopsy : Continued analysis of the NSABP B-32 sentinel node trial. Abstract # 2003 ; SABCS 2006.

11 Goyal A, Newcombe RG, Mansel RE, Almanac Trialists Group. Evaluation of morbidity in breast cancer patients with sentinel node metastases receiving conventional two-step treatment (sentinel node biopsy + delayed ALND) versus one-step ALND. Abstract # 2006 ; SABCS 2006.

12 Kim HJ, Hong SJ, Lee JS, Jeong MS, Son BH, Ahn SH. Sentinel node biopsy in patients with multifocal breast cancer. Abstract # 2009 ; SABCS 2006.

13 Yi M, Meric-Bernstam F, Akins JS, Hwang RF, Lucci A, Babiera GV, Hunt KK. How many sentinel lymph nodes are enough during sentinel lymph node dissection for breast cancer ? Abstract # 2013 ; SABCS 2006.

14 Singletary SE, Allred C, Ashley P, Bassett LW, Berry D, Bland KI, et al. Revision of the American Joint Committee on Cancer staging system for breast cancer. J Clin Oncol 2002 ; 20 : 3628-36.

15 Alberti S, Querzoli P, Pedriali M, Rinaldi R, Biganzoli E, Boracchi P, et al. Axillary lymph node nanometastases are prognostic factors for metastatic relapse in breast cancer patients. Abstract # 2013 ; SABCS 2006.


 

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