ARTICLE
Auteur(s) : Aurélie Chavand, Hélène Grandjean, Michel Vignes
Inserm U558, Faculté de Médecine, 37, allées Jules-Guesde, 31073
Toulouse Cedex
accepté le 7 Mars 2007
L’objectif de ce travail est de faire un état des lieux et des
connaissances actuelles sur la spécificité des troubles
psychologiques liés à l’émergence du cancer, quand ce dernier
survient au cours de cette période toute particulière qu’est
l’adolescence.Pour un « adulte en devenir », le cancer
menace autant par son impact direct sur le développement
psychologique, intellectuel, affectif et social que par ses
répercussions au sein même de la cellule familiale.Par ailleurs, il
convient pour les équipes soignantes qui prennent en charge des
adolescents de bien connaître les enjeux inhérents à cette période
afin de pouvoir au mieux répondre à leurs attentes.Si, de manière
intuitive, on ne peut se satisfaire de transposer ce qui se fait
chez les adultes pour des plus jeunes ou chez les enfants pour des
plus grands, il y a peu d’écrits témoignant d’une pratique clinique
spécifique. Aussi, après avoir réuni les propositions
thérapeutiques citées dans la littérature, nous avons souhaité nous
enrichir de l’expérience d’équipes qui ont fondé des unités pilotes
de cancérologie pour adolescents.
Psychopathologie de l’adolescent porteur d’un cancer et de sa
famille
Vécu de l’adolescent
L’adolescence est décrite comme une phase développementale incluant
des étapes spécifiques : l’acquisition de l’indépendance et de
l’autonomie, le développement sexuel, physique et émotionnel, la
construction de l’estime et de la conscience de soi. Il existe le
risque que certaines problématiques, du fait de l’émergence du
cancer, deviennent aiguës : augmentation du degré
d’incertitude existentielle, isolement social et émotionnel,
difficultés à donner un sens à sa vie et ancrage au monde aliénant
du cancer.
C’est juste au moment où ils avancent sur le chemin de
l’indépendance, de l’autonomie décisionnelle et matérielle que le
cancer les entrave, les ramène à une position plus infantile de
dépendance. Comment parvenir à devenir un adulte quand, à toutes
les difficultés à surmonter, s’ajoute une maladie telle que le
cancer ? Comment prévoir et se lancer dans la préparation d’un
avenir qui n’est pas même certain d’advenir ? Comment imaginer
cet avenir si on ne peut passer ses examens, poursuivre ses études,
garder ses amis, se marier, avoir des enfants et atteindre les buts
que l’on s’est donnés ?
La spécificité des enjeux liés à la survenue du cancer au moment
de l’adolescence apparaît clairement, dans l’énoncé de deux
questions, qui se font écho :
- – Comment les facultés développementales et la maturité
de l’adolescent retentissent-elles sur son approche et son
adaptation au cancer ?
- – Comment la maladie elle-même affecte-t-elle son
développement ?
Pour répondre à ces questions, il faut tout d’abord se remémorer
les différentes étapes que l’adolescent doit franchir au cours de
son développement :
- – l’intégration d’une nouvelle image de soi, à travers
ses relations sociales, amicales, amoureuses et sexuelles, à partir
de son corps modifié par la puberté, ainsi que par l’acquisition
d’une autonomie de pensée et de fonctionnement ;
- – le développement de ses capacités d’abstraction et de
projection dans le temps ;
- – le remodelage de ses modes de relation aux
parents ;
- – la faculté de pouvoir accéder à des échanges
relationnels et émotionnels dans un climat de confiance.
Le sentiment d’identité est menacé par les exigences de
transformations inhérentes au processus de l’adolescence et par
celles liées à la maladie.
Les transformations corporelles en lien avec la maladie et les
effets secondaires des traitements, comme la prise de poids,
l’alopécie, les cicatrices, peuvent être menaçantes pour la
constitution d’une image de soi de bonne qualité. Le corps infiltré
par le cancer est devenu difficilement reconnaissable. Il peut
donner l’impression de ne plus être fiable et d’être sali. Il revêt
également une certaine ambiguïté sexuelle, notamment par la perte
des cheveux, ce qui prend une dimension supplémentaire en période
pubertaire [1]. Les stigmates physiques du cancer exposent au
regard de l’autre une partie douloureuse et intime de lui qu’il ne
reconnaît pas forcément encore comme sienne. Cette part d’intimité,
extériorisée à son corps défendant, peut donner le sentiment d’être
figée par les autres dans une identité qui n’est pas la sienne
[2].
Ne se reconnaissant pas lui-même, il y a rupture de son
sentiment d’identité, entre lui avant et lui maintenant… on voit
les rapports étroits avec les notions de temporalité. Il est donc
important de maintenir des repères de temps et des repères de
logique aux événements qui font l’histoire de la traversée du
cancer. La chronologie peut aider à éprouver une continuité dans
son histoire et donc de son identité.
Les adolescents souffrent beaucoup de l’isolement par rapport à
leurs pairs ; ils n’ont pas à faire face aux mêmes
préoccupations. Cet écart leur donne le sentiment d’être
« différents », ce qui est justement insupportable pour
eux.
La confrontation à sa propre mort possible fait émerger en
l’adolescent malade un savoir impensable par tous les autres. Ce
savoir peut entraîner un changement dans le regard qu’il peut avoir
sur la vie en général et, surtout, un écart entre lui et les
autres. Les autres le supposent différent, transformé par ce
supposé savoir et le dialogue apparaît comme impossible. Chacun est
prisonnier de sa souffrance et le sentiment d’extrême solitude
ressenti par l’adolescent est souvent ce qui fait traumatisme dans
son histoire personnelle.
La sexualité est un sujet rarement abordé au cours de la prise
en charge ; cependant, alors que pour leurs pairs, ce sujet
occupe une place centrale, le fait même de nouer une relation
sentimentale peut paraître irréaliste à la plupart de ces
adolescents atteints par le cancer. Par ailleurs, ils se sentent
souvent indésirables, mal à l’aise dans leur corps. Ceux qui
étaient engagés avant le diagnostic dans une relation se demandent
si leur partenaire reste auprès d’eux par culpabilité ou par
sympathie. Perdus face à la complexité des relations, ces
adolescents peuvent être tentés de garder les amis à distance.
C’est au personnel soignant de rester très attentif à cette place
des « proches importants » qui, hors de la famille, ont
parfois pour l’adolescent une place primordiale et un rôle majeur
sur sa qualité de vie et sur ses prises de décision [3].
En ce qui concerne l’autonomie, chaque adolescent ou jeune
adulte a atteint un degré de maturité différent ; ses
velléités d’indépendance sont amenées à évoluer en fonction des
événements de vie mais aussi au cours de l’évolution de la maladie.
Il en va de même de son statut social, il peut vivre avec ses
parents ou être marié ou encore être parent lui-même. Il peut être
scolarisé ou travailler et être autonome financièrement. Il peut
être raisonnable, responsable et observant, tout comme il peut être
encore « follement » convaincu de son invincibilité.
Les atteintes corporelles telles que l’amputation d’un membre ou
la perte de fonction d’une partie du corps sont fréquentes ;
elles ébranlent la construction identitaire et viennent compliquer,
dans le réel, le difficile parcours vers l’autonomie. Le degré de
dépendance vis-à-vis des parents risque ainsi d’être renforcé,
d’autant plus que le cancer perturbe déjà par ailleurs le
développement émotionnel et social de l’adolescent.
Les adolescents qui affrontent un cancer peuvent paraître mieux
préparés que des enfants du fait de leurs plus grandes capacités
cognitives et émotionnelles ; le cancer peut cependant avoir
pour conséquence d’entraver dangereusement leurs capacités de
représentation et d’intégration du temps chronologique (passé,
présent, futur) et de garder beaucoup de difficulté à se projeter
ensuite dans l’avenir.
Le développement psychique et intellectuel de l’adolescent est
perturbé par l’activation, pourtant nécessaire, d’une série de
mécanismes de défense et de stratégies d’adaptation. En effet,
plusieurs études suggèrent que les adolescents confrontés au cancer
adoptent une série de mécanismes d’adaptation (coping) incluant le
déni adaptatif ou fonctionnel [4]. Ces mécanismes sont
coûteux ; l’importance de leur retentissement sur le
fonctionnement cognitif est fréquemment observable en clinique. Les
difficultés d’attention, de compréhension et les nombreux
« trous de mémoire » ne semblent pas seulement
explicables par le retentissement physique de la maladie et des
traitements. Il est évident que le déni ou le refoulement massif
jouent un rôle protecteur et conséquent face à la réalité crue de
la maladie et aux nombreuses incertitudes angoissantes concernant
l’avenir. Il est ainsi fréquent de voir les adolescents adopter des
positions passives, attentistes et s’interdisant de poser des
questions, comme si, de manière un peu magique, ne pas penser ou ne
pas vouloir savoir les protégeait du pire. Cependant, cet
engourdissement de la pensée, plus ou moins inconscient, s’étend
fréquemment à d’autres champs que celui de la maladie et participe
à la restriction des investissements de l’adolescent, qu’il
s’agisse de scolarité ou de loisirs.
La scolarité ou le travail inscrivent les adolescents à la
fois dans une projection d’eux-mêmes dans le futur et dans une
revendication identitaire. Il est important qu’ils puissent être
préservés car ils peuvent être source de stress ou de culpabilité
s’ils sont suspendus. Cependant, ils peuvent être aussi source de
fatigue, jusqu’à l’épuisement, si l’adolescent tente de tout mener
de front.
Le mot « cancer » est porteur de fantasmes, de
signifiants forts ; il rappelle les souvenirs d’autres cancers
dans l’histoire familiale ou dans l’entourage. Les représentations
que l’on a du cancer et de sa localisation (organes nobles,
sacrés), les idées que l’on se fait des techniques parfois
intrusives d’examens ou de traitements s’ajoutent à la réalité
brutale et intense des signes cliniques et ont un fort impact
sur la qualité de vie [5].
L’impensable fait alors le lit de tous les fantasmes
étiologiques ; les intrications sont étroites avec les
convictions religieuses, les particularités culturelles, mais aussi
le roman familial, la recherche d’une faute, d’une culpabilité
(avec parfois pour l’adolescent un questionnement en lien avec
l’émergence de sa sexualité)… Cette quête a l’effet positif de
permettre une représentation, d’aider à penser… Mais elle peut
laisser place à des théories très approximatives avec le risque
que, devenues dogme, elles s’opposent au savoir médical et aux
soins nécessaires pour trouver refuge dans des pratiques
ésotériques [6].
La terreur immense est inexprimable car non représentable, ce
qui peut mener au mutisme comme à des troubles du comportement
(violence, colère…) : faute d’élaboration, l’enfant se fait
incarnation de l’horrible. La colère, à la mesure de la détresse,
est souvent adressée en premier lieu aux parents (qui n’ont pas su
le protéger) mais l’immense demande d’amour est sous-jacente [7].
Ces modifications comportementales, qu’il s’agisse d’attitudes de
repli ou au contraire de manifestations comportementales bruyantes,
empreintes d’agressivité, fragilisent encore les relations entre
l’adolescent et sa famille. La communication devient plus
difficile, face à cet adolescent que l’on ne reconnaît plus
vraiment et que l’on ne sait plus comment aborder. Or, l’enjeu le
plus important est certainement celui de maintenir la communication
entre l’adolescent malade et sa famille car, si l’adolescent malade
apparaît comme étant le plus objectif par rapport à sa maladie, de
nombreux auteurs, dont Humblet et Lagasse, soulignent à quel point
il est sensible aux réactions de son entourage [8]. La traversée du
cancer est une épreuve dont le caractère traumatique serait plus
lié aux écueils de la relation qu’à la maladie elle-même, quand
l’absence de parole ou de communication avec les proches fait
cruellement défaut, laissant l’adolescent seul et en grande
détresse.
En 1985, Nir est le premier à noter que le posttraumatic stress
disorder ou PTSD est le plus fréquent des diagnostics portés chez
ses patients ayant eu un cancer dans l’enfance ; les symptômes
sont des réminiscences obsédantes, des cauchemars et un sentiment
d’exclusion par rapport à leurs sess.
Le fonctionnement mental et social des parents est un des
facteurs prédictifs important des capacités d’adaptation des
enfants à un stress.
L’équipe de D. Pelcovitz a exploré les liens existant entre
syndrome de stress post-traumatique et fonctionnement familial dans
les familles d’adolescents ayant eu un cancer dans l’enfance. Leur
étude montre qu’un enfant est plus à risque de développer un PTSD
si ses parents présentent de l’anxiété, de la détresse ou des
symptômes de PTSD. La prévalence de PTSD sur la vie est de
35 % pour les adolescents ayant eu un cancer avant l’âge de
18 ans ; 17 % des sujets ayant eu un cancer
répondent au critère de PTSD actuel. Les adolescents qui ont connu
un PTSD à un moment de leur vie ont le sentiment d’avoir une
famille plus désorganisée que ceux qui n’en connaissent pas. Enfin,
83 % des adolescents confrontés au cancer présentant un PTSD à
un moment de leur vie ont une mère qui souffre aussi de PTSD
[9].
Quand vient le temps de la guérison, moment pourtant tant
attendu, un nouveau bouleversement se produit. Le changement est
inquiétant. On sort d’une période d’hyperprotection et de vigilance
accrue, où le temps était suspendu et l’environnement immuable.
Beaucoup de questions restent en suspens et le temps reprend son
cours, confronte à d’autres angoisses, d’autres conflits…
l’adolescence rattrape l’adolescent et sa famille mais les places
dans cette famille sont souvent devenues confuses. Il y a
évidemment la menace d’une rechute… c’est le syndrome de Damoclès.
Il y a l’envie d’oublier, de tourner la page, mais il y a aussi des
attaches et réminiscences : cicatrices, maintien des
consultations de suivi.
Enfin, le cancer resurgit aussi aux moments clés de la vie, des
années plus tard : quand, par exemple, se pose la question du
désir de parentalité et qu’il confronte à la stérilité. Il n’est
pas facile alors de distinguer ce qui incombe au cancer lui-même et
ce qui relève des conflits intrapsychiques non dépassés, car les
deux sont restés figés en mémoire comme étroitement liés [10].
L’adolescent atteint de cancer et sa famille
La notion que la fratrie d’un enfant/adolescent atteint de maladie
grave constitue une population à risque de troubles psychiques est
récente. Depuis a été fait le constat des effets positifs des
interventions de l’équipe soignante auprès des frères et sœurs pour
l’adolescent, sa fratrie et ses parents [6].
Les troubles sont en lien avec les difficultés de la fratrie à
parler de la maladie avec les parents et les soignants. Si la
traversée du cancer bouleverse toute la famille, c’est par la
distance et par l’écart que le cancer provoque : quand la
sensation d’étrangeté, de devenir étranger les uns aux autres
prévaut sur le sentiment d’appartenance à une même famille. Cet
écart naît de ce que la confrontation à la mort a pu amener comme
savoir (inaccessible pour les autres) à l’adolescent malade et que
les autres supposent alors différent. Il résulte aussi de la
transformation du corps. Le dépassement de cet écart passe par la
recherche de la permanence de l’être (ce qui n’a pas changé) pour
permettre la reconnaissance de points communs « à avant »
et entre membres de la même famille. Cela introduit les processus
d’identification puis de différenciation… Quête identitaire au-delà
de l’univers aliénant du cancer, au-delà de l’étiquette de
« cancéreux » pour l’un, mais aussi de celle de
« frère de cancéreux » pour l’autre. C’est une quête
au-delà du corps et jusqu’à la quintessence exprimée dans les
créations artistiques. C’est ce que D. Oppenheim appelle
« le travail de la beauté » et qui donne à l’adolescent
la possibilité de se reconnaître, de témoigner d’une expérience
subjective et de passer à la postérité (dans sa trace laissée au
monde) [11].
La maladie entraîne donc des troubles parfois durables sur les
frères et sœurs. Au sein des fratries d’enfants atteints de cancer,
on retrouve une augmentation de la prévalence de conduites à
risque, de somatisations, de problèmes psychologiques, de
surconsommation médicale et de difficultés scolaires, par rapport à
une population témoin. [8] Les difficultés scolaires s’expliquent,
pour la fratrie comme pour l’adolescent malade, par un rapport au
savoir fortement entravé par le déni, le refoulement et le
traumatisme. Les défenses psychiques mobilisées pendant la
traversée du cancer ont des conséquences sur les facultés
d’apprentissage et scolaires [6].
Les différents modes d’expression possibles des troubles
psychologiques présentés par la fratrie sont nombreux :
éléments dépressifs, préoccupations hypocondriaques, somatisations,
conflits avec les parents. Les sentiments de la fratrie sont les
réponses aux adaptations de la famille lorsqu’un enfant requiert
plus de temps, d’attention et de soins : colère, ressentiment,
sentiment d’abandon, baisse de l’estime de soi, mais aussi
culpabilité, craintes quant à l’origine de la maladie (fantasmes
étiologiques de contamination, de mort souhaitée...), les
problématiques variant en fonction des âges des frères et sœurs de
l’enfant ou de l’adolescent malade.
Pour les plus jeunes, enfants ou préadolescents, se pose la
question de leur place par rapport au frère malade avec,
fréquemment, un sentiment d’abandon, d’injustice allant parfois
jusqu’à l’isolement, mais aussi souvent une sensation de
vulnérabilité face à l’effraction que représente le cancer dans
l’univers protégé et d’insouciance de l’enfance et contre lequel
leurs parents semblent ne rien pouvoir. Le cancer devient le maître
du je(u).
Pour les adolescents entre 14 et 19 ans, c’est plus la
question de leur place dans la famille, par rapport aux parents
déchus de leur toute-puissance jadis supposée que l’adolescence
amène à attaquer pour s’individualiser. La fragilité des parents
menace la possibilité même de leur crise d’adolescence… Celle-ci
est souvent sacrifiée (à leurs parents plus qu’au frère malade)
mais c’est aussi parfois pour eux-mêmes un soulagement. C’est le
leurre de ce que la confrontation à la maladie pourrait se
substituer aux conflits de l’adolescence. Encore plus grave
parfois, l’illusion que le frère a déjà payé pour tous peut amener
des transgressions, des conduites à risque (comme si tout était à
présent permis) ou des velléités de revanche, de justiciers
[6].
L’adaptation de la fratrie est fonction des personnalités
préexistantes [8]. Elle est également corrélée à l’adaptation des
parents et aux capacités de communication intrafamiliale. Elle se
révèle meilleure en l’absence de dépression maternelle. La qualité
de l’information transmise à la famille au sujet de la maladie joue
également un rôle important.
En cas de décès, il faudrait pouvoir accompagner la fratrie dans
le travail du deuil pour lui permettre de réaliser le travail de
subjectivation nécessaire qu’est celui du temps de l’adolescence.
La réussite de ce dépassement est liée aussi à la santé psychique
et aux ressources des parents.
Les parents souhaitent prendre une part active aux décisions et
être les plus présents possibles à l’hôpital, mais il faut tenir
compte du risque d’épuisement, des problèmes d’organisation
pratique pour le reste de la fratrie, pour le travail… [8].
Au cours de la maladie, le couple parental est en péril et
risque d’éclater. Les parents, culpabilisés par la représentation
de leur désir de parentalité comme une transgression faite à leurs
propres parents, peuvent penser en être punis par la mort de leur
enfant. La mise en question de ce désir peut les conduire à une
tentation d’annulation (par un divorce, une séparation) de ce
qu’ils pensent être l’origine de la maladie de l’enfant.
La souffrance des parents en lien avec cette culpabilité peut
mener à des réactions pathologiques telles que le déni de la
maladie, l’hyperprotection, l’effondrement narcissique, le repli
familial autarcique, le deuil anticipé, la démission, l’enfant de
remplacement en cas de décès. Souvent le manque d’informations
ressenti et l’angoisse qui lui est liée amènent ces parents à de
véritables passages à l’acte. Convaincus que leurs enfants sont mal
traités, ils se retrouvent dans une telle détresse qu’ils ne
peuvent intervenir « qu’en les retirant » des mains d’une
équipe perçue comme incompétente ou dangereuse. Dans ces moments,
la préoccupation naturelle des parents pour leurs enfants supplante
toute considération sur l’âge et la responsabilité de leur enfant
car il y a un sentiment d’urgence, d’assistance nécessaire. Les
patients peuvent ainsi se retrouver dépossédés de leurs droits à
choisir. Si l’intervention de ces parents est compréhensible, leurs
prises de position sont discutables ; il est important de
rester attentif aux souhaits de la personne la plus concernée
[12].
Colette Pericchi, citée dans le rapport belge l’Enfant malade
[8], décrit bien comment peuvent coexister, notamment chez les
parents, des sentiments opposés à l’égard de l’enfant malade :
« le sentiment de culpabilité est très présent lorsque la
cause de la maladie est inconnue, notamment chez les
mères » ; cependant, « il arrive, en effet, plus
particulièrement pour la mère, d’en vouloir à son enfant d’être
tombé malade ».
Dans le cas des soins à domicile, la situation est très
fragilisante pour la famille, le plus souvent pour les mères qui
sont alors confrontées aux soins avec la peur de mal faire et qui
sacrifient leur rôle social et leur épanouissement personnel. Elles
sont plus à risque de dépression et peuvent aller jusqu’à douter de
leurs capacités maternelles… Il est nécessaire de prévoir aide et
assistance à domicile qui rassurent mais qui peuvent aussi être
ressenties comme intrusives. Des situations d’épuisement ont pu
conduire à des cas de négligence physique, affective, éducative,
médicale [8].
Les études mettent en avant des relations difficiles entre le
père et son enfant malade. Chez le père, le sentiment de ne pas
pouvoir assumer son rôle auprès de son enfant est souvent mis en
avant, ce qui a trop souvent pour conséquence qu’il s’éloigne de
son enfant [8].
Enfin, il n’est pas rare que s’installe aussi une confusion
transgénérationnelle lorsque les parents sont secondés, voire
remplacés, par les grands-parents ou la fratrie [6].
Relations entre l’adolescent, la famille et les soignants
Alors que leurs enfants entrent dans l’âge adulte, les parents sont
censés alléger le contrôle jusqu’alors exercé, de même que leur
implication dans les domaines de la santé et des consultations
médicales. C’est ce qui se passe en général mais, dans le cadre du
cancer avec une menace pour la vie de leur enfant, l’angoisse est
immense.
Il est déjà dur, pour ces parents, de trouver la juste distance
entre eux et leurs enfants dans de telles circonstances. Ils
doivent de plus ménager un espace pour le tiers médical. La
présence des parents peut majorer le niveau de stress des
soignants, diminuer l’efficacité des soins et peut être
consommatrice de plus de temps. Les soignants peuvent aussi être
confrontés au sentiment de rivalité avec certaines familles qui,
face au savoir supposé des médecins, se sentent démunies, peu ou
mal informées, voire même dépossédées, de leur enfant, de leur
cancer et de leur combat [8]. La transmission d’une information
claire et adaptée est indispensable pour une bonne relation
parents-soignants.
Mais comment proposer une annonce diagnostique de manière la
plus humaine possible, en s’appuyant sur l’étayage le plus souvent
bénéfique des proches, tout en respectant le cadre de
confidentialité et en intégrant les relations complexes et
particulières qu’il peut y avoir entre parents et enfants devenus
adultes ? Il semble primordial qu’une entente claire soit
établie auprès des patients, de leurs proches et de l’équipe
médicale dès les premiers temps de la prise en charge. Cette
rencontre précoce devra préciser comment informations et décisions
seront partagées. Cela reste difficile à réaliser car le besoin de
soutien ou d’indépendance varie en fonction des étapes de la vie
tout comme avec les étapes de la maladie. Si les parents se sentent
exclus ou mal informés quant à la prise en charge médicale de leur
enfant, cela risque de nourrir des sentiments de
« désaide » et de frustration très importants.
Une autre des questions soulevées concerne la capacité
décisionnelle de ces jeunes adultes qui, bien que techniquement
responsables, peuvent avoir le sentiment de manquer d’expérience et
de maturité pour comprendre seuls de telles informations puis
décider seuls des options de leurs traitements. L’impression de
confusion ne peut qu’aggraver la détresse déjà ressentie.
Par ailleurs, une fois confrontée à leur impuissance face à la
maladie, les parents ressentent le besoin de se rassurer en
vérifiant que les professionnels ont une idée claire du plan
d’action qu’ils vont pouvoir appliquer de manière prévisible et
efficace. Il faut pouvoir assurer une bonne coordination au sein du
service et avec le réseau de soins ambulatoire afin d’éviter le
risque d’errance médicale des parents.
En parallèle des questions concernant la prise en charge de la
maladie, il paraît important que les soignants témoignent de leurs
préoccupations aussi dans les secteurs socioprofessionnels, comme
les conséquences sur la passation d’un examen par exemple. Outre
l’aspect rassurant de bienveillance, ces préoccupations permettent
de soutenir l’identité du sujet et de sa famille, ce qui, à cette
étape de la vie, constitue un objectif éthique important.
L’identité du sujet tout entière doit être considérée, à travers
ses liens avec sa famille mais aussi dans son inscription au monde
extérieur (en dehors de sa famille).
En conclusion, « tout ce qui peut permettre à ces jeunes
adultes de se sentir mieux a également un impact bénéfique sur
leurs proches et leur permet de vivre l’épreuve de la maladie plus
facilement » [12].
Pistes thérapeutiques
Soutenir la relation intrafamiliale, c’est d’abord permettre aux
membres d’une même famille de partager des moments privilégiés,
même pendant une hospitalisation.
Le maintien de repères spatiotemporels (décoration de la
chambre, objets personnels, calendriers, journaux, télé,
transmission des événements du quotidien de la fratrie…) paraît
essentiel pour la persistance du sentiment de continuité et
d’identité de l’adolescent. Par ailleurs, ces informations,
échangeables avec des tiers, sont aussi une ouverture pour le
dialogue.
Il faudrait pouvoir aider l’adolescent, mais aussi ses proches à
remettre des mots sur les émotions, à les différencier.
Dépister les handicaps physiques, anticiper leurs conséquences
et réfléchir aux moyens de les surmonter sont des attitudes
soignantes qui aident à préserver le sentiment d’identité, le
narcissisme et inscrivent l’adolescent malade dans une
temporalité.
Le recours aux arts plastiques est un moyen de se déprendre de
l’emprise du cancer, la création permettant une affirmation
identitaire, un étayage narcissique, la garantie d’une trace
laissée de son passage au monde [11].
Des hospitalisations programmées auraient moins de conséquences
nocives au niveau psychologique et sont donc préconisées.
Les soignants sont en devoir de délivrer des informations
claires par rapport à la maladie, adaptées à chacun, avec la
possibilité de recourir, si besoin, à des supports tels que livres,
bandes dessinées, films…
Un rapport belge souligne l’importance du jeu dans la relation à
l’hôpital entre enfants et soignants. L’Institut du clown
relationnel à Liège propose de former des soignants à la pratique
de la clown-thérapie. Cette approche donnerait un rôle plus actif à
l’enfant. Il n’y a pas de commentaire sur la pertinence de son
utilisation chez l’adolescent. Le vécu des soignants serait
également amélioré par l’utilisation de la technique du clown
relationnel. Cette démarche est à distinguer de l’intervention de
clowns professionnels au sein des unités.
Une personne de l’équipe devrait être choisie pour centraliser
les informations, des brochures indiquant les démarches à faire,
les personnes à contacter, les associations de parents et une
information sur la vie pratique à l’hôpital.
La réalisation d’un cahier de sortie contenant les informations
pratiques nécessaires aux soins ambulatoires permettrait une
meilleure coordination des soins et rassurerait les parents.
La formation d’un groupe de travail et de réflexion réunissant
parents, soignants, responsables administratifs et personnes
extérieures est recommandée, afin de discuter de la place des
parents à l’hôpital, des aménagements des infrastructures, du rôle
des psychologues, de la continuité des soins et de l’accompagnement
au deuil.
Enfin, au niveau administratif, il faudrait pouvoir alléger le
système (délais de remboursement, répétitions de petits problèmes
pratiques aux conséquences financières parfois importantes) et
aider les parents à mieux estimer le coût réel de la maladie
[8].
Parce que le diagnostic de la maladie intervient en des moments
différents du développement pour chacun, les conséquences du cancer
et de son traitement sont difficiles à déterminer et à prévoir. Il
faut donc être attentif à chacun de ces besoins, qu’ils soient
exprimés ou non, afin de prévenir les conséquences éventuelles sur
le développement des adolescents.
Les modalités de traitement doivent pouvoir s’adapter pour
permettre à ces adolescents de maintenir leur développement et de
soutenir leur évolution personnelle et sociale. Des aménagements,
certes raisonnables, peuvent être réalisés afin que traitement et
réalisation personnelle (scolaire, affective et sociale) soient
conciliables [3].
Conclusion, synthèse et recommandations
Pour une meilleure qualité de vie lors des soins
Il devrait pouvoir être proposé des soins et un règlement intérieur
s’adaptant aux rythmes et problématiques des
adolescents (horaires plus flexibles, lieux de détente et
d’échanges) tout en respectant leur intimité.
Le cadre devrait pouvoir être agréable, clair, spacieux,
fonctionnel avec possibilité de personnalisation (décoration) des
chambres par les adolescents. Les unités de petite taille
contribueraient à recréer une ambiance plus chaleureuse et seraient
plus susceptibles de préserver un quotidien proche de la
normalité.
Le lieu d’hospitalisation doit être accessible à la famille et
aux amis. Les proches ont aussi besoin de sentir que des lieux ont
été pensés pour eux.
Le maintien d’un lien avec l’extérieur est essentiel : les
actualités (support journal, magazines, télévision, internet…) sont
des repères chronologiques et socioculturels importants, mais aussi
un support d’échanges. Des salles prévues à cet effet pourraient
contenir le matériel multimédia nécessaire.
Les projets soutenus par les adolescents eux-mêmes au sein de
l’hôpital, comme l’organisation de soirées par exemple, contribuent
à une dynamique de groupe et au partage (même ponctuel) de moments
d’intimité entre pairs. Toutefois, l’inscription dans un groupe
d’adolescents malades rencontre forcément des résistances, qui sont
d’ailleurs à respecter. S’il est difficile d’inciter ces
adolescents à partager des activités, il apparaît pourtant
bénéfique de favoriser ces élans de groupe spontanés.
Les activités créatrices peuvent être proposées par des
éducateurs du service ou s’inscrire dans des ateliers
thérapeutiques, dans l’optique de soutenir le dialogue entre les
adolescents et les soignants ou dans le cadre de thérapies
médiatisées. Cependant, l’intervention de tiers extérieurs est à
promouvoir également. Des associations d’étudiants, de bénévoles
mais aussi des personnalités telles que des sportifs ou des
artistes donnent l’occasion à ces adolescents, non seulement de
vivre des moments d’exception, mais aussi de stimuler leur intérêt
pour le monde extérieur. L’organisation de projets de sortie à
l’extérieur de l’hôpital semblerait les impliquer davantage.
Enfin, au cours de leurs hospitalisations, les adolescents ont
besoin d’avoir la possibilité d’observer les mêmes pratiques
religieuses qu’à la maison (accès aux représentants de chaque
culte, possibilité de poursuivre un régime alimentaire particulier,
etc.).
Le temps du soin
Malgré les impératifs liés à la pathologie et à l’échéancier d’une
ligne de traitement, il convient de mettre tout en œuvre pour
s’adapter à d’éventuels impératifs importants pour l’adolescent,
tels que des examens scolaires, des fêtes familiales…
Afin de permettre aux adolescents et à leurs familles de
s’organiser, les hospitalisations doivent être prévues à l’avance
dans la mesure du possible.
Le caractère particulier du cancer et du risque de récidive
présent dans l’esprit de chacun donne un caractère flou au temps du
traitement. Les soignants doivent s’efforcer de rester disponibles
pour recevoir les patients ou leurs familles, cela même une fois le
traitement terminé et le temps de la surveillance dépassé. Parfois,
il y a des questions extra-médicales, ce qui témoigne de l’attente
d’une implication globale des soignants. Cependant, le lien avec
des équipes adultes est parfois utile pour permettre d’accompagner
l’évolution personnelle des patients vers l’âge adulte (hors
service de pédiatrie).
Le contrat de soin
L’accord de l’adolescent pour ses soins ne va pas de soi. Pour
beaucoup d’entre eux, la maladie évolue discrètement et les gêne
peu, alors que les traitements proposés sont contraignants avec des
effets secondaires importants et visibles par tous. Il convient
donc de travailler l’alliance thérapeutique en respectant
l’adolescent comme un sujet, un adulte en devenir, en l’impliquant
dans les choix de manière adaptée et en lui laissant la marge de
manœuvre, d’opposition et de négociation dont il a besoin.
Dès le début de la prise en charge, il est important de définir
avec l’adolescent et ses parents (en fonction des aptitudes
intellectuelles et affectives de l’adolescent et de la place
qu’occupent ses proches dans sa vie) la part d’information qui sera
délivrée à chacun, la place de chacun pour les décisions, même si
celles-ci peuvent évoluer au cours de la maladie et du
traitement.
L’équipe soignante
La prise en charge d’une pathologie tumorale, quel que soit l’âge,
requiert la participation de nombreux intervenants. Elle est
multidisciplinaire et nécessite des discussions en équipe.
Cependant, il est impératif pour l’adolescent que ses
interlocuteurs soient clairement identifiés. La désignation d’un
référent médical est fortement recommandée.
L’information sur la maladie, les traitements et leurs effets
secondaires doit être claire et adaptée. Elle peut se soutenir de
supports écrits mais doit se faire aussi oralement.
Quand il y a un relais vers des soins en ambulatoire, le temps
du lien est important. Pour l’adolescent, comme pour ses parents,
le sentiment d’une bonne coordination des différentes équipes qui
interviennent auprès de lui est essentiel. Des cahiers de sortie,
contenant les transmissions nécessaires pour les soins, pourraient
formaliser ce lien et avoir ainsi un effet rassurant.
La prise en charge de la douleur peut se faire par une équipe
spécialisée extérieure au service.
Afin, de préserver au maximum l’autonomie fonctionnelle des
patients, les kinésithérapeutes et prothésistes seront souvent
sollicités.
Les recours aux conseils d’une diététicienne sont à la fois
indispensables (du fait des traitements gênant l’alimentation par
la perte de l’appétit ou à cause de lésions des muqueuses buccales)
et rassurants pour les adolescents (maintien d’un schéma corporel
stable) et leurs familles (comment poursuivre une alimentation
correcte à la maison).
La présence d’une esthéticienne semble être très appréciée des
adolescents, elle les aide à « apprivoiser » leurs corps
et à avoir une meilleure image d’eux-mêmes.
Pour une prise en charge globale, respectant l’identité de
chaque adolescent, l’équipe soignante doit aussi veiller à intégrer
des professionnels de l’Éducation nationale pour la poursuite de
l’investissement scolaire.
Soutenir la relation d’aide
Toute l’équipe doit pouvoir prêter une grande attention aux
variations d’humeur et de caractère que peuvent présenter les
adolescents. S’il n’est pas facile pour eux de partager leurs
préoccupations spontanément, c’est que le recours au dialogue n’est
pas toujours possible. Pour pouvoir offrir une écoute attentive, il
faut tout d’abord favoriser des moments privilégiés. C’est souvent
avec l’équipe de nuit que les échanges se font plus sincères, plus
intimes. Le recours à des supports de verbalisation comme des
activités ludiques ou créatrices est une pratique reconnue et
fréquemment utilisée.
Des psychothérapies individuelles peuvent être proposées ;
si elles ne peuvent être mises en place de manière imposée, il est
possible de rendre leur accès plus facile par des rencontres
systématiques précoces pour des présentations, puis des rencontres
informelles, tout en permettant aux adolescents de se saisir
davantage de ces espaces s’ils le souhaitent.
D’autres soutiens, comme des psychothérapies de groupe et/ou des
groupes de parole ont leurs places au sein de services qui
s’occupent d’adolescents malades.
Les groupes de parole pour les adolescents guéris (de manière
spécifique et/ou mêlé à des adolescents en cours de traitement)
pourraient leur permettre de revisiter cette expérience traumatique
commune, en s’étayant mutuellement, et de partager les difficultés
qu’ils ont rencontrées après leur guérison.
Les soignants ne doivent pas être laissés pour compte ; il
est indispensable de prévoir un espace de parole pour permettre à
chaque membre de l’équipe de partager ses expériences difficiles et
ses doutes, afin qu’il puisse rester disponible, dans la durée,
auprès des malades, sans s’épuiser psychologiquement. Il s’agit là
aussi de donner aux soignants l’impression qu’ils améliorent sans
cesse la qualité des soins.
Pour un meilleur soutien de la famille
Pour aider au mieux les proches d’un adolescent malade, il faut
tout d’abord essayer de les soulager de toutes les préoccupations
matérielles inhérentes aux bouleversements que le cancer a pu
provoquer dans l’organisation du quotidien.
Le rôle de l’assistante sociale est d’aider les parents à faire
face à toutes les démarches, de les informer de leurs droits, des
aides financières sur lesquelles ils peuvent compter, des
possibilités d’aménagement de leur temps de travail, de l’existence
de travailleurs sociaux pour la fratrie si nécessaire, etc. Ces
informations peuvent être regroupées sur des plaquettes.
Pour les personnes confrontées à la barrière de la langue, il
est indispensable de disposer d’un réseau de traducteurs.
Au sein du service, une personne pourrait également centraliser
les informations concernant la maladie, les traitements, les
différents examens, les soins techniques, les conseils pratiques
pour une meilleure organisation à la maison… Cela permet aussi aux
patients d’avoir d’autres interlocuteurs que des médecins et de
pouvoir entendre à nouveau les mêmes informations présentées de
manière différente.
Pour les parents et la fratrie, des supports éducatifs peuvent
être transmis après avoir été commentés (livrets d’informations sur
la maladie, vidéos, bandes dessinées…).
Lors des hospitalisations, l’adolescent a besoin de la présence
de ses proches ; un lieu d’hébergement à proximité du service
(et pas forcément dans la chambre de l’adolescent) permettrait de
répondre à ce besoin tout en préservant son intimité et ses
velléités d’indépendance. Par ailleurs, il faudrait pouvoir penser
un lieu d’accueil pour la fratrie si les parents ne peuvent pas
faire autrement que de les amener à l’hôpital alors que leur
présence n’est pas opportune (temps d’entretien médical ou
nécessité de respecter des consignes par rapport à un risque
infectieux…).
Cette prise en charge pratique dans la réalité matérielle semble
être un prérequis essentiel pour pouvoir ensuite proposer aux
parents et aux frères et sœurs une aide psychologique. Celle-ci
peut se faire sous différentes formes et il convient d’évaluer pour
chaque personne le soutien qui est le plus pertinent et celui
qu’elle souhaite recevoir. La possibilité de choisir
l’interlocuteur paraît indispensable, c’est pourquoi la présence
d’au moins deux thérapeutes bien différenciés (homme/femme,
jeune/plus âgés, psychiatre/psychologue...) est préconisée. Si la
proposition d’aide et les dispositifs existants doivent être
systématiquement présentées, il n’est pas envisageable de leur
conférer un caractère obligatoire.
Des entretiens psychothérapeutiques peuvent être proposés à
chacun des membres de la famille d’un adolescent suivi dans le
service, de manière individuelle ou familiale.
Des groupes de paroles réunissant plusieurs familles, plusieurs
parents, plusieurs fratries peuvent être animés par des
professionnels.
Parfois, seules des entrevues à caractère informel sont
acceptables par l’entourage ; elles peuvent être néanmoins
très étayantes.
Le but de ce soutien est de permettre à l’adolescent malade et à
ses proches de verbaliser les émotions et de renouer le dialogue,
afin d’éviter qu’il reste prisonnier de sa souffrance.
Lorsqu’il est question de soins palliatifs, il est important de
soutenir les parents et de les aider à aborder avec leur enfant la
confrontation à une mort possible.
Enfin, ce soutien doit pouvoir être proposé également de manière
plus spécifique quand le temps de la guérison est venu puisque
d’autres difficultés émergent souvent à cette période.
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