ARTICLE
Auteur(s) : Laurent
Labrèze1, Florence Dixmérias-Iskandar1,
Dominique Monnin1, Emmanuel Bussières2,
Évelyne Delahaye3, Dominique Bernard4,
Fabrice Lakdja1
1Départements d’anesthésie-réanimation-douleur,
Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux
Cedex
2Chirurgie, Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne,
33076 Bordeaux Cedex
3Psychologie, Institut Bergonié, 229, cours de
l’Argonne, 33076 Bordeaux Cedex
4Kinésithérapeute, 82 avenue de la République, 33200
Bordeaux
Article reçu le 25 Octobre 2006, accepté le 29 Novembre 2006
Un groupe multidisciplinaire d’experts a revu les données
scientifiques disponibles sur le syndrome douloureux
post-mastectomie (SDPM). Après sélection et analyse critique des
articles, il propose des recommandations sur la prise en charge de
cette pathologie, fondées sur des preuves scientifiques ou sur un
accord d’experts.
Méthodologie
Nous avons donc recherché les meilleures preuves scientifiques au
moment de leur rédaction (best available evidence) :
méta-analyses, essais randomisés ou études non randomisées. Lorsque
les preuves font défaut, le jugement est fondé sur l’empirisme.
La recherche a été faite via Pubmed sur les mots clés :
postmastectomy pain syndrome, postaxillary dissection pain
syndrome, intercostobracchial nerve lesion, post breast therapy
breast syndrome, postlumpectomy pain in breast cancer, acute and
chronic pain after breast surgery.
Le niveau de preuve est fonction du type et de la qualité des
études disponibles ainsi que de la cohérence des
résultats :
- – niveau A : il existe une ou des méta-analyses
« de bonne qualité » ou plusieurs essais randomisés
« de bonne qualité » dont les résultats sont
cohérents ;
- – niveau B : il existe des preuves « de
qualité correcte » : essais randomisés (B1) ou études
prospectives ou rétrospectives (B2). Les résultats de ces études
sont cohérents dans l’ensemble ;
- – niveau C : les études disponibles sont
critiquables d’un point de vue méthodologique ou leurs résultats ne
sont pas cohérents dans l’ensemble ;
- – niveau D : il n’existe pas de données ou
seulement des séries de cas ;
- – accord d’experts : il n’existe pas de données
pour la méthode concernée mais l’ensemble des experts est
unanime.
Résultats
Définition
La chirurgie du sein peut entraîner des douleurs chroniques
séquellaires regroupant, d’après l’International Association of
Study of Pain (IASP), les douleurs aiguës postopératoires, les
douleurs du sein fantôme et le syndrome douloureux post-mastectomie
(SDPM) ou syndrome post-dissection axillaire. Le SDPM entre dans le
cadre des douleurs neuropathiques. Il a été décrit par l’IASP [1]
comme « une douleur chronique débutant immédiatement ou
précocement après une mastectomie ou une tumorectomie affectant le
thorax antérieur, l’aisselle et/ou le bras dans sa moitié
supérieure » (niveau A).
Prévalence
Dans une étude rétrospective de cohorte de mastectomies sur une
période de 6 ans [2], la prévalence de douleurs persistantes
après mastectomie était de 26 % dans un sous-groupe de femmes
de plus de 70 ans et de 65 % dans un sous-groupe de
femmes âgées de 30 à 49 ans (niveau B2).
Smith et al. [3], en 1995, retrouvent dans une cohorte de 95
femmes ayant eu une chirurgie mammaire réparties sur 16 sites
différents une prévalence globale du SDPM de 20 % (niveau
B2).
Wallace et al., en 1996 [4], retrouvent une incidence de
31 % de douleurs post-mastectomies et 49 % de douleurs
post-mastectomies associées à une reconstruction immédiate (niveau
B2).
Amichetti et Caffo [5] retrouvent, dans une étude rétrospective
de 324 femmes mastectomisées et ayant été traitées par
radiothérapie, une incidence globale de 43 % (niveau B2).
Caffo et al. [6] retrouvent 39,7 % de SDPM chez 529 femmes
opérées (tableau 1).
D’après l’Institut de veille sanitaire, 45 413 mastectomies ont
été réalisées en 1997. On peut compter en 2004 sur environ 50 000
interventions et donc entre 10 000 et 15 000 SDPM en France
(accord d’experts).
Tableau 1 Prévalence des syndromes douloureux
post-mastectomie pour cinq études de 1995 à 2003
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Étude
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Critères
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Incidence
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Smith [2]
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- Mastectomie < 50 ans
- Mastectomie > 70 ans
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Stevens [3]
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Mastectomie
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20 %
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Wallace [4]
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- Mastectomie
- Mastectomie + reconstruction
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Amichetti [5]
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Chirurgie pour cancer du sein
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43 %
|
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Caffo [6]
|
Tumorectomie ou mastectomie
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39,7 %
|
Physiopathologie
L’explication physiopathologique la plus communément admise du SDPM
est une atteinte du deuxième nerf intercostobrachial lors de la
chirurgie mammaire avec curage axillaire [3-7] (niveau B2) (figure 1).
Le respect de ce nerf en peropératoire n’évite pas la survenue
du syndrome dans certaines études [8-10] (niveau B1).
L’ablation du ganglion sentinelle seul limiterait
significativement la survenue du syndrome [11, 12] (niveau A).
L’atteinte multiple nerveuse peut être également secondaire à
une ischémie, une compression [13], une dissection, un lymphœdème,
une fibrose radique [5] (niveau C).
Le névrome du nerf intercostobrachial est incriminé dans peu
d’études [10] (niveau C).
Facteurs de risques
Plusieurs facteurs semblent corrélés à une augmentation du risque
de SDPM :
Facteurs sociologiques
Les jeunes femmes sont statistiquement plus touchées que les plus
âgées [4] (niveau B2). Les résultats des recherches examinant l’âge
comme facteur de risque de douleur chronique à la suite d’une
opération chirurgicale d’un cancer du sein sont inconsistants. Si
certaines études suggèrent que les jeunes patientes sont plus à
risque [4, 11], d’autres, en revanche, ne trouvent aucune relation
entre l’âge et la douleur après un traitement chirurgical du cancer
du sein [14].
Plusieurs études épidémiologiques ont montré qu’un faible niveau
socio-éducatif était associé à une prévalence plus importante des
douleurs chroniques [15], à une intensité plus forte de la douleur
[16] ainsi qu’à une symptomatologie dépressive [17].
En dehors du rôle que peut jouer la présence d’un conjoint dans
les mécanismes de conditionnement du comportement douloureux, peu
d’études ont examiné l’influence du statut marital sur l’ajustement
à la douleur chronique. Averill et al. [17] notent l’effet
apparemment protecteur de la vie en couple. En effet, les sujets
célibataires présentent les symptômes dépressifs les plus marqués.
Il semble que les sujets mariés (ou vivant maritalement) puissent
bénéficier d’un soutien émotionnel apporté par leur partenaire.
Facteurs psychologiques
L’anxiété trait, l’anxiété état (désignant un ensemble de
cognitions et d’affects momentanés induits par une situation
menaçante) et l’utilisation de stratégies de type auto-accusation
élevés en préopératoire sont corrélées à un risque de survenue plus
élevé de SPDM postopératoire [18] (niveau B2).
D’autres traits psychologiques sont en cours d’études et ne
peuvent pour l’instant pas faire l’objet de recommandations :
détresse émotionnelle, névrososme, alexithymie…
Facteurs physiques et techniques
L’augmentation de l’index de masse corporelle semble être un
facteur péjoratif [4] (niveau B2).
Plus la taille tumorale est grande plus le risque de développer
en SDPM s’accroît [11] (niveau B2).
La mauvaise technique chirurgicale est corrélée à un risque plus
élevé [4, 16] (niveau B1).
Le développement des techniques de ganglion sentinelle semble
diminuer le risque de SDPM [11, 12] (niveau B2).
Le type de chirurgie ne semble pas corrélé avec l’incidence des
SDPM [6] que ce soit les tumorectomies ou les mastectomies
radicales (niveau B2).
Les reconstructions mammaires immédiates semblent être corrélées
avec une incidence plus importante de SDPM [4]. Mais l’étude de
Caffo et al. [6], plus récente, donne des résultats non
significatifs (niveau B2).
Plus le nombre de ganglions envahis est élevé, plus le risque
augmente [4, 16] (niveau B2).
Une chimiothérapie et/ou une radiothérapie augmentent le risque
[4, 11] (niveau B2).
Infections et saignements ou lymphocèles augmentent le risque
[11, 19] (niveau B2).
La mauvaise prise en charge de la douleur aiguë postopératoire
fait le lit des douleurs séquellaires et chroniques [20, 21]
(niveau B1).
Certains facteurs postopératoires immédiats semblent influencer
la survenue d’un SDPM [22, 23] (niveau C) (tableau 2).
Tableau 2 Facteurs postopératoires immédiats
pouvant influencer la survenue d’un syndromes douloureux
post-mastectomie. D’après Carpenter [22] et Warmuth [23]
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Facteurs aggravants
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Facteurs limitants
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62 % sur-utilisation du bras
|
51 % médications
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59 % massage forcé du bras
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49 % repos
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42 % étirement
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46 % chaud
|
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38 % mouvements brusques
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22 % exercice
|
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16 % froid
|
19 % massage, bas de contention, clinostatisme
|
|
14 % habillage, temps-météorologie, stress, sudation
|
11 % alcool, prière
|
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13 % toux
|
3 % glace
|
|
11 % manque de mouvement, pression sur le bras, station debout
prolongée
|
|
Diagnostic
Le diagnostic du SDPM repose sur l’examen clinique. Les critères
ont été décrits en 1989 par Watson [24] (niveau A) :
- – absence de maladie récurrente locale, après
élimination des autres causes de douleurs
post-mastectomie ;
- – présence de douleurs à type de dysesthésies
ipsilatérales à la mastectomie localisée à la région thoracique
et/ou à la région axillaire et/ou à la partie supérieure et
antéro-interne du bras ;
- – persistance depuis 3 mois ;
- – allodynies à l’examen clinique et/ou hyperesthésie
et/ou paresthésies.
L’interrogatoire et l’examen clinique doivent être soigneux. La
douleur débute immédiatement ou à distance de l’intervention et
persiste sans prise en charge. Typiquement on retrouve les
composants d’une douleur neuropathique pure :
- – douleur spontanée et permanente thoracique antérieure,
du creux axillaire et du membre supérieur homolatéral, souvent
décrites comme des brûlures associées à des coups
d’aiguilles ;
- – douleurs paroxystiques, en éclairs ou à type de
décharge électrique ;
- – douleur provoquée : l’allodynie mécanique ou
thermique centrée sur le creux axillaire est l’un des critères
importants de Watson. Une ou plusieurs zones gâchettes du creux
axillaire, de la paroi antérolatérale du thorax peuvent être
retrouvées ;
- – déficit sensitif : on retrouve souvent une
anesthésie ou une hypoesthésie de la région tricipitale et une
hyperesthésie à la pression du deuxième espace intercostal
homolatéral.
Évaluation
La démarche d’évaluation doit être globale et systématique [25]. Le
SOR douleur, mis à jour en 2003, chez les patients communicants de
plus de 6 ans, précise en standard pour les douleurs
neuropathiques que la démarche d’évaluation doit comprendre (accord
d’experts) :
- – un entretien « ouvert »,
- – un entretien « semi-directif » centré sur
l’évaluation des composantes de la douleur et sur les symptômes de
la maladie,
- – une liste exhaustive des différentes douleurs,
- – la caractérisation séparée de chacune des douleurs, en
intensité, localisation et type. Une échelle d’auto-évaluation doit
être utilisée pour caractériser l’intensité de la douleur,
- – le profil évolutif de la douleur (accès
douloureux),
- – une analyse des composantes psychoaffectives,
- – une liste des traitements reçus, de leur modalité
d’administration, de leurs effets indésirables et de leur
efficacité,
- – un examen clinique approfondi.
Les échelles EVA, EVS et EN peuvent être utilisées [25].
D’autres questionnaires validés de diagnostic et d’évaluation de
douleur neuropathique existent et peuvent être utilisés, en
particulier le DN4 [26-29] (niveau B2).
Recourir à un spécialiste de la douleur en cas d’analyse
complexe ou de résistance à un traitement ne peut être que
recommandé [25] (niveau A).
Bilan préthérapeutique
Aucun examen n’est justifié devant un tableau typique de SDPM
regroupant tous les critères diagnostiques (niveau A).
Il convient de prescrire des examens paracliniques en fonction
de leurs intérêts et de leurs caractères invasifs [25] (accord
d’experts). Les examens complémentaires ne sont justifiés qu’en cas
de doute diagnostique [30, 31], en particulier pour
éliminer :
- – compression plexique, hématome axillaire, lymphocèle,
infection locale,
- – récidive locale ou locorégionale ganglionnaire,
- – névralgie cervicobrachiale.
Moyens thérapeutiques
Médicaments
Antidépresseurs
Plusieurs molécules ont fait la preuve de leur efficacité dans le
traitement des douleurs neuropathiques périphériques sur la base
d’études contrôlée versus placebo [30, 32-34] :
Leur action reconnue s’appuie sur un renforcement des contrôles
inhibiteurs descendants par blocage présynaptique de la recapture
des monoamines [33] (niveau B1).
L’efficacité sur l’allodynie est controversée [33]. Dans les
SDPM, l’amitryptiline est l’antidépresseur tricyclique dont
l’efficacité est la plus étudiée [32]. La venlafaxine, inhibiteur
mixte de la sérotonine et de la noradrénaline, efficace dans les
douleurs neuropathiques [35-38], est également efficace dans les
douleurs post-chirurgicale des cancers du sein [39].
Anticonvulsivants
Aucune étude randomisée n’a été retrouvée sur l’efficacité des
anticonvulsivants dans les SDPM. En revanche, il est admis que les
anticonvulsivants ont plutôt une efficacité sur les composantes
paroxystiques des douleurs [40, 41], pouvant être expliquée par le
blocage des canaux sodiques.
La gabapentine est l’une des molécules les plus étudiée, en
particulier sur les douleurs neuropathiques post-zostériennes [41,
42] (niveau B1) des membres fantômes [43] et du diabète. Une étude
contrôlée en double aveugle comparant son efficacité et celle de
l’amitriptyline sur les douleurs neuropathiques périphériques du
diabète [44] n’a pas montré de différence significative entre les
deux molécules. Elle semble particulièrement efficace sur les
douleurs provoquées [41].
Le clonazépam est largement utilisé en pratique médicale mais
n’a fait l’objet d’aucune étude contrôlée sur les douleurs
neuropathiques et dans le SDPM.
Oxcarbazépine et topiramate sont également employés de façon
empirique comme alternative à la gabapentine dans les douleurs du
SDPM. Ils n’ont fait l’objet que d’études ouvertes.
La pregabaline possède des effets analgésiques, anxiolytiques et
anticonvulsivants. Elle possède depuis septembre 2004 une
autorisation de mise sur le marché (AMM) aux États-Unis pour les
polyneuropathies douloureuses du diabète, les douleurs
post-zostériennes et les épilepsies partielles. Elle possède une
analogie d’action avec la gabapentine, analogue structurel de
l’acide gamma aminobutyrique (GABA). Ses effets analgésiques ont
été étudiés dans les douleurs neuropathiques post-herpétiques [45]
dans une étude cas-témoins multicentrique randomisée en double
aveugle. Elle semble efficace aux doses moyennes de
300 mg/j.
Anti-NMDA
Les antagonistes des récepteurs NMDA ont été proposés dans le
traitement des douleurs neuropathiques pour leurs actions sur les
phénomènes de sensibilisation centrale.
La kétamine injectable semble plus efficace sur les composantes
paroxystiques [46]. Son utilisation est limitée par ses effets
secondaires sédatifs et hallucinatoires. Par voie orale, aucun
essai n’a été retrouvé. Quelques expérimentations locales [47] ont
pu montrer une efficacité à long terme dans les douleurs
neuropathiques rebelles sans effet secondaire important. Son
utilisation hors AMM doit être réservée aux centres spécialisés de
prise en charge de la douleur.
Les autres antagonistes NMDA semblent également efficaces :
dextromorphan [48], amantadine [49].
Tramadol
Le tramadol est un analgésique structurellement proche de la
codéine et de la morphine, constitué de deux énantiomères (+) et
(-), chacun contribuant à l’activité analgésique par deux
mécanismes différents : le (+)-tramadol et son métabolite
(+)-0-desméthyl-tramadol (M1) sont agonistes des récepteurs mu. Le
(+)-tramadol inhibe la recapture de la sérotonique et le
(-)-tramadol inhibe la recapture de la norépinéphrine, augmentant
les effets inhibiteurs de la transmission de la douleur au niveau
spinal [50]. Son efficacité est confirmée dans les neuropathies
douloureuses et post-zostériennes [51] avec une meilleure tolérance
des formes retard.
Opioïdes
L’utilisation des opioïdes est controversée dans les douleurs
neuropathiques. Aucune étude spécifique n’est retrouvée dans les
SDPM.
Rowbotham et al. [52], sur une cohorte de 80 patientes
présentant des douleurs neuropathiques (périphériques et centrales)
réfractaires aux traitements habituels, notent une réduction
signification des douleurs de 36 % dans le groupe prenant
0,75 mg de levorphanol contre 21 % pour celles prenant
une faible dose (0,15 mg). La réduction de l’intensité
douloureuse est significativement meilleure avec de fortes doses
qu’avec des faibles, mais avec plus d’effets adverses.
De faibles doses de méthadone ont également été rapportées par
Morley et al. [53] ; 20 mg de méthadone quotidienne chez
des patientes présentant des douleurs neuropathiques sévères ont
significativement diminué les scores EVA. Des doses plus faibles
(10 mg/j) ont également été efficaces mais statistiquement
moins significatives.
Les dérivés cannabinoïdes ont également été testés dans les
douleurs neuropathiques chroniques suite aux effets positifs
retrouvés sur les modèles animaux [54]. Le CT3, un dérivé
synthétique de l’acide tétrahydrocannabinol, analogue potentiel de
l’acide THC11-oic a été administré (40 mg/j) à
21 patientes présentant des douleurs neuropathiques chroniques
avec hyperalgie et allodynies. Une réduction significative de
l’intensité (EVA) est reportée sans effet adverse majeur.
Aucune études ne recommande l’utilisation systématique des
dérivés opioïdes dans les douleurs neuropathiques ou dans les
SDPM.
Traitements locaux
La lidocaïne en application locale adjuvante (patch transdermique)
entraîne une réduction significative de l’intensité douloureuse
dans différentes douleurs neuropathiques [55-57].
Son utilisation en appoint peut être intéressante, surtout pour
les zones gâchettes, à condition que la zone soit suffisamment
superficielle, l’efficacité étant corrélée à la profondeur de la
diffusion verticale, c’est-à-dire sur moins d’un centimètre. Deux
formes sont commercialisées en France : Emla®
(lidocaïne + prilocaïne) et Neurodol® (lidocaïne).
L’infiltration des zones gâchettes (névrome) peut apporter un
soulagement local durable. La stimulation électrique transcutanée
peut être une alternative mais elle est rarement utilisée, les
zones allodyniques restant des contre-indications.
Prise en charge psychologique
L’aspect psychologique spécifique du SDPM s’installe sur la base de
deuils difficiles à faire dans la vie psychique de la patiente
atteinte d’un cancer du sein. La qualité de vie est toujours
perturbée [6]. Comme dans tout traumatisme, le cancer a instauré
une rupture dans la continuité psychique et somatique du sujet et a
bouleversé les repères en place [59].
Les deuils, pour perdre leur aspect traumatique, doivent pouvoir
s’insérer dans la vie du sujet, s’intégrer à son histoire, devenir
des événements de vie qui prennent sens dans le continuum vital de
la patiente en se reliant aux autres traumatismes de la vie
passée :
- – pour la patiente et pour le couple le deuil du sein ou
d’un sein en bonne santé [61],
- – le deuil de l’image antérieure de soi amenant à de
profonds remaniements psychiques,
- – deuil d’une vie antérieure sans la maladie, ni la
douleur, entraînant un bilan de vie [58],
- – et très souvent le deuil d’une vie professionnelle,
sociale et affective « normale ».
La prise en charge psychologique de la patiente atteinte d’un
syndrome douloureux post-mastectomie doit tenir compte de ces
aspects, quel qu’en soit le degré d’importance [60-62] :
- – Le deuil du sein : il est douloureux parce que
souvent chargé d’autres deuils anciens qui n’ont pas été faits et
auxquels il s’ajoute. La douleur physique vient souvent exprimer
des affects que la patiente ne peut formuler ni même penser :
la souffrance morale se vit là sous forme de douleur. Si c’est le
cas, après une évaluation psychologique, un suivi psychologique
régulier plutôt individuel devrait pouvoir être mis en place pour
permettre à la patiente d’intégrer cette nouvelle épreuve de vie.
Le remaniement de l’image de soi est directement lié à la capacité
à intégrer ce deuil du sein et les autres deuils de vie. Le
retentissement des douleurs, on le sait, est aussi considérablement
accentué lorsque la patiente méconnaît cette partie devenue
manquante, qu’elle ne « veut » pas la reconnaître comme
absente. C’est ainsi que nombre de reconstructions échouent
(douleurs, rejet, etc.) lorsqu’elles sont faites sur un sein non
accepté comme absent. La négation d’une partie de son individu
(partie où le sein est absent) entraîne un déséquilibre
psychosomatique qui fait le lit de l’apparition des douleurs,
celles-ci fonctionnant comme un rappel à l’ordre de cette partie de
soi qui a été mise de côté. Un suivi individuel ou en groupe de
soutien est souvent indiqué. La prise en charge en groupe permet de
relativiser ce que l’on vit, de comprendre que l’on n’est pas seule
à vivre cela [60]. La reconnaissance par les autres de la personne
dans son entièreté permet que la patiente ne se sente pas
réduite à « être une douleur ou un sein absent ». Les
émotions et les vécus partagés avec les autres soulagent la
patiente et permettent une meilleure qualité de vie.
- – Le traumatisme du cancer a fragilisé la personne dans
l’idée et l’image qu’elle a d’elle-même, dans le sens qu’elle donne
à la vie et l’oblige à se resituer par rapport à elle et par
rapport aux autres [59]. C’est souvent l’occasion d’un bilan de vie
et le moment de se réinventer un futur et parfois une nouvelle
identité. Les patientes souffrant sont fréquemment en panne sur ce
registre, aussi ont-elles besoin d’être aidées pour que
« être » douloureuse ne devienne pas leur nouvelle
identité. Un suivi psychologique de soutien est souvent nécessaire
sous forme d’entretiens de type verbal ou de relaxation
psychothérapique ou de thérapie à abord corporel si la
verbalisation est difficile.
- – Si des douleurs apparaissent après les traitements,
elles peuvent aussi être le signe d’un sentiment d’abandon de la
patiente qui, les traitements finis, se voit
« délaissée » par les soignants et la famille qui
voudrait que tout soit comme avant ! Les douleurs peuvent
fonctionner comme facteur de relance de l’intérêt des autres. Là
aussi un suivi de soutien ou simplement des consultations de suivi
médical attentives et suffisamment fréquentes peuvent aider à
passer ce cap.
- – Après le cancer, les douleurs retentissent souvent de
cet enfermement en soi, de la non-communication de ce que l’on vit
ou ressent. Le rapport au conjoint est souvent modifié. Un tabou se
créée où chacun reste sur son vécu intime sans le partager avec
l’autre pour ne pas le blesser. Ce fonctionnement isole chaque
membre du couple. Le couple ne fait pas le deuil du sein manquant
et ne peut se reconstruire sur de nouvelles donnes, ni recréer une
image du corps et une communication affective et sexuelle communes.
Un travail précoce avec le couple paraîtrait tout à fait adapté
pour que, très tôt, les deux partenaires communiquent sur l’absence
du sein et sur le réinvestissement commun de ce nouveau corps.
Lorsque les douleurs sont installées, le travail avec le couple est
plus long, voire parfois impossible ; mais un travail
individuel avec la patiente sur ce sujet intime est tout à fait
important et porte ses fruits.
5. Outre la prise en charge psychologique, il est souvent
souhaitable que certains patients soient aidés socialement dans les
dédales administratifs où la maladie les entraîne. Ce soutien
« réel » est nécessaire lorsque le cancer a entraîné une
débâcle professionnelle, sociale, tout autant que somatique et
affective [61].
Traitements physiques
Aucune étude n’est retrouvée sur l’utilisation des drainages
lymphatiques manuels et de la kinésithérapie dans la prise en
charge des SDPM. En revanche, les douleurs liées aux lymphœdèmes
répondent aux massage ou aux drainages locaux [63].
L’immobilisation prolongée doit être évitée pour prévenir les
complications articulaires, l’atrophie et les contractures
post-chirurgicale. Il n’est pas rare de constater après chirurgie
du sein des phénomènes de blocage scapulaire, voire de capsulite
rétractile.
Le traitement kinésithérapique du SDPM consiste principalement
en une bonne prise en charge en drainage lymphatique manuel (DLM),
technique de prédilection pour ses effets anti-œdémateux,
antalgique, anti-inflammatoire et sédatif. La durée d’une séance de
DLM est d’une demi-heure à trois quarts d’heure suivant la phase du
traitement, mais peut être raccourcie momentanément si la patiente
présente des réactions toxiques ou inflammatoires.
Les premières séances s’intéressent au thorax exclusivement, en
commençant par les faces antérieures et postérieures de
l’hémithorax controlatéral à l’ablation, pour se rapprocher séance
après séance de l’hémithorax homolatéral, afin de traiter l’œdème
thoracique à distance des zones d’allodynie (accord d’experts).
Quand l’œdème thoracique est réduit de manière satisfaisante et
que le contact de la main est supportable pour la patiente, le
kinésithérapeute peut mettre en place une séance de drainage
complète, comprenant à chaque séance le traitement de la face
antérieure du thorax, de la face postérieure et du membre supérieur
homolatéral.
Ce traitement se met en place au rythme régulier de deux à trois
séances hebdomadaires, avec un minimum de dix pour arriver à la
mise en place d’une séance complète et sur une période de plusieurs
mois. La fréquence des séances peut être réduite progressivement à
une par semaine, tous les 15 jours, toutes les
3 semaines, lorsque l’amélioration de l’œdème et du syndrome
douloureux deviennent stables dans le temps (un arrêt total des
soins est rarement envisageable et provoque à plus ou moins long
terme un retour des symptômes).
Traitements invasifs
Les actes invasifs peuvent être considérés pour les patients
réfractaires à toute stratégie standardisée [64]. Les procédures
envisagées incluent les injections épidurale ou périneurale
d’anesthésiques locaux et/ou de corticostéroïdes, l’implantation
intrathécale de matériel ou les stimulations cordonales
postérieures. Ces procédures doivent être réservées aux cas
rebelles pour lesquels la décision est prise de manière
multidisciplinaire dans le cadre d’une prise en charge spécialisée
(accord d’expert).
Indications thérapeutiques
Établissement d’un projet thérapeutique
La prise en charge thérapeutique des SDPM doit être la plus précoce
possible. Les patientes ayant bénéficié d’une chirurgie mammaire
associée à un curage axillaire doivent faire l’objet d’une
attention particulière lors des consultations postopératoires pour
dépister des douleurs locales (accord d’expert).
Le SDPM entre dans le cadre des douleurs neuropathiques chez des
patients cancéreux et nécessite l’établissement d’une stratégie
spécifique de prise en charge [25] : « Une évaluation
rigoureuse et exhaustive est nécessaire pour définir un projet
thérapeutique cohérent s’intégrant dans la prise en charge du
cancer (accord d’experts). Lors de l’établissement du projet
thérapeutique avec le patient, il est nécessaire de définir des
étapes en fonction de la situation clinique (accord
d’experts) ». Les SOR recommandent également que, quelles que
soient les modalités de traitement envisagées, il convient de
définir avec les patientes et leur entourage les objectifs attendus
(accord d’experts).
Les objectifs du traitement doivent être réalistes, adaptés à la
situation médicale, aux possibilités thérapeutiques, aux limites
éventuelles que pose le patient (ou les parents pour les enfants)
(accord d’experts).
L’information et l’éducation du patient et de sa famille sont
des étapes importantes de l’établissement du projet thérapeutique
(accord d’experts).
Stratégie
Aucune stratégie consensuelle n’a été publiée sur les SDPM.
Plusieurs stratégies ont été retrouvées dans la littérature
concernant la prise en charge des douleurs neuropathiques [64-66].
Les modèles sont cohérents sur les contenus (produits utilisés)
mais diffèrent sur les étapes. Sindrup, dans un ouvrage publié en
2001 par l’IASP [39], recommande un schéma pour la prise en charge
des douleurs neuropathiques fondé sur la titration sanguine de
l’imipramine.
Le Réseau de cancérologie d’Aquitaine propose (figures 2, 3, 4, 5)
une stratégie de prise en charge des SDPM fondée à la fois sur un
traitement de fond antidépresseur et anticonvulsivant systématique,
une prise en charge kinésithérapique et une prise en charge
psychologique. L’association systématique de ces quatre composantes
en première intention est discutée en fonction de l’intensité
douloureuse et du retentissement social, professionnel et familial
(accords d’experts). L’association systématique antidépresseurs et
anti-épileptiques, à doses progressives le soir au coucher permet,
outre d’instaurer le traitement de fond, de restaurer un
endormissement généralement perturbé par les douleurs en décubitus
latéral. Un premier entretien psychologique est indispensable pour
apprécier l’éventualité d’une prise en charge suivie. Les drainages
lymphatiques manuels sont systématiquement proposés, même en cas
d’absence de lymphœdème, pour au moins une vingtaine de séances.
Localement, les zones gâchettes et les névromes peuvent bénéficier
d’une prise en charge renforcée soit sous la forme de lidocaïne
transcutanée, soit par infiltration d’anesthésiques locaux de type
xylocaïne ou lidocaïne. La première évaluation à un mois permet
d’apprécier à la fois l’efficacité thérapeutique et la tolérance
médicamenteuse.
Prévention
Les techniques chirurgicales de préservation du deuxième nerf
intercostobrachial homolatéral n’empêchent pas la survenue du SDPM
[8, 9, 67].
Salmon et al., dans un essai contrôlé de patientes cancéreuses
nécessitant une chirurgie axillaire [8], ont constaté dans le
groupe ayant eu une préservation du nerf une patiente sur 66 qui
présentait un SDPM à 6 mois sans différence significative avec
les 4 patientes sur 62 du groupe non préservé. Malgré le faible
nombre de patiente de cet essai, la préservation chirurgicale du
nerf ne peut être que recommandée compte tenu des hypothèses
physiopathologiques mettant en cause les lésions de cette branche
(niveau B2). Les techniques mini-invasives (ganglion sentinelle)
semblent êtres corrélées à une incidence plus faible de survenue
des SDPM [11, 12].
Anxiolyse
Les études s’intéressant à la détresse émotionnelle des femmes
atteintes d’un cancer du sein montrent qu’une anxiété et une
dépression consécutives à la chirurgie sont fréquentes. Cette
comorbidité psychiatrique est plus importante lorsque des
complications postopératoires se présentent [59, 68]. En effet, les
sensations désagréables éprouvées par les patientes seraient
interprétées comme les signes d’une évolution défavorable de leur
maladie, ce qui amplifierait leurs réactions anxiodépressives [18,
69].
De plus, il semble que la douleur chronique soit fréquemment
associée à des troubles de l’humeur, en particulier l’anxiété et la
dépression [70]. Les études en population générale montrent que les
sujets souffrant de douleurs chroniques ont des prévalences plus
élevées de troubles anxieux et dépressifs que les sujets exempts de
troubles douloureux [71, 72].
En 1997, une revue de la littérature concernant la relation
entre douleur et dépression montre que la dépression serait plutôt
une conséquence de la douleur chronique [73]. Des études plus
récentes démontrent l’intérêt d’envisager la relation entre la
douleur et la dépression comme un continuum : celles-ci
seraient les manifestations d’un processus pathologique sous-jacent
unique prédisposant à la pérennisation des émotions négatives
(douleur comprise).
Analgésie préemptive et contrôle de la douleur
postopératoire
Le risque de développer un SDPM est associé à une mauvaise prise en
charge de la douleur postopératoire. Une excellente analgésie
péri-opératoire permet de limiter les douleurs chroniques [20, 74,
75] (niveau B2).
Récemment, Kairaluoma et al. [76] rapportnt que le bloc
paravertébral préopératoire réduit l’incidence des douleurs
neuropathiques chroniques après chirurgie mammaire, indépendamment
de la réalisation ou non d’un curage axillaire.
Prévention médicamenteuse
Sur la base de résultats positifs chez les rongeurs, Reuben et al.
ont testé l’efficacité préventive de la venlafaxine dans le SDPM
[77], administré en préopératoire chez des femmes bénéficiant d’une
chirurgie du sein. Une différence significative des scores de
douleur est notée à 6 mois, ainsi qu’une réduction
significative de l’incidence des douleurs thoraciques, axillaires
et du bras. En revanche, aucune différence n’est notée sur le
lymphœdème et les troubles sensitifs. L’utilisation, en
péri-opératoire, d’un anti-inflammatoire non stéroïdien
(ibuprofène) ne joue aucun rôle préventif de la douleur séquellaire
neurogène du SDPM [70]. L’utilisation de la gabapentine ou des
antidépresseurs n’a pas été testée sur le long terme et la survenue
de douleurs chroniques. Cette voie pourrait être explorée, car les
antidépresseurs permettent une réduction de la consommation
d’opiacés en postopératoire. La prégabaline, d’utilisation pratique
plus souple, pourrait être un candidat à cette prévention.
Suivi et surveillance
Après l’instauration d’un traitement antalgique, il est nécessaire
d’évaluer régulièrement son efficacité et ses effets indésirables
[25] (niveau A).
Pendant toute la phase d’adaptation posologique, le rythme de
l’évaluation est fonction de la pharmacocinétique des antalgiques
utilisés [25] (accord d’experts).
Toute modification du syndrome douloureux doit entraîner
rapidement une réévaluation complète, en particulier carcinologique
[25] (accord d’experts).
L’absence de résultat ou la survenue d’effets secondaires
importants peut nécessiter une rotation des antidépresseurs et/ou
des anticonvulsivants (accord d’experts).
Dans tous les cas de réponse négative à une prise en charge bien
conduite, les patientes doivent être adressées dans un centre
spécialisé de la douleur (accord d’experts).
Stratégie décisionnelle
La stratégie décisionnelle est présentée sur les figures 1 et 2
Recommandations
Diagnostic
Le SDPM a été décrit par l’IASP comme « une douleur chronique
débutant immédiatement ou précocement après une mastectomie ou une
tumorectomie affectant le thorax antérieur, l’aisselle et/ou le
bras dans sa moitié supérieure » (niveau A).
L’incidence des SDPM est dépendante de multiples facteurs, et en
particulier des techniques chirurgicales (niveau B2). On estime
qu’ils se développent après 20 à 30 % des mastectomies (accord
d’experts).
Le SDPM serait dû à une lésion du deuxième nerf
intercostobrachial lors de la chirurgie mammaire associée à un
curage axillaire (niveau B2).
Son diagnostic repose sur l’examen clinique (niveau A). Les
critères diagnostiques de Watson doivent être retrouvés, chez une
patiente ayant eu une chirurgie mammaire et/ou du creux axillaire
(niveau B1) :
- – élimination des autres causes de douleurs
locales,
- – présence d’une douleur neuropathique homolatérale
thoracique et/ou axillaire et/ou du bras avec allodynie mécanique
ou thermique et/ou hyperesthésie et/ou paresthésies,
- – persistance depuis au moins 3 mois.
Évaluation
La démarche d’évaluation doit être globale et systématique (niveau
B1). Il faut prescrire des examens paracliniques en fonction de
leurs intérêts et de leurs caractères invasifs (niveau B1).
Une évaluation rigoureuse et exhaustive est nécessaire pour
définir un projet thérapeutique cohérent s’intégrant dans la prise
en charge du cancer (accord d’experts).
Lors de l’établissement du projet thérapeutique avec le patient,
il est nécessaire de définir des étapes en fonction de la situation
clinique (accord d’experts).
IL faut recourir à un spécialiste de la douleur en cas d’analyse
complexe ou de résistance à un traitement (niveau B1).
Traitement
Les antidépresseurs tricycliques font référence dans la prise en
charge des douleurs neuropathique (niveau B1). L’amitriptyline est
le produit le plus souvent prescrit en première intention (niveau
B2).
Les antiépileptiques sont efficaces sur les composantes
paroxystiques (niveau B2).
Aucune étude ne recommande l’utilisation systématique des
opioïdes faibles ou forts dans les SDPM (accord d’experts).
Les traitements locaux ne font pas l’objet de consensus. Ils
peuvent avoir leur place pour les zones gâchettes et les névromes
superficiels (accord d’experts).
Les techniques de prise en charge psychologiques ne font pas
l’objet d’un consensus. Elles sont considérées comme optionnelles
(accord d’expert).
Les techniques physiques (drainage lymphatique manuel,
kinésithérapie, stimulation) ne sont pas utilisées systématiquement
mais ont leur place au cas par cas en respectant les
contre-indications (accord d’experts).
La prise en charge psychologique est souvent nécessaire et doit
systématiquement être proposée aux patientes (accord d’expert).
La prise en charge thérapeutique implique l’établissement d’un
projet thérapeutique (accord d’experts) et l’adhésion du
patient.
La stratégie de prise en charge ne fait pas l’objet d’un
consensus.
Les antidépresseurs sont recommandés en première intention
(niveau A).
L’association systématique à un anti-épileptique ne fait pas
l’objet d’un consensus (accord d’experts).
Les techniques de prise en charge psychologiques ne font pas
l’objet d’un consensus. Elles sont néanmoins recommandées par
plusieurs équipes (accord d’expert).
Prévention
Aucune technique n’a fait la preuve de son efficacité dans la
prévention du SDPM. Néanmoins, la préservation chirurgicale du
deuxième nerf intercostobrachial est recommandée (niveau B2).
Surveillance
Un contrôle de la douleur postopératoire est indispensable (niveau
B2).
L’information des patientes est recommandée dans un cadre
multidisciplinaire (niveau B2).
Le dépistage et la prise en charge des troubles anxiodépressifs
sont recommandés (niveau B2).
Après l’instauration du traitement antalgique, il est nécessaire
d’évaluer régulièrement son efficacité et ses effets indésirables
(accord d’experts).
Pendant toute la phase d’adaptation posologique, le rythme de
l’évaluation est fonction de la pharmacocinétique des antalgiques
utilisés (accord d’experts).
Toute modification du syndrome douloureux doit entraîner
rapidement une réévaluation complète (accord d’experts).
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