ARTICLE
Auteur(s) : Agaicha Alfidja, Pascal Chabrot, Lucie
Cassagnes, Eric Dumousset, Anne Ravel, Jean-Marc Garcier, Louis Boyer
Service de radiologie B, hôpital Gabriel-Montpied, BP 69, 63003
Clermont-Ferrand, Inserm Erim EA 3295 ERI 14, F, CHU, 63000
Clermont-Ferrand
Article reçu le 26 Octobre 2006, accepté le 6 Novembre 2006
La radiologie interventionnelle vasculaire (RIV) a connu, à
l’instar d’autres techniques percutanées radioguidées
(radiofréquence, cimentoplastie, etc.), un important essor ces
dernières années, avec les considérables progrès des appareillages
d’angiographie (et notamment l’avènement des systèmes à capteurs
plans), des matériels d’accès vasculaire et de cathétérisme, des
dispositifs implantables (vaso-occlusion, embolisation,
revascularisation…). Ses indications se sont élargies et les actes
se sont multipliés.Mise à part la prise en charge d’urgences
vitales, sa place à titre palliatif ou curatif en oncologie doit
être discutée au cas par cas dans des réunions multidisciplinaires
comportant oncologistes, radiothérapeutes, chirurgiens,
anesthésistes et radiologues.Dans une première partie, nous
déterminerons les particularités de la radiologie interventionnelle
en oncologie ainsi que les précautions à prendre. Nous préciserons
ensuite les principes et indications des gestes interventionnels
endovasculaires diagnostiques, puis des embolisations et des
chimioembolisations. Nous aborderons ensuite les principes et
indications des revascularisations et les autres techniques de
radiologie interventionnelle vasculaire.
Spécificités de la radiologie interventionnelle vasculaire en
oncologie
Eu égard à la fragilité du patient et à son pronostic, les
bénéfices et risques ainsi que le moment optimal de réalisation
d’un geste de RIV doivent être discutés en réunion
multidisciplinaire.
Les précautions d’usage relatives à l’utilisation de produits de
contraste iodés doivent être observées avec une attention toute
particulière, la toxicité et les effets rénaux des drogues de
chimiothérapie pouvant être associés aux effets induits par
l’utilisation de produit de contraste iodé. Ces complications
peuvent être prévenues par une hydratation et l’utilisation de
produits de contraste iodés de basse osmolarité, éventuellement
dilués, et de protecteurs néphrogéniques (N-acétyl cystéine).
L’immunosuppression induite par la chimiothérapie ou la
radiothérapie peut imposer une couverture antibiotique.
Les troubles de la coagulation sont fréquents en oncologie.
Tandis que l’hypercoagulabilité expose à des complications
thromboemboliques, les états d’hypocoagulabilité, à défaut de
pouvoir être corrigés, peuvent conduire à surseoir à la réalisation
d’un geste ou à prévoir l’utilisation de dispositifs de fermeture
vasculaire pour prévenir les complications hémorragiques au point
de ponction.
Les patients sont souvent déjà traités par analgésiques et
peuvent présenter une accoutumance et un seuil de tolérance plus
élevés, obligeant à une augmentation des doses d’analgésie à
l’occasion de certaines manœuvres endovasculaires.
Le choix de la voie d’abord doit tenir compte non seulement du
siège de la néoplasie mais aussi éventuellement du protocole de
radiothérapie ou de la présence de cathéters centraux de
chimiothérapie.
Radiologie interventionnelle diagnostique
Biopsies endovasculaires
En cas d’échec ou de contre-indication à un accès transpariétal
percutané (obésité morbide, troubles de la coagulation
incorrigibles, ascite), des biopsies peuvent être menées par voie
endovasculaire ( (figure 1) ). Cette
technique peut également être utile pour des biopsies multi-organes
ou lorsqu’un autre geste endovasculaire est prévu (shunt portocave,
mesure de pressions…).
La voie d’abord est le plus souvent la veine jugulaire interne
droite mais le geste peut également être réalisé après ponction
jugulaire interne gauche ou fémorale, sous surveillance
électrocardiographique après anesthésie locale chez un patient
prémédiqué. L’aiguille à biopsie est poussée à travers le cathéter
placé dans une veine et plusieurs prélèvements peuvent être
réalisés en respiration bloquée. Les fragments recueillis sous
forte aspiration dans une seringue remplie de sérum physiologique
adaptée au cathéter sont souvent plus petits et plus fragmentés par
cette technique que par la voie percutanée. Ces biopsies peuvent
intéresser des processus expansifs endovasculaires ou viscéraux. Il
faut noter alors que, en règle générale, le parenchyme biopsié
l’est à l’aveugle, même si un guidage de surface par couplage à
l’échographie est concevable.
L’utilisation de cette technique a été surtout décrite pour le
foie, avec des taux d’efficacité qui varient de 80 à 97 % pour
une mortalité de 0,1 à 0,5 % [1, 2]. La plus grave des
complications est la perforation capsulaire avec hémopéritoine,
surtout observée lors de ponctions réalisées sur foie atrophique,
estimée de 0,8 [3] à 3,4 % [4] ; pour y faire face, il
peut être nécessaire de recourir à une embolisation par voie
artérielle. Les autres complications sont locales (hématome ou
saignement au point de ponction) ou liées au cathétérisme (troubles
du rythme cardiaque, douleurs abdominales).
Cette technique est également très intéressante pour les reins,
où elle expose à moins de complications vasculaires, le prélèvement
étant réalisé en cathéter bloqué [5]. Ses performances sont à ce
niveau très bonnes, superposables à celles du geste percutané, soit
respectivement 95,8 contre 95,5 % ; des complications
majeures ont été observées chez 4 patients sur 400 par la voie
transveineuse et chez 3 patients par la voie percutanée [5].
Des biopsies cardiaques sont aussi possibles par voie
transjugulaire sous guidage fluoroscopique ou échographique
transœsophagienne.
Prélèvements veineux étages [6]
Cette technique est généralement mise en œuvre lorsque le
diagnostic positif d’une tumeur hypersécrétante est établi et a
pour but d’en faire le diagnostic topographique. On y fait appel en
deuxième intention, quand les méthodes d’imagerie non invasives
(échographie, TDM, IRM, scintigraphie) sont discordantes ou prises
à défaut, en particulier pour les petites tumeurs. En effet, son
résultat dépend surtout du caractère sécrétant de la tumeur et peu
de sa taille.
Son principe consiste à faire des prélèvements étagés dans les
veines de drainage de l’organe cible (habituellement hypophyse,
pancréas, surrénales ou parathyroïde) après cathétérisme sélectif à
la recherche d’un gradient entre les concentrations obtenues et
celle observées dans les prélèvements veineux périphériques. Ses
résultats peuvent être potentialisés par injection intra-artérielle
d’une substance stimulante spécifique. Sa réalisation n’est pas
facile, les variantes anatomiques veineuses étant fréquentes et le
cathétérisme sélectif parfois difficile, surtout en
postopératoire.
Cette technique a été décrite pour les tumeurs parathyroïdiennes
(sensibilité 65,4 % et valeur prédictive positive 80,9 %)
[7], où elle est aujourd’hui réservée aux patients qui présentent
des troubles endocriniens persistants post-chirurgicaux. Sa
sensibilité est alors nettement meilleure (88 %) avec une
spécificité de 86 % [8]. De même, c’est la méthode la plus
sensible pour la détection des reliquats tumoraux après chirurgie
et pour la détection précoce des métastases des cancers médullaires
thyroïdiens [9].
Son utilisation a aussi été décrite pour le diagnostic
topographique des insulinomes pancréatiques par stimulation
artérielle et prélèvements veineux hépatiques [10], ainsi que pour
les gastrinomes primitifs et leurs localisations secondaires
hépatiques [11, 12].
Outre son caractère invasif et sa faible sensibilité lorsque les
indications ne sont pas bien posées, son principal inconvénient est
que le diagnostic topographique n’est pas local mais plutôt
régional, donc moins précis qu’avec les techniques non
invasives.
Techniques d’embolisation
Principes
On cherche à obtenir l’oblitération vasculaire partielle ou totale,
permanente ou temporaire, par des agents d’occlusion mis en place
par cathétérisme en vue d’obtenir l’occlusion d’un segment
vasculaire et/ou de l’arborisation intraparenchymateuse distale
afin d’obtenir une ischémie d’aval. Le matériel d’occlusion est
adapté en taille et en calibre au vaisseau ou au parenchyme visés
afin que l’occlusion vasculaire ne se limite qu’au territoire
souhaité. Les occlusions proximales tronculaires font appel à des
spires métalliques (coils) ou à des ballons largables. Pour les
occlusions distales parenchymateuses, on utilise des gélatines
résorbables (Gelfoam) dont l’effet peut n’être que temporaire ou
des emboles fluides non résorbables : particules, colles
biologiques, alcool absolu…
Tous les matériaux (tableau 1)( Tableau 1 ) peuvent être utilisés en
oncologie ; néanmoins, du fait des troubles de la coagulation
souvent associés aux néoplasies, ceux dont le mécanisme d’action
fait intervenir les facteurs de coagulation (caillots autologues,
coils, gelfoam) sont moins efficaces lorsqu’ils sont utilisés
isolément. Le choix du matériel dépend du but recherché : pour
les occlusions distales définitives, en vue d’obtenir une exclusion
et éventuellement une nécrose parenchymateuse, on utilise des
particules ; pour une occlusion proximale ou tronculaire, les
coils sont les plus utilisés en première intention pour ralentir la
circulation, souvent associés à la gélatine. L’utilisation des
coils peut gêner la navigation si l’on est amené à
réintervenir.
Le cathéter par lequel ces agents sont délivrés doit être
compatible avec le vaisseau mais aussi avec le matériel
d’embolisation utilisé. La maîtrise du geste repose sur une
évaluation soigneuse de l’angiographie diagnostique, exposant la
cartographie vasculaire mais aussi l’hémodynamique du territoire,
qui varie avec le caractère terminal ou non, le débit, les
suppléances. La surveillance et l’adaptation du geste per-procédure
doivent être constantes pour détecter les reflux.
Une angiographie de contrôle doit être réalisée en fin de
procédure, qui permet de vérifier l’occlusion vasculaire ainsi que
la perméabilité du reste du réseau.
Tableau 1 Agents d’occlusion vasculaire. D’après
Duvauferrier et Laurent [13]
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Nature
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Types
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Mécanismes d’occlusion
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Délai de résorption
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Indications
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Particules
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- calibrées
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Microsphères acryliques Embosphères
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Mécanique (complète)
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Non résorbables
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- Dévascularisation de tumeurs
- Embolisation d’hémostase
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- non calibrées
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- Polyvinyl alcool (PVA, Ivalon, Trufill)
- Eponges de collagène
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Mécanique + biologique Mécanique + biologique
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- Plusieurs mois
- Variable (qq h à qq mois)
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- Dévascularisation de tumeurs
- Embolisation d’hémostase
- Dévascularisation de tumeurs
- Embolisation d’hémostase
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- naturelles
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- (Curaspon)
- Caillot autologue
- Dure-mère
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incomplète
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- Embolisation d’hémostase
- Embolisation d’hémostase
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Coils (à largage libre ou contrôlé)
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Non résorbables
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- Anévrisme
- Embolisation d’hémostase
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Ballons (latex ou silicone)
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Non résorbables
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- Anévrisme
- Afférence fistules AV
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Agents fluides
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- Colles cyanoacryliques
- (histoacryl bleu)
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Mécanique par polymérisation
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Non résorbables
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MAV
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- Suspensions visqueuses
- (Ethibloc)
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Mécanique totale par polymérisation
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Non résorbables
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MAV
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- Agents sclérosants (éthanol)
- Solutions gélifiantes
- (Onyx)
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Embolisation d’hémostase
Un saignement (hémoptysie, hématurie, hématémèse…) peut être le
mode de révélation d’une néoplasie qui présente parfois des aspects
caractéristiques angiographiques. Les techniques d’embolisation
constituent un traitement symptomatique pour de tels saignements
non contrôlés par le traitement médical, avant bilan étiologique.
L’accès vasculaire est habituellement laissé en place quelques
heures en vue de traiter des récidives précoces.
Parfois l’embolisation d’hémostase peut être réalisée pour faire
face à des hémorragies compliquant l’évolution d’une pathologie
connue, pouvant survenir au décours de manœuvres diagnostiques ou
thérapeutiques (endoscopie, chirurgie, radiothérapie,…).
Enfin, en dehors de l’urgence, il peut s’agir d’un traitement
symptomatique à visée palliative afin d’améliorer la qualité de la
vie ; dans ces cas, on utilise de préférence du matériel non
résorbable (microsphères calibrées, particules de PVA) pour éviter
de réintervenir.
Ainsi l’embolisation palliative des tumeurs rénales ( (figure 2) )
permet surtout d’améliorer hématuries massives, douleurs lombaires
et syndrome paranéoplasique [14]. De même, elle permet de contrôler
douleurs et hémorragies dans les localisations secondaires osseuses
[15].
Dévascularisation tumorale, hémodétournements
Le but de l’embolisation peut être dans certains cas palliatif,
visant une réduction tumorale par hémodétournement et donc des
symptômes ( (figure 3) ). On
réalise alors des embolisations distales avec du matériel non
résorbable. Ailleurs, on cherche à faciliter l’exérèse chirurgicale
en diminuant les saignements peropératoires (figures 4
et 5) (embolisations artérielles préopératoires de grosses
tumeurs hypervascularisées) ou en favorisant l’hypertrophie d’un
segment sain (embolisation transpariétale de branche porte avant
hépatectomie) ( (figure 6) ). On peut
alors utiliser des coils proximaux et des agents distaux. Ces
embolisations sont réalisées sous neuroleptanalgésie. Leurs suites
sont en effet caractérisées par des douleurs dont l’intensité est
fonction du territoire embolisé et de son étendue, pouvant
nécessiter un traitement antalgique puissant par voie
intraveineuse.
Un geste chirurgical postembolisation, lorsqu’il est prévu, doit
être réalisé dans les 24-48 heures qui suivent pour éviter ce
syndrome postembolisation ainsi que le développement de
collatérales. Les principales indications sont les tumeurs
hépatiques primitives, les métastases hépatiques des cancers
colorectaux, des tumeurs neuroendocrines, les tumeurs rénales et
les tumeurs des extrémités ( (figure 7) ).
Chimiothérapies intra-artérielles et chimioembolisation
À côté des techniques chirurgicales (mise en place de cathéters
permanents de chimiothérapie en situation intra-artérielle,
concernant avant tout l’artère hépatique), l’alternative de
cathétérismes percutanés itératifs pour réaliser des cures
successives de chimiothérapie intra-artérielle a pu être proposée
au niveau du foie et du pelvis. Ayant pour principe une
augmentation de la concentration des drogues au niveau des
structures cibles en diminuant les effets généraux systémiques de
la chimiothérapie, cette technique a eu une diffusion assez limitée
(foie, pelvis, tumeurs osseuses des membres). Les chimio-injections
hépatiques sont aujourd’hui menées par des pompes d’injection ou
des chambres implantables (Portacath) d’implantation sous-cutanée
connectées à un cathéter mis en place chirurgicalement après
laparotomie ou par Seldinger percutané dans l’artère hépatique par
voie fémorale droite ou brachiale gauche. Cette dernière voie a le
mérite de pouvoir être réalisée en ambulatoire et sous anesthésie
locale mais elle exposerait à plus de complications [16].
La chimioembolisation constitue une seconde technique
endovasculaire percutanée beaucoup plus répandue. La chimiothérapie
intra-artérielle est administrée après l’émulsion de la drogue avec
du lipiodol (chimio-lipiodol) et, éventuellement, l’adjonction de
matériel d’embolisation complémentaire (chimioembolisation
lipiodolée). Cette technique est largement usitée pour traiter
certains carcinomes hépatocellulaires ( (figure 8) ).
L’injection intra-artérielle hépatique suppose l’utilisation de
drogues à fort taux d’extraction hépatique, transférées dès le
premier passage. Cette propriété doit être potentialisée par de
fortes clairances corporéales extra-hépatiques, permettant de
multiplier les concentrations jusqu’à un facteur 100. L’émulsion
avec le Lipiodol® constitue une
« vectorisation », qui procède en fait de la propension
du Lipiodol® pour les artères de fort calibre ;
cette embolisation temporaire majore le temps de contact
drogues-endothélium. Les micelles internes de drogue sont libérées
dans les artères distales.
L’adriamycine est la molécule la plus utilisée [17, 18], à la
dose de 1 à 2 mg/kg. Aux États-Unis, on a aussi recours à
l’association CAM (cisplatine + adriamycine + mitomycine). La
supériorité du cisplatine (à la dose de 50 mg/m2)
par rapport à l’adriamycine a été postulée [19]. Dix millilitres de
Lipiodol® sont en règle utilisés (au-delà de 20 ml,
il faut redouter le risque d’embolie pulmonaire et la toxicité de
la chimiothérapie sur le parenchyme sain). L’utilisation de
Lipiodol® marqué par de l’iode radioactif fait constater
une meilleure tolérance qu’avec la chimioembolisation lipiodolée
conventionnelle [20].
L’embolisation complémentaire permet de majorer l’ischémie
tumorale, d’augmenter le temps de contact, de majorer la rétention
intracellulaire tumorale par défaillance des pompes
transmembranaires. Parmi les emboles utilisés pour obtenir la
stagnation du produit de contraste, la gélatine résorbable est
souvent utilisée ; les particules ont également été proposées
(Ivalon, embosphère de 300 à 700 microns, 1 à 3 CC).
Menée par technique de Seldinger fémorale, la procédure doit
systématiquement commencer par une aortographie abdominale et des
injections sélectives du tronc cœliaque et de l’artère mésentérique
supérieure, permettant d’évaluer la perméabilité du système porte
et de réaliser une cartographie artérielle splanchnique.
Schématiquement, un cathétérisme sélectif des branches artérielles
nourrissant la ou les tumeurs est à tenter en cas de tumeurs peu
nombreuses et localisées et/ou de foyers d’hypervascularisation
massive, où elle a pour avantage une majoration de la réponse
tumorale et une réduction de la toxicité hépatique. Dans d’autres
cas, on réalise simplement une injection en aval de l’artère
gastroduodénale. Pour éviter la diffusion intempestive de la
chimiothérapie, il peut être nécessaire d’occlure la
gastroduodénale et/ou des branches gastriques par des coils.
Certains ont même préconisé, pendant l’administration de la
chimiothérapie, l’occlusion simultanée des veines sus-hépatiques
par ballon.
Les procédures doivent se dérouler dans une atmosphère
d’hyperhydratation, en associant sédation per et post-procédure,
anti-émétiques, antibiothérapie préventive (amoxicilline et acide
clavulanique, ou céphalosporine de 3e génération,
pendant 48 heures) ou antibiothérapie prolongée avec
préparation digestive, systématique en cas d’anastomose
biliodigestive, en raison d’un risque d’important abcès. Quelques
jours d’hospitalisation sont nécessaires.
Les protocoles sont multiples comportant le plus souvent 2 ou 3
cures. Les programmes doivent être basés sur la réponse tumorale
plutôt que sur une programmation systématique : il y aurait
ainsi moins de complications et on observerait des taux de survie
plus élevés [22]. L’évaluation intercure s’effectue en suivant
l’évolution de l’α.fœtoprotéine et les données d’imagerie (en règle
scanner, mais l’IRM peut être aussi utilisée). On tiendra compte de
la fixation lipiodolée sur le(s) lésion(s), qui serait corrélée à
la réponse tumorale et à la survie ; le rehaussement après
contraste permet de démasquer le(s) zone(s) tumorale(s) encore
active(s). Le syndrome postembolisation (douleurs abdominales,
douleurs, fièvre, cytolyse) est quasi constant ; il requiert
anti-inflammatoires, antibiotiques et éventuellement antalgiques.
Une dégradation de la fonction hépatique souvent transitoire est
fréquemment observée, que des injections aussi sélectives que
possible cherchent à prévenir. De même, une hydratation vise à
limiter l’insuffisance rénale, liée aux nécroses tumorales et à
l’injection de produit de contraste iodé. Les complications
infectieuses sont beaucoup plus fréquentes en cas d’anastomose
biliodigestive, à prévenir par antibiothérapie ; les
cholécystites ischémiques par injection en amont de l’artère
cystique ne sont pas systématiquement chirurgicales ; on
cherche à éviter nécroses gastriques ou gréliques après l’injection
dans des branches digestives par une analyse attentive de la
cartographie artérielle. Les artérites toxiques sont vues notamment
en cas d’injection d’adriamycine :
- – non-indications : plus de 50 % du foie
concerné ; métastase(s) extra-hépatique(s) de CHC ;
- – contre-indications : il peut s’agir de
contre-indications à l’angiographie (navigation endovasculaire,
produits de contraste), à la chimiothérapie (leucopénie,
insuffisance rénale, insuffisance cardiaque) ou à la
chimio-embolisation (cirrhose de stade Child C, Okuda 3,
bilirubine > 3 mg, ASAT supérieurs à 100 unités,
encéphalopathie hépatique).
Un obstacle biliaire nécessite un drainage préalable. Une
thrombose porte est une contre-indication relative :
classiquement ; il faut observer au moins 4 branches portes
perméables non inversées pour une chimioembolisation non
sélective ; on s’efforcera d’être sélectif et on n’effectuera
éventuellement pas d’embolisation après chimio-lipiodol. En cas de
shunt artérioporte, on peut injecter en aval de la
communication.
À titre curatif, les résultats de la chimioembolisation sont
moins bons que ceux des résections chirurgicales ou des techniques
d’ablation percutanées.
Les indications palliatives de la chimioembolisation concernent
les formes non opérables et non radiofréquençables, localisées
(cathétérismes sélectifs) ou multifocales, en sachant que le
bénéfice optimal sera observé pour des lésions de 3,4 à
8,10 cm de diamètre, asymptomatiques. Ce traitement palliatif
peut prendre place lors de récidives après chirurgie.
À titre néoadjuvant, après résection chirurgicale, plusieurs
essais prospectifs [23] plaident en faveur de la
chimioembolisation, mais deux essais randomisés [24, 25] ne
retrouvaient pas de différence, notamment en termes de
complications chirurgicales et de récurrence. La chimioembolisation
comme traitement néoadjuvant à la transplantation est une
indication répandue, mais dont l’impact en termes de survie n’est
pas avéré. Un essai randomisé [26] a mis en évidence des effets
favorables avec des tumeurs de plus de 5 cm.
À titre adjuvant après résection, une augmentation de survie et
une diminution des récurrences ont été observées après
chimioembolisation hépatique [27] ; ces résultats étaient
retrouvés également dans un essai randomisé avec iode radioactif
après résection [28].
De nombreuses études cas-témoins sont favorables à la
chimioembolisation, mais une étude randomisée pessimiste, qui a
longtemps fait référence [29], montrait une différence des taux de
survie non significative à un an entre chimioembolisation et groupe
témoin. Une méta-analyse de 8 essais contrôlés randomisés [30]
montrait une mortalité globale à 2 ans de la
chimioembolisation versus traitements non actifs significativement
diminuée à 2 ans, et une mortalité globale significativement
moindre par embolisation artérielle versus chimiothérapie
intra-artérielle, mais pas de différence d’efficacité entre
embolisation artérielle et chimioembolisation lipiodolée
hépatique.
On dispose des résultats de deux essais randomisés récents.
Celui de Lo et al. [17], cisplatine, asiatiques, 80 CHC non
réséquables Okuda 1 (47 %) ou 2 (53 %), 80 % HVB
avec en moyenne 4,5 cures (1 à 15 tous les 2 à 3 mois),
retrouvait en termes de survie à 1, 2 et 3 ans respectivement
pour la chimioembolisation 57, 31 et 26 %, pour les
traitements symptomatiques 32, 11 et 3 %. Celui de Llovet et
al. [18], 112 patients affectés essentiellement d’infections
virales C, CHC Child A ou B, Okuda 1 ou 2, avec en moyenne 2,8
cures à M0, M2 et M6, puis éventuellement tous les 6 mois,
retrouvait en termes de survie à 1 et 2 ans pour la
chimioembolisation 82 et 63 %, pour l’embolisation (gélatine)
75 et 50 %, et enfin avec traitement symptomatique 63 et
27 %.
La chimioembolisation a également été proposée en cas de
métastase(s) hépatique(s) de tumeurs neuroendocrines (avant tout
adriamycine, aussi sélectivement que possible, éventuellement en
deux temps en cas d’envahissement hépatique important). Les cures
sont espacées à la demande en fonction des résultats
symptomatiques. La technique est intéressante en cas de tumeurs
neuro-endocrines différenciées chez des patients symptomatiques,
afin de contrôler le syndrome sécrétoire quand la somatostatine a
été inefficace. Une réponse clinique serait obtenue dans plus de
86 % des cas (partielle dans près de 37 %, complète dans
49 %), pour une durée moyenne de 16 mois au moins [21],
d’autant que la chimioembolisation a été utilisée en première ligne
et que la tumeur primitive n’était pas au pancréas. En termes de
survie, on ne dispose pas d’essai randomisé. Chu et al. [31] ont
montré dans le suivi de 50 tumeurs neuro-endocrines du pancréas,
dont 39 métastatiques au foie, que la résection de tumeurs
primitives, l’apparition métachrone de métastases, l’absence de
métastases hépatiques et/ou le traitement agressif des métastases
hépatiques par chirurgie, chimiothérapie intra-artérielle ou
chimioembolisation constituaient les facteurs influençant la
survie.
Vis-à-vis des autres métastases, la chimioembolisation hépatique
a fait l’objet de travaux relativement anciens et dispersés. Les
résultats sont globalement inférieurs à ceux observés en cas de
CHC, en partie sûrement en raison du pronostic de la tumeur
primitive. Concernant les métastases de cancers coliques, qui sont
en règle hypovasculaires, le bénéfice attendu à long terme est
considéré comme limité ; la procédure serait néanmoins
coût/efficace en cas de survie de plus 5 mois [32].
Revascularisation
Obstructions veineuses centrales [33]
Le syndrome cave supérieur associe cliniquement œdème en
pèlerine de la face et du cou, manifestations neurologiques
(céphalées, troubles des fonctions supérieures, de la mémoire,
déficits sensitivomoteurs, troubles visuels, troubles de la
conscience), orthopnée, cyanose ; son origine est maligne dans
près de 80 % des cas : cancers
bronchopulmonaires (75 %), lymphomes (15 %).
Les obstructions du système cave inférieur d’origine maligne
sont causées dans la majorité des cas par une extension
ganglionnaire rétropéritonéale de processus tumoraux comprimant
veines pelviennes et cave inférieure. Le segment intra-hépatique de
la veine cave peut également faire l’objet d’une compression par un
foie tumoral. Le syndrome cave inférieur se traduit par un
gonflement des membres inférieurs et un œdème génital ; il
peut être accompagné d’une claudication veineuse.
Un traitement chirurgical est souvent disproportionné chez des
patients atteints d’une pathologie maligne à un stade avancé. Une
correction très rapide des symptômes est l’avantage majeur du
traitement endovasculaire ( (figure 9) ), dont
l’objectif est palliatif (la perméabilité à très long terme n’est
pas ici la préoccupation principale). Il paraît donc actuellement
indiqué dans les formes réfractaires à la radiothérapie ou à la
chimiothérapie, ou dans les formes à réponse lente. Les patients
chez lesquels on craint l’imminence d’une obstruction veineuse cave
supérieure doivent être traités assez tôt quand les troncs veineux
innominés et la bifurcation cave sont concernés, car ils
nécessiteront des montages en Y plus difficiles à mettre en œuvre.
Enfin, la levée d’un obstacle cave est licite chez des patients qui
vont être soumis à des thérapeutiques néphrotoxiques
(chimiothérapie notamment) ou chez qui on craint une lyse tumorale
extensive, pour lesquels une hydratation importante doit être
programmée. Il n’existe pas de contre-indication absolue au
stenting. L’occlusion de l’ostium de la veine azygos n’est pas une
contre-indication. Le traitement de lésions obstructives
trachéobronchiques doit précéder le geste veineux cave
supérieur.
Souvent réalisée sous anesthésie locale, la procédure peut
requérir une neuroleptanalgésie. La voie d’abord fémorale droite
est l’accès de choix. Une double voie d’abord peut être nécessaire,
qui permet de mettre en œuvre la technique du
« téléphérique » (les extrémités du guide étant
utilisables au niveau des deux points de ponction). Une
phlébographie de repérage est indispensable. En cas de thrombose
aiguë ou subaiguë, une thrombolyse in situ peut être conçue.
Les occlusions chroniques sont recanalisées par manœuvres de
cathéters et guides. Les stents ajourés auto-expansibles flexibles
présentant une bonne force radiale doivent être préférés. Leur
aptitude à adapter leurs diamètre et longueur en fonction du
diamètre des axes veineux traités confère à certains de ces stents
une souplesse d’utilisation dans les procédures de reconstruction
complexes d’axes veineux de diamètres différents. Une dilatation
préalable au ballon simple a l’avantage de localiser précisément la
zone de striction maximale et d’apprécier la longueur à traiter. Le
stenting direct a pour avantage de bloquer l’éventuelle migration
de thrombi. Dans tous les cas, une dilatation endostent par ballon
est nécessaire pour amener l’endoprothèse à son diamètre optimal.
Un surdimensionnement du diamètre de la prothèse choisie par
rapport au diamètre de la veine est de règle. En cas d’occlusion
complète de la veine cave supérieure et des veines innominées, il
n’est pas indispensable de réouvrir et de « stenter »
l’ensemble des troncs brachiocéphaliques dans la totalité :
dans notre expérience, le drainage de l’un de ces axes et de la
veine cave supérieure est en règle suffisant. Pour beaucoup
d’équipes, une antibioprophylaxie est la règle dans les procédures
endoveineuses avec implantation d’endoprothèses. L’anticoagulation
per-procédure est systématique, commencée pour certains avant le
geste. Dans les suites, l’anti-agrégation est fréquemment
prescrite, alors qu’une anticoagulation reste discutée. Les
complications sont rares : accident lié à la fibrinolyse,
mauvais placement, migration, rupture ou ouverture incomplète des
stents, arythmie, embolie pulmonaire, infection, paralysie
phrénique par compression liée au stent.
Une régression immédiate et très significative des symptômes
peut être attendue dans 70 à 100 % des cas. Des gestes
complémentaires pour le maintien de la perméabilité peuvent être
nécessaires, mais la survie en règle générale limitée de ces
patients rend cette situation peu fréquente. La perméabilité à long
terme des veines caves supérieure et inférieure pourrait être
maintenue chez 85 à 100 % des patients qui ont été suivis. Les
taux de perméabilité à distance sont moins favorables avec les
veines sous-clavières et pelviennes, de calibre plus limité. Une
thrombose aiguë peut survenir, qui peut être traitée par
fibrinolyse locale et éventuelle adjonction d’un nouveau stent.
Recanalisation des cathéters de chimiothérapie et des veines
[33]
Il s’agit de rétablir la perméabilité des voies veineuses centrales
afin de prolonger leur utilisation et de préserver le capital
veineux en vue de traitements de longue durée. L’obstruction se
situe le plus souvent autour de l’extrémité des cathéters, mais il
peut s’y associer une thrombose veineuse.
Les techniques endovasculaires constituent une alternative
valable au changement du cathéter, qui pourra toujours être proposé
en cas d’échec. Les moyens de recanalisation peuvent être
chimiques : thrombolyse in situ en bolus ou en infusion. Notre
préférence va à l’utilisation du rTPA. Les désobstructions
hydrostatiques de cathéter doivent être prudentes, en connaissant
la résistance du matériel occlus et en utilisant un
manomètre ; nous débutons toujours la tentative par l’essai de
traversée par un guide.
Le dépôt d’une gaine de fibrine autour de la partie
intravasculaire et distale d’un cathéter peut aussi être
responsable de dysfonctionnements. Ce manchon fibrinocruorique peut
être mis en évidence par opacification sous scopie. On peut en
réaliser le pelage endovasculaire avec un lasso.
On peut avoir recours à des moyens mécaniques vis-à-vis des axes
veineux proprement dits. On utilisera éventuellement, en
association avec la fibrinolyse, thromboaspiration et/ou
angioplastie par ballon plus stent d’un axe veineux.
Revascularisations artérielles
La principale singularité de l’application des techniques de
revascularisation artérielle percutanée en oncologie est la prise
en charge des sténoses et/ou occlusions d’origine radique ( (figure 10) ).
Par rapport aux procédures standard utilisées en matière de
sténoses et/ou d’occlusions athéromateuses, il faut souligner avant
tout la difficulté à dilater certaines lésions séquellaires
postradiques. Une prédilatation au ballon avant toute mise en place
d’endoprothèse doit être en conséquence systématique. Un bon
résultat immédiat amène à surseoir volontiers à l’implantation de
stent, en raison de la bien moindre importance du phénomène de
retour élastique par rapport aux sténoses athéromateuses ; à
l’inverse, en cas de difficulté à l’inflation du ballon au niveau
de la lésion, il faut craindre des difficultés au déploiement d’un
stent, qu’il s’agisse d’endoprothèses portées par ballonnets ou
auto-expansibles, devant faire éviter leur utilisation et faire
proposer éventuellement une solution chirurgicale
conventionnelle.
Des résultats satisfaisants de stenting de lésions artérielles
postradiques ont été rapportés par Liu et al. [34] chez 8 patients
avec une perméabilité du stent à 2 ans chez 6 patients
mais au prix de trois réinterventions chez deux patients. Plus
récemment, une angioplastie utilisant des ballons munis de lames
(cutting balloons) a été proposée en cas d’échec de l’angioplastie
classique pour traiter les sténoses radiques courtes des artères
iliaques, fémorales et sous-clavières [35].
Autres techniques de radiologie interventionnelle
vasculaire
Filtres caves [33]
La coexistence de plusieurs facteurs favorisants prédispose les
patients atteints de cancer à la maladie thromboembolique (1 à
17 % en fonction des cancers selon Sun et al. [36]). Au stade
aigu, l’héparine, associée si nécessaire aux fibrinolytiques,
constitue la base du traitement de la maladie thromboembolique. La
prévention d’une embolie pulmonaire ou de sa récidive au cours de
l’évolution est nécessaire et peut faire discuter la mise en place
d’une interruption partielle de la veine cave inférieure. Le
principe consiste à implanter un filtre dans la veine cave
sous-rénale afin de bloquer la migration des thrombi importants
venant des membres inférieurs. On a recours à des structures
métalliques de formes et de compositions variables. Il en existe de
multiples variétés qui diffèrent selon leur biocompatibilité, leur
maniabilité, leur stabilité, leur efficacité et leur possibilité de
retrait (filtres définitifs, temporaires, optionnels). Cette
multiplicité incite à poser ceux dont l’évaluation clinique
immédiate et à long terme est suffisante pour en connaître
l’efficacité et les limites.
L’implantation d’un filtre cave débute systématiquement par une
cavographie (par la voie jugulaire interne droite si elle est
libre) pour mesurer le diamètre de la veine cave inférieure,
repérer la position des veines rénales et dépister la présence d’un
éventuel thrombus. Une voie d’abord alternative peut s’imposer en
fonction de la présence d’éléments compressifs (tumeur,
adénomégalie), du protocole de radiothérapie, d’une voie centrale
déjà en place. Après mise en place, le contrôle cavographique
atteste de la position sous-rénale du filtre et de sa stabilité
dans la veine cave. Le positionnement du filtre est vérifié par des
clichés d’abdomen sans préparation (ASP), sa perméabilité est
contrôlée par l’échographie doppler.
Si, ailleurs, les indications des filtres caves sont bien
codifiées, leur place en oncologie est l’objet de nombreuses
controverses. En effet, certains ne les prescrivent qu’en cas de
contre-indication au traitement anticoagulant, d’hémorragie ou de
récidive d’embolie pulmonaire survenant sous anticoagulants.
D’autres en revanche, devant les difficultés à conduire un
traitement anticoagulant et ses complications, le préconisent en
première intention. Il se complique de 7 % de morbidité
[37].
Chambres implantables
La prise en charge des pathologies néoplasiques constitue la
première indication des chambres implantables. En effet, la
nécessité de disposer d’un accès veineux permettant d’assurer un
bon débit d’injection a conduit à développer des systèmes de
chambre d’injection implantés sous la peau et ponctionnés à travers
celles-ci.
La réduction de taille des chambres a rendu possible leur mise
en place à proximité des veines superficielles du bras. Après
anesthésie locale, une injection sous garrot d’une veine du dos de
la main permet le repérage et la ponction sous contrôle scopique de
la veine basilique. La ponction de la face médiale du bras est
nécessaire pour disposer d’un espace suffisant, afin de placer la
chambre d’injection au niveau du sillon bicipital médial après
incision cutanée de quelques centimètres.
La situation antérieure et médiale au coude et la petite taille
de la chambre la rendent peu visible et peu gênante.
Le taux de complications est sensiblement identique entre les
séries radiologiques et chirurgicales [38].
Récupération de corps étrangers endovasculaires [33]
Les corps étrangers endovasculaires doivent être en règle retirés
du fait de leur morbidité globale de 21 à 71 % (arythmies,
infarctus, myocardites, tamponades, perforations, pathologie
thromboembolique, sepsis…) et d’une mortalité à long terme de
25 %. L’indication est formelle en cas de corps étranger
intracardiaque ou pulmonaire. Leur caractère récent incite
également à l’extraction dans un bref délai. L’indication peut être
discutée pour les plus anciens (plus d’un mois) situés en amont des
cavités droites, qui peuvent être incorporés à la paroi vasculaire.
Les procédures, guidées par radioscopie, sont réalisées sous
anesthésie locale au point de ponction ( (figure 11) ). Des
opacifications numérisées de repérage peuvent être nécessaires.
L’accès veineux fémoral est privilégié ; nous utilisons
souvent un abord fémoral bilatéral. Une première étape consiste à
repositionner le corps étranger à l’aide d’un cathéter de type
Simmons, Grollman ou queue-de-cochon, permettant, par des
mouvements de rotation, de le mobiliser et de rendre possible la
deuxième étape, consistant à récupérer et à extraire à l’aide de
matériels divers : le choix des outils est vaste mais notre
préférence va habituellement à l’utilisation de guides-lasso, dont
la boucle placée autour du corps à récupérer permet de le saisir.
Des corps étrangers volumineux ou contondants peuvent requérir une
veinotomie chirurgicale après avoir été amenés au niveau ou à
proximité du Scarpa. Une culture doit systématiquement être
réalisée.
Les procédures peuvent être perturbées d’épisodes arythmiques
transitoires et de complications thromboemboliques ou au point de
ponction. Les échecs sont rares (fragments de cathéter de petit
calibre, très distaux dans les bronches de l’artère pulmonaire ou
corps étrangers anciens incorporés dans une paroi).
Autres complications mécaniques des accès veineux centraux
[33]
À côté de la récupération de fragments des cathéters rompus, les
accès veineux centraux peuvent faire l’objet de complications
mécaniques : lors d’un déplacement ou d’un mauvais placement
du cathéter, l’extrémité en situation ectopique peut exposer à des
complications (thrombose, douleurs lors des injections, troubles du
rythme, sténose d’une artère pulmonaire…) : un
repositionnement par les mêmes techniques endovasculaires peut être
réalisé. Une plicature se manifeste par une obstruction ou une
baisse du débit ; elle peut donner lieu à un repositionnement
ou à un échange sur guide. Une perforation de cathéter, à
soupçonner devant des douleurs lors des injections, peut être mise
en évidence par une injection de produit de contraste. Elle rend
souhaitable le remplacement du cathéter, en prenant soin de ne pas
le rompre lors de l’ablation.
Signalons enfin que la diminution de calibre d’un cathéter à son
entrée intravasculaire, visible sur des clichés radiographiques
standard (pinch off sign), serait un signe précurseur de fracture
[39].
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