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Comment maintenir l’esprit des réseaux de santé en cancérologie au service des patients et des professionnels* |
Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 12, 1245-6, Décembre 2006, Tribune libre
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DOI : 10.1684/bdc.2006.0167
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Résumé
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Author(s) : Pierre Bey , Institut Curie, Paris. |
ARTICLE
Auteur(s) : Pierre Bey
Institut Curie, Paris
Le constat est un retour aux principes fondamentaux : – Les
cancers touchent un nombre élevé et croissant de Français, 5 hommes
sur 10 et 4 femmes sur 10 seront atteints au cours de leur vie
d’une des formes de cancer. Leur nombre a augmenté rapidement dans
notre pays et, en raison du vieillissement accéléré de la
population et d’une augmentation quasi exponentielle de l’incidence
de la plupart des cancers avec l’âge, ce nombre de nouveaux cas de
cancers va continuer à augmenter.
- – Les cancers sont des maladies graves qui restent
mortelles une fois sur deux en moyenne, même si, et c’est un
élément important à considérer, le taux de mortalité a commencé à
diminuer. En l’absence de guérison et pour certains cancers, la
durée de vie avec la maladie s’est allongée, avec une phase de
chronicisation pouvant durer plusieurs années.
- – Diagnostics et traitements, pour un même malade, font
appel à de nombreux acteurs exerçant souvent selon des modes
variables et en des lieux différents.
- – Les connaissances et les compétences nécessaires sont
multiples, complexes, évolutives.
- – Les chances de guérison avec le minimum de séquelles
sont fortement dépendantes de la première prise en charge
diagnostique et thérapeutique. Cela est très spécifique à la
cancérologie.
- – La première demande des malades est de bénéficier des
meilleures chances de guérison ou, à défaut, de pouvoir vivre le
plus longtemps et le moins mal possible avec la maladie et d’être
accompagné à chacune de ses phases.
La réponse apportée à ce constat s’est naturellement orientée vers
une amélioration de l’organisation et une nécessaire coordination
entre acteurs et structures. Elle s’est cristallisée dans le cadre
des réseaux de cancérologie, quel que soit le territoire qu’ils
recouvrent, avec les mêmes besoins :
- – l’identification des diverses structures en fonction
des moyens et des compétences qu’elles renferment ;
- – une adaptation des moyens et compétences de ces
structures dans une démarche progressive d’amélioration de la
qualité ;
- – la nécessaire coordination des différents acteurs
quels que soient leurs lieux d’exercice, en particulier entre
établissement et domicile du patient ;
- – la mutualisation des connaissances pour la rédaction
de référentiels pour les situations répétitives et des compétences
dans le cadre de réunions de concertation
pluridisciplinaires ;
- – l’instauration d’une confiance entre les
acteurs ;
- – l’instauration d’une confiance des patients, des
malades et de leur entourage envers les différents acteurs et
structures.
Les premiers réseaux ont été le plus souvent :
- – animés par un groupe d’individus convaincus, issus de
divers horizons et qui partageaient les mêmes objectifs, le même
enthousiasme ;
- – soutenus aux moments clés par des établissements, des
institutions, les tutelles, DRASS puis ARH qui ont joué un rôle
majeur ;
- – réactifs pour profiter des espaces de liberté avant
l’apparition des textes réglementant les réseaux.
À l’évidence, les réseaux correspondent, non pas à une mode, mais à
une nécessité, en réponse à une question majeure de santé
publique.Comment maintenir cet esprit dans une période qui va être
marquée par un caractère normatif plus prononcé ? Un
certain nombre de principes doivent être préservés :
- – inciter plus qu’imposer ;
- – aider plus que complexifier ;
- – faciliter plus que piloter ;
- – évaluer de façon précise et systématique :
les réseaux n’ont d’intérêt que s’ils ont une valeur ajoutée pour
les malades d’abord, pour leurs proches, pour les acteurs et les
établissements ;
- – éviter les enjeux de pouvoir, et la meilleure façon de
le faire est sûrement que la valeur ajoutée soit le plus
équitablement partagée entre les différents partenaires et qu’elle
soit visible.
Pour cela :
- – le socle réglementaire, s’il est indispensable, doit
être limité ;
- – la finalité et les objectifs doivent être parfaitement
définis. La façon de les atteindre peut être largement ouverte. On
voit bien, en écoutant l’ensemble des expériences de terrain, et
elles sont nombreuses, combien les situations sont diverses,
particulières selon les régions ;
- – respecter le travail fait et capitaliser sur les
acquis, en particulier sur les différentes actions au niveau de
réseaux territoriaux ou régionaux ;
- – objectifs et moyens doivent être pluriannuels plutôt
sur 5 ans que sur 3 ans ;
- – l’évaluation doit être développée sur des critères
négociés et les plus consensuels possibles.
Mais, au-delà de cette nécessaire action normative, il faut laisser
la place à l’imagination, à l’innovation, en recréant ces espaces
de liberté si féconds. Cela pourrait se faire par l’intermédiaire
d’appels d’offre permettant l’expérimentation dans tous les
domaines : organisation, référentiels, RCP, médico-économique,
activités de prévention, dépistage, soins et suivi
post-thérapeutique.Le maintien de cet esprit passe par le
développement de la transparence : qui fait quoi, qui est
compétent et pourquoi, par l’encouragement de la délégation entre
les différents lieux de prise en charge dans les deux sens. La
question financière se posera inévitablement dans le cadre de la
tarification à l’activité. Une implication plus forte des malades
est impérative.Pour maintenir cet esprit, un élément-clé, la
confiance.
- – Inscrire le réseau dans une démarche qualité donne
progressivement confiance aux acteurs de soins entre eux. Il paraît
souhaitable d’éviter de répéter aux malades qu’ils peuvent ou
qu’ils doivent recourir à un deuxième avis. Cela entretient la
défiance et l’idée qu’il y a les bons et les autres, ceux qui
savent et ceux dont on n’est pas très sûrs qu’ils savent. Il faut
privilégier les second avis de recours entre professionnels. Cela
suppose bien sûr de faire admettre que tout le monde ne fait pas la
même chose : si la graduation de la qualité est inacceptable,
la graduation des activités est indispensable.
- – On souligne là l’importance de la labellisation, de
l’agrément, de la certification qui doivent marquer une
reconnaissance perceptible par les malades, leurs proches et
lisible par les acteurs.
Si on ne devait retenir qu’un indicateur du bon fonctionnement d’un
réseau dans un territoire ou une région, ce serait le nombre de
deuxième avis de défiance qui devrait progressivement tendre vers
zéro, pour ne garder que des avis de recours demandés par les
professionnels eux-mêmes à d’autres professionnels.En conclusion,
un réseau aura d’autant plus de chances de fonctionner durablement
avec cet esprit, qui doit être « au service », qu’on
laissera de la place à l’innovation, à la recherche, à
l’enthousiasme, à l’initiative, que les malades comme les acteurs
de santé se sentiront en confiance et qu’une même relation de
confiance fondée sur l’évaluation aura pu s’instaurer entre
« tutelles » et réseau, ce qui inclut une nécessaire
professionnalisation. Dans ce cadre, il faut signaler la naissance
de l’option « Réseau » du diplôme d’études spécialisées
complémentaires de cancérologie qui sera créé à partir de 2007.
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