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Impact of surgical access on staging of early borderline and invasive tumors of the ovary


Bulletin du Cancer. Volume 93, Number 7, 723-30, Juillet 2006, Article original


Résumé   Summary  

Author(s) : Patrice Desfeux, Gilles Chatellier, Anne-Sophie Bats, Florence Larousserie, Chérazade Bensaid, Claude Nos, Denis Querleu, Bernard Blanc, Fabrice Lécuru , Université Paris-Descartes, Faculté de médecine, Paris ; Service de chirurgie gynécologique et cancérologique, Hôpital européen Georges Pompidou, Université Paris-Descartes, Faculté de médecine, Paris ; Unité d’épidémiologie clinique CIE4 Inserm, Hôpital européen Georges-Pompidou rue Leblanc, 75015 Paris, Centre Claudius-Regaud, 31000, Toulouse, Maternité La Conception, 13000 Marseille.

Summary : The objectives were to evaluate the impact of the surgical approach on the staging of borderline tumors and early-stage malignancies of the ovary. We retrospectively reviewed cases of borderline and invasive ovarian tumors stages Ia through Ic treated surgically between January 1, 1985 and December 31, 2001. We compared the rates of potentially harmful procedures according to the surgical approach. The quality of surgical staging was assessed by examining each required procedure and by determining a score. The influence of variables related to patient characteristics, preoperative workup, and initial surgery on staging quality was tested by univariate analysis. Variables independently associated with staging quality were entered in a logistic regression model. SPPS 7.5 and STATA 8 software was used for statistical tests. Of 118 patients with borderline tumors, 48 (41 %) underwent laparoscopic surgery, 54 (45 %) laparotomy, and 16 (14 %) laparoscopy converted to laparotomy. Surgery was conservative in 57 % of cases overall \; this proportion was significantly greater with laparoscopy than with laparotomy (p <\; 0.05) and in younger women (p <\; 0.001). Intraoperative tumor rupture occurred in 9 % of patients, with no significant difference across surgical approaches (p \= 0.1). Bag extraction was used in 19 (40 %) of 48 laparoscopically treated patients. Staging was incomplete in 73 % of patients. By univariate analysis, bilateral adnexectomy and, to a lesser extent, age > 44 years, laparotomy, hysterectomy, and treatment after 1995 predicted at least partial staging. Factors independently associated with at least partial staging in the multivariate model were treatment after 1995, bilateral adnexectomy, and hysterectomy. Of 178 patients with invasive tumors, 34 underwent laparoscopic surgery, 114 laparotomy, and 30 conversion from laparoscopy to laparotomy. The laparotomy group was characterized by significantly older patient age and larger tumors, compared to the laparoscopy group. Staging was often inadequate after initial surgery, most notably with low rates of paraaortic lymphadenectomy (0 % in the laparoscopy group, 18 % in the laparotomy group, and 33 % in the conversion group). Staging is often less complete with laparoscopy than with laparotomy. In patients with invasive cancer, inadequate initial staging is common, most notably when laparoscopy is used. The surgeons training seems of major importance.

Keywords : stadification, surgery, ovarian tumor

ARTICLE

Auteur(s) : Patrice Desfeux1, Gilles Chatellier2, Anne-Sophie Bats1, Florence Larousserie1, Chérazade Bensaid1, Claude Nos1, Denis Querleu3, Bernard Blanc4, Fabrice Lécuru1

1Université Paris-Descartes, Faculté de médecine, Paris ; Service de chirurgie gynécologique et cancérologique, Hôpital européen Georges Pompidou
2Université Paris-Descartes, Faculté de médecine, Paris ; Unité d’épidémiologie clinique CIE4 Inserm, Hôpital européen Georges-Pompidou rue Leblanc, 75015 Paris
3Centre Claudius-Regaud, 31000, Toulouse
4Maternité La Conception, 13000 Marseille

Article reçu le 6 Decembre 2005, accepté le 25 Mars 2006

La cœlioscopie est aujourd’hui la voie d’abord la plus fréquente pour l’exploration des masses annexielles. L’exploration macroscopique cœlioscopique, complétée par l’examen extemporané, permet de reconnaître les cancers ou les lésions frontières de l’ovaire (LOF) des tumeurs bénignes [1]. Le traitement de ces lésions a longtemps nécessité la réalisation obligatoire d’une laparotomie mais, depuis une dizaine d’années, la cœlioscopie est proposée pour le traitement des LOF précoces [2-4] et des cancers ovariens de stade inférieur à IIa [5-8].Si les effets délétères potentiels du pneumopéritoine ont été abondamment étudiés [9], la capacité de l’abord chirurgical lui-même à permettre la réalisation des gestes nécessaires a été moins étudiée. En effet, les particularités techniques de la cœlioscopie pourraient favoriser la réalisation de certaines étapes (inspection du péritoine) ou, au contraire, les rendre plus difficiles (inspection de l’arrière cavité des épiploons, curage lomboaortique).Le but de cette étude était de comparer la qualité de la prise en charge chirurgicale des tumeurs frontières et invasives de l’ovaire à un stade précoce, en fonction de la voie d’abord.

Matériel et méthodes

Nous avons conduit une enquête rétrospective sur la prise en charge chirurgicale des lésions frontières et des cancers ovariens précoces, opérés par cœlioscopie ou laparotomie. Un questionnaire a été adressé aux centres hospitaliers ou aux praticiens privés pouvant prendre en charge ce type de lésions : hôpitaux universitaires, hôpitaux non universitaires, centres de lutte contre le cancer et praticiens privés appartenant au Collège national des gynécologues obstétriciens français ou à la Société française d’oncologie gynécologique. La première intervention chirurgicale devait avoir été effectuée entre le 1er janvier 1985 et le 31 décembre 2001. Un premier mailing a été effectué en 1999 et un autre en 2002. Les critères d’inclusion étaient les lésions frontières et les cancers ovariens épithéliaux, dont le stade final était compris entre Ia et Ic. Nous avons recueilli des informations sur les caractéristiques principales des patientes, le bilan préopératoire, la voie d’abord chirurgicale initiale, les gestes réalisés lors de la première intervention et la réalisation d’une deuxième opération.

Pour les lésions frontières, nous avons utilisé les critères de jugement suivants :

  • fréquence de gestes potentiellement délétères (rupture peropératoire, extraction non protégée) en fonction de la voie d’abord chirurgicale ;
  • qualité de la stadification effectuée lors de la première intervention. La stadification a été appréciée de deux manières : analyse un à un de tous les gestes recommandés et vérification de leur réalisation, établissement d’un score (0 = aucun geste de stadification, 1 = au moins un des gestes suivants : cytologie péritonéale, au moins une biopsie péritonéale, omentectomie infracolique ± appendicectomie en cas de lésion mucineuse ; 2 = tous les gestes).

La qualité de la stadification a ensuite été analysée en fonction de différentes variables explicatives potentielles. Ces dernières étaient : le type de centre de soins (universitaire versus non universitaire), l’année de traitement (< 1955 versus > 1995), l’âge au diagnostic (< versus > 44 ans), le statut ménopausique (oui versus non), le taux de CA125 préopératoire (< versus > 30 IU/L), le diamètre de l’ovaire (< versus > 80 mm), la voie d’abord (cœlioscopie, laparotomie, laparoconversion), la présence d’adhérences péritumorales (oui versus non), la réalisation d’une ponction de la tumeur (oui versus non), le geste effectué sur les annexes (kystectomie, annexectomie uni ou bilatérale) et la réalisation d’une hystérectomie (oui versus non).

Pour les cancers, nous avons comparé les gestes de stadification et d’exérèse effectués lors de l’intervention initiale. Nous avons distingué les malades initialement opérées par cœlioscopie, celles opérées par laparotomie et celles chez qui une cœlioscopie avait été convertie en laparotomie.

Pour l’analyse univariée, nous avons utilisé le test du Chi2 (ou le test exact de Fisher) pour comparer les variables qualitatives, l’analyse de la variance pour comparer les variables quantitatives. Un test a été considéré comme significatif si p était inférieur à 0,05. Les variables statistiquement associées à la variable à prédire ont ensuite été incluses dans un modèle de régression multivarié (modèle logistique). Toutes ces données ont été saisies et analysées avec les logiciels SPPS 7.5 et Stata 8.

Résultats

Lésions frontières

Cent dix-huit patientes ont été incluses, provenant de 21centres différents : 66 d’hôpitaux universitaires, 25 de praticiens privés, 14 d’hôpitaux non universitaires et 13 de centres de lutte contre le cancer.

La moyenne d’âge lors du diagnostic était égale à 45 ans (± 16) et 43 femmes (37 %) étaient ménopausées. Un dosage du CA125 était connu dans 58/115 (50 %) des cas avant l’intervention (moyenne = 35 IU/L, 5-4000). Il était supérieur à 30IU/L chez 32/58 (55 %). Le diamètre du kyste était égal à 80 mm en moyenne (10-340 mm).

La voie d’abord était une cœlioscopie dans 48 cas (41 %), une laparotomie dans 54 cas (45 %) et une cœlioscopie ayant nécessité une conversion dans 16 cas (14 %). L’indication de la laparoconversion était le caractère suspect de la lésion (9/16), des difficultés opératoires (6/16) et une complication opératoire (1/16).

Les gestes effectués lors de l’intervention chirurgicale initiale sont décrits dans le tableau 1( Tableau 1 ). Une annexectomie bilatérale a été effectuée dans 50/116 (43 %) des cas. Dans les autres situations, un traitement conservant au moins une annexe a été effectué en première intention. La prévalence des annexectomies bilatérales était significativement différente entre les trois voies d’abord (p = 0,03). Les femmes opérées par laparotomie ont eu significativement plus souvent un traitement radical. De la même façon, celles qui ont subi un geste radical étaient significativement plus âgées (57 ans ± 13) que celles qui ont bénéficié d’un traitement conservateur (39 ans ± 16, p < 0,001).

La stadification effectuée lors de l’intervention initiale est donnée dans le tableau 1. Selon, notre score, aucune stadification n’a été effectuée chez 21/96 patientes (22 %), une stadification incomplète chez 70/96 (73 %) et une stadification complète chez 5/96 (5 %). Pour l’étude univariée et multivariée sur la stadification, nous avons procédé à des regroupements de classes au sein des variables de façon à optimiser les effectifs (tableau 2( Tableau 2 )). Ainsi, la qualité de la stadification a été divisée en deux classes (nulle, au moins partielle), la réalisation d’une annexectomie (bilatérale ou autre), la voie d’abord (cœlioscopie versus laparotomie et laparoconversion).

L’étude univariée montre que la réalisation d’une annexectomie bilatérale et, dans une moindre mesure, l’âge supérieur à 44 ans, l’abord par laparotomie, la réalisation d’une hystérectomie et l’année de traitement (> 1995) exerçaient un effet positif sur la réalisation d’une stadification au moins partielle. Le résultat de l’étude multivariée est donné dans le tableau 3( Tableau 3 ). L’année de traitement, la réalisation d’une annexectomie bilatérale ou d’une hystérectomie étaient prédictives d’une stadification au moins partielle.

Des gestes potentiellement délétères, comme une ponction de la tumeur ou une rupture peropératoires, sont survenus dans respectivement 5/117 (4 %) et 8/90 (9 %) des interventions. La prévalence de ces événements ne variait pas significativement avec le type d’abord chirurgical (respectivement p = 0,1 et p = 0,1). Lors des cœlioscopies, un sac a été utilisé pour l’extraction de la pièce dans 19/48 cas (40 %).
Tableau 1 Lésions frontières : gestes effectués lors de l’intervention initiale, selon la voie d’abord

Geste

Cœlioscopie

Laparotomie

Laparoconversion

p

Annexectomiea

- bilatérale

13/47 (28 %)

29/53 (55 %)

8/16 (50 %)

- unilatérale

15/47 (32 %)

15/53 (28 %)

5/16 (31 %)

0,03

Aucune

19/47 (40 %)

9/53 (17 %)

3/16 (19 %)

Cytologie péritonéaleb

26/40 (65 %)

34/42 (80 %)

12/15 (80 %)

0,21

> 1 biopsie péritonéalec

7/40 (17 %)

18/41 (44 %)

8/15 (53 %)

0,01

Hystérectomiea

9/47 (19 %)

31/53 (58 %)

6/16 (37 %)

< 0,01

Omentectomiea

2/47 (4 %)

24/53 (45 %)

6/16 (37 %)

< 0,01

Appendicectomied

1/39 (2 %)

8/38 (21 %)

3/15 (20 %)

0,03

Curage pelviena

0/47

3/53 (6 %)

3/16 (18 %)

0,02

Curage lomboaortiquea

0/47

3/53 (6 %)

2/16 (12 %)

0,08

a2 dossiers manquants.

b19 dossiers manquants.

c20 dossiers manquants.

d24 dossiers manquants.


Tableau 2 Lésions frontières : facteurs prédictifs de la qualité de la stadification chez 116 patientes (analyse univariée)

Variable

Stadification correcte

Stadification incorrecte

p

Type de centre (universitaire versus non universitaire)

51/62 (17 %)

17/62 (83 %)

0,18

Année de traitement (> 1995 versus < 1995)

55/66 (83 %)

11/66 (17 %)

0,06

Age (> 44 versus <)

41/48 (85%)

7/48 (15%)

0,07

Ménopause (oui versus non)

28/34 (83 %)

6/34 (17 %)

0,51

Abord chirurgical (cœlioscopie versus autre voie)

49/56 (87 %)

/56 (13%)

0,09

Taux CA125 (< versus > 30)

27/29 (93 %)

2/29 (7 %)

0,73

Diamètre du kyste (< versus > 80 mm)

33/40 (83 %)

7/40 (17 %)

0,48

Adhérences péritumorales (oui versus non)

21/25 (84 %)

4/25 (16 %)

0,91

Ponction (oui versus non)

3/4 (75 %)

1/4 (25 %)

0,87

Traitement des annexes (annexectomie bilatérale versus autre geste)

59/68 (76 %)

9/68 (13 %)

0,01

Hystérectomie (oui versus non)

34/37 (92 %)

3/37 (8 %)

0,09


Tableau 3 Lésions frontières : facteurs prédictifs indépendants de la qualité de la stadification chez 116 patientes (modèle logistique)

Variable

Coefficient

Odds ratio

CI95 %

p

Age (> versus < 44)

0,30

1,35

0,14-13,01

0,79

Ménopause

- 0,92

0,39

0,03-4,45

0,45

Année (> 1995 versus <)

1,55

4,74

1,28-17,52

0,01

Abord chirurgical (cœlioscopie versus autre voie)

0,89

2,44

0,68-8,77

0,17

Annexectomie (bilatérale versus autre)

1,54

4,7

1,19-18,45

0,02

Hystérectomie (oui versus non)

1,85

6,35

0,93-43,27

0,05

Cancers

Cent soixante-dix-huit dossiers ont été inclus, correspondant à 34 femmes opérées par cœlioscopie (groupe 1), 114 par laparotomie (groupe 2) et 30 chez qui la cœlioscopie initiale a été convertie en laparotomie (groupe 3). Ces dossiers provenaient de 32 centres : 64 d’hôpitaux universitaires, 52 de centres de lutte contre le cancer, 48 d’hôpitaux non universitaires et 14 de praticiens privés.

Les caractéristiques principales des patientes et du bilan préopératoire sont données dans le tableau 4( Tableau 4 ). L’âge moyen des patientes était significativement différent entre les trois groupes (p < 0,05). Les patientes opérées par laparotomie étaient significativement plus âgées que celles opérées par cœlioscopie (p < 0,05) ou ayant subi une conversion (p < 0,05). De la même façon, les femmes du groupe 2 étaient significativement plus souvent ménopausées que celles du groupe 1 (p = 0,001). Un taux de CA125 préopératoire était disponible chez 58 à 66 % des femmes selon les groupes (non significatif ou NS). Le taux de CA125 était significativement plus élevé dans le groupe laparotomie et dans le groupe laparoconversion que dans le groupe cœlioscopie (p = 0,01). De la même façon, le diamètre moyen des lésions était significativement plus grand chez les patientes opérées par laparotomie que chez celles opérées par cœlioscopie (p < 0,001) ou celles ayant subi une conversion (groupe 3) (p < 0,01). De la même façon, les tumeurs étaient plus grosses dans le groupe 3 que dans le groupe 1 (p < 0,05). Le statut ménopausique (p = 0,2), le taux de CA125 préopératoire (p = 0,2) ou le diamètre des lésions (p = 0,2) ne variaient pas significativement entre les différents types de centres de soin. En revanche, les patientes opérées dans les hôpitaux non universitaires étaient significativement plus âgées que celles opérées dans les centres de lutte contre le cancer (p < 0,05).

Les gestes effectués sur les annexes sont détaillés dans le tableau 5( Tableau 5 ). Les gestes radicaux étaient significativement moins fréquents lors des cœlioscopies que lors des laparotomies (p < 0,001) ou des laparoconversions (p < 0,001). En revanche, leur fréquence n’était pas significativement différente entre le groupe 2 et le groupe 3 (p = 0,9). Les femmes qui ont subi une annexectomie bilatérale étaient significativement plus âgées (57 ans ± 12) que celles qui ont eu une annexectomie unilatérale (38 ans ± 13) ou celles qui ont eu un traitement conservateur (37 ans ± 13) (p < 0,001). La ponction de la lésion était rarement utilisée lors des cœlioscopies exclusives (1/32 = 3 %) ou des laparotomies (2/114 = 1,7 %) ; en revanche elle était significativement plus fréquente en cas de laparoconversion (4/30 = 13 %), qu’en cas de cœlioscopie exclusive (p < 0,02). La rupture peropératoire de la tumeur était rapportée dans 31 % des cas de cœlioscopie initiale, 22 % des laparoconversions et 16 % des laparotomies, sans différence significative entre les trois groupes. Enfin l’ensachage des pièces opératoires n’était utilisé que chez un tiers des femmes opérées par cœlioscopie. Cette fréquence ne variait pas significativement lorsque l’on comparait la période avant 1995 et celle après 1995 (p = 0,7). Le tableau 6( Tableau 6 ) reprend les autres gestes effectués lors de l’intervention initiale. Une cytologie péritonéale a été prélevée chez 51 % des femmes opérées par cœlioscopie. Cependant, sa fréquence n’était pas significativement différente entre les groupes. De la même façon, au moins une biopsie péritonéale a été effectuée chez seulement 11 % des femmes opérées par cœlioscopie. Ces gestes étaient significativement plus fréquents en cas de laparotomie (p < 0,05) ou de laparoconversion (p < 0,01). Une hystérectomie a été significativement plus fréquemment effectuée lors des interventions par laparotomie (p < 0,001) ou des laparoconversions (p < 0,001) que lors des cœlioscopies. Cependant, l’âge moyen des femmes subissant une hystérectomie (55,6 ± 12,1 ans) était significativement plus élevé que celui des femmes ayant un traitement conservateur (39 ± 14,5 ans, p < 0,001). Une omentectomie était plus fréquemment effectuée lors des laparotomies (p < 0,001) ou des laparoconversions (p < 0,001) que lors des cœlioscopies exclusives. Un curage pelvien ou un curage lomboaortique n’a jamais été effectué lors des cœlioscopies initiales et dans seulement 18 à 33 % des cas de laparotomies ou de laparoconversion. La fréquence des curages était significativement différente entre les groupes 2 et 1 (p < 0,01), comme entre les groupes 3 et 1 (p < 0,01). En revanche, il n’existait pas de différence significative entre les groupes 2 et 3.

Une seconde intervention a été effectuée afin de compléter la stadification dans 30/34 (88 %) des cas opérés initialement par cœlioscopie, 55/114 (48 %) des cas opérés par laparotomie et 14/30 (46 %) des cas du groupe 3 (p < 0,001). La fréquence des réinterventions variait avec le type de structure de soin dans laquelle les patientes étaient finalement prises en charge : hôpitaux universitaires (34 %), hôpitaux non universitaires (52 %), centres de lutte contre le cancer (82 %) et structures privées (64 %) (p < 0,001). La voie d’abord utilisée pour ces réinterventions variait significativement selon le type de structure de soin. La cœlioscopie était significativement plus souvent utilisée dans les hôpitaux universitaires et les hôpitaux généraux que dans les centres de lutte contre le cancer (p < 0,05).
Tableau 4 Cancers : caractéristiques des patientes et du bilan préopératoire

Caractéristiques

Cœlioscopie (n = 4)

Laparotomie (n = 114)

Conversion (n = 30)

p

Age (ans)

43 ± 12

51 ± 16

41 ± 15

0,04

Femmes ménopausées

6/31 (19 %)

57/108 (53 %)

12/30 (40 %)

0,004

Dosage du CA125

20/34 (58 %)

72 /113 (64 %)

20/30 (66 %)

0,8

Taux CA125 (IU/L)

31 [17, 57] (n = 19)

100 [69, 145] (n = 72)

99 [47, 205] (n = 19)

0,01

Diamètre ovaire (mm)

82 ± 34 (n = 29)

137 ± 58 (n = 102)

106 ± 42 (n = 30)

< 0,001


Tableau 5 Cancers : gestes effectués sur les annexes lors de l’intervention initiale

N (%)

Cœlioscopie (n = 34)

Laparotomie (n = 114)

Conversion (n = 30)

P

Annexectomie unilatérale

16 (48 %)

23 (20 %)

7 (23 %)

< 0,001

Annexectomie bilatérale

4 (12 %)

73 (65 %)

18 (60 %)

Autre

13 (40 %)

18 (15 %)

5 (17 %)

Ponction

1/32 (3 %)

2/114 (2 %)

4/30 (13 %)

0,01

Rupture peropératoire

9/29 (31 %)

17/105 (16 %)

5/22 (22 %)

0,19

Ensachage

11/33 (33 %)

2/114 (2 %)

3/30 (10 %)

< 0,001


Tableau 6 Cancers : autres gestes effectués lors de l’intervention initiale

N (%)

Cœlioscopie (n = 34)

Laparotomie (n = 114)

Conversion (n = 30)

p

Cytologie péritonéale

15/29 (51) %)

68/111 (61 %)

19/30 (63 %)

0,6

> 1 biopsie péritonéale

3/28 (11 %)

30/108 (28 %)

13/30 (43 %)

0,02

Hystérectomie

2/33 (6 %)

76/114 (67 %)

17/30 (57 %)

< 0,001

Omentectomie

2/33 (6 %)

55/114 (48 %)

12/30 (40 %)

< 0,001

Mésentère

0/28 (0 %)

8/108 (7 %)

7/30 (23 %)

< 0,01

Appendicectomie

2/28 (7 %)

15/104 (14 %)

3/28 (11 %)

0,5

Curage pelvien

0

20/113 (18 %)

9/30 (30 %)

< 0,01

Curage lomboaortique

0

27/114 (23 %)

10/30 (33 %)

< 0,01

Discussion

Depuis vingt ans la cœlioscopie est devenue une voie d’abord essentielle pour le traitement des kystes ovariens bénins et l’exploration des masses annexielles suspectes. Le chirurgien cœlioscopiste peut alors diagnostiquer une lésion frontière ou un cancer ovarien ; il doit décider de la poursuite de l’intervention par cœlioscopie ou par laparotomie. Quelques séries ont été publiées par des équipes de référence sur la prise en charge cœlioscopique de lésions frontières [2-4] ou de cancers à un stade précoce [5-8]. Leurs résultats sont positifs avec une survie équivalente à celle observée après une prise en charge par laparotomie. Inversement, quelques papiers montrent les effets délétères de prise en charge cœlioscopique mal conduite de ces mêmes lésions [10]. Notre objectif était de mesurer la qualité de la prise en charge cœlioscopique des tumeurs frontières ou invasives de l’ovaire à un stade précoce. Nous avons recueilli des données provenant de praticiens dont l’expérience en cœlioscopie et en cancérologie est variable. Pour des raisons nosologiques évidentes, nous avons séparé l’analyse des lésions frontières et celle des cancers.

Lésions frontières

Le traitement des tumeurs frontières de l’ovaire apparaît possible par cœlioscopie. Deux séries de 25 et 34 cas ont montré que ces interventions étaient faisables par cœlioscopie ; cependant, le recul était faible et il n’y avait pas de comparaison avec la laparotomie [2, 3]. Récemment, Maneo a publié 62 cas de traitements conservateurs par cœlioscopie ou laparotomie et a décrit une augmentation du risque de récidive précoce après cœlioscopie [4]. Il était donc important de mesurer l’impact de la cœlioscopie sur la prise en charge de ces lésions. À notre connaissance, notre série comporte plus de cas que les études précédemment publiées sur les relations de la cœlioscopie et des TOF précoces.

Les gestes potentiellement délétères ont été rarement répertoriés dans notre étude. Les ponctions de kystes et les ruptures accidentelles n’ont été observées que dans 4 et 9 % des cas, en accord avec les données publiées dans la littérature pour les kystes bénins [11]. Notons que Maneo avait observé une prévalence nettement plus élevée de ruptures peropératoires lors des cœlioscopies : 53 % [4]. Le diamètre tumoral, peut-être plus important dans la série de Maneo, pourrait expliquer ce taux élevé de ruptures. L’effet de ces événements sur le pronostic n’est pas connu en cas de lésion frontière. Inversement, les extractions de pièces opératoires sans la protection d’un sac étaient anormalement fréquentes dans notre série (60 %). Cela est reconnu comme un facteur de risque de métastase sur cicatrice de trocart. Le risque est majeur lors des interventions pour cancer de l’ovaire, mais cette complication peut également être observée lors d’une intervention pour tumeur frontière de l’ovaire [12]. Nous n’avons pas enregistré ce type de complication dans cette série.

Les caractéristiques des interventions effectuées par cœlioscopie et par laparotomie étaient différentes. La prévalence des interventions conservatrices était plus élevée lors des cœlioscopies. Cependant, le type de traitement était significativement corrélé à l’âge des femmes. Ce résultat est en accord avec les données de la littérature, qui retrouvent une association, entre âge, diamètre du kyste, voie d’abord et radicalité de l’exérèse [4, 13]. Les caractéristiques des patientes ayant bénéficié d’un traitement conservateur nous font postuler que c’est le désir de préserver la fertilité qui a motivé ce choix de traitement.

Nous avons constaté que la stadification chirurgicale était rarement complète quelle que soit la voie d’abord. En théorie, elle doit comprendre une cytologie péritonéale, une hystérectomie totale non conservatrice, une omentectomie infracolique et des biopsies péritonéales multiples [14]. Les curages pelviens et lomboaortiques systématiques sont discutés, notamment pour les stades précoces [4]. D’autres auteurs ont constaté, comme nous, que les malades qui présentent une TOF au stade I macroscopique ont rarement une stadification adéquate, quelle que soit la voie d’abord chirurgicale. Dans la série de Fauvet, seules 38 % des patientes avaient eu une stadification initiale correcte (l’absence de curage n’était pas prise en compte) [15]. Dans une enquête sur la prise en charge des lésions frontières par laparotomie, Lin avait noté que seules 12 % des patientes avaient une stadification adéquate [16]. Dans la série de Camatte, la stadification péritonéale initiale des patientes était complète dans seulement 20 % des cas [13]. Dans notre série, une stadification complète était plus fréquente en cas de traitement radical ou de laparotomie. Les explications les plus probables sont la non-reconnaissance pré ou peropératoire du caractère suspect du kyste, l’entraînement insuffisant du chirurgien à la chirurgie oncologique. Lin a en effet observé que le taux de stadification correcte variait de 7 % pour les chirurgiens non spécialisés à 50 % pour les gynéco-oncologues [16]. L’entraînement du chirurgien est probablement plus déterminant que la voie d’abord chirurgicale. Le fait que la cœlioscopie permet de réaliser la restadification de certaines patientes est un argument supplémentaire [17].

Cancers

Les cancers ovariens de stade I ne constituent que 25 à 30 % des formes diagnostiquées. Ils représentent les seuls cas réellement curables, lorsque leur stade réel a été affirmé par une stadification chirurgicale. Les gestes nécessaires à cette stadification sont maintenant bien codifiés [18]. Plusieurs auteurs ont montré qu’ils étaient faisables par cœlioscopie et rapporté la prise en charge cœlioscopique de cancers annexiels précoces [5-8]. Les taux, acceptables, de laparoconversion et de complications montrent que la cœlioscopie est une voie d’abord réaliste, notamment pour les tumeurs dont le diamètre n’est pas trop important. La limite subjective semble se situer vers 4 à 5 centimètres.

Cette série montre que la prise en charge initiale des tumeurs ovariennes est différente selon la voie d’abord. La radicalité de l’intervention était significativement moindre lors des cœlioscopies que lors des laparotomies. Cela peut être expliqué par un âge significativement plus jeune des femmes opérées initialement par cœlioscopie et de celles ayant bénéficié d’un traitement conservateur. Néanmoins, certaines conservations annexielles lors de l’intervention initiale sont peut-être discutables et pourraient témoigner d’une absence de diagnostic du cancer avant ou pendant la première opération. Cependant, notre questionnaire n’étudiait pas ces données. En revanche, la fréquence des gestes potentiellement délétères est apparue faible. Les ponctions ou les ruptures de cancers ovariens localisés pourraient avoir un rôle pronostique [19]. Les ponctions premières des kystes étaient rares lors des cœlioscopies (3 %). De la même façon, les ruptures peropératoires ne concernaient qu’un tiers des patientes, sans variation significative entre les groupes et avec un taux comparable à ceux observés dans la littérature [11]. Le rôle du diamètre tumoral n’a pas été étudié dans ce travail, mais pourrait constituer un facteur de risque de rupture. Inversement, les sacs étaient insuffisamment utilisés pour l’extraction des pièces opératoires, sans amélioration lors des années les plus récentes. Malgré cela, aucune métastase d’orifice de trocart n’a été enregistrée dans cette série.

Cette série montre également que la qualité de la stadification était différente selon la voie d’abord initiale. En particulier, le bilan d’extension était inapproprié lors des cœlioscopies initiales, motivant une réintervention chez la majorité des patientes. Les omentectomies et les curages étaient rares ou absents lors des cœlioscopies initiales, ce qui est potentiellement préjudiciable puisque les métastases occultes sont fréquemment situées dans ces régions [5-8, 20]. Seule une minorité des femmes initialement opérées par laparotomie a bénéficié d’une stadification adaptée lors de la première intervention. Cette anomalie a déjà été rapportée par plusieurs auteurs, en particulier Young qui avait décrit dans les années 1980 la restadification de 100 patientes initialement prises en charge par laparotomie [20]. Vingt-cinq pour cent des incisions étaient inadéquates et 30 % des patientes avaient été sur-stadées, notamment en raison de métastases péritonéales ou ganglionnaires lomboaortiques. La formation des chirurgiens semble ici au moins aussi importante que la voie d’abord [21, 22]. Plusieurs études montrent clairement l’effet de l’entraînement à la chirurgie oncologique sur la qualité des interventions et le pronostic des patientes [22, 23]. Enfin, les différences observées entre nos résultats, issus d’une large communauté de chirurgiens, et ceux des équipes expertes plaident également pour un rôle majeur de « l’effet chirurgien » [5-8, 20].

Cette étude est à notre connaissance la seule à comparer la cœlioscopie et la laparotomie pour la prise en charge des TOF et des cancers ovariens précoces. Elle présente cependant les risques de biais inhérents à toute analyse rétrospective : sous-déclaration des événements de mauvais pronostic, présentation différente des cas opérés par cœlioscopie ou laparotomie, non-connaissance du rationnel du choix de la voie d’abord.

Conclusion

Cette étude montre que des gestes dangereux sont rarement réalisés lors des cœlioscopies pour lésion frontière ou cancer ovarien précoce. En revanche les extractions protégées des pièces opératoires et la qualité de la stadification cœlioscopique ne répondaient pas aux standards actuels. On note néanmoins une amélioration des résultats pour les interventions effectuées après 1995. Enfin, la laparotomie donnait également des résultats insuffisants en termes de stadification des cancers. L’entraînement du chirurgien à la chirurgie oncologique pourrait être un facteur aussi important que la voie d’abord utilisée.

Remerciements

Dr Dagorne (Morlaix), Dr A. Fignon (Tours), Dr A. Wattiez (Clermont Ferrand), Dr Boulanger (Enghien), Dr C. Dhainaut (Bichat, Paris), Dr C. Pomel (Institut Gustave-Roussy, Villejuif), Dr Cherubin (Basse-Terre), Dr Colombani (Bastia), Dr D. Castaigne (Institut Gustave-Roussy, Villejuif), Dr Desfeux (HEGP, Paris), Dr Gabaude (Figeac), Dr Gelas (Caluire), Dr Gillet (Saint-Dizier), Dr Gottenberg (Strasbourg), Dr K. Klough (Institut Curie, Paris), Dr Laroche (Saint-Dizier), Dr Le Pors (Saint-Malo), Dr Lebel (Saint-Dizier), Dr M. Boucly (Lens), Dr Masson (Cermont), Dr Pecquoy (Nogent), Dr P. Morice (Institut Gustave-Roussy, Villejuif), Dr Pinet (Suresnes), Dr Saint-Aubert (Montpellier), Dr Tariel (Angoulême), Dr Tiberghien (Anneq), Dr Verd (Saint-Denis de la Réunion), Dr Villiere (Bois-Guillaume), Dr Weyl (Saint-Malo), Pr B. Blanc (Marseille), Pr Bensadoun (Rabat), Pr D. Querleu (Lille), Pr G. Mage (Clermont-Ferrand), Pr G. Magnin (Poitiers), Pr H. Fernandez (Clamart), Pr J. Leveque (Rennes), Pr J.-B. Dubuisson (Baudeloque, Paris), Pr J.-F. Oury (R.-Debré, Paris), Pr J.-L. Pouly (Clermont-Ferrand), Pr J.-M. Antoine (Tenon, Paris), Pr M. Canis (Clermont-Ferrand), Pr M. Rouanet (Montpellier), Pr M. Uzan (J. Verdier, Bondy), Pr P. Madelenat (Bichat, Paris).

Références

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2 Daraï E, Teboul J, Fauconnier A, Scoazec JY, Benifla JL, Madelenat P. Management and outcome of borderline ovarian tumors incidentaly discovered at or after laparoscopy. Acta Obstet Gynecol Scand 1998 ; 77 : 451-7.

3 Camatte S, Morice P, Atallah D, Thoury A, Pautier P, Lhommé C, et al. Clinical outcome after laparoscopic pure management of borderline ovarian tumors. Results of a series of 34 patients. Ann Oncol 2004 ; 15 : 605-9.

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11 Havrilesky L, Peterson B, Dryden D, Soper J, Clarke-Pearson D, Berchuck A. Predictors of clinical outcome in the laparoscopic management of adnexal masses. Obstet Gynecol 2003 ; 102 : 243-51.

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21 Soper J, Johnson P, Johnson V. Comprehensive restaging laparotomy in women with apparent early ovarian carcinoma. Obstet Gynecol 1992 ; 80 : 949-53.

22 Trimbos J, Vergote I, Bolis G, Vermorken J, Mangioni C, Madron C, et al. EORTC-Action collaborators. European Organization for Research and Treatement of Cancer – Adjuvant Chemotherapy in Ovarian Neoplasm. J Natl Cancer Inst 2003 ; 95 : 113-25.

23 Earle CC, Schrag D, Neville BA, Yabroff KR, Topor M, Fahey A, et al. Effect of surgeon specialty on processes of care and outcomes for ovarian cancer patients. J Natl Cancer Inst 2006 ; 98 : 172-80.


 

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